JEMAAH ISLAMIYAH

QDe.092
JEMAAH ISLAMIYAH
Date à laquelle le résumé a été mis en ligne sur le site du Comité: 
28 March 2011
Date(s) de mise(s) à jour du résumé: 
3 February 2015
3 February 2016
17 April 2018
Motifs ayant présidé à l'inscription sur la Liste: 

La Communauté islamiste [Jemaah Islamiyah], a été inscrite sur la Liste des sanctions d'Al-Qaida le 25 octobre 2002 en application des dispositions des paragraphes 1 et 2 de la résolution 1390 (2002), comme associée à Al-Qaida, à Oussama ben Laden ou aux Taliban pour avoir participé au financement, à l’organisation, à la facilitation, à la préparation ou à l’exécution d’actes ou d’activités menés par Al-Qaida (QDe.004), en association avec elle, sous son nom, pour son compte ou pour la soutenir.

Renseignements complémentaires: 

 Créée en Malaisie le 1er janvier 1993 par Abdullah Sungkar et Abu Bakar Ba’asyir (QDi.217) sur les bases du mouvement militant indonésien Darul Islam, déjà bien implanté alors, l’organisation Jemaah Islamiyah est aujourd’hui liée à Al-Qaida (QDe.004) et fortement influencée par les idées et les méthodes d’Oussama ben Laden [Usama Muhammed Awad Bin Laden] (décédé). La menace qu’elle représente est d’autant plus grande qu’elle s’est développée en un réseau s’étendant sur plusieurs pays d’Asie du Sud-Est. Le but ultime de Jemaah Islamiyah est la création d’un État fondé sur son idéologie extrémiste, qui engloberait la plus grande partie de l’Asie du Sud-Est.

Bien que Jemaah Islamiyah reste une organisation indépendante décidant elle-même de ses opérations, certains de ses membres haut placés ont établi des liens de coopération avec d’autres groupes terroristes à l’échelle locale et internationale. Jemaah Islamiyah et Al-Qaida partagent une même idéologie, et plusieurs membres des deux organisations ont été entraînés ou ont combattu ensemble au Pakistan et en Afghanistan à la fin des années 80 et au début des années 90.

Alors chef des opérations de Jemaah Islamiyah et membre d’Al-Qaida, Hambali [Nurjaman Riduan Isamuddin] (QDi.087), alias Hambali, a joué un rôle clef dans la mise en relation des deux organisations. Il a combattu en Afghanistan vers le milieu des années 80 et a été chargé de mettre en place un réseau de cellules militantes en Asie du Sud-Est dans les années 90. Il a collaboré étroitement avec Ramzi Yousef, actuellement détenu aux États-Unis d’Amérique pour sa participation à l’attentat du 26 février 1993 au World Trade Center, et avec d’autres individus ayant pris part à l’organisation de la série d’attentats à la bombe qui devaient être perpétrés en janvier 1995 contre 12 avions de ligne américains en provenance d’Asie et à destination de la côte ouest des États-Unis.

Hambali a beaucoup contribué à l’organisation d’entraînements dans des camps d’Al-Qaida en Afghanistan pour des membres de Jemaah Islamiyah; certains, détenus à Singapour, ont affirmé avoir fréquenté ces camps. Hambali a également joué un rôle dans les attentats du 11 septembre 2001. Il a aidé à rendre possible le voyage à Kuala Lumpur qu’ont effectué en janvier 2000 plusieurs agents d’Al-Qaida, dont Khalid al-Midhar et Nawaf al-Hazmi, impliqués dans le détournement de l’avion du vol American Airlines 77 qui s’est écrasé contre le Pentagone le 11 septembre 2001.

Autre personnage essentiel dans la mise en relation de l’organisation avec Al-Qaida, Fathur Rohman al-Ghozhi (décédé) a fréquenté de 1993 à 1994 un camp d’entraînement d’Al-Qaida en Afghanistan avant d’établir une cellule de Jemaah Islamiyah aux Philippines vers 1996.

D’autres liens existent entre les deux organisations. Des vidéos de surveillance produites par Jemaah Islamiyah et portant notamment sur des cibles potentielles d’attentats à la bombe à Singapour ont été retrouvées en Afghanistan dans les décombres du domicile de Mohamed Atef, chef militaire d’Al-Qaida, inscrit sur la Liste des sanctions d'Al-Qaida sous le nom de Muhammed Atef [Sobhi Abdel Aziz Mohamed el Gohary Abu Sinna] (décédé). Un membre d’Al-Qaida avait fourni un appui financier et opérationnel à Jemaah Islamiyah et était l’un des principaux exécutants des attentats à la bombe organisés par elle et mis au jour à Singapour en décembre 2001. En plus d’organiser le déploiement d’agents de Jemaah Islamiyah en Afghanistan en vue de leur entraînement, sa cellule malaisienne a créé plusieurs sociétés factices destinées à acheminer tant des ressources financières provenant d’Al-Qaida que des armes et des produits servant à fabriquer des explosifs.

