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CS/14894
19 mai 2022
9036e séance – matin

Réunion du Conseil de sécurité sur les conflits et la sécurité alimentaire: la guerre en Ukraine vue comme le révélateur d’une crise déjà sous-jacente

Du fait de ses conséquences sur les approvisionnements mondiaux, la guerre en Ukraine a largement dominé aujourd’hui le débat-phare de la présidence américaine du Conseil de sécurité, consacré aux conflits et la sécurité alimentaire.  Pour beaucoup d’intervenants, le conflit a exacerbé une situation alimentaire mondiale déjà tendue qui exige, aux yeux du Secrétaire général, une coordination et un leadership beaucoup plus importants.  

Près de 80 États Membres - 23 au niveau gouvernemental - ont participé à ce débat, qui intervenait dans le cadre plus large d’une « semaine d’action » voulue par les États-Unis pour traiter de l’insécurité alimentaire, et marquée notamment par une réunion ministérielle sur la faim dans le monde, lors de laquelle le Secrétaire général, M. António Guterres, a proposé une série de mesures urgentes pour résoudre la crise à court terme et prévenir les dommages à long terme, mesures sur lesquelles il est revenu devant le Conseil de sécurité.  

« Qu’il n’y ait aucun doute: lorsque ce Conseil débat d’un conflit, vous débattez de la faim », a lancé M. Guterres aux membres du Conseil, en rappelant qu’en 2021, la plupart des 140 millions de personnes souffrant de faim aiguë dans le monde vivaient dans seulement 10 pays, dont huit étaient inscrits à l’ordre du jour du Conseil.  « Les conflits restent le principal facteur de faim » a ajouté à sa suite le Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), M. Qu Dongyu.

Aucun pays n’est à l’abri, a averti le Secrétaire général, qui a fait observer qu’en avril, le Programme alimentaire mondial (PAM) et ses partenaires avaient distribué nourriture et argent à plus de trois millions d’Ukrainiens, alors que, « jusqu’en mars, leur pays alimentait le monde avec d’abondantes réserves de nourriture ».  

Plusieurs orateurs ont rappelé ce rôle de grenier à blé du monde joué jusqu’alors par l’Ukraine et menacé par la guerre.  Mettant en garde contre un problème de disponibilité de denrées alimentaire en 2023, M. David Beasley, Directeur exécutif du PAM, a expliqué que, lorsqu’un pays tel que l’Ukraine, qui peut nourrir jusqu’à 400 millions de personnes, est frappé par une crise, des manifestations se produisent dans des pays aussi éloignés que le Sri Lanka, l’Indonésie ou le Pakistan.  « Nous étions fortement tributaires du blé et des engrais provenant de cette région; nous payons le prix de ce conflit aussi bien à la pompe à essence qu’à l’épicerie », a abondé le Pakistan.

Pour le Secrétaire général, toute solution significative à l’insécurité alimentaire mondiale nécessite la réintégration de la production agricole de l’Ukraine et de la production d’aliments et d’engrais de la Russie et du Bélarus dans les marchés mondiaux, sans restriction et malgré la guerre.  La France a dit soutenir les efforts du Secrétaire général pour permettre l’exportation de ces denrées, tout en réclamant à la Russie des garanties.  La Pologne a mentionné des discussions pour faire transiter le blé ukrainien par train sur son territoire et le Japon a plaidé pour la mise en place d’un « passage alimentaire humanitaire » qui faciliterait ces exportations.  

M. Beasley a dressé un tableau très sombre de la situation alimentaire mondiale.  Nous sommes passés de 80 millions de personnes à 135 millions de personnes qui souffrent de la faim à cause de la COVID-19.  Nous sommes ensuite passés à 276 millions de personnes qui s’acheminent vers la famine.  Compte tenu de la crise ukrainienne, on va arriver à 323 millions au moins, s’est-il alarmé.

À l’image de M. Beasley, beaucoup d’intervenants ont relevé qu’avant même l’invasion russe de l’Ukraine, le monde était déjà confronté à un « cocktail explosif », compte tenu des conflits, de la crise climatique et de la pandémie. Mais l’invasion a exacerbé une situation de sécurité alimentaire mondiale déjà tendue, a estimé, comme beaucoup d’autres, la Norvège.

Si la Fédération de Russie arrête sa guerre, la menace de famine disparaîtra, a tranché l’Ukraine qui a signalé que les grandes régions agricoles de l’Est et du Sud sont devenues des zones de combat, causant une chute de 50% de la production par rapport à l’année dernière. 

La Fédération de Russie n’a pas manqué d’insister sur le fait que l’insécurité alimentaire mondiale ne datait pas d’aujourd’hui, reprenant à son profit l’argument du Secrétaire général, pour qui « il y a assez de nourriture pour tout le monde dans le monde; la question est celle de la distribution ».  Elle a ainsi mis en cause les perturbations causées par la pandémie de COVID-19 mais aussi la réponse occidentale à cette crise, accusée d’être un facteur d’inflation.  De son côté, la Chine a appelé à la levée des mesures unilatérales qui restreignent la production et le commerce des denrée alimentaires.

Mais, pour les États-Unis, les sanctions « ne bloquent pas les ports de la mer Noire, n’emprisonnent pas les navires remplis de nourriture et ne détruisent pas les routes et les chemins de fer ukrainiens ».  Elles n’empêchent pas non plus la Russie d’exporter des denrées alimentaires ni des engrais, ont-ils expliqué, car de nombreux États ont prévu des exemptions aux sanctions pour les denrées alimentaires, les engrais et les semences en provenance de Russie.  Pour la France, c’est la guerre menée par la Russie qui empêche l’Ukraine d’exporter sa production agricole, bouleverse les chaines d’approvisionnement mondiales et entraîne une hausse des prix mettant en péril l’accessibilité́ des denrées agricoles pour les plus vulnérables.  La solution au désordre alimentaire mondial actuel est la cessation immédiate de l’agression russe et le retrait des troupes russes du territoire ukrainien, a insisté la délégation.

Si les positions tranchantes des États-Unis ou de la France ont été partagées par de nombreux pays occidentaux, d’autres États ont préconisé des mesures de coopération dans un esprit de multilatéralisme, afin de répondre à l’Appel urgent à l’action du Secrétaire général.  Le Kenya a demandé une meilleure intégration de l’Afrique dans le commerce mondial et l’Italie a annoncé la tenue en juin d’un « Dialogue ministériel méditerranéen sur la crise alimentaire », alors que l’Inde vantait la priorité accordée à l’assistance à ses voisins immédiats.

De nombreux orateurs ont rappelé l’adoption par le Conseil de sécurité de sa résolution 2417(2018) qui condamne l’utilisation de la famine comme méthode de guerre et demandé son application effective.  Encore faudrait-il que le Conseil agisse en ce sens et plusieurs de ses membres actuels, en premier lieu l’Irlande, ont reproché au Conseil de sécurité de ne pas assumer ses responsabilités en la matière.  

MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

CONFLITS ET SÉCURITÉ ALIMENTAIRE (S/2022/391)

Déclarations

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, s’est alarmé des quelque 60% de personnes sous-alimentées dans le monde qui vivent dans des zones touchées par des conflits, car, s’est-il écrié, «quand la guerre fait rage, les gens ont faim ». 

Le Secrétaire général a insisté sur le fait qu’aucun pays n’est à l’abri.  En avril, le Programme alimentaire mondial (PAM) et ses partenaires ont distribué de la nourriture et de l’argent à plus de 3 millions d’Ukrainiens, alors que, jusqu’en mars, leur pays nourrissait le monde avec des réserves abondantes de nourriture, a illustré M. Guterres, qui a remercié les États-Unis pour avoir mis l’accent sur cette question cruciale pendant leur présidence du Conseil.  

L’année dernière, la plupart des 140 millions de personnes souffrant de faim aiguë dans le monde vivaient dans 10 pays seulement, a rappelé le Secrétaire général: l’Afghanistan, la République démocratique du Congo, l’Éthiopie, Haïti, le Nigéria, le Pakistan, le Soudan du Sud, le Soudan, la Syrie et le Yémen.  Huit de ces pays figurent à l’ordre du jour de ce Conseil.  Pour lui, il n’y a aucun doute: « lorsque ce Conseil débat des conflits, vous débattez de la faim ».  De même, « lorsque vous prenez des décisions sur les missions de maintien de la paix et les missions politiques, vous prenez des décisions sur la faim.  Et lorsque vous ne parvenez pas à un consensus, les personnes souffrant de la faim en paient le prix fort », a-t-il averti. 

Aujourd’hui, l’impact des conflits est amplifié par la crise climatique et l’insécurité économique, qui est aggravée par la pandémie.  Par conséquent, des décennies de progrès dans la lutte contre la faim sont en train d’être anéanties, a déploré M. Guterres, qui a dit l’avoir constaté de ses propres yeux lors de sa visite au Sahel il y a deux semaines. 

Prenant l’exemple du Niger, confronté à la violence de groupes armés extrémistes et à des incursions transfrontalières depuis le Nigéria, il a rappelé que seuls 6%  de sa population était entièrement vaccinée contre la COVID-19.  Alors que le pays est classé dernier selon l’indice de développement humain, le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire aiguë y a plus que doublé au cours des deux dernières années et, sans action immédiate, leur nombre pourrait atteindre quatre millions en 2022.  Le Niger et ses voisins ont besoin de toute urgence d’une mobilisation internationale coordonnée et de grande ampleur, qui renforce les liens entre la paix, l’action humanitaire, l’adaptation aux impacts du dérèglement climatique et le développement durable, a plaidé le Secrétaire général, qui a annoncé le déblocage de 30 millions de dollars du Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF) pour répondre aux besoins urgents en matière de sécurité alimentaire et de nutrition au Niger, au Mali, au Tchad et au Burkina Faso. 

M. Guterres s’est dit également très préoccupé par la situation de la sécurité alimentaire dans la Corne de l’Afrique, qui connaît la plus longue sécheresse depuis quatre décennies, faisant état de plus de 18 millions de personnes affectées, alors que des millions de personnes sont menacées de famines en Somalie dans les mois à venir.  L’état périlleux de la sécurité alimentaire en Éthiopie et en Somalie est aggravé par la poursuite des conflits et une profonde insécurité. 

Dans le monde entier, ce sont 44 millions de personnes dans 38 pays qui sont à un niveau 4 de l’indice Indice des prix à la consommation (IPC), soit en situation d’urgence, « à un pas de la famine », a poursuivi le Secrétaire général, qui a rappelé que, comme toujours, les femmes et les filles sont les plus touchées, ce qui se traduit par une augmentation des taux de traite, de mariage forcé et d’autres abus.  Et plus d’un demi-million de personnes en Éthiopie, au Soudan du Sud, au Yémen et à Madagascar se trouvent déjà au niveau IPC 5, c’est-à-dire dans des conditions catastrophiques ou de famine.  

La guerre en Ukraine ajoute maintenant une nouvelle dimension effrayante à ce tableau de la faim dans le monde, s’est inquiété M. Guterres.  L’invasion de son voisin par la Russie a effectivement mis fin à ses exportations alimentaires. Des augmentations de prix allant jusqu’à 30% pour les aliments de base menacent les populations de pays d’Afrique et du Moyen-Orient.  Le Secrétaire général a dit avoir discuté de cette situation profondément troublante avec les dirigeants du Sénégal, du Niger et du Nigéria, qui ont confirmé être à la veille d’une tempête qui menace de dévaster les populations et les économies. 

Le Secrétaire général a décrit les succès enregistrés l’an dernier par les agences humanitaires et leurs partenaires au Soudan du Sud et au Yémen, où l’aide alimentaire a atteint plus de 10 millions de personnes par mois en 2021.  Mais ces opérations subissent également l’impact de la hausse des prix alimentaires, a-t-il relevé.  En Afrique de l’Est, le coût de l’aide alimentaire a augmenté en moyenne de 65% l’année dernière.  Le PAM a déjà été contraint de réduire son aide à huit millions de personnes affamées au Yémen. 

Face à cette situation, le Secrétaire général a préconisé quatre mesures à prendre dès maintenant pour briser le cycle meurtrier des conflits et de la faim. 

Il s’agit d’abord d’investir dans des solutions politiques pour mettre fin aux conflits, en prévenir de nouveaux et construire une paix durable.  Pour le Secrétaire général, le plus important reste de mettre fin à la guerre en Ukraine. Il a appelé tous les membres du Conseil à faire tout ce qui est en leur pouvoir pour faire taire les armes et promouvoir la paix, en Ukraine et partout ailleurs. 

Le Secrétaire général a ensuite rappelé que le droit humanitaire international, reflété dans la résolution 2417 (2018) du Conseil, spécifie notamment que les humanitaires doivent avoir un accès sans entrave aux civils dans le besoin.  Il a donc demandé instamment au Conseil de remplir son rôle en exigeant le respect du droit humanitaire international et en demandant des comptes en cas de violation. 

M. Guterres a ensuite plaidé pour une coordination et un leadership beaucoup plus importants face aux risques interconnectés de l’insécurité alimentaire, énergétique et financière.  Il y a assez de nourriture pour tout le monde dans le monde., a-t-il assuré.  Le problème est la distribution, et il est profondément lié à la guerre en Ukraine.  Rappelant qu’il avait créé en mars le Groupe mondial d’intervention en cas de crise alimentaire, énergétique et financière afin de fournir des données et des analyses et de proposer des solutions, le Secrétaire général a précisé que ce groupe avait immédiatement recommandé de lever toutes les restrictions à l’exportation de produits alimentaires, de libérer les réserves stratégiques et d’allouer les excédents aux pays dans le besoin.  M. Guterres s’est dit convaincu que toute solution significative à l’insécurité alimentaire mondiale passe par la réintégration de la production agricole de l’Ukraine et de la production de denrées alimentaires et d’engrais de la Russie et du Bélarus sur les marchés mondiaux - malgré la guerre.  Il a toutefois reconnu que cela « nécessitera la bonne volonté » de tous les pays concernés. 

