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CS/14739
15 décembre 2021
8933e séance - après-midi

Conseil de sécurité: le Chef du BRENUAC appelle à un engagement renouvelé en faveur des processus électoraux en Afrique centrale

Le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (BRENUAC) a souligné, cet après-midi devant le Conseil de sécurité, qu’un engagement renouvelé en faveur de processus électoraux pacifiques et démocratiques reste primordial pour la stabilité de la sous-région.

Évoquant notamment les élections prévues en 2022 et 2023 en Angola, au Tchad, au Congo, en République démocratique du Congo, en Guinée équatoriale, au Gabon et à São Tomé-et-Príncipe, M. François Loucény Fall a appelé à appuyer la création de conditions propices à la tenue d’élections crédibles, inclusives et pacifiques, et la prévention de la violence électorale.  L’appui du Conseil de sécurité sera crucial à cet égard, a ajouté le haut fonctionnaire qui a par ailleurs souligné qu’une Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) forte est nécessaire pour aider ses États membres à relever les nombreux défis qu’affronte la sous-région.

Le Chef du BRENUAC a également jugé le moment propice pour accroître le soutien international aux efforts nationaux et régionaux de lutte contre Boko Haram et l’« État islamique dans la Province de l’Afrique de l’Ouest (ISWAP) », ces deux groupes semblant avoir été affaiblis par les opérations militaires et leurs propres luttes internes, bien qu’ils demeurent une source de grave préoccupation dans le bassin du lac Tchad.

En ce qui concerne la situation dans certains pays précis, M. Fall s’est inquiété de la tournure régionale que prend le conflit dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun où des groupes armés non étatiques formeraient des alliances avec des groupes étrangers avec des armes et tactiques plus complexes.  Il a exhorté toutes les parties à prendre des mesures « sincères et décisives » en vue d’une solution politique négociée, notant qu’un soutien international cohérent et coordonné continuera d’être crucial à cet égard.

M. Fall a par ailleurs salué les « progrès significatifs » réalisés par le Tchad pour atteindre les étapes clefs de la transition, malgré des défis importants, précisant que les autorités de transition ont pris la décision, il y a deux semaines, d’accorder l’amnistie à certains membres de groupes armés.  Les prochaines étapes de la transition -le dialogue national, les élections et le DDR envisagé pour les combattants tchadiens de retour au pays- nécessiteront un soutien international supplémentaire important, d’autant que le Tchad continue de se débattre avec une situation socioéconomique désastreuse, a-t-il souligné. 

En ce qui concerne la situation en République centrafricaine, le Représentant spécial s’est dit convaincu qu’un engagement régional « concerté, cohérent et coordonné », notamment dans le cadre de la feuille de route adoptée à Luanda en septembre, est primordial pour soutenir la mise en œuvre effective de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en RCA, « seule voie viable vers une stabilité durable ». 

Cet appel a été largement relayé par le Niger, au nom des A3+1, qui a appelé à une démarche régionale coordonnée et cohérente en vue d’accomplir des progrès concrets sur le plan du processus de paix et de réconciliation dans ce pays.   

De son côté, la France a appelé tous les acteurs en RCA à respecter le cessez-le-feu et à garantir la sécurité de la population et l’accès humanitaire, exhortant notamment le groupe Wagner à « cesser son œuvre d’exaction, de prédation et violation, aux dépens des Centrafricains ».  Le Royaume-Uni a également condamné les agissements de ce groupe privé de sécurité russe, accusant ses membres de se livrer à des violations des droits humains, entravant de fait les efforts de paix des Casques bleus. 

La Fédération de Russie a pour sa part fustigé les « insinuations hypocrites de certains membres du Conseil de sécurité », affirmant n’avoir pas de leçon à recevoir de pays ayant un « triste historique de déstabilisation des pays africains ».  La délégation a également souligné que les pays africains ont le droit souverain de choisir leurs partenaires dans la lutte contre l’extrémisme violent.   

