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CS/14736
14 décembre 2021
8930e séance – après-midi

Conseil de sécurité : lueur d’espoir avec la reprise des négociations sur l’accord nucléaire iranien mais le temps presse

Cet après-midi, le Conseil de sécurité s’est réuni pour entendre l’exposé semestriel sur l’application de la résolution 2231 (2015), par laquelle il a approuvé le Plan d’action global commun sur le programme nucléaire iranien.  La Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, Mme Rosemary DiCarlo, a présenté le douzième rapport du Secrétaire général sur la question.  Elle a espéré que la reprise des efforts diplomatiques, le 29 novembre 2021, à Vienne, conduira à une coopération renouvelée et efficace entre tous les participants au Plan, à savoir l’Allemagne, la Chine, la Fédération de Russie, la France, le Royaume-Uni et la République islamique d’Iran, ainsi que l’Union européenne. 

En sa qualité de Coordonnateur de la Commission conjointe créée par le Plan d’action, le Chef de la délégation de l’Union européenne, M. Olof Skoog, a rappelé que son objectif reste de négocier le retour des États-Unis, après leur retrait en 2018, et de faire en sorte qu’ils reprennent avec la République islamique d’Iran les engagements du Plan d’action.  Mu toutefois par un sentiment d’urgence, il a déclaré qu’il ne reste plus beaucoup de temps pour les négociations à la lumière de l’accélération du programme nucléaire iranien. 

Le Conseil était également saisi de deux rapports présentés par la Facilitatrice chargée par le Conseil de sécurité de promouvoir l’application de la résolution 2231 (2015), Mme Geraldine Byrne Nason, représentante de l’Irlande. Après avoir souligné le professionnalisme et l’impartialité dont l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) fait preuve dans le cadre de ses activités de vérification et de surveillance en Iran, La Facilitatrice a reconnu comme M. Skoog que le Plan d’action reste « le meilleur moyen de garantir le caractère exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien ». 

Mme DiCarlo est revenue sur les efforts diplomatiques entrepris pour remettre le Plan « sur les rails », après cinq mois de suspension du fait de l’élection présidentielle en Iran.  Vu le statut actuel des négociations, le rétablissement complet du Plan nécessitera des efforts et de la patience supplémentaires, a-t-elle averti.  En effet, comme l’on fait remarquer la France et le Royaume-Uni, après deux semaines de discussions à Vienne, « force est de constater que la survie de l’accord nucléaire iranien est plus que jamais menacée ».  Les délégations ont jugé préoccupant le positionnement de la nouvelle équipe de négociation iranienne qui a formulé des demandes allant au-delà du Plan. Les États-Unis qui sont pourtant « prêts à revenir au Plan si l’Iran fait de même », ont ainsi dénoncé les nouvelles « provocations » de l’Iran qui a avancé « des positions vagues, irréalistes, maximalistes et non constructives sur les questions nucléaires et les sanctions ». 

Malgré le changement de ton affiché par l’Iran ces derniers jours, les discussions ne vont pas dans le bon sens et ne progressent pas assez vite de l’avis de la majorité des délégations qui se sont inquiétées de l’escalade nucléaire iranienne.  Si l’Iran ne s’engage pas de manière constructive, la crise deviendra alors inévitable et sera coûteuse pour tous, a averti l’Allemagne.  Selon elle, un tel dénouement, qui ne serait dans l’intérêt de personne, est « parfaitement évitable », même si la fenêtre de tir pour agir ne cesse de se réduire. 

Tempérant ces propos, la Fédération de Russie a contredit l’idée selon laquelle le Plan  serait caduque  au prétexte que le processus de Vienne n’avancerait  pas assez vite.    « Il n’existe actuellement aucune alternative au Plan », a martelé son représentant, soulignant que grâce à son mécanisme de vérification rigoureux, l’Iran est désormais l’État le plus « vérifiable » au monde.  Appuyée par la Chine, la Fédération de Russie a estimé que c’est le retrait unilatéral des États-Unis, et non le comportement de l’Iran, qui est la cause profonde de tous les problèmes actuels.   L’objectif aujourd’hui doit être de revenir au Plan qui reflète  « un équilibre soigneusement calibré des intérêts  des différentes parties ». 

Ce point de vue a été partagé par l’Iran pour qui « parler de renégociation du Plan d’action pour  en  étendre la portée, ou le champ d’application, reste  tout à fait inacceptable et voué à l’échec ».  Les accords doivent être respectés,  a insisté son représentant, en dénonçant les mesures unilatérales coercitives qui visent son pays.    Ce sont là des  « conditions a minima » pour la pérennisation de l’accord, a-t-il souligné en rappelant la bonne foi de l’Iran dans  toutes les étapes des négociations du Plan d’action.  D’après lui, son pays a fait preuve d’une retenue maximale puisqu’il n’a commencé à prendre des mesures « réversibles » de riposte qu’un an après le retrait américain. 

Plus optimiste, Mme DiCarlo a rappelé que l’accord sur le nucléaire iranien était le fruit de plus d’une décennie de diplomatie acharnée.  La résolution 2231 (2015) est largement considérée comme une pierre angulaire de la non-prolifération nucléaire et un exemple de ce que le dialogue et la diplomatie peuvent réaliser, a-t-elle souligné.  Le Secrétaire général espère maintenant que dans leurs négociations en cours, les États-Unis et l’Iran feront preuve du même esprit et du même engagement qui ont permis d’aboutir au Plan, « parce qu’il n’y a tout simplement pas d’alternative viable à la mise en œuvre complète et efficace du Plan et de la résolution ». 

Pour ce faire, Mme DiCarlo a exhorté les États-Unis à lever ou suspendre leurs sanctions et à étendre les dérogations concernant le commerce du pétrole avec l’Iran ainsi que celles relatives à certaines activités nucléaires civiles. Parallèlement, elle a demandé à l’Iran de revenir sur des mesures incompatibles avec les dispositions du Plan.  En effet, au cours de la période considérée, l’AIEA a indiqué que l’Iran avait poursuivi ses activités de recherche et de développement liées à la production d’uranium métal et d’uranium enrichi et au développement de missiles balistiques porteurs d’armes nucléaires.   

