Diplomatie et médiation

Nicholas Haysom, Représentant spécial et Chef de MANUA, octobre 2015. Photo : MANUA/Fardin Waezi

Diplomatie préventive

L’Organisation des Nations Unies a pris l’engagement de passer d’une culture de la « réaction » à une culture de la « prévention ».

En clair, on entend par « diplomatie préventive » les mesures diplomatiques prises pour empêcher les différends de dégénérer en conflits et pour limiter la propagation des conflits lorsqu’ils éclatent. Bien que les activités qui s’y rapportent soient menées sous différentes formes et dans diverses instances, tant publiques que privées, la manifestation la plus fréquente de la diplomatie préventive se concrétise dans les efforts que déploient les agents diplomatiques envoyés dans des zones de crise pour encourager le dialogue, l’adoption de compromis et le règlement pacifique des tensions. La diplomatie préventive peut également englober une intervention du Conseil de sécurité, du Secrétaire général et d’autres acteurs pour décourager le recours à la violence dans des situations critiques.

Le Secrétaire général fournit ses « bons offices » aux parties en conflit, que ce soit personnellement ou par l’entremise des agents diplomatiques qu’il envoie dans les zones de tension, à n’importe quel endroit du monde. Le Département des affaires politiques constitue la principale structure d’appui pour ces efforts, en fournissant une analyse des conflits, en planifiant et soutenant les activités des émissaires de la paix, et en assurant la supervision de plus d’une douzaine de missions politiques entreprises sur le terrain pour servir de plateformes essentielles pour la diplomatie préventive. Dans le contexte de ces missions, des bureaux régionaux dont les attributions s’étendent à l’Afrique centrale, l’Afrique de l’Ouest et l’Asie centrale ont des mandats explicites en ce qui concerne la diplomatie préventive et le renforcement des capacités des États et des acteurs régionaux; c’est en vertu de ces mandats qu’ils ont pour mission de gérer les sources de tension par des moyens pacifiques. Des activités entreprises dans le cadre de la diplomatie préventive sont également menées fréquemment dans le contexte de missions de maintien de la paix.

Le Conseil de sécurité, en tant qu’organe des Nations Unies auquel incombe la responsabilité première d’assurer la paix et la sécurité, joue également un rôle crucial en soutenant les mesures préventives. Au cours des dernières années, on a constaté que le Conseil faisait preuve d’une volonté et d’une souplesse accrues dans les actions qu’il menait pour faire face aux nouvelles menaces avant qu’elles ne fassent l’objet de questions inscrites à l’ordre du jour officiel de cet organe. Par les mesures qu’il prend, le Conseil peut adresser des messages forts qui contribuent à décourager le recours à la violence et ouvrent la voie à une action préventive de la part de diverses parties, parmi lesquelles le Secrétaire général.

L’action entreprise par l’Organisation des Nations Unies en matière de prévention des conflits s’étend bien au-delà des limites traditionnelles de la diplomatie préventive en ce sens qu’elle met en jeu une vaste gamme d’entités des Nations Unies exerçant leurs activités dans de nombreux domaines pertinents, tels que l’élimination de la pauvreté et le développement, les droits de l’homme et la primauté du droit, les élections et la mise en place d’institutions démocratiques, et le contrôle des armes légères, pour ne citer que quelques exemples.

 

Médiation

Depuis sa création, l’ONU a joué un rôle crucial en contribuant à assurer une médiation dans les conflits interétatiques et intra-étatiques à tous les niveaux : avant qu’ils ne dégénèrent en conflits armés, après une flambée de violence et au cours de la mise en œuvre d’accords de paix. Les missions de bons offices et de médiation sont effectuées par le Secrétaire général et ses représentants et envoyés, que ce soit à la demande des parties, à l’initiative du Secrétaire général ou en réponse à une demande formulée par le Conseil de sécurité ou l’Assemblée générale. En 1992, le Département des affaires politiques a été créé pour faciliter l’exécution des tâches à entreprendre à cet égard.

Pour assurer le succès des activités de médiation entreprises en cas de conflit, il faut pouvoir disposer d’une structure de soutien appropriée capable de fournir les services d’envoyés pouvant compter sur l’aide d’un personnel qualifié et en nombre suffisant, ainsi que sur des conseils judicieux, et de faire en sorte que les responsables des négociations aient accès à toutes les ressources logistiques et financières dont ils ont besoin. L’Organisation des Nations Unies, sous l’impulsion du Département des affaires politiques, a suivi au cours des dernières années une évolution qui lui a permis d’affiner sa capacité à fournir un soutien de cette nature à ses propres efforts de médiation, ainsi qu’à ceux entrepris par des organismes partenaires.

Le Groupe de l’appui à la médiation du Département des affaires politiques, créé en 2006, collabore étroitement avec les divisions régionales du Département pour planifier et appuyer les efforts de médiation déployés sur le terrain. Le Groupe a notamment pour fonction de fournir des conseils et un appui financier et logistique dans le cadre des processus de paix, il s’emploie à renforcer les capacités de médiation des organisations régionales et sous-régionales et fait office de dépositaire des connaissances, politiques et orientations en matière de médiation, des enseignements tirés et des pratiques optimales.

