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CS/14572
2 Juillet 2021
8812e séance - après-midi

Conseil de sécurité: les délégations saluent le cessez-le-feu humanitaire décrété par le Gouvernement éthiopien dans la région du Tigré, une chance d’intensifier l’aide humanitaire

Après près de huit mois de conflit, le Gouvernement fédéral éthiopien a annoncé le 28 juin dernier, un cessez-le-feu unilatéral au Tigré, en invoquant la nécessité de répondre à la crise humanitaire, a rappelé cet après-midi Mme Rosemary DiCarlo, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et de la consolidation de la paix, devant le Conseil de sécurité.  L’annonce de ce cessez-le-feu offre une chance que toutes les parties au conflit doivent saisir pour que les Nations Unies puissent se concentrer sur l’aide humanitaire, a fait valoir Mme DiCarlo, appuyée en cela par M. Ramesh Rajasingham, Secrétaire général adjoint par intérim aux affaires humanitaires qui a fait le point sur les besoins humanitaires « énormes », le spectre de la famine et les obstacles à l’accès humanitaire au Tigré. 

Aujourd’hui au Tigré, deux millions de personnes sont toujours déplacées et près de 5,2 millions de personnes ont encore besoin d’une assistance humanitaire, dont la grande majorité sont des femmes et des enfants.  La faim s’aggrave de manière alarmante et plus de 400 000 personnes ont franchi le seuil de la famine alors qu’1,8 million d’autres la frôlent.  Le Secrétaire général adjoint par intérim aux affaires humanitaires a salué le cessez-le-feu humanitaire, annoncé le 28 juin par le Gouvernement éthiopien et a demandé la fin de tous les combats, un accès humanitaire sûr vers et à partir du Tigré et des parties les plus reculées de la région, et des autorisations de vols humanitaires vers Mekele et tous les aéroports du Tigré.  Il a aussi salué l’annonce, par le Gouvernement éthiopien, d’un mécanisme de haut niveau pour résoudre les problèmes d’accès « en temps réel », espérant son opérationnalisation dans « les 48 heures » pour ne pas perdre de temps, ni de vies. 

Le conflit étant le fruit de griefs politiques profondément enracinés qui ne peuvent être résolus que par le dialogue et un processus politique crédible, la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques a indiqué que ce matin, lors d’une réunion d’information du corps diplomatique à Addis-Abeba, le Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de l’Éthiopie a déclaré qu’une fois que les résultats des élections seront annoncés, le nouveau gouvernement prendra les mesures nécessaires pour organiser un processus de dialogue inclusif. 

En attendant, si la Force de défense éthiopienne et l’Administration provisoire se sont retirées de Mekele, les Forces de défense du Tigré (TDF), qui contrôlent la capitale, sont entrées dans d’autres grandes villes, refusant pour le moment d’accepter le cessez-le-feu.  Ce cessez-le-feu, a souligné le Kenya, au nom des A3+1, permettra de déployer tous les outils de l’architecture africaine de paix et de sécurité.  Il a prié l’Éthiopie d’utiliser les instruments de dialogue et de réconciliation forgés par les Africains, au cours des dernières décennies, et a invité le Conseil à laisser « une marge de manœuvre » au continent et à appuyer les solutions africaines, à commencer par les solutions éthiopiennes.  Ce débat, a prévenu le Kenya, ne saurait se transformer en une plateforme « pour saper » les efforts du peuple et de l’État éthiopiens.  

Ce qu’il nous faut, a renchéri l’Éthiopie, c’est un encouragement au dialogue et à la désescalade, d’autant que le Gouvernement vient de prendre des mesures « courageuses » en faveur de la paix.  « Les pressions ne contribueront en rien à la situation », a-t-elle tranché, craignant que le retrait de la Force nationale du Tigré et le cessez-le-feu unilatéral ne soient « gâchés » par le Front populaire de la libération du Tigré (FPLT) qui a commencé à recruter, dans la droite ligne de sa « politique ethnique », contraire à l’harmonie de la société éthiopienne.   

L’Éthiopie a aussi demandé au Conseil de sécurité de tenir compte des menaces « externes », alors qu’elle s’attèle à l’élaboration d’une feuille de route pour le dialogue inclusif.   Nous sommes tout à fait capables de relever les défis et nous rejetons toutes les pressions politiques et les mesures unilatérales qui « nous poussent au bord du gouffre alors que le pays est dans un moment d’introspection ».  Pour résoudre ce conflit « intra-éthiopien », a acquiescé la Fédération de Russie, le rôle décisif doit revenir aux Ethiopiens eux-mêmes avec l’aide, en premier lieu, de la communauté africaine. 

