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SC/14479
29 mars 2021

Syrie: le Conseil de sécurité  reste divisé entre partisans du renforcement de l’aide transfrontalière et ceux d’un acheminement par-delà les lignes

Faut-il renforcer le mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière pour garantir le flux des livraisons dans le nord-ouest de la Syrie, comme le souhaitent notamment les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, ou est-il préférable de favoriser un mécanisme transversal, par-delà les lignes intérieures, ainsi que le revendique le Gouvernement syrien, appuyé par la Fédération de Russie ? Profondément divisés, les membres du Conseil de sécurité le sont restés, aujourd’hui, à l’occasion d’une séance de haut niveau qui a confirmé la gravité extrême de la situation humanitaire en Syrie. 

Au moment où le conflit syrien entre dans sa onzième année, le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires a fait état de besoins plus importants que jamais, une assistance humanitaire étant désormais nécessaire pour 13,4 millions de personnes, soit 20% de plus que l’an dernier.  Dans ce contexte aggravé par la crise économique et la pandémie de COVID-19, plus de 12 millions de personnes n’ont plus un accès fiable à la nourriture, a alerté M. Mark Lowcock, condamnant au passage les frappes qui viennent de viser la route menant au poste-frontière de Bab el-Haoua, dans le nord du pays, un axe utilisé par les convois humanitaires.  

La Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a fait le même constat désespérant.  Mme Henrietta Fore a averti que près de 90% des enfants en Syrie ont besoin d’une assistance humanitaire, la malnutrition aigüe atteignant à présent le niveau d’alerte de 15% parmi les jeunes déplacés dans les zones et camps difficiles d’accès du  nord-ouest syrien.  La situation reste tout aussi préoccupante dans le nord-est, en particulier dans les camps de Hol et Roj où croupissent plus de 37 000 enfants. 

Alors que l’hôpital d’el-Atareb, dans la campagne d’Alep, a été pris pour cible la semaine dernière par des tirs d’artillerie, Mme Amani Ballour, fondatrice du Fonds Al Amal, a apporté son témoignage de médecin-pédiatre originaire de Damas.  Elle a décrit des conditions « inhumaines » dans l’hôpital de la Goutha orientale où elle a officié pendant six ans.  Elle a également rappelé que ce conflit s’est traduit par 598 attaques contre 350 établissements de santé différents, ayant  entraîné  la mort de 930 membres du personnel médical, sans que personne n’ait été tenue pour responsable. 

Pour le docteur Ballour, il est aujourd’hui urgent que l’assistance humanitaire mais aussi les vaccins contre la COVID-19 parviennent aux millions de personnes qui en ont un besoin vital, en particulier dans le nord-ouest du pays, ce qui implique de renouveler le mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière via Bab el-Haoua et, si possible, d’autres points de passage.  Le même appel a été lancé par Mme Fore et M. Lowcock, lequel a assuré que l’opération transfrontalière des Nations Unies est une des « plus contrôlées et surveillées au monde ». 

Ceux qui financent ce dispositif transfrontalier, pour la plupart des donateurs occidentaux et du Golfe, ne le feraient pas s’ils n’étaient pas  « sûrs que les ressources ne sont pas détournées vers des groupes terroristes », a-t-il souligné, s’inscrivant en faux contre les allégations laissant entendre que le détournement de l’aide serait à l’origine de la malnutrition dans le pays.  Jugeant en revanche l’opération actuelle trop limitée, il a affirmé que « plus d’argent et plus de passages frontaliers permettraient de résoudre ce problème ». 

Alors que le mécanisme transfrontalier créé par la résolution 2533 (2020) doit expirer le 11 juillet prochain, le Secrétaire général adjoint a indiqué qu’il continue de rechercher un accord sur les livraisons transversales vers le nord-ouest.  Faute de solution acceptable par tous, aucun camion d’aide ne franchit plus la ligne de front dans cette partie, contre plus d’un millier auparavant. Quant au nord-est, l’aide humanitaire transversale défendue par Damas s’y est intensifiée, mais les besoins dépassent encore les capacités de l’ONU, a-t-il précisé. 

Le moyen le plus efficace d’acheminer le plus  d’aide  possible  aux Syriens est de « traverser la frontière », a martelé le Secrétaire d’État américain.  M. Anthony Blinken a réclamé la réouverture des postes-frontières de Bab el-Salam, dans le nord-ouest, et de Yaroubiyé, dans le nord-est, arguant que la réduction  du  nombre  des points de passage frontaliers fait qu’un  plus grand nombre de convois de l’ONU sont contraints de traverser  plusieurs  lignes  de front et de négocier l’accès avec divers groupes de l’opposition armée.     

Le Secrétaire d’État aux affaires étrangères du Royaume-Uni, M. Dominic Raab, a réfuté  les arguments du « régime syrien  » et son allié russe, selon lesquels tous les besoins humanitaires peuvent être comblés en passant par Damas, tandis que la France faisait valoir que les blocages systématiques de l’aide par Damas « montrent qu’il n’y a pas d’alternative au mécanisme humanitaire transfrontalier ». 

Par la voix de son Vice-Ministre des affaires étrangères, M. Sergey Vershinin, la Fédération de Russie a campé sur ses positions, se disant hostile à un élargissement du mécanisme transfrontalier au motif que, depuis l’adoption de la résolution 2533, plus d’un millier de camions traversent le poste-frontière de Bab el-Haoua chaque mois.  S’il n’est toujours pas possible d’envoyer un convoi dans la zone de désescalade, via les lignes de front, cela est dû, selon lui, au fait que cette  zone  est contrôlée par  des terroristes qui utilisent des civils comme  « otages » afin d’obtenir un soutien humanitaire à travers un «  mécanisme opaque ». 

Un avis repris intégralement par la République arabe syrienne, qui a indiqué que son  gouvernement a pris l'initiative de renforcer le mécanisme d’assistance transversale pour améliorer la situation humanitaire, étant donné que les conditions qui prévalaient lors de l’adoption de la résolution 2165  (2014) « n'existent plus » aujourd’hui et que de « graves lacunes » ont accompagné la mise en œuvre du mécanisme d’aide transfrontalière, eu égard à la souveraineté du pays, au « manque de transparence » sur les partenaires de l’opération et au détournement de l’aide par des groupes terroristes « parrainés » par la Turquie.  Á l’instar d’une majorité de délégations, cette dernière a préféré appeler au maintien de l’acheminement de l’aide transfrontalière en Syrie.

M. MARK LOWCOCK,Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence des Nations Unies, a entamé son exposé sur un constat: le conflit en Syrie a maintenant 10 ans, « une décennie de mort, de destruction, de déplacement, de maladie, de terreur et de désespoir ».  Affirmant que les besoins sont plus importants que jamais, il a estimé que 13,4 millions de personnes dans toutes les régions du pays ont besoin d’une aide humanitaire, soit 20% de plus que l’an dernier.  Sur le plan économique, le déclin dû à une décennie de guerre s’est encore aggravé en 2020, notamment en raison de la pandémie.  La livre syrienne est tombée à son plus bas niveau par rapport au dollar, faisant bondir les prix des denrées alimentaires à des niveaux sans précédent.  La conséquence en est que plus de 12 millions de personnes n’ont plus un accès fiable à la nourriture, a souligné le haut fonctionnaire, alertant que la faim et la malnutrition vont croissant. 

M. Lowcock s’est ensuite concentré sur trois points principaux : la protection des civils, l’accès humanitaire et l’assistance fournie par les organisations humanitaires dans toute la Syrie.  S’agissant du premier point, il a indiqué qu’il y a un peu plus d’une semaine, au moins 30 communautés du nord du pays ont été attaquées par des obus et des frappes aériennes.  Des obus ont notamment frappé l’hôpital el-Atareb, qui a dû être évacué et fermé, a-t-il précisé, dénonçant une attaque « manifestement délibérée ».  Le Secrétaire général adjoint s’est par ailleurs déclaré préoccupé par l’insécurité dans le camp de Hol, qui a atteint « des niveaux intolérables », menaçant la capacité de l’ONU à opérer.  Si une opération militaire a débuté dimanche pour rétablir la sécurité, elle a entraîné la suspension de nombreux services humanitaires, a-t-il dit, avant de rappeler que près de 40 000 enfants étrangers et syriens vivent dans ce camp. Il est tout à fait inacceptable qu’ils restent dans cet environnement dangereux, a-t-il ajouté, appelant les pays d’origine à les rapatrier. 