NON-PROLIFÉRATION - S/2021/992, S/2021/995, S/2021/1019

Déclarations

Mme  ROSEMARY  DICARLO, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et à la consolidation de la paix, a rappelé que le 29  novembre, les efforts diplomatiques sur le Plan d’action global commun ont repris à Vienne.  Le statut actuel des négociations laisse entendre que le rétablissement complet du Plan nécessitera des efforts et de la patience supplémentaires.  Le Plan d’action lui-même était le résultat de plus d’une décennie de diplomatie acharnée, a signalé Mme  DiCarlo.  « L’effort en valait pourtant la peine ».  Le Plan et la résolution  2231 (2015), sont largement considérés comme une « pierre angulaire » de la non-prolifération nucléaire et un exemple de ce que le dialogue et la diplomatie peuvent réaliser. 

Le Secrétaire général espère que dans leurs négociations en cours, les États-Unis et l’Iran feront preuve du même esprit et du même engagement qui ont abouti au PAGC, a indiqué Mme  DiCarlo, ajoutant « qu’il n’y a tout simplement pas d’alternative viable à la mise en œuvre complète et efficace du Plan et de la résolution ».  À cet égard, Mme  DiCarlo et le Secrétaire général ont exhorté les États-Unis à lever ou suspendre leurs sanctions, comme prévu dans le Plan et à étendre les dérogations concernant le commerce du pétrole avec l’Iran ainsi que celles relatives à certaines activités civiles de la centrale nucléaire de Bushehr, de l’installation de Fordow et du réacteur d’Arak.  Mme  DiCarlo a également souhaité voir la prolongation des dérogations qui portent sur le transfert d’uranium enrichi hors de la République islamique d’Iran en échange d’uranium naturel. 

Parallèlement, le Secrétaire général demande à l’Iran de revenir sur les mesures prises qui ne sont pas conformes à ses engagements liés au nucléaire dans le cadre du Plan, a précisé Mme  DiCarlo.  En effet, au cours de la période considérée, l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a fait savoir que l’Iran avait poursuivi ses activités de recherche et développement liées à la production d’uranium métal, a rappelé Mme  DiCarlo avant de passer en revue une série d’actions iraniennes contrevenant au Plan.  Selon les estimations de l’AIEA, l’Iran disposerait d’un stock total d’uranium enrichi de 2 489,7 kg, dont 113,8 kg enrichi jusqu’à 20% et 17,7  kg enrichi jusqu’à 60 % d’uranium-235 respectivement, ce qui est « au-dessus des limites arrêtées dans le Plan ».  En outre, le 1er décembre, l’Agence a signalé que l’Iran avait également commencé l’enrichissement d’uranium à l’aide de centrifugeuses de pointe à l’usine d’enrichissement de combustible de Fordow. 

Le Plan et la résolution  2231 (2015) soutiennent les objectifs communs de non-prolifération nucléaire et de sécurité régionale et internationale, a fait valoir la Secrétaire générale adjointe.  À cet égard, les initiatives bilatérales et multilatérales visant à améliorer les relations avec l’Iran constituent des développements positifs.  Elle a encouragé l’Iran à répondre aux préoccupations soulevées par les participants au Plan et par d’autres États Membres concernant la résolution  2231 (2015).  En outre, l’ONU a appelé les États Membres et le secteur privé à se limiter à faire des transactions commerciales avec l’Iran à travers les arrangements disponibles, tels que le Soutien international des échanges commerciaux (INSTEX), le canal d’approvisionnement prévu dans la résolution  2231 (2015) et l’Accord commercial humanitaire suisse, le cas échéant. 

Passant aux mesures énoncées à l’annexe  B de la résolution, Mme  DiCarlo a dit qu’en ce qui concerne les dispositions relatives au nucléaire, aucune nouvelle proposition n’a été soumise au cours des six derniers mois à la filière d’approvisionnement. 

Au cours de la période considérée, a poursuivi l’intervenante, le Secrétariat a reçu des informations concernant le transfert éventuel d’articles à double usage liés au nucléaire vers l’Iran.  Dans un cas, le Secrétariat a confirmé que les articles exportés d’Allemagne ne figuraient pas sur la liste des articles à double usage figurant dans la résolution  2231 (2015) et ne nécessitaient donc pas l’approbation du Conseil avant leur transfert.  Dans un deuxième cas, un individu a été inculpé en Norvège pour avoir fourni une assistance technique à quatre chercheurs iraniens sur un article figurant sur cette liste.  Cette affaire est en instance, et le procès doit avoir lieu en 2022. 

Concernant les dispositions relatives aux missiles balistiques, la France, l’Allemagne, l’Iran, Israël, la Fédération de Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis ont fourni des informations au Secrétaire général et au Conseil de sécurité concernant un lancement de missile balistique en mai  2021 et deux essais de lanceurs spatiaux par l’Iran en juin 2021.  Les informations fournies reflètent des interprétations divergentes parmi ces États Membres quant à savoir si ces lancements sont compatibles ou non avec le paragraphe 3 de la résolution, a indiqué la Secrétaire générale adjointe.  Le Secrétariat a également examiné les débris de six missiles balistiques, d’un missile de croisière et de plusieurs drones utilisés dans diverses attaques contre l’Arabie saoudite.  Les autorités saoudiennes pensaient que ces systèmes d’armes avaient été transférés aux combattants houthistes au Yémen d’une manière incompatible avec la résolution  2231 (2015), a expliqué Mme  DiCarlo. 

Enfin, en ce qui concerne les dispositions relatives au gel des avoirs, le Secrétariat a reçu des informations d’un État Membre concernant les activités financières et commerciales de deux personnes et d’une entité figurant sur la Liste de la résolution  2231 (2015), ce qui pourrait être incompatible avec le gel des avoirs.  Le Secrétariat analyse actuellement les informations reçues et fera rapport au Conseil, le cas échéant. 

En conclusion, la Secrétaire générale adjointe a mis l’accent sur le fait que ces derniers jours, l’Iran et les États-Unis ont de nouveau confirmé leur sérieux en cherchant à revenir à la pleine mise en œuvre du Plan d’action.  Le Secrétaire général s’est dit « encouragé par ces engagements », a-t-elle dit, et il appelle les deux pays à les traduire rapidement en un accord mutuellement acceptable.  Le Secrétaire général est également reconnaissant aux autres participants de la Commission conjointe pour leurs efforts diplomatiques continus, a ajouté Mme  DiCarlo, et il les exhorte à maintenir un environnement propice à la poursuite et à l’achèvement des pourparlers à Vienne. 

