You are here

Résilience

Demandez à notre expert:

Jo Dover travaille, depuis près de 20 ans, dans les domaines de la résolution de conflits, de la résilience et du soutien aux personnes affectées par des conflits, par la guerre et par le terrorisme. Elle est la directrice de Jo Dover Consulting, qui propose des formations en résilience, gestion du stress et réponse aux incidents majeurs. Depuis 2001, Jo Dover travaille avec les personnes affectées par le terrorisme, notamment les anciens membres des forces armées et les civils endeuillés, blessés ou témoins d’actes de terrorisme et autres conflits.

*Toutes les réponses apportées dans cette section reflètent seulement l’opinion de l’expert et ne sont en aucun cas un reflet de la politique des Nations Unies.

 

Michael B., d’Australie, demande:

‘Tout le monde parle de résilience après une attaque terroriste. Qu’est-ce que cela signifie exactement?

Jo répond: « Bonjour Michael, c’est une excellente question. La résilience est liée à qui nous sommes, quelle force réside en nous pour être en mesure de surmonter l’adversité. Nous avons tous vécu des expériences dans la vie que nous pouvons utiliser pour nous aider à surmonter ces situations. Certaines de ces stratégies d’adaptation sont très utiles, d’autres moins. Après un attentat terroriste, on se concentre souvent sur la résilience, en particulier celle de l’opinion publique. Il y a l’idée qu’il ne faut pas laisser ceux qui nous ont attaqué gagner, qu’il faut essayer de retrouver une vie normale, pour nous reconstruire et reconstruire la communauté. Cela peut être très utile mais ce n’est pas aussi simple pour ceux qui ont été directement affectés par un attentat, étant donné que leur monde peut complètement voler en éclats. Ils seront sous le choc mais ils peuvent lentement se reconstruire une nouvelle vie - une vie qui prenne en compte l’attentat, mais dans laquelle l’attentat ne définira pas qui ils sont. La résilience c’est être capable de gérer ce que la vie nous soumet, trouver des façons de les surmonter, et dans bien des cas, devenir même plus fort qu’avant. »

 

Aissatou M., au Mali, demande:

« Comment la victime peut-elle oublier l’attaque et passer à autre chose? »

Jo répond:

« Il est impossible pour la victime d’oublier ce qui lui est arrivé et rien ne l’oblige à oublier. Ce genre d’événements change une vie et se remémorer de ce qui est arrivé, en privé ou public, fait partie du processus normal de reconstruction. Cependant, il est important de rechercher une aide si ces souvenirs de l’événement vous affectent, avec des cauchemars ou des flashbacks, et s’ils ont des effets négatifs sur votre vie. Il est important de reconnaître ce qu’il s’est passé, de se souvenir de ce qu’on a perdu, mais cela ne doit pas devenir une partie de votre identité. Beaucoup de personnes ressentent des émotions intenses, comme de la colère, de l’injustice et de la peur. Nous avons besoin de savoir gérer ces émotions, afin qu’elles ne deviennent pas destructrices et qu’elles ne rendent pas les choses plus difficiles. Ce n’est pas aussi simple que de dire ‘il faut oublier’, mais il faut trouver une manière de transformer cette énergie négative en quelque chose de positif. De cette façon, les terroristes ne gagnent pas. »

 

Fadiel F., en Libye, demande:

« Est-il juste pour la victime de pardonner aux terroristes? »

Jo répond: « Ce sont des processus et des choix purement personnels et cela peut prendre différentes formes. Pour certains, cela fait partie de leur culture et de leur religion de pardonner. Quelques personnes feront le choix de pardonner alors que cela paraîtra impossible à d’autres. Certains voient le pardon non pas comme quelque chose de religieux mais comme une manière de sortir de leur colère et leur souffrance. Cela ne signifie pas que vous êtes d’accord avec le terroriste, bien que beaucoup de gens pourraient l’interpréter de cette manière. Ce processus est très personnel et peut varier d’une personne à l’autre, même au sein de la même famille. »

 

 

Sawan S., en Irak, demande:

« Comment puis-je aider les victimes dans ma communauté? »

Jo répond: « Une des choses les plus importantes que vous puissiez faire pour les victimes c’est de les écouter. Etre reconnu et entendu est très important pour se remettre d’un tel événement. Dans de nombreux pays, les victimes ne sont pas reconnues par leur gouvernement ou par la société en général. Vous pouvez les aider de bien des façons, soit en leur offrant une aide très pratique, comme lever des fonds pour couvrir leurs dépenses médicales, soit en créant des groupes de soutien dans lesquels les victimes peuvent se parler entre elles. Il faut également garder à l’esprit que ces événements restent dans la vie des gens pour le reste de leur vie, et il arrive que les conséquences se révèlent longtemps après et non pas dans l’immédiat d’un attentat. Pour certaines personnes, cela peut prendre beaucoup de temps pour guérir et elles auront besoin de notre soutien pour aller mieux, même de nombreuses années après l’attentat. »

 

Karim N., en Tunisie, demande:

« Est ce que je vais un jour me remettre de ce qui m’est arrivé? »

Jo répond:  « On demande souvent aux victimes: ‘Tu ne t’en es toujours pas remis?’. C’est un processus très personnel et je ne crois pas que ce processus ait une fin spécifique. D’après mon expérience avec les victimes, je ne crois pas qu’on puisse jamais complètement se remettre d’un tel événement. C’est très douloureux et cela changera votre regard sur le monde mais avec le temps, vous apprendrez à vivre avec et à recommencer à aller de l’avant. Certaines personnes parlent de ‘seconde vie’ parce que vous ne revenez jamais à la personne que vous étiez avant, mais vous devenez une nouvelle personne avec cet événement qui lui est arrivé. C’est le cas pour ceux qui ont perdu un être cher comme pour ceux qui ont survécu.

