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SOC/4886
12 février 2020
Cinquante-huitième session, 6e et 7e séances plénières – matin & après-midi

La Commission du développement social réfléchit aux solutions à apporter au sans-abrisme

Quelles solutions apporter au sans-abrisme et comment renforcer la cohérence des politiques de lutte contre le phénomène?  Ce sont les questions auxquelles se sont efforcées de répondre, aujourd’hui, les délégations de la Commission du développement social dans le cadre de deux discussions avec des experts, membres de la société civile et hauts responsables de l’ONU.

Dans un premier temps, le Président de la Commission, M. Gbolié D. W. Ipo, a indiqué que la « question complexe » du sans-abrisme exige une approche multisectorielle, couvrant les politiques budgétaires et économiques ainsi que des politiques relatives au travail, au logement, à la santé, à la protection sociale et à l’urbanisation.  Il a également fait observer que les organisations de la société civile jouent un rôle important dans la prestation de services, citant notamment la gestion des foyers d’accueil et l’aide en matière d’attribution de logements.

Pour M. Ipo, les philanthropes peuvent donc jouer un rôle efficace dans le renforcement des diverses initiatives engagées en mobilisant de multiples parties prenantes au niveau local.  Le secteur privé peut aussi contribuer à remédier au manque de logements abordables, tant du point de vue de l’offre que de la demande, et à créer un marché viable pour le financement du logement abordable répondant aux besoins des ménages à revenu moyen, faible et informel, a-t-il fait valoir. 

« En travaillant avec le secteur public, le philanthropisme privé peut aller au-delà de la fourniture de services et faire du sans-abrisme une occurrence rare », a renchéri Mme Amanda Misiko Andere, PDG de Funders Together to End Homelessness, pour qui il faut investir dans des solutions qui évitent que des personnes fassent la navette entre la prison et des refuges.  L’experte a aussi appelé à faire fond sur ce que disent les sans-abri eux-mêmes: « quand on demande aux sans-abri ce qui va les aider, leur réponse est immanquablement la même: une maison », a-t-elle dit. 

La mobilisation du secteur privé a également été appuyée par le Secrétaire aux affaires internationales de la municipalité de São Paulo (Brésil), M. Luiz Alvaro Salles Aguiar de Menezes, qui a indiqué qu’un partenariat avait permis de créer le programme « Trabalho Novo » (nouvel emploi) qui aide les sans-abri à se préparer au marché du travail.  Le Vice-Ministre du développement humain et de l’inclusion sociale du Costa Rica, M. Francisco Delgado, a indiqué qu’une initiative similaire existe également dans son pays, tout en jugeant judicieux de mettre la technologie au service de la lutte contre le sans-abrisme, à l’image d’une application en cours de création au Costa Rica qui permettra au public de signaler des problèmes rencontrés dans la rue et faciliter la réponse des travailleurs sociaux. 

Concepteur du programme « Housing First », considéré par beaucoup comme la voie à suivre pour endiguer le sans-abrisme, M. Sam Tsemberis, Directeur exécutif de Pathways to Housing, a plaidé pour la création de programmes de prévention face au flux de personnes qui entrent et sortent du sans-abrisme.  « Si des problèmes comme la dépendance, les troubles mentaux et les ennuis de santé contribuent au sans-abrisme, il faut reconnaître que nous avons créé un système de prise en charge qui repose sur l’idée que le sans-abrisme est lié aux problèmes individuels des personnes et pas au dysfonctionnement de la société », a-t-il estimé. 

L’expert a notamment expliqué qu’aux États-Unis, les origines du sans-abrisme structurel remontent aux années 1980 lorsque de nombreux programmes sociaux ont été arrêtés et la construction de logements publics interrompue durant l’administration du Président Ronald Reagan.  Dans le même temps, le marché immobilier a atteint des sommets sans précédent, rendant le logement inabordable pour les personnes à faible revenu, s’est-il inquiété.

La Commission a également entendu le témoignage de M. James Abro, auteur de Facing Homelessness, qui vit actuellement dans le système de refuges de New York, étant devenu sans abri après s’être occupé de parents en soins palliatifs.  Faisant le lien entre le problème du sans-abrisme et les décennies d’incarcération de masse « qui ont créé des générations de Noirs et d’Hispaniques dépendant de structures punitives », il a indiqué que de nombreux sans-abri à New York choisissent de vivre dans la rue plutôt que d’intégrer des refuges qui « ressemblent et fonctionnent comme des prisons ».  À ses yeux les refuges ne devraient pas être considérés comme temporaires mais plutôt comme des alternatives permanentes de logement pour les personnes qui n’ont pas les moyens de verser un loyer excessivement élevé.

Pendant cette séance, de nombreuses délégations ont par ailleurs insisté sur l’importance de la collecte de données pour élaborer des solutions ciblées, ainsi que sur l’impératif de disposer ou d’élargir les systèmes de protection sociale.  L’absence d’une définition mondialement agréée du sans-abrisme a été déplorée à plusieurs reprises. 

