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CS/14581
15 Juillet 2021
8820e séance – matin

Libye: les membres du Conseil insistent sur la tenue des élections présidentielle et législatives à la date prévue du 24 décembre 2021, « clef de voûte » de la transition

Munis d’une Déclaration présidentielle, les membres du Conseil de sécurité ont entendu aujourd’hui l’Envoyé spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) faire le point sur les problèmes liés au processus électoral libyen.  Il est « impératif » que le calendrier soit respecté, à savoir la tenue des élections présidentielle et législatives, le 24  décembre prochain, « clef de voûte » du processus de transition, a martelé le Ministre français des affaires étrangères qui s’est exprimé aux côtés de ses homologues de la Tunisie et de l’Allemagne, sans oublier le Premier Ministre libyen et le Secrétaire général de la Ligue des États arabes. 

Nous ne pouvons, en aucun cas, transiger sur la date du 24 décembre, pour quelque motif que ce soit, a insisté M. Jean-Yves Le Drian, dont le pays préside le Conseil de sécurité ce mois-ci.  Ce Conseil, a-t-il rappelé, a été clair, avec la résolution 2571 (2021: « tous ceux qui essaieront de mettre en échec le processus politique pourront être sanctionnés. ».  Dans sa Déclaration présidentielle, le Conseil exhorte vivement les autorités compétentes de la Libye, dont la Chambre des députés, à prendre des mesures immédiates pour préciser la base constitutionnelle des élections et promulguer, le cas échéant, les lois nécessaires pour permettre à la Haute Commission électorale nationale de bénéficier d’un temps et de ressources suffisantes afin de préparer le scrutin.  Le Conseil rappelle que les sanctions énoncées dans la résolution 1970 (2011), telles que modifiées par des résolutions ultérieures, peuvent s’appliquer également aux personnes qui entravent ou compromettent la tenue des élections. 

Ces personnes ont été dûment dénoncées par le Chef de la MANUL, M. Jan Kubiš, qui a parlé d’une situation « plus difficile, plus conflictuelle et plus tendue » où les forces anciennes et nouvelles du statu quo utilisent différentes tactiques pour empêcher la tenue des élections.  Dans sa Déclaration présidentielle, le Conseil de sécurité engage tout aussi vivement tous les États Membres, toutes les parties libyennes et tous les acteurs concernés à respecter et à appuyer l’application intégrale de l’accord de cessez-le-feu du 23 octobre 2020, notamment au moyen du retrait intégral et immédiat de l’ensemble des forces étrangères et des mercenaires du territoire libyen, sans délai. 

Or, a fait observer le Chef de la MANUL, le Gouvernement d’unité nationale et le Conseil de la Présidence ne sont toujours pas accordés sur la nomination du Ministre de la défense, un poste crucial pour la mise en œuvre de l’Accord de cessez-le-feu alors que la Commission militaire mixte 5+5 a reporté la réouverture de la route côtière reliant les parties est et ouest, compte tenu de l’impasse sur le retrait des mercenaires et des forces étrangères.  La Fédération de Russie a plaidé pour un retrait « progressif et synchronisé », pour veiller à ce que le rapport de force actuel « sur le terrain » ne soit pas bouleversé, au risque d’ouvrir la voie à une nouvelle escalade armée.  À ce propos, le Chef de la MANUL a indiqué que le Gouvernement et la Commission militaire mixte 5+5 souhaitent que la tâche principale de la composante onusienne du Mécanisme libyen de surveillance du cessez-le-feu soit la surveillance dudit retrait. 

Le Conseil rappelle d’ailleurs, dans sa Déclaration présidentielle, l’obligation de tous les États Membres de respecter l’embargo sur les armes et l’engagement des participants à la Conférence de Berlin II, du 23 juin dernier, à s’abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures de la Libye.  Le Ministre allemand des affaires étrangères, qui a présenté les conclusions de la Conférence, a appelé le Conseil à « la fermeté » pour maintenir le cap.  Par ailleurs, dans sa Déclaration présidentielle, le Conseil constate avec une vive préoccupation les répercussions du conflit sur les pays voisins, en particulier sur le Sahel. 

Il est  « primordial » que des mesures soient prises, a pressé le Niger, pour éviter que le Sahel ne subisse une deuxième vague de conséquences directes du conflit.  Les évènements dramatiques que le Tchad a connus nous rappellent combien il est urgent de prendre en considération les impératifs de paix, de stabilité et de sécurité des voisins de la Libye, a-t-il souligné.  Le Conseil rappelle enfin, dans sa Déclaration présidentielle, qu’il est nécessaire de planifier le désarmement, la démobilisation et la réintégration (DDR) des groupes armés et de tous les acteurs non étatiques armés concernés et d’édifier un dispositif de sécurité unifié, inclusif, comptable de son action et placé sous le contrôle des autorités civiles. 

En la matière, le Premier Ministre libyen, M. Abdul Hamid Dbeibeh a demandé l’aide de la communauté internationale, sans oublier d’accuser certains États « d’exploiter » la résolution 1970 (2011).  Il a réclamé la modification du régime des sanctions pour permette aux institutions compétentes de gérer les avoirs malgré le gel.  Dans sa Déclaration présidentielle, le Conseil réaffirme son intention de veiller à ce que les avoirs gelés soient, « à une étape ultérieure », mis à la disposition du peuple libyen et utilisés à son profit.  Le Premier Ministre a tout de même estimé qu’« une lueur d’espoir brille désormais au bout d’un tunnel qui n’est que trop long ». 

Après une décennie d’instabilité, la signature de l’accord de cessez-le-feu du 23 octobre 2020, puis l’investiture du Gouvernement d’union nationale, « pour la première fois depuis longtemps, la paix est à portée de main en Libye, a confirmé le Ministre français des affaires étrangères.  Nous sommes prêts à partager avec « nos frères libyens » notre expérience, a déclaré le Ministre tunisien des affaires étrangères, M. Othman Jerandi, au nom d’un pays qui a lui-même vécu « les subtilités et les complexités » de la transition démocratique.  Les Libyens doivent passer de la « logique de la concurrence » à celle du consensus, a préconisé le Secrétaire général de la Ligue des États arabes, M. Ahmed Gheit.  

Déclaration du Président du Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité se félicite de la tenue, le 23 juin 2021, de la deuxième Conférence de Berlin, de ses conclusions (S/2021/595) et de l’attachement des participants au processus politique dirigé et contrôlé par la Libye et facilité par l’Organisation des Nations Unies ainsi qu’à la souveraineté, à l’indépendance, à l’intégrité territoriale et à l’unité nationale de la Libye. Le Conseil se félicite de l’inclusion de la Libye comme membre du Comité international de suivi de la situation en Libye.

