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SC/14531
26 mai 2021

Syrie : profondes divergences au Conseil de sécurité sur la légitimité de l’élection présidentielle et l’utilité de l’aide transfrontalière

Les délégations ont affiché aujourd’hui, devant le Conseil de sécurité, de profondes divergences sur la légitimité de l’élection présidentielle qui a eu lieu en Syrie, qualifiée de « parodie » par l’Estonie mais soutenue par la Fédération de Russie.  Celle-ci a également douté de l’utilité de l’aide humanitaire transfrontalière, contrairement à d’autres délégations et au Coordonnateur des secours d’urgence qui ont souhaité le renouvellement du mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière cet été.  L’Envoyé spécial pour la Syrie a, quant à lui, indiqué que l’élection présidentielle ne fait pas partie du processus politique prévu par le Conseil dans sa résolution 2254 (2015).  

Premier orateur de cette réunion consacrée aux volets politique et humanitaire de la situation en Syrie, l’Envoyé spécial, M. Geir Pedersen, a déploré le peu de progrès accomplis dans la mise en œuvre de ladite résolution en vue d’un règlement du conflit syrien.  « Même si les contours d’une solution sont bien connus, les acteurs clefs ne sont pas désireux de faire le premier pas », a-t-il regretté, en avouant sa crainte que la Syrie ne devienne un « conflit sans fin ».  L’Envoyé spécial a néanmoins estimé que le calme relatif qui règne dans le pays est une occasion à saisir et pointé « les intérêts communs » des acteurs internationaux clefs dans plusieurs domaines.

L’Envoyé spécial a rappelé que la résolution précitée appelle à des élections libres, sous les auspices d’une nouvelle constitution, avec la participation de tous les Syriens, y compris ceux de la diaspora.  Or, a-t-il noté, l’élection présidentielle de ce jour se déroule sous les auspices de la constitution actuelle.  « Comme cela a été indiqué, cela ne fait pas partie du processus politique prévu par le Conseil dans cette résolution. »  M. Pedersen a précisé que l’ONU n’est pas impliquée dans cette élection et qu’elle n’en a d’ailleurs pas le mandat.

« L’élection présidentielle qui se tient aujourd’hui n’a pour objet que d’avaliser la dictature d’un seul homme et soutenir son régime antidémocratique », a déclaré le Royaume-Uni, qui avait exhorté le régime syrien à tenir des élections dans le respect de la résolution.   La France a estimé que les conditions d’organisation de  ce scrutin ne remplissent pas, de façon  manifeste, les critères d’une élection crédible et qu’il est donc « nul et non avenu ».  « Ces élections ne trompent personne », a déclaré la France, appuyée par l’Estonie ou bien encore les États-Unis.

Ces élections ont en revanche été saluées par l’Iran et la Fédération de Russie, qui a rejeté les « évaluations négatives » faites par certains pays.  Ces élections se déroulent conformément au droit syrien et à la résolution 2254 (2015), a-t-elle affirmé.  La Syrie a, quant à elle, fait état d’une forte participation et vu dans ce scrutin l’affirmation par le peuple syrien de son adhésion à l’indépendance de son pays.  « N’est-il pas dommage que certains en Europe en viennent à menacer les Syriens qui se rendent aux urnes d’expulsion et à faire des déclarations creuses contre les élections et leur légitimité? », a-t-elle lancé.

L’autre pomme de discorde a été le mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière, alors que le Conseil doit se prononcer sur son renouvellement dans quelques semaines.  Á l’instar de l’Envoyé spécial, le Coordonnateur des secours d'urgence, M. Marc Lowcock, s’est prononcé pour un tel renouvellement pour une période de 12 mois.  « Sans prorogation, les livraisons mensuelles de nourriture pour 1,4 million de personnes et des millions de traitements médicaux cesseraient », a-t-il averti.  Le Coordonnateur a estimé que cette aide transfrontalière est une véritable bouée de sauvetage pour plus de 3 millions de personnes.  « Cette aide vitale ne doit pas cesser. » 

Un point de vue pleinement partagé par le Royaume-Uni, la Turquie et la France, qui a loué la pertinence de ce mécanisme, tant dans le Nord-Ouest que dans le Nord-Est, les convois  au travers des lignes de front étant en effet soumis « au bon vouloir du régime syrien ».  « Tant que le régime continuera le chantage à l’aide pour punir les populations,  il est clair que l’aide  au travers des lignes de front depuis Damas ne saurait être la seule option viable ».  Porte-plumes sur la situation humanitaire, la Norvège et l’Irlande ont déclaré avoir consulté tous les membres du Conseil, en vue de parvenir à un consensus sur cette question. 

La tâche s’annonce difficile, puisque la Russie a rejeté « cette présentation hypocrite » qui fait de ce mécanisme le seul moyen de faire parvenir une aide à Edleb, ignorant l’aide fournie par Damas.  De son côté, la Syrie a dénoncé un « mécanisme politisé » qui a révélé ses graves défauts, s’agissant notamment des violations de la souveraineté syrienne.  L’Iran a, lui, invité le Conseil à dépasser ce vieux débat « aide transfrontalière et aide au travers des lignes de front » et à se concentrer sur les mesures qui peuvent alléger les souffrances.  « Toutes les questions avec des incidences humanitaires devront être réglées en temps utile », a conclu le Viet Nam.

Dans son intervention, le Coordonnateur des secours d’urgence a également attiré l’attention sur les pénuries d’eau aiguës dans le nord-est de la Syrie, où la baisse du niveau de l’eau de l’Euphrate depuis janvier a atteint un point critique ce mois-ci, alertant des risques de répercussions de grande ampleur sur la production agricole dans cette région qui assurait 70% de la production syrienne de blé et d’orge.  Il a exhorté toutes les parties concernées à trouver une solution qui réponde durablement aux besoins de tous les habitants qui dépendent de l’eau de l’Euphrate.  La Syrie a, quant à elle, appelé le Conseil de sécurité à agir de toute urgence afin d’empêcher la Turquie, qui a évoqué des aléas climatiques, d’utiliser l’eau comme arme de guerre contre les civils.

