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ECOSOC/7088
9 juin 2022
22e séance plénière, matin

Réunion de gestion de l’ECOSOC: une plus grande interaction est prônée avec les organes subsidiaires, pour une « fertilisation croisée » de leurs travaux

Le deuxième jour de la réunion consacrée à la gestion s’est tenue ce matin, au Conseil économique et social (ECOSOC), avec une série de messages clefs de ses organes subsidiaires et de tout le système des Nations Unies.  Pour que l’ECOSOC puisse jouer son rôle d’ensemble plus efficacement, les orateurs ont prôné une bonne –voire meilleure- coordination avec ses organes subsidiaires. 

Le rôle clef de l’ECOSOC se manifeste dans l’intégration équilibrée des trois dimensions du développement durable et en tant qu’organe principal de coordination, de dialogue politique et de recommandations sur les questions de développement économique et social, a rappelé la représentante Mme Rebeca Grynspan, qui est la Secrétaire générale de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).  Elle a recommandé un renforcement de la coordination selon un processus à double sens, en suggérant notamment de donner plus d’occasions aux organes subsidiaires de rendre compte de leur travail à l’ECOSOC.  La Thaïlande a repris cette formulation en exprimant le souhait de voir des interactions « dans les deux sens » entre le Conseil et ses organes subsidiaires.

Avec quelque regret, Mme Grynspan a rappelé que l’ECOSOC alternait autrefois ses sessions de fonds entre Genève et New York, ce qui lui permettait une interaction plus étroite avec ses organes basés à Genève.  Mais déjà, la session de coordination nouvelle formule permet à l’ECOSOC de mieux intégrer les résultats de ses organes subsidiaires dans ses travaux, a-t-elle salué.  M. Jamil Hamad, Directeur des affaires intergouvernementales du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), a signalé pour sa part qu’il existe une forte tradition des présidents de l’ECOSOC et de l’Assemblée générale de contribuer à l’Assemblée des Nations Unies sur l’environnement afin de renforcer les synergies entre ces organes.  Cependant, il a estimé que l’ECOSOC pourrait encore améliorer sa contribution en partageant les meilleures pratiques d’alignement national des politiques de sécurité énergétique sur les objectifs de sécurité climatique.

L’ECOSOC a d’ailleurs un rôle important à jouer dans le dialogue sur la voie à suivre face aux défis environnementaux et la coordination du système des Nations Unies à ce sujet, a estimé M. Hamad en notant l’ampleur de la tâche au moment où l’environnement se dégrade rapidement.  « Face au risque de franchir des seuils de non-retour, entraînant des menaces telles que de nouvelles pandémies et l’insécurité alimentaire, il est important d’avoir ce sentiment d’urgence dans nos délibérations. »

L’ECOSOC n’a pas été le seul à être appelé à la coordination.  Les États Membres ont reçu ce même conseil pour leurs efforts menés au niveau national.  L’expérience récente a montré que les gouvernements ne pourront pas fournir les services et la protection nécessaires aux personnes s’ils continuent à travailler en vase clos, a en effet noté la Chancelière de l’Université Nelson Mandela, qui a présidé la dernière session du Comité d’experts de l’administration publique.  Elle a donc conseillé de créer des espaces institutionnalisés de collaboration entre tous les niveaux de gouvernement et avec différentes parties prenantes.

Dans le dialogue avec les délégations sur les travaux de tous ces organes, plusieurs, comme la République tchèque et la Colombie, ont insisté sur les questions de genre, en recommandant la pleine participation des femmes et en soulignant l’importance des données fiables et comparables, en particulier des données ventilées.  Les commissions techniques et les organes subsidiaires du Conseil ont un rôle important à jouer à ce sujet, notamment pour intégrer les questions de genre et les traduire dans des mandats concrets, a expliqué l’Union européenne.  C’est notamment dans les plans de reprise que l’on doit incorporer les questions de genre, a ajouté la Thaïlande.  Une recommandation appréciée par la Présidente de la soixante-sixième session de la Commission de la condition de la femme.

Même son de cloche pour les peuples autochtones, qui continuent d’être « les laissés-pour-compte du développement durable », a rappelé le Président de la vingt et unième session de l’Instance permanente sur les questions autochtones en demandant un « nouveau contrat social ».  Il a souhaité que ce contrat leur donne accès aux ressources et offre une justice pour tous, après avoir fait remarquer que ces peuples ont une « longueur d’avance » pour ce qui concerne la protection de la nature et de la biodiversité.