Si certains ont estimé qu’une telle définition ne renforcerait en rien leur détermination à combattre le sans-abrisme, d’autres ont en revanche souligné que « sans définition, il n’y a pas de solution ».  « Définir c’est permettre aux sans-abri d’avoir accès aux services dont ils ont besoin », a notamment affirmé Mme Andere.

La Commission poursuivra ses travaux demain, jeudi 13 février, à partir de 10 heures.

SUITE DONNÉE AU SOMMET MONDIAL POUR LE DÉVELOPPEMENT SOCIAL ET À LA VINGT-QUATRIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE

Thème prioritaire: assurer l’accès de tous à des systèmes de protection sociale et à un logement à un coût abordable pour lutter contre le sans-abrisme

Examen des plans et programmes d’action pertinents des organismes des Nations Unies concernant la situation de certains groupes sociaux

Forum multipartite

Déclarations liminaires

Avant l’ouverture du forum multipartite consacré au thème prioritaire de la session et centré sur la recherche conjointe de solutions, M. GBOLIÉ DESIRÉ WULFRAN IPO, Président de la cinquante-huitième session de la Commission du développement social, a fait remarquer que tous les pays sont touchés par le phénomène du sans-abrisme, indépendamment du stade de développement de leur économie ou de leur système de gouvernance.  C’est, a-t-il dit, une question complexe qui exige une approche multisectorielle et des réponses intégrées, couvrant les politiques budgétaires et économiques ainsi que les politiques relatives au travail, au logement, à la santé, à la protection sociale et à l’urbanisation. 

Cependant, a poursuivi M. Ipo, si c’est à eux que revient la responsabilité première, les gouvernements ne peuvent pas mettre seuls un terme au phénomène du sans-abrisme et une approche mobilisant l’ensemble de la société s’impose.  À cet égard, a-t-il relevé, les organisations de la société civile jouent un rôle important dans la prestation de services, tels que la gestion des foyers d’accueil, les activités de proximité, les conseils juridiques, les services médicaux et l’aide en matière d’attribution de logements.

Pour M. Ipo, les philanthropes peuvent jouer un rôle efficace dans le renforcement des diverses initiatives engagées en mobilisant de multiples parties prenantes au niveau local.  Le secteur privé peut aussi contribuer à remédier au manque de logements abordables, tant du point de vue de l’offre que de la demande, et à créer un marché viable pour le financement du logement abordable répondant aux besoins des ménages à revenu moyen, faible et informel, a-t-il fait valoir. 

Sur cette base, le forum multipartite organisé ce jour doit être l’occasion d’échanger des solutions sur un problème complexe, a observé M. Ipo.  Il nous permettra de mieux comprendre la question et nous aidera dans notre recherche de stratégies à long terme fondées sur des données visant à mettre un terme au sans-abrisme, a-t-il assuré. 

M. FRANCISCO DELGADO, Vice-Ministre du développement humain et de l’inclusion sociale du Costa Rica, a souligné l’importance de placer l’être humain au cœur des politiques publiques.  Il a expliqué que son gouvernement a investi pour éviter le sans-abrisme des enfants et assurer des programmes de formation pour les jeunes qui étaient auparavant dans la rue, ainsi qu’en élaborant un système de santé pour les groupes vulnérables.  Un accord a également été passé avec le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour garantir les droits sociaux des réfugiés, a-t-il ajouté. 

Poursuivant, M. Delgado a appelé à mettre la technologie au service de la lutte contre le sans-abrisme.  Le Costa Rica est d’ailleurs en train de mettre sur pied une application pour permettre au public de signaler des problèmes rencontrés dans la rue et faciliter la réponse des travailleurs sociaux.  Il a ensuite précisé qu’au Costa Rica, 90% des sans-abri sont des hommes en âge de travailler ayant eu peu d’éducation.  Il a également indiqué que l’éducation des réfugiés représente un nouveau défi et que le Gouvernement s’est appuyé sur les réseaux locaux d’ONG pour le surmonter. 

Pour surmonter le problème du sans-abrisme, a-t-il poursuivi, le Gouvernement du Costa Rica compte solliciter davantage l’appui du secteur privé.  Un réseau d’entreprises a déjà été mis sur pied pour assurer la formation des personnes sorties du sans-abrisme.  Des progrès supplémentaires s’imposent toutefois en ce qui concerne les logements sociaux, la santé mentale, la toxicomanie et la « porte tournante » entre la prison et le sans-abrisme.  M. Delgado a également insisté sur l’importance des données, lesquelles permettent notamment d’orienter l’allocation des ressources.  Avec cinq autres pays d’Amérique latine, a-t-il aussi indiqué, le Costa Rica a établi, avec l’appui de l’Union européenne, un réseau régional de partage d’expériences, lequel a débouché sur le lancement, cette année, d’une initiative sur le logement.  Une société inclusive est possible en misant sur l’éducation, la santé, la protection sociale et l’autonomisation des femmes.  « La politique est utile lorsqu’elle répond aux besoins humains »,a -t-il affirmé.

