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AG/DSI/3674
21 octobre 2021
Réunion virtuelle - matin

L’avenir du mécanisme onusien de désarmement et les activités des centres régionaux, objets d’une séance informelle de la Première Commission

La Première Commission (désarmement et sécurité internationale) a tenu, ce matin, sa troisième et dernière séance informelle, consacrée au mécanisme de désarmement et au désarmement régional.  Plusieurs exposés ont permis de faire le point, à la fois sur la paralysie de la Conférence du désarmement et sur les activités des centres régionaux des Nations Unies pour la paix et le désarmement, qui ont dû se réorganiser en temps de pandémie de COVID-19.  Le Directeur de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR) a également dressé un état des lieux de cet organisme indépendant financé par les contributions de 25 États Membres.

M. Frank Tressler Zamorano, Ambassadeur du Chili et actuel Président de la Conférence du désarmement, a présenté le rapport annuel de l’instance, lequel, comme les années précédentes, se borne pour l’essentiel à constater que les 65 États membres de la Conférence ne parviennent toujours pas à adopter, par consensus, un programme de travail.  M. Zamorano a en outre rappelé que, cette année, sur 39 demandes de statut d’observateur dans les travaux de la Conférence, 5 demandes d’États ont fait l’objet d’un veto.  Mais il a surtout exprimé sa frustration devant l’impossibilité de revitaliser « cette enceinte multilatérale unique de négociation des instruments de désarmement », les travaux de la Conférence stagnant depuis plus de 20 ans, ce qui porte atteinte à sa crédibilité et à sa légitimité, et, partant, à celles du mécanisme onusien de désarmement tout entier, dont elle est la clef de voûte.  L’Ambassadeur du Chili a estimé qu’au fil du temps, la Conférence, incapable de faire aboutir ses discussions sur l’élargissement de sa composition à la société civile et au monde universitaire, était devenue un lieu de débat académique, s’éloignant de la seule tâche qui doit être la sienne: la négociation d’instruments internationaux juridiquement contraignants.  Pour sortir de cette impasse, il a estimé que le temps était venu d’envisager « sérieusement » la convocation d’une nouvelle session spéciale de l’Assemblée générale sur le désarmement.  « Si nous n’agissons pas politiquement et ne convoquons pas une telle session extraordinaire, la Conférence du désarmement risque de disparaître pour cause d’inaction ou d’inutilité », a averti M. Zamorano.

Le Mexique a appuyé les propos du Président de la Conférence du désarmement.  Réagissant à ceux-ci, le représentant du Bureau des affaires de désarmement, a rappelé que la position de l’ONU tenait rigoureusement compte de celles des États Membres, le Bureau s’efforçant de les encourager vivement à la poursuite d’un dialogue ouvert et devant mener à des solutions de sortie de crise par consensus.  « Ce n’est que par cette voie que la Conférence du désarmement mais également la Commission du désarmement pourront reprendre leurs travaux de fond », a-t-il ajouté.  Le Président de la Première Commission, l’Ambassadeur Omar Hilale (Maroc) a ajouté, qu’à ce stade, la tenue d’une session extraordinaire de l’Assemblée générale sur le désarmement sous tous ses aspects demeurait un vœu.

Par ailleurs, M. John Ennis, Chef du Service régional du désarmement, de l’information et de la sensibilisation /Responsable du désarmement régional au Bureau des affaires de désarmement (Service de l’information et de la sensibilisation), a souligné que, cette année, les centres régionaux avaient continué de s’adapter aux réalités changeantes imposées par la pandémie, trouvant les ressources pour continuer à fournir une assistance spécialisée aux États Membres dans un large éventail d’activités: prévention et lutte contre le trafic illicite d’armes à feu et de munitions, intégration du genre dans les politiques et les actions visant à promouvoir le désarmement et le contrôle des armements, ou encore réduction de la violence armée en améliorant la sécurité publique grâce à la formation.  « Grâce à leurs activités de renforcement des capacités et de formation ainsi qu’à la fourniture d’assistance juridique et technique, les centres ont pu remplir leurs mandats malgré les difficultés causées par la pandémie », a-t-il dit.

