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AG/12395
10 décembre 2021
Soixante-seizième session, 50e & 51e séances – matin & après-midi

L’Assemblée générale adopte des résolutions sur une aide humanitaire au taux record, estimée à 41 milliards de dollars pour 2022

L’Assemblée générale a adopté, aujourd’hui, ses cinq résolutions annuelles sur une aide humanitaire qui a atteint un niveau record; les agences de l’ONU comptant porter assistance à environ 183 millions de personnes en 2022, pour un coût estimé à 41 milliards de dollars.  Nous allons dans la mauvaise direction, a commenté le Royaume-Uni, en prônant un changement dans la façon de travailler

« Global Humanitarian Overview » nous dit, a fait observer le Président de l’Assemblée générale, M. Abdulla Shahid, que l’année prochaine, 300 millions de personnes dans 63 pays auront besoin d’une aide humanitaire.  Face à une telle situation, la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge a reproché aux dirigeants du monde « beaucoup trop de rhétorique et très peu d’action ».  En plus des conséquences destructrices de la pandémie de COVID-19, les crises existantes et nouvelles sont entrées en collision, aggravant les vulnérabilités.  L’on estime que 132 phénomènes météorologiques extrêmes se sont produits en 2020 dont 92 se sont chevauchés avec la pandémie et ce sont des chevauchements qui ont affecté de manière disproportionnée les personnes les plus vulnérables.  Pour ceux qui étaient déjà au bord du précipice, la pandémie a peut-être été « la poussée fatale », a confirmé le Président de l’Assemblée générale.

Nous parlons ici, a rappelé la Suède, en présentant la résolution sur le renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies, d’êtres humains, de leur chance de vivre une vie dans la dignité et la prospérité, de leurs espoirs et des rêves de femmes, d’hommes, de garçons et de filles, victimes des crises créées par la main de l’homme.  Nous devons étudier les causes profondes des besoins humanitaires pour rendre notre action plus efficace même si la collecte des données a permis d’orienter rapidement les financements vers les besoins les plus urgents, tandis que l’action précoce et le recours au secteur privé se sont révélés efficaces pour contenir les coûts et minimiser l’impact des crises. 

Pour assurer le succès de l’aide humanitaire, a poursuivi le Groupe des 77 et la Chine, en présentant la résolution sur la coopération internationale en matière d’aide humanitaire à la suite de catastrophes naturelles, il faut reconnaître la relation « évidente » entre intervention d’urgence, réhabilitation et développement.  Une transition en douceur entre ces trois étapes exige que l’aide d’urgence soit organisée de manière favorable à une reprise à court et à moyen terme conduisant finalement à un développement à long terme. 

Favorable à des « synergies fortes », l’Union européenne a jugé, à son tour, que l’opérationnalisation du lien humanitaire-développement-paix est « essentielle » pour permettre aux agences des Nations Unies de tirer parti de leurs avantages comparatifs.  Elle a indiqué qu’avec la France, elle organisera, en janvier prochain à Bruxelles, le premier Forum humanitaire européen avec pour objectif de promouvoir les discussions de haut niveau sur les politiques, stratégies et opérations humanitaires.  « Priorisation, protection et prévention », a préconisé le Royaume-Uni, en vantant les mérites de sa stratégie.  Il faut, a-t-il dit, en estimant que « nous allons dans une mauvaise direction », changer la façon de travailler, créer de nouveaux partenariats et développer d’autres outils pour mieux faire face et anticiper les crises humanitaires.

Depuis 2015, le Royaume-Uni a dit avoir versé plus de 14,5 milliards de dollars à l’aide humanitaire mais avec des besoins qui dépassent rapidement les ressources disponibles, il est « vital » de trouver de nouveaux moyens financiers et d’utiliser les fonds « plus intelligemment et plus efficacement ».  L’année dernière, ont renchéri les États-Unis, les donateurs ont contribué à plus de 18 Plans de réponses humanitaires, ce qui ne représente néanmoins que la moitié des besoins puisque l’année prochaine, les agences de l’ONU entendent aider 183 millions de personnes pour un coût de 41 milliards de dollars.  En tant que plus grand donateur de l’ONU, les États-Unis ont dit: « ne nous contentons pas de multiplier les appels à de nouveaux financements. Changeons le paysage humanitaire et travaillons plus efficacement. »

L’approche de l’aide humanitaire est en effet « problématique ».  Cette aide est souvent pilotée par des ONG internationales qui « outrepassent systématiquement » les prérogatives de l’État récipiendaire et n’ont aucune notion des réalités nationales.  L’État bénéficiaire se retrouve ainsi « complètement écarté », par des entités internationales qui déterminent leurs propres priorités en fonction de leurs propres intérêts.  Loin d’alléger les souffrances, l’aide humanitaire est devenue « le chiffre d’affaires de nombreuses ONG internationales ».  Haïti a, à son tour, souligné la nécessité de situer cette aide dans une stratégie de développement plus large qui a la potentialité de réduire le niveau de vulnérabilité des pays bénéficiaires et d’augmenter leur résilience.  Il s’agit de rendre les pays moins enclins au besoin d’assistance.

Il s’agit aussi, a tout de même plaidé le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), de préserver de l’espace humanitaire.  Dénonçant les sanctions et les législations antiterroristes qui font obstacle à l’aide, il a fait valoir son droit de travailler avec toutes les entités en charge des populations et a appelé les États à prévoir des dérogations humanitaires dans les régimes de sanction et les mesures antiterroristes, afin que l’aide soit soutenue et non bloquée et criminalisée, y compris dans les zones contrôlées par des acteurs non étatiques désignés comme terroristes.  « Il ne faut pas créer un humanitaire conditionnel qui menacerait l’humanitaire lui-même. »

L’Assemblée générale a aussi adopté des résolutions sur la Commission des Casques blancs, l’assistance au peuple palestinien et la sûreté et la sécurité du personnel humanitaire.  Elle a prévu une autre séance publique jeudi 16 décembre à partir de 10 heures pour élire des membres du Conseil économique et social (EOCOSC), entre autres.

RENFORCEMENT DE LA COORDINATION DE L’AIDE HUMANITAIRE ET DES SECOURS EN CAS DE CATASTROPHE FOURNIS PAR LES ORGANISMES DES NATIONS UNIES, Y COMPRIS L’ASSISTANCE ÉCONOMIQUE SPÉCIALE (A/76/334)

Renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies (A/76/74, A/76/320, A/76/376, A/76/L.23, A/76/L.24, A/76/L.26, A/76/L.27)

Assistance au peuple palestinien (A/76/78, A/76/L.25)

Assistance économique spéciale à certains pays et à certaines régions

Le Président de l’Assemblée générale, M. ABDULLA SHAHID, a constaté qu’alors que nous commémorons le trentième anniversaire de la résolution 46/182 qui a créé le système humanitaire contemporain, les problèmes humanitaires restent répandus dans le monde entier, puisque le « Global Humanitarian Overview » de 2022 note que près de 300 millions de personnes dans 63 pays ont besoin d’aide.  L’ONU et ses partenaires comptent cibler environ 183 millions avec une aide d’un coût de 41 milliards de dollars, soit le montant le plus élevé jusqu’ici.  M. Shahid a exhorté la communauté internationale à se montrer généreuse et rappelé cette dernière à son obligation morale de protéger et de subvenir aux besoins des personnes les plus vulnérables.

Dans le cadre du renforcement de la coordination de l’aide en cas de catastrophe et des secours humanitaires, il a dit de ne pas ignorer l’impact de la COVID-19.  Ainsi, les pays en situation particulière comme les pays les moins avancés (PMA), les pays en développement sans littoral et les petits États insulaires en développement (PEID), qui sont déjà accablés de dettes et de problèmes structurels, doivent désormais faire face à une nouvelle crise.  Pour ceux qui sont déjà au bord du précipice s’agissant des besoins humanitaires, la pandémie a peut-être été la poussée fatale.  Le Président a voulu que l’on profite du redressement post-COVID-19 pour répondre à ces préoccupations.  L’une des actions à mener est d’assurer l’équité vaccinale, a-t-il insisté, craignant que l’on revienne à la case départ et que l’on endure encore plus les confinements, si l’on n’agit pas rapidement pour stopper la pandémie.  Il a souhaité que 2022 soit l’année de la vulgarisation de la vaccination puisque certains des pays les plus pauvres et les plus vulnérables sont parmi les plus mal desservis par le vaccin contre la COVID-19.

La pandémie, comme tant d’autres problèmes, a indûment impacté les femmes et les filles, a poursuivi le Président.  Il a évoqué la violence domestique qui s’est aggravée dans « l’ombre de la pandémie » et a encouragé tous les États Membres à donner la priorité à la situation des femmes et des filles dans leurs réflexions sur la coordination de l’aide humanitaire.  Il ne faut pas pour autant oublier, a-t-il mis en garde, la crise climatique, car sans une action déterminée nous ne verrons que plus de catastrophes et de migrations.  Le Président a également demandé que la priorité soit accordée à la sûreté et à la sécurité des personnels humanitaires.  En 2021, au moins 1 100 travailleurs humanitaires ont été tués, a-t-il déploré, jugeant que « c’est tout simplement inacceptable ».  Il a enfin réclamé que l’on réponde aux besoins de financement, en renforçant les partenariats et la collaboration.  Il faut impliquer les partenaires au développement, les institutions financières internationales et le secteur privé, a insisté le Président.

Parlant aussi au nom de l’Inde pour présenter la résolution intitulée « Le renforcement de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies » (A/76/L.23), Mme ANNA KARIN ENESTRÖM (Suède) a voulu rendre hommage au personnel humanitaire et médical qui court de grands risques dans l’exercice de ses fonctions.  L’examen de la situation humanitaire mondiale rappelle que les besoins ont augmenté à des niveaux records depuis un an.  À ce jour, 274 millions de personnes ont besoin d’une aide estimée à 41 milliards de dollars, a-t-elle confirmé.  Les Nations Unies, qui entendent aider 183 millions de personnes dans 63 pays en 2022, sont devant un défi « formidable qui ne saurait être sous-estimé ».