Pour ce qui est de l’accès humanitaire, M. Lowcock a indiqué que le 21 mars, jour de l’attaque contre l’hôpital d’el-Atareb, plusieurs missiles air-sol ont frappé la route menant au poste-frontière de Bab el-Haoua, dans le nord d’Edleb. L’un de ces missiles a terminé sa course là où des camions utilisés pour le transport de fournitures humanitaires étaient garés.  Vingt-quatre de ces véhicules ont été détruits ou endommagés et un incendie provoqué par les frappes a détruit un quart des stocks d’une ONG destinés à 4 000 personnes, a-t-il détaillé.

Assurant que les habitants du nord-ouest de la Syrie dépendent de l’aide transfrontalière, le Coordonnateur des secours d’urgence a regretté qu’il y ait des « idées fausses » sur l’ampleur du rôle de l’ONU.  Selon lui, l’opération transfrontalière des Nations Unies représente non pas 10% de l’aide, comme il l’avait affirmé au Conseil lors d’une précédente réunion, mais environ 50%.  Sur les quelque quatre millions de personnes qui vivent dans le nord-ouest de la Syrie, plus de 75% dépendent de l’aide, a-t-il souligné, ajoutant que l’opération transfrontalière touche près de 85% de ces personnes chaque mois.  Si les proportions varient selon le type d’assistance, l’ONU fournit la grande majorité de l’aide alimentaire d’urgence.  Entre 70 et 80% est fourni par le Programme alimentaire mondial (PAM), a-t-il précisé, sans oublier de noter que l’ONU soutient également les autres organisations humanitaires, qui dépendent d’elle pour la logistique, le financement et l’approvisionnement. 

D’après M. Lowcock, l’opération transfrontalière des Nations Unies est « une des opérations d’aide les plus contrôlées et les plus surveillées au monde ».  Ceux qui paient pour cela, qui sont pour la plupart des donateurs occidentaux et du Golfe, ont indiqué qu’ils ne le feront que s’ils sont « sûrs que les ressources ne sont pas détournées vers des groupes terroristes », a-t-il affirmé, s’inscrivant en faux contre les allégations laissant entendre que le détournement de l’aide est à l’origine de la malnutrition dans le pays.  La raison pour laquelle il y a tant de malnutrition est que l’opération transfrontalière est trop petite pour la prévenir, a expliqué le haut fonctionnaire, jugeant que « plus d’argent et plus de passages frontaliers permettraient de résoudre ce problème ». 

Avertissant les membres du Conseil que la population du nord-ouest de la Syrie sait qu’ils décideront sous peu de l’avenir du programme transfrontalier, il a dit essayer de rechercher un accord sur les livraisons transversales vers le nord-ouest.  Selon lui, les différentes parties ont récemment décrit des arrangements qu’elles pourraient accepter mais il reste à convenir d’une approche acceptable par tous.  Alors que les discussions se poursuivent, aucun camion ne franchit plus la ligne, contre plus d’un millier par mois d’aide au nord-ouest auparavant.  Quant au nord-est, où 1,8 million de personnes ont besoin d’assistance dans des zones qui échappent au contrôle du Gouvernement, l’aide humanitaire transversale s’y est intensifiée, mais les besoins dépassent encore les capacités de l’ONU. 

M. Lowcock a précisé que l’ONU a pu soutenir la chaîne d’approvisionnement en fournitures médicales via Yaroubiyé jusqu’à l’expiration de l’autorisation du Conseil de sécurité.  Mais selon des organisations opérant dans le nord-est, ni le soutien transfrontalier aux établissements de santé ni l’augmentation des expéditions transfrontalières des ONG ne se sont depuis révélés suffisants.  De plus, des évaluations récentes à Deïr el-Zor et Hassaké montrent que seulement la moitié des femmes enceintes et des nouvelles mères de ces camps ont accès aux soins obstétriques ou prénatals.  Selon l’OMS, a-t-il relevé, le financement est une contrainte majeure, car les ressources disponibles ne couvriront que 40% des besoins estimés en fournitures de santé pour le nord-est de la Syrie en 2021.

Évoquant ensuite l’assistance fournie par l’ONU, le Secrétaire général adjoint a précisé que l’opération humanitaire touche actuellement environ 7,7 millions de personnes à travers le pays chaque mois.  Demain, a-t-il rappelé, l’ONU coorganisera la Conférence Bruxelles V en soutien à la Syrie et aux pays voisins touchés par la crise.  Á cette occasion, les organisations humanitaires coordonnées par l’ONU recherchent 4,2 milliards de dollars pour la réponse à l’intérieur du pays, afin d’atteindre 12,3 millions de personnes dans le besoin. Une autre tranche de 5,8 milliards de dollars est, selon lui, nécessaire pour soutenir les pays accueillant des réfugiés syriens dans la région.

« Notre capacité à fournir une aide et à éviter une situation encore pire pour des millions de civils dépendra de la volonté politique et de la générosité financière de la communauté internationale, y compris des pays représentés au Conseil », a conclu le Coordonnateur des secours d’urgence, ajoutant que, faute de fonds supplémentaires, les conséquences pourraient être « dramatiques et généralisées ».

Mme HENRIETTA FORE, Directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a indiqué que cette année marque un anniversaire que personne ne voulait voir: les 10 ans de la crise en Syrie.  Des hôpitaux et des écoles ont été détruits, 90 % de la population est plongée dans la pauvreté, des millions de personnes sont déplacées et le droit humanitaire est bafoué avec impunité.  Elle a indiqué que 12 000 enfants, probablement beaucoup plus, ont été tués et blessés par une violence odieuse depuis de début des combats.  Une litanie de tragédies qui rend ce pays, autrefois beau, méconnaissable, a-t-elle déclaré.  « Près de 90% des enfants ont besoin d’une assistance humanitaire. » 

Mme Fore a ajouté que 3,2 millions d’enfants en Syrie et dans les pays voisins ne vont plus à l’école, tandis que le nombre de familles faisant étant d’une détresse psychologique de leur enfant a doublé l’année dernière.  Elle a dénoncé le niveau sans précédent d’insécurité alimentaire. La malnutrition aigüe atteint le niveau d’alerte de 15% parmi les enfants déplacés dans les zones et camps difficiles d’accès du nord-ouest syrien. Sous les yeux du monde, 500 000 enfants souffrent de retards de croissance, ce qui les empêchera de réaliser leur plein potentiel. Dans le nord-est, plus de 37 000 enfants croupissent dans les camps de Hol et de Roj, tandis que plus de 800 enfants se trouvent dans des centres de détention et prisons. Dans le sud-est, 11 000 personnes, dont la moitié sont des enfants, vivent dans le camp de Roukban, dans des conditions qui se détériorent.

Mme Fore a déclaré que les équipe de l’UNICEF et leurs partenaires apportent soins de santé -900 000 enfants ont ainsi été vaccinés l’an dernier-, soutien psychologique, éducation, eau potable et assistance financière. Les équipes veillent aussi à un accès équitable aux vaccins contre la COVID-19. Demain à Bruxelles, a-t-elle a estimé, la Conférence des donateurs doit être l’occasion de renforcer l’assistance dans des domaines clefs, en particulier dans le nord-ouest où les besoins sont les plus importants.

Au-delà de la question du financement, Mme Fore a dit avoir besoin de l’aide du Conseil dans quatre domaines. Premièrement, l’UNICEF et ses partenaires ont besoin d’un accès pérenne au nord-ouest de la Syrie afin d’apporter une assistance humanitaire vitale. Le nombre de personnes ayant besoin d’une aide dans cette partie de la Syrie a augmenté de 20 % l’année dernière. Plus de 55 000 enfants souffrent de malnutrition aigüe et feront face au pire si l’accès humanitaire n’est pas assuré. Nous ne pouvons pas abandonner à leur sort les 3,4 millions de personnes qui vivent dans ces zones, y compris 1, 7 millions d’enfants. Cette aide est vitale et c’est la seule dont elles disposent, a insisté Mme Fore qui a exhorté e Conseil à renouveler la résolution sur l’assistance transfrontalière.  

