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ECOSOC/7089
20 juin 2022
Session de 2022, 23e & 24e séances plénières – matin & après-midi

Réunion de l’ECOSOC sur le passage de la phase d’urgence au développement: la Vice-Secrétaire générale de l’ONU souligne que l’alimentation est un droit de l’homme fondamental

Le Conseil économique et social (ECOSOC) a tenu aujourd’hui sa réunion annuelle sur la question du passage de la phase des secours aux activités de développement sur le thème « Crises récurrentes et solutions durables: renforcer la résilience et faire face à l’insécurité alimentaire croissante et aux déplacements ». 

La Vice-Secrétaire générale de l’ONU a souligné que l’alimentation est un droit de l’homme fondamental.  Mme Amina Mohammed a affirmé que la crise alimentaire peut se résoudre avec seulement 300 millions de dollars.  Près de 193 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire dans 53 pays et territoires et les conséquences du conflit en Ukraine font craindre une famine dans le monde, a-t-elle prévenu.  Insistant sur la mise à disposition des fonds nécessaires, elle a fait observer que, ces deux dernières années, 62 milliardaires ont émergé dans le secteur agroalimentaire. 

En renouvelant nos engagements et en renforçant notre coopération, nous pouvons surmonter ces défis, réduire la vulnérabilité, renforcer la résilience et trouver des solutions pérennes pour les personnes déplacées, a ajouté M. Collen Vixen Kelapile, Président de l’ECOSOC.

Précédant le segment des affaires humanitaires, prévu du 21 au 23 juin, la réunion d’aujourd’hui s’est tenue sous son nouveau format, avec deux tables rondes qui ont permis aux États Membres, aux organes des Nations Unies et à un ensemble de partenaires du monde de la finance ou de la société civile d’explorer les questions pressantes du monde.  L’un des coprésidents de la session, le Vice-Président de l’ECOSOC, M. Diego Pary Rodríguez, de la Bolivie, a demandé aux participants de se concentrer sur deux crises actuelles: l’insécurité alimentaire et les mouvements de population. 

Les deux tables rondes ont pour mission, a-t-il rappelé, de partir des expériences concrètes pour examiner la collaboration, la cohérence et la complémentarité entre les efforts humanitaires, de développement et de consolidation de la paix, en particulier en Haïti, au Soudan du Sud et au Sahel. 

Pendant la première table ronde, l’Économiste en chef de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), M. Maximo Torero, a suggéré de passer à des modèles durables de consommation, tout en veillant à ne pas aggraver les inégalités.  Le Représentant spécial du Fonds monétaire international (FMI), M. Robert Powell, a annoncé le lancement des « fonds de vulnérabilité », cette année.  Le FMI collabore également avec la Banque mondiale pour la restructuration de la dette souveraine de certains États.  Le Coordonnateur spécial pour le développement au Sahel, M. Abdoulaye Mar Dieye, a voulu que l’on double la « débauche d’énergie » que l’on a vue pendant la pandémie de COVID-19 pour servir la lutte contre l’insécurité alimentaire, cette autre pandémie. 

La Fédération de Russie s’est dite prête à exporter 25 millions de tonnes de blé et 22 millions de tonnes d’engrais d’ici à la fin de l’année.  L’Argentine a mis en garde contre des mesures de distorsion qui viendraient affecter les échanges commerciaux.  Il faut, a-t-elle dit, remettre au goût du jour les résolutions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). 

La Sous-Directrice exécutive du Département de l’élaboration des programmes et des politiques du Programme alimentaire mondial (PAM), Mme Valerie Guarnieri, a averti que si rien n’est fait les gouvernements risquent de chuter, après des troubles sociaux.  Les femmes, qui contribuent à la moitié de la production alimentaire mondiale, représentent paradoxalement 70% des gens exposés à la faim.  Il est impossible de parvenir à des solutions durables et efficaces sans la participation des femmes, et ce, de l’élaboration à l’exécution des programmes, a commenté la Vice-Présidente de l’ECOSOC, Mme Miia Rainne, de la Finlande. 

