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CS/14644
23 septembre 2021
8864e séance – matin

Une réunion de haut niveau du Conseil de sécurité sur « le climat et la sécurité » confirme les désaccords entre ses membres sur le rôle qui lui incombe

Un débat de haut niveau au Conseil de sécurité a été aujourd’hui l’occasion pour les membres du Conseil d’étaler au grand jour leurs profondes divergences sur la pertinence ou non d’inscrire « le climat et la sécurité » à l’ordre du jour de l’organe principal du système de Nations Unies chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Organisé par l’Irlande, Présidente du Conseil pour ce mois de septembre, le débat avait vocation à mieux faire comprendre les rapports entre les risques de sécurité liés au climat et les travaux du Conseil de sécurité et à étudier les mesures concrètes qui peuvent être prises par celui-ci.  Dans la note de cadrage du débat, la présidence faisait valoir que les risques de sécurité liés au climat étaient de plus en plus largement reconnus et ajoutait qu’on observait un engagement multilatéral croissant en faveur de la lutte contre les changements climatiques dans le cadre des efforts visant à promouvoir la paix et la stabilité.

Dans sa déclaration liminaire, le Secrétaire général de l’ONU a rappelé le caractère particulièrement alarmant du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publié le mois dernier, qu’il a qualifié d’« alerte rouge » pour l’humanité.  Il a une nouvelle fois rappelé l’urgence d’une action climatique beaucoup plus audacieuse avant même la prochaine Conférence des États parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 26), prévue à Glasgow en novembre.  Comme devant l’Assemblée générale deux jours plus tôt, M. António Guterres a répété que la marge d’action pour prévenir les pires impacts climatiques se réduit rapidement et a réclamé « un engagement sans ambiguïté et des actions concrètes pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C ». 

Pour le Secrétaire général, il n’est pas trop tard pour faire en sorte que l’action climatique contribue à la paix et à la sécurité internationales mais il faut pour cela que l’adaptation aux changements climatiques et la consolidation de la paix se renforcent mutuellement.  Il en a illustré la possibilité par l’exemple des plateformes de dialogue pour la gestion coopérative des ressources naturelles mises en place dans la région du lac Tchad et soutenues par le Fonds pour la consolidation de la paix, qui ont favorisé le reboisement et amélioré l’accès à des moyens de subsistance durables.

Devant le Conseil, M. Micheál Martin, Premier Ministre de l’Irlande, a estimé que ce dernier devait disposer des informations et des outils pour analyser et traiter les risques de sécurité liés au climat.  Il a de tels outils, a-t-il ajouté, en rappelant l’existence d’un groupe d’experts informel de membres du Conseil de sécurité, qui se réunit depuis 2020 pour soutenir les travaux du Conseil sur le climat et la sécurité, sous la coprésidence de l’Irlande et du Niger.

Mettant en garde contre l’« abdication de notre responsabilité » que représenterait le refus d’utiliser ces outils, M. Martin a déclaré que son pays organiserait dans les prochains jours une discussion en vue de l’adoption par le Conseil d’une résolution thématique sur le climat et la sécurité.  Il a demandé à tous les membres du Conseil de s’engager de manière constructive sur cette résolution. 

L’Estonie, la Norvège, le Niger, la Tunisie et Saint-Vincent-et-les Grenadines ont soutenu cette proposition dans laquelle la Ministre des affaires étrangères de la Norvège, Mme Ine Eriksen Søreide, a vu « un premier pas pour guider l’action du Conseil ».

La France, le Niger, la Tunisie et Saint-Vincent-et-les Grenadines ont aussi répondu favorablement à une autre proposition de l’Irlande: nommer un représentant spécial pour les risques de sécurité liés au climat.  Son rôle serait de sensibiliser et de promouvoir une plus grande cohérence, a précisé M. Martin.  Il ou elle devrait donner plus de visibilité à cette dimension des conflits, a expliqué M.  Hassoumi Massoudou, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères et de la coopération du Niger.

Estimant que le Conseil de sécurité avait un rôle vital à jouer, le Secrétaire d’État des États-Unis, M. Anthony Blinken, a demandé qu’on cesse de débattre de la question de savoir si la crise climatique avait sa place à son ordre du jour.  Pourtant, les prises de positions de l’Inde, de la Chine et de la Fédération de Russie ont montré que la question était bel et bien en suspens, confirmant les propos du Premier Ministre de l’Irlande, qui s’était dit conscient des points de vue différents autour de la table du Conseil sur le rôle que celui est appelé à jouer.

« Considérer les conflits dans les zones les plus pauvres du monde par le prisme des changements climatiques ne peut qu’entretenir un récit biaisé alors que les raisons desdits conflits sont ailleurs », a averti la Secrétaire au Ministère des affaires extérieures de l’Inde, qui a mis en garde contre une trop grande simplification des causes de conflit.  À ses yeux, les changements climatiques peuvent être un facteur d’aggravation des conflits « mais ne peut être identifié comme une cause ».

Pour la Fédération de Russie, l’Assemblée générale et le Conseil économique et social travaillent déjà sur la question des changements climatiques.  Intégrer celle-ci dans les travaux du Conseil mettrait en cause son efficacité.  « Le Conseil a-t-il les instruments pour remédier à cette question sans saper les mandats d’autres organes onusiens? » s’est-il interrogé, avant de citer un proverbe russe: « trop de cuisiniers gâtent la sauce ».  La Fédération de Russie était d’ailleurs représentée à un niveau peu élevé lors de la séance.

C’était le cas aussi de la Chine, qui estime que le Conseil de sécurité a des compétences limitées pour ce qui est des liens entre le climat et la sécurité.  Elle considère donc comme inapproprié que le Conseil se substitue à un organe intergouvernemental chargé de la question.  La Chine s’est toutefois voulue ouverte aux discussions.  Affichant une position moins négative que la Fédération de Russie sur l’intégration de la dimension climatique dans le mandat des opérations de maintien de la paix, elle a toutefois ajouté que le Conseil pourrait en délibérer au cas par cas, mais à condition d’éviter de saper les mandats du maintien de la paix, de créer des doublons et de chercher à intégrer la question climatique à tous les conflits.   

MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

Climat et sécurité

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a rappelé que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avait publié le mois dernier un rapport profondément alarmant.  Ce rapport montre que le dérèglement climatique causé par les activités humaines est généralisé et s’intensifie.  Il constitue une alerte rouge pour l’humanité.  Pour M. Guterres, une action climatique beaucoup plus audacieuse est nécessaire avant la prochaine Conférence des États parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP26, qui doit se tenir en novembre à Glasgow avec les pays du G20).   Notre fenêtre d’opportunité pour prévenir les pires impacts climatiques se referme rapidement, s’est-il alarmé, rappelant qu’aucune région n’était à l’abri, les incendies de forêt, les inondations, les sécheresses et autres phénomènes météorologiques extrêmes affectant tous les continents.

Les effets des changements climatiques sont particulièrement profonds lorsqu’ils se combinent à la fragilité et aux conflits, passés ou actuels, a continué le Secrétaire général, pour qui il est clair que les changements climatiques et la mauvaise gestion de l’environnement sont des facteurs de multiplication de risques.  Lorsque les capacités d’adaptation sont limitées, il y a une dépendance accrue à l’égard des ressources naturelles et des écosystèmes, tels que l’eau et les terres fertiles, et les griefs et les tensions peuvent exploser, compliquant les efforts visant à prévenir les conflits et à maintenir la paix.

Ainsi, a illustré le Secrétaire général, en Somalie des sécheresses et des inondations plus fréquentes et plus intenses compromettent la sécurité alimentaire, accroissent la concurrence pour les ressources rares et exacerbent les tensions communautaires existantes, ce qui profite aux Chabab.  Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, une baisse importante des précipitations et une augmentation des phénomènes météorologiques extrêmes nuisent à la sécurité de l’eau et de la nourriture. 

L’année dernière, plus de 30 millions de personnes ont été déplacées par des catastrophes liées au climat, a précisé le Secrétaire général.

M. Guterres a rappelé que 90% des réfugiés venaient de pays qui sont parmi les plus vulnérables et les moins capables de s’adapter aux effets des changements climatiques.  Beaucoup de ces réfugiés sont à leur tour accueillis par des pays qui souffrent également des impacts des changements climatiques, aggravant les défis pour les communautés d’accueil et les budgets nationaux.  Alors que la dévastation causée par la pandémie de COVID-19 continue de provoquer d’immenses souffrances, elle sape la capacité des gouvernements à répondre aux catastrophes climatiques et à renforcer la résilience, a aussi constaté le Chef de l’ONU.

Les menaces sont claires et actuelles, a insisté M. Guterres.  Pour le Secrétaire général, il n’est pas trop tard pour faire en sorte que l’action climatique contribue à la paix et à la sécurité internationales.  Il a mis en avant trois priorités absolues en matière d’action climatique.

Premièrement, nous avons besoin d’un engagement sans ambiguïté et d’actions crédibles de la part de tous les pays pour limiter le réchauffement climatique à 1,5°C afin d’éviter les impacts les plus catastrophiques des changements climatiques.  Le Secrétaire général a exhorté tous les États Membres à faire preuve de plus d’ambition dans leurs contributions déterminées sur le plan national d’ici à la COP26 et à traduire leurs engagements en actions concrètes et immédiates.  Collectivement, nous avons besoin d’une réduction de 45% des émissions mondiales d’ici à 2030, a-t-il ajouté.

 Deuxièmement, pour faire face aux impacts déjà désastreux des changements climatiques sur la vie et les moyens de subsistance des populations du monde entier, nous avons besoin d’une percée en matière d’adaptation et de résilience.  Il est essentiel qu’au moins 50% du financement climatique dans le monde soit orienté vers le renforcement de la résilience et le soutien à l’adaptation, a précisé M. Guterres.  Ce besoin est urgent, comme nous le rappellent quotidiennement les impacts climatiques croissants.  Les coûts annuels d’adaptation dans les pays en développement sont estimés à 70 milliards de dollars et devraient atteindre jusqu’à 300 milliards de dollars par an d’ici à 2030, a rappelé le Secrétaire général, qui s’est désolé des énormes lacunes qui subsistent dans le financement de l’adaptation pour les pays en développement.  Pour le Secrétaire général, nous ne pouvons tout simplement pas atteindre nos objectifs climatiques communs ni espérer une paix et une sécurité durables si la résilience et l’adaptation continuent d’être la moitié oubliée de l’équation climatique.  Cette négligence met gravement en péril nos efforts collectifs.  Les pays développés doivent, avant la COP26, tenir leur promesse de fournir 100 milliards de dollars de financement climatique par an au monde en développement et s’assurer que ces sommes bénéficient aux populations les plus touchées.  La qualité de ce financement est également essentielle.  Le financement sous forme de dons est fondamental, car les prêts ajouteront au fardeau de la dette déjà écrasant dans les pays les plus vulnérables au climat.

 Troisièmement, l’adaptation aux changements climatiques et la consolidation de la paix peuvent et doivent se renforcer mutuellement.  Le Secrétaire général a cité en exemple ce qui se passe dans la région du lac Tchad, où des plateformes de dialogue pour la gestion coopérative des ressources naturelles, soutenues par le Fonds pour la consolidation de la paix ont favorisé le reboisement et amélioré l’accès à des moyens de subsistance durables.  En Afrique de l’Ouest et du Centre, les projets transfrontaliers ont permis le dialogue et favorisé une gestion plus transparente des ressources naturelles rares, facteur de paix.  Comme les changements climatiques ont un impact sur les ressources en eau dans le monde entier, nous devons tirer parti de l’eau pour la paix, en tirant les leçons du passé, a poursuivi M. Guterres.  Par exemple, a-t-il fait valoir, dans le bassin de la Save en Europe de l’Est, la coopération transfrontalière en matière d’eau a été le point de départ de la réconciliation et de la coopération régionales après la guerre meurtrière dans les Balkans dans les années 1990.

