Niamey

02 May 2022

Full transcript of UN Secretary-General's remarks at press conference with the President of Niger (as delivered)

LE SECRÉTAIRE-GÉNÉRAL
––
CONFÉRENCE DE PRESSE CONJOINTE AVEC LE PRÉSIDENT DU NIGER
As delivered

 

Monsieur le Président, je vous remercie infiniment pour votre accueil chaleureux.

Et je suis profondément touché de recevoir la Grand-Croix de l’Ordre National du Niger.

Je sais qu’à travers cette distinction, c’est aussi au travail de l’Organisation des Nations Unies tout entière que vous rendez hommage.

Chers amis,

Je suis heureux d’être – enfin – au Niger.

Comme vous le savez, la pandémie de COVID-19 nous avait précédemment contraint à annuler notre visite, il y a deux ans.

Et la semaine dernière, j’ai dû me rendre en urgence en Russie et en Ukraine et donc reporter ma venue de quelques jours.

J’y ai rencontré les présidents Poutine et Zelensky, mais aussi les équipes des Nations Unies qui viennent en aide aux populations civiles désemparées.

Mais j’ai tenu à venir immédiatement après afin d’exprimer toute ma solidarité avec le Niger et la région, en particulier avec les communautés les plus vulnérables et les victimes de terrorisme.

Ma visite en cette période de fêtes revêt une importance particulière.

Et votre hospitalité exceptionnelle en ce jour après Eid m’honore.

J’ai eu, comme je vous ai expliqué Monsieur le Président, une situation sans aucune chance. J’étais au Sénégal la veille du Eid. J’entre au Niger le lendemain. Le Eid, je ne l’ai pas vécu.

Chaque année, pendant le Ramadan, je tiens à visiter des pays musulmans et à jeûner en solidarité avec les populations locales. J’ai pu jeûner hier à Dakar. Mon objectif, si on avait pu faire la visite la semaine dernière, (était) de jeûner les quatre jours de la visite dans la région pour montrer mon respect et ma solidarité avec les populations musulmanes.

C’est une tradition entamée il y a de nombreuses années déjà, lorsque j’étais Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés.

Je suis heureux de reprendre cette pratique cette année, grâce également au travail sans relâche des équipes des Nations Unies, au Niger et dans la région.

Je tiens à rendre hommage aux autorités nigériennes pour leur engagement à relever les défis multiples auxquels est confronté le pays.

Je salue la vie démocratique au Niger – elle représente un exemple pour la région et le continent entier.

Vous pouvez compter sur mon soutien pour continuer sur la voie du renforcement des institutions et de la cohésion sociale entre communautés diverses mais unies par un objectif national commun.

La paix, la stabilité et la prospérité du Niger et de l’ensemble du Sahel représentent une priorité absolue pour les Nations Unies.

Je voudrais rendre hommage au courage de vos services de sécurité dans leur lutte quotidienne contre le terrorisme et l’extrémisme violent et exprimer mes plus sincères condoléances pour les pertes de vies humaines subies.

Rien ne peut justifier la violence.

Comme souvent, les populations civiles en sont les premières victimes.

Demain, j’irai à la rencontre de personnes déplacées ainsi que des communautés qui les accueillent afin d’entendre leurs peines et de réitérer tout mon soutien.

Et je tiens à vous dire Monsieur le Président, que votre politique de retour est une politique extrêmement sage.

Il y a des pays qui ont maintenu artificiellement des déplacements internes pendant des années et des années, en créant des problèmes structurels auxquels aujourd’hui il y a une réponse difficile.

Je me rappelle que quand j’ai commencé mon travail en tant que Haut-Commissaire [pour les réfugiés], je suis allé de Genève à Kampala pendant quelques heures, seulement pour dire au Président Museveni qu’à mon avis, le million de personnes déplacées dans le nord de l’Ouganda, devrait rentrer dans leur village et ne pas rester autour des campements militaires. Le Président Museveni a accepté ma proposition. Nous l’avons appuyé et dans une période très rapide, un million de déplacés sont rentrés dans leurs villages et la paix a été rétablie au nord de l’Ouganda jusqu’à maintenant.

Votre politique, Monsieur le Président, est extrêmement sage et nous ferons de notre mieux pour l’appuyer à fond.

Le Niger ne peut relever tous ces défis seuls.

L’Union Africaine, le G5 Sahel et la CEDEAO sont des acteurs essentiels pour la paix, la stabilité et le développement de la région, même si aujourd’hui le G5 Sahel a été affaibli par les coups d’état qui se sont déroulés dans quelques-uns de vos voisins.

L'ONU reste engagée à leurs côtés et auprès de tous les partenaires du Niger et du Sahel.

