Paris, France

25 June 2016

Secretary-General's remarks upon receiving an honorary doctorate at the Sorbonne-Pantheon University (in French)

Monsieur François Weil, Recteur, Chancelier des Universités de Paris;
Madame Marie-Laure Coquelet, Vice- Chancelière des Universités de Paris,
Monsieur Georges Haddad, Président de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. 
Professeur Yann Toma, Délégué de l’INITIATIVE ONU, Paris 1 Panthéon Sorbonne
Monsieur Jean-Vincent Placé, Secrétaire d'Etat en charge de la Réforme de l'Etat et la  
  Simplification,

C’est un grand honneur pour moi d’être ici.

J’accepte ce titre de docteur honoris causa au nom de toute l’Organisation des Nations Unies.

De nombreux fonctionnaires des Nations Unies sont diplômés de la Sorbonne.

Cette université a formé un grand nombre de dirigeants qui ont marqué l’histoire.

Sur un plan plus personnel, l’une de mes filles a passé un an ici dans le cadre d’un programme d’échange d’étudiants. Je me souviens qu’à l’époque je m’étais dit : « J’aimerais bien moi aussi passer un an à la Sorbonne! »

Il existe une tradition de collaboration entre l’Université et l’Organisation des Nations Unies.

En décembre dernier, la Sorbonne a accueilli de nombreuses manifestations pendant la semaine du climat, au cours de laquelle les dirigeants ont accompli un geste historique lorsqu’ils ont adopté le premier accord mondial sur le climat depuis des décennies.

Je tiens à remercier le Président François Hollande du savoir-faire dont la France a fait preuve pour mener à bien les négociations.

La Sorbonne s’est également fait la championne des droits de l’homme, une des causes fondamentales pour lesquelles se bat l’Organisation des Nations Unies.

L’Université est maintenant le centre des droits de l’homme de l’initiative Impact universitaire.

Le Président Boutry a exprimé son ferme attachement à cette mission lorsque nous nous sommes rencontrés en 2013.

Je l’ai encouragé à passer par l’association Sorbonne pour l’Organisation des Nations (SONU) pour inviter les étudiants à se joindre au groupe ASPIRE de l’ONU.
 
Je remercie les nombreux membres du groupe ASPIRE et de l’association SONU qui sont présents ici aujourd’hui.

Je suis également très reconnaissant au Président George Haddad, qui a dirigé la Division de l’enseignement supérieur de l’UNESCO.

Et je remercie le professeur Yann Toma, qui a montré que les arts et la culture avaient le pouvoir d’amener les gens à agir.

Compte tenu de notre partenariat solide, j’aimerais lancer trois appels.

Premièrement, pour un nouvel engagement en faveur de la défense des droits de l’homme.

Deuxièmement, pour un esprit de citoyenneté mondiale.

Et troisièmement, pour des sociétés plus ouvertes et une plus grande solidarité internationale.

Éminentes personnalités,
Mesdames et Messieurs,

Mon appel à un nouvel engagement en faveur des droits de l’homme survient à la suite des graves exactions et atrocités généralisées qui sont commises dans le monde entier.

Il y a aujourd’hui plus de réfugiés et de personnes déplacées que jamais auparavant.

Les violations des droits de l’homme sont l’une des principales raisons qui poussent les personnes à fuir.

La crise syrienne, précédée de décennies de mauvaise gouvernance, a commencé par une répression contre des manifestants pacifiques.

Diverses parties ont commis des violations horribles dans toute la Syrie.

Il y a une semaine aujourd’hui, j’ai visité l’île grecque de Lesbos pour parler directement à des réfugiés.

Ils ont subi des tragédies et des traumatismes.

Ils veulent la paix. Ils méritent notre compassion.

De nombreux européens ont réagi avec bienveillance, la Sorbonne aussi.
Je salue chaleureusement la communauté de la Sorbonne, qui a permis à 300 réfugiés étudiants de poursuivre leurs études universitaires.

Ces étudiants sont résilients et talentueux.

Ils font mentir les faux stéréotypes.

Je suis profondément préoccupé par la forte montée de la xénophobie en Europe.

Nous entendons l’écho de l’abjecte rhétorique qui a plongé ce continent dans la guerre au XXe siècle.

L’antisémitisme revient, de même que la haine contre les musulmans et la discrimination contre les étrangers.

