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FEM/2206
17 mars 2021

La Commission de la condition de la femme examine le problème de la violence sexiste dans la sphère publique

Au troisième jour des travaux de sa soixante-cinquième session, la Commission de la condition de la femme a examiné, aujourd’hui, dans le cadre d’un dialogue interactif, l’épineuse question de la violence sexiste dans la sphère publique et de son impact sur le respect des droits, la démocratie et les processus électoraux.  L’importance que revêt la création d’alliances a également été soulignée.

Cadrant le débat, la Directrice exécutive adjointe chargée de l’appui normatif, de la coordination du système des Nations Unies et des résultats des programmes d’ONU-Femmes, Mme Åsa Regnér, a témoigné des obstacles qu’elle a elle-même dû affronter pendant sa carrière, notamment lorsqu’elle était Ministre des enfants, des personnes âgées et de l’égalité entre les sexes de la Suède.  Concrètement, il s’agit souvent de menaces, voire de violences, notamment d’ordre sexuel, de harcèlement ou d’intimidation, a-t-elle expliqué, précisant que quelqu’un se trouve actuellement en prison pour s’en être pris à elle.  Dans son cas, la loi l’a protégée, « mais cela doit être généralisé ».

Même si les pays sont de plus en plus nombreux à se doter de cadres législatifs et de mécanismes pour combattre la violence à l’encontre des femmes dans la sphère publique, nombre d’intervenants ont constaté que leur application fait souvent défaut et l’impunité reste de mise. 

Les délégations ont donc été nombreuses à souligner que les progrès sur le plan législatif doivent s’accompagner d’une volonté politique sincère mais surtout d’une transformation culturelle pour faire disparaître les stéréotypes qui dominent encore les structures patriarcales du pouvoir et de la société en général.  Il faut arrêter de juste parler des femmes, « des victimes », pour braquer les projecteurs sur les hommes et les normes sociales qui sous-tendent cette réalité et qui sont la véritable source du problème, a notamment souligné l’Alliance des femmes du Royaume-Uni.

Les risques que font peser cette violence, non seulement sur le droit des femmes, mais également sur la démocratie et les processus électoraux ont été évoqués à plusieurs reprises, notamment par le Danemark qui a attiré l’attention sur une étude qui indique qu’alors qu’un nombre égal d’hommes et de femmes entre en politique, à partir d’un certain âge, les femmes quittent la vie politique à cause des abus et de la violence sexiste qu’elles y subissent. 

Or, pour que la question de la violence sexiste dans toutes les sphères de la société soit réellement traitée, il faut que les femmes accèdent aux enceintes de prise de décisions et du pouvoir pour faire entendre la voix de « l’autre moitié de la population », a souligné cette délégation. 

La violence sexiste en politique sort tout droit du manuel des dictateurs afin de limiter la participation des femmes, les réduire au silence et s’accrocher au pouvoir, a affirmé la Directrice du genre, des femmes et de la démocratie du National Democratic Institute, Mme Sandra Pepera, qui a alerté que de plus en plus de femmes publiques sont exposées à des campagnes de désinformation en ligne qui seraient parfois menées par des employés étatiques.

La Commission a enchaîné ses travaux dans l’après-midi avec un dialogue consacré à la création d’alliances aux fins de la participation pleine et effective des femmes à la vie publique.

« Construire des alliances plus solides entre tous les acteurs, y compris les gouvernements, les jeunes, le secteur privé, la société civile et les universités, pour soutenir la participation pleine, significative et effective de toutes les femmes et filles doit être une priorité commune plus forte pour nous tous », a souligné à cette occasion l’Union européenne.

Plusieurs intervenants ont aussi insisté sur la nécessité d’y inclure les jeunes, les personnes vulnérables et la communauté LGBTQ.  Un panéliste a également encouragé les hommes à partager le fardeau des tâches ménagères pour permettre aux femmes de parvenir à un véritable leadership.

