Imprimer
ECOSOC/7058
13 Juillet 2021
Forum politique de haut niveau, matin & après-midi

ECOSOC: à l’ouverture du débat ministériel du forum politique, le Secrétaire général, inquiet, note que nous nous éloignons davantage de nos objectifs   

Selon le Secrétaire général de l’ONU, plutôt que de progresser dans la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030, nous nous éloignons davantage de nos objectifs.   M. António Guterres a fait ce constat ce matin en ouvrant, en personne, le débat ministériel du forum politique de haut niveau pour le développement durable, lequel se tiendra durant trois jours, de concert avec le débat de haut niveau du Conseil économique et social (ECOSOC).   

Le Secrétaire général a noté l’impact dramatique de la COVID-19 sur les efforts déployés pour atteindre les objectifs de développement durable (ODD).  Et alors que le forum politique de haut niveau est destiné à évaluer les progrès accomplis dans le cadre du Programme 2030, il s’est inquiété de voir que la pauvreté mondiale pourrait atteindre un taux de 7% d’ici à 2030 et qu’avec l’augmentation de la température mondiale déjà à 1,2 degré Celsius « nous sommes au bord du gouffre ».  Il a tout de même dit continuer de croire que nous pouvons et devons renverser la vapeur, arguant que « nous avons les connaissances, la science, la technologie et les ressources pour le faire ».  Il a également prôné une unité d’objectif, un leadership efficace de tous les secteurs et une action urgente et ambitieuse. 

« Une action décisive. »  C’est ce que le Secrétaire général a demandé pour mettre fin à la pandémie partout et en même temps remettre les ODD sur la bonne voie.  Sachant qu’il faut vacciner au moins 70% du monde pour venir à bout de la pandémie, il a recommandé « un plan mondial de vaccination ».   M. Guterres a ensuite demandé de tirer les leçons de cette crise et d’investir dans des sociétés plus égalitaires et inclusives: chaque pays doit élargir l’accès à la couverture sanitaire universelle, à la protection sociale, à une éducation de qualité et à la connectivité numérique.  Il a aussi plaidé pour l’inclusion économique des femmes et pour un financement renforcé en soutien des efforts de développement.  Ainsi, les économies avancées devraient prolonger la bouée de sauvetage lancée aux pays en développement, a-t-il proposé.  Les droits de tirage spéciaux (DTS) et l’Initiative de suspension du service de la dette, par exemple, devraient être étendus à tous les pays vulnérables à revenu intermédiaire et aux petits États insulaires en développement (PEID) qui en ont besoin.  

Pour le Président de l’ECOSOC, M. Munir Akram, cette solidarité internationale existe déjà, et la crise actuelle l’a démontré.  Il a espéré une stratégie mondiale de relèvement qui mise sur une protection sociale universelle pour les personnes les plus vulnérables.  Poussant plus loin cet esprit de solidarité, le Premier Ministre du Pakistan, M. Imran Khan, a estimé que l’allocation de 650 milliards de dollars de nouveaux DTS pour les pays les plus pauvres, certes louable, reste néanmoins un effort insuffisant.  Pour lui, les pays à revenu élevé devraient réaffecter volontairement une partie de leurs quotes-parts du FMI inutilisées, afin qu’au moins 150 milliards de dollars soient réorientés vers le financement des projets et programmes de développement dans les pays en développement.  M. Khan a aussi souhaité que les engagements en faveur de financements concessionnels et de subventions aux pays en développement, y compris la promesse de 0,7% du PIB consacré à l’APD, soient honorés. 

C’est encore cette idée de « solidarité » que l’Indonésie entend promouvoir à la présidence du G20 l’année prochaine, avec le thème « Se relever ensemble, se relever plus solidement », a expliqué son Président, M. Joko Widodo.  Il n’a pas manqué de demander un appui renforcé des pays développés à la transition économique verte des pays en développement, expliquant que le principe de « ne laisser personne de côté » doit être réalisé de manière concrète.  Pour cela, il faut éviter la « politique du moi d’abord » et faire en sorte que la formule « les vaccins, un bien public mondial » ne reste pas un simple slogan.  Il est vrai que la pandémie a mis en lumière l’importance de la coopération internationale, a renchéri le Chancelier de l’Autriche, M. Sebastian Kurz.  Selon lui, la pandémie a aussi révélé « ce qu’il y a de meilleur en l’homme », avec une entraide internationale étroite et un développement rapide de vaccins.  La Vice-Présidente Marta Lucía Ramírez Blanco de la Colombie, Ministre des affaires étrangères du pays, a témoigné de l’engagement de son gouvernement envers les plus vulnérables pendant la pandémie: des solutions innovantes, vertes et durables ont été déployées à grande échelle.