Deuxièmement, toutes les parties doivent immédiatement cesser leurs attaques contre les enfants, les hôpitaux, les écoles et les autres infrastructures civiles vitales, a poursuivi la Directrice exécutive. Troisièmement, Mme Fore a demandé un appui à l’appel de l’UNICEF pour la libération, le rapatriement et la réintégration de tous les enfants dans le nord-est.  « Un enfant reste un enfant, peu importe qui il est, où il se trouve ou qui sont ces parents. »  Il a le droit de retourner au sein de sa communauté et d’être protégé comme tous les enfants. 

Les enfants syriens dans les camps de Hol et de Roj doivent être réintégrés au sein des communautés locales, tandis que les enfants de pays tiers doivent être rapatriés.  Quatrièmement, elle a demandé un appui à l’appel de l’ONU pour la paix.  «  La Syrie se désintègre sous nos yeux. »  Après 10 ans, il est temps de déposer les armes, de revenir à la table des négociations et de parvenir à un règlement pour une paix durable, a conclu la Directrice exécutive.

Docteur AMANI BALLOUR, Fondatrice du Fonds Al Amal, qui est une pédiatre originaire de Damas, est venue témoigner de la situation sur le terrain en que médecin, mais aussi en tant que Syrienne.  « La Syrie est brisée », a-t-elle déploré en parlant d’un « pays en ruine », non seulement physiquement, mais aussi dans l’esprit et dans le cœur.  Pour avoir travaillé dans un hôpital souterrain de la Ghouta orientale pendant près de six ans, les deux derniers en tant que directrice, elle n’a pas hésité à dire que les conditions dans son hôpital dépassent ce qu’on peut imaginer de pire: une grave pénurie de fournitures médicales et de travailleurs de santé; un siège brutal qui a affamé même les médecins et les infirmières ; des bombardements quotidiens avec des armes illégales et même l’utilisation d’armes chimiques.  « Nous étions entourés de souffrance et de mort. »  

Le docteur Ballour a décrit « sa pire expérience », en 2013: alors qu’elle arrivait à l’hôpital au milieu de la nuit, elle a été choquée de voir un grand nombre de patients, dont beaucoup d’enfants, qui étouffaient et éprouvaient les symptômes d’une exposition à des agents chimiques, des dizaines de femmes et d’enfants étant morts sous ses yeux. Au total, plus de 1 500 personnes ont été tuées dans cette attaque odieuse, a-t-elle rappelé en soulignant que, selon les enquêtes indépendantes, le gaz sarin de qualité militaire avait été utilisé, un agent « possédé uniquement par les services militaires et de renseignement syriens ».  Et pourtant, s’est-elle indignée, même après ce crime horrible, les attaques contre les hôpitaux et le siège se sont poursuivis, ainsi que l’utilisation d’armes chimiques, sans que personne n’en soit tenu responsable.

Abordant la question de la santé pédiatrique, le docteur Ballour a dit avoir soigné des milliers d’enfants pendant ses six années dans la Ghouta orientale.   « Je les ai regardés mourir de faim, je les ai vus hurler au son des avions de combat et des roquettes », a-t-elle témoigné en dénonçant le manque de nourriture qui a conduit à la malnutrition et donc à des retards de croissance, à l’affaiblissement de leur système immunitaire et, dans certains cas, à la mort.  Un grand nombre d’enfants sont nés dans la Ghouta pendant le siège: ils ont grandi en ne connaissant que la destruction, l’effusion de sang et la mort. Cela a conduit à des dépressions, à des troubles de la personnalité, à des insomnies et à de la paranoïa.  Le docteur Ballour a fait part de la déception du personnel médical sur place, quand, en 2013, le Conseil de sécurité a tenu une réunion sur la Syrie.  Ils attendaient du Conseil qu’il mette fin au siège, qu’il apporte de la nourriture et des médicaments aux enfants.  «  À l’époque nous avons dit à nos enfants: “le Conseil de sécurité tient une réunion pour vous” et, pendant un bref instant, ils se sont sentis pleins d’espoir.  » La pédiatre s’est rappelée avoir « attendu et attendu, réunion après réunion, pendant six ans; des millions à l’intérieur de la Syrie attendent toujours ».   C’est pourquoi elle a dit être ici, aujourd’hui, en tant que survivante chanceuse qui se bat pour les besoins et les droits fondamentaux des femmes et des enfants innocents qu’elle a traités dans la Ghouta. 

Faisant état de 598 attaques contre 350 établissements médicaux différents, ayant entraîné la mort de 930 membres du personnel médical, sans que personne n’ait été tenu pour responsable, le docteur Ballour a exigé que le personnel médical soit soutenu et non pas pris pour cible.  Son propre hôpital a été la cible d’une frappe aérienne en 2015, peu de temps après que la Russie ait commencé à accroître son soutien à l’armée syrienne, a-t-elle expliqué.  « Cette attaque a tué trois membres du personnel médical, et pourtant, les criminels n’ont jamais été traduits en justice », s’est-elle indignée.  Pas plus tard que la semaine dernière, l’hôpital el-Atareb dans la campagne d’Alep, qui est géré par SAMS et soutenu par OCHA, a été directement visé par des frappes d’artillerie.  Cinq membres du personnel médical ont été blessés et sept civils tués. Cet hôpital avait pourtant partagé ses coordonnées avec l’ONU, a précisé le docteur Ballour qui a exigé une enquête immédiate.   Selon elle, ce n’est qu’à travers une responsabilité réelle que ces attaques prendront fin.

En dernier lieu, elle a mis l’accent sur l’importance de l’accès humanitaire. L’aide transfrontalière est vitale pour les quatre millions de civils du nord-ouest de la Syrie, a-t-elle expliqué ajoutant qu’il est également impératif de rapidement administrer des vaccins COVID dans toutes les régions de la Syrie, ce qui met à nouveau en exergue l’importance de l’aide transfrontalière.  S’adressant aux membres du Conseil, elle leur a demandé pourquoi les Syriens devraient croire que les choses seront différentes cette fois.  Elle leur a demandé de baser leurs décisions sur des faits et non sur des promesses vaines. Pour elle, renouveler l’assistance transfrontalière via Bab el-Haoua est impératives et ils devraient aussi envisager l’ouverture d’autres points de passage pour répondre aux besoins croissants.

En guise de conclusion, la pédiatre a posé une série de questions aux membres du Conseil de sécurité et à la communauté internationale tout entière : « La vie de ces femmes et enfants vaut-elle moins que la vôtre?  La vie d’un enfant syrien vaut-elle moins que celle d’un enfant vietnamien, chinois ou kenyan? Pourquoi ont-ils été abandonnés pendant si longtemps?  Trouvez-vous acceptable que les hôpitaux soient ciblés non pas une ou deux fois, mais près de 600 fois?  Si un hôpital était ciblé à Tunis, New Delhi ou Moscou, n’exigeriez-vous pas immédiatement une enquête et ne resteriez-vous pas saisis de la question jusqu’à ce que justice soit faite?  Trouvez-vous acceptable qu’au milieu d’une pandémie, avec des besoins humanitaires croissants quotidiennement, on puisse réduire l’accès humanitaire? »  

Pour finir, le docteur Ballour les a exhortés à mettre de côté leurs divergences et à recentrer leurs efforts pour parvenir à une solution politique qui inclue les libertés essentielles et les droits de l’homme; à agir de toute urgence pour faire face à l’aggravation de la crise humanitaire; et à tenir pour responsables ceux qui attaquent les installations médicales et utilisent des armes chimiques.

M. ANTHONY BLINKEN, Secrétaire d’État des États-Unis, a condamné avec la plus grande fermeté l’attaque perpétrée par le « régime syrien » contre l’hôpital el-Atareb qui a fait 7 victimes dont deux enfants, le 21 mars dernier.  Il noté qu’en 2014, le « régime » avait déjà bombardé cet hôpital qui soigne 3 600 personnes par mois.  Le même jour, des frappes aériennes russes ont été lancées près du seul poste-frontière autorisé par l’ONU, tuant un civil, détruisant des fournitures humanitaires et mettant en danger le moyen le plus efficace d’acheminer l’aide au peuple syrien.  Jugeant qu’il est clair que les besoins humanitaires, en termes de nourriture et en médicaments, ne seront pas satisfaits par le « régime d’Assad », le Secrétaire d’État américain s’est demandé ce que peut faire le Conseil de sécurité pour aider les millions de Syriens dont la vie est en jeu?

