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SG/SM/21284
18 mai 2022

Le Secrétaire général appelle à accélérer la transition énergétique et notamment à créer une coalition mondiale pour le stockage sur batterie

On trouvera ci-après le message vidéo du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, à l’occasion de la parution du rapport de l’Organisation météorologique mondiale sur l’état du climat mondial 2021, aujourd’hui:

Le rapport sur l’état du climat qui paraît aujourd’hui enchaîne les désolants constats d’échec dans la lutte de l’humanité contre le dérèglement climatique.

L’élévation du niveau de la mer, les concentrations de gaz à effet de serre et le réchauffement et l’acidification de l’océan ont battu de nouveaux records alarmants en 2021.  Le rythme de l’élévation du niveau moyen mondial de la mer a plus que doublé par rapport à la dernière évaluation, principalement à cause de l’accélération de la fonte des glaces.  De même, le réchauffement de l’océan a fortement augmenté au cours des deux dernières décennies, et sur des profondeurs de plus en plus grandes.  La plupart des zones de l’océan ont connu au moins une forte vague de chaleur en 2021.

Le professeur Taalas et nos collègues de l’Organisation météorologique mondiale reviendront plus longuement sur les aspects scientifiques de ces phénomènes.  Mais permettez-moi de résumer les choses simplement.

Le système énergétique mondial est en faillite et nous pousse chaque jour un peu plus vers une catastrophe climatique.  Les combustibles fossiles sont une impasse, tant sur le plan économique qu’environnemental.  La guerre en Ukraine et ses répercussions immédiates sur les prix de l’énergie sont un nouveau signal d’alarme à cet égard.  Un avenir durable passe forcément par le renouvelable.   Nous devons mettre fin à la pollution liée aux combustibles fossiles et accélérer la transition vers des sources d’énergie renouvelables avant de réduire en cendres la seule maison que nous ayons.

Le temps nous est compté.  Pour tenir l’objectif de 1,5°C et prévenir les pires conséquences de la crise climatique, le monde doit agir au cours de cette décennie.  La bonne nouvelle est que nous tenons notre planche de salut.  La transformation des systèmes énergétiques est à portée de main.  Les technologies d’énergies renouvelables, telles que l’éolien et le solaire, existent déjà et sont généralement moins coûteuses que le charbon et les autres combustibles fossiles.

Au cours de la dernière décennie, le coût de l’énergie éolienne a diminué de plus de moitié.  Le coût de l’énergie solaire et des batteries a chuté de 85%.  Et les investissements dans les énergies renouvelables créent des emplois – trois fois plus que les investissements liés aux combustibles fossiles.  Nous n’avons pas une minute à perdre.  C’est pourquoi je propose aujourd’hui cinq mesures essentielles pour accélérer la transition vers les énergies renouvelables.

Premièrement, les technologies d’énergies renouvelables, telles que les systèmes de stockage sur batterie, doivent être traitées comme des biens publics mondiaux essentiels et librement disponibles.  Il est crucial de lever les obstacles au partage des connaissances et aux transferts de technologies, y compris les droits de propriété intellectuelle, pour permettre une transition rapide et équitable vers des énergies renouvelables.

Le stockage de l’électricité produite à partir de sources d’énergie renouvelables est souvent cité comme le principal obstacle à la transition vers une énergie propre.  J’appelle donc à la création d’une coalition mondiale pour le stockage sur batterie, afin d’accélérer l’innovation dans ce domaine et le déploiement de ces technologies.  Une coalition conduite par les gouvernements, qui réunisse des entreprises du secteur des technologies, des fabricants et des financiers.

Deuxièmement, nous devons garantir, augmenter et diversifier l’approvisionnement en composants et en matières premières essentiels pour les technologies liées aux énergies renouvelables.  Aujourd’hui, les chaînes d’approvisionnement en technologies d’énergies renouvelables et en matières premières sont concentrées dans une poignée de pays.  L’ère du renouvelable ne pourra advenir tant que nous n’aurons pas comblé ce vaste fossé.  Pour y parvenir, une action concertée à l’échelle internationale sera nécessaire.  Les gouvernements doivent investir dans la formation professionnelle, la recherche et l’innovation, ainsi que dans des mesures incitatives visant à créer des chaînes d’approvisionnement.

