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CS/14798
21 février 2022
8970e séance – soir

Réunion d’urgence du Conseil de sécurité: large condamnation de la décision russe de reconnaître l’« indépendance » de certaines zones des régions de Donetsk et Louhansk

Réuni d’urgence, ce soir, quelques heures après que le Président russe, M. Vladimir Putin, eut décidé de reconnaître « l’indépendance » d’entités séparatistes de l’est de l’Ukraine et d’y déployer des troupes de « maintien de la paix », le Conseil de sécurité a entendu la Fédération de Russie renvoyer au « régime ukrainien de Maïdan » la responsabilité de cette escalade, tandis que la majorité des délégations, unies dans leur condamnation, la priaient de revoir sa position et de faire le choix de la diplomatie pour éviter la survenue d’un conflit armé majeur au cœur de l’Europe.   

Dans ce climat de grande tension, la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix a vivement regretté une décision qui « risque d’avoir des répercussions régionales et mondiales ».  Reprenant les mots du Secrétaire général, Mme Rosemary DiCarlo a souligné que la reconnaissance par Moscou de l’indépendance de certaines zones des régions de Donetsk et de Louhansk constitue une violation de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Ukraine et est « incompatible » avec les principes de la Charte des Nations Unies.   

Préoccupée par la multiplication des tirs d’artillerie de part et d’autre de la ligne de contact, comme l’a confirmé la Mission spéciale d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix a appelé tous les acteurs concernés à concentrer leurs efforts sur une cessation immédiate des hostilités, « avant que les conditions actuelles, déjà dangereuses, ne s’aggravent davantage ».  Elle leur a également rappelé que la négociation est l’unique moyen d’aborder leurs divergences, comme le prévoit la résolution 2202 (2015) du Conseil.    

La Charte des Nations Unies a été écrite pour « empêcher les autocrates de faire la guerre », ont martelé, à sa suite, les États-Unis, pour qui les attaques russes contre l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine n’ont « pas été provoquées ».  Les raisons invoquées pour reconnaître l’indépendance de régions séparatistes du Donbass ne sont que des « prétextes » pour justifier l’invasion de ce pays, ont-ils accusé, rejetant catégoriquement l’argument selon lequel l’Ukraine voudrait obtenir des armes nucléaires de l’Occident.   

« Nous ne sommes plus en 1919 », a ajouté la délégation américaine, pointant le danger que courent notamment la Finlande, la Géorgie, le Kazakhstan, la Lettonie, l’Estonie et certaines régions de la Pologne face à la volonté affichée par Moscou d’en revenir à « l’empire russe d’avant l’Union soviétique ». Après avoir réduit les accords de Minsk à néant, « Vladimir Putin ne s’arrêtera pas là », a-t-elle averti, avant d’indiquer que le Président Joe Biden a d’ores et déjà signé un décret interdisant les activités commerciales dans les « soi-disant Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk ».  Sur la même ligne, le Royaume-Uni a annoncé de nouvelles sanctions contre la Fédération de Russie, qu’il a exhortée à « faire un pas en arrière ».   

Rappelant pour sa part les efforts incessants en faveur de la désescalade menés par le Président Emmanuel Macron, en lien avec le Chancelier allemand Olaf Scholz, la France a, elle aussi, évoqué des sanctions ciblées contre « ceux qui ont pris part à cette décision illégale », tout en exhortant la Fédération de Russie à « revenir sur la décision de reconnaissance des entités séparatistes ».  Moscou doit retirer ses forces et se réengager dans les accords de Minsk, conformément aux discussions menées au format Normandie, a appuyé l’Allemagne, rejointe par l’Albanie, l’Irlande, la Norvège et le Mexique.  La Chine s’est, elle, contentée d’appeler au règlement de ce « différend » par des moyens pacifiques en appelant à la retenue.   

Sans répondre aux « attaques directes » la visant, la Fédération de Russie a justifié sa décision de reconnaître les deux « républiques » autoproclamées par le « refus obstiné » de Kiev de parler directement aux représentants de Donetsk et de Louhansk, alors que le dialogue est « l’élément central » des accords de Minsk.  Elle a également accusé le « régime ukrainien de Maïdan » de n’utiliser que le « langage des armes et des menaces » avec les populations de l’est de l’Ukraine, en particulier les citoyens russophones, qui entendent légitimement utiliser leur langue maternelle et l’enseigner à leurs enfants.    

Fustigeant les « aventures militaires ukrainiennes », la délégation russe a par ailleurs déploré le rôle « extrêmement négatif » joué par les pays occidentaux, États-Unis en tête, qui, tout en attisant la crainte « sans fondement » d’une invasion, ont inondé le pays d’armes et poussé à des affrontements dans le Donbass. « Nous ne pouvons pas permettre cela », a-t-elle cinglé, déplorant que les autres membres du Conseil n’aient pas évoqué les quatre millions d’habitants menacés par les manœuvres ukrainiennes et les milliers de réfugiés qui affluent en Fédération de Russie. Selon elle, la décision russe vise avant tout à « préserver la vie de ces gens ».   