Les conflits et la pandémie de COVID-19 ont accru les besoins humanitaires, tout comme les changements climatiques, poussant les populations de 43 pays dans la famine, tandis que la fermeture des écoles a affecté 870 millions d’enfants, sur fond d’augmentation des violences liées au genre durant le confinement.  Nous parlons ici, a souligné la représentante, d’êtres humains, de leur chance de vivre une vie dans la dignité et la prospérité, de leurs espoirs et des rêves de femmes, d’hommes, de garçons et de filles, victimes des crises créées par l’homme.  Nous devons étudier les causes profondes des besoins humanitaires pour rendre notre action plus efficace, a estimé la représentante.

Elle a noté que des efforts « impressionnants » ont été déployés dans la collecte des données, laquelle a permis d’orienter rapidement les financements vers les besoins les plus urgents, tandis que l’action précoce et le recours au secteur privé se sont révélés efficaces pour contenir les coûts et minimiser l’impact des crises.  Mais la représentante a regretté « un déficit chronique » et appelé à des contributions plus élevées, celles de la Suède et de l’Inde datant d’il y a longtemps.  Elle n’a pas manqué de condamner les violations des règles humanitaires internationales et l’imposition de restrictions arbitraires qui pénalisent les populations.

Elle a souhaité une plus grande implication des acteurs locaux et jugé nécessaire une certaine flexibilité pour mieux évaluer les besoins.  Elle a préconisé une évaluation multisectorielle et la constitution de bases de données fiables pour assurer l’efficacité, la redevabilité et la transparence de l’action humanitaire et une meilleure complémentarité entre humanitaire et coopération au développement afin de réduire les vulnérabilités et d’améliorer la résilience et les capacités.  La représentante a aussi condamné le terrorisme qui conjugue attaque contre personnel humanitaire et impunité.

Elle, la philosophie ancienne de l’Inde qui voit le monde comme une famille et son statut de « pharmacienne du monde », en particulier durant la pandémie de COVID-19.  Elle a aussi salué le travail important de l’Inde pour la résilience des infrastructures dans les petits États insulaires.  La Suède, a-t-elle conclu, a versé une enveloppe de 874 millions de dollars, ce qui fait d’elle l’une des plus grandes contributrices aux fonds humanitaires, dont les agences et organisations de l’ONU.  En l’occurrence, elle a prôné la flexibilité dans la gestion des fonds.

En présentant la résolution intitulée « Commission des Casques blancs: participation de volontaires aux opérations de secours humanitaires et aux activités de relèvement et de coopération technique pour le développement entreprises par les organismes des Nations Unies » (A/76/L.24), Mme MARÍA DEL CARMEN SQUEFF (Argentine) a rappelé que, depuis leur création en 1994, les Casques blancs ont mené 340 missions humanitaires dans 75 pays à la demande des États, et ce, dans le respect des principes d’indépendance, de neutralité et d’impartialité de l’assistance humanitaire.  Composés de civils, ces Casques blancs sont un groupe de volontaires qui agissent sur la base de la coopération, de la solidarité et de la participation des communautés, en se fondant sur un réseau de coopération bilatéral et multilatéral qui coordonne les réponses immédiates à des situations de catastrophes ou d’urgences complexes.  La représentante a rappelé que la Commission des Casques blancs prend en compte une approche liée au genre et traite des besoins des filles, des jeunes, des personnes âgées et handicapées.  Elle a ajouté que l’Argentine, en 27 ans de travail multilatéral, a prouvé que les questions humanitaires relèvent d’une politique fidèlement conforme aux principes humanitaires et au droit international.

Au nom de l’Union européenne, M. BOŠTJAN MALOVRH, (Slovénie) a présenté le texte intitulé « Sûreté et sécurité du personnel humanitaire et protection du personnel des Nations Unies » (A/76/L.26).  Le courage seul, a-t-il martelé, ne peut pas protéger les travailleurs humanitaires des menaces qui pèsent sur leur sûreté et sécurité.  La communauté internationale a donc l’obligation morale d’atténuer ces risques du mieux qu’elle peut et, en tant que porte-plume de cette résolution depuis 1998, l’UE prend cette obligation très au sérieux.  C’est pourquoi au cours de cette année, aux côtés d’autres partenaires clefs, l’UE a organisé une série de discussions sur le thème « assurer la protection, la sûreté et la sécurité des travailleurs humanitaires et du personnel médical dans les conflits armés ».  Des représentants d’États, d’agences des Nations Unies, d’organisations humanitaires et universitaires ont partagé leurs expériences et leurs meilleures pratiques et contribué au document final qui capture les défis et propose environ 40 points d’action pratiques.  Ce document a d’ailleurs été officiellement distribué à tous les États Membres de l’ONU, le 29 octobre 2021.

Parmi les idées générées au cours de la série de discussions, le délégué a mentionné le fait que, pour que les attaques cessent, nous devons continuer à améliorer la surveillance, le signalement et les enquêtes systématiques.  De même, il est d’une importance cruciale de continuer à renforcer la surveillance actuelle des systèmes de sûreté et de sécurité, y compris pour continuer à améliorer la qualité et l’utilisation efficace du système des données de l’ONU.  En outre, les Nations Unies et les organisations humanitaires, y compris les acteurs humanitaires locaux, devraient avoir accès en temps opportun aux informations disponibles pour renforcer leur évaluation des risques.

Le représentant a indiqué que la résolution de cette année réaffirme notre engagement collectif envers la politique de tolérance zéro en matière d’exploitation et d’abus sexuels.  Selon lui, les discussions ont finalement abouti à une résolution qui exprime le niveau approprié de préoccupation et les mesures nécessaires pour protéger davantage le personnel humanitaire et celui des Nations Unies.  Il a parlé du texte comme d’un document consensuel, reflétant « notre humanité commune ».

Par ailleurs, l’UE reste gravement préoccupée par les conditions de vie difficiles et la situation humanitaire du peuple palestinien, notamment les femmes et les enfants, dans tout le Territoire palestinien occupé, y compris dans la zone C et en particulier dans la bande de Gaza.  Le représentant a noté que cette situation a été aggravée par la pandémie de COVID-19.  Il a appelé au retour de l’Autorité palestinienne dans la bande de Gaza pour améliorer durablement la situation humanitaire.  L’UE, a-t-il dit, a promis de continuer à soutenir les efforts de l’ONU et de l’Égypte en vue de la réunification de Gaza et de la Cisjordanie sous une seule et même Autorité palestinienne.  L’UE et ses États membres sont collectivement les plus gros contributeurs au budget de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), a tenu à rappeler le représentant.

Au nom du Groupe des 77 et de la Chine, M. M. L. DIALLO, (Guinée) a présenté la résolution intitulée « Coopération internationale en matière d’aide humanitaire à la suite de catastrophes naturelles: de la phase des secours à celle de l’aide au développement » (A/75/L.27).  Il a souligné que ce sont les États touchés par des catastrophes naturelles qui portent la responsabilité principale de l’initiation, l’organisation, la coordination et la mise en œuvre de l’aide humanitaire sur leur territoire.  Le texte, a-t-il expliqué, reconnaît la relation évidente entre l’intervention d’urgence, la réhabilitation et le développement, et réaffirme qu’afin d’assurer une transition en douceur entre ces trois étapes, l’aide d’urgence doit être fournie de manière à être favorable à une reprise à court et à moyen terme conduisant finalement à un développement à long terme.

Se référant à la pandémie de COVID-19, la résolution de cette année exprime les plus graves préoccupations concernant ses impacts humanitaires sur les personnes et les communautés affectées par les catastrophes.  Elle encourage également le partage des meilleures pratiques, y compris dans le contexte de la pandémie de COVID-19, pour améliorer la préparation aux catastrophes, la réponse et le relèvement rapides, et pour étendre les succès des initiatives locales.  Selon le représentant, la résolution souligne l’importance de renforcer la collaboration pour parvenir à une solution durable aux déplacements dans le contexte des catastrophes et des aléas climatiques.  Elle encourage également les institutions financières internationales à accélérer les financements nécessaires pour la préparation et la réponse, ainsi que pour un relèvement résilient, tenant compte des risques de catastrophe, de manière à compléter et renforcer les fonds communs humanitaires.

M. SILVIO GONZATO, (Union européenne (UE), a constaté que l’ampleur des besoins humanitaires et la nature des défis en la matière n’ont jamais été aussi importantes qu’aujourd’hui, alors que l’environnement de financement est contraint et que l’espace humanitaire se voit de plus en plus remis en cause.  L’année prochaine, 274 millions de personnes auront besoin d’une assistance et d’une protection humanitaires, a-t-il souligné, relevant que les conséquences de la pandémie de COVID-19 ont compliqué une situation déjà rendue difficile par les conflits, les changements climatiques et l’insécurité alimentaire.

Dans ce contexte, M. Gonzato a appelé les États qui ne l’ont pas encore fait à ratifier et à mettre pleinement en œuvre les Protocoles additionnels de 1977 aux Conventions de Genève ainsi que le Statut de Rome.  Il a également exhorté tous les États à souscrire à l’Appel à l’action pour renforcer le respect du droit international humanitaire et des principes humanitaires, colancé par la France et l’Allemagne en 2019.  Soulignant, d’autre part, l’importance du respect et de la protection des travailleurs humanitaires et médicaux, en particulier dans les conflits armés, le représentant a invité les États à s’inspirer des pistes d’action proposées dans ce domaine par l’Union européenne.  Il a également souhaité que tout soit fait pour éviter un impact négatif potentiel de sanctions et de mesures antiterroristes sur les activités exclusivement humanitaires, « menées par des acteurs humanitaires impartiaux ».  Il a rappelé l’engagement de l’UE à préserver l’espace humanitaire, notamment par l’inclusion systématique d’exemptions humanitaires aux régimes de sanctions.

Poursuivant, le délégué a salué les investissements dans la préparation aux situations d’urgence et l’utilisation d’outils innovants pour rendre l’action humanitaire plus efficace, tels que les approches anticipatives.  En agissant avant les catastrophes prévisibles, « l’action anticipative sauve des vies et atténue les besoins humanitaires, y compris ceux causés par les effets des changements climatiques », a-t-il noté, avant d’appeler les acteurs humanitaires à adapter progressivement leurs stratégies de réponse à ces réalités.  Il a ajouté que l’UE, en tant que donateur et acteur, est déterminée à réduire l’empreinte environnementale de ses opérations humanitaires.  Le représentant a également estimé que le travail essentiel du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) doit plus que jamais être soutenu, d’autant plus que le nombre de personnes déplacées ne cesse d’augmenter, en raison notamment de la multiplication des conflits et de l’intensification des changements climatiques.  Il a aussi appelé à suivre les recommandations du Groupe de haut niveau sur le déplacement interne.

