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AG/PAL/1439
1 Juillet 2021

« L’ingénierie démographique » d’Israël dénoncée à la Conférence annuelle sur la question de Jérusalem, « une poudrière où certains jouent avec le feu »

Le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien et l’Organisation de la coopération islamique (OCI) ont tenu aujourd’hui la Conférence annuelle sur la question de Jérusalem, sur le thème « Changements démographiques: violation grave et menace à la paix », en présence de la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et de consolidation de la paix.  Mme Rosemarie DiCarlo a décrit Jérusalem comme « une poudrière où certains jouent avec le feu ».  Le monde a les yeux rivés sur cette ville comme s’il s’agissait d’une situation nouvelle, s’est étonnée la Présidente de la Fondation pour la paix au Moyen-Orient, en parlant de « l’ingénierie démographique » d’Israël que les Palestiniens ne connaissent que trop. 

Cette réunion, a indiqué le Président du Comité, a pour but de mettre en lumière les tentatives d’Israël de changer la démographie de Jérusalem par l’expulsion des Palestiniens et la démolition de leurs biens, « sous la protection » des forces de sécurité israéliennes.  Les activités de colonisation israéliennes dans toute la Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est, y compris les quartiers de Cheikh Jarrah et de Silwan, présentent un obstacle majeur à une future solution juste qui offre une paix durable et globale, a prévenu le Président.

L’idée de « gommer » l’identité palestinienne de Jérusalem-Est, comme l’a dit la Directrice exécutive d’Hoqoqna-Nos droits, est le résultat, a expliqué la Présidente de la Fondation pour la paix au Moyen-Orient, de ce qui a commencé en 1967, à savoir « l’ingénierie démographique » d’Israël.  Il s’agit, a-t-elle dit, du résultat « logique et prévisible » d’une politique systématique menée en toute impunité.  Elle a, en conséquence, dit craindre le caractère « irréversible » du contrôle d’Israël sur Jérusalem, précisant que dans l’est de la Ville, les Palestiniens ne sont pas des citoyens israéliens mais « des résidents étrangers » dont le permis de séjour peut être révoqué à tout moment. 

L’horrible vérité éclate au grand jour, a commenté une jeune activiste du quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est, en faisant le serment « d’aider nos familles à garder leurs maisons parce que nous refusons l’idée d’une autre Naqba ».  Une Spécialiste des droits de l’homme a parlé d’un cadre juridique israélien articulé autour des biens immobiliers et qui ignore les notions de « réfugié », de déplacement forcé ou encore de disparité entre Israéliens et Palestiniens sur le droit à la propriété.  C’est un cadre qui veut réécrire le droit international.  Je vis à Jérusalem et je ne sais pas où je serais dans 10 ans, a pronostiqué la Directrice exécutive d’Hoqoqna-Nos droits, devant une situation où les Palestiniens, qui n’ont pas le droit de vote, ne peuvent même pas choisir leurs représentants. 

Si cette situation perdure, il sera véritablement impossible de faire de Jérusalem une entité internationale, s’est alarmé le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967.  Le mur de séparation, a-t-il fait observer, ne suit pas les frontières entre la partie ouest et est de Jérusalem mais les colonies, ce qui peut conduire à un « encerclement » de Jérusalem-Est, augmentant le nombre des colons et réduisant celui des Palestiniens.  La dernière « guerre de mai », a-t-il rappelé, est née de la volonté des colons israéliens de confisquer des biens à Cheikh Jarrah.  Cette guerre, a renchéri la Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et de consolidation de la paix, a laissé les populations israélienne et palestinienne profondément traumatisées et encore plus méfiantes l’une envers l’autre. 