Enfin, s’adressant aux donateurs, le Secrétaire général les a pressés de financer intégralement les appels humanitaires, déplorant qu’à mi-chemin de l’année 2022, nos plans de réponse humanitaire mondiaux ne soient financés qu’à hauteur de 8%, « des montants minuscules ».  Il a appelé à faire preuve de la même générosité envers tous les pays qu’envers l’Ukraine. 

Nourrir les affamés est un investissement dans la paix et la sécurité mondiales, a insisté le Secrétaire général, qui a déclaré que, dans ce monde d’abondance, il n’accepterait jamais qu’un seul enfant, une seule femme ou un seul homme meure de faim.  Il a conclu en demandant aux membres du Conseil de sécurité de ne pas l’accepter non plus. 

M. DAVID BEASLEY, Directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM), a tenu à rappeler que si le PAM s’est vu attribuer le prix Nobel de la paix, cela montre bien que la sécurité alimentaire est cruciale pour la paix et la sécurité de par le monde. Or, a-t-il déploré, ce qui nous est donné à l’heure actuelle, c’est bien une destruction des valeurs qui nous sont chères pour aider les nécessiteux et donner à manger à ceux qui ont faim. Avant que la crise ukrainienne n’éclate, le monde était déjà confronté à un « cocktail explosif », compte tenu des conflits, de la crise climatique et de la pandémie. Et alors que nous pensions que cela ne pouvait pas empirer, la guerre a éclaté.  

M. Beasley a ensuite décrit une crise « sans précédent », et passé en revue les maux qui frappent le monde, tels que les sécheresses récurrentes, la famine qui frappe à la porte, la situation au Sahel, dans la corne de l’Afrique.  De fait, a-t-il dit, nous sommes passés de 80 millions de personnes à 135 millions de personnes qui souffrent de la faim à cause de la COVID-19.  Nous sommes ensuite passés à 276 millions de personnes qui s’acheminent vers la famine. Compte tenu de la crise ukrainienne, on va arriver à 323 millions au moins.  Et si vous tenez compte de la détérioration économique et des sécheresses, ce sont quelque 43 pays qui pourraient être déstabilisés, avec leur lot de morts de troubles et d’immigration en masse, s’est-il alarmé. 

Pour le Directeur exécutif du PAM, le prix des denrées alimentaires est le problème principal. M. Beasley a mis en garde contre un problème de disponibilité de denrées alimentaire en 2023. Lorsqu’un pays tel que l’Ukraine, qui peut nourrir jusqu’à 400 millions de personnes, est frappé par une crise, des manifestations se produisent dans certains pays éloignés, comme le Sri Lanka, l’Indonésie, le Pakistan.  Il y a une dynamique de déstabilisation au Sahel, au Burkina Faso, au Mali, au Tchad. Ce sont là quelques indices de ce qui nous attend, a mis en garde M. Beasley, pour qui des expériences historiques sont là pour nous aider à bien comprendre les circonstances de l’inaction. 

« Nous savons ce qui se passe lorsque le grenier à grain du monde fait la Une des journaux, a averti M. Beasley, qui a rappelé que plus de 4 millions de personnes en Ukraine bénéficient actuellement de l’aide du PAM. Or, cela ne règle pas le problème, c’est la raison pour laquelle il faut que les ports fonctionnent, qu’on vide les silos à grain pour aider à stabiliser la crise alimentaire qui sévit à travers le monde.  Plus de 36 pays reçoivent 50% de leurs céréales en provenance de cette région.  Ces pays viennent aujourd’hui s’ajouter à 43 autres d’ores et déjà confrontés à une crise alimentaire. Aujourd’hui le monde est extrêmement fragile.  Il est urgent de réagir. Il faut absolument ouvrir les ports, notamment dans la région d’Odessa, a-t-il insisté. 

Nombre d’entre vous ont été sur le terrain, vous avez parlé aux plus pauvres, a lancé M. Beasley à l’assistance, tout en citant les témoignages de mères dont les enfants n’ont pas mangé pendant deux semaines, une autre dont le mari a rejoint un group extrémisme, parlant de ceux qui se sont lancés sur la route de la migration ou ont dû choisir entre l’huile de chauffage et l’huile de cuisson ou entre se nourrir et nourrir leurs enfants. Ces problèmes ne vont qu’empirer car la production mondiale va diminuer, a averti M. Beasley, avant de préconiser de faire en sorte que les engrais arrivent plus rapidement sur les marchés. Se référant aux chiffres « effrayants » de la Banque mondiale, il a pressé pour que les petits exploitant agricoles aient accès à ces engrais, au risque de perdre 11 milliards de dollars de production alimentaire.  

Le Directeur exécutif du PAM a appelé à faire tout ce qui est possible pour stabiliser les marchés, répétant que, à défaut, la situation allait empirer. Toutefois, a-t-il ajouté, il existe un espoir car, ce qu’il faut faire, nous l’avons déjà fait par le passé car « vous avez agi ».  

M. QU DONGYU, Directeur général de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a expliqué que, selon le Rapport mondial sur les crises alimentaires, publié le 4  mai, environ 40  millions de personnes supplémentaires ont connu, en 2021, une insécurité alimentaire aiguë par rapport à 2020, portant le total à 193 millions de personnes dans 53  pays et territoires.  Face à une nouvelle détérioration attendue en 2022, dont des risques de famine au Yémen, en Somalie, au Soudan du Sud et en Afghanistan, la FAO a intensifié ses efforts pour renforcer les systèmes agroalimentaires, sauver des vies et protéger les moyens de subsistance agricoles des populations les plus vulnérables du monde.

«  Les conflits restent le principal facteur de faim  », a insisté le chef de la FAO, avant d’ajouter que la guerre en Ukraine avait ravivé les inquiétudes concernant les prix historiquement élevés des denrées alimentaires et de l’énergie et leurs répercussions à travers le monde.  Il a précisé que la guerre avait « perturbé les exportations et la logistique et gravement affecté les disponibilités alimentaires  », avant de rappeler que l’Ukraine et la Fédération de Russie représentent à elles deux 30% des exportations mondiales de céréales et 67% de celles de tournesol.  Il a expliqué que l’augmentation des prix de l’énergie et des engrais mettait en péril la prochaine récolte mondiale et que, selon les derniers scénarios de la FAO, elle pourrait accroître la sous-alimentation chronique de 18,8  millions de personnes d’ici à 2023. 

M. Qu a appelé à renforcer le lien entre l’humanitaire, le développement et la paix.  Après avoir salué l’importance du Groupe mondial d’intervention en cas de crise alimentaire, énergétique et financière, le Directeur général a expliqué que la FAO avait aidé plus de 30  millions de personnes dans le monde en 2021 avec des programmes d’aide agricole d’urgence et de renforcement de la résilience, notamment au Yémen et en Afghanistan. 

Mme  SARA MENKER, de Gro Intelligence, a indiqué que la sécurité alimentaire et les changements climatiques sont au cœur de l’action de Gro Intelligence, une entreprise d’intelligence artificielle dont elle est la fondatrice.  Le conflit entre l’Ukraine et la Russie n’a pas créé une crise mais a alimenté une crise qui couvait depuis longtemps.  Si le conflit s’arrêtait demain, la crise perdurerait, a dit Mme  Menker, en plaidant pour une action robuste pour la régler. 

Mme  Menker a cité les cinq défis à relever: le manque d’engrais, les perturbations climatiques, le manque d’huile de cuisine, la pénurie en blé et les défis logistiques.  Les prix des engrais ont triplé en quelques mois, avec des conséquences inflationnistes.  Des sécheresses frappent le Brésil ou bien encore les États-Unis, qui sont des exportateurs majeurs.  Le prix de l’huile de palme a lui aussi triplé, tandis que le prix de l’huile de tournesol a augmenté en raison du conflit ukrainien.  Les stocks de blés à l’heure actuelle représentent 10  semaines de consommation.  S’agissant des problèmes logistiques, la Russie et l’Ukraine exportaient 60% de l’huile de tournesol, or tous les ports ukrainiens sont aujourd’hui fermés. 

Il faut agir ensemble pour faire face à ces risques, a dit Mme  Menker, en rappelant le doublement du prix moyen du panier alimentaire aux États-Unis depuis mars 2020.  L’action ne pourra être que collective et coordonnée, a-t-elle conclu, en soulignant la nécessité de faire du règlement de cette crise alimentaire une sécurité. 

M. ANTHONY J. BLINKEN, Secrétaire d’État des États-Unis, a déclaré qu’en dépit de l’adoption, en 2018, de la résolution 2417 (2018), qui condamne l’utilisation de la famine comme arme de guerre, le problème des liens entre conflits et insécurité alimentaires n’a fait que s’aggraver.  Le « mépris flagrant » de la Fédération de Russie pour cette résolution n’est que le dernier exemple en date d’un gouvernement qui utilise la famine des civils pour tenter d’atteindre ses objectifs, a-t-il accusé.  Au sein de ce Conseil, quelques membres ont utilisé à plusieurs reprises un langage déplorant les souffrances causées par la guerre russe en Ukraine et appelant « toutes les parties » à y mettre fin.  « N’utilisons pas le langage diplomatique pour obscurcir des faits simples: la décision de mener cette guerre est celle du Kremlin, et du Kremlin seul.  Si la Russie cessait de se battre demain, la guerre prendrait fin.  Si l’Ukraine cessait de se battre, il n’y aurait plus d’Ukraine », a tranché le Chef de la diplomatie américaine.  

Le Gouvernement russe, a poursuivi M. Blinken, semble croire que l’utilisation de la faim comme arme permettra d’accomplir ce que son invasion n’a pas réussi: briser l’esprit du peuple ukrainien.  Pourtant, les agriculteurs ukrainiens continuent de risquer leur vie pour produire du blé et d’autres produits.  Mais à cause des actions du Gouvernement russe, quelque 20 millions de tonnes de céréales restent inutilisées dans les silos ukrainiens, alors que les réserves alimentaires mondiales diminuent, que les prix montent en flèche et que de plus en plus de personnes dans le monde connaissent l’insécurité alimentaire. 

La Fédération de Russie prétend à tort que les sanctions de la communauté internationale sont responsables de l’aggravation de la crise alimentaire mondiale, a ajouté M. Blinken, qui a ajouté que les sanctions « ne bloquent pas les ports de la mer Noire, n’emprisonnent pas les navires remplis de nourriture et ne détruisent pas les routes et les chemins de fer ukrainiens ».  Les sanctions ne vident pas les silos à grains ukrainiens et ne volent pas les équipements agricoles ukrainiens, c’est la Russie qui le fait, a-t-il poursuivi.  Les sanctions n’empêchent pas la Russie d’exporter des denrées alimentaires ni des engrais ; les sanctions imposées par les États-Unis et de nombreux autres pays prévoient délibérément des exemptions pour les denrées alimentaires, les engrais et les semences en provenance de Russie, a-t-il encore argué. 

Non, la décision de faire de la nourriture une arme appartient à Moscou.  Même Dmitry Medvedev, le Vice-président du Conseil de sécurité russe, a récemment déclaré que les produits agricoles de la Russie étaient son « arme silencieuse », « mais de mauvais augure ».  Le Conseil de sécurité de l’ONU a la responsabilité unique de faire pression sur la Russie pour qu’elle mette fin aux actions qui aggravent la crise alimentaire en Ukraine et dans le monde, cesse de bloquer les ports de la mer Noire et de la mer d’Azov, permette la libre circulation des navires, trains et camions transportant de la nourriture hors d’Ukraine, et cesse d’empêcher les produits de première nécessité d’atteindre les civils dans les villes et villages ukrainiens assiégés et de menacer de retenir les exportations de denrées alimentaires et d’engrais des pays qui critiquent « votre guerre d’agression ». 

Élargissant la focale, le Secrétaire d’État a déclaré que ce Conseil doit systématiquement interpeller les gouvernements et les groupes armés lorsqu’ils utilisent des tactiques similaires à celle de la Russie.  L’ONU a été créée dans le but de prévenir les atrocités, notamment celle consistant à utiliser la famine comme arme contre des civils, comme ce fut le cas lors du siège de Leningrad par les nazis, au cours duquel environ un million de Russes ont perdu la vie, dont beaucoup à cause de la faim.  « Parmi les victimes figurait le frère du Président Putin, âgé d’un an ; ou pendant l’Holodomor, au cours duquel des millions d’Ukrainiens sont morts de faim à cause d’une campagne soviétique de collectivisation forcée et de terreur.  Il nous appartient d’empêcher que cette histoire ne se répète, de faire en sorte que le passé ne soit pas un prologue.  C’est bien simple: La vie de millions de personnes en dépend. » 

Pour Mme SHIRLEY AYOKOR BOTCHWEY, Ministre des affaires étrangères et de l’intégration régionale du Ghana, c’est la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale que nous voyons l’impact d’un conflit sur la sécurité alimentaire dans chaque pays, chaque foyer et sur tout le monde.  Bien que la crise mondiale actuelle de l’insécurité alimentaire soit antérieure à l’invasion de l’Ukraine par la Russie, la guerre a clairement révélé la nature interconnectée et la fragilité des systèmes alimentaires mondiaux, avec de graves conséquences pour la sécurité alimentaire et nutritionnelle mondiale, en particulier pour les pays et les populations vulnérables, a déclaré la Ministre. 