M. OLOF SKOOG, Chef de la délégation de l’Union européenne auprès de l’Organisation des Nations Unies, en sa qualité de Coordonnateur du Plan d’action global commun, a évoqué les développements survenus depuis la dernière séance du Conseil de sécurité sur la question en juin dernier.  Tous les participants au Plan d’action global commun, ainsi que les États-Unis, se sont engagés dans d’intenses négociations à Vienne pour remettre le plan « sur les rails ».  Les négociations ont été interrompues le 20 juin, un nouveau président et un nouveau gouvernement ont pris leurs fonctions en République islamique d’Iran.  Au cours des cinq mois suivant cette interruption, le haut représentant de l’Union européenne a déployé des efforts considérables pour convaincre la partie iranienne de reprendre les négociations.  Elles ont été finalement reprises le 29   novembre à Vienne.  Le septième cycle est en cours.  Notre objectif, a précisé M.  Skoog, reste de négocier le retour des États-Unis dans l’Accord et de faire en sorte qu’ils reprennent avec la République islamique d’Iran les engagements du plan d’action.  Il n’existe pas de meilleure alternative pour que la communauté internationale soit rassurée de manière « vérifiable » que le programme nucléaire iranien est uniquement pacifique, a-t-il dit. 

M. Skoog a ensuite déclaré que l’Union européenne reste « pleinement attachée » à la mise en œuvre pleine et effective du Plan d’action.  Mais il existe un « sentiment d’urgence écrasant » parmi la plupart des délégations négociant à Vienne, car « il ne reste plus beaucoup de temps pour les négociations à la lumière de l’accélération du programme nucléaire iranien ».  En effet, au cours des derniers mois, la République islamique d’Iran a continué à développer ses activités nucléaires en accumulant plus d’uranium enrichi à 20% et 60%, en installant des centrifugeuses plus avancées et en produisant de l’uranium métal.  Or, non seulement ces activités sont incompatibles avec les dispositions du Plan relatives au nucléaire, mais elles soulèvent de graves problèmes de prolifération.  Par ailleurs, le manque persistant de coopération de la République islamique d’Iran avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) est une autre source de « grave préoccupation ».  Or, le suivi par l’AIEA des engagements iraniens dans le cadre du Plan d’action et la connaissance du programme nucléaire iranien sont « essentiels » pour le processus de négociation.  

Dans ce contexte, M. Skoog a dit se féliciter de l’annonce faite par le Gouvernement iranien qui serait prêt à revenir à la pleine mise en œuvre du Plan, à condition que les conditions soient réunies pour une normalisation effective de ses relations économiques et commerciales avec la communauté internationale.  M.  Skoog a également salué l’engagement politique du Président des États-Unis, M. Joe Biden, et de son Administration, qui seraient prêts à engager des négociations sérieuses pour un « éventuel retour » des États-Unis dans le Plan et à lever toutes les sanctions y relatives.  Sur cette base, le délégué de l’Union européenne a lancé un appel à toutes les parties afin qu’elles fassent preuve de flexibilité et de pragmatisme pour intensifier et accélérer le processus visant à remettre le Plan d’action sur la voie de sa mise en œuvre complète.  Il a également exhorté tous les Membres de l’ONU à s’abstenir d’actions et de déclarations susceptibles d’aggraver les tensions régionales et internationales et de nature à entraîner une escalade militaire dans la région et au-delà.  « Nous avons un intérêt commun à faire fonctionner le Plan d’action global commun car il n’y a pas d’autre option viable », a conclu M. Skoog. 

Mme  GERALDINE BYRNE NASON (Irlande), en sa qualité de Facilitatrice chargée par le Conseil de sécurité de promouvoir l’application de la résolution2231(2015), a soulevé trois points tirés du douzième rapport approuvé le 7 décembre par le Conseil.  Tout d’abord, elle a rappelé que la réunion du Conseil de sécurité tenue à cette même date avait été l’occasion de saluer la reprise des pourparlers à Vienne et de discuter des derniers lancements de missiles balistiques et de véhicules spatiaux par la République islamique d’Iran. 

La Facilitatrice a ensuite noté que le rapport insiste sur le haut degré de professionnalisme et sur l’impartialité dont l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) fait preuve dans le cadre de ses activités de vérification et de surveillance en Iran, conformément à la résolution  2231 (2015), ces activités étant essentielles « pour renforcer la confiance de la communauté internationale dans le Plan d’action global commun lui-même ». 

Mme  Byrne Nason a indiqué qu’aucune nouvelle proposition n’a été soumise au Conseil de sécurité par le biais de la filière d’approvisionnement prévue au titre de la résolution au cours de la période considérée, cette filière représentant un mécanisme clef de transparence et de confiance dans le cadre instauré par le Plan d’action global.  Elle a ajouté que la filière reste opérationnelle et prête à examiner toute proposition, et a invité toutes les parties prenantes à l’accord ainsi qu’au secteur privé à l’utiliser pleinement. 

Le Plan d’action global est une réalisation majeure dans le domaine de la non-prolifération nucléaire, un exemple de la manière dont nous pouvons travailler ensemble pour résoudre des problèmes durables par le dialogue et la diplomatie, a rappelé la Facilitatrice.  « Il reste le meilleur moyen de garantir le caractère exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien. »  Selon Mme  Byrne Nason, la reprise des pourparlers à Vienne offre la perspective d’un éventuel retour des États-Unis dans le cadre du Plan et de sa mise en œuvre pleine et effective par toutes les parties.  « J’espère que les pourparlers s’appuieront sur les progrès réalisés lors des cycles précédents et pourront avancer rapidement pour parvenir à une conclusion positive », a-t-elle conclu. 

Pour Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis) la diplomatie est la voie pour parvenir à un retour mutuel au Plan d’action global commun.  C’est aussi la réponse aux préoccupations de l’Iran, a ajouté la représentante.  Elle a réitéré que « les États-Unis sont prêts à revenir au Plan si l’Iran fait de même ».  Son pays est prêt à lever les sanctions, a-t-elle dit, ce qui permettrait à l’Iran de bénéficier des avantages économiques du Plan.  Si l’Iran aborde les pourparlers à Vienne avec urgence et bonne foi, nous pouvons rapidement parvenir à un accord sur un retour, a renchéri Mme Thomas-Greenfield, avertissant que les États-Unis ne permettraient pas à l’Iran d’accélérer son programme nucléaire et de ralentir sa diplomatie nucléaire.  Elle a dénoncé « les nouvelles provocations de l’Iran qui a avancé des positions vagues, irréalistes, maximalistes et non constructives sur les questions nucléaires et les sanctions ».  L’Iran cherche à renégocier les compromis et les progrès trouvés au cours de six séries de pourparlers, a-t-elle regretté.  « La vérité est que le temps nous manque alors que l’Iran continue de progresser dans le domaine nucléaire. »  Selon elle, l’Iran peut néanmoins tirer parti des avantages de la non-prolifération qui seraient obtenus par son retour au Plan d’action.  Mais ses escalades nucléaires sont incompatibles avec son objectif déclaré de revenir au Plan, et soulèvent des questions sur ses intentions.  Les actions de l’Iran ne lui donneront aucun levier dans les négociations et ne feront qu’intensifier nos préoccupations concernant les activités de l’Iran, a alerté la représentante, demandant la poursuite de la mise en œuvre des mesures de sanctions restantes à l’annexe B de la résolution 2231 (2015).  Les restrictions resteront en place sur les transferts à l’Iran et en provenance de l’Iran de certaines technologies nucléaires et de missiles balistiques, et les personnes et entités sur la liste 2231 restent soumises à un gel des avoirs, a dit Mme Thomas-Greenfield. 