Pour sa part, le Président de l’Assemblée générale a appelé à investir massivement dans l’accès au numérique et à l’énergie, qui sont des « accélérateurs d’ODD ».  M. Volkan Bozkir a aussi insisté sur la nécessité urgente de combler les inégalités de genre, en rappelant les conséquences disproportionnées de la pandémie sur les femmes.  Selon lui, le seul obstacle à la réalisation de ces recommandations aussi réalistes que pragmatiques est notre hésitation.  C’est pour pousser à agir que le Secrétaire général et le Président de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement (UNEA) ont plaidé pour une action climatique urgente et ambitieuse, y compris en matière de financement, suivis en cela par d’autres intervenants.  M. Guterres a appelé à un plan clair pour tenir les engagements climatiques et établir un niveau de confiance essentiel dans l’action climatique multilatérale. 

La confiance, il en été question dans les discours des deux jeunes ayant pris la parole pendant la séance d’ouverture.  Mme Melati Wijsen, cofondatrice de Bye Bye Plastic Bags et de YouthTopia, a fait remarquer que sa génération assistera soit à la poursuite de la destruction de la planète, soit à sa sauvegarde.  Elle a demandé aux dirigeants de prendre les jeunes au sérieux, puisqu’ils sont aussi des pourvoyeurs de solutions.  Dans cette optique, le pouvoir de décision doit désormais être partagé avec les jeunes, a plaidé M. Steve Seungjoon Lee, du grand groupe des enfants et des jeunes, en demandant qu’ils fassent également partie des délégations gouvernementales et des processus d’examens nationaux volontaires.

Ces examens nationaux commencés hier se sont d’ailleurs poursuivis aujourd’hui, en mode virtuel, avec huit pays qui les présentaient pour la première fois: Angola, Antigua-et-Barbuda, Cuba, Bolivie, Saint-Marin, Nicaragua, Îles Marshall et République populaire démocratique de Corée.  Le débat ministériel continuera demain, 14 juillet, dès 9 heures.

DÉBAT DE HAUT NIVEAU

Déclarations liminaires

M. MUNIR AKRAM, Président du Conseil économique et social (ECOSOC), a ouvert le segment ministériel du forum de haut niveau pour le développement durable en se félicitant de la large participation des nations, qui vient confirmer l’engagement de tous vis-à-vis du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et de ses objectifs.  Comme cela a été souligné lors des cinq premiers jours du forum, a-t-il relevé, le monde continue de souffrir de la pandémie de COVID-19 et de ses impacts de grande portée.  Face à ce bouleversement mondial, la coopération internationale est essentielle pour nous permettre de nous rassembler pour construire une reprise durable et résiliente, tout en revenant à la réalisation des objectifs de développement durables (ODD) et aux objectifs climatiques, a plaidé M. Akram.  À ses yeux, cette solidarité existe, la crise actuelle l’a démontré, et elle doit permettre de bâtir les fondations d’une stratégie mondiale de relèvement.  Celle-ci doit, selon lui, comprendre la lutte contre le virus, notamment par le biais de la vaccination pour tous, mais aussi les investissements nécessaires à la reprise.  Ces efforts doivent également tendre vers une protection sociale universelle pour les personnes les plus vulnérables, a-t-il ajouté, répétant qu’il est crucial que l’humanité se montre « solidaire et unie ».  Personne ne sera à l’abri tant que tous ne le seront pas, a martelé le Président de l’ECOSOC, avant de juger que cela vaut pour la COVID-19 comme pour les changements climatiques et la perte de biodiversité, lesquelles remettent en question la survie même de la planète et de toutes les nations.  « Nous n’avons d’autre choix que de coopérer et d’être solidaires, poursuivons le travail », a-t-il conclu.    