Le Département gère l’Équipe de médiateurs de réserve, un groupe d’experts mobilisables « sur demande » créé en 2008 qui peut être déployé pour aider les médiateurs sur le terrain. Les membres de cette équipe ont apporté leur soutien dans le cadre de dizaines de négociations et ils possèdent des connaissances spécialisées sur des questions telles que le partage du pouvoir, les ressources naturelles et les conflits, le processus d’élaboration des constitutions, les cessez-le-feu et d’autres arrangements en matière de sécurité, et les questions sexospécifiques liées aux conflits. Ils possèdent la souplesse requise pour se déployer à bref délai afin d’aider les médiateurs de l’ONU ou d’organismes extérieurs au système des Nations Unies dans le monde entier, ou pour leur fournir des analyses et des conseils à distance. Avec l’appui de donateurs, le Département a également créé un fonds d’intervention rapide pour mettre en branle des processus de médiation à bref délai. Une planification soignée et la présence de ressources suffisantes constituent des facteurs essentiels pour assurer une médiation précoce et efficace en cas de crise imminente.

Le Département des affaires politiques a également mis au point l’outil d’appui à la médiation en ligne appelé UN Peacemaker, dont il assure l’entretien. Destiné aux professionnels du rétablissement de la paix, il comprend une vaste base de données comportant plus de 750 accords de paix, des matériels d’orientation et des renseignements sur les services d’appui à la médiation de l’ONU.

 

Rétablissement de la paix

Depuis sa création, il y a plus de six décennies, l’Organisation des Nations Unies a joué un rôle de premier plan dans le règlement pacifique des conflits armés dans le monde entier.

Les activités entreprises par l’ONU dans le domaine du rétablissement de la paix se sont développées au cours de la décennie qui a suivi la fin de la guerre froide, étant donné que de nombreux conflits armés qui se poursuivaient depuis longtemps ont pu prendre fin grâce à des règlements politiques négociés, souvent grâce à l’action vigoureuse menée par l’ONU sous la forme de services de médiation et d’une participation à leur mise en œuvre.

L’Organisation demeure très active dans ce domaine à l’heure actuelle et travaille de plus en plus en partenariat avec des organisations régionales afin de mettre un terme à des conflits en cours et d’empêcher que de nouvelles crises ne se déclarent ou n’empirent.

Le Département des affaires politiques a pour tâche d’ancrer à une base solide les efforts déployés par l’ONU pour rétablir la paix. Il suit l’évolution de la situation politique mondiale et fournit au Secrétaire général de l’ONU des conseils sur la prévention et la gestion des crises, notamment lorsqu’il s’agit pour lui d’offrir ses bons offices dans le cadre de l’action diplomatique qu’il entreprend pour aider les parties en conflit à régler leurs différends par des voies pacifiques. Il fournit un appui à de nombreux envoyés du Secrétaire général participant à des pourparlers de paix ou ayant recours à des mesures faisant partie de la diplomatie de crise, tout en supervisant les « missions politiques » que l’ONU mène sur le terrain afin d’aider les nations et les régions à résoudre les conflits et les tensions par des moyens pacifiques.

Des efforts sont en cours pour renforcer les capacités de maintien de la paix des Nations Unies, en particulier en rendant l’Organisation plus apte à appliquer les méthodes de la diplomatie préventive, en utilisant la médiation et en appuyant les processus qui y sont associés pour prévenir d’éventuelles crises à un stade précoce.

Reconnaissant que l’ONU a besoin de mieux prévoir les défis présentés par la consolidation de la paix et d’y répondre plus efficacement, le Sommet mondial de 2005 a approuvé la création d’un nouvel organe connu sous le nom de Commission de consolidation de la paix. Celle-ci est soutenue, au sein du Secrétariat de l’ONU, par le Bureau d’appui à la consolidation de la paix, qui s’appuie sur les compétences des nombreuses entités du système des Nations Unies, parmi lesquelles le Département des affaires politiques, qui s’emploient à consolider la paix. Un nouveau fonds, le Fonds pour la consolidation de la paix, a également été créé.

Le Département des affaires politiques contribue au dispositif de consolidation de la paix mis en place à l’ONU grâce aux activités du seul bureau dont elle assure actuellement le fonctionnement dans les pays auxquels la Commission de consolidation de la paix consacre ses activités dans les circonstances présentes, à savoir en Guinée-Bissau (BINUGBIS). Une reprise du conflit qui avait sévi en République centrafricaine a eu pour effet que le Bureau pour la consolidation de la paix (BINUCA) établi dans ce pays a été intégré à l’opération de maintien de la paix récemment lancée, la Mission multidimensionnelle intégrée pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA). Le Bureau des Nations Unies au Burundi (BNUB) et le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone ont achevé en 2014 le mandat qui leur avait été confié par le Conseil de sécurité et ont transféré leurs responsabilités à l’équipe de pays des Nations Unies compétente créée par divers organismes, fonds et programmes. Ces bureaux pour la consolidation de la paix relevant du Département des affaires politiques exécutent des stratégies globales de consolidation de la paix qui contribuent à assurer la cohérence de la présence des diverses entités des Nations Unies qui mènent une action concertée pour institutionnaliser la paix dans les pays où elles sont établies.