« À court terme, la réponse est simple » a dit M. Blinken.  Le moyen le plus efficace d’acheminer le plus d’aide possible à la plupart des habitants du nord-ouest et du nord-est de la Syrie est de traverser la frontière.  Le Secrétaire d’État a donc particulièrement regretté que le Conseil de sécurité ait laissé expirer les autorisations pour deux postes-frontières, à savoir Bab el-Salam dans le nord-ouest, qui facilitait l’aide à environ quatre millions de Syriens, et Yaroubiyé, dans le nord-est, à 1,3 million d’autres Syriens.  La réduction du nombre des postes-frontières signifie également qu’un plus grand nombre de convois et l’ONU sont contraints de traverser plusieurs lignes de front, de négocier l’accès avec divers groupes de l’opposition armés et de parcourir de plus longues distances. 

Faisant sienne la déclaration du Secrétaire général Guterres, M. Blinken a souligné qu’il est « essentiel » d’intensifier les livraisons d’aide croisées et transfrontières.  Il a réclamé la réouverture des deux postes-frontières et le maintien de celui qui fonctionne actuellement.  « Donnons-nous plus de voies, plutôt que moins de voies, pour fournir de la nourriture et des médicaments au peuple syrien.  Engageons-nous à utiliser la voie la plus sûre et la plus rapide pour atteindre les personnes qui souffrent de la faim et qui meurent, a insisté Blinken avant de demander que l’on cesse de faire pression sur les réfugiés syriens pour qu’ils rentrent, alors qu’ils ne peuvent le faire en toute sécurité et dans la dignité.

Un accès sans entrave aux Syriens est plus important que jamais, non seulement en raison de la crise humanitaire croissante, mais aussi en raison de la menace posée par la pandémie COVID-19, a plaidé M. Blinken, avant de prévenir que la Syrie offre aujourd’hui des « conditions idéales » pour la propagation du virus.  Le Secrétaire d’État a exhorté le Conseil de sécurité à autoriser de nouveau trois postes-frontières pour l’aide humanitaire au peuple syrien.  « Cessez de prendre part aux attaques contre ces voies ou de chercher des excuses et cessez de cibler les agents humanitaires et les civils syriens qu’ils tentent d’aider, a martelé M. Blinken. 

Mme INE ERIKSEN SØREIDE, Ministre des affaires étrangères de la Norvège, au nom des délégations porte-plumes sur le dossier humanitaire syrien, l’Irlande et la Norvège, a indiqué qu’il est difficile de saisir ce que signifie « une décennie de pertes et de souffrances ».  Ce Conseil a échoué à protéger les civils en Syrie, a-t-elle tranché.  « Dans le même temps, nous avons été les témoins de l’une des plus larges réponses humanitaires que le monde n’ait jamais vues. »  La communauté internationale marquera de nouveau sa solidarité avec le peuple syrien lors de la cinquième Conférence de Bruxelles demain, a espéré la Ministre, rappelant que 13 millions de Syriens ont besoin d’aide, y compris 5 millions d’enfants.  La Ministre a rappelé que les attaques directes contre les civils et les infrastructures civiles sont interdites par le droit international.  Estimant que le fragile cessez-le-feu observé dans certaines zones n’a pas apporté la paix, la Ministre a réclamé un cessez-le-feu durable, à l’échelle du pays.  Elle a aussi déclaré que la Syrie est confrontée désormais au spectre de la famine, en rappelant que l’affamement des civils en tant que tactique de guerre est prohibée. 

Elle a réitéré l’appel de ce Conseil aux parties afin qu’elles garantissent un accès humanitaire sans entrave et un cessez-le-feu pour que la campagne de vaccinations contre la COVID-19 puisse se dérouler.  Les travailleurs humanitaires ne doivent pas être pris pour cibles, a-t-elle aussi rappelé.  Au regard de la situation sur le terrain, la Ministre a jugé essentiel un renforcement de l’assistance humanitaire transfrontalière et au-travers des lignes de front, y compris aux fins de vaccination.  Répondre aux besoins humanitaires de quatre millions de civils dans le nord-ouest syrien exige la poursuite de l’aide onusienne fournie par le point de passage de Bab el-Haoua, qui demeure essentiel. « Nous appuyons pleinement les efforts de l’ONU afin de mettre en place une mission d’appui au travers des lignes de front dans le Nord-Ouest et appelons les parties à faciliter cette entreprise sans délai. »  Selon elle, les opérations d’aide au travers des lignes de front à Edleb peuvent compléter les opérations transfrontalières.  Néanmoins, compte tenu des besoins humanitaires considérables, elle a estimé que les opérations au travers des lignes de front ne peuvent remplacer les opérations transfrontalières à Bab el-Haoua.  « Il n’y a pas actuellement de moyen viable de remplacer les 4369 camions qui ont traversé la frontière ces huit derniers mois pour apporter une aide vitale. »  Enfin, elle a indiqué que son pays va s’engager demain à Bruxelles à fournir une aide supplémentaire de 190 millions dollars en appui à la Syrie et la région cette année.

Le Ministre des affaires étrangères et de la défense de l’Irlande, M. SIMON COVENEY, a souligné que l’impératif est de faire en sorte que l’aide humanitaire continue de parvenir à toutes les personnes dans le besoin en Syrie.  « Collectivement autour de cette table, nous avons le devoir d’agir », a martelé le Ministre, ajoutant que le Conseil doit veiller à ce que les acteurs humanitaires puissent mener à bien leur travail.  Pour pouvoir y arriver, les livraisons humanitaires transfrontalières et entre les lignes de front sont essentielles.  Le Ministre, qui a visité le poste-frontière de Bab el-Haoua plus tôt cette année, a dit avoir vu de ses propres yeux la «  bouée de sauvetage » qu’offre l’ONU à plus de trois millions de personnes dans le nord-ouest de la Syrie.  Il y a également rencontré le Chef de la Mission de surveillance des Nations Unies et s’est dit « impressionné » par les activités de contrôle au centre de transbordement pour confirmer la nature humanitaire des livraisons.  C’est un élément essentiel de l’opération globale des Nations Unies, a-t-il estimé.

Le Ministre s’est dit convaincu des efforts de l’ONU pour trouver une solution politique au conflit en Syrie.  Seule une solution politique durable peut y mettre fin et apporter espoir et stabilité.  En attendant, s’est désolé le Ministre, plusieurs millions de Syriens ont désespérément besoin d’une aide humanitaire.  Il a pressé le Conseil de sécurité de ne pas faillir à sa responsabilité collective envers le peuple syrien.

M. DOMIIC RAAB, Secrétaire d’État aux affaires étrangères, du Commonwealth et du développement, du Royaume-Uni, a relevé que, 10 ans après le début du violent conflit en Syrie et dans le contexte de la catastrophe humanitaire qui en est résulté, il faut plus que jamais une solution politique inclusive et durable, sous la houlette de l’ONU et dans la lignée de la résolution 2254 (2015).  Assurant de la détermination du Royaume-Uni pour soutenir les efforts menés par les Nations Unies en vue de résoudre la crise syrienne, le Ministre a appelé à augmenter le volume et la fréquence des livraisons d’aide qui passent par Damas pour atteindre le nord du pays, y compris dans les zones qui ne sont pas contrôlées par le « régime » syrien.  « Mais cela, seulement, ne suffira pas », a prévenu M. Raab, réfutant les arguments du « régime » et de la Fédération de Russie selon lesquels la fermeture de trois points de passage transfrontaliers n’est pas importante, et que tous les besoins humanitaires peuvent être comblés en passant par Damas.  Le Secrétaire d’État a souligné au contraire le caractère « vital » de l’accès transfrontalier pour acheminer chaque mois une aide indispensable à 2,4 millions de personnes dans le nord-ouest de la Syrie.

