New York

11 November 2019

Secretary-General's remarks at the Paris Peace Forum [please scroll down for English text]

DISCOURS A L’OUVERTURE DU FORUM DE PARIS POUR LA PAIX

Cher Pascal Lamy, Mesdames et Messieurs, Chers amis,
 
Je suis heureux de revenir au Forum de Paris pour la Paix et d’inaugurer sa deuxième édition dans cette magnifique Grande Halle.
 
Le succès immédiat de cet évènement illustre le désir et le besoin de réflexions nouvelles sur la gouvernance internationale.
 
Il y a un an, à l’occasion du centenaire de l’armistice de la Première Guerre mondiale, nous avons évoqué le chemin parcouru et les nécessaires leçons de l’histoire.
 
Bien sûr, en comparaison avec les conflits effroyables du siècle passé, la situation actuelle peut nous paraître plus pacifique.
 
Mais nous sommes encore loin de la paix perpétuelle des Lumières.
 
La réalité est bien plus chaotique et incertaine.
 
Sahel, Libye, Syrie, Yémen, Afghanistan … à travers le monde, les conflits perdurent, provoquant souffrances et déracinement des populations.
 
Notre monde est troublé.
 
Il n’est plus bipolaire ou unipolaire, comme dans le passé, mais il n’est pas encore réellement multipolaire.
 
Les rapports de force sont imprévisibles.
 
Bien souvent, il ne s’agit plus de guerres entre Etats souverains, mais de conflits asymétriques où les Etats sont confrontés à des groupes non-étatiques.
 
Avec l’interférence croissante d’acteurs tiers, ces conflits acquièrent rapidement une dimension régionale.
 
Dans le même temps, les relations entre les grandes puissances sont plus dysfonctionnelles que jamais.
 
Avec, nous le voyons, des conséquences regrettables au Conseil de Sécurité, qui se retrouve régulièrement paralysé.
 
Et même lorsque le Conseil agit, des ingérences extérieures rendent la mise en œuvre des résolutions encore plus difficile.
 
Regardez l’embargo sur les armes en Libye. Personne ne le respecte, et on n’essaye même pas de s’en cacher.
 
Les tensions internes ou régionales se propagent.
 
Les conflits deviennent de plus en plus interdépendants et de plus en plus liés à une nouvelle forme de terrorisme global.
 
L’impact du conflit libyen sur le Sahel et la région du lac Tchad en est un triste exemple de ce que j’ai dit.
 
A cela s’ajoute le danger de la prolifération nucléaire, qui, loin de disparaître, fait même un retour inquiétant.
 
La prévention est donc plus que jamais indispensable.
 
Nous devons nous attaquer aux causes profondes et prévenir la montée des tensions ou l’éruption de nouveaux conflits.
 
Cela ne peut se faire que dans le cadre du multilatéralisme.
 
C’est le sens des réformes que j’ai lancées au sein des Nations Unies, qui placent la prévention des crises et la médiation au cœur de notre dispositif, tout en développant une architecture pour combattre l’extrémisme violent et renforcer la paix et la sécurité internationales en étroite coopération avec les organisations régionales comme l’Union Africaine et l’Union européenne. 
 
Chers amis,
 
Dans le contexte de ce panorama général, je voudrais évoquer en particulier cinq risques globaux, cinq fissures grandissantes.
 
Tout d’abord, nous voyons apparaître le danger d’une fracture économique, technologique et géostratégique.
 
Une planète divisée en deux, qui verrait les deux plus grandes puissances économiques asseoir leur pouvoir sur deux mondes séparés en compétition, chacun avec sa devise dominante, ses propres règles commerciales et financières, son propre Internet, son propre développement de l’intelligence artificielle et ses propres stratégies géopolitiques et militaires dans un jeu  à somme nulle.
 
Nous devons tout faire pour éviter cette Grande Fracture et préserver un système global : une économie universelle dans le respect du droit international ; un monde multipolaire avec des institutions multilatérales solides.
 
Pour cela, nous avons absolument besoin d’une Europe forte et unie comme pilier fondamental d’un ordre multilatéral fondé sur l’Etat du droit et le respect des libertés fondamentales.
 