À l’origine de cette réunion d’urgence, l’Ukraine a, elle, dénoncé la décision « illégale et illégitime » du Kremlin, qui fait suite à celles de 2008 en Géorgie et de 2014 en Crimée.  Assurant n’avoir « peur de personne » et vouloir défendre ses frontières internationalement reconnues, elle a réclamé des consultations sur la base du Mémorandum de Budapest relatif aux garanties de sécurité ainsi que des réunions spéciales de l’OSCE et du format Normandie.  « Nous voulons savoir qui sont nos amis, nos alliés, les partisans de la Charte des Nations Unies et ceux susceptibles de dissuader la Fédération de Russie d’aller plus loin », a-t-elle lancé, non sans exhorter Moscou à revenir sur sa décision et à regagner la table des négociations.   

« L’ONU va-t-elle succomber au virus inoculé par le Kremlin?  La réponse dépendra des États Membres », a conclu la délégation ukrainienne, qui, au-delà des accords de Minsk, a dit se battre pour la paix en Ukraine, en Europe et dans le monde. 

LETTRE DATÉE DU 28 FÉVRIER 2014, ADRESSÉE À LA PRÉSIDENTE DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR LE REPRÉSENTANT PERMANENT DE L’UKRAINE AUPRÈS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES (S/2014/136) 

Déclarations 

« C’est avec beaucoup d’inquiétude et de tristesse que j’informe le Conseil, ce soir, de l’évolution de la situation dangereuse en Ukraine et dans les environs », a déclaré Mme ROSEMARY DICARLO, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix.  Dans sa déclaration d’aujourd’hui, a-t-elle dit, le Secrétaire général a été clair: il considère que la décision de la Fédération de Russie de reconnaître l’indépendance de certaines zones des régions de Donetsk et de Louhansk constitue une violation de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Ukraine et est incompatible avec les principes de la Charte des Nations Unies.  « Nous regrettons vivement cette décision, qui risque d’avoir des répercussions régionales et mondiales, de même que l’ordre donné aujourd’hui de déployer des troupes russes dans l’est de l’Ukraine, manifestement pour une ‘mission de maintien de la paix’ », a ajouté la haute fonctionnaire.   

Ces développements font suite à la décision d’ordonner une évacuation massive des résidents civils de Donetsk et de Louhansk vers la Fédération de Russie, a poursuivi Mme DiCarlo.  Elle s’est dite préoccupée par l’escalade des tirs d’artillerie de part et d’autre de la ligne de contact, qui aurait fait un certain nombre de victimes.  La Mission spéciale d’observation de l’OSCE a enregistré un total de 3 231 violations du cessez-le-feu dans le Donbass du 18 au 20 février: 1 073 violations du cessez-le-feu, dont 926 explosions dans la région de Louhansk, et 2 158 violations du cessez-le-feu, dont 1 100 explosions, dans celle de Donetsk.  La Secrétaire générale adjointe a rappelé à toutes les parties concernées leurs responsabilités en vertu du droit international humanitaire et du droit des droits de l’homme.  Pour l’ONU, la négociation est le seul moyen d’aborder les divergences existantes entre les acteurs clefs du conflit dans l’est de l’Ukraine, conformément à la résolution 2202 (2015) du Conseil de sécurité, a informé Mme DiCarlo. 

« Avant que les conditions actuelles, déjà dangereuses, ne s’aggravent davantage, nous appelons tous les acteurs concernés à concentrer leurs efforts sur une cessation immédiate des hostilités », a insisté Mme DiCarlo, pour qui civils et infrastructures civiles doivent être protégés, et les actions et déclarations susceptibles d’aggraver la situation, évitées.  Au cours des dernières semaines, les principaux acteurs ont déployé d’intenses efforts diplomatiques pour éviter une nouvelle éruption du conflit au cœur de l’Europe, a-t-elle salué. 

Tout au long des huit années de conflit dans l’est de l’Ukraine, l’ONU a continué à fournir une aide humanitaire vitale à tous celles et ceux qui en avaient besoin, et d’œuvrer au respect des droits de la personne, a-t-elle poursuivi.  « Pendant cette période difficile, nous nous engageons à tenir nos promesses et à rester pleinement opérationnels en Ukraine, y compris à Donetsk et Louhansk. »  La sûreté et la sécurité de tout notre personnel sont de la plus haute importance pour l’Organisation et doivent être respectées par toutes les parties, a ajouté Mme DiCarlo pour qui « les prochaines heures et les prochains jours seront cruciaux ».  Elle a reconnu que le risque d’un conflit majeur est réel et doit être évité à tout prix.  Elle a assuré, en conclusion, de l’engagement total du Secrétaire général à œuvrer à une résolution diplomatique de la crise actuelle. 