M. GEIR PEDERSEN, Envoyé spécial pour la Syrie, a vu une « tragique ironie » dans le fait qu’en cette période de calme relatif, en comparaison des précédentes années de conflit, le peuple syrien est en proie à des souffrances humanitaires grandissantes.  S’il y a une accalmie, avec des lignes de front gelées et les efforts de médiation de la Russie à Qamichli, les signes d’un conflit qui couve sont abondants, a alerté M. Pedersen.  Il a cité trois frappes aériennes dans le nord-ouest, un raid au travers des lignes de front dans un territoire contrôlé par le Gouvernement, des bombardements autour d’Afrin, des attaques de Daech ou bien encore des frappes attribuées à Israël, notamment à Hama.  La situation économique s’est à peine améliorée.  En résumé, nous constatons les mêmes souffrances et la même dynamique mois après mois qui pourrait pousser, j’en ai bien peur, les Syriens vers un abîme encore plus grand, a-t-il averti.

L’Envoyé spécial a affirmé que la solution n’a pas non plus changé, avec la nécessité d’une solution politique dirigée par les Syriens, facilitée par l’ONU et appuyée par des efforts diplomatiques constructifs.  Il nous faut travailler sur plusieurs éléments, a-t-il dit, en citant la nécessité d’un cessez-le-feu durable à l’échelle nationale.  Un tel cessez-le-feu ferait fond sur le calme existant et sur une entente entre les acteurs internationaux clefs.  Face aux groupes terroristes, il a plaidé pour une approche efficace et inclusive, respectant le droit et protégeant les civils.

S’agissant de la situation humanitaire qui demeure critique, M. Pedersen a souligné l’importance d’un accès humanitaire dans toute la Syrie, par le biais d’acheminements transfrontaliers et au travers des lignes de front renforcés.  « Une réponse transfrontalière à grande échelle sur une période de 12 mois supplémentaires demeure cruciale pour sauver des vies », a-t-il affirmé, en appelant les membres du Conseil à forger un consensus sur ce point.  L’Envoyé spécial a jugé important d’atténuer les conséquences humanitaires des sanctions qui pourraient aggraver les conditions de vie des Syriens.

L’une des priorités doit être d’obtenir des progrès sur la question des personnes détenues, enlevées et disparues par le biais de libérations unilatérales et d’une action résolue sur les personnes disparues, a poursuivi l’Envoyé spécial.  Il a indiqué avoir sollicité le Gouvernement syrien pour obtenir plus d’informations sur le décret présidentiel pris le 2 mai dans ce domaine.

M. Pedersen a souhaité la pleine participation des femmes et de la société civile dans le processus politique, ainsi qu’une diplomatie internationale constructive pour que tous les acteurs clefs puissent s’asseoir à la même table afin de progresser vers la paix.  Cela pourrait ouvrir la voie à une approche graduelle, afin que les acteurs internationaux et les parties syriennes surmontent leur défiance, en s’accordant sur des ensembles de mesures réalistes et réciproques, assorties d’une mise en œuvre vérifiable, a-t-il dit.  Il s’agit là d’éléments bien connus qui, s’ils sont mis en œuvre, aideraient à l’application de la résolution 2254 (2015), a-t-il indiqué. 

Il a souligné l’importance de la Commission constitutionnelle, précisant qu’il continue de faciliter les efforts en vue de la tenue de la sixième session de l’organe restreint de la Commission.  Une telle session doit en effet être soigneusement préparée, avec l’assurance que les procédures prévues seront suivies, afin de restaurer la confiance et d’aboutir à des résultats.  Il a aussi souligné l’importance d’aboutir à des progrès dans l’exécution du mandat de la Commission qui est de préparer un projet de constitution pour un vote de la population.  Il a rappelé le compromis qu’il a soumis le 15 avril dernier et précisé que l’Envoyé spécial adjoint Matar se rendra bientôt à Damas pour expliciter cette proposition de compromis.  L’ONU est prête à réunir une session à Genève dès qu’un accord sera trouvé.

Rappelant que la résolution précitée appelle à des élections libres, selon une nouvelle constitution, avec la participation de tous les Syriens, y compris ceux de la diaspora, M. Pedersen a noté que l’élection présidentielle de ce jour se déroule sous les auspices de la Constitution actuelle.  « Comme cela a été indiqué, cela ne fait pas partie du processus politique prévu par le Conseil dans cette résolution. »  L’ONU, qui n’est pas impliquée dans cette élection et n’en a pas le mandat, continue de souligner l’importance d’une solution politique négociée en vue de l’application de ladite résolution, qui demeure le seul chemin viable pour mettre fin au conflit.

Il a regretté le peu de progrès réalisés ce mois-ci dans l’application de ce texte, les acteurs clefs n’étant pas désireux de faire le premier pas, même si les contours d’une solution sont bien connus.  « Si nous continuons ainsi et si les acteurs clefs ne s’investissent pas dans la gestion et le règlement du conflit, j’ai bien peur que la Syrie ne devienne un autre conflit sans fin, durant plusieurs générations. »  Il a pointé les dangers qu’il y a à ne pas saisir l’occasion que constitue ce calme relatif.  Il y a aussi un sentiment partagé que personne ne peut garantir le résultat de ce conflit, alors qu’il existe des intérêts communs dans plusieurs domaines, a déclaré l’Envoyé spécial.  Enfin, M.  Pedersen a affirmé que de plus en plus d’acteurs sont réceptifs à cette idée d’une diplomatie constructive et d’une approche graduelle.

M. MARC LOWCOCK, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a attiré l’attention sur les pénuries d’eau aiguës dans le nord-est de la Syrie, indiquant que cette question n’avait pas été abordée en détail dans ses précédents exposés, M. Lowcock a indiqué que la baisse du niveau de l’eau de l’Euphrate depuis janvier a atteint un point critique ce mois-ci. Le barrage de Tishreen, dans le nord-est de la province d’Alep, recevait environ 180 m3 d’eau par seconde, moins de la moitié du montant minimum nécessaire pour maintenir le barrage opérationnel.  Le faible débit d’eau a entraîné une fermeture partielle, provoquant des coupures d’électricité dans le nord-est de la Syrie.  Le barrage de Tabqa, qui se trouve en aval dans la province de Raqqa, a été utilisé comme réserve d’urgence, et les niveaux d’eau sont maintenant épuisés à 80%.  Et la semaine dernière, les ingénieurs qui assurent le fonctionnement du barrage de Tishreen ont alerté du risque d’un arrêt complet si les niveaux d’eau n’augmentaient pas.