L’ECOSOC entamera demain mardi 21 juin à partir de 10 heures le segment « affaires humanitaires ».

QUESTIONS DE COORDINATION, QUESTIONS RELATIVES AU PROGRAMME ET AUTRES QUESTIONS

  • Programme à long terme d’aide à Haïti (E/2022/52)
  • Pays d’Afrique sortant d’un conflit
  • Développement durable au Sahel (E/2022/63)

Déclarations liminaires

M. COLLEN VIXEN KELAPILE, Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a mentionné les statistiques alarmantes sur les risques de famine à l’échelle mondiale, puisque 750 000 personnes font face à un tel risque si une assistance ne leur est pas apportée.  Il a aussi insisté sur le nombre sans précédent de personnes déplacées et de réfugiés, plus de 100 millions de personnes.  Malgré ces chiffres inquiétants, ces crises de l’alimentation et de déplacements ne sont pas hors de notre contrôle, a déclaré le Président.  Il a assuré que les parties prenantes peuvent remédier à l’insécurité alimentaire et prévenir la famine, en renforçant les systèmes alimentaires mondiaux et en élaborant des solutions durables permettant de réduire les risques et les vulnérabilités.  En renouvelant nos engagements et en renforçant notre coopération, nous pouvons surmonter ces défis, réduire la vulnérabilité, renforcer la résilience et trouver des solutions pérennes pour les personnes déplacées, a conclu le Président.

Mme AMINA MOHAMMED, Vice-Secrétaire générale de l’ONU, a rappelé que près de 193 millions de personnes souffraient d’insécurité alimentaire en 2021 dans 53 pays et territoires.  Elle a mentionné les conséquences du conflit en Ukraine qui font craindre une famine à l’échelle mondiale.  Elle a parlé des près de 750 000 personnes qui font face au risque de famine en Éthiopie, au Yémen, au Soudan du Sud, en Somalie et en Afghanistan.  Elle a aussi indiqué que près de 13,6 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë.  Or, a-t-elle assuré, « nous pouvons changer cela avec seulement 300 millions de dollars ».  Dans le même temps, elle a rappelé qu’il y a eu ces deux dernières années 62 nouveaux milliardaires dans le secteur agroalimentaire.  Les milliardaires des secteurs de l’agroalimentaire et de l’énergie ont vu leur fortune augmenter de 382 milliards de dollars ces deux dernières années, a-t-elle ajouté en en concluant que « nous ne pouvons pas continuer sur une telle trajectoire ».

En conséquence, la Vice-Secrétaire générale a appelé à une stabilisation des marchés et à une réduction de la volatilité, en estimant qu’il ne peut y avoir de solution à la crise alimentaire mondiale sans réintégration de la production alimentaire ukrainienne et des engrais de la Russie.  La Vice-Secrétaire générale a ensuite rappelé que la nourriture est un droit humain fondamental, en demandant une réponse immédiate aux besoins par le biais d’une assistance alimentaire.  Mme Mohammed a insisté sur le besoin de réponses spécifiques à chaque pays.  À ce sujet, elle a misé sur le rôle clef que peuvent jouer les coordonnateurs résidents de l’ONU.  Le monde fait face à une crise globale de la faim aux dimensions sans précédent, a conclu la Vice-Secrétaire générale en appelant à répondre aux besoins immédiats tout en renforçant la résilience de long terme

Table ronde 1: Crises récurrentes et solutions durables: renforcer la résilience et lutter contre la montée de l’insécurité alimentaire