Le Secrétaire général de l’ONU, M. ANTÓNIO GUTERRES, a noté que la COVID-19 a eu un impact dramatique sur les progrès vers les objectifs de développement durable (ODD).  Ainsi, le produit intérieur brut (PIB) mondial a diminué d’environ 4,6% en 2020, et en février dernier, 36 pays à faible revenu étaient soit en situation de surendettement, soit à risque élevé d’y sombrer.  L’équivalent de 255 millions d’emplois à temps plein ont été perdus et la pandémie a plongé 124 millions de personnes supplémentaires dans l’extrême pauvreté.  Alors qu’on estime que près d’une personne sur trois dans le monde n’avait pas accès à une alimentation adéquate en 2020, deux élèves sur trois sont encore affectés par les fermetures d’écoles, en particulier les filles qui risquent de ne jamais y retourner.  Le Secrétaire général a aussi alerté d’une recrudescence des mariages et du travail des enfants, alors que la violence à l’égard des femmes est à des niveaux choquants, et qu’une charge supplémentaire de travail domestique et de soins non rémunérés exclut les femmes de la population active.  De même, les défis structurels sous-jacents aux ODD, notamment la crise climatique et les inégalités croissantes, se sont aggravés.  Il s’est alarmé du fait que les concentrations de dioxyde de carbone sont maintenant à leur plus haut niveau en 3 millions d’années, soit 148% au-dessus des niveaux préindustriels.  La biodiversité décline à un rythme alarmant et sans précédent, avec un million d’espèces menacées d’extinction.  Le Secrétaire général a noté que chaque année, nous perdons 10 millions d’hectares de forêts.  Les inégalités restent à des niveaux insoutenables, à preuve, la valeur nette de quelque 2 500 milliardaires a augmenté de plus de 5,2 milliards de dollars par jour pendant la pandémie, tandis que 4 milliards de personnes vivent toujours sans aucune forme de protection sociale de base.  Et pendant tout ce temps, les conflits et les crises ont forcé 1% de la population mondiale à se déplacer. 

Selon M. Guterres, alors que le forum politique de haut niveau est destiné à évaluer les progrès accomplis dans le cadre du Programme 2030, nous devons faire face aux faits: « plutôt que de progresser, nous nous éloignons davantage de nos objectifs ».  On s’attend maintenant à ce que la pauvreté mondiale atteigne 7% d’ici à 2030 et qu’elle soit à peine en-dessous du niveau de 2015.  Et avec l’augmentation de la température mondiale déjà à 1,2 degré Celsius, nous sommes au bord du gouffre, s’est-il lamenté.  « Je continue de croire que nous pouvons et devons renverser la vapeur », a espéré le Secrétaire général, arguant que « nous avons les connaissances, la science, la technologie et les ressources pour le faire ».  Il a prôné « une unité d’objectif, un leadership efficace de tous les secteurs et une action urgente et ambitieuse ».

Déjà, pour mettre fin à la pandémie partout et remettre les ODD sur la bonne voie, il a appelé à une action décisive dans quatre domaines clefs.  Premièrement, tout le monde, partout, doit avoir accès aux vaccins, aux tests, aux traitements et au soutien en rapport à la COVID-19.  Les promesses de doses et de fonds sont les bienvenues, mais elles ne suffisent pas, a-t-il averti, notant que nous avons besoin d’au moins 11 milliards de doses pour vacciner 70% du monde et mettre fin à cette pandémie.  Le monde a donc besoin d’un plan mondial de vaccination pour au moins doubler la production de vaccins, assurer une distribution équitable par le biais du Mécanisme COVAX, coordonner la mise en œuvre et le financement, et soutenir les programmes nationaux de vaccination.  

Pour réaliser ce plan, le Secrétaire général a dit avoir mis sur pied un groupe de travail d’urgence qui rassemble les pays produisant et pouvant produire des vaccins, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), les partenaires de l’Accélérateur ACT et les institutions financières internationales capables de traiter avec les sociétés pharmaceutiques et les fabricants concernés, ainsi que d’autres intervenants clefs.  À l’heure actuelle, il est essentiel de financer intégralement l’Accélérateur ACT et de soutenir la feuille de route d’investissement de 50 milliards de dollars pour mettre fin à la pandémie et assurer une reprise mondiale, a prévenu M. Guterres.  

Deuxièmement, nous avons besoin d’une action climatique urgente et ambitieuse, y compris en matière de financement, a plaidé M. Guterres.  Il a salué le fait que d’ici au mois prochain, les pays représentant plus de 65% des émissions de gaz à effet de serre et plus de 70% de l’économie mondiale se seront engagés à atteindre zéro émission nette.  Mais nous luttons toujours pour maintenir l’augmentation de la température mondiale à l’objectif de 1,5 degré Celcius, comme fixé dans l’Accord de Paris, a-t-il rappelé.  Si la Conférence des parties (COP26) à Glasgow doit être un tournant, nous avons besoin que tous les pays s’engagent à atteindre le zéro net d’émissions d’ici au milieu du siècle, a-t-il souhaité.  De même, les pays en développement ont besoin d’assurances que leur ambition climatique sera satisfaite avec un soutien financier et technique.  Cela signifie tenir la promesse des pays développés de fournir 100 milliards de dollars par an pour l’atténuation et l’adaptation d’ici à 2020.  Nous avons besoin d’un plan clair pour tenir cet engagement et établir un niveau de confiance essentiel dans l’action climatique multilatérale, a-t-il relevé.