La représentante s’est dite préoccupée par l’utilisation de drones et de missiles balistiques par l’Iran et ses partenaires.  Cela a un effet déstabilisateur au Yémen, en Iraq et sur la sécurité maritime dans la région, a-t-elle noté, avant de demander au Secrétariat d’enquêter sur divers incidents.  Dénonçant ensuite le harcèlement des inspecteurs de l’AIEA par l’Iran, elle a apporté son appui à leurs travaux tout en pointant du doigt une violation directe de leurs privilèges et immunités diplomatiques, ainsi qu’un « manque de décence ».  L’Iran doit coopérer pour résoudre sans plus tarder les préoccupations de l’AIEA concernant d’éventuelles matières et activités nucléaires non déclarées, a-t-elle encore exhorté.  L’Iran doit mettre en œuvre la déclaration conjointe négociée avec le Directeur général de l’AIEA, M. Rafael Grossi, à Téhéran, le 12 septembre.  Mme Thomas-Greenfield a souligné que la diplomatie reste la meilleure approche pour limiter le programme nucléaire iranien et répondre aux préoccupations communes sur les activités de l’Iran dans la région et au-delà.  « L’Iran doit d’abord faire preuve de sérieux et revenir au Plan dans les plus brefs délais, comme les États-Unis ont clairement indiqué qu’ils sont prêts à le faire », a-t-elle conclu. 

Mme BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) a souligné que la priorité serait de voir les États-Unis rejoindre le Plan d’action global commun et l’Iran s’acquitter à nouveau de toutes ses obligations.  C’est dans cet objectif que nous négocions à Vienne, a-t-elle assuré, rappelant que le dernier cycle de négociations avait repris le 29 novembre, soit cinq mois après leur suspension par l’Iran.  Au cours des pourparlers, a expliqué la représentante, l’Iran avait introduit des « exigences maximales » dont certaines vont au-delà du Plan d’action.  Or, le processus ne progresse pas assez vite et le temps presse, a-t-elle dit.  En outre, l’escalade nucléaire iranienne sape la paix et la sécurité internationales ainsi que le système de non-prolifération.  L’Iran poursuit le développement de son programme de missile balistique ce qui est contraire à la résolution 2231 (2015), a-t-elle poursuivi, appelant le Conseil à se concentrer sur la gravité de cette situation car le programme nucléaire iranien n’a jamais été aussi avancé qu’aujourd’hui. 

Mme Woodward a précisé que le stock total de l’Iran contient assez de matériau fissile qui, s’il venait à être enrichi, pourrait produire « plusieurs armes nucléaires ».  De plus, l’Iran a produit de l’uranium hautement enrichi, un précédent pour un pays ne disposant pas de programme d’armes nucléaires, ainsi que de l’uranium métallique, avec un savoir-faire applicable aux armes.  De plus, a poursuivi la représentante, depuis février dernier, l’Iran a réduit l’inspection de l’AIEA en violation de la résolution 2231 (2015) et, depuis 2019, le pays n’a pas coopéré avec l’Agence sur les inspections relatives aux garanties.  Ensuite, l’Iran n’a pas mis en œuvre son accord bilatéral avec l’AIEA pour les caméras et l’accès au site de Karaj.  « Si des progrès rapides et palpables ne sont pas enregistrés en termes de garanties, il faudra inévitablement convoquer une réunion extraordinaire du Conseil des gouverneurs de l’AIEA car nous sommes arrivés à un carrefour », a averti Mme Woodward.  En cas de poursuite de son escalade nucléaire dans les semaines, voire les mois à venir, l’Iran sera alors responsable de l’effondrement du Plan d’action global commun, ce qui provoquera une « grave crise » exigeant une « réponse robuste » de la part du Conseil de sécurité, a-t-elle encore mis en garde. 

Mme DIANI JIMESHA ARIANNE PRINCE (Saint-Vincent-et-les Grenadines) a exhorté les États-Unis à rejoindre l’accord et à lever toutes les mesures coercitives unilatérales, avant de demander à l’Iran de s’acquitter de la totalité de ses obligations au regard du Plan d’action global commun qui reste « la seule voie viable pour assurer une solution pacifique, globale et à long terme au problème nucléaire iranien ».  Elle a salué l’Accord conclu sur la tenue de consultations de haut niveau entre l’Iran et l’AIEA et a espéré qu’une date définitive sera bientôt convenue, soulignant par ailleurs que la résolution 2231 (2015) et le Plan d’action n’ont pas seulement été conçus pour garantir la nature pacifique des programmes nucléaires de l’Iran, mais aussi pour favoriser le développement de relations commerciales et économiques normales avec le pays.  Elle a également exhorté la communauté internationale à continuer de soutenir le Plan d’action et tous les instruments multilatéraux similaires visant à promouvoir les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire. 

M.  JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMÍREZ (Mexique) a mis l’accent sur la nécessité de réactiver le Plan d’action et ce, sans conditions préalables, ce qui signifie notamment de lever les sanctions unilatérales contre l’Iran mais aussi que ce pays honore les engagements pris en 2015.  Tout en reconnaissant la légitimité de la position de ceux qui appelle à tenir compte de la sécurité de l’ensemble de la région, le représentant a exhorté à une discussion séparée qui n’implique pas de condition supplémentaire pour un retour au Plan d’action. 