Les orientations de l’ECOSOC sont essentielles pour aider les États à progresser sur la voie du développement durable, a conclu l’Italie en se félicitant que les négociations sur la déclaration du forum politique de haut niveau « avancent bien ».  Cela reflète selon lui l’envie qu’ont les États Membres de relever les défis liés au Programme 2030, en dépit des différentes crises qui les frappent. 

La Vice-Présidente de l’ECOSOC a annoncé que la prochaine réunion du Conseil se tiendra le 20 juin et sera consacrée à la transition de l’aide d’urgence au développement.  Elle sera suivie par un débat sur les questions humanitaires organisé du 21 au 23 juin. 

Déclarations liminaires

Mme LACHEZARA STOEVA (Bulgarie), Vice-Présidente de l’ECOSOC, a rappelé que, dans sa résolution 75/290, l’Assemblée générale a convoqué cette discussion dans le cadre du débat de juin sur les questions de gestion afin d’intégrer les messages clefs des organes subsidiaires de l’ECOSOC et du système des Nations Unies sur le thème principal du Conseil, élaborer des recommandations pour le suivi et ainsi nourrir le forum politique de haut niveau pour le développement durable.  Elle a indiqué que les échanges de cette matinée s’appuient sur le récent débat de l’ECOSOC sur la coordination, au cours duquel le Conseil a fait le point sur les impacts de la pandémie de COVID-19 dans le processus de mise en œuvre des ODD.  À cette occasion, a-t-elle relevé, les États Membres ont souligné l’importance de l’ECOSOC, de ses organes subsidiaires et des commissions techniques pour répondre à la COVID-19 et promouvoir une reprise durable et équilibrée.  Le Conseil a aussi identifié les domaines clefs où l’ECOSOC, ses organes subsidiaires et le système des Nations Unies pourraient approfondir la réflexion politique et identifier des solutions innovantes, a précisé Mme Stoeva, évoquant l’intégration des perspectives de genre, la réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire, l’éducation, la transformation numérique, l’accès à la technologie, l’économie verte, la résilience climatique et les approches basées sur la sécurité humaine.  Ces discussions ont une résonnance particulière alors que le monde est témoin d’une augmentation de l’insécurité, de pénuries de carburant, d’une flambée de l’inflation et d’une crise des réfugiés, a-t-elle souligné, avant de se faire l’écho de l’avertissement lancé par le Groupe de réponse aux crises, selon lequel environ 1,7 milliard de personnes dans le monde vivent dans 107 économies exposées à une grave crise dans le domaine de l’alimentation, de l’énergie ou de la finance. 

Mme ARMIDA SALSIAH ALISJAHBANA, Secrétaire générale adjointe et Secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale de l’ONU pour l’Asie et le Pacifique (CESAP), a indiqué que, lors de sa soixante-dix-huitième session, la CESAP a adopté la Déclaration de Bangkok, qui constitue un programme commun pour l’Asie et le Pacifique.  Elle a ajouté que les membres de la Commission se sont engagés à renforcer la connectivité et le commerce, à renforcer la résilience et à stimuler les partenariats.  La Commission a également entériné un plan d’action sur les tempêtes de sable et de poussière.  La Secrétaire exécutive a ensuite exposé les points saillants des différents forums régionaux, avant de souhaiter que leurs conclusions alimentent les discussions du forum politique de haut niveau pour le développement durable qui se tiendra en juillet.

Mme Carpentier, qui s’exprimait au nom de Mme Rebeca Grynspan, Secrétaire générale de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a mis l’accent sur l’importance à donner aux processus et initiatives visant à renforcer l’ECOSOC, en reconnaissant son rôle clef dans la réalisation d’une intégration équilibrée des trois dimensions du développement durable et en tant qu’organe principal de coordination, d’examen des politiques, de dialogue politique et de recommandations sur les questions de développement économique et social.  Toutefois, pour que l’ECOSOC puisse jouer ce rôle plus efficacement, la coordination avec ses organes subsidiaires devrait être renforcée, conformément à la résolution de l’année dernière, a-t-elle estimé.  Elle a donc conseillé à l’ECOSOC, lors du segment de coordination, de renforcer sa coordination avec ses organes subsidiaires pour établir plus de synergies entre leurs travaux, à la fois pour que ces organes trouvent un écho au sein du Conseil mais également pour que les membres de celui-ci puissent interagir davantage avec eux et leur donner des orientations générales tout en tenant compte de leur optique spécialisée.  Dans ce contexte, la haute responsable s’est dit ravie que le projet de recommandations -qui doit être adopté au cours de cette session- reconnaisse que le renforcement de la coordination doit être un processus à double sens.