En tant qu’ancien chef de gouvernement européen, je sais que ce n’est pas toujours évident.
 
Mais en tant que Secrétaire-Général des Nations Unies, je sais aussi que l’Union européenne représente une lueur d’espoir et que son échec contribuerait gravement l’échec du multilatéralisme.  
 
Dans le même temps, on observe au niveau national une fissure du contrat social.
 
Nous assistons à une vague de manifestations dans le monde entier.
 
Et si chaque situation est unique,  il existe deux points communs.
 
Tout d’abord, nous voyons une défiance de plus en plus grande des citoyens envers les institutions et dirigeants politiques. Le contrat social est menacé.
 
Nous voyons également les effets négatifs d’une mondialisation associée aux progrès technologiques accroitre les inégalités au sein des sociétés.
 
Les peuples souffrent et veulent être entendus.
 
Ils ont soif d’égalité.
 
Ils demandent des systèmes sociaux et économiques qui fonctionnent pour tous.
 
Ils veulent que leurs droits humains et libertés fondamentales soient respectés.
 
Ils veulent avoir leur mot à dire dans les décisions qui affectent leur vie.
 
Et lorsque ce n’est pas le cas, ce sentiment d’exclusion peut conduire à la révolte.
 
Les gouvernements ont l'obligation de respecter les libertés d'expression et de réunion pacifique.
 
Je suis préoccupé par le fait que certaines manifestations ont conduit à la violence et à la perte de vies humaines.
 
Chacun doit faire preuve de retenue et privilégier le dialogue.
 
Il nous faut répondre à ce malaise des populations par un nouveau contrat social, inclusif et équitable.
 
Les jeunes doivent accéder à des conditions de vie dignes.
 
Les femmes doivent avoir les mêmes chances et opportunités que les hommes.
 
Comment expliquer à nos enfants qu’au rythme actuel, l’égalité économique entre hommes et femmes ne sera atteinte que dans deux siècles ?
 
Les personnes atteintes par la maladie, en situation de précarité ou de handicap doivent être protégées.
 
Une société apaisée implique l’égalité des chances et le respect des droits et libertés de tous.
C’est la feuille de route des Objectifs de développement durable et du Programme 2030 adopté par l’Assemblée Générale : une mondialisation durable et inclusive.
 
Et ce doit être au cœur de la réflexion sur les nouveaux modèles de gouvernance mondiale.
 
C’est uniquement par la pleine participation de chacun que nous rétablirons la confiance des peuples dans le système démocratique.
 
Chers amis,
 
Lorsque ces inégalités sociales ne sont pas résorbées, elles nourrissent une troisième fissure : celle de la solidarité.
 
Nous le savons, un tel contexte social entraine un phénomène bien trop connu, celui du repli sur soi.
 
Et ce sont les plus fragiles – minorités, réfugiés, migrants, femmes, enfants – qui en sont les premières victimes. 
 
La peur de l’étranger est utilisée à des fins politiques.
 
L’intolérance, la haine deviennent banales.
 
Des personnes qui ont tout perdu se voient désignées comme la cause de tous les maux.
 
Cette instrumentalisation accentue la polarisation de la vie politique et le risque de sociétés fracturées.
 
Retrouvons la raison.
 
Ne cédons pas aux discours populistes.
 
N’acceptons jamais le racisme, la xénophobie, la discrimination.
 
Tendons la main.
 
Loin des calculs politiques de court terme qui produisent malaise et divisions, faisons preuve d’audace et de courage politique.
 
La diversité n’est pas une menace mais une richesse.
 
Pour garantir son succès, investissons dans la cohésion sociale, afin que chaque communauté se sente respectée dans son identité et puisse pleinement participer à la société dans son ensemble.
 
En parallèle, poursuivons une plus grande coopération internationale.
 
Nous devons combattre la traite des êtres humains et les passeurs qui s’enrichissent sur le dos de femmes et hommes désespérés.
 
Nous devons continuer sur la lancée du premier Pacte mondial sur les migrations, adopté en décembre dernier.
 
Il est urgent de rétablir l’intégrité du régime de protection des réfugiés et tenir les promesses du Pacte mondial sur les réfugiés.
 