Rappelant les derniers propos du Président de la Fédération de Russie cet après-midi, Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis) a souligné que la Charte des Nations Unies a été écrite pour empêcher les autocrates de faire la guerre.  Les attaques russes contre l’intégrité territoriale et la souveraineté de l’Ukraine n’ont pas été provoquées.  Ce sont, a dit la représentante, une violation des principes fondamentaux du droit international qui va à l’encontre de la Charte.  Ce sont des prétextes pour justifier l’invasion de l’Ukraine dont les conséquences se feront ressentir bien au-delà des frontières ukrainiennes.  Fustigeant les motivations et les allégations fallacieuses et infondées de la Fédération de Russie et ses tentatives de trouver un prétexte pour lancer une guerre, la représentante a pointé le doigt sur le fait que le Président russe a immédiatement annoncé l’entrée de ses troupes dans le Donbass. 

Elle a rejeté l’idée selon laquelle l’Ukraine voudrait obtenir des armes nucléaires de l’Occident, avant de rappeler que ce pays a renoncé à ces armes et que les États-Unis et leurs alliés n’ont pas l’intention de lui en fournir.  Face à l’argument selon lequel la Fédération de Russie peut prétendre à tous les territoires de l’Empire russe d’avant l’Union soviétique, la représentante a souligné le danger que courent désormais la Finlande, la Géorgie, le Kazakhstan, la Lettonie, l’Estonie et certaines régions de la Pologne.  Nous ne sommes plus en 1919, a-t-elle tonné.  Nous sommes en 2022 où la vaste majorité des États Membres des Nations Unies et du Conseil de sécurité se sont engagés à aller de l’avant et à ne pas faire marche arrière.  Les répercussions des actions de la Fédération de Russie seront « graves et lourdes », en Ukraine, en Europe et dans le monde entier.   

Si la situation continue de se dégrader, a prévenu la représentante, nous verrons des pertes de vies, des souffrances et des millions de déplacés qui créeront une crise des réfugiés en Europe.  La Fédération de Russie, a-t-elle poursuivi, met notre système à l’épreuve et refuse de dire ses intentions, voulant tester nos limites et voir comment faire de l’ONU une farce.  Elle a exhorté la communauté internationale à agir et demandé à la Fédération de Russie et à ses soutiens de faire le choix de la diplomatie.  L’intégrité territoriale et la souveraineté de chaque État Membre de l’ONU, dont l’Ukraine, doivent être respectées et préservées, a insisté la représentante, en regrettant que la séquence des événements décrite par son Secrétaire d’État, la semaine dernière, semble se matérialiser.  « Vladimir Putin ne s’arrêtera pas, après avoir réduit les accords de Minsk à néant. »  

La représentante a estimé que le monde doit agir sur la base des principes fondateurs de l’ONU.  Elle a indiqué que le Président Joe Biden a signé un décret présidentiel interdisant les investissements et les activités commerciales dans les soi-disant Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk.  Nous prendrons, a-t-elle prévenu, d’autres mesures, pour rendre la Fédération de Russie responsable de ses violations « claires » du droit international, de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine.  Nous serons fermes car personne ne peut rester passif.  Les attaques contre l’Ukraine doivent causer une riposte sévère et nous sommes convaincus que la solution diplomatique est le seul moyen de résoudre les différends, a conclu la représentante.   

M. FERIT HOXHA (Albanie) a condamné dans les termes les plus fermes la décision de la Fédération de Russie de reconnaître les régions séparatistes de l’est de l’Ukraine, la qualifiant de violation flagrante du droit international.  Cette décision est nulle et non avenue, elle n’a aucune légitimité internationale, a-t-il martelé, avant d’appeler le Conseil de sécurité et tous les États Membres de l’ONU à rejeter cette reconnaissance.  Réitérant l’engagement de son pays en faveur de l’intégrité et de la souveraineté de l’Ukraine, il a jugé que la décision de la Fédération de Russie est une violation des accords de Minsk et un affront pour le Conseil.  Le monde entier a pu constater que la Fédération de Russie n’a eu de cesse de saper la souveraineté de l’Ukraine, a-t-il dénoncé, qualifiant la situation actuelle de « bis repetita » des événements survenus en Géorgie en 2008 et en Crimée en 2014.  Pour le délégué, l’instrumentalisation de minorités pour menacer la paix et la sécurité internationales est un fait alarmant qui illustre à son avis la méthode de déstabilisation adoptée par la Fédération de Russie.  Dans ce contexte, il a exigé le retrait des troupes russes massées à la frontière ukrainienne et celles, « déguisées en soldats de maintien de la paix », qui sont entrées en Ukraine.  Il a appelé la Fédération de Russie à travailler de bonne foi, dans le cadre de négociations, et à donner une chance aux accords de Minsk.  « Il faut régler ce conflit de manière diplomatique, c’est l’unique solution », a-t-il conclu.   