Les parties au conflit doivent savoir « que nous les surveillons », ont prévenu les États-Unis, en justifiant la tenue de cette réunion.  Maintenant qu’il a décrété un cessez-le-feu humanitaire, ont-ils dit, le Gouvernement de l’Éthiopie doit démontrer son engagement.  La France en a profité pour appeler les pays de la région à résoudre leurs différends par un dialogue sincère et à répondre de manière constructive aux efforts de médiation de l’Union africaine. 

PAIX ET SÉCURITÉ EN AFRIQUE

Après près de huit mois de conflit, le Gouvernement fédéral éthiopien a annoncé le 28 juin dernier, un cessez-le-feu unilatéral au Tigré, en invoquant la nécessité de répondre à la crise humanitaire, a rappelé Mmme ROSEMARY DICARLO, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et de la consolidation de la paix.  La Force de défense éthiopienne et l’Administration provisoire du Tigré se sont retirées de la capitale, Mekele, alors que les 27 et 28 juin, les Forces de défense du Tigré (TDF) sont entrées dans d’autres grandes villes, comme Adwa, Aksoum, Shire et Humera.  Selon les informations, la situation à Mekele, contrôlée par les TDF, serait calme, et les dirigeants de l’ancienne Administration, y compris l’ancien Président, y sont rentrés.  Toutefois, à ce jour, les TDF n’ont toujours pas accepté le cessez-le-feu.

La Secrétaire générale adjointe a pourtant estimé que l’annonce du cessez-le-feu offre une chance que toutes les parties au conflit doivent saisir, entre autres, pour que les Nations Unies puissent se concentrer sur l’aide humanitaire.  Le respect d’un cessez-le-feu faciliterait non seulement la fourniture de l’aide mais il constituerait également un point de départ pour les efforts politiques nécessaires à une issue à la crise.  Le conflit au Tigré est le résultat de griefs politiques profondément enracinés qui ne peuvent être résolus que par le dialogue et un processus politique crédible.  Ce matin, lors d’une réunion d’information du corps diplomatique à Addis-Abeba, le Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de l’Éthiopie a déclaré qu’une fois que les résultats des élections seront annoncés, le nouveau gouvernement prendra les mesures nécessaires pour organiser un processus de dialogue inclusif. 

Estimant le nombre des déplacés à 1,7 million et celui des réfugiés au Soudan à plus de 60 000, Mme DiCarlo a appelé les parties à accorder la plus grande importance à la protection et au bien-être des civils.  Elle a exhorté les parties à offrir toute l’assistance nécessaire à l’enquête conjointe en cours du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et de la Commission éthiopienne des droits de l’homme.  Il faut établir les responsabilités pour les graves violations des droits de l’homme commises pendant le conflit, y compris les actes de violence sexuelle et les massacres, a insisté Mme DiCarlo.  Elle a souligné que les voisins de l’Éthiopie peuvent jouer un rôle « constructif », en soutenant la transition, en respectant la souveraineté de l’Éthiopie et le retrait des forces érythréennes du Tigré. 

Tout en notant que les récentes élections nationales ont été une étape importante, Mme DiCarlo a relevé que de nombreux partis politiques ont choisi de ne pas y participer.  Beaucoup d’entre eux ont demandé un dialogue national dans lequel les Éthiopiens peuvent réfléchir ensemble à la réconciliation des différentes visions de l’avenir du système politique du pays.

Mme DiCarlo a offert l’expertise et le soutien des Nations Unies à l’Éthiopie, y compris une assistance aux processus de médiation et de dialogue menés au niveau national.  Elle a espéré qu’un tel dialogue inclurait des discussions au niveau des États fédérés, encourageant autant de secteurs de la population que possible à contribuer à la consolidation du processus de réforme.  La promesse de la transition éthiopienne reste réelle et peut être tenue, avec la volonté politique nécessaire. 

La Secrétaire générale adjointe a exhorté la communauté internationale à exiger un cessez-le-feu permanent et respecté par toutes les parties.  Les dirigeants éthiopiens, a-t-elle aussi réclamé, doivent agir rapidement pour rétablir l’unité nationale, par un dialogue inclusif et la réconciliation.  Elle a demandé aux États Membres de soutenir généreusement l’aide humanitaire et obtenir du Gouvernement éthiopien et des TDF le respect de leurs engagements.