Chers amis,
 
Il est probable que ces flux humains augmentent dans les années à venir – ce qui m’amène à la quatrième fissure : celle entre notre planète et ses habitants.
 
Ne mâchons pas les mots : la crise climatique est une course contre la montre pour la survie de notre civilisation et une course que nous sommes en train de perdre.
 
Si ce péril n’est hélas pas encore une évidence pour certains, c’est une réalité pour bien des populations, dont l’environnement devient invivable.
 
Nous voyons les records de température tomber les uns après les autres.
 
Nous voyons les banquises rétrécir et les déserts s’étendre.
 
Nous sommes témoins de tempêtes de plus en plus imprévisibles et destructrices.
 
J’ai vu de mes propres yeux la dévastation en Dominique, au Mozambique ou aux Bahamas. 
 
La multiplication de ces phénomènes extrêmes provoque le déplacement de populations et participe à la déstabilisation de territoires entiers et aux conflits locaux.
 
Le Sahel ou l’Afghanistan en sont de tristes exemples.
 
Et ce n’est que le début.
 
Si nous n’agissons pas maintenant, l’histoire retiendra que nous disposions de toutes les instruments nécessaires pour prévenir cela et que nous avons choisi de ne rien faire.
 
Nos enfants et petits-enfants se souviendront que nous ne les avons pas écoutés et avons privilégié les faux profits de court terme à leur futur.
 
Mais il n’est pas trop tard. Les solutions existent.
 
C’est pour cela que nous avons organisé le Sommet d’Action pour le Climat.
 
Pour agir sans tarder, avec plus d’ambition.
 
L’Accord de Paris doit être mis en œuvre.
 
Mais la feuille de route établie par la communauté scientifique est claire : nous devons réduire les émissions de gaz à effet de serre de 45% d’ici 2030 ; atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 ; et limiter la hausse de la température globale à 1,5°C d’ici la fin du siècle. 
 
Même si les engagements de Paris étaient pleinement respectés, et ce n’est pas le cas, cela ne suffirait pas à nous mettre sur une telle trajectoire.
 
Les gouvernements doivent donc non seulement honorer leurs contributions nationales, mais les rehausser au plus vite.
 
Cela commence dès la COP25 qui se tiendra en fin d’année à Madrid.
 
Il est plus que temps de mettre un prix sur le carbone et d’arrêter de subventionner les énergies fossiles avec l’argent du contribuable.
 
Est-il normal de récompenser la pollution qui tue des millions de personnes ?
 
L’heure est venue de taxer le carbone plutôt que les salaires. Ce sont les pollueurs qui doivent payer.
 
Le progrès technologique joue en notre faveur. Je vois de nombreux investisseurs et entreprises adopter des modèles de développement durables et prospères. C’est le manque de volonté politique qui me préoccupe grandement.
 
Les pays développés doivent également tenir la promesse de mobiliser, d’ici 2020, 100 milliards de dollars par an de sources publiques et privées pour les pays en développement.
 
Les 9,8 milliards de dollars promis il y a deux semaines lors de la conférence de reconstitution du Fonds vert pour le climat, représentent un signal important.
 
Chers amis,
 
Nous avons une dizaine d’années pour agir. Ne perdons plus de temps.
 
Enfin, nous voyons tous apparaître un cinquième risque, celui d’une fracture technologique.
 
Bien sûr, les nouvelles technologies représentent un potentiel fantastique.
 
Un nouveau monde s’ouvre à nous.
 
Nous le verrons pendant le forum, les nouvelles technologies représentent un outil de paix et de développement durable des sociétés.
 
Mais ces mêmes technologies peuvent également être un facteur de risques et d’accélération des inégalités.
 
Des secteurs entiers du marché de l’emploi disparaissent.
 
Et si de nouvelles opportunités émergent, les emplois créés ne sont pas de la même nature.
 
Pour éviter l’exclusion, il est donc essentiel d’établir une stratégie éducative de long terme, qui intègre l’apprentissage des nouvelles technologies tout au long de la vie.
 
Il ne faut plus simplement s’instruire, mais apprendre à apprendre, tout en mettant en place des mécanismes innovants de protection sociale afin de ne laisser personne de côté.
 