Mme Rosemary DiCarlo a parlé de Jérusalem comme d’« une poudrière où certains sont prêts à jouer avec le feu », dont les extrémistes israéliens qui scandent des slogans racistes et défilent dans la ville, provoquant des affrontements avec les Palestiniens.  Ce dernier conflit ne fait que renforcer les arguments en faveur de négociations israélo-palestiniennes, a-t-elle estimé, en jugeant que ceux qui pensaient pouvoir ignorer la question palestinienne, en se concentrant sur la normalisation des relations avec les pays de la région se sont trompés.  « Les Palestiniens ne sont pas résignés à leur sort d’occupation perpétuelle et la solidarité mondiale et régionale se renforce. »  C’est l’absence de mesures internationales effectivement dissuasives qui enhardit Israël, s’est impatienté le Sous-Secrétaire général pour la Palestine et les affaires d’Al-Qods de l’Organisation de la coopération islamique (OCI). 

La ville occupée de Jérusalem fait partie intégrante du Territoire palestinien occupé depuis 1967 et sur cette base, M, Samir Bakr a exhorté la communauté internationale à s’abstenir de toute position ou mesure contribuant à légitimer les « actions et manœuvres pernicieuses » de la Puissance occupante.  Nous subissons « un vrai nettoyage ethnique » et « un véritable apartheid », a affirmé M. Riyad Mansour, Observateur permanent de l’État de Palestine.  Si la communauté internationale tient vraiment au respect du droit international et des résolutions des Nations Unies, elle doit aller au-delà des condamnations « car notre peuple ne peut plus attendre », a-t-il lancé.  

CONFÉRENCE SUR LA QUESTION DE JÉRUSALEM: « CHANGEMENTS DÉMOGRAPHIQUES FORCÉS, VIOLATION GRAVE ET MENACE À LA PAIX »

Déclarations liminaires

Le Président du Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, CHEIKH NIANG (Sénégal), a ouvert la réunion, en souhaitant la bienvenue aux personnes qui suivent la Conférence sur différentes plateformes, laquelle Conférence vise à mettre en lumière les tentatives d’Israël de changer la démographie de Jérusalem par l’expulsion des Palestiniens et la démolition de leurs biens.  Il a rappelé que son Comité, créé par l’Assemblée générale en 1975, se concentre sur la promotion de la fin de l’occupation israélienne; la facilitation d’une solution à deux États avec des frontières sûres et reconnaissables; et le soutien aux droits inaliénables du peuple palestinien, y compris le droit à l’autodétermination et le droit au retour.  Il a constaté que la violence continue sur le terrain, en citant en particulier les récents affrontements entre Israéliens et Palestiniens dans le quartier de Cheikh Jarrah pendant le mois du Ramadan.

En outre, Cheikh Niang a reproché aux colons juifs d’avoir expulsé les résidents palestiniens de leurs maisons sous la protection des forces de sécurité israéliennes alors que des milliers de personnes marchaient, scandant des discours de haine, jusqu’à la porte du quartier musulman de la vieille ville.  Il a souligné qu’une solution à deux États, conduisant à un État palestinien « attendu depuis longtemps » avec Jérusalem-Est comme capitale, est le seul moyen viable de parvenir à la paix.  Les activités de colonisation israéliennes dans toute la Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est –y compris les quartiers de Cheikh Jarrah et de Silwan– présentent un obstacle majeur à une future solution juste qui offre une paix durable et globale.  Le Président du Comité a exprimé l’espoir que les discussions d’aujourd’hui informeront les participants et jetteront la lumière sur la détérioration des conditions de vie des Palestiniens à Jérusalem-Est.