 Dans tous ces efforts, les femmes sont des agents essentiels du changement, a encore insisté le Secrétaire général, qui a rappelé que le Conseil de sécurité reconnaissait depuis longtemps le rôle des femmes dans le maintien de la paix et cherchait à le renforcer.  Les femmes et les filles sont confrontées à de graves risques dus aux changements climatiques et aux conflits, et leur participation et leur leadership significatifs apportent des résultats plus durables qui profitent à un plus grand nombre de personnes, a-t-il insisté.

Mme ILWAD ELMAN, Elman Peace and Human Rights Centre, a estimé que l’urgence environnementale que connaît la planète risquait de rendre plus difficile encore le maintien de la paix et de la sécurité.  Elle a déploré le soutien insuffisant apporté aux militants dans le domaine de la sécurité climatique, ainsi que la réponse inadéquate aux besoins des communautés affectées.

Mme Elman a ensuite précisé le rôle de son organisation, fondée en Somalie au début des années 1990, qui cherche à prévenir l’extrémisme violent, à encourager le désarmement et la réhabilitation des jeunes et à faciliter la réforme du secteur de la sécurité.  « Nous avons fondé le premier centre de crise face aux viols en Somalie et nous travaillons pour mettre fin à la violence sexuelle », a-t-elle expliqué.

Mme Elman a indiqué que son travail d’activiste était à l’intersection de la sécurité et des changements climatiques: « Nous avons compris que nos efforts de consolidation de la paix et de médiation ne pourront pas être pérennes sans remédier aux questions environnementales plus larges liées à la sécurité ».  Parmi ces questions, elle a cité la pénurie de ressources due à la sécheresse et aux invasions de criquets et qui augmente les risques de conflit clanique, ainsi que la diminution des stocks de thons, qui pousse les pêcheurs somaliens vers la piraterie.

Pour y remédier, Mme Elman a proposé d’appuyer les organisations de la société civile.  Elle a demandé que les praticiens de la consolidation de la paix puissent avoir accès aux informations d’évaluation de risques par le biais du mécanisme de sécurité climatique.  Elle a appelé le Conseil de sécurité et le système onusien à être plus réceptifs aux « solutions venues du bas » et aux processus dirigés par les communautés.  Les dirigeants politiques doivent en outre créer les conditions propices à l’émergence de solutions locales et pérennes, a-t-elle dit, en soulignant la nécessité que les personnes affectées soient associées à l’élaboration des politiques et des processus de paix.  Elle a préconisé un déploiement accru de conseillers à la sécurité environnementale.  « L’élan autour de la question de la sécurité climatique est indéniable, il est temps pour les dirigeants politiques de la traduire en des politiques cohérentes façonnant l’avenir de la consolidation de la paix », a-t-elle conclu.

Pour M. MICHEÁL MARTIN T.D, Premier Ministre de l’Irlande (Taoiseach), les changements climatiques sont le défi majeur de notre génération.  Le récent rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat a exposé, en termes clairs, ce qui se passe sur notre planète et ce que l’avenir pourrait nous réserver si nous n’agissions pas, a-t-il rappelé.  Il a donc appelé à agir maintenant pour empêcher un nouveau réchauffement en atteignant des émissions nettes nulle de gaz à effet de serre aussi rapidement que possible.  Il faut redoubler d’efforts pour assurer le succès de la COP26 à Glasgow plus tard cette année, a poursuivi M. Martin, ce qui passe selon lui par une réponse multilatérale concertée urgente aux changements climatiques, impliquant tous les organes de l’ONU.

Cette réponse doit inclure ce Conseil, a souligné M. Martin.  Du Sahel à l’Iraq, ce Conseil a reconnu que les changements climatiques sont l’un des facteurs de conflit et de fragilité, a-t-il rappelé.  Autour du lac Tchad, la combinaison des conflits et de l’impact des changements climatiques a conduit à des violences entre communautés.  Dans la Corne de l’Afrique, des sécheresses répétées sapent les capacités d’adaptation des communautés et perturbent les moyens de subsistance.  Des groupes armés ont pu exploiter ces conditions précaires à des fins de recrutement.  La nécessité d’agir est claire, a tranché le Taoiseach.

L’instabilité provoquée par les effets néfastes des changements climatiques se fait sentir dans le monde entier, a ajouté M. Martin: en Europe, en Afrique, en Amérique latine et dans les Caraïbes, au Moyen-Orient, en Asie du Sud et dans de nombreux petits États insulaires en développement (PEID).  Le lien entre climat et instabilité a été reconnu par l’Union africaine, l’Union européenne et le Forum des îles du Pacifique.  L’élévation du niveau des mers, le déplacement et la compétition pour les ressources contribuent aux tensions. 

Pour que le Conseil de sécurité puisse s’acquitter de sa responsabilité en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales, il doit disposer des informations et des outils pour analyser et traiter les risques de sécurité liés au climat, a affirmé M. Martin.  Un groupe d’experts informel de membres du Conseil de sécurité s’est réuni depuis 2020 pour soutenir les travaux du Conseil sur le climat et la sécurité, a-t-il rappelé, ajoutant que l’Irlande était fière de servir, avec le Niger, en tant que Coprésident de ce groupe.  Ce dernier, a-t-il résumé, offre une plateforme aux membres du Conseil pour comprendre comment intégrer les risques de sécurité liés au climat aux travaux de prévention des conflits, de maintien de la paix, de règlement des conflits et de stabilisation postconflit.  Il fournit ainsi des données et des preuves pour éclairer les actions futures du Conseil.