La technologie doit être un vecteur de réduction des inégalités et de progrès social.
 
Dans le même temps, la manipulation de l’information et les discours de haine se propagent.
 
De nouvelles formes de surveillance, y compris par des entités privées, se généralisent.
 
La régulation traditionnelle ne fonctionne pas. Le législateur n’arrive pas à suivre le rythme de la loi de Moore.
 
Pour cela, je souhaite faire des Nations Unies une plateforme où gouvernements, entreprises, chercheurs et société civile se rencontrent afin de définir ensemble les lignes rouges et les règles de bonne conduite numérique.
 
Le rapport du Groupe de Haut Niveau sur la Coopération Numérique illustre cette vision multi-acteurs et peut guider nos efforts communs.
 
Le Forum annuel sur la gouvernance de l’internet constitue un rendez-vous important et je sais que certains d’entre vous se joindront à moi à Berlin à la fin du mois.
 
L’Appel de Paris, adopté au Forum l’année dernière, constitue un autre pas en ce sens.
 
J’ai également lancé une stratégie à l’échelle du système des Nations Unies pour lutter contre les discours de haine en ligne. C’est un combat de chaque instant.
 
Chers amis,
 
Grâce à l’adoption du Règlement général de protection des données, l’Union européenne fait figure d’exemple en la matière et inspire des mesures similaires ailleurs dans le monde.
 
Elle doit continuer de façonner l’ère numérique et être en première ligne de la régulation technologique.
 
Car dans un espace peu ou pas régulé, la cybercriminalité prospère.
 
Des campagnes de désinformation, orchestrées avec des moyens très modestes, atteignent l’autre bout du monde.
 
Des cyberattaques paralysent des Etats ou entreprises entières.
 
Et une nouvelle course, celle des cyber armements, est déjà en cours.
 
Il est à craindre que la prochaine guerre soit déclenchée par une cyberattaque massive.
 
Demain, des robots tueurs pourraient prendre la relève des soldats.
 
Nous devons interdire toute arme autonome.
 
Des machines qui ont le pouvoir et la discrétion de tuer sans intervention humaine sont politiquement inacceptables et moralement abjectes.
 
Comment imaginer que le « progrès » technologique puisse entraîner un recul des droits humains ?
 
L'intelligence artificielle doit au contraire être mise à profit pour garantir à chacun une vie digne, dans la paix et la prospérité.
 
Mesdames et Messieurs,
 
Le monde se fissure. Le statu quo n’est pas tenable.
 
Quel État peut aujourd’hui réparer ces fissures seul, isolé du reste du monde ?
 
Aucun.
 
Nous avons besoin d’un système universel, respectueux du droit international et organisé autour d’institutions multilatérales fortes.
 
Nous avons besoin de plus de solidarité internationale, de plus de multilatéralisme.
 
Mais d’un multilatéralisme qui s’adapte aux défis d’aujourd’hui et de demain.
 
C’est pour cela que j’ai lancé des réformes visant à rendre l’Organisation des Nations Unies plus efficace et plus agile.
 
Au-delà, nous devons penser le multilatéralisme en réseaux, au plus près des populations.
 
Il nous faut travailler main dans la main avec les organisations régionales, mais également les institutions financières, les banques de développement et les agences spécialisées.
 
Ainsi, au Sahel, nous coopérons avec les gouvernements, l’Union africaine, la CEDEAO, le G5 Sahel, la Banque Mondiale, le Fonds Monétaires International, la Banque Africaine de Développement, l’Alliance Sahel, les pays donateurs et bien d’autres afin de répondre aux enjeux sécuritaires et de développement de façon coordonnée et intégrée.
 
Ensuite, la coopération internationale ne peut se contenter des seuls acteurs institutionnels.
 
Les projets présentés ici sont autant d’arguments pour un multilatéralisme inclusif, avec la pleine participation de la société civile, dont la jeunesse, des milieux économiques, universitaires et philanthropiques.
 
L’enjeu climatique en est un exemple. J’étais le mois dernier à Copenhague à l’occasion de la conférence C40 des maires engagés pour le climat.
 
Les villes représentent 70% des émissions. Une action concertée avec les acteurs locaux est donc essentielle.
 