Le Conseil exprime son soutien au Conseil de la présidence et au Gouvernement d’unité nationale de transition, chargés de gouverner la Libye jusqu’à la période des élections nationales présidentielle et législatives du 24 décembre 2021, comme énoncé dans la feuille de route du Forum de dialogue politique interlibyen, tenu à Tunis en novembre 2020, et dans sa résolution 2570 (2021).

Le Conseil insiste sur l’importance d’élections présidentielle et législatives libres, équitables, régulières et crédibles et souligne qu’il importe de mettre en place des dispositions visant à assurer la participation pleine, égale et effective des femmes et l’inclusion des jeunes. Il considère qu’il est nécessaire de protéger les femmes contre les menaces et les représailles qu’elles sont amenées à subir, notamment dans les rôles qu’elles peuvent assumer dans l’espace public.

Le Conseil rappelle l’importance que revêtent l’unification des institutions libyennes, une bonne gouvernance et l’amélioration des résultats économiques, notamment au moyen d’un accord rapide sur un budget unifié ainsi que sur la question des postes souverains, telle qu’énoncée dans la feuille de route. Il constate avec satisfaction que l’audit indépendant de la Banque centrale a été mené à bien. 

Le Conseil réaffirme son intention de veiller à ce que les avoirs gelés en application des dispositions du paragraphe 17 de la résolution 1970 (2011) soient, à une étape ultérieure, mis à la disposition du peuple libyen et utilisés à son profit.

Le Conseil rappelle que les participants à la deuxième Conférence de Berlin s’étaient engagés à accepter et à appuyer les résultats du processus politique intralibyen et adressé un appel à tous les Libyens et aux acteurs internationaux pour qu’ils en fassent autant.

Le Conseil souligne l’importance d’un processus de réconciliation nationale global et inclusif. Il se félicite du concours qu’apporte l’Union africaine à cet égard et salue le rôle important des organisations régionales telles que la Ligue des États arabes et l’Union européenne.

Le Conseil exhorte vivement les autorités et institutions compétentes, dont la Chambre des députés, à prendre des mesures immédiates pour préciser la base constitutionnelle des élections et promulguer, le cas échéant, les lois nécessaires pour permettre à la Haute commission électorale nationale de bénéficier d’un temps et de ressources suffisantes afin de préparer des élections présidentielle et législatives, selon le calendrier prescrit dans la feuille de route du Forum de dialogue politique interlibyen. Il demande une fois de plus au Forum de prendre des mesures visant à faciliter les élections, si besoin est, et se félicite des efforts faits par la Mission d’appui des Nations Unies en Libye (MANUL) pour encourager le Forum à élaborer des propositions en vue d’un processus électoral libre, équitable et inclusif.

Le Conseil rappelle que les mesures énoncées dans la résolution 1970 (2011), telles que modifiées par des résolutions ultérieures, s’appliqueraient également aux personnes et entités dont le Comité avait déterminé qu’elles se livraient ou qu’elles apportaient un appui à d’autres actes qui mettaient en danger la paix, la stabilité ou la sécurité en Libye ou qui entravaient ou compromettaient la réussite de sa transition politique, et souligne que ces actes peuvent comprendre le fait d’entraver ou de compromettre la tenue des élections prévues dans la feuille de route établie dans le cadre du Forum de dialogue politique interlibyen.

Le Conseil engage vivement tous les États Membres, toutes les parties libyennes et tous les acteurs concernés à respecter et à appuyer l’application intégrale de l’accord de cessez-le-feu du 23 octobre 2020, notamment au moyen du retrait intégral et immédiat de l’ensemble des forces étrangères et des mercenaires du territoire libyen, sans délai.

Le Conseil rappelle que la Mission d’appui des Nations Unies en Libye joue un rôle pour ce qui est de l’application du cessez-le-feu et qu’elle est tenue d’appuyer le Mécanisme de surveillance du cessez-le-feu dirigé et contrôlé par la Libye, notamment au moyen du déploiement rapide, évolutif et progressif de ses observateurs du cessez-le-feu lorsque les conditions le permettront.

Le Conseil rappelle qu’il a décidé que tous les États Membres devaient respecter l’embargo sur les armes imposé à la Libye par la résolution 1970 (2011), telle que modifiée par les résolutions ultérieures.

Le Conseil rappelle l’engagement pris par les participants à la Conférence de Berlin de s’abstenir de toute ingérence dans le conflit armé ou dans les affaires intérieures de la Libye et l’appel adressé à tous les acteurs internationaux pour qu’ils en fassent autant.

Le Conseil constate avec une vive préoccupation les répercussions du conflit sur les pays voisins, en particulier sur le Sahel, et notamment les menaces que font peser le transfert illicite, l’accumulation déstabilisante et le détournement d’armes, ainsi que l’afflux de groupes armés et de mercenaires. Il encourage un resserrement de l’appui international et de la coopération régionale entre la Libye et le Sahel.

Le Conseil se déclare à nouveau gravement préoccupé par le trafic de migrants et de réfugiés et par la traite d’êtres humains, ainsi que par la situation tragique à laquelle se heurtent les migrants, les réfugiés ou les personnes déplacées, notamment les enfants, en Libye, et il rappelle la nécessité d’accompagner les nouvelles mesures prises pour renforcer la gestion des frontières libyennes.

Le Conseil souligne que les responsables des violations du droit international humanitaire et des violations du droit international des droits de l’homme et des atteintes à ces droits doivent répondre de leurs actes.

Le Conseil rappelle qu’il est nécessaire de planifier le désarmement, la démobilisation et la réintégration des groupes armés et de tous les acteurs non étatiques armés concernés ainsi que la réforme du secteur de la sécurité et d’édifier, pour l’ensemble de la Libye, un dispositif de sécurité unifié, inclusif, comptable de son action et placé sous le contrôle des autorités civiles, et il demande aux autorités libyennes de se mobiliser et de progresser sur cette question.

LA SITUATION EN LIBYE

Déclarations

Alors que tous mes interlocuteurs ont réitéré leur engagement à organiser des élections le 24 décembre, je crains que beaucoup d’entre eux ne soient pas prêts à traduire leur parole en acte, a prévenu M. JÁN KUBIŠ, Envoyé spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission dappui desNations Unies en Libye (MANUL), qui vient de tenir des consultations avec les parties en Libye.  La tenue des élections à la date prévue est nécessaire, a-t-il souligné, pour parachever la transition démocratique et éviter une reprise du conflit, de la violence et du chaos.  L’Envoyé spécial a regretté que la Chambre des représentants, l’organe mandaté pour définir la base constitutionnelle des élections en consultation avec le Haut Conseil d’État, ne se soit pas encore prononcée.  La semaine dernière, a-t-il indiqué, le nouveau Comité de la Chambre des représentants, créé pour préparer les lois électorales, a demandé le soutien de l’ONU.  J’ai conseillé au Président de la Chambre, a dit l’Envoyé spécial, de consulter le Haut Conseil d’État, conformément à l’Accord politique libyen, et de veiller à ce que la base juridique et constitutionnelle des élections soit en place, conformément à la résolution 2570 du Conseil de sécurité et des conclusions de la Conférence de Berlin II et de la feuille de route du Forum de dialogue politique libyen. 

