Par Géraldine Boezio, en collaboration avec Christine Meta Mpinda, 19 avril 2018

Sous-lieutenante Genifere Ouilidan Bertille, cheffe du bureau de sensibilisation en matière de violences basées sur le genre et violences sexuelles au sein de l’UMIRR.

L’Unité Mixte d’Intervention Rapide et de Répression des violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants (UMIRR) en République Centrafricaine (RCA) est une unité mixte, composée de gendarmes, policiers, et civils qui s’engage à lutter contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Le personnel de l’UMIRR est constitué de cadres provenant de différents ministères à savoir le Ministère de la Justice, le Ministère de la Santé Publique, le Ministère de la Sécurité Publique, le Ministère des Affaires Sociales. « Nous sommes tous mélangés. Il y a les gendarmes, les policiers, les civils. Hommes et femmes, nous travaillons tous ensemble » dit le Capitaine de la Gendarmerie et Directeur de l’UMIRR, Paul Amédée Moyenzo. L’UMIRR est placée sous l’autorité conjointe du Ministère de la Justice et de celui de la Sécurité Publique et fait partie d’un institut étatique qui soutient aussi les enquêtes sur les violences sexuelles liées aux conflits. Elle a été officiellement lancée en juin 2017 par le Chef de l’État Faustin Archange Touadéra et sa compétence s’étend sur tout le territoire national.

Dans son récit, le Directeur souligne que l’établissement de l’UMIRR est extrêmement important parce que, suite aux crises à caractère politico-militaire qui ont touché la RCA pendant les dernières décennies, le pays a plongé dans une situation de volatilité sans précédent: « Nous avons connu beaucoup d’atrocités, en particulier les femmes et les filles qui ont souffert de graves violations de leurs droits, qui ont abouti à la mise en œuvre de l’UMIRR. L’UMIRR permet d’apporter une réponse aux multiples attentes du peuple centrafricain. Les différents groupes armés ont pris pour cible les femmes et les enfants. La violence sexuelle liée au conflit est devenue une tactique de guerre ».

« Avec l’ouverture de l’UMIRR, le Gouvernement centrafricain signale son engagement à lutter contre la stigmatisation des victimes de violences sexuelles, et aussi sa promesse à lutter contre l’impunité pour ces crimes » ajoute Beatrix Attinger Colijn, Conseillère Principale sur les violences sexuelles liées aux conflits auprès de la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en République Centrafricaine (MINUSCA).

La Sous-lieutenante Genifere Ouilidan Bertille est la cheffe du bureau de sensibilisation en matière de violences basées sur le genre et violences sexuelles au sein de l’UMIRR. « De 2002 à 2003 et de 2012 à 2013 les violences sexuelles ont pris de l’ampleur et la mise en place de l’UMIRR contribue à mettre fin à ce cycle d’impunité; et elle permet d’assurer la protection des victimes et des témoins et de leur faciliter l’accès à la justice » dit Bertille. Selon la Sous-lieutenante Bertille, l’UMIRR a aussi le rôle de faciliter l’accès des femmes à la justice. « A travers la sensibilisation, nous renforçons les capacités des femmes dans les communautés, dans les écoles et parfois dans les hôpitaux qui reçoivent les victimes de violences sexuelles et de violences basées sur le genre » ajoute-t-elle. Auprès de l’UMIRR, les victimes reçoivent également des services juridiques et judiciaires gratuits tels que la démarche judiciaire à suivre et la rédaction des plaintes. A ce propos, avec l’appui des partenaires tels que le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), la Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation en République Centrafricaine (MINUSCA), et l’American Bar Association (ABA), l’UMIRR a organisé des séances de sensibilisation auprès des parents des victimes et des auteurs présumés et aussi au sein du bataillon militaire centrafricain Amphibie. L’UMIRR s’est aussi chargée d’organiser une visite à Boda (Préfecture de Lobaye) et à Yaluke (Préfecture de Ombella-Mpoko) afin de sensibiliser la population sur le fonctionnement de l’UMIRR, mettre en place des points focaux, et mener des enquêtes urgentes dans les endroits où plusieurs cas de violences sexuelles et violences basées sur le genre ont été rapportés.

Jusqu’à présent l’UMIRR a reçu 341 plaintes, y compris 196 cas de violence basée sur le genre et violence sexuelle. « A ce propos, l’implication du Bureau de l’Equipe d’Experts d’Etat de Droit des Nations Unies (la Team of Experts, ToE), qui fait partie du Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, a été cruciale. Le rôle de la ToE est de renforcer les acteurs nationaux d’état de droit et les capacités nationales de la justice (notamment dans la spécialisation des enquêtes sur les violences sexuelles liées aux conflits) dans la récolte de données et sauvegarde de preuves » dit le Directeur de l’UMIRR.

Néanmoins, le Directeur évoque aussi les grands défis auxquels l’UMIRR doit faire face tels que la distance, les difficultés de communication, le manque d’infrastructures et la protection des victimes:

  • L’UMIRR est une unité à compétence nationale basée à Bangui ; par contre les actes de violence sexuelle sont commis beaucoup plus à l’intérieur du pays. « Il faut couvrir les 16 préfectures de la RCA car c’est dans les provinces que les femmes continuent à être maltraitées. On doit essayer d’élargir la capacité opérationnelle de l’UMIRR afin d’être beaucoup plus visible à l’intérieur du pays aussi bien qu’à Bangui » a-t-il averti.
  • Il y a aussi des problèmes de communication qui se posent tels que le partage de l’information depuis l’intérieur du pays jusqu’à Bangui et la création d’une base de données centrale.
  • Puisque l’UMIRR est une structure pilote qui est en phase de croissance, le Capitaine Moyenzo souligne le besoin urgent d’une maison pour les victimes qui viennent chercher refuge à l’UMIRR pour quelques jours et parfois pour quelques semaines. « Nous avons aussi besoins de moyens pour les nourrir, de kits d’hygiène et de kits qui leur permettent de subsister pendant une certaine période » ajoute-il.
  • Un autre défi est la protection des témoins afin que les victimes soient à l’abri et protégées.

Capitaine de la Gendarmerie et Directeur de l’UMIRR, Paul Amédée Moyenzo.

Aujourd’hui les violences basées sur le genre et les violences sexuelles liées aux conflits sont devenues une préoccupation majeure, non seulement nationale, mais aussi internationale. « Ce qui arrive ici appelle à la bonne volonté de tout le monde. Hommes et femmes, nous sommes tous obligés de nous impliquer dans une lutte sans merci contre ce fléau pour chercher à l’éradiquer. En tant que gendarme et homme centrafricain, je me sens fier d’assurer ce rôle pour lutter contre l’un des maux dont souffre la population et de chercher à y apporter une solution » conclut le Directeur.