New York

30 September 2015

Discours du Secrétaire général à la réception pour la Francophonie [in French]

Excellences, Mesdames et Messieurs,

Je suis très touché par cette attention pour mon épouse.

Et je me joins à vos vœux. Très Joyeux anniversaire, mon petit chou! Je t’aime très fort.

Pour tout vous dire, ma secrétaire avait bien marqué le jour d’aujourd’hui comme la date d’anniversaire de mon épouse, selon le calendrier lunaire qui change à chaque année.  Mais j’étais trop occupé dans le tumulte de cette Assemblée générale pour m’en rappeler.  Alors c’est bien grâce à vous, Monsieur le Ministre, que je dois ma survie ce soir et ce, pour de nombreuses années encore !

Par ailleurs, comme nous célébrons plusieurs anniversaires aujourd’hui – celui de mon épouse et le 70ème anniversaire de l’ONU - laissez-moi avoir une pensée toute particulière ce soir en souhaitant à l’Ambassadeur Delattre et son épouse un très joyeux vingtième anniversaire de mariage ! Bravo Monsieur l’Ambassadeur ! Cela mérite tous nos applaudissements!

Chers amis,

Je suis ravi de m’exprimer à nouveau devant vous en français, comme nous en avons pris l’habitude ces dernières années.

Je dois l’avouer – j’apprécie cet évènement annuel qui me permet d’évaluer ma maîtrise du français face à vous.

Depuis des années, j’ai déjà exprimé ici mon amour du français – langue dans laquelle je persiste à progresser – et ce, malgré certaines difficultés face aux subtilités de la langue.

Et je pense avoir enfin atteint une solide maîtrise du français, de ses exceptions et de ses spécificités.

Mais petit à petit, à travers mes déplacements à l’étranger, je me suis rendu compte que le français du Quai d’Orsay n’est qu’une version de la langue de Molière.

A chaque visite à Genève ou à Bruxelles, et il y en a eu beaucoup ces huit dernières années, j’ai appris à changer soixante-dix en "septante", et quatre-vingt-dix en "nonante". Jusque-là, pas de problème…

J’étais loin de m’imaginer qu’à travers mes voyages dans les pays francophones, j’allais apprendre que des pans entiers de la langue française m’avaient échappé.

Je vous laisse imaginer mon étonnement lorsqu’on m’a offert un "cornet" en Suisse pour la première fois – et que je me suis retrouvé avec un sac plastique plutôt qu’une glace ou des frites.

J’ai été tout aussi perplexe lorsque j’ai compris qu’à Paris on se met sur son "trente-et-un" pour sortir alors qu’au Québec on fait de la surenchère en se mettant sur son "trente-six".

Qu’au Burkina Faso, "on mord le carreau", alors qu’en France, on "mord la poussière"…

Qu’en République démocratique du Congo, un "sapeur" est un homme bien habillé et pas un pompier.

Qu’au Maroc, une "gazelle" est une belle femme.

Qu’en Haïti, on trouve "raz" ce qui n’est pas intéressant.

Qu’en Côte d’Ivoire, lorsqu’on "fait caïman", on travaille très dur…

De la Belgique au Burundi, d’Haïti au Bénin, en passant par les Congos et bien sûr, les différentes régions françaises, j’ai découvert une foule de nouveaux mots et une richesse incomparable d’expressions.

J’ai même découvert des mots qui n’existent pas dans le dictionnaire officiel et qui font du français plus qu’une langue vivante : une langue en vie.

"Poutzer" qui, pour ceux qui n’ont jamais eu la chance d’aller en Suisse, signifie faire le ménage.

"Ziboulateur", utilisé à Kinshasa par exemple pour désigner un ouvre bouteille.

"Camembérer", dérivé du célèbre et délicieux fromage normand, qui au Cameroun, il me semble, désigne des pieds d’une fraîcheur un peu passée…

De tous mes voyages dans des pays francophones, de toutes les rencontres en Europe, en Afrique, en Amérique, et même en Océanie où j’ai pu échanger avec vos compatriotes, j’ai retenu la conviction que la Francophonie est plus qu’une langue.

Elle est une culture, un trait d’union, une famille, dont je suis fier de faire partie.

Et malgré les difficultés,  je continuerai d’apprendre ces expressions, ces proverbes, ces métaphores qui me renforcent dans ma volonté de maîtriser au maximum les subtilités de la Francophonie.

Bref : Je ne vais pas lâcher l’affaire.

C’est d’ailleurs ce que je vous demande de faire dans cette ligne droite vers la COP-21.

Je sais que la France est pleinement engagée pour assurer le succès de cette conférence. Je le suis aussi.

Continuons ensemble, avec tous les pays de la Francophonie, à œuvrer sans relâche pour faire de cette rencontre à Paris un moment historique pour la planète et pour l’humanité.

Vive la COP-21 et vive la Francophonie !

Je vous remercie.