La crise alimentaire, en particulier en Afrique, ne peut attendre que la situation de tous les États soit parfaite, a poursuivi la ministre.  Nous devons soutenir les efforts des pays en développement, comme la Position commune africaine pour des systèmes alimentaires durables qui est axée sur le renforcement de la résilience des économies et des systèmes alimentaires.  L’ampleur et l’efficacité des efforts déployés par le FMI et la Banque mondiale pour combler le déficit de financement en Afrique en réponse à la pandémie de COVID-19 constituent un modèle pour remédier aux pénuries à court terme et renforcer la résilience. 

La Ministre a demandé aux parties au conflit de faciliter le mouvement des denrées alimentaires et des engrais dans les ports de la mer Noire et d’autres voies de transport.  La communauté humanitaire internationale doit approfondir ses mécanismes de coordination nationaux et régionaux pour la programmation et la réponse aux crises humanitaires et aligner ses interventions sur les plans d’intervention nationaux et régionaux.  Le Ghana est prêt à se joindre à tout effort visant à supprimer les restrictions à l’exportation sur les céréales, a indiqué la Ministre. 

Mme RAYCHELLE OMAMO, Secrétaire au Cabinet du Ministère des Affaires étrangères du Kenya, a d’abord donné rendez-vous à l’assistance à la Deuxième Conférence sur les océans coorganisée par son pays et le Portugal et prévue en juin prochain à Lisbonne, pour notamment intégrer les dividendes qu’offrent les océans dans un avenir alimentaire équitable et durable. 

Mme Omamo a ensuite préconisé une série de mesures permettant de coopérer dans un esprit de multilatéralisme pour être la génération répondant à cet Appel urgent à l’action.  D’abord, il s’agit pour elle de modifier la place qu’occupe l’Afrique dans le système commercial international.  C’est pourquoi, elle a appelé à la modernisation des systèmes agricoles, tant pour la production à grande échelle que pour celle des petits exploitants.  Les pays qui détiennent la plus grande part du capital des institutions financières internationales doivent insister sur un changement fondamental dans le financement et la mise en œuvre de la transformation des systèmes agricoles et alimentaires, a-t-elle ajouté. 

La Ministre a estimé essentiel de jeter un pont entre l’aide humanitaire, le développement et la consolidation de la paix.  Il faut également que les mécanismes et capacités de réponse locaux aux crises alimentaires et aux conflits soient mieux compris et intégrés dans les opérations de secours ainsi que dans les stratégies de réponse nationales.  De plus, la communauté internationale doit s'unir pour défendre les valeurs d'ouverture des marchés, étant entendu que la sécurité alimentaire est un problème transnational. 

Enfin, Mme Omamo elle a jugé crucial de mettre en place des mécanismes d'urgence mondiaux et de s’appuyer sur ceux qui existent, lesquels comprennent la restructuration de la dette. 

En effet, a conclu Mme Omamo, rompre le lien entre les conflits et la faim et exploiter le potentiel de la sécurité alimentaire pour contribuer à la paix exigent une action collective et une collaboration ciblée.  

M. MICHAEL MOUSSA-ADAMO, Ministre des Affaires étrangères du Gabon, a estimé que la résolution 2573 (2021) sur la protection des infrastructures civiles essentielles en temps de conflit, et la résolution 2417 (2018), qui engage les parties au conflit à ne pas entraver le bon fonctionnement des systèmes alimentaires, offrent sans aucun doute un cadre idéal favorisant la sécurité des denrées alimentaires, en offrant notamment une assistance technique aux pays considérés comme fragiles, aussi bien dans les domaines du stockage des réserves que dans les technologies adéquates. 

Le Ministre s’est réjoui de la mise en place du Groupe d’intervention en cas de crise mondiale sur l’alimentation, l’énergie et les finances pour soutenir les pays vulnérables face à la portée et à l’ampleur potentielle des conséquences de la guerre ainsi qu’aux impacts continus de la pandémie de COVID-19.  Il a appuyé l’appel du Secrétaire général en faveur d’un cessez-le-feu mondial et la condamnation du ciblage des infrastructures de production de denrées alimentaires ainsi que des restrictions à l’accès humanitaire.  Enfin, M. Moussa-Adamo a appelé la communauté internationale à approfondir la réflexion sur la responsabilisation et la reddition des comptes pour les « crimes de famine ». 

Mme  OLTA XHACKA, Ministre de l’Europe et des affaires étrangères de l’Albanie, a déclaré que les conflits sont l’un des principaux facteurs de l’insécurité alimentaire.  L’agression de la Russie contre l’Ukraine aggrave la crise alimentaire actuelle.  La Ministre a rappelé que les denrées produites par l’Ukraine ne peuvent sortir du pays en raison de la guerre.  Cette guerre pourrait plonger dans la famine et la pauvreté près de 40 millions de personnes, a-t-elle averti.  Nous ne pouvons pas accepter que des personnes meurent de faim en 2022, a dit la Ministre, en appelant le Conseil à user des outils à sa disposition pour y remédier. 

La Ministre a ainsi souligné la nécessité d’apporter des solutions politiques aux conflits.  Elle a appelé à régler les causes profondes de l’insécurité alimentaire et plaidé pour le renforcement de la viabilité des systèmes alimentaires.  Le Conseil est le mieux placé pour demander des mesures pour lutter contre l’insécurité alimentaire, a poursuivi la Ministre, en demandant l’application de la résolution 2417 (2018).  Il faut agir dès maintenant, pour la paix et le développement, a conclu Mme  Xhacka. 

M.  VICTOR MANUEL VILLALOBOS ARAMBULA, Ministre de l’Agriculture et du développement rural du Mexique, a déclaré que, si les causes de l’insécurité alimentaire sont multidimensionnelles, il est indéniable que les conflits armés, dont la plupart sont examinés par le Conseil de sécurité, constituent un facteur déterminant pour la « provoquer ou l’exacerber ».  Les exemples ne manquent malheureusement pas, de l’Afrique au Moyen-Orient et, plus récemment, en Ukraine, a-t-il observé. 

Il est impératif de reconnaître que les systèmes alimentaires mondiaux sont interdépendants et de concevoir des alternatives qui ne mettent pas en danger la sécurité alimentaire dans le contexte mondial.  La résolution 2417 (2018), a représenté « une étape importante dans la reconnaissance des liens de causalité entre les conflits armés et la famine », a remarqué le Ministre.  Il a ensuite souligné l’importance des mécanismes d’alerte précoce du système des Nations Unies.  Les agences humanitaires et de développement doivent avoir la capacité d’identifier et de prévenir les situations susceptibles de déclencher une famine et ses conséquences sur la paix et la sécurité internationales, a-t-il préconisé.  Le Mexique juge également essentiel d’explorer des mécanismes d’exceptions humanitaires pour faciliter le travail de ces agences dans des circonstances spécifiques et de réorienter ressources et priorités: « Au lieu d’augmenter les dépenses pour les armes, qui prolongent ces conflits ou celles qui dévasteraient la vie humaine, animale et végétale, allouons des ressources à l’action humanitaire et principalement pour traiter les causes profondes des conflits », a préconisé le Ministre. 

Mme  ANNE BEATHE TVINNEREIM, Ministre du développement international de Norvège, a déclaré qu’en adoptant la résolution 2417 (2018), le Conseil avait reconnu la nécessité de briser le cercle vicieux entre les conflits armés et la faim.  La guerre illégale lancée par la Fédération de Russie contre un autre pays indépendant est une attaque contre le Programme 2030.  L’invasion a exacerbé une situation de sécurité alimentaire mondiale déjà tendue.  C’est la guerre russe contre l’Ukraine, et non les sanctions ciblées contre l’État agresseur, qui a provoqué la forte hausse des prix alimentaires mondiaux et l’insécurité alimentaire. 

Les obligations de ne pas attaquer les biens civils nécessaires à la production alimentaire ne sont pas facultatives, a déclaré la Ministre.  Selon elle, comme les perturbations sur les marchés alimentaires et la hausse des prix ont le potentiel de déclencher des troubles et des conflits, le Conseil doit les prévenir.  En outre, les recommandations de l’Organisation pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et du Programme alimentaire mondial (PAM) sur les pays en crise alimentaire et en situation de conflit peuvent grandement soulager le besoin d’aide humanitaire, même pendant un conflit.  Cela me donne de l’espoir, a insisté la Ministre. 

Mme  Tvinnereim a aussi suggéré d’accroître les investissements dans la production alimentaire et la résilience à l’intérieur et à l’extérieur des zones de conflit.  Il faut également appuyer les petits producteurs et les agriculteurs qui sont l’épine dorsale de nos systèmes alimentaires, dans tous les pays et des partenaires véritablement indispensables à notre survie collective.  Ils ont besoin de semences, d’engrais et des outils pour leur permettre de faire face aux menaces: conflits, changements climatiques ou autres crises.  Les femmes et les filles ont un rôle particulier à jouer dans ce contexte en tant que productrices de denrées alimentaires, commerçantes, consommatrices, décideuses et négociatrices.  Protéger les femmes et les filles contre la violence, y compris la violence sexuelle et sexiste, est crucial pour éliminer la faim.  La Norvège investira dans des systèmes alimentaires résilients, a promis la Ministre encourageant les autres donateurs à faire de même.  Elle a demandé à écouter les voix et les solutions africaines.  S’il n’y a jamais eu un moment pour augmenter drastiquement la production alimentaire en Afrique, c’est maintenant, a-t-elle conclu. 

Mme  LANA ZAKI NUSSEIBEH, Ministre adjointe des affaires politiques des Émirats arabes unis, a indiqué que la sécurité alimentaire est une priorité absolue pour son pays qui importe 90% de sa nourriture.  Constatant que l’insécurité alimentaire est à la fois une cause profonde et un accélérateur de conflit, elle a appelé au plein respect du droit humanitaire international et à la protection des biens civils qui sont essentiels pour garantir un accès suffisant à la nourriture.  En outre, les sanctions et autres mesures restrictives doivent prévoir des exemptions pour les denrées alimentaires et les intrants agricoles essentiels aux communautés. 

La Ministre adjointe a aussi appelé à adopter des stratégies d’atténuation des risques dans le contexte des changements climatiques et d’autres multiplicateurs de menaces, notant que malgré la rentabilité avérée de ces investissements, le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) indique que seulement 2 dollars par personne du financement climatique sont versés aux pays très fragiles.  Une correction à ce niveau constituerait une contribution majeure à la sécurité alimentaire et à la prévention des conflits, a-t-elle estimé.  Elle a recommandé qu’à l’instar du G7 qui travaille sur des paquets de transition énergétique pour les pays consommateurs de charbon, il serait opportun qu’un groupe de travail multilatéral applique le même concept à l’adaptation climatique pour les pays fragiles et vulnérables.  Elle a ensuite engagé le Conseil à continuer d’attirer l’attention sur les dimensions de l’insécurité alimentaire liées au sexe et à l’âge afin d’améliorer l’efficacité du soutien aux personnes les plus touchées. 

M. V. Muraleedharan, Ministre d’État des affaires étrangères de l’Inde, a déclaré que les défis de sécurité alimentaire émanant du conflit en Ukraine obligent à réagir de manière créative.  Dans ce contexte, il a salué l’appel lancé par le Secrétaire général afin que les achats alimentaires du PAM destinés à l’aide humanitaire soient exemptés de toute forme de restrictions.  « Mais nous devons aller plus loin pour faire une réelle différence », a insisté M. Muraleedharan, avant de souligner, notamment, la nécessité de s’attaquer à l’augmentation des prix de l’énergie et des denrées alimentaires.  L’Inde gère le plus grand filet de sécurité alimentaire mondial avec une approche fondée sur les droits, qui a permis de répondre aux besoins alimentaires de 800 millions de personnes pendant la crise de la pandémie de COVID-19, a fait observer le dignitaire.  Face à la détérioration de la situation humanitaire en Afghanistan, l’Inde a commencé à donner 50 000 tonnes de blé au peuple afghan et poursuivi son aide humanitaire au Myanmar par un don de 10 000 tonnes de riz et de blé.  Elle aide également le Sri Lanka, notamment avec une aide alimentaire, pendant ses moments difficiles, a ajouté  M. Muraleedharan, qui a vanté la politique étrangère de son pays, qui accorde la priorité à ses voisins. 

M. COLM BROPHY, Ministre d’État pour l’aide au développement extérieure et la diaspora de l’Irlande, a déclaré que les conflits sont la cause principale de l’insécurité alimentaire et exhorté le Conseil à agir.  Ce Conseil n’assume pas en effet ses responsabilités, a dit M. Brophy. 

Le Ministre a rappelé que les conflits font naître des besoins humanitaires colossaux, comme en Éthiopie et en Somalie.  Il a dénoncé l’acte d’agression insensé commis par la Russie contre l’Ukraine, qui a fait basculer des millions de personnes dans la famine.  Il faut utiliser tous les outils à notre disposition pour que les parties belligérantes s’engagent dans la voie de la paix, a-t-il dit. Il a rappelé que le Conseil a aussi les outils pour remédier à l’insécurité alimentaire en raison des conflits et demandé l’application de la résolution 2417 (2018).  Il y a urgence, a insisté le Ministre, qui a demandé : « Quel est le niveau de souffrance nécessaire pour que le Conseil se mette à agir ? »  M. Brophy a enfin insisté sur l’importance des systèmes d’alerte précoce pour remédier à l’insécurité alimentaire et exhorté les parties belligérantes à respecter le droit international humanitaire. 

Mme BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) a rappelé que du Yémen au Sahel en passant par la Corne de l’Afrique, l’insécurité alimentaire atteint des niveaux sans précédent, aggravée par les effets de la pandémie, des changements climatiques et des conflits.  La Russie a ignoré cette souffrance en choisissant d’envahir l’Ukraine, le « grenier du monde », a-t-elle dénoncé, accusant Moscou d’ « étrangler » la chaîne d’approvisionnement mondiale.  Elle a ensuite rappelé que les exportations de nourriture et d’engrais ukrainiens permettaient de nourrir 400 millions de personnes dans le monde. 