La Commission de la condition de la femme poursuivra ses travaux demain, jeudi 18 mars, à partir de 9 heures.

Suite donnée à la quatrième Conférence mondiale sur les femmes et à la vingt-troisième session extraordinaire de l’Assemblée générale intitulée « Les femmes en l’an 2000: égalité entre les sexes, développement et paix pour le XXIe siècle »

Réalisation des objectifs stratégiques, mesures à prendre dans les domaines critiques et autres mesures et initiatives (E/CN.6/2021/3, E/CN.6/2021/4, E/CN.6/2021/5)

Thème prioritaire: participation pleine et effective des femmes à la prise de décisions dans la sphère publique et élimination de la violence, en vue d’atteindre l’égalité des sexes et l’autonomisation de toutes les femmes et de toutes les filles

Dialogue interactif sur le thème « L’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles dans la sphère publique »

Mme ÅSA REGNÉR, Sous-Secrétaire générale et Directrice exécutive adjointe chargée de l’appui normatif, de la coordination du système des Nations Unies et des résultats des programmes d’ONU-Femmes, a indiqué qu’en tant que féministe, ancienne politicienne et ancienne membre d’un gouvernement, ayant exercé les fonctions de ministre des enfants, des personnes âgées et de l’égalité entre les sexes de la Suède, elle a elle-même dû affronter des obstacles à la participation des femmes à la vie publique.  Concrètement il s’agit souvent de menaces, voire de violences dans la sphère politique, notamment d’ordre sexuel, de harcèlement ou d’intimidation, a-t-elle expliqué.  Pour avoir été ministre, elle reste pourtant convaincue qu’une femme en politique peut opérer un changement en faveur d’une société plus viable et avec une meilleure répartition des pouvoirs.  Mais, a-t-elle noté, les décisions que l’on prend à ces postes affectent la vie des gens au quotidien aux niveaux national et municipal, et certains réagissent lorsqu’elles sont prises par une femme.

Elle a témoigné avoir elle-même été victime de menaces et que quelqu’un est incarcéré pour s’en être pris à elle.  Le fait que cette personne ait été condamnée a été perçu par l’ex-ministre comme une validation de sa position en politique et de ses droits.  Mais, a-t-elle insisté, il faut que cela soit généralisé.  Pour cela, elle a appelé à mettre au point des nouvelles lois et y intégrer la prévention de la violence à l’encontre des femmes dans la sphère publique, en assurer l’application et le suivi.  Il importe également de demander aux universitaires de renforcer les recherches sur ce sujet, a-t-elle ajouté. 

Sur une note positive, Mme Regnér s’est dite encouragée que les États Membres aient commencé à prendre des mesures pour s’attaquer à la violence à l’encontre de femmes dans la sphère publique.  De plus en plus de parlements promeuvent des actions en ce sens et des reformes législatives sont en cours pour couvrir ces questions, s’est-elle réjouie.  Elle a invité les États Membres à faire bon usage du dernier rapport du Secrétaire général sur ce sujet et de la série de recommandations concrètes qu’il comprend.

Mme NINO LOMJARIA, Défenseur public de Géorgie, a dit que le Ministère des affaires étrangères, comme d’autres du pays, a désormais établi un poste de défenseur des droits de l’homme.  Selon Mme Lomjaria, le harcèlement sexuel est un problème répandu et grave à la fois dans le secteur public comme dans le privé.  De ce fait, le harcèlement a été criminalisé.  De plus, des quotas ont été établis pour augmenter le nombre de femmes dans l’administration publique.  Néanmoins, la place des femmes dans la prise de décisions publiques est encore très limitée en Géorgie, a déploré le Défenseur public qui a dit espérer que les choses changeront pour son pays comme partout dans le monde.