Sur le même ton, la Chine a regretté que la communauté internationale refuse de reconnaître les progrès réalisés au Burundi et tente au contraire de faire pression, notamment en créant un mandat de Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Burundi.  « L’importation de modèles extérieurs et le recours aux pressions ne feront que créer des conditions d’un retour de flamme et finiront par échouer », a prévenu la délégation qui a par ailleurs appelé la communauté internationale à lutter davantage contre la piraterie maritime dans le golfe de Guinée.

À ce sujet, la Norvège a indiqué les coûts directs et indirects de la piraterie et des vols à main armée dans le golfe de Guinée sont estimé à près de deux milliards de dollars.  Si l’on ajoute à ce coût monétaire le coût humain des risques encourus par les marins, il est clair que la sécurité maritime dans le golfe de Guinée mérite une attention accrue, a estimé la délégation qui a fait part de son intention d’introduire une résolution pour traiter de cette question.   

RÉGION DE L’AFRIQUE CENTRALE S/2021/975

M. FRANÇOIS LOUCÉNY FALL, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (BRENUAC), a déclaré que la gestion de la COVID-19 a mis en évidence certains défis de gouvernance des États d’Afrique centrale qui doivent être relevés pour permettre à la sous-région de prévenir, d’atténuer et de résoudre avec succès les crises futures.  Il a estimé que les lacunes en matière de gouvernance continuent d’entraver les efforts sous-régionaux vers une paix et un développement durables.

« Alors que la sous-région se prépare pour des élections cruciales en 2022 et 2023, notamment en Angola, au Tchad, au Congo, en République démocratique du Congo, en Guinée équatoriale, au Gabon et à São Tomé-et-Príncipe », il a souligné qu’un engagement renouvelé en faveur de processus électoraux pacifiques et démocratiques reste primordial pour la stabilité régionale.  Cela nécessite un appui à la création de conditions propices à la tenue d’élections crédibles, inclusives et pacifiques, et la prévention de la violence liée aux élections.  L’appui du Conseil de sécurité sera crucial à cet égard, a-t-il ajouté. 

« Une Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) forte est nécessaire pour aider ses États membres à relever les nombreux défis qu’affronte l’Afrique centrale » a-t-il ajouté, avant de citer, entre autres, la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent dans le bassin du lac Tchad, l’insécurité maritime dans le golfe de Guinée, la faible participation des femmes aux processus politiques, et l’impact des changements climatiques sur la paix et la sécurité.

Il a indiqué que les activités de Boko Haram et de l’« État islamique dans la Province de l’Afrique de l’Ouest (ISWAP) » dans le bassin du lac Tchad demeurent une source grave de préoccupation.  Ces deux groupes semblant cependant avoir été affaiblis par les opérations militaires et leurs propres luttes internes, il a jugé le moment propice pour accroître le soutien international aux efforts nationaux et régionaux destinés à les vaincre.  Il a estimé que la Force multinationale mixte et les armées nationales concernées ont un besoin urgent d’assistance technique et matérielle, notamment pour procéder à l’élimination des engins explosifs improvisés, qui sont devenus l’une des principales causes de décès dans leurs rangs.

Un soutien international est également nécessaire en matière de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) car l’affaiblissement de Boko Haram et la mort de son leader Abubakar Shekau ont entraîné la défection de milliers d’anciens associés, a-t-il ajouté.  M. Fall a également jugé urgent d’intensifier le soutien international à la mise en œuvre de la Stratégie régionale en faveur de la stabilisation, du redressement et de la résilience des zones du bassin du lac Tchad touchées par Boko Haram.  En outre, le BRENUAC et le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) continueront de donner la priorité à la sécurité maritime dans le golfe de Guinée, où la criminalité maritime organisée demeure une menace pour la sécurité de l’État et des personnes, malgré une diminution globale des actes de piraterie. 