Parmi les questions en suspens, a précisé M. Kubiš, figurent la tenue ou non d’un référendum sur le projet de constitution, les critères d’éligibilité des candidats, en particulier du président, et la représentation des composantes culturelles.  Malgré l’incapacité du Forum de dialogue politique libyen de résoudre ces questions à l’issue de sa session de mai, M. Kubiš s’est réjoui qu’une rencontre tenue à Genève, du 28 juin au 2 juillet, après la réunion de préparation à Tunis du 24 au 26 juin, ait abouti à un large consensus sur une proposition de compromis.  Cependant, a-t-il avoué, il est devenu clair à Genève que les membres du Forum sont fragmentés en divers blocs et groupes d’intérêts. Nous n’avons donc toujours pas une proposition finale de base constitutionnelle. En raison de cet échec, la situation en Libye devient plus difficile, plus conflictuelle et plus tendue, a prévenu l’Envoyé spécial.  Les intérêts institutionnels, politiques et individuels font obstacle à un accord sur le cadre juridique nécessaire à la tenue des élections le 24 décembre 2021. 

L’Envoyé spécial a accusé les forces anciennes et nouvelles du statu quo d’utiliser différentes tactiques pour empêcher la tenue des élections.  Certains groupes insistent sur la mise en place des conditions préalables aux élections, ce qui mettrait en péril le respect du calendrier.  Ils exigent en effet l’organisation du référendum constitutionnel, le retrait de tous les mercenaires, combattants étrangers et forces étrangères ou encore la réunification de l’armée et la réconciliation nationale.  D’autres groupes s’opposent à l’idée de barrer l’accès à l’éligibilité à ceux qui ont la double nationalité, ceux qui sont inculpés sans être reconnus coupables et ceux qui occupent des postes militaires.  D’autres encore craignent que la Libye ne retourne à la dictature si les élections se tenaient sans une constitution permanente ou sur une base constitutionnelle qui ne restreigne pas les critères d’éligibilité ou ne limite pas les prérogatives du nouveau président. 

Malgré l’absence d’un cadre électoral législatif, M. Kubiš a indiqué que la Haute Commission électorale nationale (HNEC) a lancé le 4 juillet la mise à jour de la liste des électeurs, avec une disposition spéciale pour l’inclusion des déplacés.  Si l’impasse sur la base constitutionnelle et entre les institutions de l’État persiste, la dynamique positive observée depuis quelques mois seulement pourrait s’inverser, a prévenu l’Envoyé spécial.  Il s’est inquiété des conséquences de cette impasse sur d’autres priorités nationales clefs, notamment les volets sécuritaire et économique.  Il a par exemple expliqué que la Chambre des représentants n’a pas adopté le budget présenté par le Gouvernement d’unité nationale et qu’elle et le Haut Conseil d’État ne se sont toujours pas d’accord sur la marche à suivre pour les nominations aux postes régaliens, malgré plusieurs réunions facilitées par le Maroc. 

L’armée nationale libyenne n’a toujours pas autorisé le Gouvernement d’unité nationale à étendre son autorité aux zones qu’elle contrôle et ce dernier et le Conseil de la Présidence n’ont pas pu se mettre d’accord sur la nomination du Ministre de la défense, un poste crucial pour la mise en œuvre de l’Accord de cessez-le-feu, pour les progrès en matière de désarmement, de démobilisation et de réinsertion (DDR) des groupes armés, pour la réforme du secteur de la sécurité et la réunification de l’armée.  La Commission militaire mixte 5+5 a reporté la réouverture de la route côtière reliant les parties est et ouest du pays pour protester contre l’incapacité de prendre des décisions qui faciliteraient la tenue des élections à la date convenu et de surmonter l’impasse sur le retrait des mercenaires, des combattants étrangers et des forces étrangères.  Bien que l’accord de cessez-le-feu continue de tenir malgré des affrontements mineurs entre des groupes armés et des gangs criminels, M. Kubiš a dit craindre que l’unité du Comité mixte de suivi ne s’effondre si le processus politique reste au point mort. 

L’Envoyé spécial a assuré que les Nations Unies continueront de soutenir la mise en œuvre de l’accord de cessez-le-feu et a fait le point sur les préparatifs en cours pour le déploiement d’une composante de surveillance du cessez-le-feu de la MANUL en appui au Mécanisme de surveillance dirigé par la Libye.  Le Gouvernement et la Commission militaire mixte 5+5 souhaitent d’ailleurs que la tâche principale de la composante onusienne soit la surveillance du retrait des mercenaires et des combattants étrangers, plutôt que les patrouilles pour vérifier le respect de l’accord de cessez-le-feu.  Rappelant, dans ce contexte, l’importance de la réouverture de la route côtière, l’Envoyé spécial a indiqué que le Conseil de la Présidence a instruit, le 8 juin, le commandant des opérations de Syrte-Jufra de relocaliser ses groupes armés, étape nécessaire avant la réouverture de la route.  M. Kubiš a néanmoins regretté que cet élan positif ne se soit pas traduit par des dispositions définitives sur cette réouverture de la route côtière, compte tenu du blocage du calendrier électoral. 

La présence des forces étrangères et des mercenaires menaçant le cessez-le-feu, l’Envoyé spécial a jugé impératif que les acteurs libyens et internationaux se mettent d’accord sur un plan de retrait.  Alors que la situation sécuritaire est encore compliquée par les récents attentats et la menace terroriste renouvelée d’Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI) et de Daech, en particulier dans le Sud, il s’est inquiété des retards dans la réunification de l’appareil sécuritaire et militaire de la Libye, et de l’absence d’une approche centralisée et coordonnée, facilitant les recrutements, les opérations et les activités asymétriques des organisations extrémistes violentes.  M. Kubiš a exhorté les acteurs libyens de la sécurité à lutter conjointement contre cette menace, en consultation et en coopération avec la Commission militaire mixte 5+5 et les acteurs locaux dont les chefs de tribu. 