M. RAMESH RAJASINGHAM, Secrétaire général adjoint par intérim aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a rappelé avoir informé le Conseil, le 15 juin dernier, de la famine au Tigré, avec plus de 350 000 personnes vivant dans des conditions « catastrophiques ».  Aujourd’hui la situation s’est considérablement aggravée.  Deux millions de personnes sont toujours déplacées et près de 5,2 millions de personnes ont encore besoin d’une assistance humanitaire, dont la grande majorité sont des femmes et des enfants.  L’une des tendances les plus préoccupantes est l’aggravation alarmante de l’insécurité alimentaire et de la faim.  Plus de 400 000 personnes ont franchi le seuil de la famine et 1,8 million d’autres sont au bord de la famine, des chiffres qui pourraient être plus élevés. 

La crise de l’insécurité alimentaire continuera de s’aggraver pendant la saison imminente des pluies, à mesure que les approvisionnements de nourriture s’épuiseront et que les risques d’inondation et de maladies d’origine hydrique augmenteront.  Davantage de personnes risquent de mourir si l’aide humanitaire ne leur parvient pas, a alerté le Secrétaire général adjoint par intérim.  Il a rappelé que la semaine dernière, trois collègues de Médecins Sans Frontières (MSF) ont été brutalement et délibérément assassinés au Tigré, quelques semaines seulement après que d’autres travailleurs humanitaires de la Société de Secours du Tigré (REST) et du Comité international pour le développement des peuples (CISP) aient été tués les 29 mai et 28 avril.  En tout, 12 travailleurs humanitaires ont été tués depuis le début du conflit.

Malgré ces défis, au cours des deux derniers mois, 3,7 millions de personnes ont reçu une aide d’urgence, 167 000 déplacés ont reçu des articles non alimentaires et 630 000 personnes ont été desservies par des camions-citernes.  « Nous devons toucher tout le monde maintenant.  Pas la semaine prochaine », a prévenu le Secrétaire général adjoint par intérim, en réclamant un accès humanitaire rapide, sans entrave, sûr et durable. 

Ces derniers jours, le personnel du Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Mekele a pu se diriger vers Abd Adi, Samre et Shire.  Les équipes ont atteint Selekleka et se sont rendues d’Axoum à Adwa.  Cette évolution positive a conduit l’OCHA à envisager d’envoyer des convois humanitaires dans plusieurs zones jusqu’ici difficiles d’accès.  Or, aujourd'hui, le Programme alimentaire mondial (PAM) n’a pas suffisamment de nourriture pour aider un million de personnes, pendant un mois à Mekele, ce qui ne représente qu’une fraction des 5,2 millions de personnes qui dépendent d’une assistance alimentaire.  Les stokcs de kits de santé, d’eau, d’assainissement et autres articles non alimentaires commencent à s’épuiser.    

Saluant le cessez-le-feu humanitaire, annoncé cette semaine par le Gouvernement éthiopien, le Secrétaire général adjoint par intérim a voulu la fin de tous les combats, un accès humanitaire sûr vers et à partir du Tigré et des parties les plus reculées de la région.  Cinq camions du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) sont toujours bloqués à Afar et plus tôt cette semaine, un convoi du PAM a été empêché d’entrer dans le Tigré en provenance de Gondar.  L’OCHA a aussi demandé au Gouvernement éthiopien de continuer d’approuver les autorisations de vols vers Mekele demain, une mesure qui devrait s’appliquer à tous les aéroports du Tigré.  L’OCHA a également demandé l’autorisation d’apporter des équipements de communication, essentiels pour la sûreté et la sécurité des travailleurs humanitaires, et de restituer immédiatement les équipements confisqués et les camions réquisitionnés.  Le Secrétaire général adjoint par intérim a salué l’annonce faite aujourd’hui par le Gouvernement éthiopien sur un mécanisme de haut niveau pour résoudre les problèmes d’accès « en temps réel », espérant son opérationnalisation dans « les 48 heures » pour ne pas perdre de temps et ni de vies.

Mme LINDA THOMAS-GREENFIELD (États-Unis) a indiqué que le Conseil a tenu six fois au cours de ces six derniers mois des consultations sur la situation au Tigré, écoutant des ONG et des agences des Nations Unies parler de déplacements massifs, d’innombrables violations des droits humains, de famine, de bombardements de civils, de meurtres et d’intimidations des travailleurs humanitaires, de viols systématiques, d’actes de violence sexuelle inqualifiables, d’obstruction de l’aide humanitaire et de destruction délibérée d’équipements de communication.  C’est la raison pour laquelle nous avons demandé cette réunion aujourd’hui, a-t-elle expliqué, jugeant important que les habitants de la région « nous entendent et sachent qu’ils ne sont pas oubliés ».  Les parties au conflit, a-t-elle poursuivi, doivent savoir « que nous les surveillons ». 