M. Fall a par ailleurs indiqué que la participation des femmes aux processus de paix et politiques demeurent limitée, malgré certains progrès dans certaines parties de la sous-région.  Alors que l’impact des changements climatiques exacerbe les tensions entre les communautés en Afrique centrale, en raison de la raréfaction des ressources naturelles, il s’est dit encouragé par l’engagement de la sous-région à relever les défis de la sécurité climatique, comme réitéré lors de la cinquante-deuxième session de la Réunion ministérielle du Comité consultatif permanent des Nations Unies chargé des questions de sécurité en Afrique centrale, qui s’est tenue à Libreville le mois dernier. 

Poursuivant, le Représentant spécial a indiqué que plusieurs pays d’Afrique centrale ont continué à être confrontés à des problèmes politiques et de sécurité ayant des répercussions négatives avérées ou potentielles sur les pays voisins et la stabilité régionale.  M. Fall a fait savoir que le Tchad a fait des progrès significatifs pour atteindre les étapes clefs de la transition, malgré des défis importants.  Précisant que les autorités de transition ont pris la décision, il y a deux semaines, d’accorder l’amnistie à certains membres de groupes armés, M. Fall a espéré que le dialogue national sera pleinement inclusif, significatif et transparent.  Les prochaines étapes de la transition -le dialogue national, les élections et le DDR envisagé pour les combattants tchadiens de retour au pays- nécessiteront un soutien international supplémentaire important, d’autant que le Tchad continue de se débattre avec une situation socioéconomique désastreuse, a-t-il souligné. 

En ce qui concerne la situation en République centrafricaine, il s’est dit convaincu qu’un engagement régional concerté, cohérent et coordonné, notamment dans le cadre de la feuille de route adoptée à Luanda en septembre, est primordial pour soutenir la mise en œuvre effective de l’Accord politique pour la paix et la réconciliation en RCA, « seule voie viable vers une stabilité durable ».

Par ailleurs, le Chef du BRENUAC s’est inquiété de la tournure régionale que prend le conflit dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun où des groupes armés non étatiques formeraient des alliances avec des groupes étrangers avec des armes et tactiques plus complexes.  Face à l’insuffisance des initiatives de résolution du conflit, M. Fall a salué les nouvelles initiatives locales visant à promouvoir une approche allant de la base vers le sommet pour promouvoir la résolution de la crise par le dialogue.  Il a exhorté toutes les parties à prendre des mesures sincères et décisives en vue d’une solution politique négociée en complément des recommandations du Grand dialogue national, pour une résolution pacifique et durable de la crise.  Un soutien international cohérent et coordonné continuera d’être crucial à cet égard, a-t-il estimé.

M. JAMES PAUL ROSCOE (Royaume-Uni) a salué le travail en cours du BRENUAC en matière de prévention des conflits et de médiation à travers l’Afrique centrale.  Il a jugé important d’intensifier la coordination entre le Bureau et les équipes de pays de l’ONU dans la sous-région, en mettant particulièrement l’accent sur la mise en œuvre des plans et stratégies pertinents.  Abordant la situation dans les différents pays, le délégué a encouragé le Gouvernement du Tchad à continuer de mener un processus inclusif pour faciliter une transition politique pacifique et réussie.  Il a fait part de la profonde préoccupation de son pays quant à la crise actuelle et les violations persistantes des droits humains dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest du Cameroun.  Les impacts sur les civils continuent d’y être profonds, a-t-il alerté, notant que le conflit dans ces régions ayant chassé environ 650 000 personnes de chez elles et contraint près de 70 000 personnes à chercher refuge au Nigéria voisin.  Il a ajouté que son gouvernement a alloué 6 millions de dollars supplémentaires d’aide humanitaire au Cameroun cette année.   