Mme Mélanie Régimbal, Directrice du Centre régional des Nations Unies pour la paix, le désarmement et le développement en Amérique latine et dans les Caraïbes, a indiqué que, depuis octobre 2020, son Centre avait conduit quelque 70 activités de désarmement virtuel et de non-prolifération concernant 26 États.  Tout au long de l’année, nous avons également encouragé la participation active de plus de 2 440 femmes et jeunes aux activités sur le désarmement, a-t-elle ajouté.  Parmi les activités du Centre, l’intervenante a évoqué l’aide à l’élaboration de plans nationaux de 15 États de la Communauté des Caraïbes (CARICOM) dans le cadre de la mise en œuvre de la feuille de route des Caraïbes sur les armes à feu, la fourniture d’une assistance technique et juridique à Haïti pour rédiger une nouvelle législation sur les armes à feu et aider à la création d’une nouvelle cellule d’enquête sur les armes à feu en Jamaïque, ou encore le pilotage de formation sur la lutte contre le trafic d’armes destinée aux États d’Amérique centrale et du Sud.  « Pour empêcher le détournement d’armes et de munitions au Salvador, le Centre a également a fourni du matériel de gestion des stocks et créé des notes d’orientation technique pour améliorer la sûreté et la sécurité des dépôts où sont entreposées des preuves judiciaires », a encore précisé Mme Régimbal.

M. Anselme Nahmtante Yabouri, Directeur du Centre régional des Nations Unies pour la paix et le désarmement en Afrique, a quant à lui expliqué, qu’au cours de l’année écoulée, le Centre avait progressé dans l’intégration de la dimension de genre dans les activités de maîtrise des armements sur le continent, avec la mise en œuvre d’un projet financé par l’Union européenne à cet effet et concernant six pays africains: le Cameroun, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, le Mali, le Rwanda et la Sierra Leone.  Le projet a déjà dépassé sa portée géographique initiale avec des sessions de renforcement des capacités fournies également aux 8 États membres de l’Union économique et monétaire ouest-africaine et aux 15 États membres du Centre régional sur les armes légères et de petit calibre dans la région des Grands Lacs, la Corne de l’Afrique et les États limitrophes, a-t-il précisé.  Compte tenu de l’accueil favorable réservé à ce projet, le Centre plaide en faveur d’un programme à plus long terme bénéficiant à davantage de pays, a ajouté M. Yabouri.  Il a également souligné que, suite à l’explosion accidentelle survenue le 7 mars à Bata, en Guinée équatoriale, qui a fait 105 morts et 600 blessés, le Centre a conduit une mission dans le cadre du mécanisme de réponse rapide SaferGuard des Nations Unies pour évaluer la cause de cet accident et aider à réduire les risques de nouvelles explosions et les impacts de celles-ci sur l’environnement.

De son côté, M. Yuriy Kryvonos, Directeur du Centre régional des Nations Unies pour la paix et le désarmement en Asie et dans le Pacifique, a signalé la tenue, en 2021, d’un webinaire régional en ligne pour soutenir la mise en œuvre de la résolution 1540 du Conseil de sécurité sur les armes de destruction massive en Asie du Sud et en Mongolie.  Cet événement a impliqué plus de 50 responsables nationaux qui se sont initiés aux bonnes pratiques dans le domaine de la prévention de la prolifération des matières chimiques, biologiques, radiologiques ou nucléaires, a-t-il indiqué, notant que le Centre, en coopération avec l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche d’Hiroshima, avait également conduit un programme de trois semaines sur le désarmement nucléaire et la non-prolifération pour les diplomates et le personnel militaire de 10 États asiatiques.  Un webinaire régional sur la dimension de genre des armes légères a été organisé en coopération sous notre égide, ainsi qu’une série de formations nationales sur l’intégration du genre dans le contrôle des armes légères au Cambodge, au Laos et en Papouasie-Nouvelle-Guinée, a encore déclaré M. Kryvonos.

