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DH/5463
27 avril 2021

Instance permanente: la décennie internationale des langues autochtones 2022-2032 qualifiée d’opportunité historique de sauver ces langues

Le cinquième jour des travaux de l’Instance permanente sur les questions autochtones a été marqué par de nombreux appels à protéger et revitaliser les langues autochtones à l’approche de la Décennie internationale des langues autochtones qui débutera en 2022. 

La Décennie internationale des langues autochtones est une opportunité historique de promouvoir et de sauver ces langues à tous les niveaux, a notamment déclaré la Présidente du Parlement sami de Norvège, Mme Aili Keskitalo. 

Dans le cadre d’une table ronde consacrée à cette Décennie et ses préparatifs, l’Instance a entendu de nombreux états des lieux, propositions et appels à des actions concrètes et mesurables pour sauvegarder les langues autochtones « support de connaissances inestimables pour réaliser les objectifs de développement durables (ODD) », a insisté le Directeur général adjoint de l’UNESCO, M. Xing Qu. 

Cette table ronde intervenait après un débat initial sur les six domaines mandatés par l’Instance permanente (développement économique et social, culture, environnement, éducation, santé et droits de l’homme), en référence à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. 

Préoccupée par la diminution du nombre des locuteurs sâmes, Mme Keskitalo a appelé à financer la création de Sámi giellagáldu, une institution linguistique transfrontalière commune aux quatre pays ayant la langue sâme en partage, à savoir la Norvège, la Suède, la Finlande et la Fédération de Russie.  Il faut aussi garantir une participation pleine et entière des peuples autochtones à la Décennie et veiller à ce que nos langues bénéficient de l’espace et des ressources nécessaires, a-t-elle ajouté. 

« Au terme de l’Année internationale des langues autochtones lancée par l’UNESCO en 2019 nous avons dû nous résigner qu’une année de sensibilisation était insuffisante pour faire face aux défis et enjeux de la sauvegarde de ces langues » a, de son côté, constaté M. Sven-Erik Soosaar, membre de l’Instance (Estonie), et animateur de cette table ronde.  Ce dernier a particulièrement salué la création, en mars 2021, d’un groupe de travail chargé de superviser les activités de la Décennie internationale des langues autochtones 2022-2032, y voyant un « outil de reconquête linguistique ». 

Après avoir entendu la lecture d’un poème en langue autochtone lu par Mme Irma Pineda Santiago, membre de l’Instance (Mexique), se concluant par le vers « tu ne me verras jamais mourir », M. Soosaar a estimé que la Décennie 2022-2032 devait être en phase avec les articles 13 et 14 de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, insistant sur le droit des peuples autochtones de revivifier et transmettre leur langue avec le soutien des États et de contrôler leurs propres établissements scolaires où l’enseignement est dispensé dans leur propre langue.  Il a également appelé les bailleurs de fonds et les institutions internationales à fournir un appui financier pour sauver les langues au bord de l’extinction. 

À cet égard, une bonne nouvelle est venue de l’UNESCO qui a fait part de son intention de recenser les bailleurs de fonds ou partenaires potentiels prêts à financer des initiatives en faveur des langues autochtones.  « L’UNESCO réfléchit à la création d’un mécanisme financier pour financer des initiatives linguistiques pilotées par les autochtones », a expliqué M. Xing.  Le Directeur général adjoint de l’UNESCO a aussi annoncé le lancement d’une enquête multilingue en ligne et d’un processus de consultations régionales en prévision du lancement de la Décennie. 

Par ailleurs, M. Xing a jugé crucial de préserver les langues autochtones en tant que supports de connaissances « uniques et inestimables » pour régler des défis sociaux et économiques et réaliser les objectifs de développement durables (ODD).  Il a aussi cité la création, cette année, d’un « groupe de travail global » pour la réalisation des droits de peuples autochtones qui s’est réuni la première fois le 22 mars 2021.  Si ce groupe est composé de représentants de gouvernements, des peuples autochtones, et de divers mécanismes, un expert de l’Instance a demandé qu’on y adjoigne aussi des experts de la préservation des langues minoritaires. 

Plusieurs propositions concrètes ont aussi émané des représentants des peuples autochtones et des États Membres, à commencer par le Conseil circumpolaire inuit qui a invité les États Membres à créer une institution internationale dédiée aux langues autochtones.  Issue d’un groupe autochtone de 250 personnes, dont seulement 20 maitrisent encore la langue, la représentante de la Lettonie a recommandé l’élaboration d’un répertoire des meilleures pratiques qui servirait de feuille de route aux États pour préserver les droits des peuples autochtones, dont les droits linguistiques. 

« Sur les 250 langues autochtones aborigènes du détroit de Torrès, la moitié ne sont plus parlées et la grande majorité sont menacées », a alerté de son côté l’Australie avant de souligner l’engagement de son gouvernement d’accorder les ressources financières nécessaires à la préservation de ces langues.  « Les États doivent cesser de voir les langues autochtones comme une menace à l’unité des États », a scandé le Congrès mondial Amazigh, en prévenant que « la perte d’une langue est synonyme de perte d’existence  ».  