Mme SANDRA PEPERA, Directrice du genre, des femmes et de la démocratie du « National Democratic Institute » au Royaume-Uni, a alerté que de plus en plus de femmes publiques sont exposées à des campagnes de désinformation en ligne, une manière efficace et rapide de leur nuire.  Elle a souligné que la mise au point d’indicateurs sur la violence sexiste en politique est essentielle car cette violence sort tout droit du manuel des dictateurs afin de limiter la participation des femmes, les réduire au silence et s’accrocher au pouvoir.  L’une des tactiques d’exclusion est la « désinformation de genre » qui joue sur les stéréotypes afin de faire vaciller les électeurs et les éloigner de certaines causes. 

Elle a comparé ce phénomène à un prédateur silencieux, d’autant plus dangereux que ces attaques viennent souvent de l’intérieur même du système politique.  Elle a notamment relevé que parfois, des employés étatiques sont payés pour cette « sale besogne » de désinformation, notamment en ligne.  Mme Pepera a donc demandé de lutter contre le patriarcat, précisant que le plus important est de se concentrer sur l’éducation afin de forger la pensée critique des populations.  En effet, cela va permettre au public de se rendre compte qu’on essaye de les manipuler.  Cette violence par la désinformation est une « attaque insidieuse contre la démocratie ».

Mme LAURA ALBAINE, chercheuse à l’Université de Buenos Aires en Argentine, a indiqué que 10 pays d’Amérique latine disposent actuellement d’une législation spécifique pour combattre la violence sexiste en politique.  Mais légiférer ne veut pas dire que les règles sont appliquées, a-t-elle prévenu, expliquant que les institutions sont elles-mêmes marquées par ces pratiques sexistes.  Mme Albaine a relevé que les actes de violence politique sexiste entrent dans un cadre patriarcal.  Le système pénal s’avère inefficace et les sanctions devraient être plutôt adaptées à la vie politique, a-t-elle estimé.  Elle a aussi suggéré que ces pays mettent sur pieds des observatoires sur la violence sexiste en politique et dans la vie publique, notant que neuf d’entre eux l’ont déjà fait. 

Mme RACHA HAFFAR, Présidente-Directrice générale et cofondatrice du Mouvement des jeunes contre l’esclavage et du Collectif anti-esclavage de génération égalité de la Tunisie, a fait un vibrant plaidoyer pour que les femmes accèdent aux postes de responsabilité afin de leur permettre d’être entendues et associées à la prise de décisions dans leurs sociétés.  La question de la traite des femmes et des filles est liée à beaucoup de problématiques qui affectent les femmes, a-t-elle souligné.  Mais pour pouvoir en tenir compte, les femmes doivent être au pouvoir pour pouvoir parler de ce fléau au sein de la société, a-t-elle fait valoir.  Elle a appelé à briser la compartimentation et à adopter et appliquer de nouvelles lois pour faire cesser toute forme de violence à l’encontre des femmes dans les sphères publique et privée.  Il faut aussi élaborer des approches sur le long terme qui s’attaquent aux structures de pouvoir de longue date.

Parmi ses recommandations, Mme Haffar a plaidé en faveur de quotas pour intégrer les femmes dans tous les espaces politiques et budgétaires.  Au niveau de la société civile, elle a constaté que les organisations féministes demeurent toujours absentes à de nombreux échelons dans le monde, notamment dans le domaine de la justice économique et du travail décent.  Pourtant, on est passé d’ONG à des structures fluides et il faut capitaliser là-dessus, a-t-elle estimé.

Mme WAFA BANI MUSTAFA, Présidente de la Coalition des femmes parlementaires des pays arabes pour combattre la violence à l’encontre des femmes, a également participé à ce dialogue, mais son intervention a été rendue inaudible en raison d’un problème technique.

Au cours du dialogue qui a suivi les présentations des conférencières, il a été constaté à maintes reprises que même si les pays sont de plus en plus nombreux à se doter de cadres législatifs et de mécanismes pour combattre la violence à l’encontre des femmes, y compris dans la sphère publique, leur application fait défaut.  Les délégations ont été nombreuses à souligner que ces progrès sur le plan législatif doivent s’accompagner d’une volonté politique sincère mais surtout d’une transformation culturelle pour faire disparaître les stéréotypes qui dominent encore les structures patriarcales du pouvoir et de la société en général.