Le Conseil entend sans cesse, depuis juin 2020, que l’assistance qui transite par Damas ne suffit pas par rapport aux besoins humanitaires, notamment les besoins en termes de santé, a rappelé M. Raab.  Ce qui est aggravé, a-t-il ajouté, par des perturbations dans les livraisons à cause de blocages d’accès, d’obstacles bureaucratiques et, comme on l’a vu la semaine dernière, d’opérations militaires.  « Je vais être clair: cela est totalement inacceptable. »  Pour le Secrétaire d’État, le fondement du renouvellement du mandat transfrontalier en juillet est plus vital que jamais.  « Pour la survie du peuple syrien, la résolution 2533 du Conseil de sécurité doit être prolongée », a-t-il déclaré.  M. Raab a fait valoir la responsabilité commune de faire tout ce qui est possible pour aider le peuple syrien, lequel ne doit pas être oublié et ne doit pas être laissé seul pour régler cette crise.

M. OTHMAN JERANDI, Ministre des affaires étrangères, des migrations et des Tunisiens de l’étranger, s’est félicité du rehaussement du niveau de représentation pour cette réunion, reflétant l’importance du dossier humanitaire syrien.  « Après 10 ans de crise, la Syrie est à genoux », a-t-il déploré.  Il a appelé la communauté internationale à redoubler d’efforts pour faire face aux besoins considérables en Syrie.  Le Ministre a demandé un cessez-le-feu à l’échelle du pays, en dénonçant la récente escalade militaire dans le nord-ouest syrien et les destructions d’infrastructures civiles.  M. Jerandi a jugé nécessaire de garantir l’acheminement de l’aide transfrontalière et d’assurer la sécurité des travailleurs humanitaires en Syrie.  Il a salué l’engagement du Gouvernement syrien à protéger lesdits travailleurs.  Il n’y a pas d’autre moyen pour mettre un terme aux souffrances et marginaliser les groupes terroristes qu’une solution politique durable, a déclaré M. Jerandi.  En conclusion, le Ministre a estimé qu’une telle solution renforcera aussi la stabilité régionale.

Mme EVA-MARIA  LIIMETS, Ministre des affaires étrangères de l’Estonie a condamné les frappes de la semaine dernière menées par le « régime syrien » et la Fédération de Russie dans le nord-ouest de la Syrie, en particulier l’attaque contre un hôpital près d’Alep.  C’est une grave violation du droit international humanitaire, a-t-elle souligné.  Malgré les efforts pour apporter une aide à toutes les personnes dans le besoin, l’acheminement de l’aide humanitaire vers le nord de la Syrie a été considérablement perturbé, a dénoncé la Ministre, expliquant que les vetos de la Fédération de Russie et de la Chine, l’année dernière, à l’extension de l’aide transfrontalière ont abouti à une réduction significative dans de nombreuses régions. 

La Ministre a également reproché au « régime syrien » de ne pas faciliter l’aide transfrontalière puisqu’il n’y a toujours pas d’accord fiable entre les organisations humanitaires et les autorités nationales concernant le nord du pays.  Elle s’est jointe aux autres membres du Conseil de sécurité pour demander le renouvellement de l’aide transfrontalière en juillet et a soutenu les porte-plumes, la Norvège et l’Irlande.  Cette assistance vitale doit se poursuivre, en particulier pendant la pandémie, a fait valoir la Ministre. 

Elle a tenu à rappeler que les mesures restrictives de l’Union européenne n’entravent en aucune manière la fourniture de l’aide humanitaire en Syrie, en particulier la nourriture et les articles médicaux.  Ces sanctions ne visent que ceux qui ont commis des crimes contre le peuple syrien, a-t-elle expliqué ajoutant qu’elles resteront en place jusqu’à ce qu’une véritable transition politique soit fermement engagée en Syrie, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité.  La Ministre a également rappelé que l’Union européenne est le plus grand donateur d’aide humanitaire à la Syrie et à la région.  L’Estonie, a-t-elle précisé, a contribué financièrement à l’aide humanitaire depuis le début de la crise, et demain, à la Cinquième Conférence de Bruxelles, elle promettra des fonds supplémentaires pour alléger les souffrances du peuple syrien, a annoncé la Ministre.

M. SERGEY VERSHININ, Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a dit partager les évaluations alarmantes des représentants de l’ONU et d’autres organisations internationales sur les situations humanitaire et socio-économique en Syrie. L’on a constaté une détérioration significative des conditions de vie de la population syrienne au cours de l’année dernière, alors qu’il était possible d’obtenir une réduction significative de la violence. La situation la plus difficile, a précisé, M. Vershinin, se développe dans les zones qui ne sont pas contrôlées par Damas, dans le nord-ouest, le nord et le nord-est de la Syrie. 

De l’avis du numéro deux de la diplomatie russe, les terroristes de Daech et du groupe HTS qui opèrent dans le pays et contrôlent Edleb, restent un « défi de taille ». Conformément aux décisions de la communauté internationale, la lutte contre ces organisations doit se poursuivre, a-t-il plaidé, assurant que les opérations des forces gouvernementales syriennes, avec l’appui de l'armée russe, sont « calibrées » et tiennent compte de la sécurité des civils. De fait, a-t-il martelé, les tentatives visant à «  blanchir » ces militants et à les présenter comme une opposition armée, aidée par des Casques blancs « pseudo-humanitaires », sont « inacceptables » et méritent d’être condamnées.

Alors que les organisations internationales appellent à accroître l'aide humanitaire d’urgence et à travailler à la mise en œuvre de projets de relèvement rapide, des membres « responsables » de la communauté internationale, principalement les États-Unis et l’Europe, nous disent que les Syriens « ne recevront rien pour la reconstruction tant que le pays n’aura pas mené de réformes politiques ».  La réaction de Washington et de Bruxelles à l’appel du Secrétaire général en faveur d’une levée des sanctions unilatérales au milieu de la pandémie a été un resserrement sans précédent des restrictions illégales adoptées, en contournant le Conseil de sécurité de l’ONU, a dénoncé le Vice-Ministre. 

Des informations, a-t-il affirmé, continuent d’arriver selon lesquelles des convois américains exportent quotidiennement du pétrole et des céréales de la Syrie vers l’Iraq. Environ 300 camions de carburant et plus de 200 camions de céréales auraient ainsi franchi la frontière syro-iraquienne depuis le début du mois.  Alors que les Syriens souffrent d’une grave pénurie de produits de base, les ressources naturelles du pays sont « passées en contrebande » par les États-Unis qui, parallèlement, étrangle la Syrie économiquement avec des sanctions en forme de « châtiment collectif », a-t-il accusé.

Dans le même temps, a poursuivi le Vice-Ministre, trois mois et demi avant l’expiration de la résolution 2533 (2020) du Conseil sur un mécanisme d’aide humanitaire transfrontalier, des discussions ont commencé sur le manque d’alternatives à un tel système.  Or, la question du trafic transfrontalier illégal n’est pas soulevée, alors qu’une « résolution spéciale » est nécessaire pour l’acheminement de l’aide humanitaire, a-t-il ajouté, tout en constatant que le Conseil accorde beaucoup moins d’attention aux problèmes humanitaires aigus de pays comme le Yémen, la Libye et le Venezuela. 

À ce jour, a soutenu M. Vershinin, un passage frontalier fonctionne, dans le cadre du mécanisme transfrontalier, à Bab el Haoua pour la zone de désescalade d'Edleb. Depuis l’adoption de la résolution 2533 en juillet 2020, la capacité du poste-frontière est passée à un « niveau record » et un millier de camions le traversent chaque mois. 

Par ailleurs, a-t-il ajouté, il n’est toujours pas possible d’envoyer un convoi conjoint ONU/CICR dans la zone de désescalade, via les lignes de contact, comme cela avait été convenu avec Damas en avril 2020.  Le Vice-Ministre a imputé cette situation au fait que cette zone est contrôlée par des terroristes « reconnus comme tels par le Conseil de sécurité », lesquels empêchent la libre circulation de la population civile par des couloirs humanitaires spécialement ouverts avec l’aide de l’armée russe.  Selon M. Vershinin, les militants utilisent des civils syriens comme « otages » afin d’obtenir un soutien humanitaire à travers un « mécanisme opaque », sur lequel l'ONU n'est pas en mesure d’assurer un contrôle adéquat. 