Le modérateur du forum multipartite, M. MARK McGREEVY, Président-Directeur général du groupe DePaul International et fondateur de l’Institute of Global Homelessness à l’Université DePaul, a rappelé qu’en 2018, il avait pris la parole devant la cinquante-sixième session de la Commission du développement social en tant que représentant de la société civile.  Il avait alors averti que le sans-abrisme représentait une pauvreté émergente et ignorée.  Deux ans plus tard, il s’est félicité qu’un organisme onusien ait fait de ce sujet un thème prioritaire.  Cela montre bien, a-t-il dit, que les processus de Nations Unies ont pour objet de mettre en exergue la situation des plus marginalisés et de répondre à leurs besoins.  M. McGreevy a ensuite indiqué que, dans le cadre de ses fonctions de PDG du groupe DePaul International, il s’était rendu dans toutes les régions du monde et avait pu prendre connaissance de leurs problèmes sociaux.  À chaque fois, a-t-il relevé, le sans-abrisme est une combinaison de structures défaillantes et de fragilités humaines.  Des plateformes sociales inadéquates contribuent à ce phénomène, de même que les conséquences du racisme, de la discrimination, de l’austérité économique et des conflits.  Au niveau individuel, la perte d’un emploi ou encore les addictions aux stupéfiants sont des défis auxquels un grand nombre de personnes sont confrontées.  Une fois isolées, ces personnes peuvent rapidement se retrouver dans la rue. 

Ce phénomène, a souligné l’expert, touche des millions d’individus dans le monde.  On estime à 100 millions le nombre des gens qui vivent dans la rue, à 15 millions celles qui sont expulsées de leur logement, à 1,6 milliard celles qui vivent dans des conditions insalubres et à 883 millions celles qui résident dans des bidonvilles.  Malgré cela, a-t-il observé, des stratégies novatrices se font jour, à l’instar de l’unité Rough Sleepers, qui a permis de réduire le sans-abrisme de deux tiers au Royaume-Uni entre 1999 et 2002.  La Finlande a, quant à elle, enregistré des succès incroyables pour réduire le sans-abrisme à long terme, notamment au travers du programme « Housing First », a-t-il souligné, faisant également état des initiatives prises aux États-Unis pour réduire le sans-abrisme des anciens combattants.  Nous pouvons aussi apprendre beaucoup des travaux de la Fondation Gates basés sur des données pour combattre des maladies comme le paludisme.  Pour M. McGreevy, il convient aussi d’écouter les sans-abri eux-mêmes, car ce sont eux qui comprennent mieux que quiconque ce qui ne fonctionne pas dans le système.  De fait, a-t-il conclu, cette séance doit permettre de relever des défis, notamment en contribuant à combler deux lacunes: l’absence d’une définition mondialement agréée du sans-abrisme et le manque de données mondiales pour élaborer des solutions ciblées. 

Panélistes

M. LUIZ ALVARO SALLES AGUIAR DE MENEZES, Secrétaire aux affaires internationales de la municipalité de São Paulo (Brésil), a expliqué que cette ville compte 12 millions d’habitants au sein d’une région métropolitaine de 21 millions d’habitants.  À São Paulo, 3,3 millions de personnes vivent dans des conditions inadéquates, réparties dans 1 800 bidonvilles et 2 000 logements illégaux, conséquences d’une rapide urbanisation menée durant le siècle passé.  Cette crise, a-t-il estimé, doit être débattue par l’administration publique et le secteur privé.  La ville de São Paulo a donc développé des projets et des partenariats visant à réduire le nombre de sans-abri, tout en mettant l’accent sur la responsabilité des gouvernements locaux dans le domaine du logement notamment.  Un partenariat avec le secteur privé a été créé pour aider les sans-abri à se préparer au marché du travail dans le cadre du programme « Trabalho Novo » (nouvel emploi).  Le programme « Tem Saida » permet pour sa part de faciliter l’accès des femmes à un revenu et au logement.  Pour résoudre le manque de logements dans ces centres urbains, il est nécessaire de développer des actions concrètes qui vont au-delà de la construction de logements, a-t-il souligné. 

Poursuivant, M. de Menezes a indiqué que 937 000 familles avaient bénéficié d’un programme de « prêt social » à l’intention des ménages incapables de louer un appartement.  En 2019, 34 nouvelles unités de logement ont été livrées, et la ville construira 25 000 nouvelles unités de logement pour les familles à faible revenu avant la fin de 2020.  En attendant la construction de leurs logements, elles recevront une subvention pour la location de leurs appartements.  Le programme « Pode entrar » recevra un investissement d’un milliard de reais pour construire 10 000 logements sociaux.  Un autre partenariat public-privé prévoit la construction, entre 2021 et 2024, de 25 000 nouveaux logements. 