M. Lowcock a indiqué que quelque 5,4 millions de personnes en Syrie dépendent de l'Euphrate et de ses filiales pour leur eau potable.  De plus, un arrêt total du barrage de Tishreen pourrait provoquer des inondations internes et des dommages à long terme. Des répercussions de grande ampleur sur la production agricole et la santé publique seraient inévitables.  Compte tenu du fait que les prévisions de récolte pour cette année sont déjà médiocres en raison de la sécheresse, et que le nord-est était auparavant responsable de 70% de la production syrienne de blé et d’orge, M. Lowcock a prévenu que si les récoltes de cette année échouent, l’insécurité alimentaire, qui a déjà atteint des sommets historiques, se détériorera davantage.  Il a expliqué que pour empêcher l'arrêt des barrages de Tishreen et Tabqa, les barrages de Turquie doivent libérer au moins 500 m3 d'eau par seconde.  Cependant, la Turquie connaît elle-même des pénuries d’eau.  Le Secrétaire général adjoint a exhorté toutes les parties concernées à trouver une solution qui réponde durablement aux besoins de tous les habitants de la région qui dépendent de l’eau de l’Euphrate. 

Passant à la situation économique, M. Lowcock a indiqué que la livre syrienne reste à plus de 3 000 pour un dollar et les prix des denrées alimentaires demeurent à des niveaux historiquement élevés.  Plus de deux ménages sur cinq déclarent ne pas avoir une nourriture suffisante ou suffisamment nutritive.  Les pénuries de carburant persistent également dans toute la Syrie.  Les manifestations qui se sont déroulées, la semaine dernière à Hasaké, suite à l’annonce d’une augmentation des prix du carburant et du gaz de cuisson par les autorités de facto dans le nord-est ont été accueillies avec une force excessive, entraînant la mort d’au moins cinq civils, dont un enfant.  La décision d’augmenter les prix a par la suite été annulée, a-t-il précisé.

En ce qui concerne la protection des civils, M. Lowcock a indiqué qu’après les frappes d’artillerie qu’il a subies le 21 mars, l’hôpital chirurgical Atareb reste en grande partie hors service.  Même si le personnel est retourné au travail, les potentiels patients craignent désormais de s’y faire soigner de peur qu’il y ait d’autres frappes.  

Il a également fait état de problèmes de sécurité persistant à Hol, avec six meurtres signalés depuis avril et 46 depuis janvier.  Plus de 10 000 personnes ont quitté le camp depuis juin 2019, mais plus de 60 000 personnes y vivent toujours dans des conditions inacceptables, s’est indigné le Secrétaire général adjoint. « Je soulève cette question chaque mois depuis des années et on ne cesse de me dire que la situation est complexe et insoluble.  Mais la vérité est que ceux qui pourraient résoudre le problème ont décidé de ne pas le faire ».  Il s’agit d’un camp d’enfants, a-t-il insisté.  La plupart des habitants ont moins de 12 ans et près de 14 000 d’entre eux ont moins de 5 ans.  Ils méritent un avenir, s’est-il indigné.

Passant à son dernier point, l’accès humanitaire, M. Lowcock a constaté que l’ONU n’a pas été en mesure de fournir de l’aide au camp de Roukban depuis septembre 2019, et qu’elle n’a pas non plus été en mesure d’y faire des évaluations.  Les informations qui lui parviennent du camp font état de malnutrition, de maladies et de l’absence quasi-totale de services à l’exception de l’eau.  Des efforts sont en cours pour faciliter le départ de ceux qui souhaitent partir vers les zones gouvernementales et pour identifier des solutions alternatives pour ceux qui souhaitent rester, tout en continuant à assurer l’acheminement de l’aide humanitaire, y compris des vaccins, a-t-il indiqué. 

M. Lowcock a ensuite signalé que la COVID-19 se propage à nouveau dans le nord-est de la Syrie qui continue de manquer de produits de santé essentiels. Après une augmentation de 57% des cas confirmés le mois dernier, les décès provoqués par la COVID-19 ont augmenté de près de 50%.  Les ONG opérant dans le nord-est ont clairement indiqué que la perte de l’autorisation transfrontalière pour Yaroubiyé a laissé la région très mal desservie en services de santé.  Un premier lot de vaccins du Mécanisme COVAX a été transporté par avion par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) de Damas à Qamishli ce mois-ci pour couvrir 9 000 agents de santé.  Les vaccinations ont commencé plus tôt cette semaine mais cela reste une goutte dans l’océan, s’est inquiété le Secrétaire général adjoint qui a souligné que les vaccinations dans toutes les régions du pays doivent être radicalement augmentées pour que la Syrie puisse vaincre ce virus.

Rappelant que l’autorisation du Conseil de sécurité pour l’assistance transfrontalière de l’ONU dans le nord-ouest expire dans un peu plus de six semaines, il a mis en garde que sans prolongement immédiat, les livraisons mensuelles de nourriture pour 1,4 million de personnes et des millions de traitements médicaux cesseraient.  D’autres soutiens cruciaux que l’ONU fournit dans les secteurs de l’eau et de l'assainissement, de la santé, à la gestion des camps prendraient également fin, ainsi que la capacité de l’ONU à canaliser environ 300 millions de dollars en financement annuel pour les opérations vers des partenaires locaux sur le terrain.  Le mécanisme de surveillance des Nations Unies, qui vérifie la nature humanitaire de toutes les livraisons de l’ONU, serait fermé.  Le résultat serait une opération plus petite et plus fragmentée menée par des acteurs non onusiens avec moins de transparence et moins de responsabilité.

L’opération transfrontalière, une véritable bouée de sauvetage pour plus de 3 millions de personnes, ne peut être remplacée, a insisté le Secrétaire général adjoint avant d’exhorter le Conseil de sécurité à veiller à ce que cette « ligne de vie » ne soit pas coupée.

Les porte-plumes du dossier humanitaire syrien, l’Irlande et la Norvège, ont relevé que la situation humanitaire en Syrie est pire aujourd’hui qu’il y a 10 mois.  Dans un peu plus de six semaines, le mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire tranfrontalière, renouvelé par la résolution 2533 expirera.  À ce moment-là, ont estimé les porte-plumes, le Conseil sera confronté à un choix: nous pouvons être à la hauteur de nos principes et soutenir les populations les plus vulnérables de Syrie, ou alors échouer et faire face aux graves conséquences humanitaires.  