Dans ce contexte, la représentante a fait part de son plein soutien à la feuille de route pour la sécurité alimentaire mondiale initiée par les États-Unis, ainsi qu’à l’Alliance mondiale lancée par la présidence allemande du G7.  La communauté internationale doit permettre la libre circulation de la nourriture et tous les membres de l’OMC doivent interdire les restrictions à l’exportation, a-t-elle plaidé, avant d’en appeler au renforcement de la résilience mondiale pour empêcher de futurs risques de famine.  À cette fin, le Royaume-Uni enverra plus de 3,5 milliards de dollars d’aide humanitaire aux pays les plus vulnérables au cours des trois prochaines années, tout en augmentant son financement du développement, a précisé la déléguée qui a assuré que son pays continuera à réclamer des comptes à ceux qui utilisent la famine comme arme de guerre. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a regretté la nouvelle tendance occidentale consistant à blâmer son pays pour tous les problèmes de la communauté internationale.  La réunion d'aujourd'hui en est une confirmation éloquente, puisqu’elle semble indiquer que la Russie veut affamer tout le monde. 

Pourtant, l’insécurité alimentaire mondiale ne date pas d’aujourd’hui et le chef du PAM avait souligné en 2020 le risque d’une famine mondiale sans précédent, a fait observer le représentant, qui a regretté que les délégations occidentales n'aient pas eu assez de courage pour commenter les causes profondes de l’insécurité alimentaire dans des pays comme l’Afghanistan, l’Irak, la Libye ou la Syrie.  Il a rappelé que le Secrétaire général de la CNUCED avait indiqué il y a quelques jours devant le Groupe mondial d’intervention en cas de crise alimentaire, énergétique et financière, que l’insécurité alimentaire mondiale n’était pas due à une pénurie physique de denrées alimentaires mais au fonctionnement du système de distribution. 

Pour la Fédération de Russie, la principale raison de l’augmentation des prix des céréales est liée aux conséquences de la pandémie de COVID-19, telles que les perturbations des chaînes de distribution, des coûts de transport et d'assurance plus élevés.  En outre, la forte augmentation des injections financières anti-crise dans l'économie, dont 8 000 milliards par les États-Unis, l’Union européenne et le Japon, a causé une poussée de l'inflation. Une autre de ces raisons tient à l’augmentation des prix des engrais, lequel résulte de la spéculation sur les marchés alimentaires des pays occidentaux, a encore affirmé le représentant.  Il a conclu en faisant remarquer que son pays ne pouvait pas être blâmé pour les conditions météorologiques défavorables connues ces dernières années par les États-Unis, le Canada, l’Australie ou la France. 

Pour M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine est une guerre contre la sécurité alimentaire mondiale qui augmente le risque de famine dans le monde.  La Russie essaie de nous faire croire que ce sont les sanctions adoptées à son encontre qui déséquilibrent la sécurité alimentaire mondiale.  Mais soyons clairs: la Russie en est l’unique responsable, a tranché le représentant.  C’est la guerre injustifiée et injustifiable menée par la Russie qui empêche l’Ukraine d’exporter sa production agricole, bouleverse les chaînes d’approvisionnement mondiales et entraîne une hausse des prix mettant en péril l’accessibilité des denrées agricoles pour les plus vulnérables.  C’est la poursuite des combats qui menace l’activité agricole en Ukraine et les récoltes à venir. 

Face au désordre alimentaire mondial, la réponse la plus efficace est la cessation immédiate de l’agression russe et le retrait des troupes russes du territoire ukrainien, a ajouté le représentant.  Les exportations de denrées alimentaires par voie maritime doivent reprendre à partir des ports ukrainiens, aujourd’hui bloqués en raison de la guerre déclenchée par la Russie.  La Russie doit donner les garanties nécessaires à cet effet.  La France soutient les efforts du Secrétaire général pour permettre l’exportation de ces denrées, ainsi que les initiatives de l’Union européenne pour permettre leur transport par voie terrestre. 

Pour la France, seule une approche multilatérale, coordonnée et inclusive permettra de contrer les risques de famine et de prévenir les effets désastreux de la guerre menée par la Russie en Ukraine.  Elle soutient l’initiative lancée par le Secrétaire général, à travers le groupe des Nations Unies de réponse à la crise au niveau mondial et l’initiative Food & Agriculture Resilience Mission (FARM) du Conseil européen qui vise à apaiser les tensions sur les marchés agricoles par une approche équitable et transparente, à garantir l’approvisionnement des pays les plus vulnérables à un prix accessible et en quantité suffisante et à renforcer la résilience des systèmes agricoles, en accélérant la transition vers des systèmes alimentaires durables, particulièrement sur le continent africain.  La France continue à augmenter sa contribution financière à l’aide alimentaire, qui atteint cette année 114 millions d’euros, soit une augmentation de 241% depuis 2018, a enfin rappelé M. de Rivière. 

M. RONALDO COSTA FILHO (Brésil) a exhorté les parties aux conflits à veiller au respect de la résolution 2417 (2018) du Conseil de sécurité et du droit international humanitaire, ce qui signifie s’abstenir d’utiliser la faim comme outil de guerre et protéger les infrastructures essentielles pour la production, le stockage et le transport des produits alimentaires et agricoles. Les civils doivent non seulement être protégés, mais ils doivent aussi avoir accès à la nourriture, conformément à l’Article 25 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, entre autres des traités internationaux. La sécurité alimentaire, a poursuivi le représentant, nécessite une approche de la société tout entière, car dans nombreux cas, c’est la société civile qui comble le fossé entre les gouvernements et les personnes vulnérables.  De même, le secteur privé, dont les petites et moyennes entreprises et les petits exploitants agricoles, peut être un catalyseur pour l’investissement et l’innovation.  Il faut, a conclu le représentant, briser le cercle vicieux de l’insécurité alimentaire et des conflits armés et intensifier nos efforts pour atteindre le DéfiFaim zéro d’ici à 2030.

M. JUN  ZHANG (Chine) a souligné que la sécurité alimentaire est un défi de longue date pour la communauté internationale.  La pandémie de COVID-19, les phénomènes climatiques extrêmes, les récessions économiques et les conflits géopolitiques ont entraîné une forte hausse des prix, aggravant encore le déséquilibre entre offre et demande, a-t-il observé.  En conséquence, les pays en développement ont été plus durement touchés.  Il est impératif de renforcer la coordination pour stabiliser les marchés alimentaires mondiaux, a considéré le représentant, en recommandant à la communauté internationale de remédier aux problèmes d’approvisionnement, notamment en rétablissant les importations de denrées alimentaires et d’engrais en provenance d’Ukraine, de la Fédération de Russie et du Bélarus. 

Le délégué a ensuite dénoncé les tentatives d’instrumentalisation de l’interdépendance économique mondiale.  Il a appelé à la suppression rapide des restrictions à la production et au commerce de denrées alimentaires dues à l’imposition de mesures unilatérales, ainsi qu’au renforcement de l’aide d’urgence.  Lorsque les gens n’ont pas assez à manger, des problèmes sociaux et de sécurité surgissent, a-t-il averti, citant les troubles sociaux déjà observés dans plusieurs pays.  Le représentant a en outre appelé à une transformation profonde du système alimentaire mondial en s’attaquant aux problèmes structurels existants, tels que la concentration de la production par certains pays.  Pour résister aux risques, il est vital d’aider les pays en développement à devenir autosuffisants, a insisté le représentant qui a rejeté l’hégémonie et plaidé pour un véritable multilatéralisme. 

M.  BILAWAL BHUTTO ZARDARI, Ministre des affaires étrangères du Pakistan, s’est félicité de la tenue, hier, de la réunion ministérielle sur l’appel à l’action pour la sécurité alimentaire mondiale.  Il a estimé que cette initiative permettra d’accélérer la production alimentaire, de maintenir les chaînes d’approvisionnement ouvertes et de remédier aux blocages, de mobiliser les ressources financières et agricoles là où elles sont nécessaires, ou encore d’aider les agriculteurs paupérisés à développer la production locale.   

Le Chef de la diplomatie pakistanaise a dit également attendre de l’ONU qu’elle prenne l’initiative de s’attaquer aux causes profondes de l’insécurité alimentaire et des conflits.  Il a indiqué que le conflit en Ukraine signifie que les Pakistanais risquent de souffrir de la faim.  « Nous étions fortement tributaires du blé et des engrais provenant de cette région.  Nous payons le prix de ce conflit aussi bien à la pompe à essence qu’à l’épicerie », a-t-il déploré.  Il a ensuite demandé « humblement » de privilégier le dialogue et la diplomatie dans la recherche de la paix « avant et non après la prochaine grande guerre ». 

M.  BOGDAN AURESCU, Ministre des affaires étrangères de la Roumanie, a insisté sur la situation désastreuse générée par l’agression illégale, brutale, injustifiée et non provoquée de la Fédération de Russie contre l’Ukraine.  Depuis le début de la guerre, a-t-il poursuivi, la Roumanie, pays frontalier de l’Ukraine, a accueilli un million de réfugiés qui bénéficient d’un appui humanitaire constant.  Le Centre pour la collecte et la distribution de l’aide internationale fonctionne depuis le mois de mars à la frontière roumano-ukrainienne et le PAM a été autorisé à s’établir sur le territoire. 

Les conséquences de cette situation irrationnelle, s’est indigné le représentant, sont multidimensionnelles et exigent que l’on s’attaque à une insécurité alimentaire grandissante.  Les prix à l’importation des produits agricoles et de l’énergie explosent, avec des risques de troubles sociaux.  Comme le marché des céréales a été gravement affecté par l’agression russe, la Roumanie, a affirmé son représentant, facilite le transit des produits ukrainiens sur son territoire.  Depuis le début de l’invasion, le port de Constanța est devenu la principale porte de sortie des céréales ukrainiennes vers le monde.  À ce jour, 240 000 tonnes de céréales y ont transité.  Pour aller plus loin, le représentant a plaidé pour la création d’un corridor, y compris maritime, pour la production ukrainienne.  Déjà la Roumanie, a-t-il indiqué, a décidé de libéraliser les conditions de transport des exportations ukrainiennes, en particulier les produits agricoles.  En 2023, le pays accueillera d’ailleurs le Centre agrométéorologique régional pour l’Europe dont le mandat est d’assurer la durabilité de la production agricole et aider ainsi la région à renforcer ses mesures d’adaptation aux changements climatiques. 

Mme MÉLANIE JOLY, Ministre des affaires étrangères du Canada, a déclaré que l’invasion de l’Ukraine par la Russie est à l’origine du plus grand choc subit par le système alimentaire mondiale au cours des 12 dernières années.  Les actions irresponsables de la Russie contre l’une des plus importantes corbeilles à pain du monde provoquent une flambée des prix des denrées essentielles, s’est-elle inquiétée.  Elle a appelé à la pleine mise en œuvre des résolutions 2417 (2018) et 2573 (2021) du Conseil de sécurité, précisant ensuite que l’an dernier, le Canada a contribué plus de 380 millions de dollars à l’aide alimentaire d’urgence. La Ministre a également assuré que le Canada compte poursuivre ses exportations de céréales et de potasse, appelant par ailleurs à investir dans des solutions agricoles intelligentes sur le plan climatique. Elle a en outre souligné que la participation des femmes est essentielle afin de briser le cycle des conflits et de l’insécurité alimentaire. 

M. PÉTER SZIJJÁRTÓ, Ministre des affaires étrangères et du commerce de la Hongrie, a déclaré que la guerre en Ukraine représente des risques pour la sécurité de son pays, s’inquiétant du risque de nouvelles vagues de migration.  Il a également noté que cette guerre met en péril l’approvisionnement en aliment en toute sécurité, ce qui pourrait donner lieu à des pénuries dans les régions fragiles des pays limitrophes de l’Europe ainsi que dans de nombreuses régions du monde déjà touchées par les famines. Il a appelé la communauté internationale à ne ménager aucun effort pour éviter cette crise de l’approvisionnement alimentaire, et faire en sorte que les agriculteurs ukrainiens gardent leur capacité de production.  En tant que pays limitrophe, la Hongrie y contribue déjà, notamment à travers la fourniture 10 000 kg de semences de maïs et de pommes de terre à des agriculteurs dans l’ouest de l’Ukraine qui n’avaient plus accès aux semences. 

M. JEAN ASSELBORN, Ministre des affaires étrangères et européennes du Luxembourg, a déclaré que l’agression militaire non provoquée et injustifiée de la Russie contre l’Ukraine illustre l’importante menace pour la paix que constitue l’insécurité alimentaire. En bloquant des millions de tonnes de céréales ukrainiennes destinées à l’exportation, la Russie aggrave la crise alimentaire qui affecte tout particulièrement les pays et les populations en situation de fragilité en Afrique et au Moyen-Orient, a-t-il constaté, appelant à une réponse globale, multi-acteurs et coordonnée afin d’atténuer l’impact des conflits sur la sécurité alimentaire et d’aboutir à des systèmes de production et de transformation plus durables.  Souscrivant aux principes d’action sur la sécurité alimentaire dans le monde mis en avant par le G7, le Ministre a salué l’initiative du Secrétaire général de l’ONU d’établir un Groupe mondial d’intervention en cas de crise alimentaire, énergétique et financière pour identifier des solutions à court, moyen et long terme.  Dans cette logique, a-t-il dit, le Luxembourg participe aux efforts de l’Union européenne destinés à renforcer la résilience alimentaire et nutritionnelle. Il soutient aussi le travail vital effectué dans ce domaine par des partenaires humanitaires tels que le PAM, la FAO et le FIDA.  Très impliqué dans des approches de développement comme les initiatives « Équipe Europe » ou le Réseau mondial contre les crises alimentaires, le Luxembourg est particulièrement engagé dans l’appui à la région du Sahel, où l’insécurité alimentaire est amplifiée par les changements climatiques et les effets de la guerre en Ukraine, a précisé M. Asselborn. 