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a condamné la reconnaissance par la Russie des régions séparatistes de l’est de l’Ukraine, qui constitue non seulement une nouvelle atteinte à l’intégrité territoriale et à la souveraineté de l’Ukraine, mais aussi une violation des principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies, de la résolution 2202 (2015) et des engagements pris par la Russie.  Il a rappelé que, le 17 février dernier devant le Conseil de sécurité, la Fédération de Russie avait reconnu qu’il n’y avait pas d’autres options que la mise en œuvre des accords de Minsk et que ceux-ci étaient « la seule base juridique internationalement reconnue » pour régler le conflit en Ukraine.  La réalité est tout autre aujourd’hui, a dit le délégué en rappelant pourtant les efforts incessants en faveur de la désescalade menés ces dernières semaines et ces derniers jours, notamment de la part du Président Macron en lien avec le Chancelier allemand.  « Nous poursuivrons ces efforts et appelons la Russie à mettre ses actes en cohérence avec ses paroles, lorsqu’elle prétend être en faveur du dialogue, et à revenir sur la décision de reconnaissance des entités séparatistes. »  M. de Rivière a aussi indiqué que la France prépare, avec ses partenaires européens, des sanctions ciblées contre ceux qui ont pris part à cette décision illégale. 

Se disant préoccupé par cette nouvelle étape dans la déstabilisation de la part de la Russie, il a salué la retenue dont a fait preuve l’Ukraine et appelé la Fédération de Russie à s’abstenir de toutes autres actions de déstabilisation, notamment celles susceptibles de mettre en danger la sécurité des populations civiles.  Le représentant de la France a dit également être préoccupé du fait que le Président Putin a ordonné à son armée de se déployer dans les territoires séparatistes sous le prétexte du maintien de la paix.  Cela constituerait une autre violation flagrante de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, a-t-il tranché.  Il a promis que la France continuera à défendre la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Ukraine dans ses frontières internationalement reconnues. 

M. T. S. TIRUMURTI (Inde) a appelé toutes les parties à la retenue, arguant que la priorité immédiate est la désescalade des tensions, en tenant compte de tous les intérêts légitimes en matière de sécurité et de la nécessité d’assurer la paix et la stabilité à long terme dans la région et au-delà.  Cette question, a dit le représentant, ne peut être résolue que par la diplomatie.  Il faut faire place aux initiatives des premiers concernés qui ont cherché à apaiser les tensions.  Les accords de Minsk, a-t-il souligné, constituent la base d’un règlement négocié et pacifique.  Il a rappelé, dans ce contexte, que plus de 20 000 étudiants et ressortissants indiens vivent dans différentes parties de l’Ukraine, y compris dans les zones frontalières, et a souligné la nécessité de maintenir la paix et la sécurité internationales, en intensifiant les efforts diplomatiques pour trouver une solution mutuellement acceptable.   

M. RONALDO COSTA FILHO (Brésil) a déclaré suivre les derniers développements en Ukraine avec une extrême inquiétude.  Le système de sécurité collective des Nations Unies, a-t-il dit, repose en définitive sur le pilier du droit international.  Celui-ci, à son tour, repose sur des principes fondamentaux consacrés par la Charte des Nations Unies: l’égalité souveraine et l’intégrité territoriale des États Membres, la retenue dans l’usage ou la menace de l’usage de la force, et le règlement pacifique des différends.  Cependant, notre pilier et nos principes ne donneront aucun résultat si les préoccupations légitimes de toutes les parties ne sont pas prises en considération et si la Charte et les engagements existants, tels que les accords de Minsk, ne sont pas pleinement respectés, a-t-il mis en garde.   

Dans cet esprit, le représentant a renouvelé son appel à toutes les parties concernées pour qu’elles maintiennent le dialogue dans un esprit d’ouverture, de compréhension et de flexibilité et avec un sentiment d’urgence afin de trouver les moyens d’une paix durable en Ukraine et dans la région au sens large.  Un premier objectif incontournable est un cessez-le-feu immédiat, avec un désengagement complet des troupes et des équipements militaires présents sur le terrain, a demandé le délégué en y voyant une étape importante pour instaurer la confiance entre les parties, renforcer la diplomatie et rechercher une solution durable à la crise.  Le représentant s’est dit, en conclusion, convaincu que ce Conseil doit assumer sa responsabilité fondamentale d’aider les parties à s’engager dans un dialogue significatif et efficace afin de parvenir à une solution qui réponde efficacement aux problèmes de sécurité de la région. 

Mme BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) a affirmé que les décisions prises aujourd’hui par le Président Putin auront des conséquences graves.  Elle a évoqué des conséquences humanitaires, des conséquences pour la souveraineté d’un État Membre des Nations Unies, ainsi que des conséquences pour le droit international.  En effet, la représentante a estimé que le Mémorandum de Budapest et les accords de Minsk ont été foulés au pied par la Fédération de Russie qui s’efforce de redessiner les frontières européennes par la force.  Le Royaume-Uni a annoncé de nouvelles sanctions en réaction aux actes de ce jour contre la souveraineté de l’Ukraine.  Plus que jamais, le Conseil de sécurité doit défendre les principes de la Charte des Nations Unies, a insisté Mme Woodward, en l’appelant à faire preuve d’unité et à condamner l’agression russe contre une nation souveraine.  Enfin, elle a appelé Moscou à respecter ses obligations en vertu de la Charte des Nations Unies.  « La Fédération de Russie nous pousse au bord du précipice et nous l’exhortons à faire un pas en arrière », a-t-elle ajouté en conclusion.   