Le Secrétaire général a aussi demandé d’accélérer la transition du charbon, du pétrole et du gaz vers les énergies renouvelables en créant des emplois verts et en réduisant les inégalités.  Si les fonds publics sont essentiels, le financement privé à grande échelle l’est également, a-t-il expliqué, notant aussi que tous les financiers doivent s’engager à ne plus financer le charbon d’ici à la fin de 2021.  

Troisièmement, M. Guterres a demandé de tirer les leçons de cette crise et d’investir dans des sociétés plus égalitaires et inclusives.  Cela demande à chaque pays de fournir une base d’opportunités pour tous, en élargissant l’accès à la couverture sanitaire universelle, à la protection sociale, à une éducation de qualité et à la connectivité numérique.  Il a aussi plaidé pour l’inclusion économique des femmes.  De son avis, chaque plan de relance national devrait inclure des investissements importants dans l’économie et l’infrastructure des soins.  Cela allégera le fardeau du travail de soins non rémunéré, permettant ainsi aux femmes de rejoindre la population active, tout en créant des emplois durables et verts.  Nous devons nous concentrer sur l’emploi et le travail décent et stimuler la disponibilité d’emplois et de formations pour les jeunes, a-t-il encore suggéré.

Quatrièmement, au sujet du financement du développement, le Secrétaire général a estimé qu’au nom de la solidarité et de l’intérêt personnel, les économies avancées devraient prolonger la bouée de sauvetage économique lancée aux pays en développement.  Au sujet des mesures telles que les droits de tirage spéciaux (DTS) et l’Initiative de suspension du service de la dette, il a dit que l’aide doit être étendue à tous les pays vulnérables à revenu intermédiaire et aux petits États insulaires en développement (PEID) qui en ont besoin.  

À long terme, nous devons également envisager une architecture de la dette internationale réformée et plus équitable, a-t-il souhaité, saluant pour l’occasion l’accord historique du G20 sur une nouvelle architecture fiscale internationale.  Mais les gouvernements devraient également envisager une forme de taxe de solidarité liée à la COVID-19, a-t-il proposé en disant que cela servirait à réduire les inégalités extrêmes.  Il a enfin invité les États Membres à financer de manière prévisible et adéquate le système des coordonnateurs résidents qui a montré son efficacité pendant la crise de la COVID-19.

M. VOLKAN BOZKIR, Président de l’Assemblée générale, a indiqué que, rarement dans son histoire, la communauté internationale a eu une telle occasion d’œuvrer à un changement radical.  « Si la pandémie est d’abord et avant tout une tragédie, nous ne pouvons ignorer le fait qu’elle constitue aussi une opportunité. »  Il a noté l’existence, pour la première fois depuis des générations, d’un appui public et politique large pour un changement véritablement transformateur.  Cette fois-ci, nous pouvons placer nos sociétés sur une voie plus durable, plus résiliente et plus juste, a dit le Président.

M. Bozkir a fait quatre propositions.  Premièrement, il a appelé à une révision de l’architecture financière internationale.  Le système actuel, qui repose sur des éléments aussi volatiles que l’aide publique au développement (APD), les investissements étrangers et un service élevé de la dette, ne permet pas d’aboutir à des progrès dans le domaine du développement durable.  Nous avons besoin de systèmes de financement inclusifs et innovants, qui élargissent l’accès aux prêts concessionnels, à l’allègement de la dette et aux mécanismes d’échange de dette climatique afin que tous les pays puissent en bénéficier, a-t-il dit.  Cela est particulièrement important pour les pays les moins avancés (PMA), les pays à revenu intermédiaire et les petits États insulaires en développement (PEID).  Afin de réaliser le Programme de développement durable à l’horizon 2030, le Président a appelé à un changement des logiques d’investissement dans ces pays.  « Je veux être clair: les lacunes structurelles ne sont pas une raison pour ne pas fournir un soutien adéquat aux pays les plus vulnérables. »

Deuxièmement, le Président a appelé à combler le fossé numérique qui ne cesse de se creuser.  « Nous ne pouvons progresser sur la voie des ODD, lorsqu’une moitié de l’humanité prend des appels Zoom et gère ses comptes en banque en ligne tandis que l’autre n’a pas accès à Internet. »  Il a donc appelé à investir massivement dans les « accélérateurs d’ODD » qu’est l’accès au numérique et à l’énergie.