À l’avenir, elle a dit attendre que, d’une part, il ait plus d’opportunités pour l’ECOSOC de donner des orientations et des recommandations aux travaux de ses organes subsidiaires, afin d’assurer leur alignement sur les travaux du Conseil et le Programme de développement durable à l’horizon 2030.  D’autre part, il faudrait également veiller à ce que l’ECOSOC puisse s’appuyer plus efficacement sur les conseils techniques spécialisés de ses organes d’experts.  Cela pourrait inclure davantage de possibilités pour ces organismes de rendre compte de leur travail à l’ECOSOC, a-t-elle suggéré.  Illustrant son propos par quelques exemples concrets, basés sur l’expérience de la CNUCED en tant que secrétariat de la Commission de la science et de la technologie pour le développement (CSTD) et du Groupe de travail intergouvernemental d’experts des normes internationales de comptabilité et de publication, elle a rappelé que ces organes subsidiaires se réunissent à Genève.  Elle a rappelé qu’auparavant, les sessions de fond de l’ECOSOC alternaient entre Genève et New York, ce qui permettait une interaction plus étroite et une plus grande exposition de l’ECOSOC aux organes subsidiaires basés à Genève et à leurs travaux et résultats.

À cet égard, la CNUCED, en tant que secrétariat du CSTD et coorganisateur de l’équipe de travail inter-institutions du Mécanisme de facilitation des technologies, travaille avec le Département des affaires économiques et sociales (DESA) pour assurer une plus grande complémentarité et une « fertilisation croisée » entre la CSTD et le forum multipartite sur la science, technologie et innovation (STI) du Mécanisme de facilitation des technologies.  Cela a déjà été reflété dans les recommandations du résumé du Vice-Président, notamment en trouvant d’autres moyens pour que le CSTD présente son travail et ses conclusions à l’ECOSOC et aux parties prenantes de New York, et pour que le forum sur la science, technologie et innovation contribue au processus intergouvernemental du CSTD.  C’était l’occasion également pour elle de saluer la sagesse des États membres pour la nouvelle formule de la session de coordination, qui permet de mieux intégrer les résultats de ses organes subsidiaires dans ses travaux.  En fait, la CNUCED attend avec impatience l’examen pratique de la session de coordination ou même l’approbation des résultats des organes subsidiaires, a-t-elle dit estimant que l’approbation serait l’occasion pour le Conseil d’émettre un avis et de fournir des orientations à ses organes subsidiaires.

Comme la Secrétaire générale Grynspan l’a mentionné en février dernier, le Pacte de Bridgetown donne un nouveau mandat à la CNUCED, qui la charge de revitaliser le Conseil du commerce et du développement. Les questions commerciales sont traitées au niveau des experts à Genève, cependant, très peu de cette expertise est apportée ici à l’ECOSOC et à l’Assemblée générale, a-t-elle noté en espérant que la session de coordination se révèlera être l’un des moyens d’amener le leadership éclairé sur le commerce et les questions connexes, y compris la chaîne d’approvisionnement et les perturbations logistiques engendrées par la pandémie, les conflits et les changements climatiques, de Genève à New York.

Mme MATHU JOYINI, Représentante permanente de l’Afrique du Sud et Présidente de la soixante-sixième session de la Commission de la condition de la femme, a constaté que les répercussions de la pandémie de COVID-19 ont entraîné des reculs dans la réalisation du Programme 2030.  L’ODD 5 ne fait pas exception, a-t-elle déploré, précisant que l’analyse de cet objectif de développement durable fait apparaître que les femmes et les filles restent les plus frappées et font face à des pertes disproportionnées en matière d’emploi et de moyens de subsistance.  En dépit de leur rôle central dans la riposte, les femmes demeurent privées des postes à responsabilité qu’elles méritent, a observé Mme Joyini.  De plus, leurs droits à la santé sexuelle et reproductive ont été sapés tandis qu’elles sont confrontées à une hausse des violences, notamment dans le cercle intime, a-t-elle ajouté.  Elle a aussi observé que les changements climatiques imposent un lourd tribut aux femmes, notamment dans les pays pauvres qui ne sont en rien responsables de ce phénomène.  Il importe donc de placer les femmes au centre de tous les aspects de la riposte et de la reconstruction, en adoptant des politiques qui tiennent compte des questions de genre, a plaidé la représentante. 