Après avoir mis l’accent sur les efforts de la MANUL, en partenariat avec l’Union africaine, en matière de réconciliation, M Kubiš s’est inquiété de la situation des migrants.  Au 26 juin 2021 les garde-côtes libyens avaient intercepté et renvoyé sur les côtes du pays 14 751 migrants et refugiés, soit un chiffre supérieur au total enregistré en 2020.  Au 21 juin, environ 6 377 migrants et réfugiés étaient détenus arbitrairement, soit une augmentation de 550% depuis janvier 2021.  L’Envoyé spécial a appelé les États Membres à prendre conscience que compte tenu de sa situation humanitaire et des droits de l’homme ou encore de sa faible capacité de protection, la Libye n’est pas un territoire de choix pour le retour des migrants interceptés en mer. 

M. JEAN-YVES LE DRIAN, Ministre de lEurope et des affaires étrangères de la France, a dit:« nous avons la responsabilité de soutenir l’aspiration légitime des Libyens à vivre dans un pays sûr, uni et souverain, en nous mobilisant pour que la fenêtre d’opportunité qui s’est ouverte à la fin de l’année dernière ne se referme pas.  La signature de l’accord de cessez-le-feu du 23 octobre 2020 entre les parties libyennes, la réunion du Forum de dialogue politique libyen, puis l’investiture du Gouvernement d’union nationale par le Parlement sont autant de signes que des progrès sont possibles, a estimé le Ministre.  Il a toutefois attiré l’attention sur « les réelles menaces qui pèsent sur cette dynamique ». 

Le Ministre a jugé « impératif » que le calendrier électoral soit respecté, à savoir la tenue des  élections législatives et présidentielle, le 24 décembre prochain.  Il a souligné que cette date a été contestée par certains des participants à la dernière réunion du Forum, à Genève, alors qu’elle est « la clef de voûte » du processus de transition.  Nous ne pouvons donc, en aucun cas, transiger sur la date du 24 décembre, pour quelque motif que ce soit, a martelé le Ministre.  Le Conseil de sécurité, a-t-il rappelé, a été clair, avec la résolution 2571: « tous ceux qui essaieront de mettre en échec le processus politique pourront être sanctionnés. »  Comme autre « impératif », le Ministre a cité le retrait des forces et des mercenaires étrangers, dont la présence constitue une violation des résolutions de ce Conseil et une atteinte grave à la souveraineté de la Libye. 

Le Ministre a réclamé un calendrier de départ « progressif, symétrique et séquencé » des éléments étrangers des deux camps.  Ce retrait, s’est-il expliqué, pourrait concerner, dans un premier temps, les mercenaires syriens des deux camps, dès les prochaines semaines pour engager une dynamique visant, à terme, le départ de toutes les forces et mercenaires étrangers du territoire libyen.  Dans cette perspective, la situation des pays voisins de la Libye doit évidemment être prise en compte, dont les pays du Sahel.  Les événements survenus récemment au Tchad, a souligné le Ministre, nous rappellent que nous devons veiller à ce que les mercenaires issus des voisins de la Libye soient renvoyés vers leur pays d’origine dans le cadre d’un processus de démobilisation crédible. 

En matière de sécurité, a-t-il poursuivi, la plus grande vigilance doit rester de mise.  Le Ministre a plaidé pour la réunification de l’armée et le démantèlement des milices, pour permettre aux autorités civiles d’assurer leurs responsabilités en matière de sécurité; le déploiement d’un mécanisme de surveillance, sous l’égide de la MANUL et en soutien aux décisions des Libyens; la poursuite de la lutte contre le terrorisme; la réouverture effective de la route côtière et le renforcement du contrôle que les autorités libyennes exercent sur leurs frontières terrestres et maritimes.  Le Ministre a aussi souligné que son pays, l’Union européenne et l’Italie sont disposés à faire davantage pour soutenir la formation et l’équipement des garde-côtes libyens.  L’opération IRINI pourrait y apporter une contribution essentielle, au-delà de sa fonction première, qui est la mise en œuvre de l’embargo sur les armes décidé par ce Conseil, a-t-il estimé. Pour la première fois depuis longtemps, « la paix est à portée de main en Libye », a affirmé le Ministre. 

Le Ministre des affaires étrangères, de limmigration et des Tunisiens de létranger, M. OTHMAN JERANDI, a rappelé que pour son pays, la solution à la crise en Libye passe par un dialogue entre Libyens.  Dans ce contexte, le Président tunisien, M. Kais Saied, a appelé les Libyens à s’unir autour d’un projet national pour restaurer la sécurité et la stabilité.  Le Forum de dialogue libyen que la Tunisie a accueilli en novembre 2020, sa feuille de route et ses objectifs clairs, a été le début d’une véritable percée dans la voie politique, a noté le Ministre.  Les prochaines élections présidentielle et législatives qui se tiendront à la fin de cette année, a-t-il estimé, constituent sans aucun doute un tournant dans le processus politique libyen, car elles marquent le début d’une voie démocratique permanente et la mise en place des fondements de l’état de droit et des institutions en Libye. 

Dans ce contexte, la Tunisie exprime sa satisfaction pour la confirmation par les « frères libyens » de leur engagement à tenir ces élections selon le calendrier établi, et pour les avancées notées lors de la récente Conférence de Berlin 2.  Il a renouvelé la disponibilité de la Tunisie à mettre son expérience au service de ses « frères » et à partager son expérience dans les domaines constitutionnel, législatif et électoral.  Nous exhortons également tous les partis politiques à poursuivre un dialogue constructif et responsable, dans le but de parvenir à une formule consensuelle de la base constitutionnelle des élections et de laisser le peuple exercer son droit de vote, a indiqué M. Jerandi. 

Le Ministre a jugé nécessaire d’accélérer la mise en place du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu libyen avec l’appui des Nations Unies.  Selon lui, le retrait des combattants et mercenaires étrangers est une condition préalable à la stabilité, étant donné que ces derniers sont une menace grave pour la Libye et pour toute la région, en particulier les pays voisins.  Le Ministre a réitéré la nécessité de redoubler d’efforts au sein des différents mécanismes internationaux et régionaux de coopération sécuritaire et de lutte contre le terrorisme, de la Communauté des États sahélo-sahariens et du Partenariat transsaharien de lutte contre le terrorisme, pour renforcer les capacités de coopération entre les pays du Sahel et d’Afrique du Nord. 

M. Jerandi a également insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de coordination et de contrôle pour prévenir l’aggravation de la migration illégale par la mer, d’autant plus que la période récente a été témoin par une augmentation des flux de migrants illégaux de diverses nationalités vers Les eaux territoriales tunisiennes, ce qui pose des défis sécuritaires, économiques, sociaux et humanitaires pour le pays.  S’adressant aux Libyens, il a dit que la Tunisie a elle-même vécu « les subtilités et les complexités » de la transition démocratique.  Ainsi, nous sommes conscients que la voie de la transition démocratique en Libye et de la construction institutionnelle pourra être suivie par « les frères libyens », avec le soutien de la communauté internationale, et avec le soutien « permanent » de la Tunisie, a conclu le Ministre. 

