Imprimer
AG/AB/4374
22 octobre 2021
Soixante-seizième session, 5e séance plénière – après-midi

La Cinquième Commission examine le financement toujours controversé des missions politiques spéciales, dont une enveloppe de 730 millions de dollars pour 2022

« Tous les chemins mènent à la Cinquième Commission » a déclaré le Président de l’Assemblée générale, M. Abdulla Shahid, à l’organe chargé des questions administratives et budgétaires qui examinait, aujourd’hui, l’enveloppe de 730 millions de dollars proposée par le Secrétaire général pour financer les 38 missions politiques spéciales en 2022, soit une augmentation de 0,04% par rapport à 2021. 

Cette hausse, qui n’est pas importante, n’a pas empêché la Chine de s’étonner que, malgré la fermeture de deux missions, la proposition budgétaire ait tout de même augmenté.  Le Brésil a fait observer qu’il y a 20 ans, les missions politiques spéciales représentaient 4% du budget ordinaire et aujourd’hui 24%.  Il a dit craindre une tendance à délaisser les grandes opérations de paix multidimensionnelles et pour le moins onéreuses.  Le problème, a-t-il expliqué, avec d’autres dont Cuba, est que les missions politiques spéciales sont « exclusivement » créées par le Conseil de sécurité, tout comme les opérations de paix.  Le Brésil a donc dénoncé « une distorsion » qui exacerbe le déséquilibre entre la prise de décisions par une poignée d’États et le financement par tous. 

Pourquoi, s’est-il agacé, faut-il financer les missions politiques spéciales par le budget ordinaire, comme si l’ensemble des États Membres avait pris part à la décision de les créer.  L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) a jugé inacceptable que la Cinquième Commission n’ait pas été en mesure, depuis une décennie entière, de donner suite aux recommandations qui lui ont été faites.  Il est temps, ont dit plusieurs délégations, d’examiner ce qu’a préconisé, le 13 décembre 2011, le Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires (CCQAB), à savoir, créer un compte distinct, superposé au calendrier juillet-juin du budget des opérations de paix et dont le barème des quotes-parts reflèterait les responsabilités particulières des membres du Conseil de sécurité.

En tant que membre non permanent du Conseil de sécurité pour 2022-2023, le Brésil a promis de continuer à braquer les projecteurs sur cette question importante.  Membre permanent, la Chine a appelé la Commission à examiner avec l’ensemble du système des Nations Unies les raisons de l’échec de la présence en Haïti.  Cuba a fustigé la tentative du Secrétariat de l’ONU de justifier le financement des activités liées à la prétendue « responsabilité de protéger » qui ne fait l’objet d’aucun consensus. 

Le Président de l’Assemblée générale, qui a rappelé à la Commission qu’elle examine pour la première fois le barème des quotes-parts, depuis l’annualisation du budget ordinaire de l’ONU, l’a pressée d’achever son travail à temps sinon les vacances de Noël et du Nouvel An ne seront pas les mêmes, a avoué le Président à une Commission qui a prévu une autre réunion publique jeudi 28 octobre, à partir de 10 heures, pour examiner la situation financière de l’ONU.

PROJET DE BUDGET-PROGRAMME POUR 2022

Rapport du Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires sur les missions politiques spéciales (A/76/7/Add.1)

Pour l’examen de cette question, le Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires (CCQAB) a examiné le rapport du Secrétaire général (A/76/6 (Sect. 3)/Add.1) qui indique que les ressources demandées pour 2022 au titre de 38 missions politiques spéciales s’élèvent à 730 666 300 dollars dont un montant de 1 742 200 dollars correspondant à la part du budget du Centre de services régional d’Entebbe (Ouganda).  Le montant des crédits demandés représente une hausse de 306 500 dollars (soit 0,04%) par rapport à 2021.