La délégation norvégienne a souligné que la fourniture transfrontalière de l’aide humanitaire reste la seule modalité qui puisse fonctionner à l’échelle requise pour atteindre les 3,4 millions de personnes dans le besoin dans le nord-ouest de la Syrie.  Ne pas s’entendre sur un renouvellement du mécanisme signifierait que dans cette région, l’ONU et ses partenaires cesseraient de fournir une aide alimentaire à 1,4 million de personnes par mois; du matériel éducatif pour des dizaines de milliers d’enfants; et les articles médicaux essentiels qui ont soutenu 10 millions traitements en 2020 et qui incluent désormais des vaccins contre la COVID 19. 

La délégation a souligné l’importance du mécanisme de surveillance de l’ONU pour garantir la vérification de la nature humanitaire de tous les envois transfrontaliers à Bab el-Haoua.  L’opération transfrontalière de l’ONU est l’une des opérations d’aide les plus contrôlées et les plus surveillées au monde.  De ce fait, ne pas renouveler l’autorisation transfrontalière signifierait perdre la transparence et la responsabilité que l’ONU assure pour les opérations humanitaires à la frontière, aux points de distribution et après la distribution aux bénéficiaires.

La délégation a ensuite déploré que les parties n’aient pas encore été en mesure de parvenir à un accord sur une mission à travers les lignes de front actives vers Atareb.  Elle a aussi signalé que la situation s’est aggravée après la fermeture de Yaroubiyé il y a près de 16 mois.  Il n’y a aucune excuse pour ne pas aider les millions de personnes dans le besoin en Syrie, ont conclu les porte-plumes de la situation humanitaire en Syrie.

S’exprimant ensuite en sa capacité nationale, la Norvège a dit espérer que la proposition de compromis de l’Envoyé spécial permettra de jeter les bases pour la poursuite du processus constitutionnel.  À cet égard, elle a souhaité voir des résultats au prochain cycle de pourparlers de la Commission constitutionnelle, arguant que celle-ci n’est qu’un élément du puzzle constitué par tous les segments de la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité qui sont tout aussi importants. 

La Norvège a marqué son inquiétude devant les disparitions de citoyens syriens, appelant à la libération de détenus, afin notamment de renforcer la confiance.  De même, la communauté internationale doit s’engager aux côtés des Syriens pour parvenir à une solution politique.  Pour cela, la délégation a appelé à un processus inclusif qui inclurait également les femmes.  Pour terminer, la Norvège a indiqué que les élections qui ont lieu aujourd’hui en Syrie vont à l’encontre des prescriptions de la résolution 2254 (2015).

La Fédération de Russie a déploré l’incapacité du Secrétariat et de certains membres du Conseil d’évoquer la récente offre d’amnistie du Gouvernement syrien.  Elle a également déploré les commentaires négatifs proférés par certains pays occidentaux au sujet de l’élection présidentielle qui se déroule en Syrie.  La délégation a estimé que ces critiques témoignent de l’indifférence de ces pays à l’égard des Syriens qui se sont présentés aux urnes.  « L'Allemagne, par exemple, a complètement interdit la tenue de cette élection, en portant ainsi atteinte aux droits et libertés des Syriens vivant à l’étranger », a ajouté la Russie.  La délégation a ajouté que cette élection présidentielle -qui se déroule sans problème dans 46 bureaux de vote à l’étranger- se déroule conformément à la législation nationale en vigueur et ne contrevient pas à la résolution 2254 (2015).  Elle a aussi souligné l’importance que revêt la reconstruction des infrastructures essentielles en Syrie, regrettant que certains pays donateurs aient ignoré les appels à cette fin pour des raisons politiques.  Par ailleurs, la délégation russe a jugé « hypocrite » de laisser entendre qu’un mécanisme transfrontalier est le seul moyen d’acheminer de l’aide à Edleb, alors que cette ville obtient de l’aide depuis Damas.

L’Irlande a jugé inacceptable que les autorités syriennes continuent de trouver des raisons d’éviter un engagement significatif dans les travaux de la Commission constitutionnelle.  Elle a exhorté les autorités syriennes à mettre fin à leur intransigeance qui continue d’entraver les perspectives de progrès réels au sein de la Commission.  Aucun progrès tangible sur la solution politique et la réconciliation nationale prévues dans la résolution 2254 (2015) n’est possible sans une nouvelle constitution qui trace une voie pacifique et inclusive pour tous les Syriens.  Malheureusement, les élections qui se déroulent aujourd’hui ne nous rapprocheront pas de cet objectif, a—t-elle estimé.

L’Irlande a décrié le fait que les autorités syriennes continuent d’arrêter et de détenir arbitrairement leurs propres citoyens, évoquant les dizaines de milliers de citoyens syriens qui ont fait l’objet d’une détention arbitraire, ainsi que ceux qui ont disparu.  Elle a ensuite appelé les autorités syriennes à s’engager, de manière significative, au sein de la Commission constitutionnelle et d’un processus politique plus large, comme indiqué dans résolution 2254 (2015).  Elle a aussi demandé que le Conseil exige que les autorités syriennes respectent leurs obligations en vertu du droit international et mettent fin à leurs politiques brutales. 

La Tunisie a réitéré sa position de principe: il n’y a pas de solution militaire à la crise en Syrie, mais bien une solution politique, sous les auspices de l’ONU, conformément à la résolution 2254 (2015), dans le respect de la souveraineté du pays.  La délégation a souhaité une reprise des réunions de la Commission constitutionnelle et espéré qu’elle se réunira régulièrement.  Elle a souligné la nécessité de rétablir la confiance entre les acteurs syriens et s’est dite préoccupée par les tensions actuelles, ainsi que par les activités de Daech.  Il faut combattre les groupes terroristes qui profitent du vide politique et sécuritaire, a martelé la délégation.  Enfin, rappelant l’ampleur des besoins, la délégation a demandé une solution consensuelle pour le renouvellement de l’aide transfrontalière, dans le respect de l’unité du Conseil.

L’élection présidentielle qui se déroule aujourd’hui en Syrie ne trompe personne, a déclaré la France pour qui les conditions d’organisation de ce scrutin ne remplissent pas, de façon manifeste, les critères d’une élection crédible.  Ce scrutin est donc, pour la France, nul et non avenu.  Il ne contribuera pas à redonner une quelconque légitimité politique au régime syrien et ne favorisera pas une sortie de crise en Syrie, a indiqué la délégation.

