JEAN-MARIE LUGERERO RUNIGA

CDi.028
JEAN-MARIE LUGERERO RUNIGA
Date à laquelle le résumé a été mis en ligne sur le site du Comité: 
29 October 2014
Date(s) de mise(s) à jour du résumé: 
5 December 2016
Motifs ayant présidé à l'inscription sur la Liste: 

Jean-Marie Lugerero Runiga a été désigné pour sanctions le 31 décembre 2012 conformément aux critères établis au paragraphe 4 de la résolution 2078 (2012).

Renseignements complémentaires: 

Dans un document daté du 9 juillet 2012, signé par le dirigeant du M23 Sultani Makenga, Jean-Marie Runiga a été nommé coordonnateur de la branche politique du M23. Selon ce document, cette nomination s’imposait par la nécessité d’assurer la visibilité de la cause du M23. M. Runiga est nommé “Président du M23” dans les pages affichées sur le site Web du groupe. Son rôle dirigeant est corroboré par le rapport du Groupe d’experts daté de novembre 2012 qui le qualifie de “dirigeant du M23”. Selon un article d’Associated Press paru le 13 décembre 2012, M. Runiga a montré à Associated Press une liste de revendications qui, selon lui, serait présentée au Gouvernement congolais. Parmi elles figurent notamment la démission de M. Kabila et la dissolution de l’Assemblée nationale. M. Runiga a indiqué que, s’il en avait l’occasion, le M23 pourrait reprendre le contrôle de Goma, ajoutant “et, cette fois-ci, nous ne nous replierons pas”. Il a également indiqué que la branche politique du M23 devrait reprendre le contrôle de Goma comme condition préalable aux négociations. “Je pense que nos membres qui sont à Kampala nous représentent. Moi aussi j’y serai en temps voulu. J’attends juste que les choses soient organisées et, quand Kabila s’y rendra, j’en ferai de même”, a-t-il ajouté. Selon un article du Figaro daté du 26 novembre 2012, M. Runiga a rencontré le Président Kabila le 24 novembre 2012 pour entamer des discussions. Par ailleurs, au cours d’un entretien accordé au Figaro, il a déclaré que “le M23 est composé principalement d’anciens militaires congolais qui ont fait défection pour protester contre le non-respect des accords du 23 mars 2009”, ajoutant : “les soldats du M23 sont des déserteurs de l’armée régulière, ils ont quitté le régime leurs armes à la main. Récemment, nous avons récupéré un lot de matériel provenant d’une base militaire à Bunangana. Cela nous permet pour le moment de gagner chaque jour du terrain et de repousser tous les assauts des FARDC. Notre révolution est congolaise, menée par des Congolais, pour le peuple congolais”. Selon un article de Reuters paru le 22 novembre 2012, Jean-Marie Runiga a déclaré que le M23 avait les moyens de garder la mainmise sur Goma après l’arrivée en renfort de soldats mutins congolais transfuges des FARDC : “Premièrement, nous avons une armée disciplinée et nous avons aussi les soldats des FARDC qui nous ont rejoints. Ce sont nos frères. Ils suivront une nouvelle formation et un programme de recyclage. Nous travaillerons alors avec eux.” Selon un article paru dans le Guardian le 27 novembre 2012, M. Runiga a indiqué que le M23 refuserait de répondre à l’appel des dirigeants régionaux qui, à l’issue de la réunion de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), lui avaient demandé de quitter Goma pour ouvrir la voie aux négociations de paix. Il a au contraire déclaré que le retrait du M23 de Goma ne serait pas une condition préalable aux négociations mais en serait plutôt le résultat. Selon le rapport final du Groupe d’experts, en date du 15 novembre 2012, M. Runiga a conduit la délégation du M23 qui s’est rendue à Kampala le 29 juillet 2012 et a mis la dernière main au plan en 21 points du mouvement M23 avant les négociations prévues avec la CIRGL. Selon un article de la BBC daté du 23 novembre 2012, le M23 a été formé lorsque d’anciens membres du CNDP qui avaient été intégrés dans les FARDC ont commencé à protester contre les mauvaises conditions de service et de paie et contre la non-application intégrale des accords de paix du 23 mars 2009 entre le CNDP et la RDC qui avaient conduit à l’intégration du CNDP dans les FARDC. Selon un rapport de l’International Peace Information Service (IPIS) daté de novembre 2012, le M23 mène activement des opérations militaires afin de s’emparer de territoires dans l’est de la RDC. Le M23 et les FARDC se sont affrontés pour prendre le contrôle de plusieurs villes et villages dans l’est de la RDC les 24 et 25 juillet 2012; le M23 a attaqué les FARDC à Rumangabo le 26 juillet 2012; les a boutées hors de Kibumba le 17 novembre 2012 et a pris possession de Goma le 20 novembre 2012. Selon le rapport précité du Groupe d’experts, plusieurs ex-combattants du M23 font valoir que des dirigeants du M23 ont exécuté sommairement des dizaines d’enfants qui avaient essayé de s’échapper après avoir été recrutés comme enfants soldats dans ses rangs. Selon un rapport de Human Rights Watch en date du 11 septembre 2012, un Rwandais âgé de 18 ans, qui s’était échappé suite à un enrôlement de force au Rwanda, a dit à Human Rights Watch avoir été témoin de l’exécution d’un garçon de 16 ans de son unité du M23 qui avait tenté de s’échapper en juin. Le garçon a été capturé et battu à mort par des combattants du M23 sous les yeux des autres recrues. Le commandant du M23 qui a ordonné son exécution aurait ensuite dit aux autres recrues qu’il “voulait nous abandonner” pour expliquer pourquoi le garçon avait été tué. Il ressort également du rapport que des témoins auraient soutenu qu’au moins 33 nouvelles recrues et d’autres combattants du M23 avaient été sommairement exécutés lorsqu’ils avaient tenté de s’enfuir. Certains avaient été ligotés et exécutés devant d’autres recrues pour l’exemplarité de la peine. Une jeune recrue a déclaré à Human Rights Watch : “quand nous étions avec le M23, ils nous ont dit que nous avions le choix entre rester avec eux ou mourir. Beaucoup ont essayé de s’échapper. Certains ont été rattrapés et voués à une mort immédiate. Entré en République du Rwanda le 16 mars 2013, à Gasizi/Rubavu.” Runiga réside au Rwanda depuis la mi-2016. En juin 2016, il a participé à la création d’un nouveau parti politique congolais, l’Alliance pour le Salut du Peuple (ASP).