Mme ROSEMARY DICARLO, Secrétaire générale adjointe aux affaires politiques et de consolidation de la paix, a déclaré que cette Conférence intervient en marge d’une montée des tensions et de la violence à Jérusalem-Est occupée depuis le début du mois sacré du Ramadan, déclenchant une tragique chaîne d’événements couronnée par un conflit armé meurtrier de 11 jours.  Elle a rappelé que cette troisième « guerre de Gaza », depuis 2008, a fait de nombreuses victimes, dont des enfants, majoritairement des Palestiniens, provoqué une crise humanitaire et endommagé des infrastructures vitales, dont la réparation prendra des années.  La « guerre » a laissé les populations israélienne et palestinienne profondément traumatisées et encore plus méfiantes l’une envers l’autre, a prévenu Mme DiCarlo, avant de reconnaître que le cessez-le-feu de Gaza reste fragile, et que la crise est loin d’être terminée.  Jérusalem, a-t-elle averti, reste une poudrière où certains sont prêts à jouer avec le feu.  La « marche au drapeau » provocatrice des extrémistes israéliens, scandant des slogans racistes et défilant à travers Jérusalem-Est, a provoqué de nouveaux affrontements avec les Palestiniens.  

Mme DiCarlo a rappelé que le Coordonnateur spécial des Nations Unies pour le processus de paix au Moyen-Orient, M. Tor Wennesland, et la communauté internationale, y compris le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, ont, en avril dernier, attiré l’attention du Conseil de sécurité sur les actions illégales d’Israël, la Puissance occupante, dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, visant à entraver et à saper le déroulement des élections législatives et présidentielle palestiniennes, précédemment prévues respectivement le 22 mai et le 31 juillet.  

Alors que le Président palestinien s’est déclaré préoccupé par les actions d’Israël visant à saper les droits démocratiques à Jérusalem-Est occupée, notamment la détention illégale de candidats, les menaces à leur encontre et la perturbation des réunions électorales, Mme Rosemary DiCarlo a déclaré que le vote des habitants palestiniens de Jérusalem-Est est une condition nécessaire à l’intégrité du processus électoral palestinien.  Elle a ajouté que les actions d’Israël à cet égard constituent une violation des droits fondamentaux du peuple palestinien et des accords internationaux et alimentent imprudemment des tensions dans la ville.

Elle a réitéré l’appel lancé à toutes les parties pour qu’elles respectent le statu quo des lieux saints de Jérusalem vénérés par des milliards de croyants dans le monde, avant d’espérer que le nouveau Gouvernement israélien agira de manière responsable à cet égard.  Elle a rappelé l’appel lancé par le Secrétaire général à Israël pour qu’il cesse les démolitions de maisons et les expulsions, ainsi que les activités de colonisation illégales dans le Territoire palestinien occupé, conformément à ses obligations en vertu du droit international.  Elle a prévenu que toutes les mesures visant à modifier le statut et la composition démographique de Jérusalem sont sans validité juridique et devraient être fermement rejetées par la communauté internationale, conformément aux résolutions du Conseil de sécurité.  Les actions et provocations unilatérales doivent cesser et les dirigeants des deux côtés ont la responsabilité de rejeter la violence et de freiner les discours incendiaires.

Tout en se félicitant que le cessez-le-feu de Gaza tienne largement, Mme DiCarlo s’est inquiétée des lourds dégâts causés par les combats aux infrastructures vitales à Gaza, déclenchant une urgence humanitaire et exacerbant une situation déjà fragile caractérisée par des pénuries d’électricité et d’eau, la crise de COVID-19 et un chômage élevé, après 13 années de blocus israélien.  Elle a donc appelé la communauté internationale à répondre généreusement à l’appel humanitaire et à travailler avec les bureaux des Nations Unies sur le terrain pour fournir une aide humanitaire, à la reconstruction et au relèvement.  Elle a appelé à s’attaquer aux causes profondes du conflit pour éviter la répétition du cercle vicieux de la reconstruction et de la destruction.  « Les cessez-le-feu et une mosaïque d’accords intérimaires ne sauraient remplacer un accord sur le statut permanent, qui mettrait fin au conflit », a-t-elle scandé. 