La délégation a ensuite appelé à cesser d’instrumentaliser l’aide humanitaire.  Elle a souligné que le mécanisme d’acheminement transfrontalier de l’aide humanitaire n’a jamais été aussi pertinent, tant dans le nord-ouest que dans le nord-est, et qu’un renouvellement pour 12 mois est indispensable.  Il n’y a aucune alternative au mécanisme transfrontalier, qui permet d’acheminer environ 1 000 camions d’aide chaque mois au nord-ouest, a-t-elle insisté.  Elle a également relevé que dans le nord-est, les convois « crossline », soumis au bon vouloir du régime syrien, n’ont jamais permis de compenser la fermeture du point de passage de Yaroubiyé.

Le Conseil doit autoriser le recours aux points de passage de Bab el-Haoua et Bab el-Salam au nord-ouest et de Yaroubiyé au nord-est, a exigé la France en invoquant la responsabilité collective et le devoir moral de sauver des vies, de contrer le risque de famine et de faciliter les campagnes de vaccination contre la COVID-19.  Sans un mécanisme d’aide transfrontalière robuste, a-t-elle ajouté, il ne sera pas possible d’acheminer l’aide en toute indépendance et sans interférences de la part du régime.

Le France a ensuite appelé le régime syrien à s’engager de bonne foi dans le processus politique piloté par les Nations Unies, déplorant que plus d’un an et demi après la création de la Commission constitutionnelle, la rédaction d’une réforme constitutionnelle n’a toujours pas débuté.  Elle a également appelé à des progrès rapides et concrets dans la mise en œuvre de tous les autres éléments de la résolution 2254, ce qui passe par la cessation des hostilités à l’échelle nationale; des avancées pour préparer la tenue d’élections conformes aux dispositions de ladite résolution; et des avancées sur la question des détenus aux mains du régime et des personnes disparues.  La délégation française a par ailleurs souligné que les sanctions européennes visent des individus et entités qui participent à la répression et profitent des retombées du conflit.

Le Kenya a formé le vœu que l’élection présidentielle organisée en Syrie marquera un « tournant positif » vers une solution politique négociée.  Il a encouragé à cet égard la reprise des sessions de la Commission constitutionnelle, souhaitant que soit ainsi démontré l’engagement des parties en faveur de la paix et de la stabilité politique.  Les négociateurs doivent être conscients qu’ils sont porteurs « soit d’espoir, soit de désespoir » pour la population, a-t-il souligné, avant de se dire préoccupé par les niveaux élevés d’insécurité dans le nord-ouest, le nord-est, le sud-ouest et le désert central de la Syrie, où les cellules de Daech opèrent.  Une telle violence ne fait qu’exacerber la détérioration de la situation, a dénoncé la délégation, selon laquelle il est nécessaire de redoubler d’efforts pour lutter contre les groupes terroristes inscrits sur la liste du Conseil de sécurité, notamment en tenant pour responsables les auteurs de crimes odieux.

S’agissant de la situation humanitaire, le Kenya s’est alarmé de l’état de l’économie syrienne et de la rapide détérioration de la sécurité alimentaire.  Il a également noté que les effets des changements climatiques se traduisent par une baisse des niveaux de l’Euphrate, avec de graves conséquences sur l’accès à l’eau.  Dans ce contexte, la délégation a appelé à la levée des mesures coercitives unilatérales dans l’intérêt des membres vulnérables de la société.  Enfin, jugeant que le mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière reste un moyen essentiel pour acheminer l’aide humanitaire, y compris les vaccins contre la COVID-19, le Kenya a souhaité que cette opération vitale ne soit pas interrompue et continue d’être complétée par des livraisons à travers les lignes. 

Le Royaume-Uni a fustigé l’élection présidentielle qui se tient aujourd’hui en Syrie en estimant que ce processus n’a pour objet que d’avaliser la dictature d’un seul homme et soutenir son régime antidémocratique.  Le Royaume Uni a exhorté le régime syrien à tenir des élections dans le respect de la résolution 2254.  

S’agissant de l’aide humanitaire, la délégation a noté que suite à la fermeture des points de passage frontaliers l’année dernière, 13 millions de personnes sont désormais dans le besoin en Syrie.  Elle a expliqué que la fermeture du point de passage de Yaroubiyé, en 2020, a mis en difficulté 1,8 million de personnes dans le nord-est, soit une augmentation de 38% en un an et que la « perte » de Bab el-Salam a conduit à une réponse plus dangereuse, moins efficace et moins directe dans le nord-ouest.  Les livraisons qui prenaient autrefois 6 heures peuvent désormais durer jusqu'à 25 jours, s’est-elle inquiétée. En outre, 2,4 millions de personnes dépendent de l’aide fournie par le seul point de passage restant à Bab el-Haoua.  La délégation a prévenu que la fermeture de ce passage entraînerait l’arrêt de la réponse vaccinale contre la COVID-19, en contradiction avec la résolution 2565.  

Afin de répondre aux besoins humanitaires croissants en Syrie, le Royaume-Uni a exhorté le Conseil à renouveler le passage de Bab el-Haoua et à réautoriser les points de passage de Bab el-Salam et de Yaroubiyé, pour une période de 12 mois indispensable à l’avènement d’un mécanisme transfrontalier à la hauteur de la situation humanitaire sur le terrain. 

Le Viet Nam a espéré que des discussions approfondies se tiendront bientôt au sein de la Commission constitutionnelle et que des progrès seront accomplis sur le plan politique.  Il est vital de restaurer la confiance entre les parties, a dit la délégation, en appelant également à des efforts diplomatiques renouvelés. Elle a appelé à la préservation du calme sur le terrain afin que toute l’attention soit consacrée à une solution politique.  Elle a appuyé les efforts pour combattre les groupes terroristes désignés par le Conseil, tout en demandant qu’ils soient conformes au droit international.  Le Viet Nam a demandé un accès humanitaire sans entraves et exhorté les parties à créer les conditions les plus propices à l’acheminement de l’aide.  « Toutes les questions avec des incidences humanitaires devront être réglées en temps utile. »  Enfin, le Viet Nam a demandé la levée des sanctions qui entravent la réponse humanitaire à la pandémie.

Pour le Mexique le seul moyen de sortir du conflit qui dure depuis 10 ans en Syrie est un large dialogue politique.  Alors que la résolution 2254 (2015) jette les bases de cet objectif, le Mexique a fait part de son inquiétude face à la stagnation des travaux de la Commission constitutionnelle, faute d’accord sur ses méthodes de travail, malgré les propositions présentées par l’Envoyé spécial.  Il a appelé la délégation désignée par le Gouvernement syrien à participer de manière sérieuse et constructive à ce processus.  Le Mexique a également réaffirmé que, conformément à la résolution 2554, des élections doivent avoir lieu mais uniquement après la promulgation de la nouvelle constitution syrienne et conformément aux normes internationales les plus élevées.