Au-delà, les Objectifs développement durable requièrent des investissements extraordinaires. Ainsi, j’ai rassemblé l'Alliance des investisseurs mondiaux pour le développement durable, qui comprend 30 investisseurs influents s’engageant à lever ensemble des milliers de milliards de dollars au cours des deux prochaines années.
 
Pourquoi ? Parce qu’ils savent qu’investir dans le développement durable est non seulement éthique mais aussi rentable.
 
Mais c’est le cas sur bien d’autres sujets, comme nous le verrons tout au long du Forum.
 
La campagne Digital Peace Now vise ainsi à répondre à l’augmentation des cyberattaques en encourageant les dirigeants mondiaux à créer un cyberespace plus sûr.
 
Je suis également heureux que le hub français du réseau International Gender Champions, lancé à Genève en 2015 et dont je suis honoré de faire partie, soit inauguré demain.
 
Je crois profondément que l’inégalité des sexes est avant tout un enjeu de pouvoir, et il est essentiel de faire de l'égalité femme-homme une réalité professionnelle.
 
C’est pour cela que j’ai depuis mon premier jour à la tête des Nations Unies déployé une stratégie pour atteindre la parité bien avant 2030. C’est aujourd’hui chose faite au sein du Conseil de direction ainsi que parmi les Coordonnateurs Résidents.
 
La participation des femmes aux processus de paix est tout aussi essentielle. La résolution 1325 « Femmes, paix et sécurité » doit être mise en œuvre et les bonnes intentions se transformer en réalité.
 
Chers amis,
 
Cette vision d’une coopération inclusive est au cœur de la réflexion que nous lançons à l’occasion du 75ème anniversaire de l’ONU.
 
Tout au long de l’année 2020, un dialogue ouvert aux citoyens du monde entier permettra de recueillir des idées pour faire face aux défis et encourager l’action collective.
 
Les résultats seront présentés aux dirigeantes et dirigeants du monde entier lors de la 75ème session de l’Assemblée générale.
 
Je vous invite à y participer activement pour transformer cet anniversaire en un nouveau souffle pour le multilatéralisme.
 
Chers amis,
 
Seule une vision stratégique, inscrite dans la durée, nous permettra de résoudre des défis par nature interdépendants et de long terme.
 
Lutter contre la crise climatique, c’est aussi lutter pour la paix et la cohésion sociale. Contribuer à l’accès aux technologies, c’est également contribuer à l’égalité femme-homme. Prévenir les conflits, c’est aussi favoriser un développement juste et durable.
 
Nous l’avons prouvé par le passé : nous sommes capables de nous rassembler, d’être à la hauteur de la situation.
 
Victor Hugo disait que ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent.
 
Et bien, luttons, luttons, sans relâche.
 
Je vous remercie de votre engagement et vous souhaite des travaux fructueux.
 
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I am pleased to be back at the Paris Peace Forum and to open its second session in this magnificent Great Hall.
 
The immediate success of this event illustrates the wish and the need for new reflections on international governance.
 
A year ago, on the hundredth anniversary of the First World War Armistice, we talked about the course of history and its inevitable lessons.
 
Of course, in comparison with the horrifying conflicts of the last century, the current situation might seem more peaceful.
 
But we are still far from the "Perpetual Peace" described by the great thinkers of the Enlightenment.
 
The reality on the ground is much more chaotic and uncertain.
 
The Sahel, Libya, Syria, Yemen, Afghanistan....around the world, conflicts persist, causing suffering and uprooting people.
 
Our world is in turmoil.
 
It is no longer bipolar or unipolar, but it is not yet truly multipolar.
 
Balances of power are constantly shifting.
 
Often, we are not seeing wars between sovereign States, but asymmetrical conflicts in which States are facing non-State groups.
 
With the growing interference of third parties, these conflicts rapidly take on a regional dimension.
 
At the same time, relationships between the major powers are more dysfunctional than ever.
 
As we've seen, this has very unfortunate consequences in the Security Council, which regularly finds itself paralysed.
 
And even when the Council does act, external interference makes implementing its resolutions even harder.
 
Take the Libyan arms embargo. Everyone is flouting it, and nobody is even trying to deny that fact.
 