Au nom de l’Estonie et de la Lettonie, M. MANTAS ADOMĖNAS, Vice-Ministre des affaires étrangères de la Lituanie, a dénoncé les conséquences dévastatrices de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, dont les menaces à la sécurité alimentaire mondiale.  Cette guerre non justifiée a causé des souffrances innommables en Ukraine, a-t-il déploré, accusant l’armée russe d’avoir réduit la ville de Marioupol en cendres et privé ses habitants d’eau, de nourriture et d’électricité.  L’utilisation de ces privations comme arme de guerre est pourtant interdite par la résolution 2517 (2018), a rappelé le représentant.  Il a accusé la Russie de se croire au-dessus des lois, avant de saluer par ailleurs l’action humanitaire engagée par les Nations Unies dans l’aciérie d’Azovstal, bastion de la résistance. 

M. ODAWARA KIYOSHI, Ministre d’État des affaires étrangères du Japon, a relevé que l’agression de la Russie contre l’Ukraine a exacerbé la sécurité alimentaire mondiale.  Il a condamné les attaques d’infrastructures civiles critiques, dont celles destinées à la production, au transport et au stockage agricoles, au mépris des résolutions 2417 (2018) et 2573 (2021) du Conseil de sécurité.  Face à ce constat, il a exhorté la communauté internationale à étendre l’aide alimentaire d’urgence, en particulier au Moyen-Orient et en Afrique.  Il a indiqué que le Japon a décidé d’augmenter son aide d’urgence de 10 millions de dollars en réponse à la crise alimentaire au Yémen où la situation humanitaire se détériore en raison de la hausse des prix des denrées alimentaires causée par la situation en Ukraine.  Il a jugé important de traiter les exportations de céréales ukrainiennes comme une question humanitaire et de créer une dynamique politique pour permettre l’exportation sans entraves de nourriture vers ceux qui en ont besoin.  Il a plaidé pour la mise en place d’un « passage alimentaire humanitaire » qui faciliterait ces exportations, avant d’exhorter les pays concernés, y compris la Russie, à rétablir la distribution internationale de la nourriture ukrainienne.  De même, il a souhaité que la prochaine réunion ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en juin, soit l’occasion de décider que les achats de produits alimentaires destinés à l’aide humanitaire par les organisations internationales ne devraient pas être soumis à des restrictions à l’exportation. 

M. MARIO BÙCARO, Ministre des affaires étrangères de Guatemala, a imputé l’aggravation de l’insécurité alimentaire à l’agression russe contre l’Ukraine.  Il a appelé le Conseil à défendre le droit international humanitaire, y compris l’accès à la nourriture.  Il a aussi demandé à la Fédération de Russie de respecter la résolution 2417 (2018).  La lutte contre la faim, a voulu le représentant, doit être la priorité mondiale.  Il faut travailler à l’émergence de communautés résilientes, collecter des données pour pouvoir prévenir les crises humanitaires et diversifier les chaînes d’approvisionnement.  Le représentant a aussi prescrit l’amélioration de la production alimentaire au niveau national et appuyé l’initiative du Secrétaire général de créer un Groupe mondial d’intervention en cas de crise alimentaire, énergétique et financière. 

Au nom des cinq pays nordiques, Mme  JENNY OHLSSON, Secrétaire d’État pour le développement international de la Suède, a dénoncé l’agression russe contre l’Ukraine qui a aggravé l’insécurité alimentaire mondiale.  Elle a plaidé pour une réponse efficace aux besoins humanitaires en Ukraine, grâce, entre autres, à une augmentation des ressources financières.  La Secrétaire d’État a exhorté la Russie à faciliter l’exportation des stocks de céréales bloqués dans des silos en Ukraine et a indiqué que son pays s’est porté co-auteur du projet de résolution de l’Assemblée générale sur l’insécurité alimentaire mondiale.  Cette crise doit être réglée de manière collective et nous avons tous un rôle à jouer, a-t-elle conclu. 

M. FRANO MATUŠIĆ, Secrétaire d’État aux affaires politiques de la Croatie, a rappelé que les conflits sont le principal facteur de la faim, puisque 60 % des personnes qui en souffrent dans le monde vivent dans des régions touchées par les conflits et la violence, la guerre en Ukraine ajoutant encore une autre dimension à ce phénomène.  Il a rappelé l’adoption à l’unanimité de la résolution 2417 (2018), qui reconnaît le lien entre les conflits et la faim et ses impacts sur la paix et la sécurité mondiales, précisant qu’elle avait été conçue pour briser le cercle vicieux entre conflits armés et insécurité alimentaire.  Cependant, il nous manque une action plus efficace afin de prévenir et de résoudre les conflits, ainsi que pour garantir la responsabilité du recours à la famine des civils comme méthode de guerre, a observé le Secrétaire d’État.  Il a ensuite soutenu la proposition de résolution de l’Assemblée générale sur l’insécurité alimentaire mondiale, espérant que son adoption contribuera à une meilleure coordination de toutes les parties prenantes en soutien aux pays touchés par l’insécurité alimentaire. 

Mme MARTA ELIDA GORDÓN, Vice-Ministre des affaires étrangères de Panama, a déclaré que la guerre en Ukraine a aggravé la situation alimentaire dans le monde. Il faut donc agir rapidement pour recenser les actions qui pourraient renforcer rapidement les capacités de productions alimentaires dans tous les pays.  Il faut aussi permettre l’accès aux marchés des denrées alimentaires par des actions conjointes.  La Ministre a appelé à remédier aux risques de crise alimentaire en faisant valoir la résolution 2417 (2018) qui stipule de trouver une réponse aux besoins alimentaires dans les conflits armés.  Elle a réitéré que le dialogue, les négociations et le respect du multilatéralisme sont importants pour une coexistence pacifique.  Elle a insisté sur la nécessité d’actions conjointes pour fournir des vivres et des aides financières pour la production agricole avant de soutenir l’initiative du G7 pour un pacte mondial sur les denrées alimentaires.   

M. SHAHRIAR ALAM, Ministre des affaires étrangères du Bangladesh, a d’abord rappelé que son Premier Ministre est membre du Groupe des champions de la réponse à la crise mondiale créé par le Secrétaire général.  Mon pays est prêt, a-t-il dit, à partager ses bonnes pratiques de l’agriculture et de la sécurité alimentaire. Pour parvenir à l’objectif Zéro Faim d’ici à 2030, le représentant a appelé les pays développés à accroître les investissements et offrir un appui technologique ciblé au secteur agricole des pays en développement pour les aider à accroître leur productivité et faire émerger des systèmes efficaces de stockage et de distribution des produits alimentaires.  Dans ce cadre, a-t-il estimé, il est impératif de renforcer les cadres existants de la coopération internationale, dont les coopérations Sud-Sud et triangulaire. 

Le représentant a aussi prôné la solidarité mondiale pour protéger les infrastructures essentielles d’approvisionnement en nourriture du fléau de la guerre. Il a encouragé le système des Nations Unies à adopter pour ce faire une approche fondée sur le triptyque développement-paix-humanitaire. La Commission de consolidation de la paix et son mandat élargi, peut jouer un rôle critique à cet égard. Poursuivant, le représentant a jugé qu’il est temps de créer des systèmes alimentaires mondiaux plus efficaces et plus fiables, ce qui veut dire éliminer les restrictions commerciales et les subsides à l’exportation des pays développés. Enfin, comme les changements climatiques et la dégradation de l’environnement ont un impact dévastateur sur les secteurs de l’agriculture et de la nutrition, il faut, a conclu le représentant, honorer tous les engagements climatiques pour créer un système alimentaire et agricole plus résilient. 

Mme  PASCALE CHRISTINE BAERISWYL (Suisse) a rappelé que les conflits restent l’un des facteurs principaux de la faim, demandant notamment le règlement de la crise en Ukraine.  Il faut redoubler d’efforts au sein du Conseil pour assurer un accès humanitaire sans entraves, a-t-elle dit, avant d’inviter l’organe à parler d’une seule voix sur le dossier de l’insécurité alimentaire.  La déléguée a ensuite indiqué que son pays s’est porté coauteur du projet de résolution de l’Assemblée générale sur l’état de l’insécurité alimentaire mondiale.  Elle a par ailleurs relevé que les femmes et les jeunes ont un rôle clef à jouer dans les efforts pour remédier à la faim, invitant par ailleurs les États Membres à criminaliser l’utilisation de la famine comme arme de guerre. 

M.  MAHMOUD DAIFALLAH HMOUD (Jordanie) a indiqué que la sécurité alimentaire reste un des défis majeurs dans sa région au vu des conflits qui aggravent les souffrances humaines, en entravant l’accès aux aliments et médicaments.  De plus, a-t-il ajouté, ces conflits sapent l’action des agences dans le domaine humanitaire et l’accès aux personnes dans le besoin.  Notant que la sécurité alimentaire et les conflits sont des questions interconnectées, le délégué a appelé à privilégier les actions qui s’appuient sur des approches coordonnées à l’échelle internationale pour prévenir les pénuries de nourriture. 

Mme CAROLINA ACHE (Uruguay) a dit que son pays est un fournisseur important de certains aliments.  Elle a relevé que l’augmentation des prix peut mener à des situations d’extrême vulnérabilité pour certains pays.  Il faut donc renforcer la coopération internationale pour remédier à cette crise alimentaire et permettre la libre exportation des aliments dans le monde, a dit la déléguée.  Elle a rappelé que les restrictions aux échanges commerciaux ne font qu’aboutir à des crises politiques graves, comme cela a été le cas en Amérique latine par le passé. L’histoire nous le montre clairement, a-t-elle déclaré.  « Ne commettons pas les mêmes erreurs. »

M. SURIYA CHINDAWONGSE (Thaïlande) a constaté que la flambée du prix des produits alimentaires frappe des millions de personnes dans le monde mettant ainsi en danger la réalisation des ODD.  Il a indiqué que son Gouvernement s’est doté une stratégie nationale pour les produits alimentaires qui repose sur une économique verte.  Il a souligné l’importance de chaînes d’approvisionnement stables pour la distribution des vivres en particulier pour les personnes nécessiteuses.  En ces temps de crise, le délégué a estimé que les vivres ne devraient pas être l’objet de sanctions.  Il a aussi encouragé de réduire les déchets alimentaires en recourant aux technologies.  Enfin, il a mis en exergue l’importance d’une coopération régionale pour améliorer la sécurité alimentaire. 

M. DEWATKS (Turquie) a demandé l’application de la résolution 2417 (2018) et dénoncé l’utilisation de la famine comme tactique de guerre en Syrie. Il a appelé le Conseil à renouveler le mécanisme transfrontalier d’aide humanitaire en Syrie. Le représentant a ensuite dénoncé l’acte d’agression illégitime perpétré contre l’Ukraine et demandé la fin de ce conflit. Les atrocités commises à Boutcha et à Marioupol ont entravé le dialogue diplomatique, mais celui-ci subsiste néanmoins, a dit le délégué. Il a espéré que des progrès seront faits en ce qui concerne l’acheminement des céréales d’Ukraine par les voies maritimes. Le délégué de la Turquie a enfin appelé à remédier aux fluctuations des prix alimentaires sur les marchés mondiaux.

M. OSAMA MAHMOUD ABDELKHALEK MAHMOUD (Égypte) a jugé que face à une insécurité alimentaire sans précédent, accentuée par les effets de la pandémie de COVID-19 et les conflits, il faut de toute urgence rétablir la sécurité alimentaire au risque d’aggraver l’instabilité dans le monde et de générer de nouveau conflits.  Insistant sur le lien entre changements climatiques, pénurie d’eau et rareté de la nourriture, le représentant a voulu que l’on tienne dûment compte des difficultés particulières des pays en conflit ou sortant d’un conflit, en mettant l’accent sur le droit international humanitaire.  Selon les estimations, a-t-il conclu, le monde comptera en 2040, quelque 700 millions de réfugiés climatiques.  Le système des Nations Unies, en particulier le Conseil de sécurité, doit donc mettre en place des stratégies proactives pour anticiper les problèmes de famine dans les pays le plus fragiles. 

M. OMAR HILALE (Maroc) a jugé qu’il est nécessaire de changer durablement le système alimentaire et agricole mondial, si l’on veut nourrir les 800 millions de personnes qui souffrent de la faim aujourd’hui et les autres 2 milliards qui seront sous- alimentées d’ici à 2050. 

Il a insisté sur « notre responsabilité » de prévenir les conflits qui pourraient être générés par la faim et la perturbation des chaines d’approvisionnement alimentaire.  Mon pays, a-t-il dit, a toujours investi dans l’agriculture, grâce entre autres à la coopération sud-sud.  L’Afrique, a-t-il souligné à cet égard, abrite plus de la moitié des terres arables non cultivées dans le monde. 

Le délégué a évoqué le « Plan Maroc vert », la stratégie de développement lancée depuis plus d’une décennie. En effet pour le pays, la sécurité alimentaire est une priorité stratégique, inscrite au cœur du nouveau modèle de développement à l’horizon 2035.  L’Afrique, a encore insisté le représentant, a une population jeune et un marché continental immense de plus d’un milliard de personnes.  Le Maroc, a-t-il dit, appuie donc fortement la Zone africaine de libre échange qui a le potentiel de stimuler les échanges de produits alimentaires à moindre coût, d’améliorer les revenus des agriculteurs, de favoriser l’agro-industrie et de développer les infrastructures agricoles nécessaires. 