Mme RAYCHELLE OMAMO (Kenya) a salué le peuple libyen pour avoir, au cours de cette dernière année, avancé avec constance dans le processus de paix et continué à travailler à un pays pacifique, sûr et stable.  Chaque gain, si petit soit-il, doit être protégé, étant entendu que les processus de paix ne devraient jamais être imposés.  Il faut toujours, a-t-elle souligné, laisser une marge de manoeuvre pour que les peuples concernés puissent se réunir autour de la table, au nom de l’accpetation et de l’appropriation.  La représentante a donc encouragé le dialogue sur les élections du 24 décembre.  Elle a salué les mesures prises par le Gouvernement d’unité nationale pour galvaniser précisément l’unité, comme la création de l’Initiative de stabilistion.  La représenante a aussi salué celle de la Haute Commission nationale pour la réconciliation et le travail efectué par la Commission militaire conjointe 5+5 sur le déploiement d’une composante « surveillance du cessez-le-feu » de l’ONU au sein du Mécanisme libyen. 

À son tour, elle a appelé au départ de touts les combattants et mercenaires étrangers qui alimentent le terrorisme et l’extrémisme violent.  Elle a aussi appelé à un programme de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), aux côtés d’une réforme du secteur de la sécurité qui tienne compte de la surveillance de la frontière Sud.  Elle a d’ailleurs estimé que le mandat de la MANUL doit être ajusté en conséquence pour inclure une dimension régionale dans le DDR. 

Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis) a déclaré qu’une solution politique à la situation en Libye est possible mais que celle-ci repose sur la tenue des élections.  Des cadres juridiques et institutionnels doivent donc être mis en place pour permettre aux Libyens de prendre en main l’avenir de leur pays.  Il ne faut en aucun cas reporter ces élections, a-t-elle insisté, mettant en garde contre toute tentative d’ingérence.  Elle a jugé essentiel que les membres du forum de dialogue politique interlibyen se consacrent à nouveaux aux débats sur la voie à suivre pour les élections, notant que pour passer de la feuille de route à la réalité, des dispositions constitutionnelles et législatives doivent être adoptées. 

La représentante a par ailleurs appelé le Conseil de sécurité à exiger le départ immédiat des combattants étrangers et des mercenaires, insistant en outre sur l’importance de la pleine mise en œuvre du cessez-le-feu.  L’établissement d’un mécanisme de contrôle du cessez-le-feu jouerait un rôle essentiel en la matière, a-t-elle estimé.  Elle a appelé à tout faire pour éviter que les troubles-faite ne fassent dérailler les progrès durement acquis. 

M. HARSH VARDHAN SHRINGLA (Inde) a avoué un sentiment « d’optimisme prudent » face à la situation en Libye, en particulier depuis l’accord de cessez-le-feu du 23 octobre 2020.  Toutefois, a-t-il dit, la situation en matière de sécurité reste fragile, l’impact économique du conflit est aggravé par la pandémie de COVID-19 et la désintégration des institutions financières, et l’implication des forces extérieures dans les affaires internes de la Libye affectent les progrès politiques.  Les six prochains mois seront « cruciaux », a prévenu le représentant.  Il a relevé que le consensus autour de la base constitutionnelle des élections n’est toujours pas acquis.  Ces élections doivent se tenir le 24 décembre, comme prévu, a martelé le représentant.  

Il a aussi plaidé pour le respect de la souveraineté, de l’indépendance, de l’unité et de l’intégrité territoriale de la Libye, se félicitant de l’audit indépendant de la Banque centrale.  Il s’est en revanche inquiété de ce que les dispositions de l’accord de cessez-le-feu relatives au retrait des forces et mercenaires étrangers ne se soient toujours pas matérialisées.  Il est tout aussi alarmant, a-t-il ajouté, que l’embargo sur les armes continue d’être violé « de manière flagrante ».  Il a appelé le Conseil de sécurité à se pencher « avec sérieux » sur ces questions, avant d’insister à son tour, sur le renforcement de la lutte contre le terrorisme, l’élaboration d’un plan pour le DDR et le lancement d’un processus de réconciliation inclusif et global. 

Mme BARBARA WOODWARD (Royaume-Uni) a appelé à honorer l’engagement de tenir des élections libres, justes et inclusives avec une participation « équitable et totale » des femmes.  Les parties doivent donc s’accorder sur les bases juridiques des élections pour que celles-ci se tiennent comme prévu le 24 décembre.  Elle a également engagé au respect complet du cessez-le-feu et a appelé à officialiser immédiatement le retrait des combattants étrangers et des mercenaires de Libye.  L’ouverture de la route côtière permettrait par ailleurs de renforcer la confiance entre les parties, a estimé la représentante qui a ensuite insisté sur l’importance que revêt la fourniture de services.  Il faut, a-t-elle souligné, faire perdurer l’élan qui a permis à la Libye des faire des progrès notables au cours de la dernière année. 

Avouant à son tour « un optimisme prudent », M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) s’est félicité de l’accord de cessez-le-feu qui a permis aux parties de commencer à surmonter progressivement leur méfiance mutuelle, fruit des 10 années d’un conflit provoqué par une intervention extérieure en 2011.  Tout en saluant la mise en place des nouvelles autorités, dont un gouvernement d’union nationale, le représentant a estimé que le principal défi auquel sont confrontées les autorités de la transition est la tenue d’élections générales dans le délai imparti, à savoir le 24 décembre 2021.  En la matière, le représentant a souligné la nécessité d’une base constitutionnelle appropriée, laquelle serait le fruit d’un compromis entre le Forum de dialogue politique et la Chambre des représentants.  Il s’est dit convaincu que le succès dépendra directement du degré d’inclusivité et de transparence du processus politique dans son ensemble.  Cela implique, s’est-il expliqué, l’implication de toutes les forces politiques du pays, des représentants de toutes les régions et de ceux de « l’ancien régime ». 

Le représentant a appuyé les activités du Comité militaire mixte qui joue un rôle important dans l’unification des forces armées et dont le travail fructueux a contribué à l’ouverture partielle de l’artère de transport stratégique entre l’Est et l’Ouest.  Il a aussi appuyé le retrait « progressif et synchronisé » de toutes les forces et unités étrangères de la Libye.  Ce faisant, a-t-il prévenu, il faut veiller à ce que le rapport de force actuel sur le terrain ne soit pas bouleversé, au risque d’ouvrir la voie à une nouvelle escalade armée.  Le représentant a insisté sur l’importance de maintenir des contacts étroits avec les principales forces politiques des différentes régions de la Libye pour encourager le compromis sur les questions clefs du processus politique. 

