6 june 2026

Un commandant sénégalais revient sur la protection des civils, le désarmement et l’appui aux communautés en République centrafricaine

Pour le lieutenant-colonel Gérald Aranda Assine, commander des Casques bleus sénégalais en République centrafricaine signifie être prêt à mener deux missions à la fois : faire face aux menaces armées lorsque les civils sont en danger, et aider les communautés à retrouver une existence normale.

Il commande les 150 Casques bleus de la 4e rotation de la Force de réaction rapide sénégalaise déployée au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine, la MINUSCA.

Déployé le 31 mai 2025, le contingent a contribué à la protection des civils, au désarmement, à l’accès humanitaire, à la stabilisation communautaire et à la sécurisation des élections de décembre 2025.

Une Force de réaction rapide, ou QRF selon l’acronyme anglais, est une unité militaire maintenue prête à se déployer rapidement lorsque la situation sécuritaire se détériore, ou lorsque des civils, des partenaires nationaux ou du personnel des Nations Unies font face à des menaces urgentes. Pour le contingent sénégalais, cela a signifié intervenir dans plusieurs zones, de Koui et Sangaré-Lim, dans l’ouest, à Zémio et Mboki, dans l’est.

« Être un soldat au service de la paix, un soldat des Nations Unies, il n’y a pas de plus noble mission », a déclaré le lieutenant-colonel Assine à ONU Info, dans un entretien réalisé à l’occasion de la Journée internationale des Casques bleus. « Au final, c’est le sens même du militaire, c’est le cœur du métier militaire. »

Une journée dans la vie d’un soldat de la QRF commence bien avant le déploiement. Dans la salle d’opérations, le contingent suit l’évolution de la situation sécuritaire, les renseignements et les informations provenant du théâtre centrafricain. L’objectif, explique-t-il, est de maintenir « une posture d’anticipation ».

Les Casques bleus sénégalais offrent des soins médicaux aux communautés locales.

Lorsqu’une mission est confiée à l’unité, celle-ci procède à un briefing opérationnel, puis à un back brief et à un rehearsal, afin que chaque soldat comprenne l’objectif, la menace, le terrain et la conduite attendue avant le déploiement. « Cela permet vraiment d’avoir une très bonne compréhension avant le déploiement d’une unité sur le terrain », explique-t-il.

Cette préparation a été mise à l’épreuve dans la nuit du 27 au 28 décembre 2025, à quelques heures des élections. Selon le lieutenant-colonel Assine, des éléments de l’AAKG, le groupe armé Azandé Ani Kpi Gbé, ont lancé une offensive pour s’emparer de Zémio, perturber le processus électoral et prendre le contrôle de la localité.

La QRF sénégalaise a été immédiatement déployée par voie aérienne, avec du personnel et du matériel transportés à bord d’avions C-130 et Dash 8, avant de mener une reconnaissance entre Mboki et Zémio afin de sécuriser la zone d’intervention et de repousser l’attaque.

« C’était vraiment la nuit la plus dense », se souvient-il. D’autres attaques ont suivi, mais elles ont également été repoussées.

De tels moments exigent sang-froid, discipline et maîtrise émotionnelle. « C’est un contexte de haute intensité, de stress permanent, où il faut beaucoup de sang-froid, de maîtrise, de professionnalisme », souligne-t-il. « Malgré l’intensité de l’action militaire, il faut aussi protéger les civils et gagner la paix. »

Cette deuxième mission, gagner la paix, donne à l’action du contingent une portée qui dépasse le seul cadre militaire. Dans le secteur ouest de la MINUSCA, notamment autour de Koui et de Sangaré-Lim, le contingent sénégalais a soutenu les efforts de désarmement impliquant des membres du groupe armé 3R, pour Retour, Réclamation et Réhabilitation.

Ces opérations exigent ce que le lieutenant-colonel Assine appelle « une intelligence de situation » : sécuriser la zone par des patrouilles, rassurer les communautés et garantir que les combattants qui acceptent de désarmer ne seront pas attaqués par des factions dissidentes.

À Sangaré-Lim, plusieurs activités se sont déroulées côte à côte au cours d’une même journée. Des ex-combattants désarmaient. Certains d’entre eux recevaient aussi des soins médicaux. Non loin de là, des civils bénéficiaient de consultations gratuites, tandis que des enfants recevaient des kits scolaires.