À l’occasion de sa soixante-sixième session, a-t-elle poursuivi, la Commission de la condition de la femme a entendu un large éventail d’États Membres qui ont fait part de leurs expériences positives dans l’atténuation des impacts des crises sur les femmes et les filles et dans la lutte contre les inégalités structurelles.  Mme Joyini a souhaité que la communauté internationale s’appuie sur cet élan pour façonner un avenir durable intégrant la participation effective des femmes et des filles.  Il faut pour cela que les institutions économiques et politiques donnent voix au chapitre aux plus marginalisées, en impliquant par exemple les organisations de femmes, a-t-elle préconisé, avant de reconnaître que le monde est en mauvaise voie pour assurer l’égalité des genres d’ici à 2030.  Toutefois, s’est-elle empressée d’ajouter, cette tendance peut être inversée si l’on met en œuvre les recommandations du Programme d’action de Beijing et les conclusions de la Commission de la condition de la femme.  À ses yeux, l’impératif de l’égalité entre les sexes et de l’autonomisation des femmes et des filles doit demeurer une priorité absolue des travaux de l’ECOSOC. 

Pour M. JAMIL AHMAD, Directeur des affaires intergouvernementales du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), la pandémie de COVID-19 a été un signal d’alarme à plusieurs niveaux et la reprise représente une opportunité unique de faire la transition entre le paradigme du développement mondial et une économie à faible émission de carbone, efficace dans l’utilisation des ressources, favorable à la nature et socialement inclusive.  Les données sur les plans de relance montrent cependant que nous échouons jusqu’à présent à saisir cette opportunité pour stimuler cette transition, a-t-il déploré. Alors que nous luttons contre la pandémie et les défis environnementaux, les changements climatiques, la perte de biodiversité ainsi que la pollution et les déchets n’ont fait qu’empirer, a-t-il rappelé.

Alors que l’environnement se dégrade rapidement, le risque de franchir des seuils de non-retour, entraînant des menaces telles que de nouvelles pandémies et l’insécurité alimentaire, il est important d’avoir ce sentiment d’urgence dans nos délibérations, a estimé le directeur en soulignant que l’ECOSOC a un rôle important à jouer dans le dialogue sur la voie à suivre et la coordination du système des Nations Unies sur la réponse nécessaire.  De plus, rappelant que l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement fait rapport à l’ECOSOC, il a estimé qu’un engagement fort de cette Assemblée pourrait apporter une contribution importante au rôle de l’ECOSOC dans l’amélioration d’une reprise inclusive et résiliente.  D’ailleurs, a rappelé M. Ahmad, l’Assemblée a adopté plusieurs résolutions et une déclaration ministérielle qui revêt une grande pertinence pour l’ECOSOC et une reprise inclusive et durable. 

Parmi les priorités avancées par l’Assemblée pour l’environnement figurent la promotion de la mise en œuvre d’une approche « Une seule santé » afin de mieux détecter, prévenir, préparer et répondre aux risques sanitaires; la sauvegarde de la vie sous-marine et le retour à des océans propres, sains, résilients et productifs; le renforcement des politiques et approches d’économie circulaire; la mise en place d’infrastructures résilientes; le renforcement de la gouvernance environnementale et de l’état de droit; et l’amélioration de l’éducation et de la formation environnementales, a précisé M. Ahmad.  Faisant part d’une définition convenue des solutions fondées sur la nature, le Chef du PNUE a constaté un mouvement croissant à travers le monde pour protéger et restaurer les écosystèmes dans le cadre de la décennie sur la restauration des écosystèmes.  Les investissements dans des solutions basées sur la nature représentent une opportunité importante pour les emplois verts, de meilleurs moyens de subsistance, l’atténuation des changements climatiques et la protection de la nature.  Ces contributions sont également pertinentes pour le prochain forum politique de haut niveau et les ODD en cours d’examen, a-t-il fait remarquer aux membres de l’ECOSOC.