Le Pérou a dit sa volonté de passer d’un État monolingue à un État multiculturel qui embrasse toute sa diversité linguistique qui regroupe 48 langues parlées par 4 millions de personnes qui représentent 16% de sa population.  Pour sa part, Mme Irma Pineda Santiago, membre de l’Instance (Mexique) a exhorté les États à créer « des programmes concrets aux effets mesurables en matière de préservation des langues autochtones ».  

La question linguistique a également marqué le premier débat de la matinée, consacré aux six domaines mandatés par l’Instance permanente (développement économique et social, culture, environnement, éducation, santé et droits de l’homme), en référence à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. 

Ainsi, le Fonds pour le développement des peuples autochtones d’Amérique latine et des Caraïbes (FILAC) s’est enorgueilli de la création, le 21 avril 2021 à Andorre, en marge du Sommet ibéro-américain des chefs d’État et de gouvernement, d’un institut ibéro-américain des langues autochtones (Instituto Iberoamericano de Lenguas Indígenas (IIALI)).  Le représentant a aussi cité un rapport régional sur la revitalisation des langues autochtones en Amérique latine et dans les Caraïbes afin de faire un inventaire des cadres de protection existants. 

Jugeant important que les langues autochtones soient préservées afin que les connaissances puissent être transmises aux jeunes, l’Association des peuples autochtones de Sibérie du Nord a fait part de ses efforts pour former des enseignants « locuteurs natifs » et des supports pédagogiques pour les écoles. 

Citant l’existence de 19 langues autochtones dans son pays aux côtés des deux langues officielles, le castillan et le guarani, le Paraguay a fait part de l’adoption d’une loi sur le patrimoine culturel qui vise à promouvoir l’utilisation de toutes les langues autochtones. 

S’inquiétant des menaces de disparition qui pèsent sur des nombreuses langues autochtones en Asie, le Caucus asiatique des peuples autochtones a exhorté l’UNESCO de mener un inventaire des bonnes pratiques en matière de préservation des langues autochtones pour faciliter les initiatives des États Membres en matière de recensement et reconnaissance des langues autochtones et leur introduction dans le système d’éducation.   

Au nom du Groupe des pays nordiques, la Finlande a, de son côté, encouragé l’Instance à procéder à un échange sur la question des violences à l’égard des femmes autochtones.  Le Canada a annoncé l’élaboration d’un plan d’action national pour s’attaquer au fléau des femmes autochtones assassinées ou portées disparues ainsi que pour commémorer les survivants des pensionnats pour enfants autochtones.  Le Guatemala, dont 43% de la population est d’origine autochtone, notamment Maya, a indiqué qu’un centre d’appels d’urgence quadrilingue avait été créé pour s’attaquer à la vulnérabilité des femmes autochtones.  À son tour, une représentante des peuples autochtones d’Australie s’est inquiétée du pourcentage d’autochtones incarcérés en Australie et de la destruction de sites archéologiques autochtones  

Les Philippines ont parlé des travaux de la commission nationale sur les peuples autochtones dont le projet dénommé « voyage » a débouché sur la publication d’ouvrages qui raconte l’histoire des peuples autochtones de leur point de vue.  L’Indigenous Information Network, qui intervenait aussi au nom de l’Organisation des femmes autochtones africaines, a insisté sur la reconnaissance du droit à un environnement sain qui permette aux femmes d’utiliser leur connaissance et d’exercer leurs droits culturels.  Enfin, Cuba a regretté que les peuples autochtones continuent d’être victimes de violations graves de leurs droits au quotidien et a exhorté la communauté internationale à faire preuve davantage de volonté politique pour permettre la pleine mise en œuvre de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. 

M. Geoffrey Roth, membre de l’Instance (États-Unis), a ensuite présenté au nom de M. Bornface Museke Mate, membre de l’Instance (Namibie), qui n’a pas pu intervenir en raison d’un problème technique, un résumé des dialogues régionaux tenus par l’Instance en préparation de sa vingtième session.  

Il s’est notamment inquiété des conséquences disproportionnées de la pandémie de COVID-19 sur la marginalisation des peuples autochtone.  Il a appelé les États à générer des statistiques sur les conséquences de la pandémie de COVID-19 sur les droits de peuples autochtones, ainsi que sur la situation des langues autochtones. 

« La protection des terres des peuples autochtones est une priorité absolue dans un contexte de changements climatiques qui frappe les autochtones d’une manière disproportionnée », a-t-il ajouté.  Alors que les terres autochtones sont de plus en plus empiétées par différentes activités économiques, notamment dans le domaine de l’extraction minière, et touchées par la militarisation partout dans le monde, l’expert a appelé à la mise en place de cadres nationaux de consultation avec les peuples autochtones et à des mesures urgentes à tous les niveaux pour préserver les territoires et langues autochtones. 

La prochaine réunion informelle virtuelle ouverte de l’Instance aura lieu le jeudi 29 avril à partir de 9 heures. 

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