Alors qu’une femme sur trois dans le monde a subi une violence d’un type ou d’un autre, il faut remettre en question ces normes et structures qui normalisent la violence qu’elles subissent et arrêter de juste parler des femmes, « des victimes », pour braquer les projecteurs sur les hommes qui, a souligné l’Alliance des femmes du Royaume-Uni, sont la véritable source du problème, ainsi que sur les normes sociales qui sous-tendent cette réalité.  Les gouvernements doivent en faire une haute priorité en adoptant des lois nationales, y compris sur la protection de la violence en ligne, mais aussi en veillant à traduire les auteurs de ces violences en justice. 

Cependant, pour que la question de la violence sexiste dans toutes les sphères de la société soit réellement traitée, il faut que les femmes accèdent aux enceintes de prise de décisions et du pouvoir pour faire entendre la voix de « l’autre moitié de la population ».  Or, comme il ressort d’une étude faite au Danemark, alors qu’un nombre égal d’hommes et de femmes entre en politique, à partir d’un certain âge, les femmes quittent la vie politique à cause des abus et de la violence sexiste qu’elles y subissent, s’est inquiétée la délégation.

Cette violence foule non seulement au pied leurs droits, mais affecte bel et bien nos démocraties et la politique, a dénoncé la Fondation internationale pour les systèmes électoraux qui y a vu une menace à l’intégrité même des processus électoraux.  Les techniques de sexualisation des candidates, souvent sur des plateformes en ligne, visent à les pousser à renoncer à leur candidature ou à se retirer de la politique.  C’est la raison pour laquelle l’Espagne a appelé les gouvernements à accorder l’attention requise au sexisme en ligne auquel les femmes de pouvoir, les journalistes et militantes sont exposées de façon disproportionnée dans le but de les écarter de l’espace public. 

Pour le Costa Rica c’est aux gouvernements de renforcer les droits des femmes, de faire reculer l’impunité et d’accorder la priorité à la question de la participation équitable dans la sphère politique.  La Fondation internationale pour les systèmes électoraux a insisté sur la formation des forces de police et de sécurité à ce type de violence, alors que la Présidente de la Coalition des femmes parlementaires des pays arabes pour combattre la violence à l’encontre des femmes a estimé nécessaire d’effectuer plus de recherches sur ce sujet dans toutes les régions du monde.  À ce jour, seule une enquête de l’Union interparlementaire sur la violence sexiste à l’encontre femmes parlementaires existe, a-t-elle déploré, notant qu’un projet similaire, qui devait se faire dans sept pays arabes, n’a jamais vu le jour. 

De son côté, l’organisation Save the Children a regretté que le thème retenu cette année ne prenne pas en compte la protection des adolescentes « comme si ce qui se passe avant l’âge de 18 ans n’affectait pas leur avenir ».  Ce qui se passe à l’école, les mariages précoces, les mutilations génitales féminines, les viols sont bien réels dans la vie de beaucoup d’adolescentes, a martelé l’organisation en appelant à changer les structures patriarcales qui bloquent la protection des adolescentes.  Même son de cloche du côté du Centre Asie-Pacifique pour les femmes qui a déploré que ces violences ne soient pas considérées comme des priorités alors qu’elles ont des répercussions réelles sur la participation pleine et entière des jeunes filles et des femmes à la prise de décisions.

Les États Membres ayant participé à ce débat interactif se sont largement tenus à brosser un tableau des législations et structures mises en place dans leurs pays respectifs pour combattre la violence à l’encontre des femmes, y compris dans la sphère publique mais pas uniquement.  Le Kazakhstan, par exemple, a créé un département consacré à la lutte contre la violence à l’égard des femmes au sein du Ministère de l’intérieur, avec beaucoup d’enquêteurs femmes.  Au Qatar, des foyers d’accueil et une ligne d’appel ont été mis en place pour les victimes de violence; et le Maroc a misé sur une approche holistique partant de la Constitution, qui instaure le principe de l’égalité de genre, à travers un arsenal de lois et une politique publique de lutte contre la violence à l’encontre des femmes, y compris dans l’espace numérique.