Pour le Vice-Ministre, une situation similaire s’est développée avec les résidents du camp de Roukban, dans la zone occupée par les États-Unis dans le sud de la Syrie.  Selon «  l’étrange logique de Washington », l’aide devrait y être acheminée depuis Damas, et non de l'autre côté de la frontière avec l’Irak, le long de la route la plus directe et la plus rapide utilisée pour approvisionner la garnison américaine, s’est-il étonné.  Il a dénoncé à son tour une «  politisation évidente” des questions purement humanitaires » qui  se traduit par un « désir obsessionnel » de préserver un mécanisme transfrontalier  violant le droit international humanitaire et les directives contenues dans la résolution 46/182 de l’Assemblée générale.  Le seul but est de saper la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie à cause des « désaccords politiques » avec les dirigeants syriens, a accusé le Vice-Ministre.

La Chine a souligné les souffrances indescriptibles en Syrie après 10 ans de conflit, jugeant qu’une solution politique est la seule voie à suivre pour y mettre fin.  Les sanctions et les ingérences étrangères ne peuvent qu’aggraver la catastrophe en cours, selon la Chine qui a invité la communauté internationale à garder le cap d’une solution politique en Syrie et à appuyer le pays dans son modèle de développement, sans ingérence.  Les garants du processus d’Astana peuvent faciliter ces processus, a déclaré la mission, en se disant favorable à une réintégration de la Syrie au sein de la Ligue des États arabes.  La Chine a indiqué avoir envoyé 115 000 doses de vaccins en Syrie.  Elle a appelé la communauté internationale à œuvrer à la réouverture des voies de Damas vers le nord-ouest syrien afin que le pays soit moins dépendant de l’aide transfrontalière. 

La Chine a appuyé les efforts du Gouvernement syrien et estimé que les sanctions sont le principal obstacle au relèvement du pays.  « La levée de ces sanctions serait une mesure de justice. »  La Chine a demandé à l’OCHA de faire le bilan humanitaire et économique de ces sanctions et d’en faire rapport au Conseil. Invitant la communauté internationale à tendre la main à la Syrie, la mission a déclaré que l’aide apportée doit respecter les principes régissant l’assistance humanitaire et ne pas être liée au processus politique.  La Chine s’est opposée à tout ce qui divise la Syrie et a exhorté la communauté internationale à rester vigilante face au terrorisme.  La politisation de ce dossier ne profite à personne, a conclu la Chine, en apportant son soutien au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de la Syrie.

Le Kenya a relevé que la Syrie fait face à la plus grande crise économique, avec une dépréciation de la valeur de la livre syrienne de 99%.  Relevant aussi qu’environ 60% de la population est en situation d’insécurité alimentaire et que le coût du panier alimentaire moyen a augmenté de 236% au cours de 2020, la délégation s’est inquiétée en particulier que toute une génération de Syriens ait été privée d’enfance, n’ayant connu que conflits et violence.  Le Conseil a l’obligation morale de s’engager et d’agir de manière décisive pour soulager les souffrances inutiles et prolongées, a-t-elle estimé.  Il est fondamental que l’acheminement d’une aide humanitaire fondée sur des principes ne soit pas entravé afin d’atteindre le plus grand nombre de personnes dans le besoin, a plaidé le Kenya, demandant que l’assistance transfrontalière et au-delà des lignes de front soit rationalisée, renforcée et opérationnalisée, conformément aux engagements applicables et au droit international humanitaire.  Le Kenya a également exigé que civils et travailleurs humanitaires soient protégés, au lieu d’être ciblés par des terroristes et des groupes armés, ainsi que les infrastructures civiles.

La délégation a également jugé important que l’on commence à mettre l’accent sur une réponse de développement, qui doit inclure la reconstruction d’infrastructures essentielles telles que les écoles et les hôpitaux et la mise en place de mesures de cohésion sociale.   En dernier lieu, le Kenya a demandé à la communauté internationale de redoubler d’efforts pour fournir l’appui humanitaire indispensable, saluant au passage l’Union européenne pour avoir organisé sa cinquième Conférence internationale des donateurs pour la Syrie à Bruxelles, qui commence aujourd'hui.  Il a aussi émis le souhait que les intérêts étrangers divergents ne paralysent plus les espoirs du peuple syrien d’un avenir radieux et sans conflit, appelant les puissances étrangères, y compris les membres de ce Conseil, à mettre de côté leurs divergences et à travailler ensemble pour faciliter le consensus tant souhaité pour parvenir à une solution politique dans le cadre d’un processus inclusif dirigé et contrôlé par les Syriens.

Saint-Vincent-et-les Grenadines s’est dite alarmée par les attaques aveugles contre les civils et les acteurs humanitaires qui constituent de graves violations du droit international, des droits de l’homme et du droit international humanitaire.  Elle a noté que 10 ans de guerre ont décimé les infrastructures essentielles de la Syrie, entravé l’accès à la santé, privé des centaines de milliers d’enfants de leur droit à l’éducation et déplacé des millions d’enfants.  Face à ce constat, la délégation a appelé la communauté internationale à contribuer aux efforts de reconstruction du pays. 

Par ailleurs, Saint-Vincent-et-les Grenadines a exhorté toutes les parties à donner la priorité aux besoins sanitaires urgents dans les camps de déplacés.  Elle a souligné l’importance d’une solution durable aux fréquentes perturbations de l’approvisionnement en eau dans le nord-est.  Un approvisionnement sûr et fiable en eau et en assainissement est essentiel pour préserver la santé de la population, en particulier dans le contexte de la pandémie de COVID-19, a insisté Saint-Vincent-et-les Grenadines.  La délégation a estimé que la situation humanitaire de la Syrie ne fera que s’aggraver, tant qu’un processus politique dirigé et contrôlé par les Syriens ne sera pas engagé, conformément à la résolution 2254. 

Saint-Vincent-et-les Grenadines a appelé à la fin de la politisation de la grave situation humanitaire.  Cela nécessite, a-t-il estimé, la levée de toutes les mesures coercitives unilatérales, qui ont aggravé la crise socioéconomique et qui sont incompatibles avec le droit international.  Ces mesures coercitives entravent la circulation de l’aide humanitaire malgré les exemptions.  Saint-Vincent-et-les Grenadines a aussi demandé une approche ciblée et collaborative de la lutte contre le terrorisme et le retrait de toutes les forces étrangères non autorisées, qui sont là en violation de la souveraineté et de l’intégrité territoriales de la Syrie.

Le Viet Nam s’est inquiété de la situation humanitaire « extrêmement désespérée » en Syrie, qui est aggravée par les difficultés économiques et la pandémie de COVID-19.  Pour faire face à la situation actuelle, le Viet Nam a jugé important de maintenir un accès humanitaire sûr, sans entrave et durable.  Il a exhorté les parties et l’ONU à renforcer leur coordination pour assurer la livraison rapide des secours humanitaires.  Les parties doivent  faciliter la livraison de l’aide, en accordant rapidement les autorisations, en particulier à la lumière de la pénurie de fournitures médicales dans le nord-est, a pressé le Viet Nam avant d’appeler à un accord rapide et à une coopération accrue avec l’ONU dans le but d’établir un accès transfrontalier dans le nord-ouest.  

Le Viet Nam a salué les contributions considérables des agences des Nations Unies, des partenaires internationaux et des donateurs, ainsi que de tous les agents humanitaires sur le terrain.  Il a estimé que l’aide humanitaire ne suffira jamais et qu’il faut une « porte de sortie », à savoir une solution à long terme et durable à cette crise prolongée.  Le seul moyen d’y parvenir est de trouver une solution politique, et le seul moyen de parvenir à cette solution tant attendue exige l’unité de la communauté internationale et le respect du droit international, a conclu le Viet Nam.

Le Mexique a déclaré que 10 ans après le début du conflit, la constante est la souffrance da la population civile à tel point que selon les organisations humanitaires il est impossible d’avoir des statistiques sur le nombre réel des victimes.  Le confit a montré l’incapacité de l’ONU à maintenir la paix, a ajouté la délégation qui a condamné les dernières attaques dans le nord-ouest de la Syrie, en particulier contre les hôpitaux.  Les hôpitaux, a martelé le Mexique, doivent être protégés à tout moment et les attaques contre eux peuvent être considérées comme des crimes de guerre qui ne sauraient rester impunies.  La violence doit cesser et il faut laisser place à la diplomatie.  

