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SOC/4893
11 février 2021

Commission du développement social: des délégations estiment que la numérisation des sociétés pourrait corriger certaines inégalités

La Commission du développement social a poursuivi, aujourd’hui, le débat général virtuel de sa cinquante-neuvième session, l’occasion pour les délégations de relever que si la pandémie de COVID-19 a indiscutablement creusé les inégalités, elle a également été un « accélérateur » de la numérisation des sociétés, permettant de corriger en partie lesdites inégalités.

Nombre des ministres et autres dignitaires réunis ont reconnu que la numérisation avait entraîné une augmentation de l’accessibilité à une gamme diversifiée de services, y compris pour les groupes les plus vulnérables.  Ils ont insisté sur l’importance des nouvelles technologies dans le traçage des malades et l’amélioration de la riposte sanitaire et ont notamment estimé que la crise actuelle est l’occasion d’une remise à plat de leurs politiques.  

Pour autant, la Ministre du développement social et des services pour la famille de Trinité-et-Tobago a insisté sur l’élargissement bien réel de la fracture numérique et la création d’une nouvelle classe de pauvres, « les pauvres numériques », qui, en raison de leur situation économique et géographique, se trouvent en dehors du courant dominant des solutions numériques, et s’enfoncent donc encore plus dans la pauvreté. 

Lui emboîtant le pas, la Finlande, au nom du Groupe des Amis des technologies du numérique, a alerté que 57% de la population mondiale n’a toujours pas accès à Internet ou ne peut tirer parti des « avantages socioéconomiques énormes » de cette technologie.  Tout aussi préoccupant, à ses yeux, plus de la moitié de l’humanité n’utilise qu’une fraction d’Internet lors des connexions.  Il est donc urgent, selon elle, de promouvoir la science, les nouvelles technologies et l’innovation dans le cadre du développement durable. 

Le Luxembourg a également signalé que les femmes ont 12% de moins accès à Internet que les hommes et, dans les pays les moins développés, seulement 1 femme sur 7 est connectée, contre 1 homme sur 5.  La numérisation est « un instrument doté d’une énorme capacité de transformation », mais son application déterminera si elle entraîne un creusement des inégalités ou, au contraire, nous conduit à accélérer les progrès dans le respect des objectifs de développement durable, a souligné la Secrétaire d’État de l’Espagne en charge du Programme 2030. 

Face à cette réalité, le Vice-Ministre de la planification et de la coordination de la Bolivie a souhaité que le numérique devienne un bien public mondial et appelé de ses vœux un « bond numérique » universalisant les technologies du numérique au profit de tous. 

SUITE DONNÉE AU SOMMET MONDIAL POUR LE DÉVELOPPEMENT SOCIAL ET À LA VINGT-QUATRIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE (E/CN.5/2021/2)

Suite du débat général

Lors de ce débat général, les délégations ont été nombreuses à rappeler que la pandémie de COVID-19, « la plus grave crise sanitaire depuis la création de l’ONU », comme l’a déclaré le Guatemala, a néanmoins été l’occasion pour les pays « de prendre du recul et de remettre à plat », selon l’expression du Panama, leurs politiques sociales.  Si la pandémie a indiscutablement creusé les inégalités, elle a également été un « accélérateur » de la numérisation des sociétés, permettant de corriger en partie lesdites inégalités, ont-elles convenu.

« Dans chaque crise, il y a une opportunité », a estimé la Ministre en charge des femmes, de la famille, de la jeunesse et de l’intégration de l’Autriche, Mme SUSANNE RAAB, en soulignant les effets déjà positifs de la numérisation.  À l’instar d’autres délégations, elle a notamment insisté sur l’importance de la numérisation des services et soins de santé.  Une utilisation plus large des solutions de cybersanté peut améliorer la qualité et la rentabilité des soins de santé, a soutenu Mme Raab. 

Même son de cloche du côté de la Ministre du développement social de Panama, Mme MARÍA INÉS CASTILLO LÓPEZ, qui a insisté sur l’importance des nouvelles technologies dans le traçage des malades, ce qui a contribué à l’amélioration de la riposte sanitaire.  Dans ce droit fil, la Ministre a mentionné la création, au Panama, d’une plateforme de suivi des personnes vaccinées.  « La crise actuelle est l’occasion d’une remise à plat de nos politiques », a déclaré Mme Castillo López. 

La plateforme de collecte d’informations sur les malades de la COVID-19 a été essentielle pour « aplatir » la courbe des infections, a appuyé la Ministre des femmes, de la famille et du développement des communautés de la Malaisie, Mme RINA MOHD HARUN.  Son homologue des Philippines, Mme ROSEMARIE EDILLON, a également aussi souligné le développement de la télémédecine dans son pays. 