M. ABDOU ABARRY (Niger) s’est félicité de constater que le cessez-le-feu du 23 octobre tient toujours.  « Nous appelons le nouveau Gouvernement d’union nationale de transition à veiller à la mise en œuvre scrupuleuse de la feuille de route politique convenue par le Forum de dialogue politique libyen, à Tunis en novembre 2020.  « Il a aussi salué la création par le Conseil de la Présidence, de la Haute Commission de Réconciliation Nationale, un « acte éminemment positif » selon lui. 

Notant que les Libyens se sont engagés à organiser des élections nationales d’ici le 24 décembre 2021, il a plaidé pour un accompagnement technique, logistique et financier, en demandant aussi que le Conseil garde une voix unie « pour lancer le message approprié » en vue de dissuader les éventuels fauteurs de troubles.  Ces élections, a-t-il insisté, doivent répondre à l’immense aspiration du peuple libyen en vue de renforcer et de consolider l’indépendance, la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’identité nationale du pays. 

Sur le plan sécuritaire, le représentant a jugé primordial que des mesures soient prises pour éviter que le Sahel voisin ne subisse une deuxième vague de conséquences directes du conflit.  Les dramatiques évènements que le Tchad a connus nous rappellent combien il est urgent de prendre en considération les impératifs de paix, de stabilité et de sécurité des pays voisins de la Libye.  À cet égard, il a estimé que le retrait des combattants étrangers devra se faire de façon structurée et ordonnée, en collaboration avec les pays d’origine et sous la supervision des Nations Unies. 

M. Abarry a aussi évoqué la dramatique situation dans laquelle se trouvent les migrants et les réfugiés africains en Libye et a appelé à revoir la politique de débarquement en terre libyenne, des migrants interceptés en haute mer, de façon à éviter les souffrances indicibles que subissent nombre de femmes et d’enfants dans des centres de détention assez souvent hors du contrôle des autorités libyennes. 

M. SVEN JÜRGENSON (Estonie) a souligné les développements encourageants en Libye depuis la signature de l’accord de cessez-le-feu, tout en notant l’importance de mesures « concrètes » pour parvenir à la paix.  Il est crucial de procéder aux préparatifs nécessaires pour la tenue d’élections libres, transparentes, inclusives et crédibles le 24 décembre.  Les femmes et les jeunes doivent être inclus dans toutes les étapes du processus politique, a souligné le représentant qui a estimé que le soutien international demeure vital en Libye.  Il a donc salué la tenue de la deuxième Conférence de Berlin le 23 juin et appelé toutes les parties à honorer leurs engagements, y compris l’arrêt de toute ingérence étrangère en Libye.  Toutes les actions qui violent l’embargo sur les armes doivent cesser, a-t-il poursuivi, en appuyant les efforts de l’opération IRINI.  Il a aussi souhaité des mesures concrètes pour la mise en œuvre du mécanisme de surveillance du cessez-le-feu dirigé et contrôlé par les Libyens, y compris le déploiement rapide de sa composante d’appui international.  Enfin, il a souligné l’importance de la lutte contre l’impunité et de la réconciliation pour guérir les plaies de la société libyenne. 

M. INGA RHONDA KING, Saint-Vincent-et-les Grenadines, a souligné l’importance de préserver la dynamique existante en vue de la « renaissance de la Libye ».  Elle a souhaité que, lors du renouvellement de son mandat en septembre prochain, la MANUL soit renforcée afin de conduire le processus de désarmement, démobilisation et réintégration et contribuer au retour des combattants étrangers et des mercenaires dans leur pays d’origine.  Elle a salué la tenue de la deuxième Conférence de Berlin, avant d’appeler à des élections libres, transparentes, inclusives et crédibles le 24 décembre.  Mme King a plaidé pour la pleine application de l’accord de cessez-le-feu du 23 octobre, y compris le retrait en bon ordre des combattants étrangers et des mercenaires.  Elle a appelé au plein respect de l’embargo sur les armes, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil.  Soulignant la nécessité de protéger les migrants et réfugiés vulnérables, la déléguée a estimé que la Libye ne peut être considérée comme un pays de débarquement sûr.  Elle a enfin appelé les parties libyennes à trouver un compromis sur le cadre nécessaire à la tenue des élections.  « Après 10 années d’incertitudes et d’extrêmes difficultés, les Libyens sont sur le point de réparer un pays fracturé. »

M. BRIAN PATRICK FLYNN (Irlande) a jugé que malgré des avancées en Libye, il reste encore beaucoup à faire.  Cela inclut la tenue d’élections en décembre comme prévu, le retrait immédiat de tous les combattants et mercenaires étrangers de Libye et l’unification des institutions politiques, sécuritaires et économiques du pays.  Dans cet esprit, l’Irlande a salué et approuvé les conclusions de la deuxième conférence de Berlin du 23 juin.  M. Flynn a regretté que le Forum de dialogue politique libyen n’ait pas été en mesure de se mettre d’accord sur la base constitutionnelle des élections de décembre avant la date limite du 1er juillet.  Le représentant a réitéré le ferme soutien de l’Irlande à la tenue d’élections présidentielle et parlementaires nationales le 24 décembre, comme indiqué dans la feuille de route politique convenue, et conformément à la résolution 2570 (2021).  Tout retard par rapport au calendrier de décembre risque de compromettre à la fois la transition politique de la Libye et les perspectives de sécurité et de réforme économique, a-t-il averti. 

M. Flynn a ensuite souligné la nécessité -et le droit- des femmes de participer et de s’engager pleinement dans tous les domaines liés à la transition démocratique, au règlement des conflits et à la consolidation de la paix.  Les jeunes doivent également être soutenus et impliqués dans de tels processus, a-t-il ajouté.  Il a aussi encouragé la poursuite du soutien international et de la coopération régionale entre la Libye et ses voisins pour permettre le désarmement, la démobilisation et la réintégration des groupes armés et un retour coordonné dans leurs pays d’origine. 

Souhaitant une lutte contre l’impunité, qui permet de prévenir de futures violations, le délégué a dit soutenir pleinement le travail de la Mission indépendante d’établissement des faits à cet égard.  Il a aussi encouragé les autorités libyennes à renforcer les institutions de justice transitionnelle, précisant que le travail de la Cour pénale internationale (CPI) doit être considéré comme complémentaire à ces importantes initiatives nationales.  Il a exhorté tous les États à coopérer avec la Cour alors qu’elle enquête sur les allégations de crimes internationaux graves en Libye.  Enfin, M. Flynn a appelé à mettre fin à la pratique de la détention arbitraire et indéfinie des migrants, en particulier la détention des enfants. 