Mentionnant aussi qu’il existe une forte tradition des présidents de l’ECOSOC et de l’Assemblée générale d’assister et de contribuer à l’Assemblée sur l’environnement afin de renforcer les synergies importantes entre ces organes, M. Ahmad a estimé que l’ECOSOC pourrait améliorer sa contribution en partageant les meilleures pratiques en matière d’alignement national des politiques de sécurité énergétique sur les objectifs de sécurité climatique, en insistant pour supprimer les distorsions du marché telles que les subventions aux combustibles fossiles et en améliorant l’accès aux technologies à faible et à zéro carbone.  Il pourrait aussi aider à identifier des options pour financer une transition vers des économies à faible émission de carbone, économes en ressources, positives pour la nature et socialement inclusives, le tout permettant d’accroître la résilience.  Il faut en outre identifier les voies permettant aux pays de créer les conditions nécessaires au déploiement de solutions de financement pour réduire le fardeau de la dette, a-t-il ajouté avant de parler aussi de la nécessité d’assurer des transitions justes et équitables pour passer des économies linéaires aux économies circulaires.  Il a encouragé l’ECOSOC à contribuer à définir une voie pour aligner le système financier international conformément à l’article 2.1.C de l’Accord de Paris.

M. JOSÉ ANTONIO OCAMPO, Professeur à l’École des affaires internationales et publiques de la Columbia University et Président de la vingt-quatrième session du Comité des politiques de développement, a précisé qu’à l’occasion de cette plénière, le Comité s’est concentré sur les politiques utilisées pour relever les défis simultanés auxquels sont confrontés les gouvernements, des effets de la COVID-19 aux changements climatiques en passant par les inégalités.  Le Comité est arrivé à la conclusion que les politiques industrielles devraient non seulement contribuer au développement des capacités productives et d’infrastructures adéquates, mais aussi soutenir fortement l’intégration des micro, petites et moyennes entreprises dans des processus productifs plus larges, a-t-il indiqué.  Selon lui, les politiques industrielles postpandémie devront prendre en compte les nouvelles réalités, notamment celles associées aux économies verte et bleue.  Elles devront en même temps s’intégrer dans une stratégie de transformation structurelle et prévoir des mécanismes de responsabilisation et des processus décisionnels inclusifs.  Le Comité recommande donc à l’ECOSOC d’encourager les États Membres à adopter des politiques industrielles fondées sur des données probantes.  Ces politiques devront viser le développement des capacités productives comme moyen de sortir des différentes crises.  Il recommande en outre à l’ECOSOC de faire appel aux entités des Nations Unies pour soutenir les pays en développement, en particulier les pays les moins avancés (PMA).  L’ECOSOC devrait aussi, selon lui, appeler les partenaires commerciaux et de développement à placer le développement des capacités productives au centre de leur soutien à ces pays.

Mme GERALDINE FRASER-MOLEKETI, Chancelière de l’Université Nelson Mandela et Présidente du Comité d’experts de l’administration publique à sa vingt et unième session, comme déjà souligné dans son exposé d’hier au Conseil, a estimé que pour mieux sortir de la pandémie de COVID-19, tout en faisant progresser la mise en œuvre complète du Programme 2030, il va falloir mettre en place des institutions publiques plus fortes, plus efficaces, résilientes et crédibles à tous les niveaux.  Cela suppose, entre autres, une volonté politique, un changement des mentalités, un leadership transformationnel et une bonne gestion des ressources publiques.  Aucun des ODD ne peut être atteint sans s’attaquer au sort des pays les plus faibles et des pauvres, a-t-elle souligné, rappelant qu’ils ont été touchés de manière disproportionnée par les impacts économiques de la pandémie.  Elle a préconisé des mesures de relance concentrées sur la réouverture et la reconstruction des économies de manière durable, notamment en aidant les pays à gérer les niveaux d’endettement et l’inflation et en investissant dans les services publics essentiels.  L’expérience récente a montré que les gouvernements ne seraient pas en mesure de fournir les services et la protection nécessaires aux personnes s’ils continuaient à travailler en vase clos.  La création d’espaces institutionnalisés de collaboration entre tous les niveaux de gouvernement et avec différentes parties prenantes fait partie de l’équation.  Certains pays ont créé des comités multiniveaux ad hoc ou d’autres formes de collaboration pour répondre à la pandémie, tout en déployant des capacités supplémentaires.  Dans une optique de renforcement de la résilience, il peut être avantageux de maintenir ces mécanismes institutionnels en mode veille, prêts à être réutilisés en cas de besoin, a-t-elle recommandé.