La représentante a appelé à la cessation des hostilités, à l’intensification de l’aide humanitaire, au respect du droit international humanitaire et à l’établissement des responsabilités pour les atrocités commises.  Maintenant qu’il a décrété un cessez-le-feu humanitaire, le Gouvernement de l’Éthiopie, a dit la représentante, doit démontrer son engagement.  Le pillage par ses forces des bureaux des organisations humanitaires et la destruction du matériel de communication sont « au-delà de l’acceptable ».  Toutes les parties, a-t-elle ajouté, doivent participer à des négociations sur un véritable cessez-le-feu, y compris les forces tigréennes, et une solution pacifique au conflit.  

Les membres de ce Conseil, a estimé la représentante, peuvent contribuer à traduire la déclaration de cessez-le-feu d’abord en une paix durable, puis en dialogue et en réconciliation.  La poursuite des combats, a-t-elle prévenu, constitue un risque pour l’intégrité territoriale de l’État éthiopien et pour la stabilité de l’ensemble de la région.  Elle a, à son tour, insisté sur le retrait complet des troupes érythréennes et des forces spéciales régionales.  

La représentante a rappelé le contexte politique plus large dans lequel la crise s’est déroulée, en particulier les élections nationales du mois dernier et « l’extraordinaire » transition qui a commencé il y a plusieurs années, mais qui reste inachevée.  La prochaine étape doit être une véritable réforme politique et des mécanismes « crédibles et indépendants » de justice.  Nous sommes prêts, a conclu la représentante, à aider l’Éthiopie à consolider et à mettre en œuvre un cessez-le-feu, à fournir une aide humanitaire et à contribuer au règlement du conflit.  Nous sommes également prêts à soutenir le dialogue sur « le renouveau démocratique », l’unité nationale et la paix. 

M. TARIQ AHMAD OF WIMBLEDON, Ministre d’État pour le Commonwealth, les Nations Unies et l’Asie du Sud du Royaume-Uni, a estimé que la priorité immédiate doit être l’acheminement de l’aide humanitaire.  Il est impératif, a-t-il insisté, de faciliter l’obtention des visas pour les agents humanitaires et l’exportation de matériel de communication pour qu’ils puissent fonctionner efficacement.  Refuser l’accès humanitaire est une violation du droit international, a prévenu le Ministre qui a appelé la communauté internationale et les agences des Nations Unies à être prêtes à réagir.  Le cessez-le-feu, a-t-il poursuivi, nous donne l’occasion de régler ce problème et d’augmenter de toute urgence la quantité d’aide qui parvient aux populations du Tigré.  Le Royaume-Uni, a-t-il rappelé, a déjà alloué 47,7 millions de livres sterling à cette crise.

Un cessez-le-feu « complet et durable » donnera à toutes les parties le temps et l’espace nécessaires pour s’attaquer aux causes profondes de ce conflit par le dialogue et la réconciliation et pour lancer un processus politique inclusif, a plaidé le Ministre, soutenant les efforts de l’Union africaine pour la stabilité au Tigré, en Éthiopie et dans l’ensemble de la région.  Il a encouragé le système des Nations Unies à réfléchir à la manière dont il peut également y contribuer au fur et à mesure que la situation évoluera, dans le cadre d’une stratégie commune et cohérente.  Le Royaume-Uni, a ajouté le Ministre, aide les agences de l’ONU et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) à fournir des services essentiels aux victimes de violences sexuelles et se félicite de la proposition d’enquête de la Commission africaine des droits de l’homme.  Il soutient par ailleurs pleinement l’enquête conjointe en cours du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et de la Commission éthiopienne des droits de l’homme.  Nous sommes, a annoncé le Ministre, coauteur d’une résolution sur le Tigré au Conseil des droits de l’homme.  Nous espérons que le Conseil de sécurité pourra travailler de manière constructive, avec l’Union africaine et ses partenaires, pour garantir des progrès sur ces questions cruciales et redresser la situation au Tigré et en Éthiopie.

Mme BYRNE NASON (Irlande) a appelé à la fin du conflit et à une réponse urgente aux besoins humanitaires.  Elle a d’ailleurs dit avoir demandé la réunion « parce qu’il est clair qu’une catastrophe humanitaire se déroule au Tigré ».  Cependant, les mesures politiques nécessaires pour faciliter cette réponse incombent aux parties au conflit, et il faut donc pouvoir compter sur un leadership capable de tracer la voie vers une solution politique.  Saluant le cessez-le-feu unilatéral du Gouvernement éthiopien, la représentante a souligné qu’une telle mesure doit inclure des actions qui améliorent la situation plutôt que de créer d’autres obstacles.  Les informations selon lesquelles l’accès humanitaire est toujours interrompu, en raison notamment de la destruction de routes principales, sont profondément préoccupantes et, « franchement choquantes », a tonné la représentante. 