M. MAJID TAKHT RAVANCHI (République islamique d´Iran) a déclaré que son pays subit les conséquences des sanctions imposées à son encontre par les États-Unis, indiquant en outre que l’accueil de plusieurs millions de réfugiés pèse sur ses réserves de nourritures.  Il a ensuite fait savoir que l’Iran collabore avec des organisations internationales pour répondre à la situation en Afghanistan où 22 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire et ont besoin d’aide.  Le représentant a signalé que l’insécurité alimentaire aiguë a augmenté de 8% au Yémen entre 2021 et 2022, appelant en outre à la levée du blocus imposé à Gaza et qui entrave le droit à l’alimentation du peuple palestinien.  Il a par ailleurs alerté que les mesures coercitives unilatérales sont une cause de l’insécurité alimentaire et a souligné que les chaines d’approvisionnement alimentaires ne doivent jamais être interrompues, y compris dans le contexte d’un conflit armé. 

Mme MYRIAM OEHRI (Liechtenstein) s’est inquiétée de la situation alimentaire au Yémen, au Nigéria, au Soudan du Sud et en Éthiopie ainsi que des conséquences humanitaires de la guerre en Ukraine pour l’ensemble de la planète. Elle a espéré qu’une solution sera trouvée pour « débloquer » les stocks de nourriture tout en garantissant la sécurité du port d’Odessa.  Elle a également relevé que les déplacements de masse, la destruction des infrastructures ainsi que l’augmentation du prix des céréales et des engrais entrave la saison de plantation en Ukraine, alertant que cela provoquera ces pénuries de vivres encore plus catastrophiques à l’avenir. La représentante a par ailleurs appelé à faire face à l’impact des changements climatiques sur la sécurité alimentaire.  Elle a en outre salué la création du Groupe mondial d’intervention en cas de crise alimentaire, énergétique et financière tout en estimant qu’une action plus holistique s’impose. 

M. BOŠTJAN MALOVRH (Slovénie) a mis l’accent sur la complexité des connexions entre les systèmes alimentaires. Au-delà des conflits graves et prolongés comme en République démocratique du Congo, au Nigéria, au Honduras, en Haïti, au Yémen ou en Afghanistan, l'agression militaire russe contre l'Ukraine ajoute une nouvelle couche d'insécurité alimentaire, dans le monde. Cette agression doit  cesser au plus vite et une étude de la FAO, rendue publique en avril 2022, estime d’ailleurs à 6,4 milliards de dollars les dégâts directs infligés au secteur agricole ukrainien. Dans ce cadre, le représentant s’est dit profondément préoccupé par blocus russe des ports ukrainiens qui empêche l’exportation vitales des produits agricoles. 

M. MOHAMED ENNADIR LARBAOUI (Algérie) a relevé que ces 10 dernières années ont été marquées par une augmentation du nombre des conflits et de leur sévérité qui, mariés avec des évènements climatiques extrêmes et la pandémie de COVID-19, ont aggravé l’insécurité alimentaire mondiale.  Il a appelé à une approche conjointe et holistique pour faire face à ce défi, s’inquiétant notamment de son impact sur les populations du Sahel.  Il a appelé à une action d’ensemble pour rompre le lien entre conflit et insécurité alimentaire mondiale en traitant les causes sous-jacentes de ces phénomènes.  Le représentant a aussi appelé à garantir la mise à disposition d’engrais et des chaines d’approvisionnement résilientes et durables dans les pays en développement.  Nous devons renforcer les capacités des pays en développement afin qu’ils puissent faire face aux changements climatiques et assurer leur propre sécurité alimentaire, a-t-il insisté. 

M. ADAM KUYMIZAKIS (Malte) a relevé que 60% de ceux qui souffrent le plus de la faim vivent dans des zones de conflit et que les femmes et les filles subissent les plus lourdes conséquences de l’insécurité alimentaire, notamment dans les zones agricoles.  Il s’est aussi préoccupé des conséquences alarmantes de l’agression de l’Ukraine par la Russie sur les pays qui dépendent des importations.  Le représentant a ensuite indiqué que si Malte est élue au Conseil de sécurité pour la période 2023-2024, elle mettra l’accent sur l’importance de ralentir et d’inverser les conséquences de l’insécurité alimentaire mondiale, notamment dans les pays touchés par un conflit. 

M. CRISTIAN ESPINOSA CAÑIZARES (Équateur) a rappelé que 40% des Haïtiens auront besoin d’une aide humanitaire cette année. Il s’est aussi dit préoccupé par la situation au Yémen et au Soudan du Sud et a déploré que les conflits continuent de faire rage dans le monde.  L’agression militaire contre l’Ukraine a eu des conséquences sur la sécurité alimentaire dans le monde, y compris mon propre pays, a dit le délégué. Enfin, le délégué de l’Équateur a condamné le recours à la famine comme tactique de guerre et souhaité que les liens entre faim et conflits deviennent la priorité de ce Conseil. 

Au nom du Forum des îles du Pacifique, M. SATYENDRA PRASAD (Fidji) a dit que la région Pacifique subit de plein fouet l’envolée des prix des vivres, des engrais et du carburant.  « Cette situation menace notre développement durable, d’autant qu’étant importateurs nets d’énergie, nous subissons la hausse du prix de l’énergie. »  Ces augmentations ont aussi des retombées sur le tourisme et les pêches de nos pays, qui représentant 60% de la prise mondiale de thon, a-t-il ajouté.  Cela aggrave la situation alimentaire des consommateurs du monde, a aussi relevé le représentant en demandant la fin des hostilités en Ukraine. 

En sa capacité nationale, le représentant des Fidji a dénoncé le cocktail explosif que forme la COVID-19, la crise alimentaire naissante et le conflit en Ukraine.  Cette guerre a de lourdes conséquences sur les Fidji, s’est plaint le délégué en plus des conséquences de la COVID-19 et des changements climatiques qui ont fait perdre 14% du PIB.  Il a dénoncé les inégalités dans le relèvement après la COVID-19 liées aux politiques commerciales restrictives qui sont au détriment des pays comme Fidji.  Toute hausse de température de plus de 1,5°C mettrait en péril la situation alimentaire dans le monde, a alerté le représentant qui a demandé comment le Conseil de sécurité pourrait prendre en compte toutes les recommandations des États Membres entendues aujourd’hui.  Il a terminé en appelant à ne pas accepter la militarisation de l’alimentation ainsi que les politiques commerciales injustes. 

M. OLOF SKOOG, de l’Union européenne, a déclaré que la guerre en Ukraine a provoqué une flambée sans précédent des prix alimentaires dans le monde. Il est donc crucial de mettre fin à l’agression de la Russie et d’éviter les conséquences d’une guerre prolongée sur la sécurité alimentaire mondiale.  Il a rejeté les accusations selon lesquelles les sanctions de l’UE auraient un impact sur l’augmentation des prix alimentaires. Les sanctions de l’UE visent à entraver la capacité du Kremlin à financer son agression contre l’Ukraine et ne ciblent pas le secteur agricole russe, ni les citoyens ordinaires, a-t-il souligné.  Il a également indiqué que l’UE a lancé un plan d’action afin de créer des itinéraires logistiques alternatifs et de veiller à ce que les céréales indispensables puissent être exportées de l’Ukraine vers le reste du monde.   

Le délégué s’est prononcé contre les restrictions à l’exportation et pour un environnement commercial ouvert, transparent et prévisible.  Il a fait savoir que l’UE s’est engagée à verser plus d’un milliard d’euros pour lutter contre l’insécurité alimentaire dans les régions du Sahel et du lac Tchad, et 644 millions d’euros pour renforcer la résilience dans la Corne de l’Afrique.  L’UE examinera en outre la réorientation des droits de tirage spéciaux des économies avancées, et investira dans les agriculteurs familiaux et les petits acteurs de l’alimentation, les chaînes d’approvisionnement locales et régionales et les approches écosystémiques.  Le pacte vert de l’UE et ses stratégies « De la ferme à la table » et de la biodiversité continuent de guider notre réponse, a-t-il ajouté. 

M. ANDREAS HADJICHRYSANTHOU (Chypre) a relevé que la faim menace non seulement les civils dans les conflits armés, y compris lorsqu’elle est utilisée comme tactique de guerre, mais qu’elle affecte également les populations au-delà d'une situation de conflit particulière, en raison des perturbations de la production alimentaire et des chaînes d'approvisionnement.  Il s’est inquiété des répercussions du conflit en Ukraine qui a exacerbé les pénuries alimentaires ailleurs dans le monde et vient s’ajouter aux perturbations provoquées par la pandémie et l’aggravation des changements climatiques, perturbant les chaînes d’approvisionnement et augmentant les pressions exercées sur les ressources naturelles. 

Compte tenu de la dépendance importante aux céréales ukrainiennes, le représentant a appelé à soutenir les efforts visant à réintégrer sa production agricole sur les marchés mondiaux, au bénéfice du pays producteur et des populations les plus exposées.  Il aussi a exhorté à intégrer des solutions pour les situations où la production alimentaire s’arrêterait en raison d’un conflit. La planification d’urgence pourrait également chercher à aligner les stocks de céréales sur les besoins des pays, avec des allocations particulières pour les conflits existants touchés par des crises alimentaires.  Le Groupe mondial d’intervention en cas de crise alimentaire, énergétique et financière doit pour sa part créer une feuille de route pour prévenir et répondre à ces situations. 

M. MAURIZIO MASSARI (Italie) a plaidé pour que les denrées alimentaires actuellement bloquées en Ukraine puissent circuler et atteindre leurs destinations, notamment en Afrique, en Méditerranée et en Asie centrale. Le blocage des ports, comme celui d'Odessa, est une question d’intérêt général et il est nécessaire de trouver des solutions coopératives pour assurer la sécurité de l'acheminement de la nourriture dans le monde, a insisté le représentant. 

Il a appuyé l’initiative de la Commission européenne visant à établir des « voies de solidarité » afin de faciliter l'acheminement des produits ukrainiens vers le reste du monde en utilisant des itinéraires alternatifs à travers le territoire de l’Union européenne.  Il a, en outre, rappelé l’annonce hier d’une contribution financière supplémentaire de son pays à la FAO et à sa Coalition pour l’alimentation pour soutenir les capacités de production alimentaire de l'Ukraine. Le représentant a par ailleurs rappelé que l'Italie organisera le 8 juin prochain un dialogue ministériel méditerranéen sur la crise alimentaire qui abordera les principales vulnérabilités de la région. 

M. SAMUEL MONCADA (Venezuela) a déclaré que parler d’insécurité alimentaire alors qu’on impose des sanctions contre vingt pays est un véritable contresens, ajoutant que ces sanctions violent les droits humains, dont le droit à l’alimentation.  Ces sanctions sont des armes de guerre économique, a tranché le délégué.  Il a déclaré que les exemptions humanitaires pour les médicaments ou les denrées humanitaires ne fonctionnent pas, « comme les experts de l’ONU l’ont reconnu », précisant que huit pays africains sont frappés par des sanctions imposées par les États-Unis. Il a aussi dénoncé l’isolement de la Russie et les sanctions qui frappent ce pays.  La contrainte imposée au reste du monde, en empêchant le commerce avec la Russie, est porteur de graves risques pour la sécurité alimentaire dans le monde, a averti le délégué, en demandant la levée desdites sanctions. 

Mme LACHEZARA STOEVA (Bulgarie) a déclaré que les conflits constituent des moteurs de crises alimentaires en limitant l’accès aux marchés, aux moyens de subsistance et aux moyens de production.  Ce tableau déjà sombre a été noirci par la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, a-t-elle ajouté.  Elle a estimé que ce conflit a donné une nouvelle dimension à la crise du fait que la Fédération de Russie a transformé les denrées alimentaires en arme de guerre.  Cela menace la vie de plus d’un milliard de personnes dans le monde, a prévenu la représentante exigeant de la Russie qu’elle lève les blocus des ports ukrainiens.  Elle a suggéré de prendre des mesures pour appuyer les plus vulnérables avant de souligner l’interdépendance entre la crise alimentaire et la stabilité politique de nombreux pays du monde. 

Mme ALYA AHMED SAIF AL-THANI (Qatar) a déclaré que son pays s’est engagé à assumer ses responsabilités en matière d’insécurité alimentaire, en orientant une grande partie de son aide internationale contre la faim et la nutrition par le biais des Nations Unies.  Ces efforts incluent le Fonds du Qatar pour le développement, qui a signé un accord avec le PAM en 2021 pour fournir 90 millions de dollars d’aide alimentaire à plus de 7 millions de personnes au Yémen.  Elle a noté que le Qatar a également fourni des centaines de tonnes d’aide à l’Afghanistan via un pont aérien vers Kaboul et travaille à la réhabilitation de l’aéroport.  Elle a précisé que le Qatar détient le meilleur classement du monde arabe sur l’indice mondial de la sécurité alimentaire en 2021.  Elle aussi précisé que le Gouvernement a lancé une initiative visant à former l’Alliance mondiale des zones arides afin de combler les lacunes des stratégies et des politiques de recherche pour aider les pays des zones arides à prévenir les crises alimentaires et à échanger de l’aide. L’Alliance a promis jusqu’à 200 millions de dollars pour des projets ciblés et a signé un accord avec la FAO pour aider la Somalie à faire face aux changements climatiques et à d’autres crises. 