Ce dialogue interactif était modéré par le Secrétaire général de l’Union interparlementaire (UIP), M. MARTIN CHUNGONG.

Dialogue interactif sur le thème « Nouer des alliances aux fins de la participation pleine et effective des femmes à la vie publique »

Avant de céder la parole aux panélistes, la modératrice de ce dialogue, Mme EMILIA SÁIZ, Secrétaire générale de Cités et gouvernements locaux unis (CGLU), a souligné que la pauvreté a très souvent eu un visage féminin.  Les États se sont engagés à soutenir l’autonomisation des femmes, mais les chiffres de leur participation demeurent insuffisants, a-t-elle relevé.  Selon la modératrice, les alliances entre les organisations de femmes sont donc importantes.  De même, les universitaires, les médias et le secteur privé ont une importante contribution à apporter, ainsi que les hommes, puisque l’autonomisation des femmes concerne tant les femmes que les hommes, expliqué Mme Sáiz. 

Mme VÉRONIQUE TOGNIFODÉ MEWANOU, Ministre des affaires sociales du Bénin et Présidente du Comité technique spécialisé de l’Union africaine (UA) sur l’égalité des genres et l’autonomisation des femmes, a rappelé que les États membres de l’UA se sont engagés depuis des années dans des alliances sur la question des femmes, que ce soit entre eux ou avec d’autres pays du monde.  Au niveau du continent, 42 d’entre eux ont ratifié le Protocole de Maputo à la Charte africaine des droits de l’homme, qui vise à garantir les droits des femmes, y compris celui de participer à la vie publique, ainsi que l’égalité sociale et politique avec les hommes.  Sur le terrain, a poursuivi la Ministre, les femmes africaines construisent des réseaux pour favoriser leur pleine participation à la sphère publique.  Elles collaborent également avec ONU-Femmes, qui, en tant que plus grande alliance de femmes dans le monde, contribue à inclure les femmes dans les sphères de décisions.  Soulignant l’élan progressiste que connaît l’Afrique pour mettre en œuvre l’égalité femmes-hommes, la Ministre a fait remarquer que cinq des 55 États membres de l’UA sont parmi les pays ayant le plus de femmes aux fonctions électives.  De plus, a-t-elle ajouté, la résilience des femmes africaines face à la pandémie de COVID-19 a conduit de nombreux pays du continent à inclure la perspective de genre dans leur plan de relance. 

Mme HANNAH NEUMANN, députée au Parlement européen et Vice-Présidente de la sous-commission « droits de l’homme », a indiqué qu’elle a contribué, l’an dernier, au lancement d’une campagne pour la sécurité des femmes, un domaine stratégique qui implique le plus souvent des hommes.  Cette campagne a bénéficié de la participation de nombreuses femmes sur le terrain, notamment des féministes.  Elle a permis de mettre en valeur des femmes qui agissent, tout en montrant à l’ensemble des femmes et des filles qu’elles peuvent agir elles aussi.  Selon Mme Neumann, des personnes du monde entier ont répondu à l’appel de la campagne.  Il a ensuite fallu conjuguer ces contributions avec des données, car la sécurité des femmes est un problème structurel, a-t-elle expliqué, avant d’appeler les femmes de tous horizons à nouer des alliances pour faire entendre leur voix, mais aussi recenser les schémas de discrimination structurelle et mettre le doigt sur les problèmes de violence. 