Le Comité consultatif rappelle qu’il compte que des informations synthétiques sur les emplois de temporaire dont les titulaires assument des fonctions de soutien au Siège continueront d’être fournies dans les futurs projets de budget.  Il considère également que les postes d’appui qui existent au Siège devraient faire l’objet d’un examen annuel qui permettrait d’ajuster les capacités en fonction de l’évolution du mandat des missions.  Il note aussi que le rapport du Secrétaire général ne fournit pas, en ce qui concerne un système de recouvrement intégral des coûts applicables au transfert de biens entre missions, les informations et l’analyse requises, dont une analyse coûts-avantages du transfert de ces actifs.

Le Comité consultatif réaffirme par ailleurs que le Bureau d’appui commun de Koweït n’est pas un centre de services partagés approuvé par l’Assemblée générale.  S’agissant des postes, il compte que les informations relatives aux postes D-1 et D-2 et aux postes de secrétaire général(e) adjoint(e) ou de sous-secrétaire général(e) seront communiquées séparément dans la répartition par genre du personnel présentée dans les futurs projets de budget.  Il relève, à cet égard, qu’aucune information n’est fournie sur la représentation géographique.

Le Comité consultatif prend note, en effet, de la disparité qui existe entre groupes régionaux et du fait qu’un groupe régional est représenté dans quelque 50% des postes de hauts fonctionnaires et affiche, comparativement, le nombre le plus élevé d’effectifs recrutés sur le plan international. 

Rapport du CCQAB sur les envoyés, conseillers et représentants spéciaux ou personnels du Secrétaire général (A/76/7/Add.2)

Après avoir étudié le rapport du Secrétaire général (A/76/6 (Sect. 3)/Add.2), le CCQAB note que le montant des crédits demandés s’élève à 50 739 800 dollars, ce qui représente une augmentation de 1 253 200 dollars, soit 2,5%, par rapport à 2021.  Le Comité consultatif réaffirme que le recours à des consultants doit être limité au strict minimum et que les activités de base doivent être exécutées en interne.  Le Comité recommande donc de réduire de 10% (15 800 dollars) le montant des crédits demandés au titre des consultants et des services de consultants pour le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie. 

Il recommande aussi une réduction de 10% pour le Bureau du (de la) Conseiller(ère) spécial(e) du Secrétaire général pour Chypre (12 400 dollars), le Bureau de la Conseillère spéciale pour la prévention du génocide (27 200 dollars), l’Envoyé(e) personnel(le) du Secrétaire général pour le Sahara occidental (8 300 dollars), le Bureau de l’Envoyée spéciale du Secrétaire général pour l’application de la résolution 1559 (2004) du Conseil de sécurité (4 800 dollars), le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Corne de l’Afrique (12 400 dollars), le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la région des Grands Lacs (29 100 dollars) et le Bureau de l’Envoyée spéciale du Secrétaire général pour le Myanmar (16 700 dollars).

Le CCQAB poursuit et coupe de 15% le montant demandé pour la Représentante de l’ONU aux discussions internationales de Genève (37 000 dollars), le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie (201 500 dollars) et le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen (81 700 dollars).  Compte tenu de la sous-utilisation des crédits constatée en 2020 et 2021, le Comité consultatif recommande de réduire de 5% (146 600 dollars) le montant des crédits demandés au titre des installations et infrastructures pour le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen.  Il invoque les mêmes arguments pour recommander de réduire de 5% (65 600 dollars) le montant demandé au titre des fournitures, services et matériel divers pour le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie.

Rapport du CCQAB sur les équipes de surveillance des sanctions, groupes d’experts et autres entités et mécanismes (A/76/7/Add.3)

Pour ce rapport, le Comité consultatif a examiné celui du Secrétaire général (A/76/6 (Sect. 3)/Add.3) et note que les ressources demandées pour 2022 au titre des 15 missions s’élèvent à 61 926 500 dollars (net), soit une augmentation de 1 087 800 dollars (ou 1,8%) par rapport à 2021.  Étant donné que les dépenses ont été inférieures aux prévisions en 2020 et au premier semestre de 2021, le Comité consultatif recommande que les ressources demandées au titre des voyages officiels soient réduites de 10% (200 000 dollars).