Mme ALICIA GUADALUPE BUENROSTRO MASSIEU (Mexique) a dit suivre avec préoccupation l’évolution récente de la situation dans l’est de l’Ukraine appelant à mettre un terme aux actions qui aggravent cette crise.  Elle a rappelé que le Conseil de sécurité a approuvé, par sa résolution 2202 (2015), un ensemble de mesures comme seul cadre pour régler la situation dans l’est de l’Ukraine.  Cette décision doit être respectée, a prié la représentante regrettant que trois principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies soient violés: l’interdiction de la menace ou de l’emploi de la force dans les relations internationales, le respect de l’intégrité territoriale et de l’indépendance politique des États et la non-intervention dans les affaires intérieures des États. 

Il est également inacceptable que les attentats à la bombe, les explosions et autres violations du cessez-le-feu se soient multipliés ces derniers jours, selon les rapports de la Mission spéciale d’observation de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a poursuivi la représentante qui a exhorté les parties à mettre immédiatement fin à ces actions.  Rappelant la récente déclaration énergique de la Russie selon laquelle elle n’envahira pas l’Ukraine, la représentante a espéré que cette annonce sera pleinement respectée.  Elle a terminé en réaffirmant son attachement au respect de la souveraineté, de l’indépendance politique et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, conformément à la Charte des Nations Unies, au droit international et aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale en particulier les résolutions 2625 (XXV) et 3314 (XXIX). 

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) a évoqué un « moment de grand danger » pour le peuple ukrainien et pour la paix internationale, un moment qui « aurait dû être évité par la diplomatie et le dialogue ».  L’Irlande défend la souveraineté et l’intégrité de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, a-t-elle souligné, ajoutant que son pays est également fidèle aux principes consacrés par la Charte des Nations Unies.  L’Ukraine a les mêmes droits fondamentaux que tout autre État indépendant, a fait valoir la représentante, ajoutant que les engagements pris par les États Membres sont « contraignants pour tous, sans exception ».  Rappelant à cet égard que, quatre jours plus tôt, le Vice-Ministre russe des affaires étrangères avait assuré qu’il n’y avait « pas d’alternative » aux accords de Minsk, elle a constaté que la décision prise aujourd’hui par Moscou constitue la deuxième violation de l’intégrité et de la souveraineté de l’Ukraine par la Russie en moins de 10 ans.  Cette « décision unilatérale », par laquelle la Russie « tourne le dos » aux accords de Minsk, est une « provocation » qui n’a d’autre but que d’accroître les tensions, a dénoncé la déléguée, avant d’appeler à une désescalade et à une solution diplomatique.  Nous avons besoin de mesures concrètes sur le terrain, a-t-elle insisté, sommant la Russie de revenir aux discussions au format Normandie.  Enfin, après avoir souhaité que la Mission spéciale d’observation de l’OSCE présente en Ukraine bénéficie de la protection prévue dans les accords, elle a estimé que le Conseil a la responsabilité d’œuvrer au règlement de ce conflit plutôt que de lui ouvrir un « nouveau chapitre ».   

Mme LANA ZAKI NUSSEIBEH (Émirats arabes unis) a souhaité faire référence à la déclaration prononcée par sa délégation le 17 février dernier sur le même sujet, en soulignant à nouveau l’importance de la désescalade et de la retenue, ainsi que la nécessité de préserver la sécurité et la stabilité dans la région.  Il est temps, a estimé la représentante, d’œuvrer de façon constructive et de bonne foi à résoudre la situation, en étant conscient de ses répercussions sur les personnes et infrastructures civiles. 

M. MARTIN KIMANI (Kenya) a estimé que l’Ukraine est au bord d’une guerre majeure.  Il a regretté que notre cri en faveur de la diplomatie n’ait pas été entendu et, plus grave encore, la demande de la Charte des Nations Unies aux États de « régler leurs différends internationaux par des moyens pacifiques de manière que la paix et la sécurité internationales, ainsi que la justice, ne soient pas menacées », ignorée.  Aujourd’hui, a poursuivi M. Kimani, « la menace ou l’usage de la force contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de l’Ukraine » a été mis en œuvre.  Le représentant a avoué être préoccupé par l’annonce faite par la Fédération de Russie de reconnaître les régions ukrainiennes de Donetsk et de Louhansk comme États indépendants, une annonce qui porte atteinte à l’intégrité territoriale de l’Ukraine.  Les préoccupations sécuritaires ne peuvent justifier cette reconnaissance alors qu’il y a de multiples voies diplomatiques disponibles pour parvenir à des solutions pacifiques.  « Le multilatéralisme est sur son lit de mort ce soir.  Il a été pris d’assaut aujourd’hui comme il l’a été par d’autres grandes puissances dans un passé récent », s’est lamenté le représentant.  Il a donc appelé les États Membres et le Secrétaire général à aider les parties concernées à résoudre la situation par des moyens pacifiques, réaffirmant le soutien du Kenya à l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues. 