Troisièmement, M. Bozkir a insisté sur l’urgence de combler les inégalités de genre, en rappelant les conséquences disproportionnées de la pandémie pour les femmes.  Il a donc demandé l’adoption et l’application de dispositions législatives dédiées à l’élimination de la violence contre ces dernières et l’augmentation de leur représentation et participation à tous les aspects de la vie publique.

Quatrièmement, M. Bozkir a appelé de ses vœux un relèvement vert, qui permette une réconciliation avec la nature.  La protection et la restauration des écosystèmes, ainsi que la sauvegarde de la biodiversité, permettront de renforcer la résilience et de faire face à de futures pandémies, a-t-il dit, avant de plaider pour une diminution des émissions de carbone.

En conclusion, le Président a rappelé que le seul obstacle à la réalisation de ces recommandations aussi réalistes que pragmatiques est « notre hésitation ».  Ce n’est pas le moment de se montrer timide et tiède, soyons audacieux, transformateur et délibératif parce que l’avenir du développement durable est inclusif, résilient et vert, a conclu M. Bozkir.

M. IMRAN KHAN, Premier Ministre du Pakistan, a constaté que ce forum politique de haut niveau se tient à un « moment critique », alors que le monde fait face à un triple défi: la pandémie de COVID-19, le relèvement économique et la menace existentielle des changements climatiques.  Pour y répondre efficacement, tant au plan national qu’international, il a tout d’abord jugé essentiel de prévoir un accès universel et abordable aux vaccins contre la COVID-19.  Le monde doit en augmenter la production et assurer leur diffusion rapide, a-t-il plaidé, appelant en outre à la renonciation aux droits de propriété intellectuelle sur les vaccins, à leur production sous licence, au financement intégral du Mécanisme COVAX et à l’octroi de subventions et de prêts concessionnels pour permettre aux pays en développement d’acheter des vaccins à des prix équitables. 

En deuxième lieu, a poursuivi M. Khan, des financements adéquats doivent être mobilisés pour permettre aux pays en développement de relever le triple défi de la reprise.  Si les pays à revenu élevé ont pu injecter 17 000 milliards de dollars pour stimuler leurs économies, les pays en développement n’ont pu accéder à qu’à 5% des quelque 4 300 milliards de dollars dont ils ont besoin pour se relever et mettre en œuvre les ODD, a-t-il noté, avant de rappeler qu’il avait proposé en septembre dernier l’émission de nouveaux droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI pour générer des financements pour le développement.  Saluant l’allocation de 650 milliards de dollars de nouveaux DTS pour les pays les plus pauvres, il a toutefois estimé que cet effort reste insuffisant.  Il est urgent, selon lui, que les pays à revenu élevé réaffectent volontairement une partie de leurs quotes-parts du FMI inutilisées.  Le Premier Ministre a ainsi espéré qu’au moins 150 milliards de dollars seront réaffectés pour financer des projets et programmes de développement dans les pays en développement, via le FMI, la Banque mondiale et d’autres banques et institutions de développement. 

Pour M. Khan, la restructuration de la dette est un autre instrument essentiel pour fournir aux pays en développement l’espace budgétaire nécessaire au financement du développement.  Dénonçant les négociations du « cadre commun » qui iraient à l’encontre de cet objectif d’allègement de la dette, il a souhaité que les engagements en faveur de financements concessionnels et de subventions aux pays en développement, y compris la promesse de 0,7% du PIB consacré à l’APD, soient honorés.  De même, a-t-il souligné, le respect de l’engagement pris par les pays développés de fournir 100 milliards de dollars par an en financement climatique est vital, notamment pour le succès de la COP26 à Glasgow.  Relevant à cet égard que le financement climatique cumulé s’élève désormais à plus de 1 000 milliards de dollars, il a prévenu que les montants offerts pour la coopération au développement, y compris l’APD, ne peuvent pas être comptés deux fois au titre de l’action climatique.  De plus, au moins 50% du financement climatique devrait être alloué à l’adaptation, a insisté le Premier Ministre pakistanais.