M. SAM TSEMBERIS, fondateur et Directeur exécutif de Pathways to Housing et professeur au département de psychiatrie du centre médical de l’Université Columbia, a fait part de son expérience sur le projet « Housing First » dont il est le concepteur.  Il s’est félicité de la tenue de ce forum, jugeant qu’au niveau international, il est possible de travailler ensemble pour élaborer des solutions et parvenir à des définitions communes du sans-abrisme.  Aux États-Unis, comme dans de nombreux pays, a-t-il constaté, il existe des différences de modalité de calcul du nombre des sans-abri.  Une nuit de janvier 2019, 562 742 sans-abri ont ainsi été enregistrés sur le territoire américain.  Pourtant, a observé M. Tsemberis, il est possible d’imaginer qu’il y ait en fait entre un et deux millions de sans-abri dans ce pays. 

Selon l’expert, le phénomène structurel du sans-abrisme aux États-Unis a vraiment commencé au début des années 1980.  Avant, il était épisodique, mais il dure depuis maintenant 40 ans.  De fait, a-t-il souligné, nous avons créé des problèmes et nous les avons exportés, avec des approches capitalistes qui produisent du sans-abrisme à un rythme rapide.  Notre société est telle qu’elle crée plus de sans-abri qu’elle permet d’en sortir de la rue.  Il faut donc des programmes de prévention, a-t-il plaidé, évoquant un flux de personnes qui entrent et sortent du phénomène.  Le Président Ronald Reagan est souvent présenté comme celui a créé le sans-abrisme structurel aux États-Unis en raison de l’arrêt de nombreux programmes sociaux et de l’interruption de la construction de logements publics durant son mandat.  Dans le même temps, le marché immobilier a atteint des sommets sans précédent, rendant le logement inabordable pour les personnes à faible revenu. 

Pour M. Tsemberis, il existe un lien direct entre les inégalités salariales et le nombre de sans-abri.  Dans les sociétés où le secteur est largement privatisé, la probabilité que ces personnes vulnérables ne soient pas prises en charge augmente, a-t-il expliqué.  En valeur absolue, les États-Unis sont juste derrière l’Inde s’agissant du nombre des personnes sans abri, alors que le taux est deux fois moins élevé au Canada et dans l’Union européenne, en raison notamment d’inégalités salariales moindres.  Si des problèmes comme la dépendance, les troubles mentaux et les ennuis de santé contribuent au sans-abrisme, il faut reconnaître que nous avons créé un système de prise en charge qui repose sur l’idée que le sans-abrisme est lié aux problèmes individuels des personnes et pas au dysfonctionnement de la société. 

Poursuivant, il a indiqué que le programme « Housing First » prend en charge les personnes qui semblent ne pas pouvoir s’en sortir seules, celles qui sortent de prison ou d’abris.  Il s’agit d’un programme en escalier, dont les trois phases sont le traitement, la transition et le logement.  Selon le fondateur de Pathways to Housing, les personnes fragiles doivent être préparées efficacement à l’accès au logement, ce qui n’empêche pas que certaines se retrouvent à la rue.  « Housing First » est une nouvelle manière de penser ce problème; en plaçant les sans-abri eux-mêmes au cœur de la prise de décisions.  De fait, a-t-il souligné, les professionnels du secteur doivent écouter ces personnes qui ont des objectifs et des centres d’intérêt.  Il faut aussi s’engager à continuer à les appuyer en cas d’échec, a ajouté le professeur, précisant que le programme prévoit des visites pour veiller au bien être de ces personnes.  Il est ainsi tenu compte du choix de chaque individu, mais aussi de sa réinsertion et de ses relations sociales. 

M. CHRIS GARDNER, entrepreneur et philanthrope, auteur du livre The Pursuit of Happyness, a indiqué que 2% de la population mondiale est en déplacement.  Ces personnes fuient la guerre, les conflits et les révolutions au Moyen-Orient.  Elles fuient aussi les guerres ethniques et les changements climatiques en Afrique subsaharienne.  Et elles fuient les drogues, les gangs et la violence en Amérique centrale.  Si toutes ces personnes étaient regroupées au même endroit, elles représenteraient le dixième pays le plus grand de la terre avec une population plus nombreuse de que celle de la Fédération de Russie, du Mexique ou du Japon.  Certains les appellent des « infiltrés », mais pour moi ce sont des survivants, a dit M. Gardner qui a raconté sa première expérience de sans-abri. 

M. Gardner a ensuite témoigné qu’il était né dans une famille en proie à une violence domestique extrême, battu par son beau-père.  Anticipant de nouveaux coups aux mains de son beau-père, sa mère a trouvé un autre endroit où vivre, mais dans sa hâte de le mettre en sécurité, sa sœur aînée et elle-même, elle a oublié les clefs de l’appartement.  Elle fondit en larmes, mais il devint son héroïne en grimpant à un arbre, en sautant sur le porche et en descendant les escaliers pour ouvrir la porte.  « C’était là le pouvoir que peut avoir une seule personne », a-t-il dit, demandant aux délégués de réfléchir à ce qu’ils auraient fait dans une situation similaire.  Il a appelé à placer l’humanité au cœur de la mondialisation, et à élargir la définition des personnes menacées de sans-abrisme aux femmes qui travaillent. 