Le dernier conflit ne fait que renforcer les arguments en faveur de négociations israélo-palestiniennes, a-t-elle estimé, en jugeant que ceux qui pensaient pouvoir ignorer la question palestinienne en se concentrant sur la normalisation des relations avec les pays de la région se sont trompés.  « Les Palestiniens ne sont pas résignés à leur sort d’occupation perpétuelle et la solidarité mondiale et régionale se renforce », a-t-elle noté, avant de préciser que la puissance militaire seule n’est plus une garantie de sécurité et que « rien ne remplace des négociations entre Israéliens et Palestiniens ».

Mme DiCarlo a exhorté les dirigeants israéliens et palestiniens à s’engager à nouveau dans une voie de négociations crédibles, avec le soutien d’un Quatuor revitalisé, pour régler toutes les principales questions en suspens concernant le statut permanent, inaugurant la vision promise depuis longtemps de deux États, sur la base des frontières de 1967, avec Jérusalem en tant que capitale commune des deux États.  « Gaza doit être pleinement intégrée au futur État palestinien grâce à un processus de réconciliation nationale crédible et assorti de délais », a-t-elle encore insisté.  Elle a estimé qu’un tel processus devrait mettre fin aux divisions, renouveler la légitimité des institutions palestiniennes par le biais d’élections attendues depuis longtemps et contribuer à établir un consensus parmi les Palestiniens sur la voie à suivre pour atteindre leurs objectifs nationaux.

M. SAMIR BAKR, Secrétaire général adjoint pour la Palestine et les affaires d’Al-Qods de l’Organisation de la coopération islamique (OCI), a noté que cette réunion se tient alors qu’Israël poursuit en toute impunité ses violations du droit international et du droit international humanitaire dans tout le Territoire palestinien occupé.  Il a souligné à cet égard que les politiques « racistes et coloniales » menées par la Puissance occupante et les colons extrémistes contre le peuple palestinien, les attaques répétées contre la mosquée Al-Aqsa, les destructions de biens et les expulsions forcées de familles palestiniennes dans les quartiers de Cheikh Jarrah et Silwan, à Jérusalem-Est, « ne créeront aucun droit ni n’obtiendront de légitimité ».  Ces actes illégaux constituent, selon lui, une violation flagrante des droits politiques et juridiques du peuple palestinien et des résolutions de l’ONU, en particulier la résolution 2334 (2016) du Conseil de sécurité. 

Constatant que la situation s’est encore aggravée à la suite des récentes frappes aériennes israéliennes sur Gaza, M. Bakr a estimé que « l’absence de mesures internationales effectivement dissuasives n’a fait qu’enhardir Israël », la Puissance occupante, dans la poursuite de ses violations.  Il a donc appelé la communauté internationale à activer les mécanismes juridiques qui garantissent l’obligation de rendre des comptes et assurent une protection internationale au peuple palestinien.  Il a également souhaité que soient prises toutes les mesures nécessaires pour faire pression sur Israël, afin que ce pays honore ses obligations en vertu du droit international et des résolutions pertinentes de l’ONU.

Le Secrétaire général adjoint de l’OCI a ensuite fait valoir que la ville occupée de Jérusalem fait partie intégrante du Territoire palestinien occupé depuis 1967, dont l’annexion par Israël est « illégale, nulle et non avenue » en vertu du droit international et des résolutions pertinentes de l’ONU.  Sur cette base, M. Bakr a exhorté la communauté internationale à s’abstenir de toute position ou mesure contribuant à légitimer les « actions et manœuvres pernicieuses » de la Puissance occupante qui visent à modifier le statut démographique, politique, juridique et historique de la Ville sainte de Jérusalem.  Enfin, invitant le Conseil de sécurité à assurer le respect de ses résolutions, il a réaffirmé que « l’objectif ultime » reste la relance d’une voie politique crédible et significative pour parvenir à une solution juste, globale et durable, qui conduise à mettre fin à l’occupation coloniale israélienne et à établir l’État de Palestine sur les frontières d’avant 1967, avec Jérusalem-Est pour capitale, conformément aux résolutions de l’ONU et à l’Initiative de paix arabe.