Troisièmement, les gouvernements doivent mettre en place des cadres et réformer les procédures administratives pour que les règles qui s’appliquent aux énergies fossiles s’appliquent également aux énergies renouvelables.  Nombreux sont les pays dans lesquels le système en place continue de privilégier des combustibles fossiles mortifères.  Nous devons supprimer les goulets d’étranglement pour faire en sorte que des gigawatts d’énergie renouvelable ne soient pas bloqués par des tracasseries bureaucratiques et des procédures d’attribution de licences ou de raccordement au réseau.  J’engage les gouvernements à accélérer et à alléger les procédures d’approbation des projets solaires et éoliens, à moderniser les réseaux et à fixer, en matière d’énergies renouvelables, des objectifs ambitieux permettant de respecter la limite de 1,5oC, afin d’offrir des garanties aux investisseurs, aux promoteurs, aux consommateurs et aux fabricants.  L’adoption de politiques relatives aux énergies renouvelables est essentielle pour réduire les risques du marché et stimuler l’investissement dans le secteur.

Quatrièmement, les gouvernements doivent cesser de subventionner les combustibles fossiles s’ils veulent protéger les personnes et les groupes les plus pauvres et les plus vulnérables.  Chaque minute qui passe, 24 heures sur 24, le charbon, le pétrole et le gaz absorbent quelque 11 millions de dollars de subventions.  Chaque année, les gouvernements du monde entier dépensent quelque 500 milliards de dollars en aides destinées à faire baisser artificiellement le prix des combustibles fossiles.  C’est plus du triple que ce qu’ils allouent aux énergies renouvelables.  Tandis que les particuliers subissent de plein fouet la hausse des prix des carburants, l’industrie pétrolière et gazière engrange des milliards à la faveur d’une distorsion des marchés.  Ce scandale doit cesser.

Cinquièmement, il convient de tripler l’investissement privé et public dans les énergies renouvelables, qui doit atteindre au moins 4 000 milliards de dollars par an.  Dans le cas de l’énergie solaire et de l’énergie éolienne, l’investissement de départ représente 80% du coût global.  Autrement dit, les lourds efforts d’investissement d’aujourd’hui permettront de faire d’importantes économies demain et pendant des années.  Or, les coûts de financement sont sept fois plus élevés dans certains pays en développement que dans les pays développés.  Il faut des financements mixtes sur lesquels prendre appui afin de combler les déficits de financement actuels et de débloquer les milliers de milliards détenus par les acteurs privés.  Il s’agit de rééquilibrer les cadres de risque et d’assouplir le système pour accroître le financement des énergies renouvelables.

Les dirigeants et les actionnaires des banques multilatérales de développement et des institutions de financement du développement doivent prendre leurs responsabilités et être comptables de leur action.  Je les engage, y compris leurs branches privées, à aligner pleinement l’ensemble de leurs portefeuilles de prêts sur l’Accord de Paris, au plus tard en 2024, et à mettre fin à tous les financements d’activités fortement émettrices et fortement polluantes.  Il s’agira notamment pour eux de faire preuve de créativité en matière de gestion financière pour accélérer la transition vers les énergies renouvelables.  Il faudra pour cela fixer des objectifs ambitieux de financement des infrastructures d’énergie renouvelable, qui intègrent notamment l’assistance technique et une aide à l’élaboration de politiques.

Les banques commerciales et toutes les institutions du système financier mondial doivent augmenter considérablement leurs investissements dans les énergies renouvelables tout en éliminant progressivement les investissements dans les combustibles fossiles.  Seules les énergies renouvelables permettront de garantir une véritable sécurité énergétique, la stabilité des prix de l’électricité et des possibilités d’emploi pérennes.  À condition d’agir ensemble, la transition énergétique pourrait bien être le grand projet de paix du XXIe siècle.

Chaque pays, chaque ville, chaque citoyen, chacune des institutions financières, entreprises et organisations de la société civile a un rôle à jouer.  Mais avant toute chose, il est temps que les dirigeants –du public comme du privé– cessent de parler des énergies renouvelables comme d’un lointain projet d’avenir.  Car sans énergies renouvelables, il n’y a tout simplement pas d’avenir.  Comme le montre clairement le rapport publié aujourd’hui, il est temps d’accélérer la transition énergétique avant qu’il ne soit trop tard.

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