Rapport du CCQAB sur les bureaux régionaux, bureaux d’appui aux processus politiques et autres missions (A/76/7/Add.4)

Le Comité consultatif a lu le rapport du Secrétaire général (A/76/6 (Sect. 3)/Add.4) et noté que le montant des ressources à prévoir au titre des 11 missions politiques spéciales est de 382 938 900 dollars, ce qui représente une augmentation de 7 349 300 dollars (2,0%) par rapport à 2021.

Compte tenu de la sous-utilisation globale des crédits en 2020, de la structure intégrée d’appui à la mission déployée par le Bureau de l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour le Yémen et la Mission des Nations Unies en appui à l’Accord sur Hodeïda (MINUAAH), et du fait que les installations terrestres de la Mission à Hodeïda sont limitées au complexe formé de quatre villas, qu’elle occupe depuis le 7 mai 2020, le Comité recommande de réduire de 2 900 000 dollars le montant demandé pour les dépenses opérationnelles de la Mission.

Il dit ensuite comprendre que les considérations de sécurité peuvent, dans certains cas, inciter à ne pas exposer les membres du personnel et qu’il peut être parfois nécessaire de se tourner vers des consultants qui ont un savoir-faire spécialisé.  Néanmoins, il se dit d’avis que compte tenu des taux de vacance élevés dans les missions politiques spéciales, notamment en ce qui concerne le personnel recruté sur le plan national, il faudrait donner une plus forte impulsion à l’action menée pour pourvoir les postes vacants et faire en sorte qu’il soit possible d’exécuter les activités prescrites au moyen des capacités internes.

Le Comité consultatif réaffirme que le recours à des consultants doit être limité au strict minimum et que les activités de base doivent être exécutées en interne.  Compte tenu de cela et des dépenses engagées en 2020 et 2021, il recommande de réduire de 10% (234 900 dollars) le montant des crédits demandés au titre des consultants et des services de consultants.

Enfin, compte tenu de la structure des dépenses et du projet de budget de chaque mission, il recommande une réduction de 10%, soit 649 500 dollars, des ressources proposées au titre des voyages officiels, à l’exception de la MINUAAH.

Rapport du CCQAB sur la Mission d’assistance des Nations Unies pour l’Iraq (MANUI) (A/76/7/Add.6)

Pour ce rapport, le Comité consultatif a examiné celui du Secrétaire général (A/76/6 (Sect. 3)/Add.6) qui parle d’une Mission dont le mandat a été prorogé jusqu’au 17 mars 2022 et qui rappelle que les ressources demandées pour 2021 s’élevaient à 100 007 000 dollars, ce qui représentait une diminution de 539 300 dollars (5%) par rapport à 2020.  Compte tenu du niveau des dépenses en 2020 et pendant les six premiers mois de 2021, ainsi que des effets que continuera probablement d’avoir la pandémie de COVID-19 sur les voyages en 2022, le Comité recommande une réduction de 15%, soit 136 400 dollars, au titre des voyages officiels de la MANUI.  Il invoque les mêmes arguments pour recommander une réduction de 15% (158 800 dollars) du montant total des ressources demandées au titre des carburants et des lubrifiants.