Mme MARÍA BASSOLS DELGADO (Espagne) a dénoncé la guerre d’agression perpétrée contre l’Ukraine.  Les actions russes nuisent à l’ordre mondial, a-t-elle dit, avant d’appeler à soutenir l’économie ukrainienne.  La famine est un drame humanitaire qui semblait appartenir au passé, a-t-elle ajouté, en déplorant l’insécurité alimentaire au Yémen ou bien encore en Somalie.  Elle a demandé le renouvellement du mécanisme d’aide humanitaire transfrontalière en Syrie, avant de plaider pour le renforcement de la coopération internationale.  Enfin, la déléguée espagnole a dénoncé l’utilisation de la famine comme arme de guerre et souligné la nécessité de la pleine application de la résolution 2417 (2018). 

Mme LUZ DEL CARMEN ANDUJAR (République dominicaine) intervenant au nom d’un Groupe de pays, a appelé à identifier les causes profondes de la famine causée par les conflits afin de savoir qui en est responsable.  Elle a également appelé à adopter des mesures de soutien aux victimes, et garantir un accès humanitaire sans entrave.  Elle s’est félicitée des initiatives internationales lancées, citant notamment la mission de résilience alimentaire et agricole dont l’objectif est, a-t-elle dit, de mettre en place un mécanisme de solidarité international pour renforcer la production durable de denrées alimentaires. 

Intervenant ensuite en sa capacité nationale, elle a fait remarquer que les preuves montrent, une fois de plus, que les conflits armés, la violence, les crises économiques et les changements climatiques extrêmes sont des facteurs indiscutables de l’insécurité alimentaire et de la paix internationale.  La République dominicaine croit au multilatéralisme, à l’action concertée et au respect du droit international.  Elle estime aussi qu’une intervention précoce est de nature à atténuer les effets des conflits. 

La prévention de la famine exige non seulement que nous envisagions une approche inclusive des politiques et des investissements dans les systèmes alimentaires, mais aussi que nous agissions de toute urgence pour construire la paix, a déclaré la représentante.  C’est une responsabilité qui incombe à ce Conseil, mais aussi à tous les États Membres de l’Organisation, a-t-elle ajouté, en précisant que son pays était prêt à travailler en collaboration avec tous les acteurs concernés pour apporter la réponse mondiale nécessaire et cohérente à ce défi. 

M. YOSEPH KASSAYE YOSEPH (Éthiopie) a déclaré que la flambée du prix des denrées alimentaires met sérieusement à l’épreuve les capacités nationales et contraint de procéder à une sérieuse introspection sur l’impact des efforts nationaux visant à assurer l’autosuffisance et à réduire la dépendance à l’égard des importations. Il a estimé que la situation exige une action concertée en vue d’améliorer la production et la productivité dans les pays en développement.  Il s’agit également de corriger le déséquilibre actuel du système commercial international, de restructurer et d'annuler d'urgence la dette, a ajouté le représentant qui a aussi appelé à favoriser la résilience pour atténuer les effets négatifs des changements climatiques. 

M. VALENTIN RYBAKOV (Bélarus) s’est vanté du fait que son pays jouit de l’autonomie alimentaire.  Le Belarus exporte son surplus, a ajouté le représentant qui a dénoncé le mode de consommation occidental qui produit de nombreux déchets alimentaires.  Il a pointé du doigt la politique commerciale de l’Occident qu’il a accusée d’être à l’origine des crises alimentaires.  Puis il a décrié les sanctions unilatérales internationales et leurs effets sur le Bélarus.  Il a regretté que les auteurs des sanctions n’écoutent pas l’avis de la communauté internationale.  Il a prévenu que leurs sanctions risquent de faire augmenter le nombre de personnes qui vont tomber dans la pauvreté extrême.  Ces pays continuent à son avis de chercher d’autres causes pour inventer de nouvelles sanctions comme c’est le cas aujourd’hui en Ukraine, a déclaré le délégué en dénonçant aussi leurs sanctions envers le Bélarus à la suite des élections dans le pays.  Il n’est pas encore trop tard pour les auteurs de ces sanctions pour revenir sur ces mesures et réintégrer les engrais du Belarus sur les marchés mondiaux, a-t-il lancé en assurant que son Gouvernement est prêt à discuter de toute initiative visant à garantir la sécurité alimentaire mondiale. 

M.  DANG HOANG GIANG (Viet Nam) a appelé à faire de la sécurité alimentaire un élément clef de la paix et du développement durables.  Des mesures doivent être prise pour renforcer la capacité des pays en développement ou en proie à un conflit à assurer les réserves en nourriture pour leur population.  Il a également recommandé de transformer les systèmes alimentaires en modèles verts à faible émission pour les rendre plus résilients aux crises.  Il a souligné que la solidarité internationale est plus importante que jamais pour résoudre la crise actuelle, engageant la communauté internationale à travailler de manière coordonnée.  Le représentant a aussi jugé impératif que les parties à un conflit s’abstiennent de prendre pour cible et de détruire tout bien indispensable à la survie de la population civile, à commencer par les stocks de nourriture. 

M. PHILIPPE KRIDELKA (Belgique) a déclaré qu’un peu partout dans le monde, y compris en Afghanistan, dans la corne de l’Afrique, au Yémen, en Syrie et au Soudan du Sud, les conflits armés exacerbent la famine. Aujourd’hui, l’insécurité alimentaire menace de déstabiliser des sociétés et des régions tout entière.  Dans un monde qui s’efforce encore de se relever des conséquences de la pandémie de COVID-19, l’attaque injustifiée et non provoquée de la Russie contre l’Ukraine est venue, outre aggraver l’insécurité alimentaire, mettre à mal les places financières et le marché de l’énergie. Seule la cessation immédiate de l’agression russe contre l’Ukraine, « ni plus, ni moins »,  peut stabiliser les marchés et redonner espoir aux millions de personnes menacées par la famine. 

Mme HYUNJOO OH (République de Corée) a exprimé sa crainte que le monde ne se trouve au bord d’une catastrophe alimentaire.  Elle a souligné que la guerre en Ukraine est arrivée au plus mauvais moment alors que le monde commençait à peine à se relever des conséquences de la pandémie.  Elle a plaidé pour une aide aux pays les plus vulnérables et attiré l’attention sur la nécessité de stabiliser les flux agricoles mondiaux. Enfin, la déléguée de la République de Corée a appelé à garder ouverts les marchés mondiaux et à remédier aux restrictions aux exportations imposées par certains pays. 

Mme MATHU JOYINI (Afrique du Sud) s’est dite préoccupée par le nombre croissant des victimes de malnutrition dans le monde.  Les perspectives sont sombres: la famine, conséquence de la guerre, est désormais utilisée comme arme de guerre, et ce, en toute impunité.  La représentante a appelé au respect de la résolution 2417 (2018) du Conseil de sécurité et à l’intensification de l’aide humanitaire dans les zones de conflit.  L’ONU, a-t-elle estimé, est la mieux placée pour trouver une solution à la crise alimentaire mondiale mais le Conseil de sécurité doit aussi s’attaquer aux causes profondes des conflits qui provoquent les crises alimentaires.  La représentante a appelé à la levée des sanctions unilatérales qui exacerbent ces crises et a sommé les parties aux conflits de respecter les Conventions de Genève, les droits de l’homme et le droit international humanitaire, prévenant que les auteurs des violations de ces droits auront à répondre de leurs actes. 

Mme CAROLYN SCHWALGER (Nouvelle-Zélande) a alerté que cette année devrait être l’année la plus marquée par l’insécurité alimentaire jamais enregistrée dans le monde, notant que les conflits sont l’un des principaux moteurs de l’insécurité alimentaire.  Elle a souligné que ce ne sont pas les sanctions, mais l’invasion illégale de l’Ukraine par la Russie qui est à l’origine de la flambée des prix des denrées alimentaires.  Préoccupée par le risque de troubles dans les pays les plus touchés, elle a estimé que le moyen le plus efficace d’atténuer l’aggravation de la crise alimentaire mondiale serait que la Russie fasse taire ses fusils. 

La représentante a ensuite exhorté les pays à s’abstenir de toute action capable d’entraver la commercialisation des aliments essentiels et des produits agricoles, mettant en garde contre les répercussions sur la sécurité alimentaire des restrictions à l’exportation, de la thésaurisation et autres mesures similaires faussant les échanges.  Maintenant, plus que jamais, il faut maintenir l’ouverture des marchés agricoles mondiaux et assurer une circulation stable des échanges, a-t-elle insisté. 

Mgr  GABRIELE CACCIA, Observateur permanent du Saint-Siège, a rappelé le lien établi entre faim et conflit par le Conseil de sécurité dans sa résolution 2417 (2018) et le fait que ce lien pouvait être direct ou indirect, ce que la guerre en Ukraine a clairement illustré en provoquant la faim dans le pays mais aussi des pénuries d’huile de cuisson, d’engrais, de maïs et de blé dans plusieurs pays proches et lointains, du fait de la baisse de la production et des exportations.  Cette situation menace de déstabiliser les États qui dépendent des importations alimentaires, alors même que le monde produit suffisamment de nourriture pour tous, a ajouté l’Observateur, qui y a vu un « véritable scandale » susceptible de déclencher de nouveaux conflits et violences. 

L’observateur permanent a souligné que la dignité de la personne humaine doit être au centre de tous les efforts et exige le respect du droit international humanitaire.  Il faut aussi reconnaître que l’on ne peut traiter la nourriture uniquement comme une marchandise dans la « froide logique du marché » .  Il a ensuite insisté sur la nécessité d’un désarmement progressif et systématique avant de demander que soient surveillés et traités d’autres facteurs qui exacerbent davantage la faim induite, comme les effets des changements climatiques.  Enfin, il a rappelé la proposition du pape Paul VI de créer un fonds mondial pour aider les peuples les plus démunis, tiré en partie des dépenses militaires. 

M. KYAW MOE TUN (Myanmar) a souligné que son pays a fait l’expérience directe du lien entre les principaux facteurs d'insécurité alimentaire. En tant qu’un des pays les plus vulnérables aux changements climatiques, le Myanmar avait lancé des politiques d'atténuation et d’adaptation, sous le gouvernement démocratiquement élu.  Depuis lors, le régime militaire illégitime a infligé d'énormes souffrances à la population. Citant le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le représentant a souligné que la moitié de la population du Myanmar, soit plus de 25 millions de personnes, vit désormais sous le seuil de pauvreté.  Les organisations humanitaires estiment que cette année, 6,2 millions de personnes ont besoin d’une aide vitale.  Les prix des aliments de base ont augmenté de 30 % et des millions de familles vivent dans la faim. Les politiques inhumaines menées par les militaires ont un impact direct sur la sécurité alimentaire, a dénoncé le représentant, insistant sur le fait qu’il n'y aura ni paix ni stabilité au Myanmar tant que la junte militaire illégale restera au pouvoir. 

M. RENÉ ALFONSO RUÍDIAZ PÉREZ (Chili) a rappelé que 139 millions de personnes sont touchées par l’insécurité alimentaire dans le monde en raison des conflits.  Il a appelé les États à ne pas entraver les échanges commerciaux et exhorté les parties belligérantes à respecter le droit international humanitaire.  Le délégué a dénoncé l’utilisation de la famine comme arme de guerre et demandé des enquêtes sur les cas d’une telle utilisation.  Il a enfin plaidé pour une coopération internationale renforcée pour remédier à l’insécurité alimentaire. 

En menant sa guerre contre nous, la Russie a provoqué une crise alimentaire, puisque 40 millions de personnes dans le monde dépendent de l’importation de céréales ukrainiennes, a déclaré M. SERHII DVORNYK.(Ukraine).  Aujourd’hui, les ports sont fermés dans un pays qui exportait plus de 10 millions de tonnes de céréales par mois.  En conséquence, les exportations ont chuté à 200 000 tonnes au mois de mars et en avril, elles ne sont remontées qu’à 1,8 million de tonnes.  Les grandes régions agricoles de l’Est et du Sud sont devenues des zones de combat, causant une chute de 50% de la production par rapport à l’année dernière.  Comme si cela ne suffisait pas, la Russie saisit la production céréalière pour la vendre illégalement sur son marché intérieur et sur les marchés internationaux.  Le représentant a dit parler du vol de 400 000 tonnes volées dont elle a informé les importateurs.  Tous les pays qui achèteront les produits de ces vols doivent donc être considérés comme complice.  Plaidant pour le rétablissement de la liberté de navigation, le représentant a insisté sur le fait que cette guerre est le choix du Président Vladimir Putin, qui a aussi le choix d’y mettre fin et d’éloigner le spectre de la crise alimentaire dans le monde.  Le représentant a rejeté la propagande selon laquelle les sanctions contre la Russie rendent impossible les exportations agricoles.  Si la Russie arrête sa guerre, la menace de famine disparaîtra sinon elle aura à en assumer la responsabilité. 

M. MARK ZELLENRATH (Pays-Bas) a vivement contesté les allégations selon lesquelles les sanctions européennes sont responsables de l’aggravation de l’insécurité alimentaire.  Les mesures restrictives européennes sont ciblées et visent à maintenir le respect du droit international.  Ce sont plutôt les conflits armés à grande échelle qui perturbent les marchés des produits alimentaires, comme les terribles conséquences de la guerre en Ukraine ou encore au Yémen.  L’insécurité alimentaire, a insisté le représentant, est le résultat des bombes lancées sur les stations d’eau ou des mines posées sur les terres agricoles.  De tels actes aggravent une situation humanitaire déjà désastreuse et constituent des violations du droit international humanitaire.  Pour minimiser l’impact des conflits sur la sécurité alimentaire, le représentant a jugé indispensable de mettre pleinement en œuvre la résolution 2417 qui demande au Secrétaire général d’alerter le Conseil de sécurité des conflits qui génèrent une grave insécurité alimentaire.  Il a appuyé la proposition des États-Unis d’obtenir de M. Guterres qu’il soumette ces rapports deux fois par an et a appelé les membres du Conseil de sécurité à les étudier sérieusement. 