Une autre conséquence de la pandémie a été l’augmentation de la violence domestique, en raison des confinements imposés par la pandémie.  En réponse aux signalements plus fréquents de violence domestique, d’abus sexuels et d’enfants, dus à la COVID-19, la Ministre des services humains et de la sécurité sociale de Guyana, Mme VINDHYA PERSAUD, a expliqué qu’un numéro d’urgence gratuit a été mis en place pour relier les personnes aux services de police, de conseil, à l’Unité de lutte contre la violence domestique et à l’Agence de protection de l’enfance.

Sur le plan socioéconomique, la Ministre du développement social et des services pour la famille de Trinité-et-Tobago, Mme DONNA COX, a indiqué que le relèvement postpandémie est une opportunité de réinitialiser les politiques afin de relancer la croissance économique.  « La numérisation a entraîné l’augmentation de l’accessibilité à une gamme diversifiée de services à un rythme plus rapide pour les principaux bénéficiaires, y compris les groupes les plus vulnérables de nos sociétés », a-t-elle dit. 

De son côté, la Ministre pour la science et les technologies du Venezuela, Mme GABRIELA JIMÉNEZ RODRÍGUEZ, a indiqué que son pays, sous l’impulsion de « son Président légitime », M. Nicolas Maduro, a mis en place une commission technologique chargée d’élargir les plateformes numériques à disposition de tous les Vénézuéliens.  Les nouvelles technologies satellitaires ont aussi permis de stimuler la production agricole, a-t-elle dit. 

Le Ministre du développement social du Guatemala, M. RAÚL ROMERO SEGURA, a également insisté sur l’importance des technologies de l’information pour faire face à la « crise sanitaire, humanitaire, socioéconomique » qu’est la pandémie.  Sur cette lancée, les technologies ont ainsi permis un meilleur dialogue entre administrés et l’administration, a déclaré le Ministre.  Même son de cloche du côté de Mme ERGOGIE TESFAYE WOLDEMESKEL, Ministre du travail et des affaires sociales de l’Éthiopie, qui a détaillé la première stratégie numérique lancée par son pays de toute son histoire, dont un des axes est l’amélioration du portail administratif en ligne. 

Le Secrétaire à l’innovation d’El Salvador, M. VLADIMIR HANDAL, a vu dans le numérique un « catalyseur » pour le développement dans son pays, en particulier des écoles, qui sont progressivement dotées d’Internet à large bande passante.  Un programme scolaire entièrement en ligne est également en cours de création qui bénéficiera à tous les élèves du pays.  « Nous n’étions pas préparés au début de la pandémie, mais nous le sommes aujourd’hui », a déclaré le Ministre, affirmant que la pandémie a été un accélérateur de la numérisation du pays.  De son côté, M. ALEXEY VOVCHENKO, Ministre adjoint du travail et de la protection sociale de la Fédération de Russie, a rappelé que le nombre de télétravailleurs dans son pays a été multiplié par 100. 

« Nous avons œuvré pour développer les compétences informatiques des personnes qui ne les détenaient pas », a-t-il dit.  Il a également rappelé que la pandémie a accéléré la dématérialisation des documents et rendu plus facile, là encore grâce au numérique, la prestation de certains services municipaux.  « Il ne faut pas entraver les progrès du numérique par une réglementation trop lourde, que ce soit au niveau national et international », a-t-il conclu. 

La Ministre de Trinité-et-Tobago a, elle, insisté sur l’élargissement bien réel de la fracture numérique et la création d’une nouvelle classe de pauvres – « les pauvres numériques ».  En raison de leur situation économique et géographique, ces derniers se trouvent en dehors du courant dominant des solutions numériques, et donc s’enfoncent encore plus dans la pauvreté. 

La Ministre a donc plaidé pour une feuille de route ambitieuse et réaliste pour les 10 prochaines années pour qu’elles soient consacrées à la recherche, à la découverte et à la mise en œuvre d’un plan d’action permettant non seulement de construire un monde meilleur pour toute l’humanité, mais qui placerait les pauvres et les vulnérables au cœur de cette nouvelle réflexion. 

Une position pleinement partagée par M. DIEGO PACHECO BALANZA, Vice-Ministre de la planification et de la coordination de la Bolivie, qui a souhaité que le numérique devienne un bien public mondial et appelé de ses vœux un « bond numérique » universalisant les technologies du numérique au profit de tous. 

Nombre des intervenants ont profité de cette tribune pour présenter leurs réalisations nationales, à l’instar de la Ministre des affaires sociales du Cameroun qui a détaillé le Plan stratégique de développement de l’économie numérique « Cameroun numérique 2020 », adopté par son pays en 2016.  Ce plan, a précisé Mme PAULINE IRÈNE NGUENE, a notamment permis d’entamer la transformation numérique de l’administration et des entreprises, de généraliser l’usage des TIC dans la société et d’encourager la recherche et l’innovation, tout en contribuant au développement du « capital humain ». 