Après avoir salué les efforts du Directeur général de l’AIEA tendant à des accords à court terme sur le maintien des activités de surveillance, le représentant a jugé que ces modalités n’étaient ni prévisibles ni durables, insistant sur l’importance de la transparence et la coopération, éléments cruciaux pour le bon fonctionnement du Plan.  Il a encouragé l’Iran à renouveler l’accord avec l’AIEA aux fins de préserver les activités de contrôle et de vérification.  Le délégué a ensuite espéré que la prochaine fois que le Conseil examinera cette question, la Conférence de Vienne aura porté ses fruits, tout en notant que six mois après le début des négociations, « l’incertitude persiste ». 

Dans une brève intervention, M. RAVINDRA RAGUTTAHALLI (Inde) a réaffirmé l’appui de son pays à la mise en œuvre pleine et effective du Plan d’action global commun et de la résolution 2231 (2015) du Conseil de sécurité.  L’Inde, a-t-il ajouté, soutient également le règlement pacifique des questions en suspens par le dialogue et la diplomatie.  Le représentant a salué les efforts déployés par le Directeur général de l’AIEA pour mettre en application les activités de vérification et de surveillance de l'Agence en Iran.  Dans le contexte actuel, il a exhorté l'Iran à continuer de coopérer avec l’AIEA pour que celle-ci puisse s’acquitter de ses responsabilités et que les questions en suspens liées aux activités nucléaires soient traitées. 

M.  PHAM HAI ANH (Viet Nam) s’est dit encouragé par la reprise des négociations à Vienne aux mois de novembre et de décembre derniers et par les efforts des parties pour aplanir leurs divergences et relever les défis de la mise en œuvre du Plan d’action global commun.  Il s’est dit néanmoins préoccupé par les informations contenues dans le douzième rapport du Secrétaire général et par les rapports du Conseil des gouverneurs de l’AIEA sur le non-respect de la mise en œuvre du Plan et de la résolution 2231 (2015) du Conseil de sécurité.  Il a salué les efforts de vérification et de surveillance de l’AIEA en Iran et appelé les parties concernées à ne ménager aucun effort pour résoudre les différends et à s’abstenir de tout acte susceptible d’éroder la confiance et d’exacerber les tensions dans la région. 

Le représentant a estimé que la Plan d’action global commun est le meilleur moyen d’assurer une solution globale, durable et adéquate au problème nucléaire iranien et de contribuer à la paix et à la sécurité régionales et internationales.  Il a dit partager l’évaluation du Secrétaire général selon laquelle le Plan d’action et la résolution 2231 (2015) restent un succès de la diplomatie multilatérale et de la non-prolifération nucléaire et qu’ils continuent de bénéficier du plein soutien de la communauté internationale dans son ensemble. Soulignant que c’est la dernière fois que le Viet Nam s’exprime sur cette question en tant que membre non permanent du Conseil de sécurité, M. Pham Hai Anh a aussi rappelé que son pays était membre du Conseil des gouverneurs de l’AIEA lorsque le Plan d’action global commun a été conclu.  « Que l’esprit de Vienne » prévale à nouveau et contribue à la paix et à la stabilité dans la région et dans le monde entier », a-t-il conclu. 

Mme  GERALDINE BYRNE NASON (Irlande) a jugé impératif que les États-Unis remplissent pleinement leurs engagements en vertu du Plan d’action global commun, dont la levée des sanctions, et qu’ils prennent toutes les mesures nécessaires pour faciliter la mise en œuvre complète et adéquate du Plan et de la résolution  2231 (2015) du Conseil de sécurité.  Il est tout aussi important, a-t-elle ajouté, que l’Iran revienne totalement à la mise en œuvre de ses engagements.  La représentante s’est dite profondément préoccupée par des actions telles que l’enrichissement de l’uranium jusqu’à 60%, la fabrication, l’installation et l’utilisation de centrifugeuses avancées et la production d’uranium métal.  Ces activités, a-t-elle prévenu, comportent le risque réel de porter gravement atteinte au Plan d’action et au régime plus large de non-prolifération nucléaire.  La représentante a insisté sur le caractère crucial du rôle de surveillance et de vérification de l’AIEA pour rassurer la communauté internationale du caractère exclusivement pacifique du programme nucléaire iranien. 

Elle a dénoncé la décision de l’Iran de suspendre la mise en œuvre des mesures de transparence et l’a exhorté à coopérer pleinement avec l’AIEA dont elle a salué l’intégrité et le professionnalisme.  La représentante a espéré qu’un accord pourra être rapidement trouvé sur un retour à la pleine mise en œuvre du Plan d’action et a fait sien l’appel du Secrétaire général à tous les États, y compris ceux de la région, pour qu’ils soutiennent la mise en œuvre du Plan.  Il est important, a-t-elle conclu, que les membres du Conseil de sécurité montrent que la résolution  2231 (2015) fonctionne comme il se doit. 

Mme TRINE SKARBOEVIK HEIMERBACK (Norvège) a salué les efforts de l’AIEA qui s’efforce de poursuivre ses activités de vérification et de surveillance en Iran.  Elle a regretté la décision des États-Unis de se retirer du Plan d’action global commun et de réimposer unilatéralement des sanctions.  Mme  Heimerback a aussi déploré la décision de l’Iran de réduire ses engagements alors que le Directeur général de l’AIEA a, dans les rapports qu’il a soumis au Conseil, clairement indiqué que ce dernier faisait des progrès.  Mme Heimerback s’est donc alarmée des mesures délibérées d’escalade nucléaire prises par l’Iran, au risque de compliquer le retour à un Plan d’action opérationnel. 

Elle a exhorté l’Iran à revenir au plein respect du Plan et à reprendre sans délai sa coopération avec l’AIEA.  En ce qui concerne les dispositions relatives aux missiles balistiques, elle a dit partager les préoccupations des autres délégations.  La situation, qui entoure le Plan d’action, s’est-elle désolée, reste tendue et imprévisible.  Elle a prôné un dialogue diplomatique « constructif » pour atténuer les tensions et renforcer la confiance et la coopération.  Elle a appelé les parties prenantes à faire preuve de retenue et à éviter l’escalade, avant de souligner l’attachement de son pays à un commerce légitime avec l’Iran, y compris par le mécanisme INSTEX.  Elle a en conséquence prié l’Iran de s’engager dans des négociations sérieuses. 