Sur la dégradation de l’environnement et l’incohérence institutionnelle, elle a rappelé que les objectifs environnementaux du Programme 2030 ont stagné ou se sont même détériorés dans toutes les régions et que les systèmes planétaires sont menacés.  Cette mauvaise performance est due en grande partie à des facteurs institutionnels.  Par exemple, dans la plupart des pays, il n’y a pas de rôle de leadership clair assigné à un ministère ou département gouvernemental spécifique pour la coordination entre les institutions, a-t-elle noté en soulignant les difficultés particulières dans les systèmes fédéraux.  Mme Fraser Moleketi a aussi observé que les conflits politiques sont fréquents lors de l’allocation des ressources et que les changements sont difficiles à mettre en place même lorsqu’il y a une forte volonté politique.  De plus, les limites des écosystèmes et les accords de financement institutionnel sont souvent mal alignés sur les juridictions nationales, a-t-elle regretté. 

Abordant ensuite la technologie et les modèles hybrides de prestation de services publics pour ne laisser personne de côté, elle a noté que le développement rapide de la science et de la technologie a créé les conditions préalables à une réduction potentielle des inégalités socioéconomiques, notamment en réduisant le temps et le coût pour les citoyens d’accéder aux services.  Elle a donné l’exemple de l’apprentissage en ligne et de l’éducation numérique dans les écoles, comme en témoignent les solutions matérielles et logicielles proposées pendant la pandémie.  Mais l’accès reste problématique puisque quelque 3 milliards de personnes n’ont pas accès à Internet.  Ceux qui n’ont pas facilement accès à la technologie risquent d’être encore plus laissés pour compte, a-t-elle mis en garde.  Selon elle, les modèles hybrides de prestation de services publics devraient être considérés comme une solution par défaut afin de ne laisser personne de côté.

Passant à la gestion des finances publiques en temps de crise, le Conseil a convenu qu’il était nécessaire d’améliorer la coordination et le suivi efficace des réponses à la pandémie par les organisations internationales et régionales.  Il a été demandé des efforts accrus pour élaborer et adopter des normes et standards internationaux sur la gestion des plans de relance budgétaire et la politique budgétaire en temps de crise, en particulier pour garantir des niveaux adéquats de transparence, de responsabilité et de participation.  Préparer la main-d’œuvre du secteur public aux défis à venir est pour cela essentiel, a estimé Mme Fraser-Moleketi en recommandant aussi une sensibilisation aux ODD.

M. DARÍO JOSÉ MEJÍA MONTALVO, Politologue à l’Université nationale de Colombie et Président de la vingt et unième session de l’Instance permanente sur les questions autochtones, a indiqué que ce forum a mené en 2022 une série de dialogues régionaux centrés sur la reconstruction post-COVID-19.  Ces dialogues, a-t-il dit, ont donné aux peuples autochtones la possibilité de faire part de leurs préoccupations et des défis auxquels ils sont confrontés, notamment les campagnes de vaccination et la prise en charge des questions de terres et de sécurité.  Selon M. Montalvo, il a aussi été question des mesures économiques prises par les gouvernements, dont bon nombre ont accentué les violations des droits humains à l’encontre des peuples autochtones.  Il a d’autre part estimé que les difficultés d’accès aux services de santé, les inégalités sociales et l’absence d’infrastructure et d’éducation numérique renforcent les désavantages dont souffrent ces peuples.  De surcroît, les plans de développement menacent souvent leurs terres ancestrales, au point que certains peuples autochtones se retrouvent menacés d’expropriation.  Rappelant que ces peuples ont exhorté les États à garantir leur droit à l’autodétermination, il a souligné l’importance de disposer de données ventilées les concernant afin de mettre en valeur leurs besoins et défis, conformément à l’ODD 17.  Il a également appelé à une plus grande participation des peuples autochtones aux plans de reprise, avant de souhaiter que leurs contributions dans la mise en œuvre des ODD apparaissent dans les documents finaux des forums politiques de haut niveau.  Enfin, il a encouragé les États à inclure ces questions dans leurs examens nationaux volontaires afin de déterminer les efforts consentis en vue de la réalisation du Programme 2030.  

Dialogue interactif

À la suite de ces exposés, la parole a été donnée aux délégations.  Se félicitant de la tenue de ce dialogue, le représentant de l’Italie a noté que les organes liés à l’ECOSOC constituent le principal atout du Conseil en tant que plateforme pour l’échange d’idées et la prise de décisions en vue de la réalisation du Programme 2030.  Il a toutefois constaté que le monde n’est pas en bonne voie pour atteindre les ODD en raison des différentes crises et de leurs répercussions régionales et mondiales.  Les orientations de l’ECOSOC sont donc essentielles pour aider les États à progresser.  À cet égard, il a indiqué que les négociations sur la déclaration du forum politique de haut niveau « avancent bien », ce qui reflète selon lui l’envie qu’ont les États Membres de relever les défis liés au Programme 2030, en dépit des différentes crises qui les frappent. 