Compte tenu de l’expansion de la formation à distance pendant la pandémie, ainsi que des dépenses liées aux frais, fournitures et services de formation en 2020 et au cours du premier semestre de 2021, le Comité consultatif recommande enfin une réduction de 10% (14 200 dollars) des frais, fournitures et services de formation pour la MANUI.

claration liminaire 

« Tous les chemins mènent à la Cinquième Commission », a reconnu M. ABDULLA SHAHID, Président de l’Assemblée générale, qui a rappelé que c’est la première fois que la Commission a à examiner le barème des quotes-parts parallèlement, depuis l’annualisation du budget ordinaire de l’ONU.  Le monde, a rappelé le Président, sort d’une pandémie mondiale qui a dévasté vies et revenus, décimé les économies et provoqué des frictions dans le monde entier.  L’heure n’est pas aux tergiversations ou aux reports, a averti M. Shahid.  Nous devons agir et montrer que nous pouvons agir.  C’est cela, a-t-il martelé, qui ravivera le sentiment d’espoir et d’optimisme dans notre monde, et permettra de relever les défis auxquels nous sommes confrontés.

Le Président a présenté « trois requêtes » à la Cinquième Commission et il a d’abord demandé aux États Membres de s’acquitter de leurs contributions annuelles à temps et dans leur intégralité.  L’Organisation, a-t-il rappelé, souffre toujours d’une crise de liquidité qui a des incidences sur l’exécution des mandats, en particulier pour les pays en situation particulière.  « Nous devons tous faire notre part pour que le multilatéralisme continue de fonctionner », a pressé M. Shahid.

Le Président a encouragé la Commission à multiplier les réunions en personne pour assurer une plus grande efficacité de ses travaux.  Il l’a surtout priée d’achever son travail sur le budget-programme et le barème des quotes-parts à temps, même dans ces circonstances extraordinaires.  Les vacances de Noël et du Nouvel An ne seront pas les mêmes si la Cinquième Commission n’a pas terminé ses travaux.  Poursuivez vos délibérations sur le budget sans tarder parallèlement aux discussions sur la planification des programmes, a lancé le Président.

Il a enfin exhorté la Commission à examiner la proposition du Secrétaire général telle que décrite dans « Notre Programme commun », afin de trouver les moyens d’améliorer le processus budgétaire, en particulier la formulation et la communication des résultats que nous espérons.  Maintenant que la Cinquième Commission poursuit son important travail d’accroître l’efficacité et la transparence, il faut espérer qu’elle se laisse guider par le principe selon lequel l’humanité doit être au centre de tous nos efforts, a conclu le Président.

Déclarations

Au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), Mme FELICIA CHUA (Singapour) a jugé crucial de donner aux missions politiques spéciales les moyens de s’acquitter efficacement de leurs mandats, compte tenu de leur rôle essentiel dans la sécurité internationale.  Elle a donc jugé inacceptable que la Commission n’ait pas été en mesure, depuis une décennie entière, de donner suite aux recommandations du CCQAB et du Groupe indépendant de haut niveau chargé d’étudier les opérations de paix lesquels parlent de la réforme du mode de financement de ces missions.  Le mode actuel, a estimé la représentante, a rendu difficile leur fonctionnement.  Il est temps, a-t-elle martelé, que la Commission avance et crée un compte distinct aligné sur le cycle budgétaire des opérations de paix.  La représentante a aussi appelé à une meilleure coordination entre les missions politiques spéciales, les opérations de paix et les autres activités de consolidation de la paix.  Elle a insisté sur le fait que les États, qui ont une plus grande responsabilité politique dans la création de ces missions et opérations, doivent également assumer une plus grande responsabilité financière.

Au nom du Groupe des États d’Afrique, M. FELIX-FILS EBOA EBONGUE (Cameroun), s’est réjoui de la disponibilité rapide des projets de budget des missions politiques spéciales.  Il a marqué un intérêt particulier pour les taux de vacances et les efforts visant à pourvoir les postes vacants depuis longtemps.  Il a plaidé pour que le recrutement du personnel du pays hôte valorise les compétences nationales.  Le représentant a aussi relevé les problèmes liés à la représentation géographique équitable, surtout au niveau des postes de décision.  Il a conclu sur la question importante de la sécurité du personnel, en particulier durant la pandémie de COVID-19 et sur celle des technologies de l’information et des communications.  Le représentant n’a pas caché sa préoccupation face au budget proposé pour le Centre de services régional d’Entebbe.