Le représentant a également condamné fermement les attaques terroristes contre des civils dans l’extrême-nord du Cameroun et dans l’ensemble du bassin du lac Tchad, assurant que le Gouvernement britannique continue de soutenir les efforts internationaux de stabilisation régionale et des gouvernements locaux.  Après avoir appelé le Burundi à entretenir le dialogue avec les mécanismes des droits humains, le délégué britannique a condamné les agissements du groupe Wagner en République centrafricaine, où, a-t-il accusé, leurs membres se livrent à des violations des droits humains, entravant de ce fait les efforts de paix des Casques bleus.  

M. VEBJØRN HEINES (Norvège) a commencé par aborder la situation dans le golfe de Guinée, où la menace de la piraterie et des vols à main armée représente des coûts directs, indirects et en matière d’opportunités pour les régions environnantes, pour un montant estimé à près de 2 milliards de dollars, selon un rapport d’analyse financé par la Norvège avec l’appui de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) et publié la semaine dernière.  Si l’on ajoute à ce coût monétaire le coût humain des risques encourus par les marins, il est clair que la sécurité maritime dans le golfe de Guinée mérite une attention accrue, a fait observer M. Heines qui a fait savoir que sa délégation a l’intention d’introduire une résolution pour traiter de cette question. 

Une telle résolution, a-t-il détaillé, permettrait notamment d’accroître l’attention portée à cette question importante dans la région et au-delà et encourager les efforts nationaux, régionaux et internationaux en cours.  À l’approche du dixième anniversaire du Code de conduite de Yaoundé, une nouvelle résolution serait également l’occasion de faire le point sur ce qui fonctionne et ce qui peut être amélioré, a-t-il estimé.

Mme SHERAZ GASRI (France) a jugé essentiel d’accompagner les dialogues politiques dans la région.  « En République centrafricaine, la France salue les efforts régionaux de médiation, en particulier l’engagement de l’Angola et du Rwanda. »  Au Tchad, elle a qualifié d’encourageantes les étapes franchies depuis l’adoption d’une feuille de route de la transition fin juillet, avant de souhaiter que les élections prévues en septembre 2022 se déroulent de manière libre, transparente et inclusive.  « Au Cameroun, la France poursuit ses échanges avec les autorités et son appui aux initiatives de médiation afin de soutenir la voie du dialogue. »  C’est par cette voie qu’il sera possible de trouver une issue politique à la crise dans les régions du nord-ouest et du sud-ouest, où les violences se multiplient, a poursuivi la déléguée.

Évoquant de nouveau la République centrafricaine, la déléguée a appelé tous les acteurs à respecter le cessez-le-feu et à garantir la sécurité de la population et l’accès humanitaire.  « Wagner doit cesser son œuvre d’exaction, de prédation et violation, aux dépens des Centrafricains », a-t-elle exhorté.  Mme Gasri a ensuite condamné les actes de piraterie dans le golfe de Guinée, ainsi que l’expansion de l’État islamique en Afrique de l’Ouest.  La France continuera d’accompagner la Force multinationale mixte des États riverains du lac Tchad, a-t-elle assuré.  Enfin, Mme Gasri a exhorté les États de la région à se mobiliser, avec le soutien du Bureau, pour une gouvernance inclusive, en mentionnant les élections qui doivent se tenir dans plusieurs États de la région.  « Il est essentiel que ces élections se déroulent dans un contexte permettant à tous les acteurs d’y prendre part », a conclu Mme Gasri, en soulignant l’importance d’une pleine participation des femmes et des jeunes.