La représentante de la République tchèque a souhaité que, dans le cadre des travaux de l’ECOSOC et de ses organes subsidiaires, une place plus grande soit accordée aux groupes marginalisés, qui sont les premiers touchés par les différentes crises.  Il importe aussi d’assurer la pleine participation des femmes et de veiller à ce que tous aient accès à une éducation de qualité, a-t-elle plaidé.  En tant que membre de la Commission de la statistique, elle a d’autre part souligné l’importance des données fiables et comparables, en particulier des données ventilées.  Elle a, enfin, appelé l’ECOSOC et ses organes subsidiaires à s’intéresser davantage aux liens entre les différents ODD, lesquels peuvent aider à atteindre les transformations souhaitées. 

Le représentant de l’Union européenne a, pour sa part, plaidé pour une approche systémique en vue de réaliser les ODD.  À ses yeux, le système de l’ECOSOC et les États membres doivent préserver l’élan imprimé par le forum politique de haut niveau.  Il a également estimé que les commissions techniques et les organes subsidiaires du Conseil ont un rôle important à jouer, notamment pour intégrer les questions de genre et les traduire dans des mandats concrets.  D’une façon générale, leurs contributions devraient être davantage prises en compte car elles seront essentielles pour le sommet sur les ODD de 2023, a-t-il relevé. 

Le représentant de l’Indonésie a, lui aussi, appelé à tirer davantage parti de l’ECOSOC dans le cadre de la reprise.  Les pays ne peuvent agir seuls, a-t-il dit, avant de rappeler que la crise de la COVID-19 a considérablement perturbé l’avancement vers les ODD, qui était déjà en mauvaise voie avant la pandémie.  Ce n’est qu’en nous relevant ensemble que nous pourrons éviter les crises futures, a-t-il insisté, non sans préciser que ce thème est celui qu’a retenu son pays pour sa présidence du G20. 

De son côté, le représentant de la Colombie a souhaité que l’ECOSOC continue d’intégrer les questions de genre dans ses recommandations et qu’il s’appuie à cette fin sur des données ventilées.  Selon lui, la pandémie a montré que la santé des personnes dépend de celle des écosystèmes, ce qui implique d’adopter des approches globales sur le plan environnemental.  Il faut aussi relever les défis liés à la dette et à l’organisation de l’espace budgétaire, a-t-il ajouté, appelant à revoir les critères des agences de crédit.  Il s’est également dit favorable aux demandes des pays à revenu intermédiaire, avant d’espérer que le système de cartographie voulu par le Secrétaire général bénéficiera d’un large appui dans le cadre d’une stratégie de long terme. 

Pour la représentante de la Thaïlande, l’ECOSOC doit demeurer la principale plateforme d’échanges et d’opinions pour la réalisation des ODD.  À cette fin, elle a souhaité que les interactions entre le Conseil et ses organes subsidiaires fonctionnent dans les deux sens.  Sur le fond, elle a plaidé pour que les groupes les plus vulnérables soient au centre des politiques de transformation et que les plans de reprise incorporent les questions de genre sous tous leurs aspects.  Enfin, elle a estimé que les partenariats avec les institutions financières internationales et les groupes régionaux sont essentiels pour s’assurer que l’ECOSOC contribue efficacement à une reconstruction résiliente. 

En réponse à ces observations, la Cheffe du Bureau de New York de la CNUCED a estimé que le monde ne pourra se relever de la crise du coût de la vie s’il ne s’attaque pas à la crise financière.  Appelant à un soutien urgent aux pays en développement, notamment pour le renforcement de leurs capacités techniques, elle a noté que des recommandations sur des politiques intégrées ont été présentées aux organes subsidiaires de l’ECOSOC.  Face à la crise multidimensionnelle, il est essentiel de protéger les plus vulnérables, a-t-elle ajouté, avant de constater un tarissement de cette aide: « Il y a une forte demande et peu de ressources .» 