M. Khan a d’autre part jugé que les stratégies de développement nationales et internationales devraient cibler les secteurs susceptibles de permettre aux pays en développement de se relever, en particulier la reprise post-COVID, le développement humain, la protection sociale, les énergies renouvelables, l’agriculture durable, la lutte contre les changements climatiques et la numérisation.  Selon lui, les investissements dans les infrastructures durables –qui concernent 92% des ODD– doivent être au cœur des stratégies de développement et c’est à l’ONU d’initier la mobilisation des 1 000 milliards de dollars requis chaque année à cette fin.  Enfin, a-t-il poursuivi, les déficiences structurelles et systémiques du système financier international doivent être abordées de manière globale.  Le régime commercial international doit fournir à tous les pays en développement des accès équitables et préférentiels aux marchés mondiaux, a-t-il demandé en exigeant aussi l’annulation des mesures protectionnistes érigées par certaines grandes économies, en violation des accords de l’OMC.  Il s’est par ailleurs félicité de la proposition américaine de taxation des grandes entreprises mondiales afin d’empêcher les transferts de bénéfices et l’évasion fiscale.  En conclusion, il a invité les États à se concentrer sur un règlement pacifique et juste des différends et à promouvoir la coopération internationale pour la construction d’un monde stable et prospère.

M. JOKO WIDODO, Président de l’Indonésie, a jugé que dans une situation aussi difficile, le statu quo ne peut pas continuer.  La coopération et la solidarité doivent être intensifiées et l’innovation renforcée, puisqu’aucun pays ne peut progresser tant que tous les pays n’ont pas progressé.  Il faut permettre au monde de se remettre rapidement de la pandémie, a-t-il dit en notant que les vaccins sont notre espoir pour accélérer la sortie du monde de cette crise sanitaire.  Un accès juste et équitable aux vaccins doit donc être garanti, a-t-il plaidé, souhaitant que la formule « les vaccins en tant que bien public mondial » ne reste pas un simple slogan.  Il a donc suggéré d’augmenter la production mondiale de vaccins, notamment grâce à la dérogation portant sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC).  Il faut également renforcer la chaîne d’approvisionnement mondiale en vaccins, notamment en supprimant les barrières aux exportations des matières premières des vaccins.  Il a aussi proposé d’accroître la diversification et le volume de la production de vaccins, y compris dans les pays en développement.

Ensuite, le Chef de l’État indonésien a demandé de mieux cibler et aider les groupes vulnérables.  Selon lui, la sécurité et la protection sociales sont importantes dans les efforts de relèvement de la pandémie.  En Indonésie, 28,5 milliards de dollars ont été consacrés à l’aide sociale, et pas moins de 9,8 millions de microentreprises ont reçu une aide pour soutenir leurs activités, a-t-il signalé.  En outre, l’économie mondiale doit se redresser de concert, a recommandé le Président, précisant que toutes les économies doivent se développer ensemble sans compromettre les aspects sanitaires.  Il a aussi demandé le renforcement de l’appui des pays développés à la transition économique verte dans les pays en développement, ajoutant que le principe de « ne laisser personne de côté » doit être réalisé de manière concrète.  Pour cela, il faut éviter la « politique du moi d’abord ».  C’est cette idée de solidarité que l’Indonésie entend valoriser à la présidence du G20 l’année prochaine, avec le thème « Se relever ensemble, se relever plus solidement », a conclu le Président indonésien.

La Vice-Présidente de la Colombie et Ministre des affaires étrangères, Mme MARTA LUCÍA RAMÍREZ BLANCO, a relevé qu’à moins d’une décennie de la date butoir fixée pour la réalisation des ODD, de grands défis persistent, ainsi que des disparités.  « Face à la pandémie, la réponse du Gouvernement colombien s’est concentrée sur la promotion de solutions innovantes, vertes et durables, déployées à grande échelle, afin de répondre aux besoins des populations les plus vulnérables. »  Parmi les mesures gouvernementales, elle a fait part de l’octroi d’une aide financière à plus de 10 millions de familles, correspondant à 11% de son PIB.  D’autres programmes ont été mis sur pied pour préserver les emplois des femmes et leur fournir des incitations à concilier travail et responsabilités familiales.  Dans la même veine, une allocation budgétaire historique a été faite au secteur de l’éducation.

En outre, dans l’optique de reconstruire en mieux en tenant compte de la durabilité environnementale, la Colombie travaille avec le secteur privé pour concevoir des stratégies permettant de créer les conditions nécessaires pour éliminer la pauvreté, réduire les inégalités, promouvoir le bien-être et la prospérité et lutter contre la crise environnementale, a indiqué Mme Ramírez Blanco.  De même, le pays a renforcé son leadership dans l’agenda environnemental mondial, avec des initiatives telles que le Pacte de Leticia; l’approbation de la Charte de l’environnement dans la communauté andine; l’annonce, dans le cadre de l’Accord de Paris, de l’objectif national de réduire de 51%, d’ici à 2030, les émissions de gaz carbonique.  La Vice-Présidente a rappelé que la Colombie a présenté, hier, son troisième examen national devant le forum politique de haut niveau, lequel a souligné les solutions colombiennes basées sur la nature, l’économie circulaire, le tourisme durable, la transition énergétique et l’ambition de combler les lacunes numériques du pays.