Mme XIMENA MIRIAM FAJARDO NAVARRO, Déléguée adjointe pour l’application et l’exercice des droits fondamentaux des enfants, des adolescents, des femmes et des populations vulnérables du Bureau du Médiateur de l’État plurinational de Bolivie, a souligné l’importance des alliances passées par son instance avec des ONG, des institutions des droits de l’homme et ONU-Femmes pour se rapprocher de la base, notamment en cette période de pandémie.  Ce travail en commun a permis de mieux comprendre la réalité des femmes vulnérables comme, par exemple, les travailleuses du sexe et les femmes domestiques. 

Constatant que la crise liée à la COVID-19 a entraîné deux fois plus de discriminations et une explosion de la violence à l’encontre des femmes en Bolivie, elle a regretté que son pays n’ait pu opposer une riposte efficace et que les femmes soient l’une des catégories de population les plus touchées, singulièrement dans le secteur informel où elles sont surreprésentées.  Les efforts déployés n’ont pas permis de créer une situation d’égalité des genres face à la pandémie et les problèmes politiques ont aggravé les choses, a-t-elle ajouté, avertissant que les inégalités entre les sexes font non seulement obstacle à l’autonomisation des femmes mais aussi au développement économique.  À ses yeux, ce n’est qu’en améliorant l’égalité dans l’emploi et dans les conditions de prise en charge des enfants que notre société pourra évoluer. 

M. MANDEEP TIWANA, Chef de la politique et de la recherche à CIVICUS -Alliance mondiale pour la participation citoyenne, a salué le travail mené par les alliances de femmes en faveur de leur participation à la vie publique, de leur droit de vote et de l’inclusion de quotas dans les institutions.  Ces alliances, a-t-il expliqué, ce sont des personnes qui se rassemblent sur le terrain et qui sont soutenues par des organisations de la société civile.  Ensemble, elles œuvrent avec d’autres partenaires du domaine public, et en particulier les parlementaires. 

Si on veut des changements, cela doit se faire dans des environnements démocratiques, a-t-il plaidé.  Or, nos recherches montrent que les libertés d’association et d’expression sont aujourd’hui menacées.  Plus de 80% des femmes dans le monde ne vivent pas dans des pays où ces libertés sont préservées, ce qui nuit à leur mobilisation.  De surcroît, lorsque les femmes exigent le respect de leurs droits et la justice, elles se heurtent souvent à la violence sexualisée, a-t-il dénoncé avant d’ appeler à la protection des défenseurs des droits des femmes. 

M. BAFANA KHUMALO, Coprésident de la Global Board of Men Engage Alliance, a mis l’accent sur la nécessaire redistribution du travail de soin à l’égard des enfants, particulièrement affectés par les effets de la COVID-19.  Très active en Afrique du Sud, son alliance s’y emploie au travers de trois interventions principales.  Tout d’abord en mettant en lumière les modèles sociaux, la plupart étant des enfants vivant avec un adulte dans leur foyer.  L’alliance plaide par ailleurs pour une éducation de qualité pour les enfants, tenant compte de l’égalité femmes-hommes, et pour l’instauration de subventions pour les services dédiés à l’enfance.  Enfin, elle encourage les hommes à participer davantage aux tâches ménagères.  Ce n’est qu’en partageant ce fardeau que les femmes pourront jouer un rôle plus positif dans l’espace public et parvenir à un véritable leadership, a-t-il dit. 

M. SIMON SPRINGETT, Coordonnateur résident des Nations Unies en République de Moldova, a relevé que les progrès dans ce pays sont lents et inégaux, même si le problème n’est pas uniquement lié à la République de Moldova.  Il a estimé que l’ONU doit montrer l’exemple, et s’est félicité du fait que 72% du personnel onusien dans la République de Moldova soit constitué de femmes.  Il a aussi plaidé pour la mise en place d’alliances pour parvenir à des ambitions collectives, invitant également les États à apprendre les uns des autres.