M. DINH QUY DANG (Viet Nam) a appelé les parties en Libye à résoudre les questions qui demeurent en suspens et à faire progresser tous les dispositifs juridiques et logistiques pour veiller à ce que les élections nationales se déroulent selon la feuille de route établie.  Il a insisté sur l’importance de veiller à la pleine participation des femmes à ce processus et appelé la communauté internationale à appuyer le dialogue, le renforcement de la confiance et la réconciliation entre les parties.  Il est impératif que les parties concernées assurent la pleine mise en œuvre du cessez-le-feu d’octobre 2020 et veillent au respect de l’embargo sur les armes.  Le retrait des combattants étrangers et des mercenaires doit se faire de manière ordonnée, complète et en temps opportun et ne pas provoquer d’instabilité dans les États voisins, a-t-il notamment souligné, avant d’appeler à plus de collaboration entre l’ONU et les organisations régionales au sujet du désarmement, de la démobilisation et de la réintégration des combattants armés en Libye. 

M. Dang a par ailleurs salué les efforts déployés pour appuyer l’unification des institutions financières et économiques de la Libye ainsi que le processus de vaccination contre la COVID-19.  Des efforts supplémentaires s’imposent cependant en matière d’atténuation des risques pour protéger les civils des restes explosifs de guerre. 

Mme MONA JUUL (Norvège) a tout d’abord souligné l’importance d’organiser les élections présidentielle et législatives, le 24 décembre prochain, comme prévu.  À cet égard, elle s’est déclarée préoccupée par l’impasse sur la base constitutionnelle de ces élections, exprimant la crainte que cela mette en péril les progrès réalisés au cours de l’année écoulée.  Elle a donc engagé le Conseil supérieur d’État et la Chambre des représentants à clarifier cette base constitutionnelle et à promulguer la législation nécessaire d’ici au 1er août afin que ces scrutins aient lieu comme prévu.  La représentante a également appelé à la participation pleine, égale et significative des femmes, à la fois en tant qu’électrices et candidates.  S’agissant par ailleurs de l’accord de cessez-le-feu d’octobre 2020, elle a souhaité que toutes les forces étrangères et tous les mercenaires quittent le pays.  Quant aux effets potentiellement déstabilisateurs pour la région du retour de combattants étrangers ou de mercenaires étrangers, elle a jugé nécessaire d’assurer un processus global de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR), avec le soutien de la MANUL et des organisations régionales. 

Évoquant ensuite l’embargo sur les armes, Mme Juul a constaté qu’il reste inefficace, avant d’exhorter à nouveau tous les acteurs à respecter cette décision du Conseil de sécurité et à éviter d’alimenter davantage le conflit.  La déléguée s’est d’autre part alarmée du sort tragique des migrants et des réfugiés qui tentent de traverser la Méditerranée.  Elle a appelé les autorités libyennes à respecter le droit international relatif aux opérations de recherche et de sauvetage, et à cesser de placer arbitrairement en détention ces personnes parmi lesquelles figurent des enfants.  Enfin, elle leur a demandé instamment de faciliter l’accès sûr et sans entrave des travailleurs humanitaires en Libye pour protéger et aider les personnes dans le besoin. 

M. BING DAI (Chine) a appelé l’ensemble des parties à renforcer la coopération et la consultation sur les questions les plus importantes.  S’agissant de la transition politique, il a espéré que l’ensemble des parties accueillera favorablement les consultations qui visent à établir une base constitutionnelle pour la tenue du scrutin.  L’établissement d’un cadre juridique s’impose également. 

Il a appelé à consolider le cessez-le-feu et à rouvrir l’axe routier entre l’est et l’ouest du pays.  Le déploiement du mécanisme de contrôle du cessez-le-feu est également une priorité.  Le représentant a ensuite appelé au retrait des combattants étrangers et mercenaires tout en soulignant que ce processus doit tenir compte des préoccupations des pays voisins et éviter les risques de déstabilisation de la région.  Le délégué a par ailleurs appelé le Parlement à accélérer l’approbation d’un budget unifié pour pouvoir assurer la fourniture des services essentiels.  La communauté internationale doit en outre continuer d’appuyer le Gouvernement dans sa lutte contre la pandémie de COVID-19, y compris par l’octroi de vaccins.  Il a par ailleurs plaidé pour un réexamen du dossier des actifs gelés. 

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMIREZ (Mexique) a pris note du progrès que signifie la formation du Gouvernement d’unité nationale pour le processus politique libyen.  Grâce à la responsabilité dont a fait preuve le Forum de dialogue politique libyen, il a été possible de surmonter les divisions, d’avancer vers l’unification des institutions et de maintenir l’accord de cessez-le-feu, a-t-il salué, avant de se réjouir que, lors de la deuxième conférence de Berlin, les autorités libyennes aient rejoint le comité international de suivi sur la Libye.  Le représentant a toutefois jugé essentiel que les acteurs politiques libyens parviennent à un accord sur le cadre juridique entourant la tenue des élections présidentielle et législatives le 24 décembre prochain.  Voyant dans ces scrutins une « occasion unique de réconciliation », il a appelé le Conseil de sécurité à soutenir, à travers la MANUL, les autorités libyennes dans tout ce qui est nécessaire pour éviter que le processus électoral n’aggrave les divisions internes. 

Pour le délégué, l’urgence des tâches en suspens ne doivent pas faire oublier les victimes du conflit libyen.  Alors que plus d’un million de civils ont besoin d’une aide humanitaire, il a appelé les autorités libyennes à respecter les droits humains de tous les migrants et à faciliter le travail du personnel humanitaire opérant dans le pays, avec le soutien de la MANUL.  Il a d’autre part réitéré son appel au respect de l’embargo sur les armes et à une coordination avec les autorités libyennes et les pays de la région pour le retrait des mercenaires et des combattants étrangers.  Enfin, il a salué la plus grande implication des organisations régionales, telles que l’Union africaine et la Ligue des États arabes, dans la mise en œuvre d’un programme de rapatriement et de réinsertion des combattants présents en Libye. 