La modératrice de la table ronde, Mme HELI UUSIKYLA, Directrice de la Division du financement des activités humanitaires et de la mobilisation des ressources au Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA), a posé le débat en rappelant combien nos chaines d’approvisionnement alimentaires sont perturbées actuellement.  Il faut donc agir aujourd’hui pour mettre un terme à la faim dans le monde, a-t-elle plaidé.  Lui emboitant le pas, M. MAXIMO TORERO, Économiste en chef de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a rappelé que le monde compte 193 millions de personnes souffrant de la faim, dont 72% du fait des conflits armés.  Il a souligné que les principaux exportateurs de céréales ont une influence sur les marchés, ce qui explique pourquoi le monde connait depuis le déclenchement du conflit en Ukraine des perturbations d’approvisionnement en céréales.  Pour la FAO, la solution serait de passer à des modèles durables de consommation, à travers un ensemble de mesures qui s’imposeraient comme des accélérateurs, tout en veillant à ne point renforcer les inégalités.

Le Fonds monétaire international (FMI) est déjà à pied d’œuvre, avec la Banque mondiale et d’autres partenaires, pour conseiller et financer les pays qui font face à ces difficultés, a indiqué M. ROBERT POWELL, Représentant spécial du FMI auprès des Nations Unies.  Il a expliqué que le Fonds s’appuie sur des cadres économiques nationaux en veillant à renforcer les filets de sécurité sociale.  Le FMI a contribué à soutenir les plus vulnérables au Mozambique et au Moldova, par exemple, et il entend vulgariser ce genre d’intervention à travers le futur « fonds de vulnérabilité » du FMI qui sera lancé au cours de cette année.  Le FMI collabore également avec la Banque mondiale pour la restructuration de la dette souveraine de certains pays.

Il faut également s’assurer que les systèmes alimentaires et les marchés fonctionnent bien, a recommandé pour sa part Mme RABAB FATIMA, Représentante permanente du Bangladesh et Présidente de la Commission de consolidation de la paix (CCP), en soulignant que l’insécurité alimentaire peut conduire à des conflits.  Elle a appelé à des meures internationales cohérentes et à des financements adéquats pour relever les défis de l’insécurité alimentaire. 

Le financement des opérations humanitaires doit aussi être mis à niveau, car il n’est pas proportionnel aux besoins croissants, a reconnu, dans un message vidéo, la Sous-Directrice exécutive Département de l’élaboration des programmes et des politiques du Programme alimentaire mondial (PAM).  Mme VALERIE GUARNIERI a ainsi prédit que cette situation aura de multiples répercussions comme les chutes de gouvernements et des troubles sociaux.  De plus, a-t-elle fait remarquer, alors que les femmes contribuent à la moitié de la production alimentaire mondiale, elles représentent, paradoxalement, 70% des gens exposés à la faim.  Elle a donc demandé de trouver de nouvelles solutions, notamment par le biais de partenariats basés sur des avantages comparatifs et des compétences. 

En se tournant vers des situations nationales particulières, les panélistes ont notamment évoqué les situations relatives à la zone sahélienne et à Haïti.  Pour ce dernier cas, M. ROBERT KEITH RAE, Représentant permanent du Canada et Président du Groupe consultatif ad hoc de l’ECOSOC sur Haïti, a constaté que la situation va de mal en pis dans le pays.  Il a évoqué les conflits liés aux gangs, qui conduisent à des déplacements de population et à des migrations.  La solution doit être haïtienne, a-t-il souligné en reconnaissant que les mesures imposées de l’extérieur ont montré leurs limites.  Selon lui, il faut d’abord régler la crise politique, notamment en impliquant les femmes et les jeunes.  Le représentant a également appelé à une approche coordonnée et holistique pour rétablir la sécurité dans le pays, tout en luttant contre la corruption et le cycle de l’impunité.  Il a enfin appelé la communauté internationale à combler le déficit de développement socioéconomique du pays, y compris dans le secteur agricole.  Le Vice-Ministre des affaires étrangères de la République dominicaine a, elle aussi, déploré la situation de son voisin où des bandes de brigands terrorisent la population.  Le représentant d’Haïti a, pour sa part, appelé à la mise en place de mesures pour assurer la sécurité sociale dans le pays et notamment des emplois en faveur des jeunes. 