En ce qui concerne la situation humanitaire, le Mexique a salué le début de la campagne de vaccination contre la COVID-19 et a espéré que les livraisons de vaccins continueront d’en garantir la continuité, notamment dans le nord-ouest de la Syrie, ce qui dépend largement du renouvellement du point de passage de Bab el-Haoua.  Outre la vaccination, la grave situation dans laquelle se trouve la population syrienne rend le renouvellement du mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière impératif, a estimé la délégation.  Les opérations au point de passage de Bab el-Haoua sont étroitement surveillées par l’intermédiaire du Mécanisme de surveillance des Nations Unies, a rappelé le Mexique, soulignant son importance pour assurer la transparence et pour éviter le détournement de l’aide humanitaire.  Il a ensuite appelé à renouveler le mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière pour 12 mois supplémentaires, arguant que l’accès humanitaire doit être élargi et non restreint.

L’Estonie a souligné l’importance d’acheminer l’aide humanitaire au travers des lignes de front, tout en notant que des corridors réguliers d’acheminement n’ont pas encore été créés.  Á la lumière de la pandémie, l’extension de l’aide transfrontalière en juillet est la seule approche responsable pour remédier aux immenses besoins humanitaires, a dit la délégation.  Elle a appelé à la réautorisation du point de passage de Bab el-Haoua pour un an et à la réouverture des points de passage de Bab el-Salam à Edleb et de Yaroubiyé dans le nord-est pour une même durée. 

La délégation a ensuite qualifié de  « parodie » la tenue de l’ élection présidentielle cette semaine et a estimé que celle-ci n’est pas conforme à la résolution 2254 (2015).  « Quand il s’agit de l’avenir de la Syrie, les revendications légitimes de l’opposition syrienne doivent être prises en compte », a souligné la délégation, en déplorant le peu de résultats s’agissant des discussions sur la Commission constitutionnelle.  Enfin, elle a encouragé l’Envoyé spécial à se concentrer davantage sur la question des personnes disparues et détenues.

Le Niger s’est déclaré préoccupé par la détérioration de la situation humanitaire en Syrie, où le nombre de personnes souffrant d’insécurité alimentaire atteint  des proportions inégalées depuis le début du conflit.  L’assistance des Nations Unies demeure le seul recours pour satisfaire les besoins les plus élémentaires de millions de personnes, a-t-il relevé, appelant à une simplification des procédures  au point de passage de Bab el-Haoua et  à travers les lignes de contact.  Pour la délégation, le mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière reste le seul « filet de sauvetage » pour ces populations fragilisées.  Il mérite donc d’être maintenu, voire renforcé, a-t-elle souligné, avant d’inviter le Conseil à retrouver son unité lors du processus du renouvellement du mandat de ce mécanisme.  

Sur le plan politique, le Niger a salué l’organisation d’une élection présidentielle ce jour, tout en déplorant le manque de  progrès  dans les travaux de la Commission constitutionnelle.  Il a exhorté les parties à s’engager dans un dialogue ouvert et franc afin de favoriser le compromis.  Selon lui, ce processus doit aller de pair avec la fin des ingérences extérieures, s’agissant notamment du soutien apporté aux groupes armés et du pillage des ressources syriennes.   En effet, a souligné la délégation, l’appel au cessez-le-feu et la nécessité d’un effort collectif face à la pandémie de COVID-19  ne doivent pas nous détourner de la lutte contre les groupes terroristes qui tentent de tirer profit de la situation actuelle pour  se repositionner. 

Pour Saint-Vincent-et-les Grenadines, une paix durable en Syrie ne peut être atteinte que par une solution politique négociée conforme à la résolution 2254 (2015).  Á cet égard, la délégation a émis l’espoir que la prochaine session de la Commission constitutionnelle se tiendra bientôt et produira des résultats positifs.  Encourageant toutes les parties à travailler ensemble dans un esprit de respect mutuel et de compromis, elle a jugé que la prise de mesures de confiance, s’agissant notamment des personnes disparues et des détenus, doit être une priorité pour contribuer à la viabilité de ce processus. 

La délégation a ensuite estimé que l’amélioration de la situation humanitaire en Syrie dépendra de la résolution politique globale et d’un soutien international pragmatique.  Á ce titre, elle a réitéré son appel à la levée de toutes les mesures coercitives unilatérales imposées à la Syrie, tout en se prononçant pour le maintien du mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière.  Selon elle, les modalités de ce mécanisme et du dispositif de livraisons transversal doivent être étendues et optimisées, en coordination avec le Gouvernement syrien.  Enfin, elle a souligné que les « nécessaires » opérations antiterroristes doivent être menées dans les limites du droit international et que la souveraineté de la Syrie dicte le retrait de toutes les forces étrangères « non autorisées » présentes sur son territoire. 

Les États-Unis ont précisé que le Secrétaire d’État Blinken et les Ministres des affaires étrangères de la France, de l’Allemagne, de l'Italie et du Royaume-Uni ont publié une déclaration commune déplorant les élections illégitimes qui se tiennent en Syrie.  La délégation a appelé le régime d’Assad et la Russie à respecter les lignes de cessez-le-feu actuelles.  « En plus de tenir des élections frauduleuses, le régime d’Assad continue de perpétrer des atrocités et de soumettre des hommes, des femmes et des enfants syriens à des détentions arbitraires, à la torture et à des meurtres de masse », a-t-elle dénoncé, avant de rappeler que la résolution 2254 (2015) reste la voie convenue et établie vers une solution politique au conflit en Syrie.

Face à l’augmentation des besoins humanitaires de 20% depuis l’année dernière, les États-Unis ont souligné l’importance de l’acheminement transfrontalier de l’aide.  Il n’y a tout simplement aucune alternative qui puisse correspondre à l’échelle et à la portée du mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière, a insisté la délégation avant de préciser qu’un point de passage à lui seul ne peut pas répondre aux vastes besoins du peuple syrien.  Elle a appelé à réautoriser l’ouverture des points de passage de Bab el-Haoua, de Bab el-Salam et de Yaroubiyé pendant 12 mois.