Ce Conseil peut et doit faire plus, a ajouté le Taoiseach.  À ses yeux, il en a le mandat et les outils.  Ne pas les utiliser « est une abdication de notre responsabilité », a-t-il lancé.  Conscient des points de vue différents autour de la table du Conseil, il a de nouveau insisté sur l’importance de mieux comprendre l’interaction entre les changements climatiques et les situations nationales et régionales inscrites à l’ordre du jour du Conseil.  L’Irlande, a-t-il aussi rappelé, a proposé que le Conseil invite le Secrétaire général à lui présenter un rapport périodique sur cette question et à nommer un représentant spécial pour les risques de sécurité liés au climat, afin de sensibiliser et promouvoir une plus grande cohérence.

Pour faire avancer ces propositions, l’Irlande organisera dans les prochains jours une discussion sur une résolution thématique sur le climat et la sécurité, a annoncé le Ministre, qui a demandé à tous les membres du Conseil de s’engager de manière constructive sur cette résolution.

M. NGUYEN XUAN PHUC, Président du Viet Nam, a estimé que les conséquences des changements climatiques pourraient bien dégénérer en tensions et instabilité géopolitiques et qu’ils nuiraient ainsi à la paix, à la sécurité, au développement et à la prospérité des États et des nations.  Il s’agit vraiment d’une « alerte rouge » et d’une guerre sans coups de feu, qui cause des dommages économiques et des pertes en vies humaines aussi graves que les guerres et les conflits réels, a ajouté le Président.

Le Président a donc avancé trois propositions.  Premièrement, le Conseil de sécurité doit assumer son rôle dans la mise en place de mécanismes d’évaluation, de prévision et d’alerte des risques pour la sécurité climatique à un stade précoce.  La prévention des conflits, les missions de maintien de la paix, l’aide humanitaire et les efforts de reconstruction après les conflits sous les auspices du Conseil de sécurité doivent inclure la sécurité climatique de manière appropriée, a suggéré M. Phuc, proposant que l’ONU établisse un système complet de base de données sur les impacts multidimensionnels de l’élévation du niveau de la mer à l’appui de la formulation de politiques de réponse mondiale.

En deuxième lieu, a continué le Président, l’intérêt des populations, en particulier celui des groupes vulnérables, doit occuper une place centrale si nous voulons aborder harmonieusement la relation inséparable entre la sécurité, le développement et l’humanitarisme.  Le Viet Nam appuie la pleine application des résolutions 2532 (2020) et 2573 (2020) du Conseil de sécurité afin de parvenir à un cessez-le-feu mondial le plus tôt possible et de protéger les civils et les infrastructures essentielles dans les zones de conflit armé.

En troisième lieu, a poursuivi M. Phuc, nous devons continuer à préserver la souveraineté, le rôle clef et la résilience des nations dans les efforts d’atténuation et d’adaptation aux changements climatiques.  Nous devons également intensifier la coopération internationale pour compléter et coordonner les ressources afin de réaliser efficacement les objectifs de développement durable, l’Accord de Paris et d’autres traités internationaux.  Il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre avec les pays développés comme chef de file.  Des ressources suffisantes devraient également être allouées aux pays en développement en matière de financement, de technologies et de savoir-faire, afin de garantir qu’aucun pays ne soit laissé de côté dans la lutte commune contre les changements climatiques. 

Le Viet Nam, a déclaré son Président, est l’un des pays les plus durement touchés par les changements climatiques qui mettent en péril les moyens de subsistance et la vie quotidienne de vingt millions de personnes, ainsi que la sécurité alimentaire de l’ensemble du pays et de la région.  Pour cette raison, nous sommes déterminés à développer une économie verte, durable et à faible émission de carbone, comme promis lors de la COP21.

Mme KERSTI KALJULAID, Présidente de l’Estonie, a appelé à ne pas oublier celles et ceux qui sont les plus vulnérables aux changements climatiques et qui auront besoin d’une assistance internationale.  C’est pour cette raison que l’Estonie a alloué près de 9 millions d’euros pour la période 2011-2020 », a-t-elle ajouté.  Elle a estimé que le Conseil de sécurité disposait des outils pour remédier aux risques de sécurité liés au climat, de manière à la fois efficace et systémique.  La Présidente a estimé que la prévention des conflits devait être la première priorité du Conseil.  Prônant une approche systémique sur le sujet, elle a appelé le Conseil à adopter une résolution sur le climat et la sécurité « c’est comme cela seulement que nous pourrons faire avancer les choses ».

Mme Kaljulaid a souligné l’importance que le Secrétaire général reçoive mandat pour collecter les données et coordonner les politiques dans ce domaine.  Elle a aussi souhaité que les risques sécuritaires liées au climat soient intégrés dans les activités des missions onusiennes, alors qu’actuellement peu de missions disposent de mandats prenant en compte ces questions.  Soulignant l’importance des politiques nationales, la Présidente a noté que la « transition verte » impliquait un élément de compétition entre pays, « certains faisant mieux que d’autres ».  Afin d’éviter toute marginalisation, nous devons nous assurer que cette transition est juste et inclusive, a-t-elle affirmé.

Mme Kaljulaid a estimé que la coopération internationale dans ce domaine, pour être fructueuse, devait être basée sur la confiance, avant de souligner l’importance de disposer de données de qualité pour le développement du multilatéralisme et la prévention des conflits.  Enfin, la Présidente de l’Estonie a rappelé combien la COP26 à Glasgow serait cruciale pour l’action climatique.

M. HASSOUMI MASSOUDOU, Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères et de la Coopération du Niger, a déclaré qu’en tant que Coprésident du groupe d’experts informel de membres du Conseil de sécurité qui s'est réuni depuis 2020 pour soutenir les travaux du Conseil sur le climat et la sécurité, le Niger partageait les préoccupations de l’Irlande relatives à l’impact du climat sur la paix et la paix et la sécurité.  Les changements climatiques, « cette autre pandémie, cette fois sans vaccin », se manifestent d’ores et déjà sous nos yeux, a martelé le Ministre rappelant que dans son récent rapport, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) avait dépeint une situation des plus alarmantes qui appelle à l’action.