Le Conseil de sécurité, a estimé le Mexique, doit examiner dans leur ensemble les conséquences humanitaires du conflit, notamment la santé mentale et physique des jeunes.  Il a rappelé que 73% des jeunes syriens vivent dans la dépression et que 54% d’entre eux souffrent d’anxiété.  Ces jeunes ont besoin d’un accès au soutien psychosocial et sans une action du Conseil, leur génération sera une génération perdue, avec une vie hantée par les fantômes de la guerre.  Ce « cauchemar » guette, en particulier les déplacés, a prévenu le Mexique.  Insistant sur l’accès à la santé mentale et aux services psychosociaux, il a voulu que l’on place l’intérêt des jeunes syriens au-delà des considérations politiques.  Il a, à son tour, réclamé un accès humanitaire sûr, en particulier dans le nord-ouest de la Syrie.  Il faut, a-t-il pressé, agir sans tarder pour que les millions d’enfants syriens de moins de 10 ans sachent ce que vivre en paix signifie.  « Combien de temps allons-nous encore les faire attendre ?  »

Le Niger a réitéré son soutien indéfectible aux mécanismes transfrontaliers et translignes de front, qui restent une bouée de sauvetage pour des millions de Syriens.  L’heure n’est plus aux tergiversations ou au retranchement dans des positions géostratégiques, mais à un accord sur l’essentiel et l’impératif besoin de sauver des vies humaines innocentes, dont toute une génération d’enfants qui n’ont connu que la privation pendant une décennie.  Le Niger a aussi exhorté toutes les parties au conflit à trouver une solution durable concernant la station d’eau d’Alouk et à garantir l’accès à l’eau potable à des centaines de milliers de personnes, y compris des milliers de déplacés dans les camps. 

Face à la poursuite des hostilités dans les régions du nord de la Syrie, le Niger a demandé instamment à toutes les parties de respecter les dispositions du cessez-le-feu et les accords précédents, y compris leur obligation, en vertu du droit international humanitaire et des droits de l’homme, de protéger les personnes et les  infrastructures civiles. 

Par ailleurs, le Niger a dénoncé la présence des forces armées étrangères, l’ingérence extérieure et le soutien apporté aux groupes armés.  Il a souligné que les appels au cessez-le-feu et la nécessité d’un effort commun et collectif contre la pandémie de COVID-19 ne sauraient nous détourner de la lutte contre le terrorisme.  Le Niger a exhorté la communauté internationale à poursuivre son assistance au peuple syrien et a appelé à la levée ou au moins à l’assouplissement des sanctions.  Vu l’impact « dramatique » que les problèmes économiques ont sur le vécu quotidien des Syriens, le Niger a jugé utile que le prochain rapport du Secrétaire général sur la situation humanitaire en Syrie comporte une évaluation de l’impact direct et indirect des sanctions unilatérales.

Compte tenu de l’ampleur, de la gravité et de la complexité des besoins humanitaires en Syrie, l’Inde a appelé ceux qui préconisent de lier l’aide humanitaire au volet politique à revoir leur position.  La politisation du volet humanitaire n’aide personne et surtout pas les millions de Syriens qui souffrent, a insisté l’Inde avant d’appeler à un engagement qui soit compatible avec l’indépendance, l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Syrie et qui réponde à l’urgence des questions humanitaires.  L’Inde a aussi demandé des mesures concrètes pour surmonter les obstacles aux opérations transfrontalières, dont les retards dans l’octroi des autorisations nécessaires.

S’inquiétant de la recrudescence des hostilités dans le nord-ouest le 21 mars dernier, l’Inde a fermement condamné l’attaque contre l’hôpital chirurgical d’el-Atareb, qui a entraîné la mort de civils innocents.  L’Inde a souligné la nécessité de protéger les professionnels de la santé et les agents humanitaires et a voulu que l’on fasse tout pour empêcher les terroristes de profiter de la situation  L’Inde s’est félicitée de la cinquième Conférence des donateurs de Bruxelles et précisé qu’elle a, elle-même, accordé une assistance médicale et alimentaire à la Syrie, en plus des projets de coopération au développement, dont 265 millions de dollars de prêts, et d’importantes initiatives de renforcement des capacités humaines, dans le cadre de son programme de coopération technique.  L’Inde a précisé que son programme lié au  célèbre « pied de Jaipur », qui a été lancé à Damas, a bénéficié à plus de 500 Syriens mutilés.

La France a jugé urgent, 10 ans après le début de cette tragédie, de mettre en place une cessation immédiate des hostilités sous supervision des Nations Unies à l’échelle nationale, ainsi qu’une pause humanitaire, conformément aux résolutions 2532 (2020) et 2254 (2015), et à l’appel du Secrétaire général.  Après s’être préoccupée des frappes près du point de passage de Bab el-Haoua, la France a également condamné avec la plus grande fermeté l’attaque contre l’hôpital el-Atareb dans le Nord-Ouest de la Syrie.  « S’attaquer à un hôpital, c’est une violation flagrante du droit international humanitaire et un crime de guerre », a dit la France avant de préciser que les coordonnées de cet hôpital avaient été transmises à l’ensemble des parties dans le cadre du mécanisme de déconfliction. 

La France a estimé que les blocages systématiques de l’aide humanitaire par le « régime » montrent qu’il n’y a pas d’alternative au mécanisme humanitaire transfrontalier.  « Damas ne fournit pas à l’ONU les autorisations suffisantes et dans les temps nécessaires pour répondre aux besoins de la population dans les zones sous son contrôle -et encore moins dans celles qui lui échappent », a estimé la France avant de dénoncer un « inacceptable » chantage à l’aide pour punir les populations.  Jugeant insuffisante l’ouverture annoncée de points de passages à l’intérieur du pays, la France s’est dit déterminée à ce que le mécanisme humanitaire transfrontalier soit renouvelé partout où il sauve des vies, conformément à l’appel du Secrétaire général en faveur de plus d’aide « cross-line » et transfrontalière. 

En outre, la France a dit l’importance de la conférence des donateurs qui se tient en ce moment en précisant que plus de 24 milliards d’euros ont été mobilisés par l’Union européenne et ses États membres en réponse à cette crise depuis 2011.  « Sans solution politique globale, authentique et inclusive, qui protège les droits et aspirations des Syriens, la position de la France et de l’UE sur la normalisation, la reconstruction et les sanctions sera inchangée », a-t-elle prévenu.  Enfin, la France a dénoncé l’instrumentalisation de la question des sanctions dans le contexte de la pandémie pour masquer la responsabilité du « régime ».  La délégation a tenu à rappeler que les sanctions européennes sont ciblées et visent des individus et entités qui participent à la répression et profitent des retombées du conflit.

La Syrie a regretté que certains États Membres continuent d’utiliser le Conseil pour politiser le travail humanitaire dans son territoire.  Les déclarations de ces pays, a-t-elle fait observer, ne se concentrent que sur ce qui sert leurs objectifs, y compris leurs « efforts fébriles » pour renforcer le mécanisme d’assistance transfrontière.  Dans le même temps, a souligné la délégation, ces pays ignorent délibérément les effets désastreux des mesures coercitives unilatérales qu’ils ont imposées au peuple syrien.  N’aurait-il pas été plus productif pour les États-Unis d’annoncer la fin de leur occupation des territoires syriens, de mettre un terme à leur soutien aux milices séparatistes et d’arrêter le pillage des richesses? s’est-elle interrogée.  Il aurait été plus productif, a-t-elle ajouté, de demander au « régime turc » de retirer ses forces du territoire syrien et de cesser de soutenir les organisations terroristes. 

Constatant que les positions exprimées par « certains pays », à commencer par les États-Unis, ne contribuent en aucun cas à améliorer la situation humanitaire, la délégation a réaffirmé que le centre du travail humanitaire dans le pays est Damas, et non les pays voisins ou au-delà, conformément aux principes de souveraineté et d’intégrité territoriales, consacrés par toutes les résolutions pertinentes des Nations Unies.  Cela signifie, selon elle, qu’il est nécessaire de s’engager dans une coopération constructive avec le Gouvernement syrien pour renforcer le travail humanitaire. 

S’agissant du mécanisme d’assistance transfrontalière, la Syrie a fait part une nouvelle fois de ses graves préoccupations à son égard, notamment en ce qui concerne la violation de sa souveraineté et de son intégrité territoriales et des paramètres du travail humanitaire établis par la résolution 46/182 de l’Assemblée générale.  Elle a indiqué que son gouvernement a pris l’initiative de renforcer le mécanisme d’assistance transversale pour améliorer la situation humanitaire, étant donné que les conditions qui prévalaient au moment de l’adoption de la résolution 2165 (2014) n'existent plus.