Aujourd’hui une lueur d’espoir brille au bout d’un tunnel qui n’est que trop long, a déclaré M. ABDUL HAMID DBEIBEH, Premier Ministre du Gouvernement d’unité nationale de la Libye.  Il a décrit une situation nationale « plus stable et plus positive », sous l’égide d’un gouvernement « qui représente tous les Libyens ».  Il a reconnu la nécessité d’accélérer l’unification des institutions politiques du pays, dont la Banque centrale, pour permettre à son gouvernement de travailler avec efficacité.  Le choix de tenir les élections présidentielle et législatives, le 24 décembre, appartient exclusivement aux Libyens, a-t-il martelé, jugeant impératif de trouver une base constitutionnelle et d’élaborer la réglementation dès que possible.  L’exécutif, a-t-il affirmé, fait ce qu’il faut pour appuyer ce « droit historique ». 

En l’occurrence, le Premier Ministre a déploré que la Chambres des représentants ne se soit pas encore prononcée sur le budget national, ce qui retarde les efforts visant à répondre aux besoins de la population, notamment sur le plan humanitaire.  Revenant au processus électoral, il indiqué que le Ministère de l’intérieur a été chargé de former 30 000 personnes à la sécurisation des bulletins de vote et a appelé la Chambre des représentants, le Haut Conseil d’État et le Forum de dialogue politique interlibyen à dégager un consensus pour que les élections se tiennent en temps voulu. 

La présence de mercenaires et de combattants étrangers représente un des principaux obstacles à la stabilité de la Libye, a poursuivi le Premier Ministre. Il a réclamé une aide pour traiter de cette question et honorer les conclusions des deux Conférences de Berlin.  Il a ajouté que la réouverture de la route côtière et la libération des détenus des deux côtés permettrait de renforcer la confiance.  M. Dbeibeh a appelé la communauté internationale à aider les Libyens à unifier leurs forces de sécurité, en appuyant le processus de DDR, la réforme du secteur de la sécurité et la sécurisation des frontières, afin de prévenir toute menace pour les pays voisin et la région du Sahel.  Cela nous permettrait d’affronter « l’ennemi véritable » qui est le terrorisme sous toutes ses formes, a-t-il dit. 

Le Premier Ministre libyen a ensuite accusé certains États « d’exploiter » la résolution 1970 (2011).  Il a plaidé pour la modification du régime des sanctions pour permette aux institutions compétentes de gérer les avoirs malgré le gel et de travailler librement.  N’oublions pas, a souligné le Premier Ministre, que la valeur de ces actifs en souffre.  Il a aussi voulu que l’on modifie le système des dérogations pour permettre l’affectation rapide des avoirs à la réponse aux besoins humanitaires.  M. Dbeibeh a dénoncé les tentatives d’affaiblir le Gouvernement, insistant au contraire sur l’importance de la réconciliation nationale, en coordination avec les Nations Unies.  Le Conseil de sécurité doit régler le cas des « fauteurs de trouble », a martelé le Premier Ministre, avant d’affirmer que « le choix de la guerre est désormais derrière nous et nous coopérerons avec tous les Libyens pour créer une Libye moderne, unifiée et stable ». 

Présentant les conclusions de la deuxième Conférence de Berlin, qui s’est tenue le 23 juin, M. HEIKO MAAS, Ministre fédéral des affaires étrangères de l’Allemagne, a salué le rôle joué par les représentants de la Libye et de M. Abdul Hamid Dbeibeh, Premier Ministre du Gouvernement d’unité nationale.  Il s’est félicité de ce que tous les participants aient réaffirmé leur engagement envers la souveraineté, l’indépendance, l’intégrité territoriale et l’unité nationale de la Libye.  Il a tout particulièrement mis l’accent sur le large accord selon lequel, conformément à l’accord de cessez-le-feu et aux résolutions du Conseil de sécurité, tous les combattants, forces et mercenaires étrangers doivent quitter le pays.  Nous devons maintenant trouver un moyen d’y parvenir, sans délai, a insisté le Ministre.  Il a ajouté que tous les participants à la Conférence ont réaffirmé la nécessité d’organiser des élections libres, équitables et inclusives, le 24 décembre, comme prévu, afin que les Libyens puissent enfin faire entendre leur voix. 

Le Ministre a demandé aux membres du Conseil de sécurité de soutenir la mise en œuvre des conclusions de la Conférence de Berlin.  Il a évidemment regretté que le Forum de dialogue politique n’ait pas encore réussi à se mettre d’accord sur la base constitutionnelle des élections.  Le Ministre a prôné « la fermeté » face à ceux qui défendent le report des élections pour « des motifs politiques égoïstes ».  Il a demandé au Conseil de sécurité de réaffirmer qu’il ne tolérera aucune obstruction pour maintenir le cap et rendre les progrès irréversibles. 

M. AHMED ABOUL GHEIT, Secrétaire général de la Ligue des États arabes, a estimé que de nombreux participants au processus de Berlin sont démoralisés par la perspective de voir mises à mal les grandes avancées réalisées jusqu’à présent en Libye.  Il s’est notamment inquiété de l’incapacité des parties de s’accorder sur la base constitutionnelle des élections du 24 décembre, imputant cette incapacité aux intérêts « étroits » et aux divergences que l’on croyait dépassés.  Il faut, a-t-il préconisé, passer de la « logique de la concurrence » à celle du consensus pour ne pas manquer la chance que représentent les élections et travaille d’arrache-pied pour lever tous les obstacles au processus électoral.  Ces élections, a insisté le Secrétaire général, sont un moment charnière pour la préservation de l’unité de la Libye.  Reporter leur date ouvrira la voie à un conflit qui ne servira pas les intérêts de la Libye et des Libyens, a-t-il prévenu. 

M. Gheit a ensuite souligné que le retrait sans délai des combattants étrangers et des mercenaires est « impératif et fondamental » pour le processus de paix.  Leur départ demeure cependant encore lointain, et les retards enregistrés auront de graves répercussions sur l’ensemble du processus politique, a-t-il averti.  Le Secrétaire général a également insisté sur l’importance que revêt l’unification des institutions de l’État, y compris militaires et sécuritaires. Les avancés réalisées jusqu’à présent sont bien en deçà des espérances, a-t-il déploré, se préoccupant en outre qu’aucun dirigeant n’ait été nommé à la tête de la Banque centrale et de la Cour suprême.  L’unification des instituions est un aspect important de la transition et il faut y accorder l’attention requise, a-t-il martelé. 

Le Secrétaire général s’est par ailleurs dit préoccupé par la tendance de certaines parties à transformer en terre d’accueil permanente les territoires libyens désignées comme zones de transit des migrants clandestins.  Il a dit craindre de « graves retombées », compte tenu de la situation démographique « délicate » de la Libye.  Installer des centaines de milliers d’étrangers aggravera en outre la complexité de la crise.  En conclusion, le Secrétaire général a avoué sa peur de voir la Libye replonger « dans un tunnel obscur » du fait des désaccords politiques.  Il faut tout mettre en œuvre pour aider ce pays à franchir ce cap délicat. 

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