Mme LINA HADBOUN, déléguée de l’Union européenne, a souligné que les missions politiques spéciales sont particulièrement bien placées pour favoriser une approche globale et intégrée des trois piliers des Nations Unies et briser les silos.  Elle a également salué le rôle clef joué par ces missions dans la lutte contre la pandémie de COVID-19, puisqu’elles n’ont pas seulement maintenu la continuité des activités, mais ont aussi trouvé de nouvelles façons de continuer à soutenir le dialogue et de mener des actions de diplomatie préventive et de pacification.  L’Union européenne, a dit la représentante, reste fermement déterminée à faire en sorte que les missions politiques spéciales disposent de capacités et de ressources suffisantes pour exécuter leurs mandats.  

Nous les tiendrons responsables de l’utilisation de ces ressources, a-t-elle souligné, et nous attendons qu’elles soient efficaces.  En ce sens, l’Union européenne, a répété la représentante, s’est félicitée de l’agilité offerte par le format annuel du budget, lequel permet au Secrétaire général de présenter en temps opportun les ajustements nécessaires pour des missions qui opèrent dans des environnements très volatiles.  La représentante a salué les efforts de la Mission en Afghanistan, y compris son rôle essentiel dans la coordination de l’aide internationale, et ce, malgré les défis actuels auxquels elle est confrontée.

Elle a par ailleurs rappelé qu’il y a huit ans, la Cinquième Commission s’était rapprochée d’un accord sur des mesures visant à améliorer le soutien aux missions.  Mais le contexte a beaucoup changé, a dit la représentante, en citant le nouveau paradigme de gestion, le système de délégation des pouvoirs et la rationalisation des politiques et fonctions de support entre le nouveau Département de la gestion et le Département du soutien opérationnel.  En conséquence, bon nombre des recommandations énoncées dans le rapport du Secrétaire général A/66/340 et le rapport du CCQAB (A/66/7/Add.21) sont désormais « obsolètes ».  La représentante a donc suggéré que ces rapports soient réévalués à la lumière de la réforme de la gestion et du processus budgétaire.

Au nom de l’Argentine, du Brésil, du Chili, du Costa Rica, d’El Salvador, de l’Équateur, du Guatemala, du Honduras, du Mexique, du Paraguay, du Panama, du Pérou, de la République dominicaine et de l’Uruguay, M.  DAVID PEDROZA (Pérou) a, à son tour, jugé « urgent » que le financement des missions politiques spéciales ne s’appuie plus sur le budget ordinaire mais sur un compte distinct, à l’instar de la pratique en vigueur pour les opérations de paix.  Mettant l’accent sur les missions politiques spéciales en Haïti et en Colombie, il s’est d’abord félicité de la prorogation du mandat du Bureau des Nations Unies en Haïti qui contribuera à promouvoir la stabilité et la bonne gouvernance, et à surmonter la crise multidimensionnelle que subit le pays.  Le représentant s’est aussi félicité de la résolution 2574 (2021) qui élargit le mandat de vérification de la mission politique spéciale en Colombie.  Rappelant que l’Accord signé en 2016 continue d’être un exemple pour le monde entier, il a jugé « indispensable » que le mandat de la mission soit prorogé après le 31 octobre 2021.

M. PATRICK KENNEDY (États-Unis) s’est dit déterminé à faire en sorte que les missions politiques spéciales aient les capacités et les ressources suffisantes pour exécuter leur mandat.  Il est de notre responsabilité collective de fournir l’appui politique et financier qui permettra à ces missions d’exécuter les mandats dont ceux de la facilitation de la mise en œuvre des accords politiques, de la promotion des droits de l’homme et de l’appui aux institutions d’état de droit.  Nous appuyons, a poursuivi le représentant, les efforts liés à la réduction de l’empreinte environnementale des missions et à une utilisation plus efficace et durable des ressources.  Selon le délégué, le succès des opérations dépend de l’efficacité des arrangements sur l’appui qu’elles sont en droit de recevoir, de l’intégration stratégique avec d’autres entités des Nations Unies et du principe de responsabilité.  Le représentant en a profité pour renouveler l’engagement « ferme et sans équivoque » de son pays en faveur du programme « femmes, paix et sécurité ». 