Favorable à des « synergies fortes », M. Gonzato a jugé que l’opérationnalisation du lien humanitaire-développement-paix est essentielle pour permettre aux agences des Nations Unies de tirer parti de leurs avantages comparatifs respectifs.  Il a réitéré l’engagement de l’UE à placer l’humain au centre de la réponse humanitaire, ce qui comprend l’assistance aux femmes et aux filles en matière de santé sexuelle et reproductive ainsi que des actions pour prévenir, atténuer et répondre à la violence sexiste.  Il a également indiqué que l’UE et la France coorganiseront, en janvier prochain, le premier Forum humanitaire européen à Bruxelles, dont l’objectif est de promouvoir les discussions de haut niveau sur les politiques, stratégies et opérations humanitaires.

S’exprimant au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), Mme NOOR QAMAR SULAIMAN (Brunéi Darussalam) a d’entrée encouragé le système des Nations Unies à renforcer ses partenariats et ses engagements avec l’ASEAN afin de mobiliser et de coordonner une réponse et une assistance humanitaires efficaces.

Elle a indiqué que sa région est l’une des plus exposées aux catastrophes naturelles dans le monde et que la pression exercée sur l’aide humanitaire et les secours en cas de catastrophe ne fait que s’intensifier à mesure que les effets des changements climatiques, tels que les vagues de chaleur, les sécheresses et les inondations, s’accentuent et s’intensifient.

En 2020, la région a été frappée par 405 catastrophes, qui ont touché 19,3 millions de personnes, en ont déplacé 2,4 millions et ont causé des dommages d’une valeur de 227,4 millions de dollars, a détaillé Mme Sulaiman, pour qui la construction d’une ASEAN résiliente et adaptable aux catastrophes reste une priorité absolue.

Depuis l’entrée en vigueur de son accord sur la gestion des catastrophes et les interventions d’urgence (AADMER) en 2009, l’ASEAN a réalisé des progrès notables dans ces domaines et est devenue un partenaire des opérations mondiales d’aide humanitaire, s’est réjouie Mme Sulaiman.  Elle a également évoqué les activités du Centre de coordination de l’aide humanitaire de l’ASEAN pour la gestion des catastrophes (AHA), qui appuie la coordination de la gestion des catastrophes et des interventions d’urgence entre les États membres de l’ASEAN.  En août dernier, le Centre AHA a mené à bien une mission d’assistance humanitaire au Myanmar avec la collaboration d’autres partenaires, malgré les défis posés par la pandémie de COVID-19.

La Vision 2025 de l’ASEAN sur la gestion des catastrophes prévoit en outre de faire de l’Association un leader mondial dans l’assistance humanitaire et la gestion des catastrophes, s’est enorgueillie la représentante, qui s’est dite convaincue, pour finir, que « nos efforts pourront compléter et contribuer positivement » au Programme 2030, afin de répondre efficacement aux besoins d’assistance humanitaire et de secours en cas de catastrophe à l’avenir.

M. AL-THANI (Qatar) a assuré que le Qatar est parmi les États pionniers en matière d’assistance humanitaire et d’aide au développement, dont il a égrené quelques exemples.  Conscient de la coopération internationale, il n’a eu de cesse d’apporter l’aide nécessaire à plusieurs États pour lutter contre la pandémie de COVID-19 et a signé un partenariat avec l’Alliance GAVI pour garantir un accès équitable aux vaccins aux pays à faible revenu.  Eu égard à l’importance de multiplier les efforts pour garantir la sécurité alimentaire au Yémen, a continué le représentant, le Qatar a signé un accord portant sur 90 millions de dollars avec le Programme alimentaire mondial (PAM).  Conformément à sa politique visant à atténuer les effets des crises humanitaires, il a veillé à apporter son soutien au peuple palestinien et a fourni une aide de 500 millions de dollars pour la reconstruction de la bande de Gaza.  Le fonds pour le développement du Qatar a également signé un accord avec l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) à hauteur de 18 millions de dollars.

Mme RABAB FATIMA (Bangladesh) a expliqué que son pays accueillait plus de 1,1 million de Rohingya ayant fui des atrocités commises au Myanmar.  Tout en appréciant l’aide de la communauté internationale et des Nations Unies pour répondre à leurs besoins critiques, elle a réclamé « un partage international du fardeau et des responsabilités ».  Elle a aussi jugé urgent que la communauté internationale prête davantage attention à la détérioration de la situation au Myanmar, afin de créer les conditions d’un retour sûr, durable des Rohingya.  La prolongation de la crise au Myanmar ne fera qu’aggraver la situation au Bangladesh, un pays déjà très vulnérable aux changements climatiques et sujet aux catastrophes, a-t-elle averti.  En attendant, le Bangladesh réalise des investissements substantiels dans la réduction des risques de catastrophe, la prévention, l’adaptation et le renforcement de la résilience, l’atténuation et les secours, a poursuivi Mme Fatima.  Le Bangladesh s’est engagé à partager son expertise avec d’autres pays dans des situations similaires et se tient à la disposition des populations sinistrées des pays voisins. 

En tant que Président de la Plateforme sur les déplacements liés aux catastrophes de janvier 2018 à juin 2019, le Bangladesh est aussi activement impliqué dans le renforcement de la coordination de l’aide humanitaire aux personnes déplacées en raison des changements climatiques.  Le mécanisme d’intervention de la communauté internationale devrait s’adapter aux priorités nationales et à la situation sur le terrain et être soutenu financièrement de manière prévisible, a plaidé la déléguée.  La communauté internationale devrait aussi entreprendre des activités de développement axées sur le renforcement de la résilience et, en fin de compte, « sur la réduction de la dépendance à l’égard de l’aide humanitaire ».  Il est impératif, selon elle, d’assurer une meilleure coopération entre les acteurs humanitaires et les acteurs du développement pour permettre une transition en douceur vers le développement durable.  Elle a enfin jugé nécessaire de reconnaître le rôle central des femmes en tant que premières intervenantes dans les crises humanitaires, et de renforcer l’élaboration de politiques tenant compte de la dimension de genre pour réduire et atténuer les risques de catastrophes.

Mme ZAHRA ERSHADI (République islamique d’Iran) a estimé que ceux qui contribuent principalement aux guerres et aux occupations prolongées, par leur implication ou la fourniture d’armes sophistiquées, « devraient assumer une plus grande part du financement des interventions humanitaires onusiennes ».  Cela vaut également pour les pays portant une responsabilité historique en raison de leurs émissions de gaz à effet de serre.  Soulignant le rôle primordial des États dans la gestion des urgences humanitaires sur leur propre territoire, Mme Ershadi a souhaité que soit reconnu le leadership national dans la coordination de l’aide humanitaire.  « Les crises humanitaires, en particulier celles délibérément créées dans le cadre d’un agenda politique caché ne devraient pas conduire à une ingérence étrangère cachée derrière le prétexte de la responsabilité de protéger. »  Pour la République islamique d’Iran, les causes profondes des crises humanitaires incluent à la fois les catastrophes naturelles et les crises provoquées par l’homme, y compris l’occupation, les interventions militaires étrangères et l’imposition de mesures coercitives unilatérales « illégales et inhumaines ».

Les préoccupations concernant la déviation de l’aide humanitaire devraient immédiatement faire l’objet d’une enquête approfondie et indépendante, a poursuivi la déléguée.  Elle a aussi rappelé la politique de tolérance zéro du Secrétaire général en matière d’exploitation et d’abus sexuels, et condamné les situations dans lesquelles des populations en difficulté sont prises en otage, comme lors de blocages affamant des civils.  En Afghanistan, l’hiver approche, a souligné Mme Ershadi.  Alors que la situation du peuple afghan continue de se détériorer, la fourniture en temps voulu de l’aide humanitaire et le déblocage des avoirs gelés de l’Afghanistan, essentiels pour relancer son économie et sauver des vies, ne devraient en aucun cas être « politisés ».  De même, les pays voisins qui accueillent des réfugiés afghans devraient pouvoir accéder aux produits humanitaires et aux vaccins.  Enfin, la République islamique d’Iran considère les mesures coercitives unilatérales comme l’un des principaux obstacles entravant les efforts internationaux pour fournir une assistance humanitaire.  Même en temps de pandémie, a dénoncé la déléguée, les mesures américaines ont visé des citoyens iraniens « innocents », gelant leurs avoirs dans des banques étrangères – « des avoirs que nous voudrions désespérément utiliser pour obtenir des vaccins et d’autres besoins humanitaires ».

Mme EMAN HUSSAIN (Maldives) a constaté une augmentation inquiétante de la fréquence et de la variété des épidémies de maladies infectieuses, telles que le choléra, la dengue, la rougeole et la polio, dans les pays confrontés à des défis humanitaires.  Cette situation a été aggravée par les ravages de la pandémie de COVID-19, qui a interrompu un grand nombre de programmes conçus pour lutter contre ces épidémies, tout en créant de nouveaux besoins humanitaires, et affectant de manière disproportionnée les femmes et les filles.  Pour toutes ces raisons, Mme Hussain a demandé un accès équitable aux vaccins contre la COVID-19, soulignant qu’il faut prendre des mesures extraordinaires pour vacciner les personnes ayant besoin d’une aide humanitaire.  À cet égard, elle s’est félicitée de la réunion de haut niveau prévue le 13 janvier 2022 sur le thème « Galvaniser l’élan pour la vaccination universelle » afin de faire progresser les efforts visant à garantir l’équité en matière de vaccins.  Les effets des changements climatiques, notamment l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des phénomènes météorologiques extrêmes, sont une autre préoccupation majeure pour les Maldives et d’autres petits États insulaires en développement (PEID).  Vagues de chaleur, inondations, sécheresses, cyclones tropicaux et élévation du niveau de la mer devraient plonger environ 100 millions de personnes dans la pauvreté d’ici à 2030, a averti la déléguée, rappelant le tsunami de 2004 qui a dévasté son pays.  « Il nous a fallu plus de cinq ans pour reconstruire.  Nous avons dû reloger les habitants des îles qui avaient été détruites. »  Les Maldives ont ainsi plaidé pour la finalisation d’un indice de vulnérabilité multidimensionnel.  Pour finir, Mme Hussain a appelé la communauté internationale à redoubler d’efforts pour garantir la protection des plus vulnérables.