En attendant, a souligné M. RIYAD MANSOUR, Observateur permanent de l’État de Palestine, nous subissons « un véritable nettoyage ethnique » et « un vrai apartheid ».  Si la communauté internationale tient vraiment au respect du droit international et aux résolutions des Nations Unies, elle doit aller au-delà des condamnations.  L’on demande tout aux Palestiniens, s’est-il impatienté, mais l’on ferme les yeux devant les « activités criminelles » d’Israël.  Qu’a-t-on fait en 75 ans?  L’on appelle les Palestiniens à la retenue mais l’on se tait devant les 66 enfants qui viennent d’être tués à Gaza.  Nous voulons, a martelé l’Observateur permanent, des actions et des mesures pour obtenir le respect du droit international, des résolutions du Conseil de sécurité et de celles des Nations Unies, en général.  Le peuple palestinien est « frustré », a-t-il prévenu, et il veut la fin de l’occupation maintenant.  Êtes-vous avec nous?  Car notre peuple ne peut plus attendre.  Le moment est venu d’ouvrir les yeux, a-t-il dit en plaidant pour la saisine d’un tribunal international pour les crimes de guerre commis contre le peuple palestinien depuis 2014.  Le peuple palestinien, a-t-il ajouté, continuera à se battre pour la fin de l’occupation, son droit à l’autodétermination et la création d’un État indépendant.  La balle est dans le camp de la communauté internationale.

Discussions

Aujourd’hui, le monde a les yeux rivés sur Jérusalem comme s’il découvrait une situation nouvelle, s’est étonnée Mme LARA FRIEDMAN, Présidente de la Fondation pour la paix au Moyen-Orient.  Or, a-t-elle souligné, ce que l’on voit en ce moment, c’est le résultat de ce qui a commencé en 1967, à savoir « l’ingénierie démographique ».  Il s’agit, a-t-elle insisté, du résultat « logique et prévisible » d’une politique systématique de changement démographique, menée en toute impunité.  Avant 1967, la question démographique n’était pas si importante: les colons se sont installés et ont chassé les Palestiniens, et aujourd’hui, tout le débat tourne autour du droit au retour, celui des Juifs et des Palestiniens qui ont perdu leurs biens en 1948.  Depuis 1967, a poursuivi l’oratrice, les Israéliens se sont employés à raconter l’histoire du « miracle » ou de l’« intervention divine » qui explique leur présence après la guerre.

C’est ce miracle qui sous-tend l’irréversibilité du contrôle d’Israël sur Jérusalem, grâce à la confiscation des terres et des biens, les expulsions forcées et la construction des colonies de peuplement.  L’on n’oublie trop souvent que les Palestiniens de Jérusalem-Est ne sont pas des citoyens israéliens mais « des résidents étrangers » dont le permis de séjour peut être révoqué à tout moment.  Comme les Palestiniens sont toujours là, l’on voit donc « un clash » avec le plan d’Israël.  Le seul recours pour les Palestiniens, a expliqué l’oratrice, c’est ironiquement de saisir les cours et tribunaux du pays même qui adopte les politiques défavorables.  D’ailleurs, la Cour suprême a toujours confirmé sa réticence à se prononcer sur ces politiques, au détriment des Palestiniens.  Ce qui se passe aujourd’hui n’est donc rien de nouveau.  C’est comme si l’on savait qu’un homme est malade depuis 43 ans et que l’on y prête attention seulement quand il développe une éruption cutanée purulente, a conclu l’oratrice.

L’horrible vérité éclate au grand jour, a commenté Suma Quwasmi, jeune activiste du quartier de Cheikh Jarrah à Jérusalem-Est.  Très émue, elle a justifié les mouvements populaires comme le seul moyen de faire pression sur le Gouvernement israélien.  Nous sommes toujours ici et nous allons continuer à parler, a-t-elle dit.  Nous allons aider nos familles à garder leurs maisons parce que nous refusons l’idée d’une autre Naqba.  Ce n’est pas une option, a-t-elle martelé, en expliquant qu’aller en Cisjordanie, comme le veulent certains, c’est renoncer à « notre droit » de vivre à Jérusalem.  Nous montrons au monde ce qu’Israël nous fait subir et depuis le mois de mars, nous dénonçons et faisons entendre notre voix.