M. NICOLAS DE RIVIÈRE (France) a rappelé que depuis 2015, la France et ses partenaires européens (« E3 ») ont démontré un engagement constant en faveur de la mise en œuvre pleine et entière du Plan d’action global commun et de la résolution 2231 (2015).  Cela s’est fait en levant les sanctions européennes conformément au calendrier prévu et en facilitant l’accès de leurs entreprises au marché iranien, ainsi qu’en s’opposant clairement au retrait de l’accord par la précédente administration américaine et en alertant sur les avancements du programme nucléaire iranien au-delà des limites prévues par l’accord.  Le représentant a indiqué que les négociations entre les signataires de l’accord avaient été interrompues le 20 juin dernier à la demande de l’Iran, au lendemain de ses élections présidentielles.  Depuis, l’Iran a retardé à plusieurs reprises, et pendant cinq mois, le retour à la table des négociations.  « Nous placions un réel espoir dans la reprise, le 29 novembre, des négociations sur l’accord à Vienne », a dit M. de Rivière.  Pourtant, deux semaines après la reprise des discussions, « force est de constater que la survie de l’accord nucléaire iranien est plus que jamais menacée », a-t-il averti.

Le Conseil de sécurité ne peut pas ignorer la gravité de la situation: M. de Rivière s’est dit à la fois « déçu et préoccupé » par le positionnement de la nouvelle équipe de négociation iranienne qui a formulé des demandes maximalistes, beaucoup d’entre elles allant au-delà même du Plan d’action, tout en revenant sur des compromis qui avaient été obtenus après de longues semaines de discussions difficiles.  « Les discussions ne vont pas dans le bon sens et ne progressent pas assez vite », a déploré le représentant.  « Nous nous approchons du point où l’escalade nucléaire iranienne aura vidé de sa substance le Plan d’action global commun », a-t-il mis en garde.  Depuis deux ans, y compris pendant les discussions de Vienne, Téhéran a poursuivi et accéléré le développement de ses activités nucléaires les plus problématiques, sans aucune justification civile crédible.  Le représentant a évoqué l’accumulation d’uranium enrichi jusqu’à 20% et parfois 60%, ainsi que des activités relatives à la production d’uranium métal, des activités qui permettent d’acquérir des savoir-faire clefs pour la fabrication d’un engin nucléaire.  En conséquence, « le programme nucléaire iranien n’a jamais été aussi avancé qu’aujourd’hui », a-t-il déclaré.  Et ces développements sont d’autant plus alarmants que l’on constate, dans le même temps, un grave manque de coopération de l’Iran avec l’AIEA.  M. de Rivière s’est particulièrement inquiété des activités de production de centrifugeuses avancées sur le site de Karaj.  La France est en outre préoccupée par la poursuite par l’Iran d’activités et de transferts balistiques qui ont un effet déstabilisant dans la région.  « Nous sommes à un carrefour et l’Iran a en face d’elle deux chemins: soit elle poursuit dans les semaines à venir son escalade nucléaire, ce qui conduira à l’effondrement du Plan d’action global commun et au déclenchement d’une grave crise, soit l’Iran choisit de toute urgence le chemin d’un accord global et équitable au bénéfice de son peuple », a résumé le représentant.  C’est une question de semaines et non de mois, a-t-il alerté. 

Pour M. MOEZZ LAOUANI (Tunisie), le Plan d’action global commun reste le meilleur moyen de continuer à garantir la nature pacifique du programme nucléaire iranien.  Il a espéré que les discussions en cours pour relancer cet accord seront bientôt conclues avec succès.  La Tunisie, a-t-il dit, appelle à la mise en œuvre pleine et effective du présent accord et de la résolution 2231 par toutes les parties.  Prenant note des différences d’interprétation par rapport à la mise en œuvre des dispositions de l’Annexe B de la résolution 2231 (2015), en particulier en ce qui concerne les activités liées aux missiles balistiques, M. Laouani a demandé que l’on prenne dûment en considération les préoccupations exprimées, notamment en ce qui concerne les questions de sécurité régionale.  Il a exhorté toutes les parties à s’abstenir de toute activité et rhétorique pouvant approfondir la méfiance ou aggraver les tensions et à s’engager de bonne foi dans le dialogue et les négociations pour régler leurs différends.  À cet égard, il s’est félicité des réunions bilatérales tenues entre divers pays de la région au cours des mois précédents ainsi que des initiatives constructives visant à promouvoir le dialogue et la confiance entre les parties concernées, y compris par la création de nouvelles plateformes et mécanismes.  Le représentant a également mis l’accent sur l’importance de la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient. 

Selon M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie), les États-Unis ont joué un rôle « destructeur » en se retirant du Plan d’action global commun en 2018 et en empêchant les autres parties signataires de s’y conformer, et c’est maintenant au monde entier de recoller les morceaux.  Ce retrait, et non l’Iran, est la cause profonde de tous les problèmes actuels, a martelé le délégué.  Si les États-Unis ont fait part de leur volonté d’y revenir, ce ne sont pour l’instant que des paroles, qui doivent être confirmées par des actes.  Pour l’instant, en dépit d’un contexte difficile, les États-Unis poursuivent leur politique de pression maximale sur l’Iran, a-t-il constaté.  L’Iran réagit en gelant certains de ses engagements individuels, entraînant un cercle vicieux, a regretté le délégué.  Les mesures prises par l’Iran sont à interpréter en réponse à « la ligne destructrice » des États-Unis.  « Il ne s’agit aucunement d’un recul de Téhéran par rapport à ses obligations. »  C’est dans ce contexte, a-t-il précisé, que la Russie analyse le rapport du Directeur général de l’AIEA, plutôt que d’essayer de le présenter, comme le fait l’Occident, comme la preuve d’une ligne iranienne malveillante. 

Considérant « dangereuses » et « irresponsables » les déclarations selon lesquelles le Plan d’action serait dépassé, et qu’il devrait être « mis à jour » ou « élargi », M. Polyanskiy a estimé au contraire que le Plan reflète un équilibre soigneusement calibré des intérêts des différentes parties.  Il devrait être mis en œuvre tel qu’approuvé par le Conseil en 2015, « sans exception, ni ajout ».  Le délégué a aussi contredit le point de vue selon lequel le Plan serait caduque au prétexte que le processus de Vienne n’avancerait pas assez vite.  « Il n’existe actuellement aucune alternative au Plan », a-t-il martelé.  Grâce à son mécanisme de vérification rigoureux, l’Iran est désormais l’État le plus « vérifiable » au monde.  D’un point de vue politique, a-t-il fait valoir, le Plan symbolise la capacité du Conseil à s’entendre, malgré des différences d’approches, sur un ensemble de questions complexes et sensibles.  Sans Plan, pas de confiance, et ceux qui entretiennent l’idée d’un monde sans un tel accord devraient comprendre qu’il s’agirait d’un monde « plus imprévisible », « plus dangereux ».  La Russie partage en outre l’appel lancé par le Secrétaire général aux États Membres pour intensifier la coopération commerciale et économique avec l’Iran, notamment par le biais du mécanisme INSTEX.  M. Polyanskiy a enfin dénoncé les violations de la résolution 2231 (2015) par les États-Unis, ainsi que les sanctions unilatérales, « pratiques injustifiables » contrevenant à ladite résolution et à la Charte des Nations Unies.  Il a aussi critiqué la pratique d’enquêtes par le Secrétariat dans le cadre de la résolution 2231 (2015), qu’il estime en contradiction avec son mandat.  Selon lui, la résolution n’autorise ni le recueil de données, ni leur analyse, ni les enquêtes, ni les États Membres à fournir des informations, contrairement à ce qu’indique le Secrétaire général dans son rapport. 