Elle a exhorté toutes les parties au conflit à cesser les hostilités, à protéger les civils et à permettre un accès humanitaire immédiat, sans entrave et sûr dans toutes les parties du Tigré.  Les prochains jours seront absolument critiques maintenant que la réponse humanitaire redémarre.  La représentante a donc appelé le Gouvernement éthiopien à établir un mécanisme de coordination militaro-civil opérationnel, à rétablir immédiatement les services essentiels et à rouvrir l’espace aérien.  Les forces tigréennes doivent également s’abstenir de toute action qui alimenterait le conflit ou compromettrait l’accès humanitaire.  La représentante a dénoncé la frappe aérienne contre un marché du village de Togoga dans le nord du Tigré, la semaine dernière, et le meurtre de trois membres de Médecins sans Frontières (MSF).  Elle a également dénoncé les violences sexuelles commises par des acteurs armés, avant de soutenir le travail de la Haute-Commissaire aux droits de l’homme.  L’enquête conjointe avec la Commission éthiopienne des droits de l’homme est d’une importance réelle, a conclu la représentante.

Au nom du Niger, de Saint-Vincent-et-les Grenadines et de la Tunisie, M. MARTIN KIMANI (Kenya) (A3+1) a appelé les parties à cesser toute attaque ou menace contre les civils et à respecter le droit international, « y compris les principes humanitaires et les codes moraux qui sont au cœur des cultures et des religions africaines ».  Il a aussi plaidé pour un accès humanitaire « élargi et robuste ».  Le représentant a dit soutenir les aspirations démocratiques du peuple éthiopien et rappelant que son groupe avait demandé au Conseil de sécurité « de laisser une marge de manœuvre » à l’Éthiopie, il s’est félicité du bon déroulement des élections.  La situation au Tigré reste préoccupante mais, a-t-il estimé, il existe des possibilités « évidentes » de faire émerger la paix.  

Le représentant a appelé le Conseil de sécurité à la « prudence et à la responsabilité » face à la situation humanitaire.  Le Conseil, s’est-il expliqué, doit saisir la chance du cessez-le-feu unilatéral annoncé par le Gouvernement éthiopien.  Le représentant a aussi demandé aux parties, qui ne se sont pas prononcées sur la cessation des hostilités, de le faire dès que possible, insistant sur le retrait de toutes les forces « non éthiopiennes » et des « milices » des États fédérés voisins.

Le cessez-le-feu, s’est-il réjoui, permettra de déployer tous les outils de l’architecture africaine de paix et de sécurité, priant l’Éthiopie d’utiliser les instruments de dialogue et de réconciliation forgés par les Africains, au cours des dernières décennies.  Ici aussi, le représentant a invité le Conseil à laisser « une marge de manœuvre » au continent et à appuyer les solutions africaines, à commencer par les solutions éthiopiennes dont le cessez-le-feu, le dialogue, la réconciliation et l’établissement des responsabilités.  Ce débat, a prévenu le représentant, ne saurait se transformer en une plateforme « pour saper » les efforts du peuple et de l’État éthiopiens.  Non, ce qu’il faut c’est renforcer les efforts diplomatiques, intensifier rapidement la réponse humanitaire, donner la priorité aux populations, contribuer à la stabilité régionale et stopper la désinformation et les manipulations, a martelé le représentant, avant d’exprimer l’attachement de son groupe à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Éthiopie et sa solidarité, en ce moment « décisif » de la recherche d’une paix durable.

M. ALICIA GUADALUPE BUENROSTRO MASSIEU (Mexique) a jugé particulièrement scandaleux que ceux qui ont pour mission d’aider la population soient la cible d’attaques.  Une enquête urgente, impartiale et indépendante est cruciale pour clarifier les faits et permettre l’administration de la justice, a dit le représentant, avant d’évoquer les nombreuses allégations de violations du droit international humanitaire et des droits de l’homme.  Il s’est félicité de l’annonce faite le 28 juin par le Gouvernement éthiopien d’un cessez-le-feu humanitaire au Tigré.  Il a exhorté toutes les parties au conflit à cesser toutes les hostilités; à garantir un accès humanitaire sans restriction quelle que soit l’origine ethnique ou les affiliations politiques des bénéficiaires; et la protection des infrastructures critiques, telles que les services de communication, les ponts et les routes.  

