Son Excellence, Monsieur le Président de la République Démocratique du Congo,

Madame la Première Dame,

Honorables Députés et Sénateurs,

Excellence, Monsieur le Premier Ministre

Excellences, Mesdames et Messieurs les Ministres,

Madame la Représentante Spéciale du Secrétaire General en République démocratique du Congo,

Excellences, Mesdames et Messieurs les membres du corps diplomatique,

Mesdames et Messieurs les représentants du Système des Nations Unies,

Distingués invités,

Mesdames et messieurs,

« Imaginez un monde où chaque femme et chaque fille a la possibilité d’atteindre ses plus grands rêves. Rejoignez-moi dans un voyage vers l’autonomisation des femmes. Restez avec moi pour surtout faire entendre la voix des femmes et des filles victimes de crimes atroces notamment les violences sexuelles liées aux conflits ». Ce sont les paroles prononcées par Madame Tshisekedi, récemment lors d’une conférence au Japon. C’était ma première rencontre avec vous, Madame la Première Dame.

 

J’étais particulièrement touchée par le fait que vous n’étiez pas dans le déni de l’ampleur du problème dans votre pays et bien au contraire, vous avez exprimé votre désarroi de voir les femmes déjà vulnérables en temps de paix, payer un lourd tribut à la violence et à l’insécurité.

 

Je vous ai revu à New York lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies et durant notre entretien, vous avez partagé avec moi votre engagement au sein de votre Fondation et je vous ai fait part de mes préoccupations concernant la situation en République démocratique du Congo ainsi que dans d’autres pays. Sans aucune hésitation, vous avez exprimé le souhait de prêter main forte à mes efforts et de collaborer avec mon bureau.

Madame la Première Dame, vous avez été très sensible au sort des victimes, trop souvent stigmatisées et rejetées par leurs familles ainsi que les enfants nés du viol. Vous m’avez dit : « C’est le problème crucial de notre époque et tout le monde, quel que soit son lieu de résidence, doit lutter ensemble pour le changement ».

 

Madame la Première Dame, c’est une noble cause à laquelle vous adhérez.

Les violences sexuelles contre les femmes et les filles sont une réalité douloureuse. Les femmes et les filles vivent la terreur dans les zones de conflit. Les violences sexuelles menacent la vie et le bien-être des personnes, ainsi que des communautés et ne peuvent plus être tolérées ni ignorées. Le silence doit être brisé. Nous ne pouvons rester indifférents quand une cruauté aussi répandue est infligée à des innocents.

 

Madame la Première Dame, votre collaboration avec mon bureau sera une force vitale pour le changement. Votre capacité à dialoguer avec les citoyens de tous les horizons, de réunir les principales parties prenantes -les victimes d’abord mais aussi la société civile, les chefs religieux et coutumiers parmi d’autres acteurs- peut générer des résultats positifs.

 

Mon mandat a été établi par le Conseil de Sécurité des Nations Unies, à travers l’adoption de la résolution 1888 en 2009, par souci de mettre fin à l’utilisation généralisée et systématique des violences sexuelles comme arme ou tactique de guerre et de l’impunité dont jouissent les auteurs.  Cette résolution a marqué un tournant vers une nouvelle prise de conscience que les violences sexuelles liées aux conflits constituent une menace pour la paix et la sécurité internationales. Ce qui, pendant longtemps avait été perçu comme une conséquence inévitable des conflits armés est enfin reconnu comme étant un acte prévisible. De même, ce qui était autrefois considéré comme collatéral ou culturel est aujourd’hui condamné comme criminel.

 

Malgré des progrès au niveau institutionnel, avec plusieurs résolutions du Conseil de Sécurité, nous dotant de nouvelles infrastructures et outils pour mieux répondre à cette problématique. Mes missions sur le terrain au cours des deux dernières années, démontrent que les violences sexuelles continuent à être utilisées comme tactique de guerre et de terrorisme.

 

Du Myanmar au Mali, de la République Centrafricaine au Soudan du Sud ou l’Iraq ou encore la RDC, je constate que ces violences sont d’une extrême brutalité: viols de masse ; esclavage sexuelle; des victimes mutilées sexuellement ; des fœtus de femmes enceintes enlevés. Ces crimes sont perpétrés par des membres des forces gouvernementales ainsi que des groupes armés non étatiques.