Les Casques bleus sénégalais décorés pour leur engagement en RCA.

« Dans une même journée, vous avez des rebelles qui désarment. À côté, vous avez une prise en charge médicale de ces mêmes rebelles qui ont fini de désarmer. À côté, vous avez une population qui est en train de consulter gratuitement. À côté, vous avez des enfants qui sont en train de recevoir des kits scolaires », dit-il. L’étape suivante consiste à créer une proximité entre anciens adversaires et à les amener à travailler ensemble « vers l’intérêt commun dans le respect de l’autorité de l’État ».

Pour le lieutenant-colonel Assine, c’est le sens même d’une approche intégrée : opérations militaires, patrouilles, coopération civilo-militaire, campagnes médicales et dialogue avec les leaders communautaires contribuent au même objectif.

La pression sur les soldats est considérable. Ils peuvent affronter des attaques de nuit, puis être amenés peu après à interagir directement avec les civils dans un tout autre contexte. Le commandant explique que les soldats tirent leur force des résultats visibles de leur engagement. « On est venu, on a aidé ces populations, on a sauvé ces dames, on a intervenu au profit de ces réfugiés-là et on a soigné ces ex-combattants », dit-il. « Ils voient tout de suite l’impact positif de leur engagement militaire. »

Le contingent organise aussi des activités sportives, culturelles et de bien-être afin d’aider les soldats à récupérer entre les phases d’engagement et de désengagement. Le contact avec les familles est tout aussi essentiel. Même dans les zones sans couverture normale de communication, le contingent cherche à fournir un accès Internet, notamment grâce à Starlink, tout en préservant la confidentialité de la mission.

« Parfois, le silence, c’est ce qui brise », confie-t-il. Voir ses enfants à l’écran, leur sourire et les rassurer, tout en les protégeant de la réalité de l’environnement sécuritaire, aide les soldats à tenir.

Le lieutenant-colonel Assine a rejoint les armées en 2003 et a été formé à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr. Son expérience en Casamance, puis en Côte d’Ivoire comme commandant de compagnie dans une unité QRF des Nations Unies, a renforcé sa conviction que le service militaire, lorsqu’il est mis au service de la paix, peut contribuer à stabiliser une localité, une région, voire un pays.

Parmi les rencontres qui l’ont le plus marqué figure le témoignage d’une femme qui avait fui Zémio en raison des violences et s’était réfugiée en République démocratique du Congo. Après l’amélioration de la sécurité, elle est revenue avec ses enfants, encouragée par les efforts de dialogue local, les campagnes médicales et la réouverture des écoles.

« Elle avait cru tout perdre », se souvient-il. « Elle pensait qu’elle irait pour des années d’exil. » Au lieu de cela, elle est revenue et a retrouvé le sentiment de sécurité auquel elle aspirait.

Il se souvient aussi d’un ancien enfant soldat qui avait fui les zones contrôlées par des groupes armés et demandé à retourner à l’école. L’enfant lui a dit qu’il savait qu’il serait en sécurité parce que la QRF sénégalaise était présente.

Le 24 avril 2026, à Bouar, dans l’ouest de la République centrafricaine, les 150 Casques bleus sénégalais ont été décorés par la MINUSCA lors d’une cérémonie qui a salué leur discipline, leur professionnalisme et leur contribution à la protection des civils, tout en rendant hommage à deux camarades disparus et aux blessés.

Alors que la mission de la QRF-4 touche à sa fin, le lieutenant-colonel Assine dit partir avec humilité et reconnaissance envers les autorités militaires sénégalaises, le leadership de la MINUSCA, les autorités centrafricaines et le peuple centrafricain.

« Cette mission nous enseigne que la paix est fragile », dit-il. « Elle doit être construite chaque jour à travers la sécurité, mais également à travers le dialogue, la confiance et renforcer sans cesse la solidarité. »

Pour les communautés auprès desquelles ils ont servi, il espère que les Casques bleus sénégalais seront retenus comme un contingent professionnel, respectueux, humain et profondément attaché à la dignité des populations.

« La protection des civils aura été vraiment le cœur de notre action », conclut-il.

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Pour lire la transcription intégrale de l’entretien avec le lieutenant-colonel Gérald Aranda Assine, cliquez ici.

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