Le représentant a dûment demandé aux Forces érythréennes de se retirer et a invité les parties au conflit à bien réfléchir aux conséquences de leurs actes et reconnaître qu’il n’y a pas de solution militaire au conflit.  Il faut rechercher une solution par le biais d’un dialogue inclusif, en vue d’engager le processus de réconciliation nationale et de reconstruction, a insisté le représentant, jugeant essentiels la médiation régionale et sous-régionale et le soutien du Conseil de sécurité.

Pour M. DAI BING (Chine), l’Éthiopie est « la pierre angulaire » de la paix dans la Corne de l’Afrique.  Il a salué le cessez-le-feu humanitaire annoncé par le Gouvernement éthiopien, et a appelé toutes les parties au conflit à dialoguer pour que toutes les populations, y compris celle du Tigré, puissent vivre en paix.  Le représentant a salué l’appui apporté par l’Union africaine à l’Éthiopie et a appelé la communauté internationale à accroître d’urgence l’assistance humanitaire.  Il a annoncé que l’aide humanitaire de son pays devrait bientôt arriver au Tigré et que les vaccins envoyés devraient également profiter à la population tigréenne.  La question du Tigré relève dans une large mesure des affaires « internes », a estimé la Chine qui a appelé le Conseil de sécurité à calibrer son approche afin de contribuer à l’amélioration de la situation au Tigré et pas le contraire.

Pour M. SVEN JÜRGENSON (Estonie), le cessez-le-feu décrété par le Gouvernement éthiopien est un premier pas à saluer vers le règlement du conflit au Tigré mais il doit être suivi d’une cessation immédiate des hostilités, du respect par toutes les parties du droit international humanitaire et des droits de l’homme, un accès élargi à l’aide humanitaire, à l’électricité et aux télécommunications.  La solution durable à une insécurité alimentaire préoccupante est la cessation immédiate des hostilités, a souligné le représentant.  Il a condamné la violence contre les travailleurs humanitaires et leurs biens et a appelé à une enquête sur le meurtre brutal des trois représentants de MSF.  Le fait de cibler les civils et de bloquer l’aide médicale est « totalement inacceptable ».  

Les violations des droits humains, y compris la violence sexuelle et sexiste, étant profondément préoccupantes, le représentant a salué l’engagement du Gouvernement éthiopien à collaborer avec les mécanismes d’enquête de l’ONU.  Il a exhorté toutes les parties à garantir un accès sans entrave aux enquêteurs.  Le représentant a aussi dénoncé les nombreuses violations commises par les troupes érythréennes et a appelé à leur retrait immédiat.  Le cessez-le-feu, a-t-il conclu, doit être suivi d’un processus politique global, inclusif et crédible, en vue de la réconciliation nationale.  Le conflit au Tigré représentant une menace à la paix et à la sécurité internationales, son règlement doit rester une priorité de l’ordre du jour du Conseil, a ajouté le représentant.

M. T.S. TIRUMURTI (Inde) a déclaré que l’annonce d’un cessez-le-feu humanitaire dans la région du Tigré est une évolution à saluer et félicité le Gouvernement éthiopien d’avoir pris cette décision et des mesures prises pour remédier à la situation humanitaire.  Fustigeant la présence « d’acteurs armés extérieurs », le représentant a jugé important que toutes les parties prenantes respectent le cessez-le-feu, permettent à l’aide humanitaire d’atteindre tous ceux qui en ont besoin et facilitent la production agricole.  Il a appelé les parties à un esprit de dialogue et de réconciliation.  Nous appelons le Gouvernement éthiopien à maintenir le cessez-le-feu et à trouver un moyen de régler ce conflit, dans l’intérêt de tout son peuple, conformément aux dispositions constitutionnelles fédérales, a déclaré le représentant.  Il a également encouragé le Gouvernement éthiopien à honorer son engagement à enquêter sur toutes les allégations de violations des droits de l’homme et à persister dans ses efforts d’établissement des responsabilités.  Le représentant a conclu en réaffirmant le ferme attachement de son pays à l’unité, la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Éthiopie.

M. VASSILY NEBENZIA (Fédération de Russie) a commencé par exprimer ses regrets concernant le format de cette réunion, mettant en garde contre la « tentative » de l’utiliser pour déstabiliser davantage encore la situation difficile au Tigré et affaiblir la position du Gouvernement fédéral éthiopien.  De plus, a-t-il fait valoir, « le problème examiné aujourd’hui est une affaire interne de l’Éthiopie et nous ne devrions pas l’oublier ».  Affirmant suivre de près l’évolution de la situation militaro-politique au Tigré, le représentant a ensuite qualifié de «  pas dans la bonne direction » la décision prise le 28 juin par le Gouvernement fédéral de décréter unilatéralement un cessez-le-feu dans cette région.  Il a appelé toutes les parties à faire montre de la volonté politique nécessaire pour contribuer à la fin des violences, améliorer la situation humanitaire, stabiliser la situation socioéconomique et permettre le retour des déplacés internes vers des lieux de résidence permanents.