M. SEBASTIAN KURZ, Chancelier de l’Autriche, a salué la tenue en présentiel de cette réunion.  Il a souligné les conséquences de la pandémie, 120 millions de personnes ayant sombré dans la pauvreté.  « Nous devons travailler ensemble, nous soutenir et apprendre des uns des autres », en a-t-il conclu au niveau mondial.  M. Kurz a détaillé la réponse de son pays à la pandémie, en soulignant l’importance des tests pour la juguler.  Lors de la réouverture des universités, nous avons introduit des tests très faciles pour les étudiants à faire eux-mêmes.  L’Autriche compte la proportion la plus élevée au monde de tests COVID-19 par habitant.  Les entreprises sont passées à temps partiel, tandis que le Gouvernement leur a apporté un soutien permettant de sauver un million d’emplois.  Nous avons aussi renforcé l’accès au numérique, en investissant dans le haut débit, a-t-il dit. 

Le Chancelier a estimé que la pandémie a mis en lumière l’importance de la coopération internationale.  L’Autriche est l’un des plus grands contributeurs au Mécanisme COVAX et a fourni, par le biais de l’Union européenne (UE), 600 000 doses de vaccins aux pays voisins des Balkans.  Le Chancelier a tenu à rendre hommage au personnel onusien qui a fait face à la pandémie et à ses conséquences.  « Pour mieux nous relever, nous devons adapter nos politiques pour bâtir un monde plus juste, plus durable et plus résilient. »  Il a précisé que l’UE essaye de parvenir à la neutralité carbone en 2050, avant d’assurer que l’Autriche restera aux côtés des pays les plus vulnérables.  Le Programme 2030 restera notre boussole pour nous relever en mieux, a déclaré le Chancelier, en mentionnant le récent examen volontaire national soumis par son pays.  M. Kurtz a estimé que la pandémie a aussi révélé « ce qu’il y a de meilleur en l’homme » avec une entraide internationale étroite et un développement rapide de vaccins.  Profitons de cette décennie capitale d’action pour réaliser le Programme 2030, a conclu le Chancelier.

M. STEVE SEUNGJOON LEE, partenaire organisateur du grand groupe des enfants et des jeunes, a rappelé que les 7 et 8 avril derniers, près de 20 000 jeunes de 193 pays se sont réunis pour le dixième anniversaire du Forum des jeunes de l’ECOSOC, ce qui a représenté le plus grand événement axé sur les jeunes en 75 ans d’histoire des Nations Unies.  À cette occasion, a-t-il dit, des appels à l’action ont été lancés dans six domaines prioritaires, à commencer par un accès aux services de santé mentale afin d’aider les jeunes à faire face à l’impact psychologique de la COVID-19.  Une autre urgence consiste selon lui à offrir un accès universel et abordable à Internet.  Cela aurait dû être fait l’an dernier dans le cadre de la cible 9.c, or seulement 41% de la population des pays les moins avancés est aujourd’hui couverte par le signal 4G et à des conditions tarifaires loin d’être abordables. 

Pour M. Lee, il est également prioritaire d’arrêter tous les investissements dans le charbon, le pétrole et le gaz, et de les réorienter vers des énergies propres, tout en atteignant l’objectif de 100 milliards de dollars de financement climatique.  De même, il importe que les contributions déterminées au niveau national qui seront soumises lors de la COP26 à Glasgow permettent de limiter la hausse des températures à 1,5 degré Celsius, comme prévu par l’Accord de Paris.  Il faut en outre garantir l’inclusion des jeunes handicapés dans tous les espaces d’élaboration des politiques et passer à une approche intersectionnelle pour collecter des données ventilées sur les expériences des jeunes dans la réalisation du Programme 2030.  « Quand serons-nous assez importants pour être vus et comptés? » a-t-il demandé. 

Pour sa part, a encore indiqué M. Lee, le grand groupe des enfants et des jeunes souhaite que le pouvoir de décision soit désormais partagé avec les jeunes, que ce soit au niveau national ou local.  Les consultations resteront symboliques si ce que nous disons continue d’être ignoré, a-t-il relevé, ajoutant que « le contrat social ne peut pas profiter à la communauté s’il ne vient pas de la communauté ».  Enfin, le grand groupe réclame l’inclusion d’enfants dans les délégations gouvernementales et dans les processus d’examens nationaux volontaires pour qu’ils partagent leurs expériences.  C’est d’autant plus nécessaire que, partout dans le monde, « les enfants et les jeunes sont à l’avant-garde de la mise en œuvre du développement durable ». 