Selon Mme AIDA SAFURA NIZA OTHMAN (Malaisie), les crises climatiques et sanitaires ont exposé plus que jamais les inégalités et augmenté les besoins humanitaires dans le monde, tandis que les conflits continuent d’avoir des effets dévastateurs sur les populations les plus vulnérables.  Elle a noté que 270 millions de personnes pourraient avoir besoin d’aide en 2022, nécessitant un financement de 41 milliards de dollars.  Félicitant l’ONU pour la poursuite de son travail en dépit de la pandémie de COVID-19, la représentante a confirmé l’engagement de la Malaisie pour le Programme alimentaire mondial, dont elle accueille le premier centre en Asie dans la ville de Subang, et qui a joué un rôle important pour la réponse à la pandémie dans la région.  Elle a rappelé l’aide fournie par son pays, via sa contribution au Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires, à l’Afghanistan, à l’Iraq et au Viet Nam, ainsi qu’un million de dollars à l’UNRWA.  Préoccupée par les attaques continuelles contre les travailleurs humanitaires, Mme Othman a préconisé un renforcement des stratégies de sécurité de l’ONU et une collaboration avec les États hôtes dans ce but.

M. JOAQUÍN ALBERTO PÉREZ AYESTARÁN (République bolivarienne du Venezuela) a critiqué les atteintes à la souveraineté et l’ingérence dans les affaires internes des États, qu’il a jugées être l’une des causes des catastrophes humanitaires touchant les plus vulnérables.  Selon lui, des notions telles que l’« intervention humanitaire » et la « responsabilité de protéger » ne contribuent pas à mettre un terme aux crises mais au contraire à les exacerber.  Il en a voulu pour preuve le fait que certains pays provoquent l’instabilité et se prévalent de ces notions pour piller des biens et ressources naturelles, dans le cadre de campagnes d’agression motivées par des intérêts géopolitiques et cherchant à imposer à d’autres nations des modèles politiques qui leur sont étrangers.  C’est la raison pour laquelle il a rejeté toute tentative de politiser des activités et opérations ayant pour objet de coordonner et fournir une assistance humanitaire. 

M. Pérez Ayestarán a insisté sur l’application illégale de mesures coercitives unilatérales, qu’il a qualifiées d’« agressions quasi militaires » violant la Charte des Nations Unies et les normes du droit international.  Ces « actions criminelles de déstabilisation » ont des effets négatifs sur la vie et la réalisation des droits humains de plus de 30 millions de Vénézuéliens, à qui l’on empêche l’accès à la nourriture, aux services de base, aux médicaments et aux vaccins, même au cours de la « pire pandémie de ces 100 dernières années », a dénoncé M. Pérez Ayestarán.  Les soi-disant « exemptions humanitaires » sont non seulement inefficaces dans la pratique, mais même inexistantes, comme l’ont indiqué des experts indépendants des Nations Unies, a continué le représentant.  Il a affirmé que de telles mesures coercitives, qui sont de véritables « châtiments collectifs », causent davantage de morts et de conséquences humanitaires qu’une guerre conventionnelle.  Il a plaidé pour une « zone internationale libre de mesures coercitives unilatérales ».

M. ROBERT KEITH RAE (Canada) a appelé à poursuivre les efforts visant à renforcer davantage le système humanitaire en favorisant la mise en place de meilleurs moyens de répondre aux besoins.  Il a relevé que la riposte à la pandémie a également renforcé l’importance fondamentale des acteurs humanitaires locaux.  Il a également appelé à favoriser et promouvoir une « approche féministe » conjuguée à des efforts renforcés pour transférer le pouvoir, l’influence et le leadership aux communautés, aux acteurs locaux et nationaux – en particulier ceux dirigés par des femmes.  Dans ce contexte, le délégué a jugé essentiel de fournir un financement humanitaire prévisible et flexible, conformément aux principes du « grand compromis » et aux pratiques exemplaires en matière d’aide humanitaire.

Devant des besoins toujours croissants, il faut redoubler d’efforts pour élargir la base des donateurs et promouvoir des partenariats innovants, a déclaré le délégué.  Le Canada a fait sa part et a déjà, à ce jour, fourni plus de 1,1 milliard de dollars en financement humanitaire flexible et de qualité.  Cela inclut le soutien aux interventions humanitaires en Afghanistan, en Éthiopie, dans la région du Sahel, au Yémen et en République arabe syrienne.  En réponse aux crises des réfugiés et des migrants en Amérique du Sud, le Canada a annoncé en juin dernier 115 millions de dollars lors de la Conférence internationale des donateurs en solidarité avec les réfugiés et les migrants vénézuéliens.  Arguant que l’action humanitaire seule ne suffit pas, le délégué a appelé à mettre en place des interventions complémentaires et globales par le biais d’une coopération significative dans le cadre du lien entre l’aide humanitaire, le développement et la paix.

M. DMITRY S. CHUMAKOV (Fédération de Russie) a rappelé qu’il y a 30 ans, l’Assemblée générale a créé le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) et posé les principes du travail des humanitaires sur le terrain, en situations de conflit et de catastrophe.  Ces principes, a-t-il souligné, reposent non seulement sur l’humanité, l’impartialité et la neutralité dans la fourniture de l’aide humanitaire, mais aussi sur le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des pays d’accueil, ainsi sur que le consentement de leurs gouvernements.  Il s’est félicité que la communauté internationale reste déterminée à répondre aux besoins humanitaires croissants dans le monde, a fortiori en cette période de pandémie.  Il en a pris pour preuve le montant record de 467 millions de dollars collecté à l’occasion de la récente Conférence de promesses de dons au Fonds central de riposte d’urgence de l’ONU.  Le délégué s’est dit alarmé par la situation humanitaire dans certains pays où l’urgence consiste à répondre à l’insécurité alimentaire et à sa forme extrême, la faim.  Alors que les causes vont des conflits armés, aux catastrophes, en passant par un faible niveau de développement, il a jugé « déplacé de s’engager dans des discussions sur la responsabilité des coupables ». 

Rappelant que la sécurité alimentaire s’appuie sur le développement socioéconomique et technologique, il a appelé à « cesser les déclarations alarmistes » et à se concentrer plutôt sur la promotion du développement global des pays à risque et l’efficacité des systèmes de réponse rapide.  D’autre part, a-t-il déploré, les effets néfastes des sanctions unilatérales sur le potentiel socioéconomique des États, le bien-être des populations et le développement durable ne sont plus à prouver.  « Non seulement ces mesures entraînent l’échec des actions humanitaires mais, en outre, elles n’atteignent pas leurs objectifs. »  Au contraire, elles mettent en danger la vie de simples gens, a-t-il renchéri, avant d’appeler les États qui « abusent des sanctions » à cesser cette pratique ainsi que la politisation de l’aide humanitaire.  Enfin, il a rappelé que son pays participe activement au système international de réponse humanitaire, notamment par le biais de contributions annuelles au budget des agences d’aide humanitaire de l’ONU et par l’envoi de cargaisons et de personnels russes dans les régions où les besoins sont les plus criants.  En dépit des différences de position, un consensus s’est fait jour sur les projets de résolution et sur les activités des travailleurs humanitaires pour l’année prochaine, a-t-il salué.

M. ION JINGA (Roumanie) a indiqué que son pays a alloué, en 2020-2021, plus de 10% de son budget pour le développement et l’assistance humanitaire à l’aide humanitaire.  Grâce à un mécanisme d’allocation financière flexible mis en place cette année, la Roumanie a également alloué une contribution à Haïti, suite au tremblement de terre de 2021 et apporté un soutien aux activités humanitaires de l’ONU visant la sécurité alimentaire en Afghanistan.

Le délégué a expliqué que l’approche de son pays repose sur la promotion de la résilience et de la réduction de la dépendance, et que c’est dans cet esprit que s’inscrit le soutien de la Roumanie aux efforts du HCR visant à faciliter l’accès des réfugiés soudanais au Tchad aux sources énergies renouvelables.  Convaincue de la valeur ajoutée de la coopération régionale, la Roumanie a aussi soutenu financièrement le Centre de coordination de l’assistance humanitaire de l’ASEAN sur la gestion des catastrophes.

Poursuivant, le représentant s’est inquiété de l’augmentation des attaques graves contre le personnel humanitaire et médical au cours de la dernière décennie, préconisant des investissements accrus dans l’évaluation des risques, les stratégies de protection et la diplomatie humanitaire visant à obtenir l’acceptation des communautés locales.  Il a par ailleurs expliqué que la Commission nationale roumaine du droit international humanitaire, créée il y a 15 ans, est chargée de surveiller le respect des obligations de la Roumanie en vertu des traités internationaux pertinents, et d’identifier les moyens les plus adéquats de mettre en œuvre le droit international humanitaire (DIH) au niveau national.  Cette auto-évaluation est un exercice précieux qui peut aider à renforcer le respect du DIH, a estimé le représentant, qui a appelé à l’adoption par consensus de toutes les résolutions présentées aujourd’hui et coparrainées par son pays.

M. JÖRUNDUR VALTÝSSON (Islande) a prié toutes les parties en situation de conflit armé de respecter et veiller au respect du droit international humanitaire.  Face à l’ampleur et à la complexité des besoins humanitaires, une action coordonnée est plus nécessaire que jamais, a souligné le représentant.  Il s’est félicité que 39 donateurs se soient engagés mercredi 8 décembre à verser un montant total de 467 millions de dollars au Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF), soit la somme la plus élevée, lors d’une conférence d’annonces de contribution au cours de laquelle, a-t-il observé, la priorité était davantage accordée à l’assistance des plus vulnérables.

Pour sa part, l’Islande met l’accent sur les droits humains et l’égalité entre les sexes, dans le pays et à l’étranger.  Elle continue donc à faire pression pour qu’une attention systématique soit accordée aux femmes et aux filles dans toutes les crises humanitaires et se fait l’écho des appels à la prévention et à une action décisive concernant la violence sexuelle et sexiste dans les situations d’urgence humanitaire.