Le Niger, et plus généralement les pays du Sahel, vivent de plein fouet cette nouvelle réalité climatique, qui sape leur développement et alimente la compétition autour des ressources fourragères et hydriques, a poursuivi M. Massoudou.  Pour y faire face, les États du Sahel ont mis en place une Commission climat qui a développé un plan d’action ambitieux en vue d’accroître les capacités d’adaptation et de résilience des populations sahéliennes, « mais pour réussir à relever ce défi, il faut tous avancer ensemble ».

Le Ministre a plaidé pour une approche intégrée de la question du lien entre climat et paix par le Conseil de sécurité, et pour que celui-ci investisse dans des actions de prévention des changements climatiques.  Le Conseil de sécurité doit mieux appréhender l’impact des changements climatiques sur la sécurité à travers un rapport du Secrétaire général, a-t-il poursuivi.  Le Niger appelle à une prise en compte systématique de ces risques par le Conseil, qui devrait s’appuyer autant que possible sur les travaux de la Commission de consolidation de la paix et de son Groupe informel d’experts.  Ces travaux lui permettent d’avoir une perspective éclairée des problématiques régionales et nationales des pays et conflits inscrits à son ordre du jour.  Le Niger est également favorable à la nomination d’un représentant spécial pour les risques sécuritaires liés au climat afin de donner plus de visibilité à cette dimension des conflits.  Il soutient également l’adoption par le Conseil d’une résolution sur ce lien.

M. ANTONY J. BLINKEN, Secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique, a rappelé que le Président Joseph R. Biden avait fait de la lutte contre la crise climatique un élément central de sa politique étrangère et intérieure.  Il a rappelé que la ville et la région de New York avaient au début du mois subi une tempête dévastatrice qui avait tué plusieurs dizaines de personnes, déversant une pluie torrentielle en une heure.  La crise climatique n’est pas en devenir, elle est déjà là, a souligné le Secrétaire d’État, qui a aussi indiqué qu’à deux reprises au cours de la dernière année, le Président Biden avait annoncé un doublement du financement public du climat aux États-Unis.

Pour le Chef du Département d’État, le Conseil de sécurité a un rôle vital à jouer.  Il a donc demandé qu’on cesse de débattre de la question de savoir si la crise climatique avait sa place à son ordre du jour.  Il faut explorer plutôt les moyens de tirer parti de ses outils uniques pour aider ceux qui en ont le plus besoin, a avancé M. Blinken.

Le Secrétaire d’État américain a estimé que les missions des Nations Unies sur le terrain devraient intégrer les risques climatiques et sécuritaires dans leurs mandats comme cela a été fait dans le cas de la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI), de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA) et du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS).  L’ONU devrait du reste intégrer la sécurité climatique dans toute sa planification stratégique, a ajouté M. Blinken, qui a aussi appelé tous les pays à prendre des mesures audacieuses et immédiates pour progresser rapidement vers un monde à zéro émission.  Il a notamment appelé les États à afficher les ambitions les plus élevées possibles à la table de la prochaine COP26, à Glasgow.

M. JEAN-YVES LE DRIAN, Ministre de l’Europe et des affaires étrangères de la France, a livré « trois convictions ».  « La première, c’est que nous devons nous efforcer d’anticiper et de parer aux conséquences des drames climatiques ».  M. Le Drian a ainsi souligné la nécessité d’améliorer la cartographie des personnes vulnérables aux risques, afin de concevoir des plans d’urgence qui incluent des financements préétablis.  Le Ministre a cité l’assurance ARC (African Risk Capacity), institution spécialisée de l’Union africaine avec laquelle les Nations Unies sont très engagées et qui aide les gouvernements africains à améliorer leur capacité à planifier et préparer les réponses aux événements météorologiques extrêmes et aux catastrophes naturelles.  L’initiative CREWS (Climate Risk and Early Warning Systems) lancée lors de la COP21 à Paris, financée chaque année par la France, vise à augmenter de manière significative dans les pays les moins avancés et les petits États insulaires en développement les capacités des systèmes d’alerte intégrés afin d’améliorer la prévention et l’information sur les risques d’événements climatiques dangereux.  Le Ministre a aussi appelé à apporter aux victimes des catastrophes climatiques l’aide humanitaire d’urgence dont elles ont besoin.

En deuxième lieu, « nous devons empêcher les groupes violents et les terroristes de tirer parti de la confusion et de la détresse générées par les effets des changements climatiques dans des zones déjà marquées par les tensions et les fragilités », a poursuivi M. Le Drian.  Il a insisté sur l’importance de voir le Conseil guidé dans son action par la nécessité d’atténuer les effets des catastrophes climatiques sur les populations et de limiter les conséquences qui pourraient en découler sur le développement de conflits.  « Là où planent de graves menaces sécuritaires, il s’agit de construire un cercle vertueux entre développement et action pour le climat », a-t-il affirmé.  Il a cité en exemple le projet de la Grande muraille verte pour le Sahara et le Sahel, programme-phare pour combattre les changements climatiques et la désertification et lutter contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté du Sénégal à Djibouti et dont la relance a été actée à l’occasion du dernier One Planet Summit à Paris.

« Ensemble, nous devons enfin travailler à mieux prendre en compte la dimension sécuritaire des questions climatiques et environnementales », a enfin déclaré le Ministre.  M. Le Drian a ainsi suggéré la préparation par le Secrétaire général d’un rapport bisannuel, destiné à ce Conseil, sur les conséquences des dérèglements climatiques sur la paix et la sécurité internationales.  Le Ministre a aussi proposé la nomination d’un envoyé spécial pour la sécurité climatique afin d’animer l’action de la communauté internationale.

En conclusion, soulignant que le coût de l’inaction serait immense, M. Le Drian a exhorté tous les États à s’engager pour faire de la COP26 un succès en prenant des engagements de réduction des gaz à effet de serre à la hauteur des enjeux pour la planète.