L’Europe s’est engagée fermement en faveur des droits de l’homme et la France, plus particulièrement, en a toujours été le porte-étendard.

Maintenant, ce pays et ce continent doivent mettre ces idéaux en pratique.

Chers professeurs et étudiants,
Mesdames etMessieurs,

Le deuxième appel que je lance aujourd’hui est pour que les jeunes deviennent des citoyens du monde.

Les étudiants de la Sorbonne font partie de la génération de jeunes la plus nombreuse de l’histoire.

L’Organisation des Nations Unies œuvre plus que jamais auparavant avec les jeunes et en leur nom.

Je crois comprendre que les jeunes Français s’inquiètent pour leur avenir. Le marché du travail est difficile. Les inégalités s’accroissent. Les gouvernements peuvent sembler déconnectés des besoins des populations.

L’ONU a une réponse.

Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 est le plan audacieux et ambitieux que nous avons pour transformer le monde au cours des 15 prochaines années, au moment où les jeunes d’aujourd’hui deviendront des adultes.

Les 17 objectifs de développement durable traitent de questions qui préoccupent la plupart des jeunes : les inégalités, la paix et la nécessité d’avoir des institutions dignes de confiance.

Le Programme 2030 envisage également un monde où les femmes bénéficient pleinement de leurs droits.

La Sorbonne est le berceau d’une pensée féministe importante. Je suis fier d’être féministe. J’estime que c’est une qualité essentielle d’un Secrétaire général de l’ONU.

Les objectifs de développement durable sont universels. Ils concernent les populations des pays désespérément pauvres et les gens désespérément pauvres qui vivent dans les pays riches comme la France.

Forts du Programme 2030, les jeunes peuvent se mobiliser pour un nouvel avenir viable.

Vous recevez tous ici le précieux cadeau d’une éducation exceptionnelle. Par conséquent, vous avez le devoir de trouver les moyens d’aider ceux qui ont moins de chance.

Tendez la main à ceux qui souffrent. Dénoncez l’injustice. Engagez-vous en faveur de notre monde.

Lorsque vous œuvrez en faveur d’un monde meilleur, vous développez en même temps un véritable sentiment d’utilité.

Éminentes personnalités,
Mesdames et Messieurs,

Les droits de l’homme et l’esprit de citoyenneté mondiale contribuent à faire prendre forme à mon troisième appel, à savoir des sociétés plus ouvertes et une communauté internationale plus forte.

  Lorsque les sociétés ne sont pas ouvertes à tous, la cohésion se fissure et, en fin de compte, la stabilité en est ébranlée.

Les communautés doivent apprendre à respecter tous les membres de notre famille humaine, indépendamment de la race, de la religion ou de toute autre différence.

Lorsque les pays sont divisés, ils sont plus fragiles.

Dans un monde de plus en plus connecté, les États doivent renforcer leur coopération.

Je compte sur la Sorbonne pour continuer à éduquer des générations de dirigeants qui font preuve de compassion. Et je compte sur les dirigeants pour agir pour le bien de tous.

L’Organisation des Nations Unies rapproche les pays pour relever les défis de notre temps.

En assurant la promotion des droits de l’homme, en agissant en tant que citoyens du monde et en adoptant un esprit de solidarité, vous pouvez nous aider à étendre les progrès dans le monde.

Chers professeurs et étudiants,
Mesdames et Messieurs,

Depuis près d’une décennie que je suis Secrétaire général, l’Organisation des Nations Unies a essayé d’établir des passerelles. Nous avons œuvré pour aider les pays en conflit à instaurer une paix durable. Nous avons mis l’accent sur la prévention afin que les tensions n’éclatent pas en combats. Et nous avons ouvert plus largement que jamais les portes de l’Organisation à de nouveaux partenaires, notamment à nos amis des milieux universitaires.

À la tête de ce programme, je suis aux prises avec les problèmes les plus difficiles au monde; mais j’ai également rencontré ainsi les plus grands acteurs du progrès.

René Cassin, l’un des premiers auteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme, est profondément lié à la Sorbonne.

Il a dit un jour que les auteurs de la Déclaration ne voulaient pas en faire un document plein d’acrimonie; ils ont préféré tenter de jeter les fondements d’un avenir meilleur.

Nous tous, plus particulièrement vous, les étudiants, devrions nous inspirer de cet esprit pour affronter les réalités les plus sombres et susciter le meilleur de l’humanité.

Je vous remercie.