M. OMAR HILALE (Maroc) a d’abord énuméré les multiples actions d’assistance humanitaire engagées par son pays, dont, entre autres, le déploiement de 19 hôpitaux dans 14 pays et sur 4 continents; et la fourniture de 228 tonnes de produits de lutte contre la pandémie.  Au Liban et en Palestine, le Maroc a fourni 400 tonnes de produits alimentaires et médicaux en 2020 et 2021.  Et son action couvre également le partage d’expérience à travers des projets de développement durable et la coopération Sud-Sud.  Le représentant a, en outre, souligné que le renforcement de la coordination de l’aide humanitaire et des secours doit se faire « loin de toute instrumentalisation politique » et a insisté sur le fait que les pays hôtes devaient respecter le droit international humanitaire, remplir leurs obligations de protection des civils et garantir l’accès et l’acheminement de l’aide humanitaire à ses destinataires.

M. Hilale a également insisté sur l’importance du recensement et de l’enregistrement des populations des camps de réfugiés, afin de garantir « leur protection contre toute instrumentalisation politique » et éviter le détournement de l’aide qui leur est destinée.  Il a jugé déplorable qu’en 2021, des populations entières soient séquestrées dans des camps et privées de leurs droits au recensement, à l’enregistrement et au retour librement consenti.  « L’enregistrement est un instrument de protection, y compris la protection de l’accès aux droits fondamentaux », et sur ce point, la responsabilité des pays hôtes est « sans équivoque », a-t-il estimé.  M. Hilale a dénoncé les nombreuses formes de harcèlement subies par les personnes sans papier attestant de leur statut et a appelé à renforcer la coordination des acteurs humanitaires pour mettre fin à ce type de situations, et s’assurer de l’enregistrement de tous les réfugiés.  L’enregistrement est un moyen de faciliter l’évaluation et la quantification de leurs besoins, alors que des rapports internationaux font état de détournements systématiques de l’assistance humanitaire, depuis des années, « avec la complicité du pays hôte ».  C’est grâce à l’enregistrement, au recensement des populations et à la reddition de comptes » que la lutte contre le détournement de l’aide humanitaire portera ses fruits, a martelé M. Hilale.

Mme LUCIA PIERA GIOVANNA DESIGIS (Suisse) a constaté que le taux de vaccination dans les pays bénéficiant d’un appel humanitaire est inférieur à l’objectif de 20% fixé pour la fin de l’année 2021 et les cinq pays les plus pauvres n’ont pu vacciner que 2% de leur population  Il est donc crucial de faire preuve d’une plus grande solidarité́ dans la distribution des vaccins et de soutenir avec force le Mécanisme COVAX, a-t-elle estimé.

Notant que la pandémie est une crise à la fois sanitaire et de protection, elle a appelé à veiller à ne pas négliger les besoins humanitaires, y compris ceux relatifs à la violence liée au genre, qui prévalaient avant la crise de la COVID-19.  Elle a également exhorté à pleinement respecter la confidentialité́ et la protection des données collectées à des fins exclusivement humanitaires, témoignant de l’engagement de la Suisse à cette fin.

Relevant par ailleurs que les besoins des personnes contraintes à un déplacement forcé dû aux effets négatifs des changements climatiques ou des catastrophes naturelles, sont en constante augmentation, Mme Desigis a salué les actions anticipatoires qui atténuent l’impact des chocs, réduisent les besoins humanitaires, contribuent à renforcer la résilience et rendent l’action humanitaire plus efficace.  La Suisse salue, en outre, favorablement les recommandations formulées par le Groupe de haut niveau chargé de la question des déplacements internes.

M. ABDALLAH Y. AL-MOUALLIMI (Arabie saoudite) après avoir rappelé que la pandémie de COVID-19 a engendré des défis complexes aux niveaux humanitaire, sanitaire, économique, mais aussi éducatif et social, a souligné que son pays a appuyé les efforts mondiaux pour faire face à cette pandémie avec 500 millions de dollars, auxquels se sont ajoutés 300 millions de dollars pour aider certains pays.  L’Arabie saoudite est l’un des trois plus grands donateurs fournissant une aide humanitaire et de développement au niveau international, a également appuyé le représentant.  En outre, le représentant a indiqué que son pays met en œuvre des programmes de secours visant à soutenir, à autonomiser et à renforcer la protection des femmes et des enfants affectés dans le monde, notamment au Yémen et en Somalie.  Par ailleurs, le Centre Roi Salman pour les secours et l’action humanitaires a lancé 170 programmes humanitaires, notamment médicaux, qui ont bénéficié à plus de 378 000 personnes dans 21 pays à travers le monde pour un coût de plus de 41 millions de dollars.

Pour finir, le représentant a souligné le rôle central des acteurs humanitaires et la nécessité de les protéger, et a appelé la communauté internationale à continuer de faire pression sur les groupes qui menacent les secours pour qu’ils mettent fin à ces pratiques.

M. MARTIN BILLE HERMANN (Danemark) intervenant en sa capacité de dirigeant de Call to Action on Protection from Gender-based Violence in Humanitarian Crises, a indiqué que les violences physiques, psychologiques et économiques et fondées sur le genre augmentent massivement durant les crises humanitaires, notant que 70% des femmes et filles vivant dans un contexte de conflit ont subi une violence de ce type et que la pandémie, en raison de son impact socioéconomique, n’a fait qu’intensifier cette « épidémie de l’ombre ».

Le représentant a préconisé que tous les efforts humanitaires incluent des outils propres à répondre à ces violences et à en traiter les conséquences, grâce notamment à des services de santé, un appui psychosocial et une aide juridique.  Il a également appelé à effectuer un travail plus efficace avec les femmes et filles locales lors de la planification et la prise de décisions humanitaires.  « Leurs voix sont négligées trop souvent et cela doit changer », a-t-il regretté, ajoutant que les organisations de femmes locales sont en meilleure position pour faire face à l’impact des crises grâce à leur présence sur place et la confiance dont elles bénéficient localement.  S’agissant du financement, il a regretté que l’action sur ces violences souffre d’un manque chronique de fonds qui n’a atteint que 20% des besoins mondiaux.  « Nous avons une responsabilité collective à accroître ces fonds et à prodiguer un financement flexible aux acteurs locaux, a souligné le représentant.

M. MOHD ABDULRAHMAN MOHAMED JALIL SULTAN ALOLAMA (Émirats arabes unis) a souligné que son pays apporte son aide aux peuples affectés par les catastrophes sans tenir compte des religions ou d’autres considérations.  Il a appelé les Nations Unies à accélérer, l’an prochain, l’envoi d’aide « par anticipation », notamment dans les zones susceptibles de connaître des catastrophes.  Il a plaidé pour que l’aide humanitaire tienne compte du sexe, de l’âge et de la vulnérabilité des récipiendaires.  Il faut donc veiller à ce que les programmes d’aide couvrent au moins dans leur moitié les femmes, les jeunes et les personnes les plus vulnérables.  Selon le délégué, l’expérience du terrain laisse voir qu’une telle approche se révèle plus efficace.  Il a rappelé que son pays est l’un des grands contributeurs de certaines agences onusiennes agissant dans le domaine humanitaire.  De plus, les Émirats arabes unis rejoindront le Conseil de sécurité, en janvier, et s’attelleront à mettre en exergue les questions humanitaires.

M. GUY MÉTAYER (Haïti) a déclaré qu’aider un État en cas de catastrophe représente un geste de solidarité internationale qui tend à prouver que le système international n’est pas « une jungle » mais plutôt « une communauté où des États coopèrent et s’entraident ».  En revanche, l’approche de l’aide humanitaire est, selon lui, « problématique » parce qu’elle tend généralement à « affaiblir l’État récipiendaire et à se substituer au processus de développement socioéconomique durable ».  En effet, a poursuivi le délégué, l’aide humanitaire est souvent pilotée par des entités non gouvernementales ou plus précisément des ONG internationales qui « outrepassent systématiquement l’État récipiendaire et n’ont aucune notion des réalités nationales ».  L’État bénéficiaire se retrouve dès lors « complètement écarté » du processus de coordination de l’aide pour faire place à des entités internationales qui « déterminent leurs propres priorités en fonction de leurs propres intérêts », a-t-il accusé, dénonçant un système qui, loin d’alléger la souffrance des peuples victimes de catastrophes, est devenu « le chiffre d’affaires de nombreuses ONG internationales ».

Pour être efficace, l’aide humanitaire doit être principalement coordonnée par les institutions nationales de l’État récipiendaire qui sont les mieux placées pour déterminer les priorités nationales et les interventions appropriées, a soutenu le représentant.  Autrement, a-t-il mis en garde, l’aide qui devrait supporter ou renforcer les interventions de l’État bénéficiaire en cas de catastrophe contribuera grandement à l’affaiblir, le plus souvent au profit de puissantes ONG internationales.  M. Métayer a également signalé que le fait que l’aide humanitaire soit souvent présentée comme un substitut au développement socioéconomique à long terme des pays bénéficiaires tend à maintenir ces derniers dans une situation de crise économique récurrente.  D’où la nécessité, a-t-il estimé, de la situer dans une stratégie de développement plus large qui a la potentialité de réduire le niveau de vulnérabilité des pays bénéficiaires et d’augmenter leur résilience.  Il s’agit, a conclu le délégué, de rendre ces pays « moins enclins à des catastrophes et, du même coup, moins enclins au besoin d’assistance humanitaire ».

M. BING DAI (Chine) a prôné un véritable multilatéralisme pour lutter contre les conséquences et les causes profondes des crises humanitaires.  Il a insisté sur le strict respect du droit international humanitaire et de la Charte des Nations Unies.  Évitons, a-t-il dit, de politiser les questions humanitaires et d’imposer des mesures coercitives qui font obstacle à l’aide.  La communauté internationale, a-t-il aussi préconisé, devrait placer le développement au cœur de ses politiques de coordination de l’aide humanitaire et accélérer la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030, sans oublier d’assurer une assistance financière et technique en tout point conforme aux réalités et aux priorités des pays affectés.  Il importe également, a-t-il ajouté, de renforcer les capacités des pays en développement à s’adapter aux changements climatiques.