M. ANDRE LIPAND (Estonie) a noté que la région de l’Afrique centrale continue de faire face à de nombreux défis sur les plans politique, économique et sécuritaire, et qu’un besoin de consolidation de la démocratie s’y fait sentir.  Dans ce contexte, il a encouragé le Tchad à poursuivre une transition pacifique sous administration civile.  Plus généralement, il a souhaité que la priorité soit davantage accordée à des processus électoraux pacifiques, inclusifs et crédibles, qui contribuent à une plus grande représentation des femmes dans la vie publique.  Le délégué s’est par ailleurs dit préoccupé par l’absence d’amélioration de la situation sécuritaire dans la région cette année.  Le nombre d’incidents au Cameroun et au Tchad, le recours accru aux engins explosifs improvisés et les attaques contre les civils continuent de faire peser une menace sérieuse sur la stabilité régionale, a-t-il observé, dénonçant en particulier les attaques ciblées contre les écoles, le personnel des Nations Unies et les organisations humanitaires.  Condamnant également les entraves à l’exécution du mandat de la MINUSCA en République centrafricaine, il a appelé les pays de la région à aborder la question de la responsabilité face à ces violations des droits humains et à progresser dans la lutte contre l’impunité.  Convaincu qu’une plus grande intégration régionale est essentielle pour garantir la paix et le développement, le représentant s’est félicité des améliorations continues de la coopération bilatérale et régionale entre les pays de la région à l’appui du processus de paix.  Selon lui, la coopération est encore plus indispensable pour lutter contre la pandémie de COVID-19 et contre les effets des changements climatiques, ces derniers menaçant la paix et la sécurité internationales tout en aggravant la situation humanitaire. 

M. HAI ANH PHAM (Viet Nam) s’est dit préoccupé par l’insécurité persistante dans la région, en particulier autour du bassin du lac Tchad, en raison des activités des groupes armés et terroristes.  Il a aussi déploré l’insécurité maritime dans le golfe de Guinée et appelé à un dialogue renouvelé afin de remédier à la violence dans le nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun.  Le délégué a jugé « critique » la situation humanitaire en Afrique centrale et plaidé pour un soutien généreux aux plans de réponse humanitaire.  Il a souligné l’importance de remédier aux causes profondes de l’instabilité.  « La situation actuelle exige un renforcement des efforts pour répondre aux menaces sécuritaires des groupes armés et terroristes, une amélioration de la gestion des ressources naturelles, la promotion de la réconciliation aux niveaux national et régional et une intégration accrue aux fins de développement. »  Le délégué a enfin souligné l’importance de la contribution du BRENUAC pour la stabilité de la région, avant de demander une assistance technique et financière soutenue pour les pays de la région en cette période difficile.

M. RAVINDRA RAGUTTAHALLI (Inde) a salué les avancées positives dans la région, reconnaissant cependant que des défis subsistent.  C’est pourquoi il a appelé les pays concernés à persévérer pour trouver des solutions durables à certains de leurs défis politiques persistants.  Sur le plan sécuritaire, la propagation du terrorisme en Afrique centrale, y compris dans le bassin du lac Tchad, reste un sujet de grave préoccupation pour la délégation.  De même, l’expansion de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) et la poursuite des massacres perpétrés par Boko Haram sont des signes inquiétants qui méritent une condamnation sans équivoque.  À cet égard, il a salué les efforts déployés au niveau régional qui contribuent à résoudre ces problèmes, comme la Force multinationale mixte et l’accord quadripartite conclu entre le Tchad, la Libye, le Niger et le Soudan pour sécuriser leur frontière commune et résoudre les problèmes qui s’y posent de part et d’autre.

Pareillement, le représentant a loué le rôle décisif du Nigéria dans le maintien de la Force multinationale mixte.  Pour lui, l’intersection complexe des défis dans la région de l’Afrique centrale exige une réponse multiforme, y compris un processus politique inclusif avec des réformes électorales et le renforcement des capacités nationales et des administrations locales pour promouvoir le développement socioéconomique.  La communauté internationale doit soutenir les pays de la région dans leurs aspirations à la croissance économique, a encouragé la délégation.  Pour sa part, l’Inde entretient des relations bilatérales cordiales et amicales avec les pays d’Afrique centrale, a-t-elle dit, faisant référence à l’aide à la coopération et au développement à travers des « prêts à taux préférentiels » d’une valeur de deux milliards de dollars pour des projets dans les domaines de l’agriculture, des transports, de l’électricité et de l’approvisionnement en eau.