Alors que les attaques terroristes continuent d’augmenter dans le Sahel et s’étendent vers les États du golfe de Guinée, la communauté internationale doit réaliser que ce n’est plus seulement une question régionale ou africaine, mais bien une menace globale.
Je continuerai de plaider – comme je l’ai fait depuis le début de ma fonction – pour la mobilisation de ressources supplémentaires pour relever ces défis.

Je me suis battu et j’ai perdu cette bataille pour que le G5 Sahel puisse être, à son origine, basé sur le chapitre VII de la charte des Nations Unies et avoir un financement par des crédits obligatoires.

Aujourd’hui, je vois qu’en regardant la performance remarquable de l’armée du Niger, la communauté internationale doit investir à fond dans le renforcement des capacités de l’armée du Niger du point de vue financier, du point de vue des équipements et du point de vue des aspects d’entraînement. Et vous pouvez compter sur moi, Monsieur le Président pour faire ce plaidoyer.  

Mais au-delà de la dimension sécuritaire, la région fait face à une crise multidimensionnelle d’une ampleur rare, et seule une grande mobilisation internationale, urgente et coordonnée permettra d’y répondre.

Nous devons lutter contre les causes profondes – pauvreté, exclusion, impunité, insécurité alimentaire, crise climatique – qui exacerbent les tensions intercommunautaires et continuent d'alimenter l'extrémisme violent et le terrorisme dans beaucoup de pays partout dans le monde mais aussi ici au Sahel.

Cela passe par une approche globale qui s'attaque simultanément au sous-développement, tout en renforçant le lien paix-humanitaire-et développement.

À cet égard, l'adoption de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel et sa mise en œuvre par le Bureau du Coordonnateur spécial pour le développement au Sahel sont essentielles pour garantir une approche intégrée de la programmation des Nations Unies dans la région.

L'évaluation conjointe des défis du Sahel par les Nations Unies et  l'Union Africaine doit permettre d’identifier les besoins en vue de lancer un plaidoyer global de mobilisation de ressources.

Et j’ai abordé avec le Président Faki de la Commission de l’Union africaine, que nous inviterons aujourd’hui le Président Issoufou à diriger cette équipe d’évaluation de la stratégie pour la communauté internationale face au Sahel, avec cette étroite liaison entre l’Union africaine et les Nations Unies.

Mais aujourd’hui, face à une situation qui évolue rapidement, force est de constater que la communauté internationale n’est pas à la hauteur.

Nous voyons un niveau de financement des activités humanitaires et de stabilisation à la baisse.

Un exemple : le Plan de réponse humanitaire pour le Niger pour l’année 2022 n’est actuellement financé qu’à 8,7%.

C’est absolument inconcevable.

J’appelle tous les partenaires à veiller à ce que notre attention et notre engagement dans la région soient maintenus malgré les nouvelles crises qui frappent notre monde.

Ceci est particulièrement urgent sur le front climatique.

Les pays africains, qui ne sont pourtant pas responsables du problème, voient leurs vies bouleversées par les sécheresses, les inondations et autres phénomènes extrêmes de plus en plus fréquents.

Les pays développés doivent tenir leur promesse d’allouer 100 milliards de dollars par an à la lutte contre le dérèglement climatique dans les pays en développement.

Et il est essentiel que la moitié des financements climat dans le monde soit consacrée aux programmes d’adaptation et de résilience afin de venir en aide aux communautés vulnérables et de prévenir de nouvelles catastrophes.

Au-delà, la communauté internationale doit se mobiliser davantage pour permettre la réalisation du Programme 2030 et de l’Agenda 2063 au Niger.

J’exhorte les bâilleurs de fonds à soutenir le Niger, notamment dans un contexte de grande incertitude autour de la prochaine saison agricole.

Car toute la région du Sahel est particulièrement vulnérable face au dérèglement climatique, qui a un impact dévastateur sur la sécurité alimentaire.

Je salue la réactivité du gouvernement sur ce sujet, mais je suis préoccupé par la crise alimentaire qui menace près de 20% de la population et qui est le produit simultané de la faible pluviométrie et de l’insécurité.

Bien entendu, la guerre en Ukraine n’a fait qu’empirer les choses, et aggrave une triple crise : alimentaire, énergétique, et financière, pour la région et bien au-delà.

C'est pourquoi j'ai créé le Groupe mondial de réponse à la crise sur l'alimentation, l'énergie et les finances, qui mobilise des agences des Nations Unies, des banques de développement et d'autres organisations internationales.

