Geneva, Switzerland

08 May 2019

Secretary-General's remarks at the Allée du Centenaire at the International Labour Organization [as delivered, in French]

Excellences, Mesdames et Messieurs, Chers collègues, Tout protocole observé,
 
Le jour où je suis né, mon grand-père a planté un arbre, un olivier. Il faisait confiance. Un arbre est un projet à long terme. Un arbre est une démonstration de confiance dans le futur. Et les oliviers, dans mon pays, durent longtemps. Il y a même des oliviers millénaires, qui ont tout vu autour d’eux et qui ont résisté à tout.
 
Et c’est, je crois, particulièrement significatif, au moment où une organisation célèbre son centenaire, qu’on plante des arbres, parce qu’on est très orgueilleux du passé de l’Organisation internationale du Travail.
 
La contribution de l’Organisation aux droits des travailleuses et des travailleurs dans le monde est absolument remarquable. Il y a énormément de choses qu’aujourd’hui on considère naturelles, mais qu’en 1919 n’existaient pas du tout. Et, c’est grâce à ce dialogue social institutionnalisé au niveau global qu’on a pu faire des progrès absolument remarquables. Mais, ce pouvoir est aussi une garantie de capacité d’action vers le futur.
 
Je cite souvent un philosophe allemand qui a eu beaucoup d’influence dans ma formation politique, Jünger Habermas. Et l’une des idées les plus importantes d’Habermas c’est qu’une caractéristique fondamentale de la démocratie moderne est un flux de communication permanent entre la société politique et la société civile, et le fait que cette intercommunication a une influence réelle dans les décisions politiques.
 
Je crois que ce qui est vrai à l’échelle d’un pays est vrai à l’échelle globale. Et c’est pour ça que le dialogue social est une clé absolument essentielle pour la gouvernance au niveau national et pour la gouvernance au niveau global. Et ça devient de plus en plus important quand on regarde ce qui va se passer dans les années à venir et l’impact énorme que l’évolution technologique et la globalisation auront de plus en plus sur les rapports sociaux et sur la vie des peuples.
 
Je crois que l’Organisation internationale du Travail a démontré une énorme vision en anticipant les perspectives que la quatrième révolution industrielle et l’intelligence artificielle auront sur les marchés du travail. Mais pas seulement sur les marchés du travail, sur toute la vie de la planète. Votre vision que la nature du travail elle-même va changer. Il y aura évidemment des rapports différents entre travailler, les temps de détente et d’autres activités qui, naturellement, vont surgir dans la vie quotidienne de nos citoyennes et de nos citoyens partout dans le monde. Cette vision qu’il y aura besoin de nouvelles générations de politiques éducationnelles, de politiques de protection sociale.  Cette vision qu’il y aura énormément de choses qui vont changer de telle façon qu’on ne peut pas prévoir comment sera le monde dans une centaine d’années…
 
Mais il y a une chose qu’on peut prévoir : pour que ce soit possible de réussir, il nous faut maintenir cette perspective de dialogue permanent entre les composantes essentielles des sociétés, même si elles seront différentes dans le futur. Et ce qui est une garantie pour nous vis-à-vis le futur du multilatéralisme, c’est que l’Organisation internationale du Travail est le symbole de cette vision que le multilatéralisme va au-delà des rapports entre les gouvernements; le multilatéralisme est, de plus en plus, quelque chose qui doit envelopper tous les acteurs importants au niveau de la vie des sociétés, à l’échelle nationale et à l’échelle globale.
 
Alors, je ne sais pas du tout comment le monde sera dans une centaine d’années. Je n’ai aucune idée comment seront les mécanismes de fonctionnement des économies et des sociétés, mais je suis absolument sûr que les arbres qu’on a plantés seront là, et que l’Organisation internationale du Travail y sera.
 
Merci.