M. JESÚS VELÁZQUEZ CASTILLO (Mexique) a estimé que les missions politiques spéciales devraient être considérées de manière holistique, comme partie intégrante du continuum de la paix et d’un cadre institutionnel plus large.  C’est la seule façon d’apprécier toute la valeur de missions aux mandats multidimensionnels portant non seulement sur les aspects liés au règlement des conflits, mais également sur la prévention, en tenant compte des causes structurelles des conflits.  Sans remettre en cause l’importance de ces missions, nous voulons, a dit le représentant, que se poursuive le débat sur la création d’un compte distinct alimenté par des quotes-parts.  Il faut en effet assurer un financement prévisible, soutenu, et respectueux du principe de responsabilité dans les dépenses de l’Organisation et de transparence.  Nous prendrons activement part aux discussions sur ces missions, en accordant une attention particulière à celles déployées en Haïti (BINUH) et en Colombie, a indiqué le représentant.

M. ALMERRI (Iraq) a particulièrement appuyé le financement et les prorogations dans son pays et de l’Équipe d’enquête des Nations Unies pour promouvoir la responsabilité des crimes commis par Daech/État islamique d’Iraq et du Levant (UNITAD).  Il a salué l’adoption de la résolution 2576 (2021), par laquelle le Conseil de sécurité a prorogé le mandat de la Mission jusqu’au 27 mai 2022 et l’adoption d’une autre résolution permettant de proroger jusqu’au 17 septembre 2022 le mandat de l’UNITAD.  Le représentant s’est particulièrement félicité de l’aide précieuse qu’apporte la Cheffe de la Mission, Mme Jeanine Hennis-Plasschaert, au peuple et au Gouvernement iraquiens, dans la promotion des droits de l’homme, du dialogue politique inclusif, de réconciliation nationale.  Insistant aussi sur l’aide au processus électoral, le représentant s’est opposé à toute réduction des moyens de la Mission et de l’UNITAD, ainsi qu’à toute suppression des postes nationaux. 

M. ÁLVARO DAVID RODRIGUEZ DE LA HOZ (Colombie) a salué, une nouvelle fois, l’élargissement du mandat de la mission politique spéciale déployée dans son pays.  Mon gouvernement, a-t-il affirmé, est fermement engagé dans la mise en œuvre de l’Accord de paix de 2016 et à relever les défis persistants.  Cela demandera, a-t-il souligné, l’engagement de toutes les parties et l’accompagnement de la Mission.  L’appui financier et technique de la communauté internationale est donc plus que jamais nécessaire, a dit le représentant, en exhortant la Cinquième Commission à continuer de soutenir le travail de la mission dans son pays.

M. MOHAMMED NORE ALAM (Bangladesh) a dit soutenir la proposition budgétaire pour les missions politiques spéciales.  Il en a profité pour rappeler que son pays accueille plus d’un million de réfugiés rohingya qui ont fui le conflit au Myanmar.  Il a donc salué le travail de l’Envoyé spécial pour le Myanmar et a dit tenir à la transparence dans le processus de sélection de son successeur.  À son tour, le représentant a lancé un appel au Secrétariat de l’ONU pour qu’il améliore la parité et la représentation géographique dans le personnel des missions politiques sociales.  Il n’a pas manqué de souligner la bienveillance des pays hôtes qui offrent des facilités aux missions déployées sur leur sol.