Mme AMANDA MISIKO ANDERE, Présidente-Directrice générale de Funders Together to End Homelessness, s’est présentée comme une immigrante et fille d’immigrants, qui, de par son expérience personnelle, connaît l’importance du foyer.  Elle a indiqué que son réseau compte 250 membres aux États-Unis et regroupe des entreprises privées et de philanthropie.  Concrètement, a-t-elle expliqué, il présente des occasions de réseautage à tous les bailleurs privés qui consentent des efforts pour lutter contre le sans-abrisme, et œuvre aussi dans le domaine du plaidoyer.  À la fin de 2019, Funders Together to End Homelessness s’est publiquement engagé à œuvrer en faveur de l’égalité raciale, a-t-elle noté, jugeant que les inégalités raciales constituent l’une des causes profondes du phénomène.  Selon l’experte, la discrimination qui subsiste dans l’octroi des services de base contribue à la forte présence de personnes de couleur dans le sans-abrisme.  Nous avons donc la responsabilité collective de lutter contre ces causes sous-jacentes, notamment contre les inégalités raciales et le racisme d’État, a-t-elle affirmé. 

Selon Mme Andere, le rôle joué par la philanthropie en la matière commence par le financement mais va bien au-delà.  Nous devons financer les solutions de logement existantes tout en faisant fond sur ce que disent les sans-abri eux-mêmes.  Si l’on veut financer le changement du système, il faut, d’après elle, penser à tous les systèmes avec lesquels les sans-abri ont des interactions.  Cela veut dire, par exemple, investir dans des solutions qui évitent que des personnes fassent la navette entre la prison et des refuges.  Si l’on veut loger les sans-abri, a-t-elle ajouté, une solution est le programme « Housing First » car quand on demande aux sans-abri ce qui va les aider, leur réponse est immanquablement la même: une maison.  Une fois que cette demande fondamentale est satisfaite, ces personnes peuvent se consacrer aux autres domaines de leur vie. 

La démarche visant à faire du logement une marchandise est vouée à l’échec, a poursuivi Mme Andere.  À ses yeux, c’est en investissant dans le logement comme solution et droit fondamental qu’il sera possible d’en faire un succès.  Pour cela, il importe de changer les dynamiques de pouvoir de ceux qui ont les ressources et mieux comprendre le rôle du partenariat public-privé.  En travaillant avec le secteur public, le philanthropisme privé peut aller au-delà de la fourniture de services et faire du sans-abrisme une occurrence rare, a-t-elle assuré.  Il convient enfin de convaincre les bailleurs de fonds que la stabilité du logement est essentielle pour toutes nos priorités, de l’éducation à la santé. 

M. JAMES ABRO, auteur de Facing Homelessness: A Personal Memoir of Homelessness and Recovery, a fait part de son expérience personnelle du sans-abrisme, jugeant qu’il importe d’examiner le changement des valeurs sociales dans des pays riches comme les États-Unis parce qu’il conduit, a-t-il affirmé, à l’inégalité, à la pauvreté et à la perte de logement.  Il a expliqué qu’en décembre 2018, alors qu’il venait d’être transféré au refuge Bellevue pour hommes sans abri à Manhattan, un éditeur britannique intéressé par son travail lui a proposé une avance de 100 000 dollars pour la rédaction d’un livre sur l’absence de lieu où vivre.  J’étais devenu sans abri quelques années auparavant après m’être occupé de parents en soins palliatifs, a-t-il expliqué.  Selon lui, le concept et la fonction du logement ont totalement changé au cours de sa vie, au point que les personnes déplacées avec lesquelles il travaille aujourd’hui, des individus plus jeunes que lui d’une génération ou deux, n’ont jamais connu un lieu sûr et stable où grandir, leurs parents ayant des emplois instables et sous-payés.  Mes parents étaient des Américains de la première génération et n’ont jamais étudié au lycée.  Pourtant, a-t-il témoigné, ils étaient propriétaires de leur logement, s’achetaient régulièrement une nouvelle voiture, consultaient un médecin en cas de besoin et avaient de quoi financer l’éducation de leurs enfants. 

M. Abro a indiqué qu’ayant choisi de prendre une autre direction que celle voulue par son éditeur, il n’a finalement pas touché l’avance que celui-ci lui promettait.  Depuis lors, il vit dans le système de refuges new-yorkais, 14 mois au cours desquels il est passé de centres d’hébergement du Bronx à d’autres à Brooklyn.  À ses yeux, la ville de New York ne se sortira jamais de son problème de sans-abrisme si elle n’admet pas que des décennies d’incarcération de masse ont créé des générations de Noirs et d’Hispaniques dépendant de structures punitives comme les centres de détention pour jeunes, les maisons de redressement et les prisons.  Des personnes qui aujourd’hui se retrouvent dans des refuges pour sans-abri et auxquelles on demande de se débrouiller seules.  C’est du reste l’une des raisons pour lesquelles tant de sans-abri à New York choisissent de vivre dans la rue plutôt que d’intégrer des refuges, a-t-il fait valoir, soulignant le fait que les refuges ressemblent et fonctionnent comme des prisons.  Dans ces conditions, il a proposé que l’on cesse de considérer les refuges comme temporaires mais plutôt comme des alternatives permanentes de logement pour les personnes qui n’ont pas les moyens de verser un loyer excessivement élevé.  Donnez-nous un lieu sûr où nous puissions vivre et aidez-nous à nous relever à notre façon, a-t-il lancé en conclusion. 