M. HAROLD ADLAI AGYEMAN (Ghana) a « regretté profondément » que la Fédération Russie ait décidé de reconnaître les régions non contrôlées par le Gouvernement de l’Ukraine dans l’est du pays et d’y envoyer des troupes, tournant ainsi le dos aux accords de Minsk.  Il a indiqué à cet égard que, lorsqu’il a rejoint l’ONU en 1957, son pays ne se faisait pas d’illusion sur les relations internationales mais pensait que l’égalité souveraine était la « condition sine qua non d’un monde stable ».  Nouer des liens amicaux, promouvoir la coopération entre les peuples et défendre la perspective de lendemains meilleurs étaient autant de promesses qui avaient présidé à la décision du Ghana, a-t-il confié, avant de rappeler qu’à travers l’ONU et des principes clefs comme l’autodétermination, des pays colonisés ont pu devenir des États indépendants et souverains.  Réaffirmant le soutien du Ghana au respect des frontières internationalement reconnues de l’Ukraine, le délégué a assuré que son pays ne reconnaît aucune entité en dehors des principes du droit international.  Dans le contexte ukrainien, il a appelé les parties à faire montre de la plus grande retenue et à rester fidèles aux principes de la Charte des Nations Unies et du droit international.  En cas de conflit ouvert, l’Europe risque d’être déstabilisée et tous les pays paieront un lourd tribut à ces actions, a averti le représentant, pour qui la voie du dialogue et de la diplomatie doit prévaloir, sous l’égide de l’ONU et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).   

Mme LILLY STELLA NGYEMA NDONG (Gabon) a déclaré que la décision prise aujourd’hui par la Fédération de Russie relativement aux régions ukrainiennes met à mal la mise en œuvre des accords de Minsk.  Elle en a pris acte et appelé toutes les parties à la désescalade, les encourageant au dialogue et la diplomatie pour sortir de la crise et éviter le pire.   

Mme MONA JUUL (Norvège) a déclaré que cette séance s’explique par la violation par la Fédération de Russie du principe fondamental sur lequel repose cette Organisation – « l’égalité souveraine de tous ses Membres ».  Elle a condamné fermement la décision du Président russe de reconnaître les « Républiques populaires de Donetsk et de Louhansk » autoproclamées dans l’est de l’Ukraine comme des États indépendants.  Cette décision constitue selon elle une violation manifeste des accords de Minsk, dont la Fédération de Russie est pourtant signataire.  Et cette reconnaissance va directement à l’encontre du travail en faveur d’une paix négociée du format Normandie et du Groupe de contact trilatéral, a encore relevé la déléguée.  Aussi a-t-elle instamment demandé à la Fédération de Russie de désamorcer la situation en retirant ses forces militaires de l’Ukraine et de ses frontières.  Qualifiant la décision de la Fédération de Russie de déployer des troupes dans l’est de l’Ukraine d’« injustifiée et irresponsable », car elle accroît encore les tensions, la représentante a estimé que « nous sommes confrontés à la perspective d’une guerre, qui non seulement menacerait l’architecture de sécurité de l’Europe, mais provoquerait également des souffrances inégalées parmi la population civile ». 

M. ZHANG JUN (Chine) a déclaré que sa délégation suit de très près la situation autour de l’Ukraine.  Il a appelé toutes les parties à faire montre de retenue et à éviter d’autres mesures susceptibles d’aggraver les tensions.  Il a salué tous les efforts déployés pour tenter de trouver une solution diplomatique à la crise actuelle, en soulignant l’importance de répondre aux préoccupations légitimes de chaque partie sur la base du respect mutuel.  Pour la Chine, chaque pays doit régler ses différends internationaux par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la Charte des Nations Unies. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a dit préférer ne pas répondre aux attaques directes contre son pays.  Maintenant, a-t-il estimé, il est important de se concentrer sur la manière d’éviter la guerre et de forcer l’Ukraine à arrêter les bombardements et les provocations dans les régions de Donetsk et de Louhansk.  En écoutant les discours « d’un certain nombre de collègues », a constaté le représentant, on croirait que la reconnaissance par la Fédération de Russie des Républiques populaires de Louhansk et de Donetsk se produit « soudainement, sans aucune raison ».  C’est faux, a-t-il tonné.  Les deux républiques ont déclaré leur indépendance en 2014 et la Fédération de Russie ne l’a reconnue que maintenant, malgré leurs appels mais aussi ceux des institutions russes, et ce, dès le début.  Mais l’espoir que « le régime ukrainien de Maïdan » reprenne ses esprits et cesse de privilégier le langage des armes et des menaces contre les citoyens de l’Est s’est révélé vain.   