Pour M. MARCELO EBRARD CASAUBÓN, Ministre des affaires étrangères du Mexique, le lien entre changements climatiques et paix et sécurité est une thématique au centre des enjeux internationaux.  Depuis le début de la pandémie de COVID-19, il est devenu clair que les menaces pour la paix et la sécurité internationales sont multiples, a noté le Ministre, et l’une d’entre elles tient aux conséquences des changements climatiques, qui peuvent exacerber des conflits existants, voire en provoquer de nouveaux.  Le rapport 2021 du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) est sans appel, a-t-il insisté.  Malheureusement certains des changements dont il y est fait cas sont déjà irréversibles et aux conséquences graves pour l’activité humaine.  Le Ministre a également relevé que le rapport concluait sur le non-respect de la promesse d’investir jusqu’à 100 milliards de dollars par an dans l’action climatique.  Nous n’agissons pas assez et nous sommes en deçà des objectifs que nous nous sommes nous-mêmes fixés, s’est impatienté M. Casaubón.  Pourtant, a-t-il rappelé, 11 des pays à l’ordre du jour de la Commission de consolidation de la paix (CCP) sont directement frappés par les effets des changements climatiques.

Pour le Mexique, il faut pouvoir s’appuyer sur le multilatéralisme pour une action climatique efficace et intégrer les effets des changements climatiques dans la prise de décision au Conseil.  C’est pourquoi il soutient l’idée d’un rapport quinquennal sur les implications sécuritaires de l’impact climatique, l’enjeu étant d’agir à temps en s’appuyant notamment sur la diplomatie préventive et des données pertinentes. 

La création du groupe informel d’experts sur le climat et la sécurité au Conseil de sécurité a été un pas dans la bonne direction, a concédé le Ministre, mais, a-t-il tempéré, il s’agit aujourd’hui de tenir compte de ses recommandations et d’assurer un suivi des objectifs que nous nous sommes fixés.  Le Mexique est déterminé à combattre les changements climatiques avec toutes les parties intéressées afin de trouver des solutions globales et multidimensionnelles, a conclu M. Casaubón.

Mme INE ERIKSEN SØREIDE, Ministre des affaires étrangères de la Norvège, a rappelé que la moitié des 20 pays les plus vulnérables aux changements climatiques étaient également le théâtre d’un conflit armé.  À cette aune, elle a invité le Conseil à s’emparer de cette question.  Elle a cité le cas de l’Iraq, où le manque de ressources en eau nourrit les tensions et les risques d’escalade, ainsi que le Soudan du Sud, où les pertes en bétail peuvent aboutir à des conflits communautaires.  La Ministre a précisé qu’un milliard d’enfants, soit près de la moitié des enfants du monde, vivaient dans des pays soumis à « un risque extrêmement élevé » en raison des changements climatiques.

Pour y remédier, la Ministre a souhaité que le Conseil adopte une approche plus systémique.  Un premier pas serait l’adoption d’une résolution thématique sur le climat et la sécurité afin de guider son action, a-t-elle dit, en précisant qu’il ne s’agit pas pour ce Conseil de s’emparer des tâches d’autres organes onusiens.

Mme Eriksen Søreide a exhorté le Secrétaire général à inclure les risques sécuritaires liés au climat dans ses rapports au Conseil, avant de souhaiter que ces risques soient inclus dans les mandats des missions onusiennes.  « Nous devons renforcer la coordination et garantir une réponse cohérente à l’échelle du système onusien. »  Elle a aussi souhaité que les efforts de médiation et la diplomatie préventive prennent en compte ces risques liés au climat.  Le Conseil a besoin d’informations fiables et de qualité sur les risques climatiques pour chacune des situations inscrites à son ordre du jour, a poursuivi la Ministre.  « Parce que les changements climatiques sont le défi majeur de notre temps, le Conseil doit jouer un rôle de chef de file et s’acquitter des responsabilités inhérentes à son mandat », a-t-elle conclu.

Mme RAYCHELLE OMAMO, Secrétaire aux affaires étrangères du Kenya, a aussi déclaré que les changements climatiques entraînaient des effets profonds à l’échelle mondiale notamment des conditions météorologiques extrêmes, les migrations, la concurrence sur les ressources, les moyens de subsistance et les économies.  Ces conditions réunies exacerbent la fragilité des pays en conflit, en particulier au Sahel, dans la Corne de l’Afrique, au Moyen-Orient et dans les petits États insulaires en développement, a ajouté la Ministre.  Mme Omamo a indiqué que l’adaptation aux changements climatiques devra permettre de prévenir et de résoudre les conflits. 

Mme Omano a aussi souligné que l’ensemble des preuves sur le lien entre le climat et la sécurité devait être développé avec les États et les institutions des pays du Sud, où le défi est le plus vivement ressenti.  L’action climatique doit s’appuyer sur les connaissances et les pratiques locales qui ont fait leurs preuves, en particulier pour renforcer la résilience des communautés face aux aléas climatiques, a-t-elle plaidé.  La majeure partie des ressources pour l’adaptation au climat devra provenir des ressources nationales, a-t-elle ajouté, soulignant également la nécessité de développer des systèmes d’alerte précoce qui mettent en exergue les points chauds des changements climatiques.

M. OTHMAN JERANDI, Ministre des affaires étrangères, de la migration et des Tunisiens à l’étranger de la Tunisie, a appuyé les priorités fixées par le Secrétaire général pour combattre les changements climatiques.  Le monde est en bute à des défis émergents qui menacent la survie même de la planète et des générations futures, a constaté M. Jerandi en citant notamment les aléas climatiques et les pandémies, qui sont des défis collectifs.  Il est nécessaire d’intégrer ces risques dans le travail du Conseil de sécurité, a-t-il estimé, compte tenu de l’impact climatique sur la sécurité alimentaire et la sécurité en général, en particulier en Afrique.