Table ronde

Cette table ronde a commencé par l’intervention du Danemark qui indiqué que deux solutions clefs s’imposent pour répondre au problème du sans-abrisme: la collecte de données sur les causes du phénomène et l’évaluation des méthodes appliquées, de même que le partage d’expériences.  Elle a ensuite indiqué qu’un tiers des sans-abri danois ont moins de 30 ans et a sollicité l’avis des panélistes sur la façon de répondre à ce défi précis.

Le Directeur exécutif de Pathways to Housing a indiqué que face à l’hétérogénéité des sans-abri, le programme « Housing First » apporte la souplesse nécessaire pour modifier le type d’appui accordé afin de mieux l’adapter aux besoins des populations ciblées.  C’est à chaque sans-abri de choisir la solution qui lui convient, y compris de choisir ou non d’intégrer un logement, a-t-il dit.  Les politiques et les mesures doivent donner aux jeunes les moyens d’agir pour mettre fin au sans-abrisme, a renchéri la Présidente-Directrice générale de Funders Together to End Homelessness qui a insisté sur l’importance de la prévention.  Aux États-Unis, a-t-elle ajouté, les jeunes LGBTQ sont les plus susceptibles d’être victimes du sans-abrisme, et il faut s’efforcer de comprendre cette situation pour y apporter une solution.  Le Secrétaire aux affaires internationales de la municipalité de São Paulo (Brésil) a lui aussi souligné l’importance de connaître la situation de chaque sans-abri et de comprendre leurs besoins pour pouvoir trouver une solution d’hébergement ou une maison. 

Un représentant Transdiaspora Network a alors fait observer que nombre des solutions proposées pour lutter contre le sans-abrisme reposent sur l’accès à un emploi.  Or des millions de sans-abri sont des jeunes qui n’ont même pas l’âge d’intégrer le marché du travail.  Le Directeur exécutif de Pathways to Housing a indiqué qu’une personne extérieure ne peut que faciliter le processus d’intégration et accompagner le jeune sans abri dans sa démarche de trouver un logement. 

« Il faut traiter les jeunes sans abri comme des adultes.  Ils savent gagner de l’argent donc ils doivent trouver eux-mêmes les solutions », a estimé pour sa part l’auteur de Facing Homelessness.  De son côté, l’auteur de The Pursuit of Happyness a témoigné que lors de ses rencontres avec les dirigeants de grandes entreprises qui affirment se préoccuper de la situation des jeunes, leur intérêt défaille une fois que la question des jeunes sans abri est soulevée, cette population ne représentant pas d’opportunités de ventes.

À la question d’une ONG sur l’absence de définition du sans-abrisme, il a par ailleurs jugé plus important de se pencher sur la collecte de données, notamment sur les femmes et les personnes vulnérables comme les jeunes.  « L’existence ou non d’une définition n’est pas un frein à ce que je veux faire pour résoudre la crise », a-t-il indiqué.

Une définition peut d’ailleurs s’avérer subjective, varier d’un pays à un autre en fonction de la situation économique et sociale de chaque États, a renchéri le Directeur exécutif de Pathways to Housing.  Un sans-abri est-il considéré un migrant, un immigré?

Affirmant ne pas se soucier de la question des définitions, le Secrétaire aux affaires internationales de la municipalité de São Paulo a affirmé que les sans-abri sont des gens qui n’ont pas les moyens de payer des loyers exorbitants.  Nous voulons tout simplement garantir des logements pour ces gens.  Avoir 24 000 sans-abri, comme à São Paulo, c’est avoir échoué 24 000 fois. 

La Présidente-Directrice générale de Funders Together to End Homelessness a cependant fait observer que disposer d’une définition, permettrait de débloquer des ressources indispensables à l’action.  « Définir c’est permettre aux sans-abri d’avoir accès aux services dont ils ont besoin », a-t-elle affirmé, tout en s’interrogeant sur la disponibilité des ressources.

La France, qui a fait observer que les sans-abri sont traités différemment en Asie et en Afrique qu’ils ne le sont en Europe, a proposé de trouver une typologie du phénomène pour définir les politiques et les modalités d’action.  En conclusion, le modérateur a souligné que le problème du sans-abrisme mérite une définition « car sans définition, il n’y a pas de solution ». 