Pour sa part, a-t-il dit, la Chine s’engage à jouer un rôle actif dans les affaires humanitaires mondiales.  Depuis la flambée de la pandémie de COVID-19, elle a distribué à plusieurs pays plus de 1,8 milliard de doses de vaccin.  Son président, M. Xi Jinping, vient d’ailleurs de lancer l’Initiative pour le développement mondial pour accélérer la réalisation du Programme 2030.  Nous encourageons tous les États à se rallier à cette Initiative, a conclu le représentant.

M. ANDERSEN (Norvège) s’est dit préoccupé par la situation des réfugiés et des déplacés internes.  « Nous avons besoin d’une volonté forte pour que cela change! » s’est-il exclamé, car il faut des solutions durables pour remédier au problème des déplacés internes.  Préoccupé par la forte augmentation des violences sexuelles et sexistes, le délégué a appelé tous les États Membres et organisations à se joindre à l’Appel à l’action pour la protection contre la violence sexiste dans les situations d’urgence.  En outre, il a souligné l’importance de placer les enfants au centre de l’action humanitaire et de garantir l’accès à l’éducation pendant les crises, se félicitant que 113 États aient maintenant approuvé la déclaration sur la sécurité dans les écoles.  « Nous devons faire mieux pour prévenir les crises humanitaires », a poursuivi le délégué.  Il a appelé à davantage d’anticipation; à lier humanitaire, développement et paix; et à travailler de manière plus efficace en matière financière, en établissant des partenariats avec les acteurs locaux.  En outre, le représentant a souhaité rendre « plus verte » la réponse humanitaire et annoncé que son pays allait contribuer à hauteur de 1,8 milliard de couronnes norvégiennes au Fonds central pour les interventions d’urgence pour la période 2018-2022.

M. JORG CECILIA HUBERTUS ZINKEN (Pays-Bas) a mis en lumière, d’une part, l’importance d’une approche centrée sur les victimes en matière d’exploitation, d’abus et de harcèlement sexuels, et, d’autre part, l’importance de la protection des droits de l’homme.  Il s’est d’abord félicité de l’approche du Secrétaire général concernant la lutte contre l’exploitation, les abus et le harcèlement sexuels.  Le délégué a loué des progrès dans l’adoption de normes, la mise en place de personnel spécialisé et la sensibilisation des communautés.  Cependant, la collaboration entre les agences pour garantir des mécanismes de plainte sûrs et accessibles laisse, selon lui, à désirer, ainsi que la rapidité et la transparence des enquêtes.  Surtout, la question des réparations pour les victimes n’est pas à la hauteur des principes et des valeurs des Nations Unies.  Le scandale « sexe contre travail », largement rapporté lors de l’intervention pour combattre le virus Ebola, en est une triste preuve, a-t-il regretté.  Ensuite, le délégué a souligné que la santé mentale est aussi importante que la santé physique.  Les effets non tangibles des crises doivent aussi être reconnus et traités afin que les individus, les familles et les communautés puissent faire face à la situation et se rétablir.  Cette question, pour le représentant néerlandais, ne doit pas être envisagée après coup; il faudrait au contraire l’inclure dans toutes les phases de l’intervention d’urgence, y compris la préparation, la formation du personnel et la gestion des ressources humaines.

M. YURIY VITRENKO (Ukraine) a déclaré qu’en 2022, plus de 275 millions de personnes auront besoin d’aide humanitaire, ce qui représente une augmentation de 17%.  Il est estimé que les priorités doivent être la prévention de la violence sexuelle, la protection des personnes vulnérables, la tolérance zéro à l’encontre de la violence sexuelle dans les conflits.  Il a dénoncé le fait que, dans les territoires temporairement occupés de l’Ukraine, les citoyens n’aient plus accès aux services sociaux, à leurs pensions de retraite, à l’éducation, à la santé, aux services bancaires ou encore aux vaccins.  Accusant la « Puissance occupante » de ces violations des droits fondamentaux, il a indiqué que son gouvernement a pris la décision d’accorder des subventions pour les habitations détruites, de fournir des abris aux déplacés de guerre et de garantir les prêts pour l’acquisition de logements.

Le Gouvernement a élaboré des programmes spéciaux pour les jeunes et leur accès à l’enseignement supérieur.  Il a aussi progressé dans la numérisation et l’accès en ligne des services administratifs, et lancé des projets de développement dans les territoires temporairement occupés pour répondre aux besoins socioéconomiques et culturels des populations.  En concluant, le représentant a demandé que le Plan de réponse humanitaire de l’ONU pour son pays, en 2022, soit doté de moyens adéquats.

« Nous allons dans la mauvaise direction », s’est exclamé M. ALISTAIR ROBERT STEVEN KELSEY (Royaume-Uni) devant un accroissement sans précédent des besoins humanitaires.  Il a prôné un changement dans la façon de travailler, la création de partenariats et le développement d’outils pour mieux faire face et anticiper les crises humanitaires.  Il a présenté l’approche britannique en 2022 ancrée sur trois piliers: « priorisation, protection et prévention ».  Il s’agit tout d’abord, a-t-il expliqué, d’accorder la priorité à la fourniture d’une aide humanitaire efficace aux personnes qui en ont le plus besoin.  Il s’agit ensuite de protéger la sécurité, la dignité et les droits des personnes dans les situations de conflit et de crise, en particulier les femmes et les filles, touchées de manière disproportionnée par la violence et les abus sexuels.  Il s’agit enfin d’éviter que les problèmes d’aujourd’hui ne se transforment en crises de demain.

Le représentant a donc insisté sur la nécessité d’augmenter les investissements dans les systèmes de surveillance et d’alerte précoce pour anticiper et agir en amont des chocs et, ce faisant, réduire l’ampleur et l’impact des crises humanitaires.  L’innovation, les données et la technologie sont au cœur du règlement en amont de ces problèmes.  Depuis 2015, a affirmé le représentant, le Royaume-Uni a versé plus de 14,5 milliards de dollars à l’aide humanitaire.  Mais avec des besoins qui dépassent rapidement les ressources disponibles, il est « vital » de trouver de nouveaux moyens financiers et d’utiliser les fonds plus intelligemment et plus efficacement.  En nous concentrant sur la priorisation, la protection et la prévention, nous pourrons financer avec plus de flexibilité les réponses aux crises humanitaires, a conclu le représentant.

Mme ALEXANDRA BROSNAN (États-Unis) a réaffirmé le rôle central des Nations Unies dans la réponse humanitaire dans le monde et jugé impressionnants les chiffres montrant que plus d’un quart de l’humanité devrait avoir besoin d’une aide ou d’une protection en 2022, un chiffre en augmentation depuis le record de l’année dernière.  La représentante a noté que les donateurs ont déjà contribué à plus de 18 Plans de réponses humanitaires l’année dernière, ce qui ne représente néanmoins que la moitié des besoins.  En tant que plus grand donateur de l’ONU, les États-Unis, a affirmé la représentante, ont versé une contribution de 13 milliards de dollars et ont l’intention de contribuer, en 2022, au Fonds central pour les interventions d’urgence (CERF).  Elle a rappelé les 16,2 milliards fournis par son pays au titre des aides d’urgence depuis le début de la pandémie, un financement qui aide à sauver des vies dans plus de 120 pays et auquel d’autres États doivent participer.

Ne nous contentons pas de multiplier les appels à de nouveaux financements, a conseillé la représentante, mais changeons le paysage humanitaire et travaillons plus efficacement, en misant plus sur « la diplomatie humanitaire », puisque que les conflits représentent 80% des besoins humanitaires dans le monde et sont les moteurs de ces crises.

La représentante s’est dite préoccupée par l’obstruction imposée à l’aide par les parties aux conflits, par les violences envers les travailleurs humanitaires et par les autres interférences, comme en Afghanistan, au Yémen et en République arabe syrienne.  En tant que coauteure de la résolution sur la coordination de l’aide humanitaire, elle a salué le travail des acteurs locaux et préconisé des partenariats avec des organisations financières régionales et multilatérales.  Elle a par ailleurs jugé que les organisations humanitaires ne peuvent être laissées sans aide dans des pays dépourvus de systèmes de santé et doivent bénéficier d’une coordination avec les institutions d’aide au développement.

Enfin, la représentante a confirmé l’engagement des États-Unis contre les crimes sexuels et rappelé tout de même qu’à ses yeux, les résolutions n’ont aucun caractère contraignant.  Nous continuerons à travailler à la réforme de la gestion de l’ONU pour plus d’efficacité et de responsabilité, et à améliorer ainsi la protection des populations affectées, en particulier en assurant une meilleure coordination et coopération entre les agences et organisations concernées et en évaluant régulièrement les besoins réels, ce qui éviterait au monde de se voir dépassé par l’ampleur des crises.

Mme GUZIK (Mexique) a consacré son commentaire au projet de résolution intitulé « Renforcement de la coordination de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies ».  Elle s’est félicitée du renforcement de la perspective genre dans les domaines de l’aide humanitaire et de la réduction des risques de catastrophe.  Cependant, elle a regretté que l’Assemblée générale n’ait pu s’entendre sur l’inclusion d’un paragraphe portant sur l’impact humanitaire des conflits armés sur les garçons et les filles.  Elle a même évoqué un « obstructionnisme » qui est revenu à plusieurs reprises, malgré les arguments étayés par des preuves fondées sur des données.  Selon la déléguée, « des intérêts extérieurs ont pris le pas sur l’intérêt supérieur de l’enfant ».  La responsabilité des États Membres, a—t-elle fait valoir, consiste à sauvegarder les droits de l’enfant et non à chercher des arguments qui réfutent les principes du droit international.  Le bien-être de plus de 19 000 enfants vivant dans un contexte de conflit armé en dépend.  Je souhaite, a-t-elle conclu, que dans les négociations futures sur cette résolution emblématique nous puissions remplir nos obligations envers les filles, garçons et adolescents, y compris ceux qui malheureusement continuent de subir les impacts humanitaires qui accompagnent les conflits armés.