Notant que les groupes les plus fragiles seront moins capables de faire face aux chocs climatiques, le Ministre a appelé à tenir compte du développement dans toute stratégie de paix et de sécurité, et en particulier de l’objectif 13 de développement durable sur l’action climatique.  La Tunisie appelle à une réforme du système financier international afin de répondre aux besoins des pays en développement et de leur permettre de s’adapter aux effets des changements climatiques.  C’est une responsabilité à la fois des pays du Nord et du Sud, a souligné M. Jerandi.  La Tunisie n’épargnera aucun effort, aux côtés de la communauté internationale, pour réduire la menace de la crise climatique, a-t-il assuré, annonçant qu’elle s’est engagée à relever son niveau d’engagement en ce sens, et qu’elle fera des annonces concrètes en ce sens lors de la COP26 à Glasgow.

Avant de conclure, le Ministre a appelé à la nomination d’un représentant spécial du Secrétaire général sur le climat et la sécurité et il a souhaité que le Conseil de sécurité adopte une résolution sur le climat et la sécurité.

M. TARIQ AHMAD, Ministre d’État pour le Commonwealth et le développement, les Nations Unies et l’Asie du Sud du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, a souligné que, si la crise climatique constitue une menace existentielle non seulement pour notre environnement commun mais pour notre sécurité commune, les nations les plus touchées par cette crise étaient déjà parmi les plus fragiles du monde.  Une dizaine des pays les plus vulnérables subissent déjà le poids des conflits armés.  Or, les changements climatiques agissent dans ce cas comme un multiplicateur « cruel », aggravant des situations déjà difficiles.  Avec des institutions défaillantes, des communautés déplacées et des sociétés peu sûres, les nations déchirées par des conflits sont mal équipées pour faire face aux impacts du changement climatique. 

Non seulement cette situation risque de pousser les régions fragiles à leurs limites, a poursuivi M. Tariq, mais elle pourrait provoquer des déplacements de personnes par millions, alors que des villes et des villages seraient rayés de la carte.  Notant aussi que les conséquences des changements climatiques touchent particulièrement les femmes et les filles, M. Tariq a évoqué les risques de violence dans les camps de personnes déplacées et la menace de mariages précoces liés à la pauvreté.

Le monde attend donc de ce Conseil qu’il agisse et qu’il agisse rapidement, a poursuivi M. Tariq, qui a salué les efforts déployés dans de nombreux domaines par l’ONU pour s’atteler à ce problème.  Le Royaume-Uni attend du système des Nations Unies qu’il rende compte de manière exhaustive des liens qui existent entre le climat et la sécurité, afin de pouvoir disposer d’informations pertinentes pour éclairer ses décisions.  Cela signifie notamment d’avoir les bonnes personnes, avec la bonne formation et l’expérience requise, au sein des missions de l’ONU, afin d’anticiper et de répondre à la crise climatique.  Des missions qui, a ajouté M. Tariq, se doivent d’être propres et vertes.  Le Conseil de sécurité doit en outre être à l’écoute des pays qui subissent directement l’impact de l’aggravation de l’insécurité causée par les changements climatiques.  En outre, a-t-il ajouté, les femmes et les filles doivent jouer un rôle significatif dans la lutte contre les changements climatiques, si nous voulons lutter contre les inégalités entre les sexes.  

Inclusifs et unis, nous pouvons faire preuve de leadership mondial face aux menaces mondiales, a estimé le Ministre d’État, qui a ensuite évoqué la COP26 qui doit se dérouler en novembre à Glasgow, un rendez-vous où les efforts requis doivent se transformer en actions urgentes, menées par tous.  Nous devons agir maintenant si nous voulons empêcher les augmentations de température de dépasser 1,5 degré Celsius, a insisté M. Tariq en plaidant en faveur des engagements nets zéro, de contributions déterminées au niveau national ambitieuses et de politiques nécessaires pour les mettre en œuvre.  Il a également insisté sur l’impératif d’obtenir les financements nécessaires pour aider les États vulnérables à s’adapter à notre climat changeant.  Pour sa part, le Royaume-Uni a pris les devants et s’est engagé dès l’année dernière à réduire ses émissions d’au moins 68% d’ici à 2030, -« le taux de réduction le plus rapide de toutes les grandes économies »- et a débloqué une enveloppe de 16 milliards de dollars sur cinq ans pour le financement climatique, a précisé le Ministre d’État.

Mme REENAT SANDHU, Secrétaire au Ministère des affaires extérieures de l’Inde, a souligné la nécessité de remédier à tous les aspects des changements climatiques.  L’action climatique doit être basée sur des principes fondamentaux agréés, dont le plus important est le principe de responsabilités communes mais différenciées et de capacités respectives, a-t-elle dit.  À cette aune, elle a estimé que discuter d’un seul aspect des changements climatiques, en l’occurrence de la sécurité climatique, dans une enceinte qui n’est de surcroît pas équipée pour faire face à tous les aspects précités, n’est pas souhaitable.  Elle a en effet pointé le risque de saper la discussion globale sur ce sujet, parmi les plus importants.  « Quand nous délibérons de la sécurisation du climat, nous devons veiller à ne pas mettre en place une discussion climatique parallèle », a-t-elle averti, appelant à poursuivre dans cette voie inclusive de prise de décision, agréée par les États Membres.

« Considérer les conflits dans les zones les plus pauvres du monde par le prisme des changements climatiques ne peut qu’entretenir un récit biaisé alors que les raisons desdits conflits sont ailleurs », a poursuivi Mme Sandhu.  Le rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) montre clairement que l’effet de cette évolution climatique sur la violence est contesté, a-t-elle argué, ajoutant que « les changements climatiques peuvent aggraver un conflit mais ne peuvent être identifiés comme une cause » de ces derniers.  Elle a ainsi mis en garde contre une trop grande simplification des causes de conflit et a invité à se concentrer sur le but à atteindre: combattre les effets des changement climatiques.