National and regional tensions are spreading.
 
Conflicts are becoming more and more interdependent and increasingly linked to a new form of global terrorism.
 
The impact of the Libyan conflict on the Sahel and the Lake Chad region is a sad illustration of this.
 
To this is added the threat of nuclear proliferation, which, far from disappearing, is making a worrying comeback.
 
Prevention is thus more essential than ever.
 
We must address the underlying causes and prevent the increase of tensions and the eruption of new conflicts.
 
This will only be possible through multilateralism.
 
These ideas underpin the reforms that I have initiated at the United Nations. They are about putting crisis prevention and mediation at the heart of our activities, and developing a framework to combat violent extremism and strengthen international peace and security, in close cooperation with regional organizations like the African Union and the European Union. 
 
Dear friends,
 
Against this backdrop, I'd like to highlight five global risks, or widening fault lines.
 
First is the emerging risk of an economic, technological and geostrategic fault line opening up.
 
We could end up with a planet split in two, with the two largest economies creating two separate and competing worlds, each with its own dominant currency, trade and financial rules, its own internet, its own development of artificial intelligence and its own geopolitical and military strategies, in a zero-sum game. 
 
We must do everything possible to avert this Great Fracture and preserve a global system: a universal economy with respect for international law; a multipolar world with solid multilateral institutions.
For this, we absolutely must have a strong and united Europe, as a fundamental pillar of a multilateral order based on the rule of law and respect for fundamental freedoms.
 
As a former European head of government, I know that this is not always easy.
 
But as Secretary-General of the United Nations, I also know that the European Union represents a beacon of hope, and that its failure would contribute enormously to the failure of multilateralism.
 
At the same time, at the national level, we see a widening fault line in the social contract.
 
We are witnessing a wave of protests all across the world.
 
While the situations are all unique, they have two features in common.
 
First, we are seeing a growing deficit of trust between people and political institutions and leaders. The social contract is under threat.
 
We are also seeing the negative effects of globalization which, coupled with advancing technology, is deepening inequalities in society.
 
People are suffering and want to be heard.
 
They want equality.
 
They are calling for social and economic systems that work for everybody.
 
They want their human rights and fundamental freedoms to be respected.
 
They want to have a say in the decisions that affect their lives.
 
When this is not the case, the feeling of exclusion can lead to revolt.
 
Governments have a duty to respect freedom of expression and of peaceful assembly.
 
I am concerned by the fact that some demonstrations have resulted in violence and loss of human life.
 
Everyone must exercise restraint and prioritize dialogue.
 
We must respond to this deep and widespread discontent with a new social contract, one that is inclusive and equitable.
 
Young people should be able to live in dignity.
 
Women should have the same prospects and opportunities as men.
 
How can we explain to our children that, if we keep up the current pace, it will take us another two centuries to reach economic equality between men and women ?
 
The sick, the vulnerable and those living with a disability should be protected.
 
A peaceful and stable society is only possible when there are equal opportunities for all and respect for the rights and freedoms of all.
 
This is the road map for the Sustainable Development Goals and the 2030 Agenda adopted by the General Assembly: globalization that is sustainable and inclusive.
 
And this should be at the heart of our reflection on new models for global governance.
 
It is only through everyone’s full participation that we will rebuild people's trust in the democratic system.
 
Dear friends,
 
If we fail to tackle these inequalities, they open up a third fault line: a solidarity gap.
 
As we know, this type of social environment leads to the all-too-familiar phenomenon of people turning inward.
 
And it is the most vulnerable – minorities, refugees, migrants, women and children – who are the first to suffer in these circumstances. 
 
Fear of foreigners is being used for political ends.
 
Intolerance and hatred are becoming commonplace.
 
People who have lost everything are being blamed for all the world's ills.
 
This exacerbates the polarization of political life and the risk of divided societies.
 
Let us return to reason.
 
Let us not yield to populist rhetoric.
 
Let us never accept racism, xenophobia or discrimination.
Let us reach out.
 
Instead of short-term political calculations that sow discontent and division, let us show daring and political courage.
 
Diversity is not a threat but an asset.
 
To ensure success, let us invest in social cohesion, so that every community feels that its identity is respected and that it can fully participate in society as a whole.
 