Plus d’une centaine de procédures judiciaires ont été enclenchées sur Cheikh Jarrah, a indiqué Mme EMILY SCHAEFFER OMER-MAN, Spécialiste des droits de l’homme, qui a dénoncé une situation où les Palestiniens sont là, à la merci des colons.  Le cadre juridique d’Israël a à son centre, a-t-elle affirmé, les biens immobiliers, ignorant les notions de « réfugié », de déplacement forcé ou encore de disparité entre Israéliens et Palestiniens sur le droit à la propriété.  Ce cadre juridique veut prétendre que les procédures judiciaires impliquent des citoyens égaux en droit.  À son tour, elle a souligné que ce que l’on voit aujourd’hui n’est pas nouveau et « encore moins unique ».  Elle a aussi parlé de la tendance à réécrire le droit international à la lumière du cadre juridique israélien qui reconnaît les colons comme « la population locale ».

Que faire?  On peut déplacer des montagnes mais il faudra un miracle, a concédé l’oratrice.  L’on peut recourir aux tactiques de blocage ou épuiser les voies de recours mais ce qu’il faut, c’est diffuser l’information sur la manière dont les politiques sont élaborées et mises en œuvre pour instiller une certaine dose de prudence lorsque l’on saisit des tribunaux qui n’hésitent pas à débouter les plaignants.  C’est là, a dit l’oratrice, que le droit international doit entrer en jeu et que les États doivent appuyer, par exemple, les enquêtes internationales sur les violations des droits des Palestiniens mais aussi punir leurs entreprises « complices » et leurs actes extraterritoriaux illégaux.

L’urgence de la situation a été mise en avant par Mme NIVINE SANDOUKA, Directrice exécutive d’Hoqoqna-Nos droits.  Les Gouvernements israéliens, a-t-elle dénoncé, n’ont de cesse que de gommer l’identité palestinienne de Jérusalem-Est: le nombre des colonies a augmenté de 60% dans un territoire où les Palestiniens représentent bien plus que la moitié de la population mais accusent un taux de pauvreté de 70%.  Dans ce contexte, a-t-elle ajouté, l’espace de la société civile se rétrécit.  Les organisations doivent justifier leurs financements et s’ils ne viennent pas d’un « pays ami » d’Israël, elles peuvent être poursuivies en justice.  Critiquer les politiques israéliennes ou encourager l’activisme politique, c’est s’exposer à des intimidations ou à une surveillance.

S’inspirant des mouvements tels que « Black lives matter », les activistes ont monté un mouvement pacifique, grâce aux réseaux sociaux et ont même reçu « la présence protectrice » de certains Israéliens, laquelle n’a jamais empêché les forces de sécurité de laisser libre-cours à leur brutalité.  L’oratrice a plaidé pour la protection des civils palestiniens, reprochant à l’ONU de ne pas assumer ce rôle qui fait pourtant partie de son mandat.  Elle a aussi plaidé pour que les organisations comme la sienne aient accès aux financements et pour que l’on tienne Israël comptable des conditions dans lesquelles il fait vivre les Palestiniens de Jérusalem-Est. Je vis dans cette ville et je ne sais pas où je serais dans 10 ans, compte tenu de l’expansion des colonies, s’est alarmée l’oratrice.  Les Palestiniens, qui n’ont pas le droit de vote, ne peuvent même pas élire leurs représentants.  Il faut nous aider, a-t-elle conclu, écouter les activistes de la paix qui sont les seuls à parler des conséquences de l’occupation, en particulier les femmes.  L’oratrice a mis l’accent sur la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix, la sécurité. 