M.  JUSTIN PETER FEPULEAI (Nouvelle Zélande) a, lui aussi, constaté que les besoins humanitaires sont plus importants que jamais.  Ces besoins, a-t-il regretté, continuent d’être motivés par l’absence de volonté politique de prévenir et mettre fin aux conflits armés, et par un manque de respect des règles de guerre expressément conçues pour limiter les souffrances humaines.  Tout en saluant les solutions innovantes mises en place par les acteurs humanitaires pour sauver des vies en cette période de pandémie, il s’est dit très préoccupé par l’aggravation de l’insécurité alimentaire, cette année, et par les effets dévastateurs, dans les conflits armés en cours, de l’utilisation d’armes explosives dans des zones peuplées.  De même, le délégué a condamné fermement tous les actes de violence, les attaques et les menaces contre le personnel humanitaire et médical, les hôpitaux et les établissements de santé.

Le représentant a ensuite relevé que les changements climatiques contribuent à l’augmentation des besoins humanitaires dans le monde.  Il a assuré que son pays, en tant que nation insulaire du Pacifique, est parfaitement conscient de la menace climatique et souhaite que la communauté internationale s’attaque non seulement à ses impacts mais aussi à ses causes.  C’est pourquoi, a-t-il dit, la Nouvelle-Zélande soutient l’Accord de Paris sur le climat et son objectif de neutralité carbone d’ici à 2050.  Le représentant a, d’autre part, soutenu que toutes les personnes, y compris celles qui vivent dans des situations humanitaires, ont droit à la santé sexuelle et reproductive, avec des soins disponibles dès le début d’une crise.  Il a également souligné la nécessité d’impliquer les personnes handicapées dans les processus de prise de décisions humanitaire, souhaitant en conclusion que, malgré les perspectives sombres pour 2022, le système humanitaire continue d’évoluer et d’innover pour rester pertinent et efficace dans l’intérêt des personnes en situation de vulnérabilité.

Le représentant de l’Australie a rappelé que plus de quatre personnes sur cinq touchées par des risques naturels vivent dans la région indopacifique, voisine de son pays.  Avec des chocs répétés, de nombreuses personnes sont incapables de constituer les réserves qui leur auraient permis de survivre à une crise.  C’est pourquoi, la collaboration et la coopération sont essentielles dans le respect des normes, dont le droit international, la préservation de l’espace humanitaire à l’abri des conflits et de la politique, et la lutte contre la violence sexuelle et sexiste.

Cependant, a reconnu le représentant, l’aide humanitaire n’est pas la solution.  Il faut des solutions politiques, faire rendre des comptes aux belligérants pour les violations du droit humanitaire international et garantir l’accès humanitaire.  Pour sa part, a poursuivi le représentant, l'Australie se concentre de plus en plus sur la meilleure façon de soutenir une évolution du système humanitaire et lui imprimer un caractère plus précoce.  Nous devons également faire progresser notre travail sur le lien entre humanitaire, développement et paix, donner des moyens d’action aux acteurs locaux et veiller à ce que les droits des femmes en matière de santé sexuelle et reproductive soient respectés et à ce que ces services soient disponibles, accessibles et abordables.

L’Australie, a dit le représentant, s’est engagée à distribuer 60 millions de doses de vaccin dans les pays du Pacifique et de l’Asie du Sud-Est d’ici à la fin de 2022.  D’ores et déjà, 10 millions de doses ont été livrées.  En plus du soutien « de bout en bout » à la formation des agents de santé, à la mise à disposition des équipements de la chaîne du froid et du lancement de campagnes d’information publique, l’Australie contribue à hauteur de 130 millions de dollars au Mécanisme COVAX.  Nous sommes heureux, a conclu le représentant, d’accueillir en septembre 2022, la Conférence ministérielle Asie-Pacifique sur la réduction des risques de catastrophe, en partenariat avec le Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes (UNDRR).

M. KYAW MOE TUN (Myanmar) a dénoncé « le coup d’État militaire illégal » perpétré, en février, contre le Gouvernement civil démocratiquement élu de son pays.  Un acte qui a déclenché l’actuelle catastrophe économique et humanitaire que connaît le Myanmar.  Peu après le coup d’État, les forces de la junte ont déclenché une « campagne de terreur » contre la population civile qui a fait plus de 1 300 victimes, a rappelé le délégué.  Au 6 décembre, a-t-il relevé, le HCR dénombrait 284 700 déplacés depuis le coup d’État, en plus des 335 000 personnes déjà déplacées auparavant.  Le nombre de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire est passé d’un million en 2020 à trois millions aujourd’hui; selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), près de la moitié de la population du Myanmar vivra sous le seuil de pauvreté d’ici à l’an prochain, en raison des effets combinés du coup d’État et de la pandémie.  « Le Myanmar est confronté à une grave crise humanitaire », a insisté le délégué.  « Une tragédie se déroule sous nos yeux. »  L’accès aux personnes vulnérables restant extrêmement limité par les militaires, il est impératif de garantir une assistance transfrontalière, pour s’assurer que l’aide humanitaire parvient aux personnes dans le besoin.  « La junte militaire continue de commettre de graves violations des droits de l’homme et du droit humanitaire », a dénoncé le délégué: cette semaine, les militaires ont brûlé vives 11 personnes, dont 5 mineurs, à Sagiang.  Les détentions arbitraires se poursuivent et face à la résistance croissante des forces de défense civile, les militaires ont recours à leurs « tactiques habituelles », a témoigné le délégué.  Celles-ci consistent à punir les populations en brûlant des habitations, entraînant le déplacement d’un nombre croissant de civils.  L’une des violations les plus graves du droit humanitaire commise par l’armée consiste à entraver l’accès de l’aide humanitaire, au mépris des nombreux appels des Nations Unies et du Conseil de sécurité.  L’armée a aussi imposé un contrôle strict du personnel et des fournitures humanitaires, a rapporté M. Tun, et les procédures bureaucratiques ont été « instrumentalisées » pour « contrôler » les mouvements des travailleurs humanitaires.  « Le peuple du Myanmar compte sur les Nations Unies en ces temps profondément difficiles », a conclu le délégué, qui a lancé un appel pour mettre fin au régime militaire et « remettre le Myanmar sur la voie de la démocratie ».

Mme RAZIYE BILGE KOCYIGIT GRBA (Turquie) s’est dite préoccupée par la famine et la maladie qui guettent aujourd’hui des millions de personnes dans le monde, en particulier des innocents en République arabe syrienne, en Afghanistan et au Myanmar.  Le respect du droit humanitaire international et des droits de l’homme est en déclin, a regretté la représentante, qui a demandé à la communauté internationale d’assurer un accès juste et équitable à l’aide humanitaire, y compris aux vaccins contre la COVID-19 pour les victimes des conflits.  Selon elle, l’aide humanitaire dans les situations de conflit doit aller au-delà de la réponse humanitaire traditionnelle.  Il faut trouver des solutions novatrices, utiliser les nouvelles technologies et les données, et appliquer le principe de responsabilité pour rendre l’aide humanitaire plus efficace.  La Turquie, a affirmé la représentante, met en œuvre une approche humanitaire robuste.  « Nous abritons des millions de réfugiés.  Nous sommes le pays le plus généreux au monde par tête d’habitant », a-t-elle assuré.  La Turquie a en outre consacré 8 milliards de dollars à l’aide humanitaire, tout en renforçant le Croissant-Rouge turc et les organisations humanitaires turques.  Elle appuie l’UNRWA.  Les 4 millions de réfugiés accueillis en Turquie, dont 3,6 millions de Syriens, ont tous accès aux vaccins contre la COVID-19.  Nous leur offrons une aide en espèces en particulier pour les femmes et les enfants, a continué la représentante.  En République arabe syrienne même, la Turquie est au chevet de 4 millions de civils qui dépendent de l’aide de la Turquie et a fourni plus de 4,1 millions de doses de vaccins aux Syriens.

M. MOHAMED ABDIRAHMAN OMAR (Somalie) a évoqué la situation d’urgence qui concerne plus de 36% de la population en Somalie, qui souffre de malnutrition en raison de la sécheresse et du passage d’un cyclone.  Le Gouvernement somalien et le secteur privé se sont engagés pour leur venir en aide et recherchent des partenariats.  Un pôle de coordination est également mis en place pour la réponse humanitaire et la réponse aux catastrophes.  Les jeunes sont les plus menacés par les catastrophes humanitaires, en particulier par la malnutrition et le manque d’éducation, a fait observer le délégué, ajoutant que les changements climatiques ont des répercussions complexes et exacerbent les vulnérabilités.  Bien qu’aucun pays ne soit à l’abri des catastrophes naturelles, aucun pays ne devrait en souffrir seul, a conclu le représentant.

M. EMIL BEN NAFTALY (Israël) a rappelé que son pays a prêté assistance à plus de 140 pays et sauvé des milliers de vies au cours des dernières décennies.  Cette aide bénéficie même aux citoyens de pays « qui, malheureusement, ne reconnaissent pas encore » Israël, a-t-il fait remarquer.  Souvent, Israël se trouve parmi les premiers pays sur les lieux à la suite de tremblements de terre, d’inondations, d’épisodes de famine et d’autres catastrophes naturelles.  MASHAV, l’Agence israélienne pour la coopération au développement international, dirige nos efforts d’assistance et d’aide au développement dans le monde entier, a expliqué le délégué.  Ce fut le cas, il y a quelques mois, lorsqu’un puissant tremblement de terre a frappé Haïti.  Des équipes israéliennes ont été dépêchées sur place pour fournir de l’eau potable et de l’énergie en plus de fournitures médicales.  De plus, a-t-il rappelé, les équipes israéliennes étaient déjà parmi les premières sur le terrain après le tremblement de terre dévastateur de 2010.  En outre, MASHAV organise chaque année des formations destinées aux participants de pays en développement sur l’agriculture et l’éducation, et la préparation aux catastrophes avec la mise sur pied de systèmes médicaux.  L’Agence intègre l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes dans toutes ses activités, a indiqué le délégué.  Se tournant ensuite vers la délégation iranienne, il a trouvé « ironique » que la République islamique d’Iran, qui viole le droit humanitaire et les droits de l’homme, choisisse d’attaquer Israël, un « leader mondial » en matière d’aide humanitaire.  « La communauté internationale doit agir maintenant pour mettre fin à la menace iranienne et au carnage humanitaire que le régime iranien laisse dans son sillage partout où il tente d’étendre son influence maléfique, de la mer Rouge à la Méditerranée », a pressé la délégation israélienne.