 

Les violences sexuelles ont de profondes répercussions à court et long termes sur la santé physique des victimes. Les conséquences pour la santé mentale sont tout aussi graves. Outre les conséquences pour la victime elle-même, les violences sexuelles ont des répercussions directes sur le bien-être de la famille et de la communauté. Le viol produit des sentiments d’humiliation et de honte, non seulement chez la femme violée mais également dans tout son entourage. Les victimes surmontent difficilement les conséquences dévastatrices des violences sexuelles. Le viol est toujours le seul crime pour lequel une société est plus susceptible de stigmatiser la victime que de punir l’auteur et c’est le seul crime qui jette une ombre de disgrâce sur la victime.

 

Le sort des enfants, conçus et nés à la suite de violences sexuelles en période de conflits, nécessite une attention particulière. Ils font également face à une grande stigmatisation sociale. Ils sont souvent ostracisés par les familles et les communautés et risquent l’infanticide, les abus, l’abandon, la marginalisation et de sombrer dans la délinquance.

Mes missions sur le terrain continuent de révéler des lacunes persistantes dans la prestation des services aux victimes- que ce soit l’assistance médicale, psychosociale, aide juridique ou programmes de réinsertion socioéconomique.  Les grossesses sont une réalité dévastatrice qui accompagne les violences sexuelles rendant d’autant plus urgente la fourniture de services de santé sexuelle et reproductive.

Dans de nombreux coins du monde déchirés par la guerre, les survivant(e)s que j’ai rencontrés exigent toujours deux choses : que les auteurs de ces crimes soient traduits en justice ; et qu’ils reçoivent une assistance adaptée pour reconstruire leur vie et leurs moyens de subsistance. Les réparations sont ce que les victimes souhaitent le plus et reçoivent le moins. Malheureusement, dans tous ces pays, l’impunité reste la règle et la justice l’exception rare.

 

Madame la Première Dame, vous avez aussi parcouru de nombreux coins du pays et avez constaté de visu comment les filles et les femmes, victimes de violences sexuelles, sont confrontées à des obstacles insurmontables qui les empêchent de réaliser leur plein potentiel.

 

Pendant les trois jours passés à l’Est du pays, j’ai rencontré des femmes et des filles touchées par la double tragédie du viol et du rejet, sans accès au crédit ni à une opportunité économique, après avoir été abandonnées par leur mari et chassées de chez elles.

 

Plusieurs organisations de la société civile m’ont fait part comment les violences sexuelles continuent d’être systématiquement planifiées pour détruire les femmes et humilier les communautés, violences qui s’accompagnent des atrocités qui dépassent tout entendement : introduction d’instruments lourds et destructeurs comme les fusils dans les organes génitaux des femmes avec des cas extrêmes de femmes décapitées et enterrées vivantes.

 

J’ai été informée par la société civile et les victimes que les endroits reculés et inaccessibles n’étaient pas couverts en termes de services y compris la sensibilisation. Les recommandations de moyens de communication comme la construction de routes, de mise en place de réseaux téléphoniques et des ondes pour la radio restent nécessaire pour désenclaver certaines zones encore à la merci des groupes armés du fait de leur inaccessibilité.

 

Ma visite au Sud Kivu, a démontré la nécessité de prendre des initiatives conjointes entre le maintien et la consolidation de la paix, l’humanitaire et le développement afin d’arriver à une réponse holistique.

 

En même temps, je salue les efforts considérables qui sont en train d’être menés dans la lutte contre l’impunité. Le récent jugement de Kokodikoko, chef de Raya Mutomboki, a été accueilli comme une voie à la guérison pour ses victimes qui veulent s’assurer que le Gouvernement mettra tous les moyens en place pour qu’il purge sa peine sans possibilité de s’échapper.