Par ailleurs, les États-Unis ont rappelé que le Conseil de sécurité a adopté à l’unanimité la résolution 2565 (2021) qui appelle à un accès complet, sûr et sans entrave pour le personnel humanitaire et médical afin de faciliter, entre autres, les vaccinations contre la COVID-19.  « Il n’y a aucune raison pour que la Syrie fasse exception » ,a dit la délégation américaine avant de préciser que le renouvellement et l’expansion du mécanisme transfrontalier est le seul moyen par lequel ce Conseil peut garantir que des vaccins vitaux sont fournis à tous les citoyens syriens.

Notant l’absence de progrès sur la voie politique en Syrie, l’Inde a souligné que la Commission constitutionnelle a la lourde tâche de préparer et de rédiger pour approbation populaire une réforme constitutionnelle, qui contribuera au règlement politique en Syrie et à la mise en œuvre de la résolution 2254 (2015).  Elle a espéré que l’Envoyé spécial réussira à amener les trois groupes à s’entendre sur le plan de travail et la méthodologie, pour ouvrir la voie à la convocation de la sixième réunion.  Elle a pris note de la tenue d’élection présidentielle en Syrie, « ce qui est une obligation constitutionnelle de l’État envers son peuple », tout en soulignant que ces élections sont distinctes du processus politique facilité par l’ONU et dirigé par la Syrie.  Elle a appelé les principales parties prenantes du conflit syrien à agir en collaboration et renforcer les efforts de l’Envoyé spécial pour donner une impulsion collective au volet politique dirigé par l’ONU.  Elle s’est ensuite déclarée profondément préoccupée par l’implication d’acteurs extérieurs en Syrie, et a exhorté toutes les parties à respecter leurs obligations internationales de lutter contre le terrorisme et les organisations terroristes en Syrie. 

Face à la gravité de la situation sur le terrain, la délégation a jugé urgent d’accroître l’aide humanitaire à tous les Syriens dans tout le pays sans discrimination, politisation ou conditions préalables.  Pour l’Inde, cela exige un engagement actif qui soit à la fois compatible avec l’indépendance et l’intégrité territoriale syrienne et qui réponde à l’urgence des questions humanitaires.  Il est également urgent de prendre des mesures concrètes pour surmonter les obstacles qui entravent le fonctionnement des opérations tant transfrontalières que par-delà les lignes de front.

La Chine a insisté sur l’aspect essentiel que revêt la résolution 2254 (2015) et a appelé les parties à continuer de communiquer avec l’Envoyé spécial.  Elle a souligné que la Commission constitutionnelle doit travailler indépendamment et libre de toute ingérence extérieure pour que le processus politique soit dirigé et contrôlé par les Syriens. 

La délégation s’est inquiétée des récents accrochages entre groupes armés et de la présence de troupes étrangères et a appelé au respect de de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Syrie.  Elle a également alerté qu’en raison de l’application de sanctions unilatérales, les fonds d’assistance ne peuvent pas atteindre le territoire syrien, ce qui empêche la reconstruction du pays.  Les soi-disant exemptions humanitaires ne sont rien d’autre qu’une coquille vide, a-t-elle lancé, décriant l’utilisation de l’assistance humaine comme outil politique. Les sanctions unilatérales constituent un sérieux obstacle aux efforts de reconstruction de la Syrie et doivent être levées immédiatement, a-t-elle tranché.

La Syrie a dit vivre quotidiennement les répercussions des « politiques agressives des États-Unis et de certains de leurs alliés occidentaux » depuis qu’ils ont commencé à enflammer la crise syrienne.  Ces pays ont commencé par ignorer la menace croissante des organisations terroristes et dissimulé leurs crimes, puis ils ont imposé des mesures coercitives unilatérales, « outil de terrorisme économique », et ils ont créé des prétextes pour les crimes de la soi-disant « coalition internationale » illégale en procédant à une interprétation déformée de la Charte des Nations Unies, a affirmé la délégation.  Tout cela a conduit au silence sur l’occupation américaine du nord-est de la Syrie et de la région de Tanf, et sur l’occupation turque de certaines parties du nord et du nord-ouest de la Syrie, sans parler de la poursuite de l’occupation et de l’agression israéliennes sur la souveraineté des territoires syriens. 

Les politiques agressives de ces pays occidentaux et ce silence honteux ont encouragé le régime d’Erdoğan à continuer de commettre ses crimes contre le peuple syrien, a affirmé la délégation, notamment en utilisant l’eau comme arme de guerre contre les civils syriens.  Le régime turc ne s’est pas contenté de couper 23 fois l’eau potable de la station d’Alouk, privant ainsi les habitants de la ville de Hassaké et de ses environs d’eau, mais il a délibérément mis en danger la réserve d’eau en Syrie en bloquant l’écoulement de l’eau des fleuves Tigre et Euphrate aux frontières syro-turques.  Pour la Syrie, il s’agit d’une violation flagrante des accords bilatéraux pertinents conclus entre les deux pays qui affecte gravement l’approvisionnement en eau potable et en eau d’irrigation dans les provinces d’Alep, Raqqa, Deïr el-Zor et leurs environs, et limite la production de l’énergie électrique des usines qui y sont construites.  Le régime d'Erdoğan continue même de construire deux barrages supplémentaires, portant à sept le nombre de barrages construits par la Turquie depuis 1970, a poursuivi la délégation syrienne.  Cela représente une violation grave du Protocole de coopération technique et économique signé entre la Syrie et la Turquie en 1987, ainsi que la Convention sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation, entre autres.  La délégation a ensuite appelé le Conseil de sécurité, « en particulier les pays qui se vantent de leur préoccupation pour les questions humanitaires », à agir de toute urgence pour faire pression sur leur allié turc afin d’empêcher qu’il utilise l’eau comme arme de guerre contre les civils.

S’agissant de la prorogation du mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière, la Syrie a réaffirmé sa position concernant ce « mécanisme politisé », dont les dernières années ont révélé les graves défauts tant en termes de violation de la souveraineté syrienne que de service aux intérêts de l’occupation turque et des organisations terroristes affiliées, dont « Hay’at Tahrir el-Cham/Jabhat el-Nosra » qui contrôle Edleb.  Elle a réaffirmé également que le mécanisme de fourniture de l’assistance humanitaire depuis l’intérieur de la Syrie est la meilleure option et qu’il est plus conforme au droit international.  Le Gouvernement syrien fournit toutes les facilités pour que l’ONU puisse fonctionner en Syrie, a affirmé la délégation, citant notamment l’approbation accordée aux convois vers Atareb dans le nord-ouest il y a 13 mois, ainsi que vers Sarmada. 