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMÍREZ (Mexique) a pris note des mesures positives prises pour garantir une transition démocratique au Tchad, saluant l’engagement en faveur de l’adoption d’une nouvelle constitution et de l’organisation d’élections en 2022, ainsi que l’inclusion de femmes dans la commission chargée d’organiser le dialogue national.  Il a espéré que cela posera un premier jalon en vue d’un processus électoral ouvert à la participation de tous les groupes de la société tchadienne.  Le représentant a également mis en exergue le rôle vital de l’Union africaine, en la personne de son Représentant spécial pour le Tchad, dans la concrétisation de la transition au cours des 18 prochains mois. 

Le délégué mexicain a réitéré d’autre part son inquiétude face à la violence qui fait encore des victimes dans le nord-ouest et le sud-ouest du Cameroun, condamnant en particulier les attaques visant les écoles et le personnel scolaire, car cela prive les nouvelles générations de leur droit à l’éducation et perpétue le cycle de conflits.  Il s’est alarmé par ailleurs du lien entre des groupes séparatistes du Cameroun et du Nigéria.  M. de la Fuente Ramírez a exhorté à privilégier le dialogue et la mobilisation des organisations régionales et du BRENUAC, ajoutant qu’il est encore temps d’éviter l’intensification de la violence. 

Passant à la situation en République centrafricaine, il a encouragé le BRENUAC à appuyer la mise en œuvre de la feuille de route pour la paix, adoptée à l’occasion du Sommet extraordinaire de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, qui a conduit, en octobre dernier, à la déclaration unilatérale de cessez-le-feu.  Il a regretté qu’en dépit de telles initiatives, les affrontements se poursuivent.  Le représentant a ensuite jugé préoccupante la libération de Hassan Bouba, accusé de crimes de guerre, réaffirmant que l’obligation d’établir les responsabilités est une composante centrale de tout processus de réconciliation nationale. 

Concernant la situation humanitaire en Afrique centrale, le représentant a prié le Bureau régional de veiller à l’élaboration d’une stratégie régionale pour l’élimination de la prolifération et le trafic d’armes légères et de petit calibre; et à axer ses efforts, en collaboration avec les organisations régionales, sur le renforcement des capacités institutionnelles et juridiques des États de l’Afrique centrale en matière électorale.  Dans ce contexte, il a salué l’envoi en juillet dernier, à Sao Tomé-et-Principe, d’une mission d’observation électorale de l’Union africaine et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale, formant le vœu que cette pratique se généralise en prévision des élections de 2022.  

M. SUN ZHIQIANG (Chine) a déclaré que la stabilité en Afrique centrale a une incidence sur la sécurité dans les autres régions.  Pour y parvenir, la communauté internationale doit entendre et écouter la voix des pays de la région.  L’importation de modèles extérieurs et le recours aux pressions ne feront que créer des conditions d’un retour de flamme et finiront par échouer.  Il a ensuite regretté que la communauté internationale refuse de voir les progrès réalisés au Burundi et tente au contraire de faire pression, notamment en créant un mandat de rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au Burundi.  La Chine rejette cela et demande à ce que l’on respecte la souveraineté du Burundi, a dit son représentant.  Il a également salué les efforts déployés par le Cameroun pour résoudre la crise dans la partie anglophone du pays.  En outre, a-t-il poursuivi, la communauté internationale devrait davantage lutter contre la piraterie maritime dans le golfe de Guinée, en tant que menace à la sécurité dans la région et menace internationale au sens large.  Enfin, dans le contexte de la lutte contre la pandémie de COVID-19, la communauté internationale devrait faciliter la livraison des vaccins, a conclu le représentant, avant de réitérer les contributions de son pays en la matière.