Dialogue interactif sur le thème prioritaire avec des hauts responsables du système des Nations Unies

Déclaration liminaire

En introduction au dialogue interactif programmé sur le thème prioritaire avec de hauts responsables du système des Nations Unies, M. GBOLIÉ DESIRÉ WULFRAN IPO, Président de la cinquante-huitième session de la Commission du développement social, a constaté que le sans-abrisme est l’une des manifestations les plus criantes de la pauvreté, de l’inégalité et du coût du logement.  Selon les dernières estimations des Nations Unies, a-t-il rappelé, environ 100 millions de personnes dans le monde étaient sans abri en 2005 et 1,6 milliard vivent dans de mauvaises conditions de logement. 

En invitant la participation des commissions régionales de l’ONU et les entités concernées du système onusien à participer au dialogue, l’objectif de ce dialogue est de renforcer la cohérence des politiques de lutte contre le sans-abrisme aux niveaux mondial, national et régional, ce qui aidera les États Membres à mettre en œuvre le Programme 2030, en particulier les objectifs 11 (cible 11.1) et 1 (cible 1.3), et à assurer la réalisation du droit à un logement convenable dans le cadre de l’exécution du Nouveau Programme pour les villes et de divers ODD, notamment les objectifs 10, 5, 8 et 16, a indiqué le Président. 

Panélistes

M. SRINIVAS TATA, Directeur de la Division du développement social de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP), a souligné le lien entre le sans-abrisme et le manque de logements abordables dans la région.  Plus de 30% d’une population citadine de 2,3 milliards d’individus, soit 690 millions de personnes, peuvent être considérés comme sans abri ou vivant sans accès à un logement adéquat, a-t-il indiqué.  Le sans-abrisme affecte en particulier les femmes, les jeunes, les enfants, les peuples autochtones, les personnes handicapées, les migrants et les réfugiés, ainsi que les travailleurs pauvres.  Il a ajouté que les facteurs du sans-abrisme sont la pauvreté, les changements climatiques, les catastrophes naturelles et les facteurs sociaux et politiques.  Pour aller de l’avant, le Directeur a recommandé l’adoption de mesures de protection sociale pour atteindre ceux qui sont laissés pour compte.  L’une des solutions est d’accroître le taux moyen d’investissement dans la protection sociale afin de combattre la pauvreté.  Un investissement gradué dans ce domaine réduirait de 233 millions le nombre des sans-abri avant 2030, a-t-il estimé.

M. Tata a affirmé que les expulsions sont contre-productives, estimant que le logement abordable est la solution principale à apporter au problème du sans-abrisme.  Des logements abordables dans des centres urbains propices à l’entrée sur le marché du travail sont essentiels pour maintenir un niveau de vie suffisant tout au long du cycle de vie, a-t-il indiqué.  La CESAP a, pour sa part, développé de nouvelles technologies pour mesurer les inégalités et identifier ceux qui sont laissés pour compte.  Elle a également élaboré un outil de simulation pour aider les décideurs politiques à évaluer comment les politiques de protection sociale pourraient réduire les inégalités de revenus et les niveaux de pauvreté.  Un guide de protection sociale publié en ligne permet en outre d’évaluer l’écart de couverture dans les pays et d’identifier les bonnes pratiques.  Ce guide contient plus de 100 bonnes pratiques sur la protection sociale ainsi que des modules de formation et autres outils pour aider à comprendre l’importance de la protection sociale, a-t-il ajouté. 

Mme CHRISTINA BEHRENDT, Chef du Groupe de politiques sociales du Département de la protection sociale à l’Organisation internationale du Travail (OIT), a indiqué que la protection sociale universelle est l’objectif à atteindre pour prévenir le sans-abrisme.  À cet égard, elle a estimé que garantir un accès à un logement décent et à des soins de santé est essentiel pour prévenir ce phénomène.  De nombreux pays ont certes élargi leur protection sociale, notamment en renforçant les systèmes de transfert de liquidités; mais 45% seulement de la population mondiale bénéficient d’une couverture sociale.  De fait, a-t-elle souligné, 55%, soit quatre milliards de personnes, restent totalement exclus.  De surcroît, plus d’un cinquième de la population mondiale vit dans des bidonvilles et n’a pas accès aux services adéquats, a-t-elle commenté, jugeant que l’un des grands défis du moment est le sous-investissement dans la protection sociale.  L’OIT a évalué à 527 milliards de dollars les coûts de ces lacunes, a-t-elle précisé, avant d’appeler les États à garantir que tout un chacun ait accès aux soins fondamentaux et puisse jouir d’un niveau de sécurité des revenus. 

Revenant ensuite sur le concept de protection sociale universelle, Mme Behrendt a souligné qu’il faut veiller à ce que tout un chacun soit couvert à tout moment de la vie, notamment les plus vulnérables.  Il convient aussi de s’assurer que les financements soient justes et équitables, et qu’ils soient viables sur le plan financier mais aussi sur le plan social.  Il est également crucial de concerter les mesures de protection avec d’autres politiques, en particulier les politiques de logement.  Face à un phénomène comme le sans-abrisme, a-t-elle poursuivi, il faut aussi se pencher sur les politiques économiques, les politiques liées à l’emploi, au revenu minimum et à l’investissement.  De même, en matière de construction, il importe de tenir compte des droits des travailleurs.  Pour autant, a-t-elle observé, on assiste à une accélération des progrès en vue de l’élaboration d’une protection sociale universelle, comme l’envisagent l’ODD 1.3 et le Partenariat conclu par l’OIT et la Banque mondiale pour étendre les mesures de protection sociale à l’échelle mondiale dans le cadre des efforts de lutte contre la pauvreté et les inégalités de revenus. 