Dans ce contexte, le délégué a exhorté tous les partenaires d’Addis-Abeba à appuyer la démarche du Gouvernement éthiopien visant à ramener la paix dans la région et à rétablir une vie normale pour la population.  Nous partons du principe que, pour résoudre le « conflit intra-éthiopien », le rôle décisif appartient aux Éthiopiens eux-mêmes avec l’aide, en premier lieu, de la communauté africaine, a souligné M. Nebenzia, avant d’attirer l’attention du Conseil sur les graves problèmes socioéconomiques qui subsistent au Tigré.  Face à cette situation, le Gouvernement fédéral a contribué de manière « impressionnante », ces derniers mois, à la restauration des infrastructures détruites et a répondu aux besoins humanitaires dans la région, a-t-il fait valoir, appelant l’OCHA et les agences humanitaires présentes dans la région à continuer d’accompagner pleinement ces efforts.  Nous attendons de la communauté humanitaire qu’elle dresse un « tableau objectif » de la situation humanitaire et qu’elle identifie les « besoins réels » de la population de la région, a ajouté le représentant. 

M. Nebenzia a par ailleurs rappelé qu’un « groupe de pays occidentaux » a soumis pour examen à la quarante-septième session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève un projet de résolution sur la situation des droits de l’homme au Tigré.  Constatant que ce projet de texte a « le tort d’accuser le Gouvernement fédéral », il a estimé que le but d’un tel document « ne devrait pas être de blâmer et de punir, mais plutôt d’aider à prévenir les violations des droits de l’homme de quelque côté que ce soit ».  En conclusion, le délégué a confirmé la disponibilité de son pays pour contribuer à la normalisation de la situation au Tigré, tout en jugeant « inadmissible » la politisation de ce problème.  « La situation au Tigré doit rester une affaire interne de l’Éthiopie et « l’ingérence » du Conseil de sécurité est, pour nous, « contre-productive ». 

M. DINH QUY DANG (Viet Nam) s’est dit alarmé par les niveaux de violence et de meurtres contre les civils, notamment les femmes, les enfants et les travailleurs humanitaires, ainsi que par la destruction des infrastructures civiles dans la région du Tigré.  Ces actes de violence sont totalement inacceptables et vont à l’encontre du droit international humanitaire, a-t-il dénoncé, appelant à la cessation immédiate des hostilités et au respect du droit international humanitaire.  Observant à cet égard que le conflit risque d’entraîner une famine, le représentant a exhorté les parties à s’acquitter de leurs obligations et à permettre une livraison et un accès sûr à l’aide humanitaire dans la région et dans les zones limitrophes.  L’évaluation des besoins et l’acheminement de l’aide doivent en outre tenir compte des particularités locales, en consultation avec le Gouvernement éthiopien, a-t-il souligné, avant d’appeler les parties à s’efforcer de régler pacifiquement leurs différends, en s’engageant patiemment dans le dialogue et la réconciliation plutôt que dans la haine et les différends.  Pour le délégué, il est grand temps qu’un compromis soit trouvé pour avancer vers une solution globale. 

Appelant les autorités éthiopiennes et toutes les autres parties concernées à accorder la priorité aux intérêts des habitants du Tigré, il a également invité la communauté internationale, y compris le Conseil de sécurité, à soutenir ces efforts dans le plein respect de l’indépendance, de la souveraineté, de l’unité et de l’intégrité territoriale de l’Éthiopie.  Il a par ailleurs salué l’engagement constructif des pays voisins et des organisations régionales, en particulier l’Union africaine et l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), à aider les parties à promouvoir le dialogue et à fournir une assistance humanitaire à l’Éthiopie afin d’aider sa population à retrouver une vie normale.