S’agissant de l’élection présidentielle, la délégation a annoncé que les ambassades et missions diplomatiques syriennes à l’étranger auraient été témoins, le 20 mai, d’un taux de participation sans précédent de Syriens résidant en dehors de la Syrie.  Aujourd’hui, les bureaux de vote des 5 provinces syriennes ont été témoins d’une participation massive de millions de Syriens.  La délégation a vu dans ces élections le socle de toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et la pierre angulaire de toute solution à la crise syrienne.  La tenue de ces élections à temps garantit la préservation des institutions étatiques et la régularité de leur travail, et contribue à restaurer la sécurité et la stabilité, mais également à surmonter les répercussions de la guerre terroriste que le pays a traversée au cours des 10 dernières années.  

Le peuple syrien, à travers ce scrutin, affirme son adhésion à l’indépendance de sa patrie et à son unité et rejette toute pression ou chantage ainsi que le terrorisme économique qui lui est imposé, a affirmé la délégation.  Cela ne l’empêchera pas de construire son propre avenir et de choisir celui qui le représentera par son libre arbitre, ni d’exprimer son rejet de toute tentative extérieure de perturber et d’empêcher la tenue d’élections.  Personne ne peut saper la décision des Syriens libres et indépendants de soutenir leur patrie, a tranché la délégation.  Elle a ensuite appelé « certains pays » à entendre et à voir ce que les Syriens ont exprimé lors de ces élections, à respecter leur volonté, à mettre fin à leurs politiques agressives, à cesser d’imposer et de fixer des conditions, et à soutenir les efforts de l’État syrien et de ses institutions pour surmonter la crise et rétablir la sécurité et la stabilité sur tout le territoire syrien. 

N’est-il pas dommage que certains pays qui se disent démocratiques cherchent à empêcher les Syriens de se rendre dans leurs ambassades pour accomplir leur devoir national sous de faux prétextes, a demandé la délégation qui y a vu des tentatives pour dissimuler l’incapacité de ces pays à atteindre leurs objectifs agressifs en Syrie?  N’est-il pas dommage que certains en Europe recourent à menacer les Syriens qui se rendent aux urnes d’expulsion et de poursuites, et à faire des déclarations creuses contre les élections et leur légitimité?

La délégation a ensuite affirmé que son gouvernement continue de soutenir les efforts de l’Envoyé spécial Geir Pedersen et qu’il renouvelle son engagement en faveur d’un processus politique contrôlé et dirigé par les Syriens, et en faveur de la tenue du sixième cycle de la Commission constitutionnelle.  À cet égard, elle a insisté sur la nécessité de respecter pleinement le mandat et le règlement intérieur de la Commission, et de ne pas s’immiscer dans ses travaux ou tenter d’imposer des conclusions ou des calendriers irréalistes. 

La Turquie a souligné le rôle salvateur du mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière avant de fustiger le déplacement forcé des civils par le régime syrien, alors même que l'insécurité alimentaire reste extrêmement élevée.  La Turquie a aussi noté l’augmentation des maladies chroniques due au manque d’accès à long terme aux soins de santé, les hôpitaux étant incapables de faire face aux attaques constantes du régime.  La délégation a fait état un sentiment croissant de désespoir parmi les Syriens, notant que le taux de suicide a augmenté, en particulier chez les jeunes qui n’ont aucun espoir pour l’avenir.  « Le Conseil doit veiller à ce que les Syriens reçoivent un soutien à long terme », a déclaré la Turquie avant de souligner l’importance d’un renouvellement du mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière. 

Par ailleurs, la Turquie s’est particulièrement inquiétée de la baisse de 50% du débit de l’Euphrate depuis un an en raison des aléas climatiques avant de rappeler la responsabilité qu’ont tous les pays d’assurer une utilisation durable des eaux transfrontalières.  La Turquie a ensuite accusé le régime syrien de faire obstacle aux travaux de la Commission constitutionnelle en revenant sur des décisions pourtant agréées sur les méthodes de travail.  En outre, la Turquie a qualifié de « farce » le processus électoral en cours en Syrie, y voyant nouvelle tactique pour éviter le dialogue visant à une résolution politique.  Enfin, la Turquie s’est opposée à ce que des groupes kurdes qualifiés de terroristes qui continuent de s’en prendre à des civils à la frontière turque soit considérés comme des parties prenantes au processus de résolution de ce conflit

L’Iran a appuyé l’élections présidentielle syrienne et espéré que les consultations actuelles déboucheront sur la tenue de la sixième session de la Commission constitutionnelle.  Il a demandé le retrait de toutes les forces étrangères qui ne sont pas présentes à la demande des autorités, la fin de l’appui aux initiatives séparatistes et la cessation des violations de la souveraineté de la Syrie, en particulier de la part d’Israël.  Il a dénoncé les tentatives visant à dépeindre certains groupes terroristes comme modérés.  Il a invité le Conseil à dépasser le vieux débat « aide transfrontalière et aide au travers des lignes de front » et à se concentrer sur les mesures qui peuvent alléger les souffrances. Enfin, la délégation a appelé à la levée des sanctions qu’elle a qualifiées « d’irresponsables, d’immorales et de contreproductives ».  La nourriture et les articles médicaux ne doivent pas être transformés en armes, a-t-elle souligné.

Reprenant la parole la Fédération de Russie a qualifié la déclaration du Royaume-Uni de « foire de vanités » confondant les faits avec des commérages en faisant preuve d’une inflation de recours à des terme subjectifs tels que « hautement probable », « il y a des raisons de penser » et d’autres pour justifier des accusations occidentales infondées à l’égard de la Russie.  

Après avoir accusé le Royaume-Uni de ne pas vouloir reconnaître tout ce que fait la Russie pour appuyer le relèvement de l’État syrien, la délégation russe a souhaité que les pays occidentaux, «  qui ont bombardé la Syrie et soutenu des mouvements terroristes », soient appelés à financer la reconstruction de ce qu’ils ont détruit.  Elle a incité le représentant britannique à remettre la politique étrangère du Royaume-Uni sur la voie du bon sens.   

Réagissant à cette reprise de parole russe, le Royaume-Uni a indiqué que les chiffres font état d’une participation russe à hauteur de 0,4% des besoins en reconstruction de la Syrie et correspondent à la réalité.  Je comprends que ce faible chiffre donnait des sueurs froides aux délégués russes, a ajouté la délégation

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