Jemaah Islamiyah a à la fois l’intention et la capacité de perpétrer des attentats, comme elle l’a déjà fait dans toute la région en frappant sans discrimination des cibles diplomatiques, civiles et militaires :

    Des membres de Jemaah Islamiyah avaient planifié des attentats contre les missions diplomatiques d’Australie, d’Israël, du Royaume-Uni et des États-Unis, ainsi que d’autres cibles américaines et singapouriennes à Singapour. Le complot a été déjoué en décembre 2001 grâce à l’arrestation par les autorités singapouriennes de 13 membres de l’organisation terroriste. Vingt et un autres individus, dont plusieurs agents de Jemaah Islamiyah, ont ensuite été arrêtés en août 2002. Les autorités ont indiqué que l’organisation avait l’intention de faire s’écraser un avion contre l’aéroport international Changi de Singapour en représailles aux arrestations de décembre 2001;
    Un dirigeant et expert en explosifs de l’organisation, Fathur Rohman al-Ghozhi, a avoué avoir participé à l’organisation et au financement d’une série d’attentats à la bombe perpétrés aux Philippines le 30 décembre 2000 et ayant fait 22 morts et plus de 100 blessés. Il a été condamné à 16 ans de prison aux Philippines pour possession d’explosifs et utilisation ou reproduction frauduleuse de passeports;
    Hambali, chef des opérations de Jemaah Islamiyah, est recherché par les autorités indonésiennes pour le rôle qu’il a joué dans la série d’attentats contre des églises de Jakarta et de huit autres villes indonésiennes qui ont fait 18 morts et de nombreux blessés le 24 décembre 2000. Selon un membre de l’organisation terroriste, Hambali a également eu part à l’attentat contre la résidence de l’Ambassadeur des Philippines en Indonésie qui, commis le 1er août 2000, a fait deux morts et blessé grièvement l’Ambassadeur. Agus Dwikarna (QI.D.111.03.), autre collaborateur d’Abu Bakar Ba’asyir, a été condamné à 17 ans de prison aux Philippines pour possession illégale d’explosifs;
    Jemaah Islamiyah est responsable des attentats à la bombe commis à Bali le 12 octobre 2002, qui ont fait 202 morts, de ceux qui ont visé en 2003 l’hôtel J. W. Marriot et en 2004 l’Ambassade d’Australie à Jakarta, et de ceux encore perpétrés à Bali en 2005.

Les autorités d’Asie du Sud-Est continuent de voir en Jemaah Islamiyah une menace et de lancer contre elle des opérations, telles que l’arrestation de deux de ses dirigeants par les autorités malaisiennes en janvier 2008 et la série d’opérations menées par les forces de sécurité en Indonésie depuis août 2006. L’arrestation en mars 2007 de collaborateurs d’Abu Dujana, chef militaire de l’organisation, a donné lieu a la découverte de quantités importantes d’explosifs, d’armes à feu, de munitions et de bombes tuyaux. La suite de l’enquête a abouti en juin 2007 à l’arrestation de Zarkasih, émir de l’organisation, et d’Abu Dujana. On soupçonne néanmoins Jemaah Islamiyah de disposer d’autres cachettes d’explosifs destinées à des activités futures.

Bien que l’organisation maintienne probablement des liens à l’échelle régionale, l’action menée contre elle par les autorités nationales l’a forcée à réduire son champ d’action qui, comportant autrefois quatre zones de responsabilité « Mantiqi » dans différentes parties de l’Asie du Sud-Est et de l’Australie, n’a plus guère que la zone « Mantiqi II » qui correspond à l’Indonésie. Ses différentes activités en matière de communication, de formation, de logistique et d’affaires militaires dépendent maintenant d’une même structure centralisée.

Jemaah Islamiyah continue de mener secrètement son recrutement grâce à son réseau de pensionnats et de groupes d’étude et à ses contacts personnels, et d’organiser des activités limitées d’entraînement en Indonésie et dans le sud des Philippines. Elle finance son action au moyen des dons de ses membres, d’activités criminelles et d’activités commerciales connexes.

Elle n’a pas de chef officiel, mais dispose en revanche d’un plan d’organisation de la relève bien établi, surtout concernant l’éventuelle arrestation de l’émir actuel. Les enquêtes menées après les arrestations de juin 2007 ont révélé qu’en 2004, Zarkasih avait succédé d’urgence à l’émir Abu Rusdan (QI.R.186.05.) qui avait été arrêté et qui, lui-même, avait semblablement remplacé Abu Bakar Ba’asyir. Zarkasih a été émir de l’organisation jusqu’à son arrestation en 2007; on ne lui connaît pas de successeur.

La taille de l’organisation n’est pas connue et pourrait aller de moins de 1 000 membres à plusieurs milliers, la plupart vivant à Java et les autres ailleurs en Indonésie et dans les pays voisins.
Depuis août 2006, Jemaah Islamiyah n’a réussi aucun attentat en Asie du Sud-Est, mais elle a commis en Indonésie des actes terroristes d’inspiration religieuse, notamment des assassinats et des attentats à la bombe, surtout à Poso, dans le Sulawesi central, jusqu’à ce que les autorités indonésiennes la déstabilisent en janvier 2007.

En Asie du Sud-Est, Jemaah Islamiyah a maintenu ses liens actifs avec des sous-groupes du Groupe Abou Sayyaf [Abu Sayyaf Group] (QE.A.1.01.), notamment par l’entremise de ses agents Dulmatin, inscrits sur la Liste des sanctions d'Al-Qaida sous le nom de Joko Pitono (décédé) et d’Umar Patek (QI.P.294.11).

Les agents de Jeemah Islamiyah ont profité de leur fuite aux Philippines pour aider des groupes terroristes locaux à perpétrer des attentats dans l’île de Mindanao. Plusieurs attentats à la bombe attribués à Jeemah Islamiyah ont été commis le 10 octobre 2006 et le 10 janvier 2007.

Malgré les effets cumulés de la déstabilisation de Jeemah Islamiyah opérée par les autorités régionales, les renseignements et le matériel obtenus depuis 2006 grâce à l’arrestation de dirigeants de l’organisation indiquent qu’elle a toujours les moyens et l’intention de commettre des actes terroristes.