M. ABDOULAYE MAR DIEYE, Coordonnateur spécial pour le développement au Sahel, a reconnu que la transition du secours au développement n’est pas une voie facile.  Dans le cadre du Sahel, il a suggéré de revoir les modèles de production et de distribution, étant donné que 30% de la production alimentaire est perdue dans la région.  Se basant sur la prompte réaction de la communauté internationale face à la pandémie de COVID-19, il a appelé à redoubler de cette énergie pour la cause de l’insécurité alimentaire qui doit être considérée comme une pandémie par l’ECOSOC.  Dans ce contexte, il a appelé à la responsabilité sociale des entreprises du secteur privé qui doivent s’impliquer à fond dans la lutte contre la faim. 

Au niveau des banques, M. FERNANDO QUEVEDO, Directeur général de la Banque interaméricaine de développement (BIAD) pour l’Amérique centrale (Haïti, Mexique, Panama et République dominicaine) a témoigné de sa contribution dans la lutte contre la faim.  Il a évoqué notamment des transferts de bons alimentaires à l’endroit de populations nécessiteuses.  De même, M. MASATSUGU ASAKAWA, Président de la Banque asiatique de développement (BAsD), a expliqué que son institution apporte un appui conséquent aux pays les plus affectés par la crise alimentaire découlant du conflit ukrainien.  La Banque aide ces pays à renforcer leurs filets de sécurité sociale, comme c’est le cas au Sri Lanka et en Afghanistan.  Elle a aussi consacré environ 2 milliards de dollars pour la crise alimentaire en offrant des prêts aux banques nationales, question de soutenir des investissements dans le domaine agricole et le secteur alimentaire.

Dans le Sahel, le Burkina Faso est l’un des pays les plus affectés par la crise alimentaire, a indiqué Mme LAURENCE GROS, Directrice pays adjointe pour le Burkina Faso d’Action contre la faim.  Intervenant par visioconférence, elle a relevé que près de 3,8 millions de Burkinabè souffrent d’insécurité alimentaire, notamment du fait des conflits, des effets multiples des changements climatiques et du manque de mesures pour assurer la sécurité alimentaire.  Elle a relevé que l’agenda sécuritaire, notamment les mesures de lutte contre le terrorisme, est indissociable de la lutte contre l’insécurité alimentaire dans le pays.  Elle a aussi attiré l’attention sur le fait que les femmes et les filles figurent parmi ceux qui souffrent le plus de l’insécurité alimentaire à cause des inégalités structurelles.  Même son de cloche du côté de la Norvège qui a insisté sur l’égalité entre les sexes dans les réponses contre l’insécurité alimentaire. 

Le Royaume-Uni a dit consacrer 30 milliards de dollars à ce défi planétaire de l’insécurité alimentaire, tandis que le Maroc a appelé à des solutions adaptées et qui tiennent compte, à la fois, des préoccupations humanitaires et des défis de développement.  C’est pourquoi les États-Unis ont demandé de diversifier les ressources pour lutter contre l’insécurité alimentaire, avant que l’Indonésie n’insiste aussi sur la diversification des partenariats, en faisant fond sur les avantages comparatifs des uns et des autres.  La Zambie a appelé à soutenir les petits agriculteurs au niveau local, alors que la Thaïlande et le Zimbabwe ont dénoncé les mesures restrictives prises contre certains États, y compris le Zimbabwe et la Fédération de Russie qui s’est tout de même dite prête à exporter 25 millions de tonnes de blé et 22 millions de tonnes d’engrais d’ici la fin de l’année. 