Mme MONA JUUL (Norvège) a estimé que la situation au Tigré demeure critique et imprévisible.  Elle a salué la déclaration de cessez-le-feu unilatéral du Gouvernement fédéral et exhorté les parties à s’accorder sur un cessez-le-feu permanent.  Rappelant qu’il incombe en premier lieu à l’État de protéger ses citoyens, elle a appelé le Gouvernement fédéral éthiopien à garantir un accès humanitaire au Tigré.  Elle a souligné la nécessité d’établir les responsabilités pour les violations graves des droits humains, afin de restaurer la confiance de la population dans les institutions de l’État et de promouvoir la réconciliation.  Mme Juul a estimé que le conflit au Tigré menace la stabilité régionale.  La présence des troupes érythréennes est une menace à la paix et à la sécurité régionales et doit cesser, a-t-elle dit, en appelant au retrait immédiat desdites troupes.  Enfin, estimant qu’il ne saurait y avoir une solution militaire à la situation au Tigré, la déléguée norvégienne a appelé de ses vœux un dialogue national inclusif en Éthiopie.  « La solution politique est la seule voie vers une paix durable au Tigré et en Éthiopie. »

M. NICOLAS DE RIVIERE (France) a dit que la reprise de Mekele par les forces tigréennes après huit mois de conflit, démontre qu’il n’y aura pas de solution militaire à cette crise.  Il a appelé, une nouvelle fois, l’ensemble des forces érythréennes à quitter immédiatement le territoire éthiopien, conformément à la demande formulée par les autorités éthiopiennes, en mars dernier.  L’urgence, a estimé le représentant, est de permettre un accès humanitaire immédiat, sûr et sans entrave, pour répondre aux besoins « immenses » et rétablir l’électricité, les communications et les services bancaires.  Nous appelons à la levée de toutes les entraves à l’accès humanitaire, dont la réouverture des aéroports de Mekele et de Shire, l’octroi de visas de longue durée aux personnels humanitaires et l’autorisation de moyens de communication par satellite.  Les infrastructures vitales pour l’acheminement de l’aide aux populations doivent être préservées. 

Le représentant a dûment condamné les attaques meurtrières contre des équipes de Médecins Sans Frontières (MSF).  Rappelant qu’au moins 12 agents humanitaires ont perdu la vie au Tigré depuis le début du conflit, il a insisté pour que ces crimes ne restent pas impunis.  Au nom de l’unité et de l’intégrité territoriale de l’Éthiopie, « une priorité », le représentant a qualifié d’indispensable le lancement d’un dialogue national, incluant des représentants de tous les partis et de toutes les régions.  L’ensemble des forces politiques et militaires d’Éthiopie doivent s’abstenir de toute action susceptible d’ajouter à l’instabilité.  La réconciliation passant aussi par la lutte contre l’impunité, le représentant a jugé impératif de poursuivre l’enquête sur les graves violations des droits de l’homme commises au Tigré, menée conjointement par le Haut-Commissariat aux droits de l’homme et la Commission éthiopienne des droits de l’homme.  Le représentant s’est dit préoccupé par l’impact de la crise sur la stabilité régionale et a appelé les pays de la région à résoudre leurs différends par un dialogue « sincère » et à répondre de manière constructive aux efforts de médiation de l’Union africaine.

M. TAYE ATSKESELASSIE AMDE (Éthiopie) a déclaré que son pays vit actuellement une transformation importante qui exige une approche « délicate ».  Le Gouvernement, a-t-il dit, qui agit toujours de manière constructive avec les membres du Conseil, est « surpris » de cette réunion publique, a avoué le représentant.  Ce qu’il nous faut, c’est un encouragement au dialogue et à la désescalade, d’autant que le Gouvernement vient de prendre des mesures « courageuses » en faveur de la paix.  « Les pressions ne contribueront en rien à la situation », a tranché le représentant qui a souligné « la détermination » de son gouvernement à parvenir à la paix, comme en atteste le retrait de sa Force du Tigré.  

Nous espérons que cette décision ne sera pas gâchée par le Front populaire de la libération du Tigré (FPLT), a-t-il dit, arguant que le retrait des Forces nationales devrait permettre d’ouvrir la voie à un dialogue national inclusif.  Mais, a-t-il dénoncé, le FPLT a commencé à recruter, dans la droite ligne de sa « politique ethnique », contraire à l’harmonie de la société éthiopienne.   

Mon gouvernement, a poursuivi le représentant, a créé un espace pour l’acheminement de l’aide humanitaire, le démarrage de la saison de semailles et la prévention d’une attaque à l’intérieur du pays.  Mon gouvernement entend les problèmes humanitaires, y compris les violations des droits humains, et les menaces « externes » contre sa sécurité ne pourront que compliquer la dynamique interne.  Le représentant a donc demandé au Conseil de sécurité de tenir compte des défis « externes », alors que le pays s’attèle à l’élaboration d’une feuille de route pour le dialogue inclusif.  Mon gouvernement, a affirmé le représentant, est tout à fait capable de relever les défis et rejette toutes les pressions politiques et les mesures unilatérales qui le « pousse au bord du gouffre alors que le pays est dans un moment d’introspection ».  Ce qu’il nous faut, c’est l’appui et la solidarité de la communauté internationale.

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