M. RODRIGO A. CARAZO (Costa Rica) a rappelé qu’un million d’enfants afghans risquent de mourir de faim dans les prochains mois et que des situations similaires sont à déplorer au Yémen, en Éthiopie, à Madagascar et en Haïti.  Estimant que les résolutions présentées à l’examen de l’Assemblée générale démontrent qu’elle dispose des diagnostics, des moyens et d’une feuille de route, il a encouragé les États Membres à s’engager sans plus attendre.  Il n’y aura ni paix ni développement durable tant que la faim continuera de tenailler des millions de personnes, a lancé M. Carazo, soulignant que c’est le rôle des Nations Unies de combattre la faim et de faire le nécessaire pour sauver des millions de vies.

M. ABDULLAH M.A. ABU SHAWESH (État de Palestine) a déploré que, depuis le premier jour de l’occupation israélienne, « une liste interminable de violations » compromettent l’économie palestinienne et ses perspectives de réhabilitation et de développement.  S’appuyant sur le dernier rapport de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO), il a indiqué que la pandémie de COVID-19 a frappé une économie palestinienne déjà affaiblie et a aggravé les conditions économiques désastreuses dans le territoire palestinien occupé.  Il a ajouté que le dernier rapport de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED) a révélé que l’économie palestinienne s’était contractée de 11,5% en 2020, que le PIB par habitant en Cisjordanie a chuté de 13,4% en 2020 et en 2019, et que le taux de croissance est le plus faible qui ait été enregistré depuis 2003.  En outre, a poursuivi M. Abu Shawesh, le rapport de la CESAO indique que la taxe douanière et la taxe sur la valeur ajoutée perçues par Israël pour l’Autorité palestinienne représentent jusqu’à 75% des revenus palestiniens, ce qui pèse lourdement sur l’économie palestinienne.  À cet égard, le représentant a appelé la communauté internationale à contraindre Israël à mettre fin à cette retenue d’impôts et des recettes douanières dus au peuple palestinien, et qui aggrave sa pauvreté.

Mme LAETITIA MARIE ISABELLE COURTOIS, Comité international de la Croix-Rouge (CIRC), a décrit la précarité, l’effondrement des systèmes de santé et les pertes d’emplois et de revenus qu’ont subi des millions de personnes durant la pandémie de COVID-19 et rappelé que cette situation perdure pour des millions de personnes affectées par les conflits et les situations de violence, qui, loin d’avoir été créées par la pandémie de COVID-19, ont néanmoins été exacerbées par ce fléau.

Les guerres, paradoxalement, n’ont pas reculé et elles ont lieu maintenant dans des zones urbaines densément peuplées avec pour conséquences des pertes et des destructions aggravées.

Nous ne pouvons pas laisser les systèmes s’effondrer, a-t-elle déclaré, préconisant comme « un impératif humanitaire » de mieux protéger les services essentiels dans les zones de conflit.  Dans ce but, elle a souhaité que l’on redouble d’efforts pour assurer le respect du droit humanitaire et des résolutions de l’ONU sur la protection des services essentiels, des missions médicales et des biens indispensables à la survie des populations civiles.  Dans cet esprit, elle a préconisé que les acteurs du développement interviennent plus tôt et de manière plus fiable dans les zones de conflit, car ils jouent un rôle majeur dans le renforcement de l’action humanitaire et dans la protection des services essentiels, un rôle complémentaire qui assure l’accès et la présence de l’aide en temps de crise.

Nous ne pouvons laisser personne de côté, a-t-elle ajouté, citant les populations isolées, exclues ou négligées, déplacées ou victimes de discrimination auxquelles le CIRC souhaite accéder en priorité.  La représentante a aussi plaidé pour l’équité vaccinale face à la COVID-19 et la mise à disposition des services médicaux.  Enfin, elle a plaidé pour la préservation de l’espace humanitaire, déplorant que les efforts humanitaires soient endigués par les sanctions et les législations antiterroristes.  Rappelant que le CICR doit pouvoir travailler avec toutes les entités en charge des populations, elle a appelé les États à prévoir des dérogations humanitaires dans les régimes de sanction et les mesures antiterroristes, afin que l’aide soit soutenue et non bloquée et criminalisée, y compris dans les zones contrôlées par des acteurs non étatiques désignés comme terroristes.  « Il ne faut pas créer un humanitaire conditionnel qui menacerait l’humanitaire lui-même. »

Mme LIANA GHUKASYAN, Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, a reproché aux dirigeants de faire face aux crises mondiales, « beaucoup trop de rhétorique et très peu d’action ».  Dès le départ, la crise humanitaire causée par la COVID-19 a été marquée par de profondes et persistantes inégalités, en termes des personnes les plus à risque et de réaction de la communauté internationale.  Les migrants, les réfugiés et les personnes vivant dans des pays dotés de systèmes de santé sous-financés ou dans des environnements fragiles sont parmi les gens les moins susceptibles de recevoir un soutien médical, financier et social.  De même, les moyens de subsistance des femmes ont été plus fortement affectés par la pandémie.  Le fait qu’elles soient toujours censées prendre soin de leur ménage, y compris s’occuper des malades de la COVID-19, les a exposées à un risque plus élevé d’infection.  Leur confinement et leur isolement social ont fait voler en éclats les protections, les exposant à la violence sexuelle et sexiste.

En plus des conséquences destructrices de cette pandémie, les crises existantes et nouvelles sont entrées en collision, aggravant les vulnérabilités.  Pendant la lutte contre la pandémie de COVID-19, de nombreuses communautés ont également continué de souffrir des impacts des changements climatiques.  L’on estime que 132 phénomènes météorologiques extrêmes se sont produits en 2020 dont 92 se sont chevauchés avec la pandémie de COVID-19.  Ces chevauchements affectent de manière disproportionnée les personnes les plus vulnérables.  La double crise de la COVID-19 et des changements climatiques continue d’ailleurs d’exacerber les besoins en santé mentale et de mettre à rude épreuve les systèmes de santé.  Pourtant, il est établi qu’un accès précoce et soutenu aux services de santé mentale et de soutien psychosocial est essentiel.  Pour fournir ces services en temps opportun et de manière efficace, il faut un financement flexible et durable.

Les crises majeures comme les catastrophes climatiques et les pandémies vont être récurrentes dans le futur, a prévenu la représentante, préconisant un accès équitable aux vaccins contre la COVID-19 et aux services de santé essentiels, comme seul moyen de mettre fin à la pandémie.  La vaccination équitable est « un impératif moral », a-t-elle martelé, en ajoutant que mettre fin à la pandémie, ce n’est pas seulement assurer acheminer plus de vaccins, c’est aussi veiller à ce que les pays aient les infrastructures et les ressources humaines nécessaires à la vaccination des populations.  Comme les épidémies commencent et se terminent toujours dans les communautés, la représentante a voulu que l’on reconnaisse que ces dernières peuvent offrir des solutions.  La pandémie de COVID-19 a renforcé l’avantage comparatif des organisations locales, y compris les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.  Il est donc important de mobiliser les ressources pour que les acteurs locaux puissent atteindre les communautés les plus éloignées et les plus affectées par la pandémie, a conclu la représentante.

Explications de vote et de position

Au nom du Conseil de coopération du Golfe, Bahreïn a dit s’être rallié au consensus sur la résolution relative au renforcement de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies.  Il a toutefois émis des réserves sur le concept de santé sexuelle et reproductive, estimant que cette question doit demeurer conforme aux législations nationales et aux valeurs culturelles et religieuses de chaque pays.

S’associant au consensus sur la résolution relative à la sûreté et à la sécurité du personnel humanitaire et à la protection du personnel des Nations Unies, la Fédération de Russie s’est cependant dissociée de toute mention de la Cour pénale internationale (CPI), précisant que sa position à ce sujet reste inchangée.  Elle a en effet rappelé qu’elle s’est retirée du Statut de Rome, en 2016, au motif que la CPI a déçu les espoirs placés en elle, compte tenu de son inefficacité.  Nous ne sommes donc liés à aucune des dispositions relatives à cette instance, a asséné la Fédération de Russie.

Revenant à la résolution sur le renforcement de l’aide humanitaire d’urgence fournie par les organismes des Nations Unies, l’Égypte s’est aussi dissociée de toute mention de la santé sexuelle et reproductive, arguant que cette question doit être conforme aux valeurs nationales, culturelles et religieuses de chaque pays.

À leur tour, les Philippines se sont dissociées de toute mention de la CPI, compte tenu de sa position de principe qui est que le Statut de Rome reconnaît que les États sont les premiers responsables des poursuites pour crimes internationaux.  Nous n’acceptons pas que la Cour se pose en substitut de nos tribunaux.

Tout en adhérant au consensus sur la résolution relative à la coopération internationale en matière d’aide humanitaire à la suite de catastrophes naturelles, la Hongrie s’est dissociée de toute mention du Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières.  Nous n’avons pas adopté ce Pacte et nous ne participons pas à sa mise en œuvre, a-t-elle rappelé.

Droits de réponse

Répondant aux propos de l’Ukraine, la Fédération de Russie l’a accusée d’avoir violé le cessez-le-feu 90 000 fois, faisant des victimes dont 75% de civils, cette année seulement.  Elle a rappelé que, pour parer aux conséquences du blocus dans le Donbass, le Président Vladimir Poutine a promulgué un décret qui assure l’accès de l’aide humanitaire aux populations.  C’est à Kiev qu’il faut demander de faciliter l’acheminement de cette aide, a taclé la Fédération de Russie.

La République islamique d’Iran a insisté sur le fait qu’Israël continue de violer les droits des Palestiniens et des Arabes, sous son occupation.  Alors que la communauté internationale lutte contre les impacts de la pandémie de COVID-19, Israël accélère la construction des colonies illégales pour consolider son occupation, sans oublier l’impact du blocus de Gaza sur la crise humanitaire.

La République arabe syrienne a jugé ironique que la Turquie, qui prétend mener de nombreuses activités humanitaires, soit un grand soutien des groupes terroristes présents en République arabe syrienne.  L’action humanitaire la plus retentissante que vous pourriez mener serait de retirer vos troupes de mon pays, a-t-elle lancé.

Nous continuons de fournir une assistance humanitaire à 9 millions de Syriens, dont plus de 4 millions sur notre propre territoire, a rétorqué la Turquie, qui a également évoqué ces millions de Syriens victimes de la violence du « régime syrien ».

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