Selon la Suisse, il faut renforcer les systèmes de production alimentaire et préserver les acquis.  Faisant référence à la crise en Ukraine, la délégation a rappelé que les situations de conflit armés peuvent désormais être dénoncées à la Cour pénale internationale (CPI) s’il est démontré qu’une partie à délibérément affamé des populations.  Enfin, l’Argentine a mis en garde contre des mesures de distorsion qui viendraient affecter les échanges commerciaux de denrées alimentaires.  C’est pourquoi il faut remettre au goût du jour les résolutions prises par l’Organisation mondiale du commerce (OMC) depuis des années, a plaidé la délégation. 

Table ronde 2: Crises récurrentes et solutions durables: renforcer la résilience et répondre à la hausse des déplacements

Cette table ronde s’est voulue résolument concrète et axée sur la recherche de solutions pérennes pour diminuer la vulnérabilité des 59 millions de déplacés dans le monde. 

Un chiffre annoncé d’emblée par M. ROBERT PIPER, Conseiller spécial du Secrétaire général sur les déplacements internes, qui a rappelé que ces derniers sont des citoyens de pays qui doivent les protéger.  Plus de 15 pays ont inclus cette question des déplacements dans leurs plans de développement, s’est félicité M. Piper, avant de demander une amélioration des données en la matière tant sur le plan national qu’international.  Alors qu’il n’occupe sa fonction que depuis quelques jours, il a promis de faire entendre la « voix des déplacés ».  Il a rappelé que toute solution doit bénéficier de ressources adéquates avant de plaider pour des actions collectives permettant d’obtenir des résultats. 

La Colombie est le pays qui compte le plus grand nombre de déplacés dans le monde, a ensuite signalé Mme KELLY T. CLEMENTS, Haut-Commissaire adjointe des Nations Unies pour les réfugiés.  Elle a également parlé des déplacés au Honduras, qui fuient la violence et l’insécurité Elle a passé en revue les efforts du Haut-Commissariat pour répondre aux besoins des déplacés, avant d’estimer que la clef du succès des stratégies en la matière est leur dimension locale.  Elle a ainsi insisté sur le rôle important du réseau de coordonnateurs résidents.  En amont, Mme Clements a appelé à remédier aux causes profondes des déplacements.  Elle s’est enfin dit « frappée » par la similitude des besoins des personnes déplacées et des personnes réfugiées. 

De son côté, Mme UGOCHI DANIELS, Directrice générale adjointe de l’Organisation internationale de la migration (OIM), a misé sur le Programme de développement durable à l’horizon 2030 comme feuille de route pour relever le défi des déplacements.  Elle a plaidé pour une meilleure compréhension des facteurs de vulnérabilité en précisant d’ailleurs que l’OIM a élaboré un indice de vulnérabilité.  Elle a balayé l’idée erronée selon laquelle les acteurs du maintien de la paix et les acteurs du développement et de l’aide humanitaire poursuivraient des objectifs antagonistes.  « Il est crucial de travailler de concert. » Elle a appelé à développer une « sensibilité » aux conséquences des conflits tant ces conflits sont un facteur crucial de déplacements.  Mme Daniels a insisté sur l’importance de disposer de données rigoureuses sur les besoins en développement.  Enfin, elle a rappelé l’importance, en plus de répondre aux besoins élémentaires des déplacés, de restaurer leur dignité. 

« Regardons en face la réalité », a déclaré M. MICHAEL KOHLER, Direction générale pour la protection et l’aide humanitaire civile de l’Union européenne, en notant l’augmentation exponentielle des déplacements.  Sommes-nous à la hauteur, notre aide est-elle à la hauteur?  C’est la première question que nous devons nous poser, a-t-il dit, en ajoutant que les déplacés sont souvent négligés.  Ils ne sont en effet pas considérés comme de véritables citoyens.  Il a mentionné sa récente visite dans un camp au Yémen.  Les femmes et mères m’ont dit que leur besoin le plus urgent était de trouver un emploi pour leurs époux, a dit M. Kohler.  Il a tenu à briser ce mythe qui voudrait que ces déplacements soient de courte durée.  Ces déplacements peuvent durer 10 ou 20 ans, a-t-il tranché.  Il a rappelé que les communautés hôtes n’ont parfois pas la même religion, pas la même culture ou pas la même langue que les déplacés, engendrant des difficultés supplémentaires.  Enfin, il a plaidé pour un échange des bonnes pratiques dans ce domaine et rappelé que les bailleurs de fonds ne peuvent se substituer aux autorités locales. 