La Ministre a également fait état d’un projet de réseau numérique pour l’éducation supérieure, qui vise à démocratiser l’accès aux ressources pédagogiques, à accroître l’inclusion dans le processus d’apprentissage et, surtout, à réduire le fossé numérique entre les étudiants issus de familles aisées et pauvres.  Cette fracture, évoquée par une majorité de délégations, a conduit l’Algérie à généraliser l’usage des technologies numériques dans les services essentiels comme l’éducation et la santé, mais aussi à prendre part au programme de fibre optique transsaharien, destiné à augmenter la connectivité et à stimuler l’intégration économique de l’Afrique.

Au nom du Groupe des Amis des technologies du numérique, la Finlande s’est, elle aussi, alarmée de la fracture numérique, 57% de la population mondiale n’ayant toujours pas accès à Internet ou ne pouvant tirer parti des « avantages socioéconomiques énormes » de cette technologie.  Tout aussi préoccupant, à ses yeux, plus de la moitié de l’humanité n’utilise qu’une fraction d’Internet lors des connexions.  Il est donc urgent, selon elle, de promouvoir la science, les nouvelles technologies et l’innovation dans le cadre du développement durable.

Soucieuse de faire progresser l’égalité numérique sur son territoire, l’Indonésie s’est fixée comme objectif d’étendre l’accès à Internet à plus de 4 000 villages éloignés, qui n’ont pas encore profité des avantages des technologies de l’information et de la numérisation.  L’Équateur a, lui, relevé que, si 37% des foyers du pays sont connectés, cette proportion tombe à 17% dans les zones rurales, tandis que la Namibie s’alarmait du fossé numérique croissant entre les jeunes des milieux urbains et ruraux. 

Il importe également de combler la fracture numérique entre les sexes, ont plaidé deux représentantes de la jeunesse du Luxembourg.  Les femmes ont ainsi 12% de moins accès à Internet que les hommes et, dans les pays les moins développés, seulement 1 femme sur 7 est connectée, contre 1 homme sur 5.  Cela vaut aussi pour les groupes marginalisés, tels que les seniors, les personnes handicapées et les peuples autochtones, pour lesquels l’accès à la technologie numérique et à la formation pour les exploiter peut avoir des retombées très positives, a observé le Mexique

La numérisation est « un instrument doté d’une énorme capacité de transformation », mais son application déterminera si elle entraîne un creusement des inégalités ou, au contraire, nous conduit à accélérer les progrès dans le respect des ODD, a pour sa part souligné la Secrétaire d’État de l’Espagne en charge du Programme 2030, Mme IONE BELARRA, rejointe dans cette analyse par le Liban, qui a rappelé qu’il ne reste que neuf ans pour concrétiser les ODD et « ne laisser personne en dehors d’Internet », ce qui ne pourra se faire qu’au moyen de la coopération internationale. 

Un avis partagé par la Chine, selon laquelle la communauté internationale doit fournir davantage de ressources pour le développement et accroître ses investissements dans les infrastructures pour qu’Internet soit « accessible et utilisé par tous ».  La nécessité de la coopération se retrouve, d’après elle, dans la lutte contre la COVID-19, qui a vu la Chine jouer un rôle de chef de file en annonçant que son vaccin serait un « bien public » mis à la disposition d’une cinquantaine de pays en développement. 

En reconnaissant la pertinence de la santé dans tous les objectifs et cibles du Programme 2030, « nous sommes tenus d’arrêter la thésaurisation et le stockage indu de vaccins qui vont à l’encontre des efforts mondiaux pour parvenir à l’immunité », a de son côté martelé l’Afrique du Sud, en exhortant les États Membres à ne pas s’engager dans le « nationalisme des vaccins ». 

Partisane d’une coopération multilatérale accrue en cette période de pandémie, Cuba a quant à elle appelé à la levée immédiate des mesures coercitives imposées aux pays du Sud, avant de dénoncer l’embargo « criminel » des États-Unis à son encontre.  Malgré cette « mesure asphyxiante », la délégation s’est enorgueillie de progrès en matière sociale, dans le droit fil du Programme d’action de Copenhague. 

Si la COVID-19 a accéléré le rythme de la « quatrième révolution industrielle », la prestation de services de santé numérique est devenue la « nouvelle norme », a relevé la Pologne, saluant le fait que le développement de la télémédecine et des soins à distance ait contribué à réduire les inégalités en matière de santé.  Dans le même ordre d’idées, la Suisse a mis l’accent sur les nouveaux outils qu’offre la transformation numérique pour « rationaliser la couverture des risques sociaux », la Slovénie affirmant avoir recouru aux technologies numériques pour améliorer l’efficacité de son système de protection sociale et prévenir la pauvreté. 

Alors que le Japon a mis en avant son implication dans les nouvelles technologies et la création d’une nouvelle agence chargée d’accélérer la numérisation de son administration gouvernementale, le Kirghizistan s’est félicité des changements occasionnés par la transformation numérique dans ses procédures sociales.  Parlant de « percée », il a indiqué que ses services publics recourent désormais au numérique, ce qui leur permet de ne plus utiliser des certificats papier et facilite l’accès aux populations isolées.

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