M. AMRIT BAHADUR RAI (Népal) a rappelé que la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 prévoyait le droit à l’alimentation comme droit humain. Il a cité le rapport de la FAO selon lequel la pandémie de COVID-19 a privé 320 millions de personnes de denrées alimentaires en 2020, avec 2,3 milliards de personnes aujourd’hui qui n’ont pas accès à des denrées adéquates. Les pays en développement sont soumis à d’énormes pressions, a-t-il rappelé avant de souligner le lien entre conflit et sécurité alimentaire reconnu par la résolution 2417 (2020) du Conseil de sécurité, qui doit être mise en application. Le représentant a appelé à trouver des solutions politiques aux conflits pour atténuer la crise alimentaire, en cherchant à pérenniser les systèmes agricole et alimentaire sur le long terme. Nous devons décourager le stockage de denrées par une poignée de pays et lutter contre la spéculation, a-t-il enfin réclamé en misant sur une agriculture durable. 

M. LUIS UGARELLI (Pérou) a jugé alarmant que l’indice des prix des denrées alimentaires de la FAO ait augmenté de 34% par rapport à l’an dernier, le niveau le plus élevé depuis la création de cet indice en 1990, pointant du doigt le conflit en Ukraine. Divers pays, dont le Pérou, se préparaient déjà à faire face à cette crise tridimensionnelle, a-t-il témoigné : le Pérou a déclaré en mars une situation d’urgence pour l’agriculture à cause de la COVID-19 et de menaces externes, dont ce conflit.  La Russie est notre principale source d’engrais, a expliqué le représentant en signalant une baisse de 0,2 % des zones semées pour 2021-2022 au Pérou à cause du conflit ukrainien. Il a également fait remarquer les incidences socio-économiques de l’augmentation des prix des denrées alimentaires qui touche le plus les personnes en situation de pauvreté, ce qui peut conduire à un mécontentement généralisé et à un conflit. En conclusion, il a appelé les membres du Conseil de sécurité à assumer leur responsabilité de maintien de la paix et de la sécurité en Ukraine. 

Mme ANA PAULA BAPTISTA GRADE ZACARIAS (Portugal) a noté que l’insécurité alimentaire augmentait déjà avant la pandémie, mais que l’agression contre l’Ukraine a accentué cette situation. Cette agression a détruit les installations et ainsi empêché les agriculteurs de récolter et d’exporter les denrées déjà récoltées, a-t-elle constaté.  Elle a relevé que l’augmentation des prix de l’alimentation menace en particulier les plus vulnérables, comme les populations du bassin méditerranéen, du Sahel et de la corne de l’Afriques.  Nous devons fournir une assistance immédiate aux populations dans le besoin tout en aidant les pays partenaires à atteindre une agriculture durable, a-t-elle plaidé en demandant aussi de soutenir l’accès aux crédits à court terme et aux marchés. Enfin, elle a misé sur le Groupe mondial d’intervention en cas de crise alimentaire, énergétique et financière récemment créé pour notamment garantir que les mesures adoptées aujourd’hui ne sapent pas la stabilité à long terme. 

M. KRZYSZTOF MARIA SZCZERSKI (Pologne) a rappelé que la trente troisième session de la FAO pour l’Europe a adopté à la quasi-unanimité une décision condamnant l’agression de la Russie contre l'Ukraine. Il a appelé la Russie à cesser immédiatement les hostilités pour une bonne reprise de la production agricole et a demandé à la FAO de préparer et de mettre en œuvre des plans de redressement pour assurer la sécurité alimentaire dans les pays les plus touchés par le conflit.  Le représentant s’est dit profondément préoccupé par la menace des autorités russes de limiter l’approvisionnement en produits alimentaires des pays qui soutiennent l’Ukraine, alors que la Pologne, en étroite coopération avec cette dernière, s’emploie à faciliter les exportations des céréales ukrainiennes.  Dans ce cadre optique, les Ministres polonais et ukrainien de l’agriculture ont signé cette semaine à Varsovie un accord sur le transport de ces céréales à travers toute la Pologne.  L'Ukraine pourrait ainsi exporter jusqu’à deux millions de tonnes de céréales par mois, sur les 5 millions qu’il faut pour éviter une grave crise. Le représentant a appelé la communauté internationale à donner immédiatement à l’Ukraine un soutien à la réhabilitation de ses capacités logistiques endommagés par l’agression russe. 

M. MITCHELL FIFIELD (Australie) a déclaré que l’invasion de l’Ukraine par la Russie menace la sécurité alimentaire mondiale.  Les chiffres sont alarmants: 43 millions de personnes étaient au bord de la famine avant l'invasion et le PAM estime que 37 à 47 millions supplémentaires tomberaient dans l’insécurité alimentaire aiguë directement à cause de cette invasion.  Cela démontre l’effet causal des conflits sur les crises de la faim, a remarqué le représentant, en citant notamment l’Afghanistan, le Myanmar et le Yémen.  Il a rejeté les affirmations selon lesquelles la crise de la sécurité alimentaire dont il est question aujourd’hui aurait été causée par les sanctions occidentales.  Cette crise se produit en raison des prix record des denrées alimentaires - record en raison de la guerre que mène la Russie contre l’Ukraine, a tranché le représentant.  La meilleure façon d’améliorer rapidement la sécurité alimentaire dans le monde serait que Moscou mette immédiatement fin à sa guerre, a-t-il affirmé, ajoutant qu’une autre réponse utile serait de se concentrer sur l’aide humanitaire. 

Nous vivons à une époque extrêmement difficile, a commenté M. HASSAN ADAM (Maldives), en citant la pandémie de COVID-19, les changements climatiques, l’état des océans, la désertification ou encore la sécheresse, autant de fléaux qui causent l’augmentation des prix des produits alimentaires, sans compter les conflits. Il n’y rien, a-t-il dit, que les Maldives puissent faire pour s’attaquer à cette situation à part peut-être augmenter les stocks de produits alimentaires. Rien, a souligné le représentant, ne peut remplacer la libre circulation des biens dans la chaîne mondiale d’approvisionnement. Tout changement de ce système serait pour le moins imprudent. 

Nous devons, a conseillé le représentant, éviter les mesures commerciales et autres qui perturbent cette libre circulation, vitale, pas seulement pour les Maldives mais pour tous les pays du monde.  Les conflits, qui ne sont pas une chose nouvelle, ne sont pas non plus les seuls responsables de l’insécurité alimentaire. Le représentant a cité les changement climatiques, les modes de consommation et de production non-durables et la dégradation de l’environnement. La nourriture, a-t-il conclu, ne saurait être instrumentalisée pour servir une diplomatie coercitive. Pour maintenir la paix et la sécurité internationales, nous devons travailler avec tout le monde, y compris avec la société civile et le monde es affaires. Mais il nous faut aussi examiner les menaces qui pèsent sur la santé de la planète et la sécurité alimentaire.

M. SAMADOU OUSMAN (Niger) a rappelé que 60% des personnes souffrant d'insécurité alimentaire et de malnutrition vivent dans des régions confrontées à des conflits violents et à l'insécurité, comme c’est le cas au Sahel. Avec l’apparition de la violence dans le Sahel, où l'agriculture est la principale activité économique, des millions de personnes ont été déplacées, abandonnant leurs cultures et leurs bétails pour chercher refuge auprès d'autres communautés ou dans des camps de réfugiés.  Le délégué a rappelé qu’avant même l'avènement de l'insécurité et l'intensification des activités des groupes armés terroristes, des régions comme le Sahel étaient déjà fragilisées par des phénomènes climatiques extrêmes tels que les sécheresses, les inondations et la dégradation des sols. 

S'il y a encore des sceptiques sur le lien entre sécurité alimentaire et conflit, la crise actuelle en Ukraine est là pour leur prouver le contraire, a déclaré le délégué, en appelant la communauté internationale à ne ménager aucun effort pour mettre fin aux hostilités dans ce pays. Enfin, il a estimé que dans les pays confrontés au fléau du terrorisme et de l'extrémisme violent couplé aux changements climatiques, seules des solutions durables, bénéficiant d’importants financements, peuvent briser ce cercle vicieux. 

M. ARRMANATHA CHRISTIAWAN NASIR (Indonésie) a appelé à garantir une aide humanitaire aux populations victimes des conflits. Il faut renforcer les stocks de denrées alimentaires, a appelé le représentant en demandant que les stocks de denrées russes et ukrainiens puissent être acheminés sur les marchés internationaux par le biais de couloirs sécurisés.  Il a appelé à l’avènement d’une agriculture novatrice capable de résister aux changements climatiques. Il a aussi jugé nécessaire d’offrir un soutien adéquat aux petits exploitants agricoles qui sont des partenaires clef pour garantir l’accès à l’alimentation. Le représentant de l’Indonésie a déclaré que tout individu a le droit d’avoir accès à une alimentation et que ce droit n’est pas négociable. 

Mme ANTJE LEENDERTSE (Allemagne) a déclaré que la Russie est responsable de la crise alimentaire, pointant le blocage de ports qui empêche l’acheminement des céréales ukrainiennes.  Elle a invité le Conseil à user des outils offerts par la résolution 2417 (2018), avant de plaider pour un renforcement de la résilience à long terme des pays les plus vulnérables. Parce que la faim est causée par l’homme, c’est à l’homme d’y remédier, a conclu la déléguée de l’Allemagne, en soulignant l’importance d’en traiter les causes profondes.

M. JOYKER NAYECK (Maurice) a rappelé que son pays est un petit Etat insulaire en développement (PEID) dont la population dépend des importations de produits alimentaires pour sa survie. Pour Maurice, a-t-il relevé, la pandémie de COVID-19 a été un défi au cours duquel le pays a dû lutter pour obtenir les équipements et les vaccins. Avec les conflits longs qui font rage dans des régions productrices de produits de base, on risque de se heurter aux mêmes difficultés, a souligné le représentant, observant que la hausse des prix alimentaires a déjà causé des troubles dans certaines régions du monde. Sans produits alimentaires, il ne peut y avoir de paix, a-t-il insisté, avant d’estimer que la sécurité alimentaire ne devrait pas relever de la dynamique géopolitique mondiale. En outre, les changements climatiques affectent la sécurité alimentaire des PEID en bouleversant le système de distribution et d’accès à l’alimentation, a poursuivi le délégué. A ses yeux, il n’est pas acceptable que certains prennent des mesures commerciales protectionnistes alors que les économies déjà vulnérables des PEID sont fragilisées par l’inflation, la dette et les taux d’intérêt en hausse. Il faut trouver des moyens pacifiques de régler les conflits tout en respectant la souveraineté et l’intégrité territoriale des Etats, a-t-il plaidé, estimant que seule une coopération internationale plus grande permettra de garantir le développement durable et de réaliser l’objectif de « faim zéro ». 

M. FELIX DIMBARE TUGHUYENDERE (Namibie) a indiqué que 92% de la masse terrestre de la Namibie est considérée comme semi-aride, aride ou hyperaride et que le pays a connu trois sécheresses dévastatrices au cours des six dernières années dont l’une a été enregistrée comme la plus grave des 100 dernières années.  Il a expliqué que cette réalité impose de promouvoir des politiques axées sur la lutte contre la désertification et la promotion de la restauration des terres, dans le cadre d’une stratégie d’agriculture durable et de sécurité alimentaire.  Le représentant a exhorté la communauté mondiale à faire preuve de plus de retenue dans l’utilisation des restrictions commerciales comme outil politique, en rappelant que les civils, dont les femmes et les enfants sont victimes de ces mesures punitives.  « Nous devons nous prémunir contre les bonnes intentions qui peuvent avoir de mauvaises conséquences sur la vie des vulnérables dans nos sociétés », a insisté le représentant qui a appelé à résister aux restrictions commerciales inutiles, non seulement pour soutenir la reprise après la pandémie de COVID-19, mais aussi pour consolider la stabilité macroéconomique, maintenir la paix et la sécurité dans les États fragiles et assurer la sécurité alimentaire mondiale.  

Mme MARIA THEOFILI (Grèce) a indiqué que son pays s’est porté coauteur du projet de résolution sur l’état de la sécurité alimentaire présenté par le Liban. Elle a fait savoir que son gouvernement œuvre activement au sein de l’Union européenne pour identifier les voies d’acheminement alternatives des céréales ukrainiennes.  La déléguée a plaidé pour un cessez-le-feu immédiat en Ukraine, l’ouverture rapide de couloirs humanitaires et le renforcement des chaînes d’approvisionnement.  Levons-nous pour défendre le droit international, les principes fondamentaux des relations internationales et de la Charte des Nations Unies, a-t-elle conclu. 

Reprenant la parole, le délégué de l’Inde a déploré les remarques injustifiées du Pakistan.  Il a rappelé que les territoires de Jammu-et-Cachemire font et feront toujours partie de l’Inde, y compris les zones sous l’occupation illicite du Pakistan.  Quant aux autres remarques du Pakistan, nous préférons les traiter par le mépris qu’elles méritent, a conclu le délégué. 

Le délégué du Pakistan a réagi aux commentaires fallacieux de son homologue indien.  Les territoires de Jammu-et-Cachemire ne font pas partie de l’Inde.  Son statut final doit être déterminé par son peuple, dans le cadre d’une consultation impartiale sous l’égide de l’ONU.  Il a accusé le Gouvernement indien de vouloir modifier la composition démographique du Jammu-et-Cachemire afin qu’il devienne à majorité hindoue plutôt que musulmane.  L’histoire nous montre que les colonisateurs tentent souvent de justifier leurs actes, a-t-il dit.  « Rien n’affaiblira la volonté de notre peuple d’exercer son droit à l’autodétermination. »

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