Mme SARA BEYSOLOW NYANTI, Coordonnatrice résidente au Soudan du Sud, a indiqué qu’il y a deux millions de déplacés dans ce pays qui accueille, en plus, des réfugiés venus du Soudan.  Le conflit, le climat et les violences intercommunautaires sont des facteurs qui causent ces déplacements, a-t-elle expliqué en insistant sur l’importance d’actions collectives.  Elle a mentionné à ce titre le plan d’action multipartenaires mené dans un État du Soudan du Sud visant à transformer un camp en quartier.  Elle a évoqué la lassitude des déplacés devant les livraisons humanitaires.  Ils veulent se nourrir eux-mêmes et disposer des outils nécessaires à leur autonomisation, a-t-elle rappelé.  Elle a appelé à éliminer les barrières structurelles entre efforts de paix, de développement et humanitaires, même si cela ne se fera pas sans résistance.  Enfin, Mme Nyanti a insisté sur l’importance d’entendre les voix des communautés et de mieux comprendre ce qui engendre la violence. 

Pour sa part, Mme ROSE-MAY GUIGNARD, Présidente du Comité de Liaison Inter ONG, Haïti, a insisté sur l’insécurité alimentaire chronique en Haïti, tandis que la violence des gangs ne fait que croître.  Les Haïtiens fuient en masse cette violence.  Le quartier de Martissant s’est ainsi vidé de ses habitants en raison de la violence des gangs.  Elle a aussi évoqué les expulsions et rapatriements d’Haïtiens depuis les États-Unis ou la République dominicaine, ce qui les laisse sans ressource.  Face à cette réalité, elle a souligné l’importance de disposer de ressources suffisantes pour soutenir les organisations présentes sur le terrain.  Ce dont nous avons le plus besoin en Haïti, c’est de soutien psychologique pour les femmes qui sont victimes de violence en raison de leur genre, a enfin déclaré Mme Guignard.  Elle a ajouté une recommandation: donner les ressources aux personnes et communautés qui savent précisément quels sont les besoins à pourvoir. 

Lors du débat interactif avec les États Membres, trois délégations ont proposé des pistes pour répondre à la question des déplacements.  Les efforts humanitaires ne sont pas suffisants pour répondre à cette question, a d’emblée déclaré la déléguée des États-Unis: ces efforts doivent aller de pair avec les efforts de développement et de paix.  Il est crucial de mieux comprendre les causes profondes de ces déplacements, a dit la délégation, en mentionnant notamment les changements climatiques.  « Nous avons besoin d’une approche globale », a renchéri la Suisse, en appelant de ses vœux des programmes de réduction des risques de catastrophe naturelle.  La Suisse a insisté sur l’importance du réseau des coordonnateurs résidents, avant de demander, à l’instar de la Norvège, que ce réseau bénéficie de ressources suffisantes. 

Cette table ronde a été conclue par Mme GHADA ELTAHIR MUDAWI, Bureau de la coordination des affaires humanitaires, qui a déclaré que derrière chaque déplacé il y a une histoire et une sensibilité.  Elle a rappelé que 100 milliards de dollars sont nécessaires pour remédier aux conséquences des changements climatiques, qui sont un véritable multiplicateur de déplacements.  « Agissons ensemble pour que les déplacés puissent regagner leurs foyers et reconstruire leur vie. »  

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