La réforme du secteur de la sécurité exige une détermination et un engagement constant de la part des responsables. La commissaire Binetou Guissé, également première point focal genre de la Police nationale du Sénégal, est en première ligne de cette réforme. Avec le soutien du Fonds de l’Initiative Elsie, la Police nationale du Sénégal prend des mesures concrètes pour augmenter le déploiement significatif des femmes en uniforme dans les opérations de maintien de la paix des Nations Unies. La commissaire Guissé revient sur la façon dont l’intégration de l’égalité des genres dans les forces de police redéfinit le rôle des femmes dans le secteur de la sécurité.
Ǫu’est-ce qui vous a amené à entrer dans les forces de police ?
J’ai étudié le droit puis j’ai travaillé pendant 10 ans dans un cabinet d’avocat ; je suis même devenue un membre actif de l’Association des juristes sénégalaises. Jeune diplômée, mon objectif était de rendre le droit accessible à la communauté. Dans notre travail au quotidien, on rencontrait des femmes survivantes de violences domestiques et conjugales, et on les aidait à engager des poursuites judiciaires.
Cette expérience m’a permis de créer un lien avec les survivantes et de plaider en faveur de systèmes de soutien plus solides. Faire partie de ce changement, c’était un rêve de toujours, et
je sentais que rejoindre la police me permettrait de vivre pleinement ma passion. J’ai été élevée par des femmes fortes — ma mère et mes grands-mères — qui ont affronté de nombreuses épreuves dans leur vie. Je voulais me battre pour un monde où les femmes et les enfants sont protégés et valorisés.
En 2021, j’ai été nommée pour diriger un nouveau poste de police au commissariat de Zac Mbao, à Dakar. Ce commissariat a été conçu en tenant compte des questions de genre — avec cellules et toilettes séparées pour les femmes, des salles d’audition dédiées aux personnes vulnérables et un bureau d’accueil et d’orientation pour les victimes de violences basées sur le genre. Ce modèle apportait un vrai soutien aux survivantes, et très vite, des appels ont afflué de tout le pays pour le reproduire dans d’autres commissariats.
Comment ce projet soutient-il la réforme institutionnelle ?
Lorsque j’ai pris les commandes du projet financé par le Fonds en 2021, mon objectif était clair : institutionnaliser l’égalité des genres au sein de la police
Lorsque j’ai pris les commandes du projet financé par le Fonds en 2021, mon objectif était clair : institutionnaliser l’égalité des genres au sein de la police. Grâce à ce projet, nous avons élaboré une politique de genre et une stratégie de mise en œuvre, aujourd’hui officiellement validée et adoptée. La principale difficulté a été de faire évoluer les mentalités. Au Sénégal, le mot « genre » est parfois perçu de façon négative, voire stigmatisante. Néanmoins, grâce à des actions de sensibilisation et de dialogue au sein de l’institution, les perceptions commencent à changer. Aujourd’hui, nous avons même des points focaux genre masculins dans les missions de maintien de la paix — ce qui aurait été impensable il y a quelques années !
Constatez-vous des changements visibles pour les femmes en uniforme ?
L’impact sur les policières est très important. Elles ont pris de l’assurance, elles ne sont plus déployées dans les missions de paix pour y faire la cuisine
L’impact sur les policières est très important. Elles ont pris de l’assurance, elles ne sont plus déployées dans les missions de paix pour y faire la cuisine. Désormais, elles patrouillent, elles dirigent, elles servent avec fierté. Avec le soutien du Fonds, des femmes ont été déployées au sein d’unités fortement paritaires dans des opérations de paix au Mali et en RDC. Pour la toute première fois, une femme a été nommée à la tête d’une unité de police constituée (UPC) de la Mission de l'Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO). C’est une grande première dans l’histoire de l’institution.
Aujourd’hui, les policières savent qu’elles peuvent compter sur un soutien, un accompagnement et des structures solides. Ce tournant décisif a été amorcé en 2021.
Ǫue vous réserve l’avenir ?
Nous avons pour objectif d’augmenter le nombre de femmes formées et prêtes à contribuer aux opérations de paix internationales
La Police nationale du Sénégal a adopté une stratégie sur cinq ans. Nous avons pour objectif d’augmenter le nombre de femmes formées et prêtes à contribuer aux opérations de paix internationales. En tant que responsable, j’utilise ma position pour défendre sans relâche de meilleures conditions de travail, lutter contre le harcèlement et déconstruire les stéréotypes.
Grâce aux primes unités fortement paritaires, nous construisons actuellement une garderie à Thiès, près du centre de formation pré-déploiement, pour que les mères allaitantes puissent suivre leur formation tout en restant proche de leurs enfants. Ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Mon message aux femmes policières est simple : croyez en vous, engagez-vous pour un monde plus juste, et surtout, n’ayez pas peur de viser haut.
Depuis 2021, la Police nationale du Sénégal, avec le soutien du Fonds de l’Initiative Elsie, met en œuvre un ensemble d’activités visant à accélérer l’intégration du genre dans le maintien de la paix. Entre 2022 et 2024, l’institution a déployé des unités fortement paritaires à la MINUSMA et la MONUSCO avec des taux de représentation féminine à 18 % et 23 %, respectivement. Les femmes déployées dans ces unités occupent des postes de direction et des fonctions opérationnelles ; elles sont notamment commandantes de section, officières de liaison et officières chargées des transporssts.