Mme MELATI WIJSEN, cofondatrice de Bye Bye Plastic Bags et de YouthTopia, a demandé que le groupe des jeunes soit un partenaire à part entière dans la mise en œuvre des ODD, en notant le travail qu’il reste à abattre pour les réaliser.  Les jeunes prennent de plus en plus leurs responsabilités dans le monde, ils doivent pouvoir s’exprimer et faire valoir leurs droits, a-t-elle dit.  Elle a rappelé que c’est sa génération qui assistera, soit à la poursuite de la destruction de la planète, soit à sa sauvegarde.  « Le temps et le pouvoir sont contre nous », a-t-elle lancé aux décideurs, en les exhortant à leur donner du pouvoir et du temps.  « Prenez-nous au sérieux! »  Elle a indiqué qu’elle n’avait que 12 ans lorsqu’elle a commencé à débarrasser sa ville de sacs plastiques, une initiative qui a, depuis, essaimé dans le monde grâce aux jeunes.  Elle a insisté sur l’importance de donner aux jeunes les compétences requises pour jouer un rôle, telle l’organisation d’une campagne ou bien encore la prise de parole en public.  « Les jeunes doivent être avec vous à la table de négociation, dès le début », a-t-elle lancé, en concluant que les jeunes sont « sérieux » en ce qui concerne le changement.

Intervenant principal

Le Ministre de l’environnement du climat de la Norvège, M. SVEINUNG ROTEVATN, est intervenu comme orateur principal en sa qualité de Président de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement (UNEA) et s’est dit heureux de pouvoir transmettre des messages clefs et des recommandations au forum politique de haut niveau afin que la dimension environnementale continue d’être pleinement intégrée aux efforts de relèvement et à la mise en œuvre des objectifs de développement durable (ODD).  Selon lui, le monde n’est pas sur la bonne voie pour réaliser le Programme 2030 et c’est particulièrement vrai pour les objectifs environnementaux.  L’impact de la pandémie de COVID-19 a mis à rude épreuve notre capacité à atteindre les ODD, a-t-il souligné, constatant que les pauvres et les marginalisés continuent d’être les plus vulnérables aux risques environnementaux.  Une action transformatrice accélérée est donc nécessaire pour stabiliser le climat, vivre en harmonie avec la nature et parvenir à une planète sans pollution. 

Parmi les mesures à prendre à cette fin, M. Rotevatn a tout d’abord cité l’intensification de l’action climatique mondiale afin de parvenir aux objectifs d’adaptation et d’atténuation fixés par la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et l’Accord de Paris.  Il convient également d’établir des voies économiquement et socialement durables pour inverser la perte de biodiversité et améliorer l’intégrité de l’écosystème, tout en renforçant la capacité de gestion des produits chimiques et des déchets, notamment grâce à l’économie circulaire.  Nous devons par ailleurs promouvoir un système de gouvernance mondiale efficace fondé sur un multilatéralisme environnemental inclusif, y compris par le biais de l’Assemblée des Nations Unies pour l’environnement, a-t-il plaidé, avant d’en appeler à une mobilisation adéquate, prévisible et durable des ressources et à des financements durables.  De même, a-t-il ajouté, les transferts de technologie selon des modalités convenues et le renforcement des capacités sont essentiels pour générer des solutions environnementales innovantes.

De l’avis de M. Rotevatn, la biodiversité a besoin d’un cadre mondial ambitieux et réaliste pour l’après-2020.  Mais il faut aussi appuyer les mesures qui favorisent l’intégration de la durabilité environnementale dans tous les secteurs économiques et garantissent l’utilisation durable des ressources naturelles dans le développement économique et social.  Il importe en outre de tirer parti des opportunités de coopération renforcée, a-t-il affirmé, évoquant à cet égard la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes (2021-2030), les propositions du groupe de travail « Mieux récupérer pour la durabilité », dans le cadre de l’Initiative de financement du développement à l’ère de la COVID-19 et au-delà, le Programme de soutien à la relance verte et le Cadre décennal des programmes sur la production et la consommation durables.  Il s’est dit convaincu que l’ensemble de ces mesures contribueront à renforcer la dimension environnementale du développement durable dans le monde postpandémique et à assurer le succès de la Décennie d’action.  

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.