À ce titre, Mme Sandhu a précisé que l’Inde, qui joue un rôle de chef de file dans l’action climatique, est en passe de s’acquitter de ses engagements au titre de l’Accord de Paris.  Elle a souligné la nécessité d’honorer les engagements en ce qui concerne le financement climatique et les transferts de technologie.  Pour nombre de pays en développement, en particulier en cette période de pandémie qui a asséché les ressources, un financement climatique robuste est des plus importants, a-t-elle dit.  Tout en prenant note des appels pour un financement innovant, Mme Sandhu a mis en garde contre « toute comptabilité créative » dans ce domaine, 100 milliards de dollars de financement climatique étant nécessaires pour atteindre les cibles prévues par l’Accord de Paris.

Mme INGA RHONDA KING (Saint-Vincent-et-les Grenadines) a déclaré que, pour faire face aux risques de sécurité liés au climat, il est important de renforcer les capacités et l’expertise de l’ensemble du système des Nations Unies.  La représentante a suggéré des conseillers en matière de sécurité climatique dans les opérations et les missions de maintien de la paix.  Elle a aussi proposé la nomination d’un représentant spécial du Secrétaire général pour les risques de sécurité liés au climat.  Le Conseil ne doit pas se soustraire de sa responsabilité de s’attaquer aux incidences des changements climatiques sur la sécurité, a poursuivi M. King.

Le Conseil peut prendre des mesures concrètes, a encore estimé la représentante, avant de demander que soient améliorés les rapports sur le climat et la sécurité, et que soit renforcée la coordination avec les acteurs concernés aux niveaux local, national et régional.  Il faut en outre adopter une résolution ciblée pour mieux permettre au Conseil de faire face aux risques liés au climat et à la sécurité, a ajouté la représentante, qui a par ailleurs encouragé une coordination plus étroite entre la Commission de consolidation de la paix et le Conseil, notamment sur les questions liées au climat, à la sécurité et à la consolidation de la paix.

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a dit que son pays partageait les préoccupations mondiales en ce qui concerne les changements climatiques et leurs effets dévastateurs.  Il a souligné l’importance de mobiliser la volonté politique pour y faire face, en prévision notamment de la COP26.

Le représentant a mentionné les efforts de son pays pour diminuer son empreinte carbone.  Il a ensuite rappelé que l’Assemblée générale et l’ECOSOC travaillaient sur la question des changements climatiques, avant de dénoncer la volonté de certains États de l’intégrer dans les travaux du Conseil.  « Est-ce efficace?  Le Conseil a-t-il les instruments pour remédier à cette question sans saper les mandats d’autres organes onusiens? » s’est-il interrogé, avant de citer un proverbe russe: « trop de cuisiniers gâtent la sauce ».

Se voulant « franc », le représentant de la Fédération de Russie a affirmé que les tentatives obstinées d’inclure cette question dans les travaux du Conseil ne pourraient aboutir qu’à des « mesures bancales et vaines ».  Il a aussi indiqué que l’inscription d’un sujet à l’ordre du jour du Conseil n’était pas un critère d’évaluation de son importance, comme la question climatique le montre bien.  « Il n’y a aucun intérêt à inclure cette question dans les travaux du Conseil », a-t-il martelé, en mettant en garde contre les risques de confusion et de doublons.  M. Polyanskiy a aussi rejeté l’idée d’inclure l’évaluation des risques climatiques dans le mandat des missions onusiennes, les Casques bleus n’ayant ni l’expertise ni les instruments pour ce faire.  Un tel élargissement des mandats aurait en outre un coût qui pourrait porter préjudice à l’exécution des tâches principales des missions.  « Ne diluons pas nos efforts », a-t-il conclu.

M. ZHANG JUN (Chine) a relevé que le dernier rapport du GIEC disait clairement que les changements climatiques représentent une grave menace.  Par conséquent la Chine appelle la communauté internationale à assumer ses responsabilités, à coopérer et à agir.  La Chine attend des engagements concrets en ce sens lors de la COP26.

Toutefois, a souligné le représentant, les liens entre climat et sécurité sont extrêmement complexes et le Conseil de sécurité a des compétences limitées pour ce qui est de la discussion de cette question.  La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques et l’Accord de Paris sont les plateformes les plus légitimes pour ce faire.  À cet égard, la Chine insiste sur l’impératif d’honorer les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris pour pouvoir avancer dans la lutte contre les effets des changements climatiques.  Il serait inapproprié, selon elle, que le Conseil de sécurité vienne se substituer à un organe intergouvernemental.

Le représentant a également souligné la responsabilité « historique » des pays développés en termes de changements climatiques et a appelé à ne pas perdre de vue cette réalité.  Ces pays doivent assumer leurs responsabilités en termes de réduction des émissions de gaz à effet de serre et s’acquitter de leurs engagements, notamment en termes de financement de l’action climatique.  La Chine leur demande un calendrier concret de 2021 à 2025, ainsi que des objectifs clairs pour la période allant au-delà de 2025.  Elle espère pouvoir compter sur des réponses rapides de la part des pays développés, car ce n’est qu’ainsi que l’on pourra parvenir aux objectifs de l’Accord de Paris.

M. Zhang a ensuite souligné que les changements climatiques étaient le fruit de modes de développement non durables, ce qui signifie qu’il va falloir en tenir compte dans les programmes de développement et opter pour une feuille de route pour une économie verte.  La Chine est ouverte à l’idée d’intégrer la dimension climatique au cas par cas dans les délibérations du Conseil mais, a répété le représentant, il faut éviter de saper les mandats du maintien de la paix, de créer des doublons et de chercher à intégrer la question climatique à tous les conflits.

Pour sa part la Chine va revoir à la hausse l’appui aux pays en développement en termes de financement climatique.  Elle s’est engagée à ne plus investir dans l’énergie à base de charbon à l’étranger, a rappelé le représentant.  Sur la scène internationale, la Chine entend poursuivre des efforts durables pour construire « ensemble » une planète propre et belle.

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