Un groupe de travail technique est coordonné par Rebeca Grynspan de la CNUCED, tandis que le comité de pilotage est présidé par la Vice-Secrétaire générale des Nations Unies, Amina Mohammed, sont déjà au travail.

Nous avons besoin de mesures urgentes sur les trois fronts.

En premier lieu, nous devons garantir un flux régulier de denrées alimentaires et d'énergie sur des marchés ouverts, en levant toutes les restrictions inutiles à l'exportation, en affectant les excédents et les réserves à ceux qui en ont besoin et en contrôlant les prix des denrées alimentaires pour calmer la volatilité des marchés.

Ensuite, en ce qui concerne l'énergie, les pays doivent résister à la tentation d’accumulation et au contraire libérer les stocks stratégiques et les réserves supplémentaires pour les pays qui en ont besoin, tout en accélérant le déploiement des énergies renouvelables.

Troisièmement, les institutions financières internationales doivent de toute urgence mettre en place des mesures d’allègement de la dette en augmentant les liquidités et la marge de manœuvre budgétaire des pays en développement, afin que les gouvernements puissent éviter le défaut de paiement et investir dans les filets de sécurité sociale et le développement durable pour leurs populations. 

Les Nations Unies ont présenté des propositions concrètes durant les réunions de printemps de la Banque mondiale et du FMI, allant de la mobilisation des divers fonds et instruments existants - mais pas suffisamment mis en œuvre - à une utilisation bien plus forte des droits de tirages spéciaux, et à une redistribution effective de ces droits, et au fonctionnement effectif aussi des mesures d’allègement de la dette.

Jusqu’à présent, ces mesures ont été nettement insuffisantes.

J’ai dit plusieurs fois qu’il faut une réforme du système financier global qui est en faillite morale. Il a été conçu par les riches, pour les riches. Mais dans cette situation d’urgence, il faut utiliser d’une façon accrue tous les mécanismes disponibles au bénéfice des pays en développement, y compris les pays à rente moyenne, spécialement en Afrique.

Enfin, nous avons évoqué l’évolution de la pandémie de COVID-19.

Malgré tous les efforts du gouvernement – et je salue la mobilisation personnelle du Président Bazoum en ce sens – seuls presque 7 % de la population nigérienne a été entièrement vaccinée.

Comme je l’ai dit à de nombreuses reprises, la situation actuelle en matière de vaccination représente une faillite morale de la communauté internationale. 

Nous avons besoin d'une véritable équité mondiale en matière de vaccins.

Les pays riches et les sociétés pharmaceutiques doivent accélérer les dons de doses, mais aussi investir pour appuyer la production régionale de vaccins.

Au-delà, ce n’est qu’en étant solidaires, avec les Objectifs de développement durable pour feuille de route, que nous pourrons tourner la page du COVID-19 et bâtir des sociétés plus résilientes, plus durables et plus pacifiques.

Chers amis,

Votre pays fait face à de nombreux défis.

Mais il suscite également beaucoup d’espoirs. 

Nous devons nous montrer à la hauteur de ces espoirs.

Ensemble avec tous les partenaires, nous devons saisir cette opportunité, offrir des perspectives d’avenir à la jeunesse nigérienne, y compris aux jeunes filles – et je sais que c’est un agenda qui tient à cœur au Président Bazoum.
Un élan positif au Niger peut entraîner un cercle vertueux dans toute la région.

Les Nations Unies sont et resteront à vos côtés.

Ensemble, nous pouvons construire un avenir meilleur pour le Sahel et pour l’Afrique.

Je vous remercie.

Question : Moussa Kaka de RFI. Comment est-ce que vous réagissez à la coupure définitive des émetteurs de RFI et de France 24 au Mali ?

Secrétaire général : Il y a une chose que je vais vous dire en toute sincérité. Moi, j’ai vu avec une énorme détresse le coup d’état au Mali. Après, j’ai vu avec une encore plus grande détresse le deuxième coup d’état au Mali. Naturellement, je suis persuadé qu’il faut continuer l’engagement avec le Mali. Nous-mêmes, nous sommes engagés dans cette approche et j’espère que ce sera possible d’avoir un accord entre le Mali et la CEDEAO pour qu’une période de transition d’une durée acceptable soit établie et pour que le Mali soit réintégré dans le cadre de la CEDEAO. Je ne fais pas de commentaires sur les mesures que d’autres puissent avoir prises, ce que je veux c’est que le Mali ait la flexibilité suffisante pour avoir la capacité de s’accorder avec la CEDEAO et rétablir la normalité dans ce pays. Et ça va régler tous les autres problèmes au Mali.

[…]

Et il faut que la liberté de presse soit un instrument essentiel pour garantir une transition démocratique au Mali.