Le Président de la vingt-quatrième session du Comité des politiques de développement a, lui, mis l’accent sur la situation des pays à revenu intermédiaire, notamment en Amérique latine.  Pour ces pays, il a jugé crucial que soient adoptées des politiques industrielles pertinentes.  Il a également constaté que le traitement du problème de la dette est incontournable.  Toutefois, il a invité à tenir compte des différences de points de vue: certains pays ont besoin d’un allégement tandis que d’autres réclament une restructuration de leur dette sans allègement, a-t-il expliqué.  Il a par ailleurs rappelé que son Comité assure le suivi des processus de reclassement des PMA et formule à ce sujet des recommandations à l’endroit de l’ECOSOC.  Ces pays, a-t-il dit, jouissent de capacités limitées et ont donc besoin d’un plus large soutien sur le plan industriel. 

Revenant aux questions environnementales, le Directeur du Bureau de New York du PNUE a constaté que les objectifs dans ce domaine accusent un grave retard et que la pandémie de COVID-19 a endigué les progrès en matière de lutte contre les changements climatiques.  C’est pourtant une question centrale car les plus durement frappés sont les pays pauvres et les communautés marginalisées, a-t-il souligné, avant de souligner l’importance d’une transition sobre en carbone, « plus encore aujourd’hui qu’avant la pandémie ». 

La Présidente de la vingt et unième session du Comité d’experts de l’administration publique a insisté sur le rôle de coordonnateur de l’ECOSOC à l’égard de questions qui se posent à l’échelon infranational, en particulier celle de la gouvernance en matière de développement durable.  Selon elle, les travaux menés par son comité dans le cadre des examens nationaux volontaires ont montré la nécessité d’avoir des institutions publiques robustes pour parvenir aux ODD.  Notant à cet égard que l’ODD 16 est transversal à tous les travaux du Comité, elle a indiqué que ces derniers constituent un « laboratoire institutionnel » pour la mise en œuvre du Programme 2030 et une reprise plus juste et plus verte. 

À la suite du débat sur la coordination, cette table ronde joue un rôle important pour permettre des synergies en matière d’action politique, s’est réjouie la Présidente de la soixante-sixième session de la Commission de la condition de la femme.  Elle a cependant relevé que, contrairement à la discussion de ce jour, le segment sur la coordination n’avait donné lieu à aucune intervention sur le rôle central des femmes et des filles dans le cadre de la reprise.  Or il faut non seulement que les plans de relèvement soient axés sur les plus vulnérables mais aussi qu’ils intègrent les questions de genre, a-t-elle fait valoir, jugeant cette approche essentielle pour tous les objectifs de développement durable, en particulier les ODD 5 et 16. 

À son tour, la Secrétaire exécutive de la CESAP a rappelé que les ODD étaient mal engagés avant même la pandémie, en particulier dans les pays en développement.  Avec la multiplication des conflits et des crises, la situation s’est encore dégradée, a-t-elle observé, avant de noter que cette discussion témoigne d’une préoccupation commune pour les groupes marginalisés.  Elle a aussi relevé que le besoin de financement se fait aujourd’hui plus pressant pour les pays en développement, dont bon nombre font aussi face à un risque croissant lié à leur dette.  Dans ce contexte, elle s’est félicitée de la reconnaissance par les délégations du rôle joué par la collaboration régionale, notamment dans le renforcement des capacités des PMA, des pays en développement sans littoral et des petits États insulaires en développement (PEID).  Elle a souhaité qu’il soit tiré parti de cet élan en s’alignant sur les propositions de « Notre Programme commun ». 

Moins optimiste, le Président de la vingt et unième session de l’Instance permanente sur les questions autochtones a constaté qu’à l’approche de la date butoir de 2030, les peuples autochtones continuent d’être les laissés-pour-compte du développement durable.  Pourtant, ces peuples ont une « longueur d’avance » pour ce qui concerne la protection de la nature et de la biodiversité, a-t-il souligné, souhaitant que le débat sur la transition énergétique et le financement de la transformation soit aussi l’occasion de prévenir l’aggravation des injustices et des inégalités à leur encontre.  Rappelant les engagements pris par les États lors du forum politique de haut niveau de 2021 en faveur de stratégies de protection sociale et de lutte contre la dégradation de l’environnement, il a plaidé pour un « nouveau contrat social » qui donne accès aux ressources et à la justice pour tous, en veillant à ne laisser personne de côté, en particulier les peuples autochtones. 

Concluant cette table ronde, la Vice-Présidente de l’ECOSOC a annoncé que la prochaine réunion du Conseil se tiendra le 20 juin et sera consacrée à la transition de l’aide d’urgence au développement.  Elle sera suivie par un débat sur les questions humanitaires organisé du 21 au 23 juin. 

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