Nous avons demandé à plusieurs reprises à Kiev d’écouter les aspirations de ses citoyens russophones, de respecter leur désir « tout à fait légitime » d’utiliser leur langue maternelle et de l’enseigner à leurs enfants, et d’honorer la mémoire de ceux qui ont libéré leurs terres des nazis.  Les accords de Minsk, a rappelé le représentant, ont été signés après que « les aventures militaires ukrainiennes » se sont heurtées à la détermination des habitants de Donetsk et de Louhansk à défendre leur terre.  Le train de mesures pour la mise en œuvre des accords avait suscité l’espoir, surtout à l’élection en 2019 du nouveau Président ukrainien qui promettait de rétablir enfin la paix dans le Donbass.  Ceux qui comptaient sur l’attitude pacifique des autorités ukrainiennes se sont malheureusement trompés, a regretté le représentant.  Kiev a non seulement renoué très rapidement avec la rhétorique militaire et le bombardement des civils, mais a également tout fait pour détruire les accords de Minsk.   

Kiev a « refusé obstinément » de parler directement aux représentants de Donetsk et de Louhansk, alors que le dialogue est l’élément central des accords de Minsk.  Le 17 février dernier, les propos des dirigeants ukrainiens au cours de la réunion du Conseil de sécurité ont confirmé leur refus de discuter.  L’on a vu alors clairement que l’Ukraine n’avait aucune intention de se conformer aux accords de Minsk.  Le représentant s’est, à ce propos, étonné de la promptitude de « ses collègues du Conseil » à exiger des dialogues en Libye et en Syrie mais pas en Ukraine.  Il a déploré le rôle « extrêmement négatif des collègues occidentaux », États-Unis en tête.  Au lieu de contraindre Kiev à honorer ses obligations, ils n’ont fait, a-t-il accusé, qu’inciter ouvertement l’Ukraine à s’entêter, répétant que c’est la Fédération de Russie qui ne remplit pas ses obligations, alors qu’elle n’est pas partie auxdits accords.   

Depuis plusieurs semaines maintenant, a poursuivi le représentant, ils ont attisé sans justification aucune la peur d’une invasion « supposée imminente » de l’Ukraine, inondant « sans vergogne » cette dernière d’armes et d’instructeurs militaires et l’encourageant à se livrer à des provocations dans le Donbass.  La « bulle d’air » soufflée par les efforts conjoints de l’Occident et de l’Ukraine ne pouvait qu’éclater.  Le week-end dernier, a poursuivi le délégué russe, l’intensité des bombardements ukrainiens dans les zones résidentielles des deux Républiques populaires de Louhansk et de Donetsk a fortement augmenté, plusieurs groupes de saboteurs s’attaquant ou tentant de s’attaquer aux infrastructures vitales.  En conséquence, l’on a vu des victimes parmi la population civile dans les deux républiques, une mobilisation générale de leurs habitants et un afflux de 60 000 personnes se réfugiant en Fédération de Russie mais pas vers l’ouest de l’Ukraine. 

Le Donbass, a prévenu le représentant, est au bord d’une nouvelle aventure militaire ukrainienne, comme en 2014 et 2015.  « Nous ne pouvons rester les bras croisés », a-t-il affirmé, et c’est pourquoi le Président Vladimir Putin a écouté l’opinion des parlementaires et des membres du Conseil de sécurité russe.  « Vous connaissez la suite »: une déclaration détaillée du Chef d’État russe sur les motifs de la décision a été diffusée en détail par tous les grands médias du monde.  Nous invitons « nos collègues occidentaux » à reprendre leurs esprits, à se montrer moins émotifs et à éviter d’aggraver la situation.  Personne, sauf vous, ne peut freiner les velléités militaristes de Kiev.  Personne, sauf vous, ne peut obliger Kiev à cesser les bombardements et les provocations contre les deux républiques, lesquels, dans ce nouveau contexte, peuvent avoir des conséquences particulièrement dangereuses, a prévenu le représentant.  Conformément aux accords signés avec les deux républiques, la fonction de maintien de la paix sera exercée par l’Armée russe, a-t-il souligné, notant que dans leurs déclarations, « ses collègues » n’aient pas parlé des quatre millions d’habitants du Donbass menacés par les dernières manœuvres militaires ukrainiennes.  Notre objectif principal est de préserver la vie de ces habitants, a conclu le représentant. 

Le virus qui a contaminé les Nations Unies aujourd’hui a été inoculé par le Kremlin, a dit constater M. SERGIY KYSLYTSYA (Ukraine).  Nous avons demandé cette réunion d’urgence pour attirer l’attention sur la décision « illégale et illégitime » du Président russe de reconnaître « l’indépendance » des territoires ukrainiens occupés de Donetsk et de Louhansk mais c’est l’ensemble des États Membres qui est attaqué.  L’attaquant, a souligné le représentant, c’est celui qui avait déjà occupé la Géorgie en 2008 et l’Ukraine en 2014.  Mais, a assuré le représentant, nos frontières internationalement reconnues demeureront malgré les déclarations et actions de la Fédération de la Russie qui doit être comptable de ses actes.   