M.  SHUANG GENG (Chine) a déclaré que son pays, qui est partie au Plan d’action globale, considère celui-ci comme une pierre angulaire du régime international de non-prolifération et un outil de maintien de la paix et de la sécurité au Moyen-Orient.  À cet égard, il s’est réjoui de la reprise des pourparlers fin novembre à Vienne avec les États-Unis et l’Iran, qui « constitue nouvel espoir pour un monde en proie à de nouvelles vagues d’instabilité ».  Le représentant a plaidé pour l’instauration d’un dialogue respectueux entre les parties, conscient que des négociations bien menées sont le seul moyen de parvenir au règlement de toutes les questions relatives au nucléaire iranien.  Sur ce point, il a suggéré que ces négociations visent progressivement et de manière pragmatique à réduire les dissensus. 

M.  Geng a par ailleurs estimé que le retrait unilatéral des États-Unis du Plan et la pression croissante exercée par ceux-ci ont « provoqué la crise actuelle en Iran ».  C’est pourquoi, il a appelé à la levée des sanctions pesant sur l’Iran « pour que ce pays revienne pleinement dans le cadre du Plan d’action global commun ».  Il a en outre regretté qu’en matière de prolifération nucléaire, seul l’Iran soit « sous l’éteignoir », alors que la coopération entre les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Australie dans le domaine des sous-marins nucléaires fait peser des menaces réelles du fait des transferts de matériaux à double usage qu’elle entraîne.  Enfin, le représentant a fait sienne la recommandation du Secrétaire général aux États d’avoir des échanges commerciaux avec l’Iran pour améliorer la situation économique du pays, et, partant, apaiser les souffrances du peuple iranien aux prises avec les effets combinés de la COVID-19 et des sanctions. 

M.  MARTIN KIMANI (Kenya) a indiqué que l’engagement des États-Unis et de l’Iran en faveur des négociations actuelles est un pas important en vue de la pleine réalisation du Plan d’action.  Nous suivons attentivement le renouveau des pourparlers diplomatiques à Vienne, a dit le délégué, en encourageant tous ses participants à faire preuve de compromis.  Il a espéré que le résultat de ces pourparlers permettra d’aboutir à une feuille de route concrète et à des mesures permettant le retour des États-Unis et de l’Iran à une pleine mise en œuvre du Plan d’action.  Il a aussi souhaité que toutes les parties s’acquittent de leurs engagements, y compris la levée des sanctions additionnelles et des mesures de représailles, qui sont une violation des principes et procédures contenus dans le Plan d’action.  L’important travail de vérification et de surveillance de l’AIEA sur le terrain doit être préservé, a ajouté le représentant. 

M.  Kimani a ensuite loué les initiatives bilatérales et multilatérales visant à instaurer un environnement propice à la mise en œuvre du Plan d’action, avant d’exhorter l’Iran à respecter les dispositions dudit Plan.  Le respect du Plan d’action par toutes les parties est une première étape cruciale pour instaurer la confiance, a-t-il insisté.  Enfin, M. Kimani a souhaité que les efforts de non-prolifération du Conseil aillent de pair avec la promotion d’une utilisation pacifique de la technologie nucléaire au profit du développement industriel de l’Iran. 

M. ANDRÉ LIPAND (Estonie) a espéré que les négociations de Vienne progresseront au cours des semaines à venir, relevant que tout nouveau retard ou engagement non constructif risque de compromettre la viabilité du Plan d’action et sa capacité à garantir que le programme nucléaire iranien reste exclusivement pacifique. 

Il s’est déclaré profondément préoccupé par le fait que, depuis 2019, la République islamique d’Iran n’a cessé de réduire la mise en œuvre de ses engagements dans le cadre du Plan d’action.  Certaines de ces activités, a noté le délégué, ont amélioré de façon permanente et irréversible les capacités nucléaires de la République islamique d’Iran, exposant la communauté internationale à d’importantes risques de prolifération et de mise à mal de la paix et la sécurité régionales et internationales.  En outre, le fait que les autorités iraniennes n’autorisent pas l’intégralité des activités de surveillance de l’AIEA fait craindre que la République islamique d’Iran n’utilise son équipement à des fins malveillantes.  Le représentant a aussi marqué sa préoccupation face au développement et aux essais, par la République islamique d’Iran, d’engins balistiques à capacité nucléaire et de technologies connexes.  Selon lui, ces activités sont incompatibles avec le paragraphe 3 de l’annexe B de la résolution 2231 (2015) et déstabilisent la sécurité régionale.  Il a conclu en appelant les États-Unis et la République islamique d’Iran à revenir au respect du Plan d’action. 

M. ABDOU ABARRY (Niger) s’est félicité des efforts diplomatiques menés depuis le 29 novembre à Vienne pour le retour des États-Unis dans le Plan d’action.  Soucieux de son application par l’ensemble des parties, il a estimé que la filière d’achat continue d’être un mécanisme essentiel de transparence et de renforcement de la confiance, garantissant que le transfert de biens nucléaires et à double usage liés au nucléaire et de services connexes vers la République islamique d’Iran est conforme à la résolution 2231 ainsi qu’aux dispositions et objectifs du Plan d’action. 