Mme KENITA PLACIDE, fondatrice et Directrice exécutive de la Eastern Caribbean Alliance for Diversity and Equality, a souligné que les femmes doivent d’abord comprendre les bases de leurs actions afin de bâtir des alliances pour faire avancer la cause de l’autonomisation.  Selon elle, les organisations de femmes ne doivent pas se battre sur tous les fronts, mais se concentrer sur des thématiques unificatrices et faire front pour des progrès.

Mme SARAH MACHARIA, du Global Media Monitoring Project, a noté que la proportion de femmes expertes s’exprimant dans les médias est passé de 17 à 24%, mais que ce chiffre n’est toujours pas suffisant.  En fait, les médias minimisent l’action des femmes, y compris dans le contexte de la pandémie, a-t-elle déploré.  Même lors des élections, les candidates sont traitées différemment des candidats, les médias s’attardant davantage sur leur apparence et néglige leur programme.

Mme EWA RUMINSKA-ZIMNY, Vice-Présidente du Congrès polonais des femmes, a expliqué comment les Polonaises, se sentant lésées par les hommes dans les débats publics, ont organisé une conférence nationale qui a rassemblé plus de 5 000 femmes de tous les horizons.  Et depuis 2011, leur plaidoyer a conduit à une loi instituant un quota de 35% de femmes aux élections des représentants. 

Le dialogue interactif qui a suivi ces présentations a porté en grande partie sur l’importance des alliances dans la promotion de la participation effective des femmes à la vie publique, notamment sur le plan politique, plusieurs intervenants soulignant également la nécessité d’y inclure les jeunes, les personnes vulnérables et la communauté LGBTQ. 

« Construire des alliances plus solides entre tous les acteurs, y compris les gouvernements, les jeunes, le secteur privé, la société civile et les universités, pour soutenir la participation pleine, significative et effective de toutes les femmes et filles doit être une priorité commune plus forte pour nous tous », a souligné l’Union européenne, farouche partisane d’une approche multipartite et intersectionnelle pour permettre aux femmes d’exercer un leadership. 

À cette fin, a poursuivi la délégation, il importe « d’encourager, d’inciter et de soutenir, financièrement et autrement », la formation de coalitions stratégiques et de mouvements et plateformes innovants pour promouvoir efficacement l’égalité des sexes et la participation de toutes les femmes et les filles.

Conscient de la sous-représentation des femmes dans ses instances de décision, l’Ouganda a dit appuyer la création d’alliances pour réduire les violences fondées sur le genre, assurer l’équité dans les projets de développement et collecter des données nécessaires à l’avancement de la participation des femmes.  De l’avis des Philippines, nouer de telles alliances vise avant tout à faire progresser l’égalité femmes-hommes et la participation législative des femmes. 

De leur côté, les États-Unis ont jugé crucial d’établir des alliances pour promouvoir l’état de droit et donner aux femmes la possibilité de décider du fonctionnement de leurs communautés et de leurs familles, tout en contribuant à la construction des sociétés.  Les alliances sont aussi essentielles pour lutter contre la violence et l’exclusion dont sont souvent victimes les femmes, ont-ils fait valoir, assurant également vouloir travailler avec l’ONU pour garantir une plus grande participation des femmes aux processus de prévention et de règlement des conflits. 

Le Conseil des femmes finlandaises, organisation créée par la première femme parlementaire au monde, s’est quant à elle réjouie que son action en faveur de la parité en politique commence à porter ses fruits.  En effet, 47% des députés élus il y a deux ans en Finlande étaient des femmes et à cela s’ajoute le fait que le Gouvernement est majoritairement féminin, avec à sa tête une femme premier ministre.  Pour parvenir à ces résultats, le Conseil s’est allié à un réseau de femmes parlementaires qui appuient l’inclusion d’une perspective de femme dans les travaux législatifs.  « De nombreux succès ont enregistrés grâce à cette coopération », a témoigné sa représentante. 