Mme GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) a rappelé que le projet de résolution sur le climat et la sécurité, présenté cette semaine par son pays et le Niger, n’a pas été adopté par le Conseil de sécurité.  Parrainé par 113 pays, ce texte aurait pu être « une première étape importante dans l’établissement d’un cadre renforcé pour l’action future », a-t-elle regretté.  Estimant qu’on ne peut plus ignorer la réalité et l’impact des risques sécuritaires liés au climat, elle a relevé que, lors du débat au Conseil sur « la sécurité dans le contexte du terrorisme et des changements climatiques », de nombreuses références ont été faites au lien existant entre les variations du climat et les recrutements opérés par des groupes terroristes, dont Boko Haram, en particulier au Sahel et dans le bassin du lac Tchad.  L’Irlande, a-t-elle ajouté, soutient les efforts visant à s’attaquer aux causes profondes des conflits dans le cadre d’une approche intégrant ce « triple lien ». 

Constatant que la crise climatique a exacerbé les tensions le long des affluents du lac Tchad au cours des dernières décennies, provoquant de violents affrontements entre pêcheurs et éleveurs, et le déplacement de milliers de personnes au Cameroun et au Tchad, Mme Byrne Nason a noté avec satisfaction que le BRENUAC a collaboré avec le Mécanisme de sécurité climatique et d’autres partenaires pour mener une analyse des principaux risques et menaces de sécurité aggravés par les changements climatiques et environnementaux dans la sous-région.  La déléguée a également salué l’approche holistique et régionale adoptée par le BRENUAC, la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC), l’Union africaine et le Fonds pour la consolidation de la paix en soutien du processus de transition au Tchad, tout en se disant préoccupée par les défis sécuritaires, politiques et humanitaires que connaît le pays et leur impact sur l’ensemble de la région. 

La représentante s’est par ailleurs alarmée de la situation humanitaire en République centrafricaine, se faisant l’écho de l’appel du Secrétaire général en faveur d’un retour à l’Accord politique pour la paix et la réconciliation de 2019.  Enfin, après avoir condamné les attaques visant les organisations humanitaires, le personnel médical et les établissements d’enseignement, elle a exhorté les pays de la région à intégrer une approche de genre dans leur travail pour la paix et la sécurité en Afrique centrale.

Mme ANNA M. EVSTIGNEEVA (Fédération de Russie) a déclaré que la situation en Afrique centrale nécessite un Bureau fort pour qu’y soit déployée une diplomatie efficace de médiation dans toute la sous-région, laquelle est confrontée aux menaces posées par l’activité de multiples groupes terroristes.  Ces derniers, a-t-elle dit, continuent à s’attaquer aux militaires des armées régulières des pays de la région et de terroriser les populations locales, qu’ils contraignent à les soutenir contre les gouvernements en place.  Elle a plaidé pour un renforcement des efforts des États pour bloquer l’approvisionnement des terroristes tant en information, en argent et en armes qu’en « ressources humaines et techniques ».  La représentante a également attiré l’attention sur la nécessité de mieux sécuriser le golfe de Guinée, où se multiplient les enlèvements de marins russes contre rançon.  À cet égard, elle a suggéré la création d’un système de reconnaissance de navires potentiellement dangereux pour réduire les risques de piraterie, cela en mobilisant l’expertise de l’ONUDC, qui a excellé dans la lutte contre la criminalité maritime dans la Corne de l’Afrique.  Concernant la situation en Centrafrique, la représentante a qualifié d’accusations contre la Fédération de Russie les déclarations de certains membres du Conseil de sécurité, qui ont un triste historique de déstabilisation en Afrique mais aussi en matière de crimes de masse et de violations des droits de l’homme.

M. RICHARD M. MILLS, JR. (États-Unis) a d’entrée exprimé sa reconnaissance à l’Union africaine qui a nommé un haut représentant pour le Tchad et encouragé à des réformes dans ce pays.  Des efforts qu’il a appuyés tout en se faisant l’écho des appels en faveur d’une transition civile et démocratique pour la tenue d’élections en 2022.  Le représentant a ensuite évoqué les avancées réalisées sur les indicateurs clefs et appelé à davantage de progrès notamment s’agissant du dialogue national.  Il a évoqué la décision du Conseil militaire de transition, annoncée le 29 novembre dernier, d’octroyer l’amnistie à 300 membres des groupes armés qui pourront contribuer, selon lui, au dialogue national.  La société civile et les femmes doivent être incluses dans ce dialogue, a insisté le délégué, appelant à un « calendrier électoral précis ».