M. PEDRO LUIS PEDROSO CUESTA (Cuba) a jugé contradictoire que les missions politiques spéciales représentent un quart du budget ordinaire alors qu’elles sont créées « exclusivement » par le Conseil de sécurité.  Il a dit craindre une augmentation du nombre de ces missions et une diminution de celui des opérations de paix, ce qui se traduirait par une moindre responsabilité financière des membres du Conseil.  Il faut donc, a martelé le représentant, créer un compte distinct pour financer ces missions, ce qui aurait le mérite de refléter clairement la responsabilité particulière des membres permanents du Conseil.  Tout en appuyant les fonctions du Conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide, il s’est opposé à l’inclusion d’activités et résultats relatifs à la « responsabilité de protéger ».  Estimant que les paragraphes 40 et 41 du rapport du Secrétaire général tentent de justifier l’existence d’un poste de Conseiller spécial pour cette responsabilité de protéger, le représentant a rappelé qu’aucune résolution des Nations Unies ne consacre la création d’un tel poste. 

Il est donc, a-t-il estimé, « illégitime » que des ressources soient affectées à ce poste, et pire, soient mélangées avec celles du Conseiller spécial pour la prévention du génocide, ce qui brouille encore les choses.  Le soi-disant concept de la « responsabilité de protéger » suscite toujours de sérieuses préoccupations chez de nombreux pays, en particulier les petits pays et les pays en développement, compte tenu de l’absence de consensus et de définition.  Nous allons demander au Secrétariat de l’ONU de corriger le chapitre sur le Conseiller spécial pour la prévention du génocide et d’effacer toute mention de la prétendue « responsabilité de protéger », a prévenu le représentant.

Mme CLELIA LUCY UHART (Royaume-Uni) a souligné qu’il incombe à la Cinquième Commission de doter les missions politiques spéciales de ressources adéquates, y compris les missions avec des mandats sur les droits de l’homme, la question de l’égalité des sexes, la protection des civils, la sécurité et la protection de l’environnement.  La participation des femmes à la consolidation et au maintien de la paix et l’action sur le climat peuvent et doivent être intégrées dans l’ensemble du travail de ces missions, a insisté la représentante.

Président de la Commission de consolidation de la paix, M. ABDULLAH IBRAHIM ABDELHAMID ALSAYED ATTELB (Égypte) a souligné que cette dernière est particulièrement bien placée pour fournir des informations « claires, réalistes et ciblées » au Conseil de sécurité.  Il a fait observer que le nombre et l’importance des missions politiques spéciales a augmenté au fil du temps et, par conséquent, leur part dans le budget ordinaire, ce qui signifie une réaffectation des ressources au détriment du développement dans les pays-mêmes qui hébergent ces missions.  Ce sont, a martelé le représentant, des missions qui sont généralement mandatées par le Conseil de sécurité, à l’instar des opérations de paix.  Pourquoi devrait-on ponctionner le budget ordinaire et faire porter le fardeau à tous les États Membres comme s’ils avaient pris part à la décision de les créer.  Cette situation doit être corrigée, s’est impatienté le représentant, en exhortant la Cinquième Commission à examiner les recommandations pertinentes, y compris la création d’un compte distinct aligné sur le cycle budgétaire des opérations de paix et fondé sur le barème de leurs quotes-parts.

Le représentant s’est également dit profondément préoccupé par la disparité entre les groupes régionaux représentés dans les missions politiques spéciales, surtout aux postes de direction.  Le rapport du CCQAB, a-t-il relevé, souligne qu’une seule région représente environ 50% des hauts fonctionnaires et, relativement, le nombre le plus élevé au sein du personnel international.  L’Assemblée générale, a rappelé le représentant, dans sa résolution 75/253, a demandé au Secrétaire général de redoubler d’efforts pour améliorer l’équilibre entre les sexes et dans la représentation géographique dans toutes les missions politiques spéciales.  Nous voulons, a-t-il conclu, une mise à jour sur ces questions, dans la prochaine proposition budgétaire.