In parallel, let us strengthen international cooperation.
 
We must combat human trafficking and the smugglers who are getting rich at the expense of desperate women and men.
 
We must also build on the first-ever Global Compact on Migration, adopted last December.
 
There is an urgent need to re-establish the integrity of the refugee-protection regime, and fulfil the promises set out in the Global Compact on Refugees.
 
Dear friends,
 
These human migratory flows will probably increase in the coming years - which brings me to the fourth fault line: the one between people and planet.
 
Let us not mince words: the climate crisis is a race against time for the survival of our civilization, a race that we are losing.
 
Though this danger is, alas, still not obvious to some, it's a reality for many whose environment is becoming uninhabitable.
 
We are seeing temperature records broken, one after another.
 
We are seeing icecaps recede and deserts expand.
 
We are witnessing ever-more unpredictable and destructive storms.
 
I have seen, with my own eyes, the devastation in Dominica, Mozambique and the Bahamas. 
 
The proliferation of these extreme phenomena is displacing populations and contributing to the destabilization of whole countries and to local conflicts.
The Sahel and Afghanistan are sad examples.
 
And that is just the beginning.
 
If we fail to act now, history will remember that we had all the means needed to fight back, but that we chose to do nothing.
 
Our children and grandchildren will remember that we didn't listen to them, and that we sacrificed their future for fake short-term profit.
 
But it is not too late. Solutions exist.
 
This is why we organized the Climate Action Summit.
 
To act without delay, and with greater ambition.
 
The Paris Agreement must be implemented.
 
But the road map established by the scientific community is clear: we must reduce greenhouse gas emissions by 45 per cent by 2030; achieve carbon neutrality by 2050; and limit the global temperature increase to 1.5 degrees by the end of the century. 
 
Even if the Paris commitments were fully met, and they are not, it would not be enough to set us on that path.
 
Governments should not only honour their national contributions, but increase them as soon as possible.
 
This will start at COP25, at the end of this year in Madrid.
 
It is high time to put a price on carbon and stop subsidizing fossil fuels with taxpayers' money.
 
How can it make sense to reward the pollution that is killing millions of people?
 
The time has come to tax carbon rather than incomes. It is the polluters who should pay.
 
Technological progress is on our side. I see many investors and businesses adopting sustainable and lucrative development models. It's the lack of political will that worries me deeply.
 
Developed countries should also keep their promise to mobilize, between now and 2020, $100 billion each year from public and private sources for developing countries.
 
The $9.8 billion promised two weeks ago at the Green Climate Fund pledging conference sends out an important signal.
 
We have about a decade left to act.
 
Let's not waste any more time.
 
Lastly, we are all seeing the emergence of a fifth fault line: a technological divide.
 
New technologies, of course, hold fantastic potential.
 
A new world is opening up for us.
 
As we will see during the Forum, new technologies represent a tool for peace and for the sustainable development of societies.
 
But these very technologies can also increase risk and accelerate inequalities.
 
Entire sectors of the labour market are disappearing.
 
And although new opportunities are emerging, the jobs created are not the same.
 
To avoid exclusion, we must therefore put in place a long-term education strategy that integrates lifelong learning of new technologies.
 
We must no longer simply learn, but learn how to learn, while setting up innovative social protection mechanisms so that no one is left behind.
 
Technology must be a vehicle for social progress and reducing inequalities.
 
At the same time, hate speech and the manipulation of information are spreading.
 
New forms of surveillance, including surveillance by private entities, are becoming more widespread.
 
Traditional regulation is not working. Lawmakers are unable to keep up with Moore's law.
 
For this reason, I wish to make the United Nations a place in which governments, companies, researchers and civil society can meet to define together the red lines and best practice rules.
 
The report of the High-level Panel on Digital Cooperation illustrates this multi-stakeholder vision, and can guide our joint efforts.
 
The annual Internet Governance Forum is an important occasion, and I know that some of you will be joining me in Berlin at the end of the month.
 
The Paris Call, adopted at the Forum last year, is another step in this direction.
 
I have also launched a United Nations-system-wide strategy to tackle online hate speech. The task is an unrelenting one.
 