Pour la Syrie, plusieurs «  graves lacunes » ont accompagné la mise en œuvre du mécanisme d’assistance transfrontalière.  Elle a ainsi regretté que le « soi-disant mécanisme de suivi  » se soit révélé incapable de garantir des normes de vérification et d’exactitude qui garantissent sa crédibilité.  Le mécanisme de distribution, a estimé la Syrie, représente l’aspect le plus dangereux de ce processus en raison du manque de transparence et d’identification des tiers ou partenaires auxquels le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) fait référence dans ses rapports. 

Á cela s’ajoutent des organisations terroristes qui monopolisent la plus grande partie de l’aide humanitaire que l’ONU dépose aux frontières et l’utilisent pour financer leurs activités.  En outre, a poursuivi la Syrie, ce mécanisme a permis au régime turc de parrainer librement des organisations terroristes et de faire progresser l’objectif de modifier la démographie et d’imposer des mesures de « turquification » de divers aspects de la vie dans cette région. 

La Syrie a souligné l’importance des points de passage humanitaires, ouverts en coopération avec ses « amis russes », y compris le récent point de passager de Saraqeb.  Condamnant les groupes terroristes qui retiennent les habitants d’Edleb comme des « boucliers humains », elle a dénoncé le «  mépris intentionnel » de certains pays à l’égard de ces pratiques, ce qui revient à soutenir ces organisations.  Pour la délégation, le monde a compris que ceux qui accusent le Gouvernement syrien d’être responsable de la tragédie syrienne visent à tromper l’opinion publique.  Cette « désinformation » ne peut convaincre personne.  Ces pays, a accusé la Syrie, refusent de rapatrier les combattants terroristes étrangers afin qu’ils soient poursuivis pour leurs crimes. 

Ils veulent également faire croire que leurs mesures coercitives unilatérales et « illégitimes » ne constituent pas un « terrorisme économique » et une « punition collective », tout comme ils entendent présenter la Conférence de Bruxelles comme un « forum pour aider les Syriens », alors qu'il ne s’agit que d’une « plateforme destinée à cibler le Gouvernement syrien et ternir son image ». Aucun progrès ne sera possible avec de telles « provocations », a conclu la Syrie, appelant à un « dialogue ouvert et constructif » fondé sur le respect mutuel entre États Membres. 

La Turquie a dénoncé 10 années de guerre odieuse livrée « par Assad » contre sa propre population.  « Les chiffres parlent d’eux-mêmes et font froid dans le dos. »  La Turquie est le seul pays de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à combattre Daech en première ligne, a fait remarquer la mission.  La Turquie a également dénoncé le PKK et ses visées séparatistes.  Elle a plaidé pour que les auteurs d’atrocités de masse soient dénoncés avec force et rendent des comptes. 

Constatant que la situation humanitaire s’aggrave en Syrie, avec 13,4 millions de personnes dépendantes de l’aide humanitaire, la Turquie a demandé le renouvellement du mécanisme d’aide transfrontalière, en rappelant que l’aide au travers des lignes de front dépend de l’appui du régime.  Les initiatives unilatérales ne jouissent pas de l’assentiment de la population locale et ne servent qu’à consolider la « dictature d’Assad », a estimé la délégation.  Voyant dans l’acheminement de l’aide via le point de passage de Bab el-Haoua un mécanisme efficace, la Turquie a dénoncé les mensonges proférés à ce sujet.  L’heure est venue pour ce Conseil de montrer qu’il a à cœur les intérêts de la population syrienne en renouvelant le mécanisme d’aide transfrontalière, a-t-elle plaidé.  Les principes humanitaires et des millions de vies sont en jeu, a déclaré la mission, en voyant dans cette question « la lutte du bien et du mal »  Enfin, la Turquie a déclaré que la délégation syrienne n’est pas son homologue et qu’à ce titre, elle n’avait pas l’intention de répondre à « ses accusations délirantes ».

Tout en reconnaissant que l’ampleur de la crise en Syrie exige une aide humanitaire plus importante, la République islamique d’Iran a tenu à souligner que, quelle que soit son importance, l’assistance humanitaire ne peut en aucun cas se substituer aux mesures fondamentales qui doivent être prises pour assurer une paix, une sécurité et une stabilité durables dans le pays.  Il faut pour cela d’abord garantir la pleine souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie, en « déracinant tous les terroristes », en retirant les forces étrangères non invitées, en mettant fin à l’occupation et en sécurisant les frontières, a estimé la délégation.  Des mesures sont également nécessaires pour reconstruire les infrastructures essentielles du pays, améliorer encore les conditions propices au retour de tous les réfugiés et des personnes déplacées, et stimuler davantage de progrès dans le processus politique.  Il n’y a pas de solution militaire à ce conflit, a martelé la délégation. 

Toutefois, a-t-elle poursuivi, une solution politique ne peut être trouvée du jour au lendemain.  Les progrès dans ce domaine ne doivent pas être considérés comme une condition préalable pour aider la Syrie à faire des progrès dans d’autres domaines.  La République islamique d’Iran a dénoncé la politisation de l’aide humanitaire et du retour des réfugiés et des personnes déplacées et a qualifié de « contre-productives » les sanctions unilatérales dont les effets destructeurs sur l’économie sont « évidents ».  La délégation a estimé qu’il est aujourd’hui clair que certains pays ont cherché à atteindre, par les sanctions, les objectifs qu’ils n’ont pas réussi à atteindre par des moyens militaires ou par des leviers politiques.  En imposant des sanctions, ces pays punissent l’ensemble de la nation syrienne, a tranché la République islamique d’Iran. 

Utiliser la nourriture et les médicaments comme armes et mettre en danger la sécurité alimentaire d’une nation est tout simplement « injuste et inacceptable », s’est-elle indignée, en affirmant que les « soi-disant exemptions humanitaires » ne sauraient être la panacée, parce que dans la pratique, elles ne fonctionnent pas.  En conclusion, la République islamique d’Iran a exigé qu’il soit mis fin à la punition collective de nations, voyant dans les sanctions unilatérales des violations flagrantes des buts et principes de l’ONU.  Nous restons attachés, a-t-elle dit, au règlement politique de la crise syrienne et nous continuerons de soutenir un processus véritablement syrien, à savoir dirigé par les Syriens eux-mêmes et facilité par l’ONU.  Nous continuerons d’aider le peuple et le Gouvernement syriens à restaurer l’unité et l’intégrité territoriales de leur pays.

Le Secrétaire d’État du Royaume-Uni a repris la parole pour répondre à la Fédération de Russie, laquelle a accusé les Casques blancs d’être une organisation « pseudo-humanitaire » méritant d’être condamnée.  Toute suggestion établissant un lien entre les Casques blancs et des groupes terroristes en Syrie est sans fondement, a souligné le ministre britannique, avant de dénoncer des « efforts de désinformation  » visant à nuire à la réputation des Casques blancs.  Il ajouté que son pays est fier d’apporter son appui à cette organisation qui, selon plusieurs estimation, a permis de sauver plus de 115 000 vies en Syrie. 

Le représentant de la Fédération de Russie a repris la parole pour s’en prendre à nouveau aux Casques blancs, que défendent ses « collègues occidentaux », notamment le Royaume-Uni.  Malgré les témoignages selon lesquels les Casques blancs travaillent avec des organisations terroristes et en dépit des accusations répétées de Damas, ces pratiques se poursuivent, a-t-il dit.  La Fédération de Russie a beau avoir convoqué des conférences de presse et fourni des documents, « vous préférez ne pas prendre en compte cette vérité qui ne vous convient pas », a-t-il lancé, dénonçant « des personnes qui se font passer pour des humanitaires ».  Le représentant a d’autre part constaté que nombre de personnes étrangères arrêtées à la suite de la libération de parties du territoire syrien n’ont pas été reprises par les pays occidentaux dont elles proviennent, et ce, parce que leurs liens avec des terroristes sont « trop évidents ».  Affirmant comprendre les tentatives du Royaume-Uni de se justifier devant ses contribuables, étant donné « le nombre important de parrains des Casques blancs au sein des services secrets britanniques  », il a estimé que toutes ces questions ne peuvent être réglées en une séance du Conseil de sécurité.                                

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