Par ailleurs, Mme Selma Ashipala-Musavy, Présidente du Conseil consultatif pour les questions de désarmement, a présenté le rapport 2021 du Conseil, lequel, a-t-elle précisé, faisait également office d’administrateur de l’UNIDIR. Rappelant que le Secrétaire général des Nations Unies avait demandé au Conseil consultatif de réfléchir à de nouvelles approches possibles pour revitaliser le désarmement nucléaire et la maîtrise des armements, elle a indiqué que le Conseil étudiait les moyens d’accroître la mobilisation des  États Membres en faveur du désarmement nucléaire et la maîtrise des armements et d’améliorer la compréhension commune des nouveaux  défis posés par les progrès technologiques dans le contexte de la sécurité internationale.  Nous tâchons d’être créatifs et innovants sur ces questions, a assuré Mme Ashipala-Musavy, qui a rappelé l’attachement du Conseil consultatif à la réalisation de l’objectif de désarmement nucléaire que s’est fixé l’Organisation dès sa création.  Mme Ashipala-Musavy a également salué la résolution de l’Assemblée générale relative à l’UNIDIR, qui a invité l’an dernier le Secrétaire général à soumettre, dans le cadre du budget-programme 2022, une proposition d’augmentation de la subvention à l’Institut.  Le Conseil réitère sa recommandation de longue date selon laquelle la subvention de l’Institut doit être augmentée proportionnellement à ses besoins actuels et conformément aux recommandations du Secrétaire général dans son rapport de juillet 2018, a-t-elle ainsi souligné.

M. Robin Geiss, Directeur de l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (UNIDIR), a attiré l’attention sur la souplesse et la capacité d’adaptation de l’Institut pendant la pandémie.  Nous avons su diversifier et élargir notre audience pour surmonter les obstacles organisationnels provoqués par la crise sanitaire, la visibilité de l’Institut ayant même augmenté nettement puisque le site Web de l’institution a enregistré une hausse de fréquentation supérieure à 50%, a indiqué M. Geiss.  Il a ajouté qu’en 2020 et 2021, l’UNIDIR a poursuivi sa réflexion sur les armes de destruction massive, le lien entre sécurité et développement technologique, celui entre genre et désarmement et sur l’importance de créer une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen Orient.  L’année 2021 devrait être celle du record de téléchargements de nos publications, lesquelles sont de plus en plus souvent accessibles dans les six langues officielles de l’ONU, a encore annoncé M. Geiss.  Il a rappelé que l’UNIDIR fonctionnait grâce aux contributions volontaires de 25 États Membres, qu’il a remerciés de leur soutien à une « recherche appliquée, concrète, qui se traduit par des résultats tangibles sur le terrain, par des vies humaines sauvées ».

Enfin, M. Marcus Bleinroth, de l’Allemagne, Président du Groupe d’experts gouvernementaux chargé d’examiner les problèmes découlant de l’accumulation de stocks de munitions classiques en surplus, a indiqué que la troisième et dernière session du Groupe, qui s’est tenue en format hybride à New York au Siège des Nations Unies du 7 au 10 septembre 2021, s’était conclue par la formulation d’ébauches de recommandations.  « Tout d’abord, des mesures pratiques visant à relever les défis de sûreté et de sécurité à chaque étape de la gestion tout au long de la vie des munitions ont été élaborées », a-t-il dit, ajoutant que le Groupe avait également exploré la possibilité d’établir un cadre global pour soutenir une gestion sûre, sécurisée et durable tout au long de la vie des munitions conventionnelles.  Le Groupe recommande que des engagements politiques soient élaborés sous les auspices de l’Assemblée générale, appuyés par de nouvelles actions aux niveaux régional, sous-régional et national et étayés par une coopération et une assistance internationales solides, a-t-il aussi indiqué.

La prochaine séance publique de la Première Commission aura lieu mercredi 27 octobre, à 10 heures.  La Commission commencera alors à se prononcer sur la soixantaine de projets de résolution et de décision dont elle est saisie.

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