Dear Friends,
 
With the adoption of the General Data Protection Regulation, the European Union is setting an example and inspiring similar measures elsewhere in the world.
 
The EU must continue to shape the digital age and be at the forefront of technological regulation.
 
Because cybercrime thrives in a poorly regulated or unregulated environment.
 
Disinformation campaigns, orchestrated  very cheaply, can reach the furthest side of the world.
 
Cyberattacks can paralyse entire countries or companies.
 
And a new arms race, the cyberarms race, is already underway.
 
The danger is that the next war will be triggered by a massive cyberattack.
 
Tomorrow, killer robots could take the place of soldiers.
 
We must ban all autonomous weapons.
 
Machines that have the power and discretion to kill without human intervention are politically unacceptable and morally despicable.
 
How is it imaginable that technological "progress" could lead to regression in human rights?
 
We should instead be ensuring that artificial intelligence is used to guarantee that everyone can live in dignity, peace and prosperity.
 
Dear friends,
 
The world is breaking apart. The status quo is untenable.
 
What country is capable of bridging these fault lines in isolation, separately from the rest of the world?
None.
 
We need a universal system that respects international law and is organized around strong multilateral institutions.
 
We need more international solidarity, more multilateralism.
 
But this multilateralism needs to adapt to the challenges of today and tomorrow.
 
That is why I have launched reforms to make the United Nations more effective and agile.
 
We must think in terms of networked multilateralism, close to the people.
 
We need to work hand in hand with regional organizations, but also with international financial institutions, development banks and specialized agencies.
 
That is why in the Sahel we cooperate with governments, the African Union, ECOWAS, the G5 Sahel, the World Bank, the International Monetary Fund, the African Development Bank, the Sahel Alliance, donor countries and many others to address security and development issues in a coordinated and integrated manner.
 
However, international cooperation cannot be limited to institutional actors alone.
 
The projects presented here are all arguments in favour of inclusive multilateralism, with the full participation of civil society, including young people, business, academic and philanthropic circles.
 
The climate issue is an example of this. Last month I was in Copenhagen for the C40 world summit of mayors committed to taking climate action.
 
Cities account for 70 per cent of emissions. Concerted action with local partners is therefore vital.
 
Looking to the future, the Sustainable Development Goals require extraordinary investment. For example, I have brought together the Global Investors for Sustainable Development Alliance, which includes 30 influential investors pledging to raise thousands of billions of dollars together over the next two years.
 
Why? Because they know that investing in sustainable development is not only ethical but also profitable.
 
But as we will see throughout the Forum, the same approach applies to many other issues.
 
For example, the Digital Peace Now campaign aims to respond to the increase in cyberattacks by encouraging world leaders to make cyberspace safer.
I am also pleased that tomorrow will mark the inauguration of the French hub of the International Gender Champions network, launched in Geneva in 2015, and of which I am honoured to be a member.
 
I strongly believe that gender inequality is first and foremost a power issue, and that it is vital to make equality between women and men a professional reality.
 
That is why immediately after assuming the leadership of the United Nations, I put in place a strategy to achieve parity well before 2030. That goal has already been achieved in the Senior Management Group and among the Resident Coordinators.
 
Women's participation in peace processes is equally essential. Resolution 1325 on women, peace and security must be implemented, and good intentions must be translated into action.
 
Dear friends,
 
This vision of inclusive cooperation is at the heart of the reflection we are launching for the 75th anniversary of the United Nations.
 
Throughout 2020, a dialogue open to citizens from all over the world will gather ideas to address challenges and encourage collective action.
 
The results will be presented to world leaders at the seventy-fifth session of the General Assembly.
 
I invite you to participate actively in this dialogue so that this anniversary breathes new life into multilateralism.
 
Dear Friends,
 
Only a sustained strategic vision will enable us to solve challenges that are interdependent and long-term.
 
Fighting the climate crisis also means fighting for peace and social cohesion. Expanding access to technology also means contributing to gender equality. Preventing conflicts also means facilitating fair and sustainable development.
 
We have proven in the past that we are able to come together, to rise to the occasion.
 
Victor Hugo said that those who live are those who fight. So let us fight, fight and not give up.
 
I thank you for your commitment and wish you well in your work.