Soulignant que le soutien financier est un élément essentiel du succès des missions politiques spéciales, Mme ABO AI (Japon) a aussi souligné la responsabilité de tous les États Membres de les doter des ressources nécessaires conformes à leur mandat.  Elle a noté, à son tour, avec préoccupation, le nombre élevé des postes et des postes vacants dans plusieurs missions et a exhorté la Cinquième Commission à examiner attentivement les raisons de chaque vacance de poste pour assurer « la meilleure affectation » des ressources.  L’objectif commun, a-t-elle conclu, est d’assurer un budget suffisant pour rendre les missions politiques spéciales efficaces et viables.

M. WEN DONG (Chine) s’est étonné du fait que malgré deux fermetures, la part des missions politiques spéciales dans le budget ordinaire ne cesse d’augmenter.  Nous demandons une proposition budgétaire plus précise, plus scientifique et plus exact qui traduise une bonne utilisation des ressources, s’est agacé le représentant.  Le nombre des fonctionnaires doit correspondre aux tâches et respecter le principe de la représentation géographique.  Le représentant s’est également attardé sur les changements dans les ressources extrabudgétaires, les taux de vacances de poste et les ressources demandées pour des missions en transition.  La Cinquième Commission, a-t-il estimé, doit examiner avec soin le budget et les ressources humaines proposés pour la mission en Afghanistan.  Elle doit aussi, avec l’ensemble du système des Nations Unies, examiner les raisons de l’échec de la présence en Haïti, y compris celui du Bureau intégré.

M. ANDREAS HADJICHRYSANTHOU (Chypre) a dit attendre des rapports du Secrétariat de l’ONU le respect du libellé utilisé dans les résolutions du Conseil de sécurité d’où émanent les mandats des missions politiques spéciales.  Dans le cas du Bureau du Conseiller spécial du Secrétaire général pour Chypre, le mandat découle des résolutions qui stipulent que la seule base d’un règlement, c’est l’approche bicommunautaire et la fédération bizonale.  Les paramètres établis pour la réunification de Chypre ont été maintes fois confirmés par le Conseil de sécurité, y compris dans sa dernière résolution du mois de juillet dernier.  Nous espérons, a conclu le représentant, que les prochains rapports rectifieront « cet oubli », compte tenu notamment des difficultés dues à la position « du pays qui occupe Chypre », laquelle position s’écarte sans ambiguïté des paramètres établis par l’ONU.

M. THIAGO POGGIO PÁDUA (Brésil) a noté avec satisfaction que les rapports sur les missions politiques spéciales ont été soumis trois semaines plus tôt que l’année dernière, donnant à la Commission le temps de délibérer sur « cet important point de l’ordre du jour ».  Il a attribué l’augmentation du nombre de ces missions à la tendance de l’Organisation de s’éloigner des grandes opérations de paix multidimensionnelles et pour le moins onéreuses.  En conséquence, c’est le budget ordinaire qui est ponctionné; les missions politiques spéciales représentant 4% il y a 20 ans et environ 24% aujourd’hui.  Malgré deux fermetures, la part de ces missions ne cesse d’augmenter, s’est agacé, à son tour, le représentant.  

Ces missions, a-t-il aussi martelé, sont généralement mandatées par le Conseil de sécurité, comme les opérations de paix.  Pourquoi, s’est-il demandé, les financer par le budget ordinaire, comme si l’ensemble des États Membres avait pris part à la décision de les créer.  Cette « distorsion », a dénoncé le représentant, exacerbe le déséquilibre entre la prise de décisions par une poignée d’États au Conseil de sécurité, et le financement par tous.  Il a attiré l’attention sur le rapport dans lequel le Secrétaire général relève les conséquences « de cette incohérence », il y a 10 ans, et qui n’est toujours pas examinée.  En tant que membre non permanent du Conseil de sécurité pour 2022-2023, le Brésil continuera à braquer les projecteurs sur cette question importante, a promis le représentant.

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.