Madame la Première Dame, je vous félicite de vous être donné pour mission d’être l’espoir des sans voix. Pour reprendre une des dernières phrases que Mme Eleanor Roosevelt, la première dame des États-Unis, qui a été une championne infatigable de diverses causes de justice sociale, a écrites avant de mourir

« Rester à l’écart n’est pas une solution. C’est une lâche évasion. »

 

Quand je vous ai présenté mes trois priorités stratégiques pour le mandat, notamment :

  • La prévention par la justice- renverser la culture d’impunité en culture de justice ;
  • S’adresser aux causes profondes de ces violences notamment, l’inégalité des genres, la discrimination, la marginalisation, la pauvreté mais aussi l’exploitation des ressources naturelles ou la prolifération des armes ;
  • Approche centrée sur les victimes

 

Vous m’avez répondu que, comme moi, votre combat contre les violences sexuelles dans les conflits est un combat contre l’impunité.

 

Madame la Première Dame, en tant que nouvelle voix sur la scène, vous avez les moyens de changer la vie de milliers de femmes et de filles. Je vous félicite de l’audace dont vous faites preuve en cherchant à attirer l’attention politique sur la question et à agir concrètement en faveur d’une approche centrée sur les survivants.

 

En utilisant votre plateforme de Première Dame, comme « l’espoir des sans-voix », vous pouvez lutter contre des préjugés profondément enracinés en vous opposant à la stigmatisation de ces groupes vulnérables.

 

Madame la Première Dame, je me souviens aussi que quand je vous ai rappelé qu’il y a 10 ans, votre pays était qualifié de “capitale du viol”, vous m’avez répondu : « Ce sont les choses que je veux changer dans mon pays. Je continuerai à en parler sans honte et apporterai le changement que nous souhaitons tous. »

Madame la Première Dame, notre collaboration est aussi une occasion unique pour la RDC de faire valoir son expérience dans le contexte de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) ainsi qu’auprès de l’Union africaine.

Enfin, l’expérience de la RDC et de l’Afrique doit également être mise à profit dans le discours mondial sur la prévention, dans notre engagement avec le Conseil de sécurité des Nations Unies et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, alors que nous abordons différentes dimensions de ce même problème dans d’autres parties du monde- au Moyen-Orient, en Europe, en Amérique latine et en Asie.

Je n’ai aucun doute que vous saurez défendre les causes qui comptent le plus pour vous.

 

Permettez-moi de vous dire, Madame la Première Dame, qu’avec votre personnalité unique, vos convictions et compétences, vous disposez d’une capacité à inspirer le changement et à défendre les droits de toutes ces victimes de violences sexuelles qui sont socialement marginalisées.

Je sais que vous êtes motivée par votre optimisme quant au fait que des changements peuvent se produire et vous m’inspirez aussi.

Madame la Première Dame, votre podium est un catalyseur de changement. Travaillons ensemble pour apporter ce changement. La solidarité et l’empathie doivent mener à l’action.

Comme vous le savez, je viens de commémorer les 10 ans du mandat le mois dernier. Saisissons donc ce moment pour jeter les bases d’une nouvelle décennie d’actions décisives pour éliminer les violences sexuelles de nos actualités quotidiennes et les reléguer – une fois pour toutes – dans les annales de l’histoire.

Renforçons notre partenariat stratégique afin d’amplifier cet éventail de voix vitales qui inclut celle de Madame Chantal Mulop, Conseillère Spéciale du Président en charge de la Jeunesse, du Genre et des Violences faites à la Femme, avec qui mon Bureau collabore déjà, sur « le plus grand silence de l’histoire ».

Pendant trop longtemps, cette conspiration du silence a permis de protéger les auteurs et d’isoler les victimes des systèmes de soutien et même les uns des autres.

Vivons à la hauteur de la promesse fondatrice de la Charte des Nations Unies de « préserver les générations futures du fléau de la guerre », y compris de son atrocité la plus intime, ancienne et durable, le fléau du viol en temps de guerre.

Madame la Première Dame, sur ce, j’ai l’honneur et le grand plaisir, au nom des Nations Unies et de mon Bureau, de vous décerner une distinction d’honneur et d’excellence en vous désignant comme championne globale pour la lutte contre les violences sexuelles liées aux conflits.

En votre qualité de championne globale, vous serez une voix d’espoir sur la question des violences sexuelle dans les conflits en RDC et au-delà, dans tous les pays ravagés par des conflits.

Merci.