 

Abdul H., en Afghanistan, demande:

« Comment puis-je être aidé si mon gouvernement ne m’apporte aucune assistance? »

Jo répond: « Malheureusement, il y a encore beaucoup de pays dans lesquels les victimes ne reçoivent aucune assistance ou très peu dans la période suivant l’attentat. D’autres pays ont appris à mettre en place des procédures de réponse assez élaborées. Dans certaines circonstances, il n’est pas toujours très clair de savoir qui se doit de prendre soin des victimes. Il y a des choses que vous pouvez faire: certaines victimes ont créé des associations pour s’assurer qu’une assistance adaptée est mise en place et elles ont levé des fonds pour les financer. D’autres ont créé des groupes de soutien aux victimes dans lesquels chacun peut partager son expérience et se soutenir. Il n’est pas toujours possible de recevoir de l’aide, donc il faut parfois se reposer sur notre famille, nos amis et notre communauté pour s’en sortir. »

 

Juana P., en Espagne, demande: « Je veux aider d’autres victimes, que puis-je faire? »

Jo répond: « De nombreuses victimes peuvent vouloir se rapprocher d’autres victimes quand quelque chose de similaire se produit. De cette façon, elles comprennent ce qu’elles traversent, le genre d’expériences qu’elles vivent et combien leur vie change. Il peut être utile pour de ‘nouvelles’ victimes de parler à des victimes d’anciennes attaques, en particulier pour comprendre les techniques qui les ont aidé à surmonter l’attentat, pour normaliser certaines choses qui paraissent étrange, et aussi pour se sentir à nouveau connecté avec d’autres personnes. Etre victime d’un attentat terroriste ce n’est pas quelque chose que beaucoup de personnes partagent, donc on peut se sentir très vite isolé en tant que victime. Se montrer présent pour quelqu’un d’autre peut apporter beaucoup de soutien et de confort. »

 

Marie L., en France, demande:

« Serais-je une victime pour le reste de ma vie? »

Jo répond: « Les attentats terroristes changent la vie des gens. Il arrive de perdre un être cher, d’être blessé et de ne plus être en mesure de faire les choses qu’on avait l’habitude de faire. C’est un changement majeur et une perte et cela peut prendre de nombreuses années avant d’arriver à gérer la chose. Il y a des hauts et des bas et des moments où la vie nous rappelle ce qui nous est arrivé, en particulier lorsque des attentats se produisent dans le reste du monde. On voit les choses différemment aussi. Vous vous demandez si vous resterez une victime pour le reste de votre vie. Cela dépend de chaque personne mais vous pouvez aller de l’avant, commencer à récupérer et à vous reconstruire. Au début, cela peut vous aider de vous décrire comme une victime, c’est peut être même aussi un terme juridique qui peut vous apporter des droits. Le mot victime peut être aussi perçu comme une personne impuissante ou sans défense, et d’après mon expérience, la plupart des gens affectés par le terrorisme sont loin d’être impuissants ou sans défense. Ils ont souvent réussi à surmonter l’événement et beaucoup d’entre eux ont réussi à accomplir des choses qu’ils n’auraient pas accompli avant. L’attentat restera tout au long de votre vie mais cela ne doit pas gouverner votre vie, vous pouvez apprendre à vivre à nouveau. »

 

Aamlina D. en Somalie, demande:

« Comment peut-on aider nos enfants à aller mieux après un attentat? »

Jo demande:

« Les enfants ont besoin d’un soutien et d’une attention particulière pour les aider à surmonter l’attentat. Selon leur âge et leur rapport au monde, il y a différentes choses dont ils peuvent avoir besoin, mais une chose importante, c’est d’être clair et honnête avec eux à propos de ce qu’il s’est passé. Il faut leur expliquer que ce n’est pas des choses qui arrivent tout le temps et à tout le monde, sinon ils vont développer la peur. Essayez de remettre en place une routine le plus tôt possible pour les aider à retrouver une vie normale et faites attention aux autres choses inhabituelles qui se produisent, concernant leur sommeil, s’ils font des cauchemars, si leur comportement change, s’ils se replient sur eux-mêmes. Si c’est le cas, vous pouvez rechercher l’aide d’un professionnel. Il peut être bon d’en parler dans la famille, de leur laisser le choix de ce qu’ils ont envie de partager ou non, et de ne pas ajouter de peurs supplémentaires.

 

Muhammad H, en Indonésie, demande:

« Comment une communauté peut-elle surmonter la peur après une attaque? »

Jo répond:

Un des principaux objectifs de l’attentat terroriste est de générer la peur et la panique parmi la population. Il est extrêmement commun pour les gens d’éviter ensuite les endroits publics, de changer leurs méthodes de transport, de ne pas aller au travail, de commencer à se méfier des autres (en particulier des personnes d’une communauté qui apparaît assimilée au terroriste). Il arrive aussi que ces attaques unissent la communauté et la rende plus forte. De très beaux projets communautaires ont vu le jour suite à une attaque, et a permis de rassembler les gens. Quelques uns de ces projets sont éducatifs, certains servent à reconstruire les lieux de l’attentat, d’autres permettent de traverser les frontières et de réduire le fossé entre les gens. Une des manières de surmonter la peur est de se connecter avec d’autres personnes, de ne pas rester isolé, d’aller à la rencontre des autres et de s’impliquer dans un projet, d’aider à lever des fonds pour ceux qui ont besoin d’aide. »