En ce qui concerne le Cameroun, il s’est dit préoccupé par la poursuite de la violence et le manque de dynamisme dans le dialogue entre le Gouvernement et les groupes armés.  S’agissant de la République centrafricaine, il a déclaré que toutes les parties devaient respecter le cessez-le-feu et adhérer à la feuille de route conjointe pour la paix en République centrafricaine adoptée par la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.  En outre, tous les acteurs de la sécurité doivent mettre fin aux violations des droits de l’homme et coordonner leurs activités avec la MINUSCA, a préconisé la délégation américaine.  Au sujet du Burundi, tout en rappelant que les États-Unis ont mis fin à leur programme de sanctions et aux restrictions de visa y afférentes le 18 novembre, M. Mills, Jr. s’est dit préoccupé par les informations faisant état de violations et d’abus des droits de l’homme. 

Toutefois, cette décision a été prise après que le Burundi a pris des mesures positives concrètes, montrant sa détermination à poursuivre les réformes. 

Pour finir, il a indiqué que son pays continue d’offrir une récompense de cinq millions de dollars pour toute information qui pourrait conduire à l’arrestation ou au transfert du chef de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), Joseph Kony, et contribuer à le faire traduire en justice.

M. ABDOU ABARRY (Niger), qui s’exprimait au nom des A3+1, a salué le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique centrale pour son exposé complet et instructif, et pour son travail afin de promouvoir la diplomatie préventive à travers la région.  La situation politique de cette dernière connaît en effet des avancées positives significatives pour lesquelles il a applaudi les efforts du BRENUAC aux côtés de l’Union africaine, de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale ainsi que les partenaires régionaux qui continuent à faciliter la consolidation de la paix.  Les actions du Bureau en faveur du renforcement et de la promotion de la paix et la sécurité ont eu un impact manifeste, a-t-il dit. 

Le représentant a encouragé à cet égard la mise en œuvre effective des décisions adoptées à la dix-neuvième Conférence virtuelle des Chefs d’État et de gouvernement de la CELAC pour faire avancer l’intégration et la sécurité régionales, et celles issues du mini-sommet de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL), qui s’est tenu le 16 septembre 2021, les deux rencontres ayant favorisé la déclaration d’un cessez-le-feu unilatéral par le Président Touadera en République centrafricaine.  Il a réitéré qu’un dialogue national réellement inclusif est capital pour revitaliser l’Accord de paix de 2019 en RCA, raison pour laquelle le représentant nigérien a appelé à une démarche régionale coordonnée et cohérente en vue d’accomplir des progrès concrets sur le plan du processus de paix et de réconciliation dans ce pays. 

M. Abarry a salué à cet égard les bons offices et l’appui politique prêtés par la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA).  Cette approche collaborative est essentielle pour aborder de manière globale les problèmes affectant les États et régions voisins, dont la plupart sont transversaux.  Il a souligné que l’un des exemples concrets est la présence de combattants étrangers dans le sud de la Libye et leur effet potentiellement déstabilisateur sur les États et régions voisins.  Pour faire face à cette situation, il a encouragé le BRENUAC à étendre sa coopération avec les autres bureaux régionaux de l’ONU, notamment le Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) et le Bureau de l’Envoyé spécial pour la région des Grands Lacs.  Le représentant a encouragé les autorités tchadiennes à tout mettre en œuvre pour l’ouverture de l’espace démocratique aux opposants et aux groupes politico-militaires et à garantir la place de la femme dans le cadre des processus de paix.

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