La reconnaissance de « l’indépendance » de certains territoires occupés de Louhansk et de Donetsk constitue un retrait « de facto et unilatéral » des accords de Minsk et un mépris des décisions du format Normandie.  Le représentant a réclamé au Conseil de sécurité des consultations sur la base du Mémorandum de Budapest relatif aux garanties de sécurité et une réunion spéciale de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).  Il a aussi réclamé une mission de surveillance pour prévenir toute escalade et une réunion d’urgence du format Normandie.  Nous voulons, a-t-il insisté, savoir qui sont nos amis, nos alliés, les partisans de la Charte des Nations Unies et ceux susceptibles de dissuader la Fédération de Russie d’aller plus loin.   

Nous voulons, a poursuivi le représentant, une solution politique et nous refusons de réagir aux provocations, même si nous faisons valoir notre droit à la légitime défense.  Nous sommes chez nous, nous n’avons peur de personne, nous ne devons rien à personne et nous ne renoncerons à rien pour personne.  Cela doit être clair.  Nous ne sommes pas en février 2014, mais en février 2022.  Nous sommes un autre pays, avec une autre armée.  Notre objectif, c’est la paix, la paix en Ukraine, la paix en Europe, la paix dans le monde.  Insistant sur les accords de Minsk, le représentant a qualifié la décision du Président Putin de « menace à l’ordre fondé sur les règles et de menace à la Charte des Nations Unies, plus particulièrement à son Article 2 ».   

Il a invité la Fédération de Russie à lire scrupuleusement la déclaration que le Secrétaire général de l’ONU a publiée aujourd’hui et dans laquelle il estime que la décision russe est une violation de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Ukraine.  La Fédération de Russie, a tonné le représentant, doit renoncer à sa stratégie qui se fonde sur la menace de la force et la menace d’y recourir pour empiéter sur l’intégrité territoriale où l’indépendance politique de l’Ukraine.  La Fédération de Russie doit revenir sur sa décision et regagner la table des négociations.  L’ONU, s’est-il demandé, va-t-elle succombé au virus inoculé par le Kremlin?  La réponse dépendra des États Membres.  Aujourd’hui, le Kremlin n’a fait que copier mot pour mot le décret qu’il avait adopté en 2008 sur la Géorgie.  Il compense son manque de créativité par le bon fonctionnement de ses photocopieuses.  « Qui sera le suivant?  La question reste ouverte », a prévenu le représentant.   

Mme ANTJE LEENDERTSE (Allemagne) a rappelé qu’il y a quatre jours, le Conseil est parvenu à un consensus sur le fait que les accords de Minsk doivent être mis en œuvre.  Le Vice-Ministre russe des affaires étrangères a lui-même admis à cette réunion qu’il n’y a « pas d’alternative » à ce document historique pour l’Ukraine, a relevé la représentante.  Or, nous sommes aujourd’hui confrontés à une « attitude inverse » de la Fédération de Russie, s’est-elle indignée, qualifiant la décision du Président Putin de reconnaître les « républiques populaires » séparatistes autoproclamées dans l’est de l’Ukraine de « violation flagrante » de la résolution 2202 (2015) mais aussi des principes inscrits dans la Charte des Nations Unies.  Il s’agit d’une autre violation « délibérée » de l’intégrité territoriale de l’Ukraine, après l’annexion illégale de la Crimée et l’instigation du conflit armé dans l’est de l’Ukraine depuis 2014, a-t-elle insisté, avant d’estimer que la Fédération de Russie « tombe le masque » après avoir longtemps assuré qu’elle n’était pas partie au conflit.   

Condamnant avec la plus grande fermeté la violation par la Fédération de Russie de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Ukraine, la déléguée a averti qu’avec ses alliés et partenaires, l’Allemagne répondra à cette violation du droit international par des mesures « fermes et adéquates » qui auront de « graves conséquences économiques, politiques et géostratégiques ».  Après avoir noté que la décision de la Fédération de Russie intervient dans le contexte d’un renforcement sans précédent des forces russes autour de l’Ukraine au cours des dernières semaines, elle a constaté que « ces forces semblent prêtes à attaquer », à la faveur d’un « prétexte ».  Or, la Charte des Nations Unies est « limpide », a-t-il souligné.  « Elle interdit sans équivoque la menace de la force contre l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des États », a martelé la représentante avant d’appeler la Fédération de Russie, en tant que membre permanent du Conseil, à revenir immédiatement sur ses décisions d’aujourd’hui et à se réengager dans les accords de Minsk conformément à ce sur quoi les conseillers politiques du N4 (format Normandie) se sont mis d’accord en dernier lieu. 

De plus, a-t-elle ajouté, la Fédération de Russie doit s’assurer que ses forces ne franchiront pas les frontières internationalement reconnues de l’Ukraine et doit immédiatement retirer ses troupes des régions frontalières de l’Ukraine, en Fédération de Russie et au Bélarus.  La déléguée a, enfin, appelé la Fédération de Russie à renouveler son engagement envers l’architecture de sécurité européenne basée sur des règles, qui a été construite au fil des décennies, et à « reprendre le chemin de la diplomatie, au lieu de verser davantage de sang ». 

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