United States of America

29/05/2019

Agir face à l'urgence climatique : un choix que nous pouvons et que nous devons faire

par António Guterres

« Sauvons les Tuvalu, sauvons la planète. »

C’est le cri de ralliement que j’ai entendu lors de ma récente visite aux Tuvalu, dans le cadre de la tournée que j’ai effectuée dans le Pacifique, sur les lignes de front de l’urgence climatique mondiale.

J’étais là pour exprimer ma solidarité à celles et ceux qui subissent de plein fouet les effets des changements climatiques et appeler l’attention sur l’action climatique novatrice qui est menée dans la région.

Dans certains pays du Pacifique, la hausse du niveau des mers est quatre fois supérieure à la moyenne mondiale et constitue donc une menace pour l’existence de plusieurs États insulaires. Du blanchissement des coraux à la perte de biodiversité, en passant par la pollution par le plastique, les océans courent un grave danger. Les phénomènes météorologiques extrêmes, de plus en plus fréquents, mettent en péril la vie et les moyens de subsistance de populations entières.

Jamais il ne m’avait été donné d’observer les effets bouleversants des changements climatiques aussi clairement qu’aux Tuvalu, atoll corallien isolé culminant à moins de cinq mètres d’altitude. J’y ai visité le domicile d’une famille qui vit dans l’angoisse perpétuelle d’une inondation en raison de la montée incessante du niveau de la mer, à proximité de chez elle.

J’ai été extrêmement touché par la chaleur du peuple tuvaluan et par son profond attachement à sa terre, à son mode de vie et à son patrimoine culturel. Bien qu’elles n’aient contribué que de façon négligeable aux changements climatiques, ces communautés se battent aujourd’hui pour préserver l’existence même de leur pays, menacée par les activités des grands pollueurs.

Ne vous y trompez pas : ce ne sont pas seulement les Tuvalu, les petites îles ou le Pacifique qui sont en jeu, mais bien la planète tout entière. Ce que vivent ces pays augure de ce qui nous attend tous. Les populations du monde entier commencent déjà à ressentir les effets de l’urgence climatique, effets qui ne feront que s’intensifier.

Aux Tuvalu, j’ai rencontré des enfants qui, malgré leur jeune âge, craignent déjà pour leur avenir et comptent sur ma génération pour le préserver.

En tant que Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, j’ai de nombreuses batailles à livrer. Mais en tant que grand-père, la lutte contre les changements climatiques est le combat de ma vie.

Malheureusement, c’est une bataille que nous ne sommes pas en train de gagner.

Si nous voulons l’emporter, nous devons trouver en nous la volonté politique de prendre des mesures qui soient porteuses d’une véritable transformation.

Nous devons reconnaître l’autorité morale des nations du Pacifique, qui sont les chefs de file de la lutte contre les situations d’urgence climatique. Et nous devons trouver des solutions climatiques durables, investir dans des sources d’énergie renouvelables et accroître notre résilience et nos capacités d’adaptation. Il est essentiel que soient atteints les objectifs clairement établis par la communauté scientifique : la neutralité carbone d’ici à 2050 et la limitation du réchauffement climatique à 1,5 ºC d’ici à la fin du siècle.

Alors que la communauté mondiale poursuit ces objectifs, mon message aux gouvernements est par conséquent clair.

Tout d’abord, abandonner progressivement l’impôt sur le revenu au profit d’un impôt sur le carbone. Nous devons taxer la pollution, pas les populations.

Ensuite, cesser de subventionner les combustibles fossiles. L’argent des contribuables ne devrait pas servir à alimenter les ouragans, à propager la sécheresse et les vagues de chaleur ni à faire fondre les glaciers.

Enfin, arrêter de construire de nouvelles centrales à charbon d’ici à 2020. Le monde a besoin d’une économie verte, pas d’une économie grise.

Ce dont nous avons besoin, c’est d’un changement rapide et profond de la manière de mener nos activités, de produire de l’énergie, de bâtir des villes et d’alimenter le monde.

Ces dix dernières années ont montré que nous avons les outils pour endiguer la crise climatique. Nous pouvons sauver des vies et des biens, respirer un air moins pollué, assurer l’accès à l’eau propre et protéger la biodiversité. Les mesures en faveur du climat pourraient également générer des gains économiques directs à hauteur de 26 000 milliards d’ici à 2030, par rapport au statu quo, ce qui représenterait une solution rentable.

J’ai convoqué un Sommet sur l’action pour le climat à l’ONU en septembre afin de mobiliser la volonté politique et d’accélérer la réalisation des objectifs énoncés dans l’Accord de Paris de 2015. Je demande aux dirigeants d’accompagner leurs discours de projets visant à transformer les secteurs de l’énergie, de la mobilité, de l’industrie et de l’agriculture. Je leur demande aussi de prendre des engagements financiers en faveur du climat et de les mettre en œuvre, non par générosité, mais par volonté éclairée de défendre leurs propres intérêts.

L’action face à l’urgence climatique est un choix que nous pouvons et que nous devons faire. Les habitants des Tuvalu ne le savent que trop : les sauver eux, c’est nous sauver tous.

via Financial Times (London): ft.com via :