Appelant les États qui ne sont pas actuellement parties au Plan d’action à s’abstenir de prendre des mesures qui entraveraient la capacité des parties restantes de s’acquitter pleinement de leurs engagements, le représentant a jugé que l’expiration, le 24  juin dernier, de l’accord technique bilatéral temporaire, conclu le 24  mai 2021 entre l’Agence et l’Iran, et son non-renouvellement constituent un revers pour le mécanisme de surveillance des activités du programme nucléaire en Iran.  En conséquence, il a demandé aux nouvelles autorités iraniennes d’examiner positivement les demandes de l’AIEA, y compris celle relative à la collecte et au stockage ininterrompus de données par son équipement de contrôle et de surveillance.  Enfin, tout en exprimant sa préoccupation face à la tension actuelle dans la région du Golfe persique, il a déclaré appuyer l’appel du Secrétaire général pour un assouplissement, à des fins humanitaires, des mesures économiques unilatérales qui pourraient empêcher l’Iran de faire face aux difficultés sanitaires causées par la pandémie de COVID-19. 

M. MAJID TAKHT RAVANCHI  (République islamique d’Iran) s’est dit réconforté de constater que le Conseil exprime sa volonté de voir le Plan d’action global commun rétabli, et pleinement mis en œuvre.  Les conditions sont les mêmes qu’avant, a-t-il affirmé par référence aux dispositions de la résolution  2231 (2015) qui prévoit l’application intégrale du Plan d’action, conformément au calendrier prévu, et fixe les étapes suivantes en vue du retrait, à terme, des sanctions imposées à l’Iran.  Pour le représentant, si ces conditions ne sont pas toutes réunies, l’accord n’a plus aucun intérêt pour le peuple iranien.  « Parler de renégociation du Plan d’action pour en étendre la portée, ou le champ d’application, reste tout à fait inacceptable et voué à l’échec », a-t-il encore déclaré.  Il a tenu à rappeler les raisons ayant conduit à la situation actuelle, notamment l’importance de la levée des sanctions onusiennes, américaines et européennes.  C’est conformément à cela que le Plan a été négocié et les parties se sont engagées en assurant faire de leur mieux pour le pérenniser et ne pas interférer avec sa mise en œuvre au profit d’autres pays.  Certains États dressent un tableau erroné de la position iranienne mais restent muets sur la guerre totale qui est menée contre la population et les personnes vulnérables et démunies, ce qu’il a jugé « injuste et intolérable ».  Le représentant a mis l’accent sur les besoins humanitaires vitaux des Iraniens.  Il a dénoncé la violation systématique par les États-Unis du droit international et leur pression « sans précédent dans l’histoire du Conseil de sécurité » contre l’Iran. 

Les parties ne disent rien non plus sur les mesures terroristes prises par le « régime israélien » contre le droit de l’Iran à disposer du nucléaire à des fins pacifiques, a poursuivi M.  Ravanchi.  Les mesures iraniennes prises depuis le retrait américain du Plan d’action sont d’ailleurs réversibles alors que les sanctions restent en vigueur.  Comment peut-on ne pas tenir compte des vies perdues à cause des sanctions et de l’instrumentalisation des articles humanitaires, a-t-il demandé, en fustigeant la manière dont les États-Unis traitent leurs obligations internationales.  Les accords doivent être respectés, a-t-il martelé, en dénonçant des mesures unilatérales coercitives répréhensibles et cruelles.  Ce sont là des « conditions a minima » pour la pérennisation de l’accord, a indiqué le représentant, en rappelant la bonne foi de son pays dans toutes les étapes des négociations du Plan d’action global commun.  Nous n’avons fait qu’appliquer ce qui était prévu dans cet accord, a-t-il justifié, arguant que son pays avait fait preuve d’une retenue maximale puisqu’il n’a commencé à prendre des mesures de riposte qu’un an après le retrait américain.  Concernant le paragraphe 3 du dispositif de la résolution 2231 (2015), il a expliqué que la mise en place d’un programme balistique traditionnel n’était pas interdite par le droit international et qu’il continuera à le développer.  Ce n’est pas en fixant des délais artificiels ou en proférant des accusations infondées que l’on réussira, a encore averti le représentant.  L’accord doit être pleinement respecté par toutes les parties.  L’Iran a fait exactement cela et attend que toutes les parties impliquées en fassent de même.  Il a évoqué une lettre que sa délégation a adressé sur le rapport du Secrétaire général.  Notre approche dans la région découle d’une conviction forte, à savoir que les pays doivent œuvrer à résoudre les différends de façon amicale.  Le représentant a ensuite dénoncé l’exportation par les États-Unis et certains pays européens d’armes dans la région pour en faire une poudrière.  Il a aussi rappelé que le Président américain avait commandité l’attentat qui, le 3 janvier 2020, en Iraq, a coûté la vie au général iranien Qasem Soleimani et à ses collègues. 

« Malgré toutes les difficultés rencontrées, nous continuons de penser que la restauration du Plan d’action global commun est à la fois d’une impérieuse nécessité et possible », a déclaré Mme ANTJE LEENDERTSE (Allemagne).  Elle a néanmoins déploré que cet objectif se soit encore éloigné depuis la dernière réunion du Conseil sur le sujet en juin dernier.  Ces six derniers mois, a-t-elle constaté, l’Iran a développé encore son programme nucléaire en prenant « des mesures d’une portée extrême, qui sont incompatibles avec ses engagements en vertu du Plan d’action ».  Elle a précisé que certaines de ces mesures ne peuvent avoir une utilisation civile plausible, en citant l’enrichissement d’uranium jusqu’à 60% ou le développement de centrifugeuses avancées incompatibles avec les limitations imposées par le Plan d’action. 

Une autre source de préoccupation est le manque de transparence, a dit la déléguée, en regrettant que l’Iran ait limité les activités de surveillance de l’AIEA.  Elle a donc exhorté l’Iran à coopérer pleinement avec l’AIEA et à s’engager sérieusement en faveur du processus diplomatique.  « Nous sommes à la croisée des chemins. »  Si l’Iran ne s’engage pas de manière constructive, la crise deviendra alors inévitable et sera coûteuse pour tous, a-t-elle averti.  Elle a estimé qu’un tel dénouement, qui ne serait dans l’intérêt de personne, est « parfaitement évitable » même si la fenêtre de tir pour agir ne cesse de se réduire.  De plus, le développement de missiles balistiques capables de porter une tête nucléaire contrevient à l’Annexe B de la résolution 2231 (2015).  « Nous sommes très préoccupés par le développement de ces missiles et la conduite de tests par l’Iran. »  Enfin, Mme Leendertse a rappelé que le Conseil était parvenu sur le Plan d’action à une unité de vues rare.  « Chacun d’entre nous avait souligné l’immense importance de ce Plan d’action ».  Nous ferons tout notre possible pour que les pourparlers de Vienne soient couronnés de succès, a-t-elle conclu. 

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