Il faut savoir, a embrayé M. MICHAEL LYNK, que le mur de séparation ne suit pas les frontières entre la partie ouest et est de Jérusalem mais les colonies, ce qui peut conduire à un « encerclement » de Jérusalem-Est, augmentant le nombre des colonies et réduisant celui des Palestiniens.  Si cette situation continue, il sera véritablement impossible de faire de Jérusalem une entité internationale.  La dernière « guerre de mai », a rappelé le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans le Territoire palestinien occupé depuis 1967, est née de la volonté des colons de confisquer des biens à Cheikh Jarrah et dans beaucoup de cas, ce sont les organisations de la droite extrémiste qui initient les procédures judiciaires. 

Il a attiré l’attention sur la résolution 476 (1980), adoptée, il y a 41 ans, qui dit quatre choses importantes: la nécessité « impérieuse » de mettre fin à l’occupation; la non-validité des mesures législatives et administratives pour modifier le statut de Jérusalem; le caractère « nul et non avenu » des mesures déjà prises; et l’adoption de moyens pratiques pour assurer l’application de ces dispositions.  Le Rapporteur spécial a aussi attiré l’attention sur l’éditorial que l’ancien Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a écrit pour le « Financial Times » avec pour titre « Les États-Unis doivent appuyer une nouvelle approche du conflit israélo-palestinien ».

Il est temps de nommer le cœur du problème qui est « l’occupation israélienne », a martelé l’Indonésie.  Nous ne pouvons plus attendre.  Nous devons promouvoir une solution globale et durable, laquelle ne peut être trouvée que par le biais de négociations directes.  Nous devons condamner les violations du droit international, établir les responsabilités et mettre fin à l’impunité.  L’Indonésie s’est réjouie que le Conseil des droits de l’homme ait lancé une procédure spéciale, il y a quelques jours.  Nous devons, a-t-elle poursuivi, continuer à appeler à la protection des Palestiniens et de leurs lieux de culte.  

Il faut protéger les Palestiniens des mesures unilatérales et des groupes extrémistes israéliens, a renchéri l’Égypte, qui a souligné l’importance des Nations Unies et l’urgence de relancer les efforts du Quatuor.  La question est urgente, a acquiescé la Turquie, parce qu’il semble que le nouveau Gouvernement israélien n’a tiré aucune leçon des évènements du mois de mai.  Nous ne pouvons pas continuer comme cela et nous devons prendre des mesures « décisives », s’est-elle impatientée.  La communauté internationale, a ajouté la Tunisie, doit exercer davantage de pression sur Israël.  Elle a promis qu’au Conseil de sécurité, elle fera tout pour que ces questions restent une priorité et pour promouvoir les droits des Palestiniens.  Il est temps, s’est-elle impatientée à son tour, de lancer les négociations sur les questions liées au statut final, avec l’aide du Quatuor.

Ce serait illusoire de penser que les choses vont changer si la communauté internationale continue de se taire, a souligné la Présidente de la Fondation pour la paix au Moyen-Orient.  Répondant aux questions du public, la Spécialiste des droits de l’homme a insisté sur le fait que les changements démographiques forcés sont effectivement une violation du droit international et que les moyens de mise en œuvre peuvent être constitutifs d’un crime de guerre et d’un crime contre l’humanité.  Une occupation « illégale », a-t-elle encore expliqué, est une occupation qui viole le caractère temporaire de ladite occupation et qui apporte des modifications au territoire, aux lois et autres éléments préexistants.  Ma génération, celle qui est née dans les années 80, a déjà vécu deux Intifada.  Si l’on n’entend pas ses revendications, on enterre la solution des deux États, a dit l’activiste communautaire du quartier de Cheikh Jarrah.  Aidez-nous à dessaisir les tribunaux israéliens de nos cas et à les renvoyer à la Cour pénale internationale (CPI). 

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