Au nom de la Suisse, une représentante d’Alliance F, une ONG qui promeut les femmes en politique, s’est déclarée convaincue que l’accès aux mandats politiques est un premier pas, « mais pas suffisant pour promouvoir l’égalité de genre dans la vie publique ».  Pour cette militante, garantir un environnement exempt de violence et de harcèlement sexuel pour les femmes engagées en politique est une condition préalable pour assurer des progrès durables. 

Alors que l’Argentine mettait en avant la création, en 2020, d’un bureau fédéral pour la parité femmes-hommes, auquel contribuent des organisations de femmes et une trentaine de partis politiques, l’Équateur s’est inquiété de l’exclusion des femmes les plus éloignées des processus de prise de décisions, comme les femmes handicapées ou membres de peuples autochtones.  « Il faut tenir compte des expériences des personnes que nous voulons inclure », lui a répondu la Directrice exécutive de la Eastern Caribbean Alliance for Diversity and Equality, avant de prier les dirigeants de prendre en compte dans leurs politiques les difficultés rencontrées par les femmes. 

L’Association des jeunes de Géorgie s’est pour sa part alarmée du niveau de violences faites aux femmes dans son pays.  En 2020, a fait observer sa représentante, 10 260 ordres de restriction ont été émis à la suite de violences domestiques, ce qui constitue de « véritables victoires » compte tenu de l’ampleur du défi, encore aggravé par la pandémie et les confinements qu’elle entraîne.  Dans ce contexte, la pleine participation des femmes à l’espace public semble lointaine mais devrait être « la priorité de nos démocraties », a-t-elle lancé. 

Pour l’ONG OutRight Action, qui lutte pour la protection des droits humains des personnes LGBTQ, la création d’alliances est aussi essentielle pour venir en aide à cette communauté et à ceux qui la défendent, lesquels souffrent eux aussi de stigmatisation.  « Nous faisons face à des attaques qui prennent pour cibles les militants pro-LGBTQ et pro-femmes », a-t-elle alerté, estimant que l’inclusion est la seule façon de donner aux femmes marginalisées et aux personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres, queers et non binaires de participer aux décisions. 

Une position appuyée par la Vice-Présidente de la sous-commission « droits de l’homme » du Parlement européen, selon laquelle « ensemble, nous sommes plus forts », mais aussi par la Vice-Présidente du Congrès polonais des femmes, qui a insisté sur l’importance d’alliances intégrant des femmes, des jeunes et des personnes LGBTQ dans le cadre d’une approche inclusive, afin d’identifier les « intérêts mutuels » et de renforcer la confiance. 

L’ONG Action by Churches Together, coalition de 135 églises et organisations confessionnelles de plus de 120 pays, a dit croire en la « force des partenariats et de la collaboration » pour renforcer la capacité des acteurs confessionnels à peser en faveur de la justice et de l’égalité des sexes.  « Nous les aidons à comprendre les législations et les cadres normatifs en utilisant des méthodes inspirées des textes confessionnels », a indiqué son représentant.  « Nous les poussons aussi à réfléchir aux rites qui incitent à exclure les femmes et nous encourageons la participation des femmes aux élections. . 

La Fédération espagnole des femmes a estimé urgent de mettre en valeur les talents des femmes, en particulier des femmes chefs d’entreprise, dont le pourcentage ne dépasse pas 5% en Espagne.  Par le biais de rencontres, de formations et de conventions conclues avec d’autres organisations, elle se veut « force de proposition » pour autonomiser les femmes et changer la culture des milieux d’affaires dans un pays où la COVID-19 a fait bondir le chômage des femmes et où les écarts salariaux entre femmes et hommes sont supérieurs à la moyenne européenne. 

« Aucun pays ne peut prospérer s’il n’écoute pas ses citoyens », a pour sa part relevé le Royaume-Uni, fervent soutien des alliances pour parvenir à l’égalité entre les sexes.  Sur le sol britannique, l’une d’elle réunit 430 organisations de femmes issues de la société civile et travaille de concert avec le Bureau national de l’égalité des genres, a précisé la délégation. 

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