M. MARCO TOSCANO-RIVALTA, Chef du bureau de liaison de New York du Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes, s’est dit frappé par le lien étroit entre les facteurs de risque du sans-abrisme et des catastrophes.  Les deux sont les fruits d’échec systémique, a-t-il affirmé.  Si les facteurs de risque de catastrophes sont considérés comme étant avant tout liés à des phénomènes naturels, ils représentent également les conséquences inattendues de facteurs économiques, sociaux et environnementaux.  Le profil de risque de deux personnes affrontant le même type de catastrophe différera en fonction de leur situation sociale, économique et politique, a-t-il expliqué.

Le responsable a, de plus, indiqué que 50% des catastrophes ne sont pas signalées dans les médias ou aux entreprises d’assurances.  Elles frappent pourtant de manière disproportionnée les couches les plus démunies et ont un impact notable sur le développement.  Dans les petits États insulaires en développement (PEID), a-t-il ajouté, les pertes dues aux catastrophes représentent 30% des moyens de développement. 

Investir dans la réduction des risques de catastrophe, c’est réduire les facteurs du sans-abrisme, a affirmé le haut fonctionnaire.  M. Toscano-Rivalta a ensuite indiqué que le Bureau avait publié un document « Des mots à l’action » en vue d’aider les pays à mettre en œuvre le Cadre de Sendai, lutter contre les déplacements et évaluer les risques de catastrophe.

Mme FRANCESCA DE FERRARI, du bureau de New York du Programme des Nations Unies pour les établissements humains (ONU-Habitat), a indiqué que le Forum urbain mondial, réuni à Doubaï, a justement consacré ses travaux à la question du sans-abrisme.  De celle-ci, il ressort que l’accès à un logement décent est fondamental pour avoir accès à des services de base et jouir d’autres droits, a-t-elle souligné.  L’accès à la sécurité sociale et à un logement est considéré comme un droit de la personne, a insisté la responsable d’ONU-Habitat, rappelant que 45% seulement de la population mondiale bénéficie d’une protection sociale.  Face à cette situation, la communauté internationale s’est fixé des objectifs, notamment la cible 11.1 qui exige l’accès à des systèmes de protection sociale et à un logement abordable, un objectif repris par le Nouveau Programme pour les villes.  De l’avis de Mme De Ferrari, la réalisation de l’ODD 11 et de ses cibles doit nous amener à comprendre que le droit au logement ne se limite pas seulement à un toit mais suppose un effort multidisciplinaire des tous les acteurs.  De fait, a-t-elle plaidé, nous devrions placer les habitants au centre de toutes nos actions, notamment les plus vulnérables.  La lutte contre le sans-abrisme impose de ne laisser personne pour compte, a-t-elle insisté.

La fonctionnaire a ensuite souligné l’importance de garantir des minima en matière de protection sociale, et ce, afin de permettre aux groupes les plus vulnérables, notamment les femmes, les enfants, les personnes âgées ou en situation de handicap et les autochtones, de rompre le cycle de la pauvreté.  Pour réduire les inégalités et prévenir le sans-abrisme, a-t-elle poursuivi, il est aussi fondamental que les politiques de protection sociale prennent en compte d’autres politiques, à commencer par celles contre le chômage.  Constatant que le problème du sans-abrisme touche les pays développés comme ceux en développement, elle a noté que l’absence de protection sociale accroît considérablement les chances de ne pas avoir accès à un logement abordable.  Grâce au soutien qu’il a fourni à plus de 40 gouvernements l’an dernier, ONU-Habitat a contribué à la lutte contre le « sans-logement », a-t-elle conclu. 

Discussion interactive

Le représentant du Venezuela s’est déclaré en accord sur la nécessité d’accroître les budgets investis dans le social, soulignant que le logement est un droit et non une marchandise.  Selon lui, il est nécessaire de promouvoir l’autoconstruction, ce dont s’acquitte le Gouvernement vénézuélien en menant des programmes de promotion de construction de logements propres dans les zones non urbaines. 

La représentante de la Finlande s’est interrogée sur la prise en compte des plateformes nationales de prévention des catastrophes, conformément au Cadre de Sendai, tandis que son homologue de l’Union européenne a voulu savoir comment l’OIT et le système des Nations Unies dans son ensemble peuvent appuyer l’instauration de minima sociaux

Le représentant d’une ONG du Nigéria a souhaité savoir ce que fait la Direction de la protection sociale face au problème de l’insécurité.  Quelles sont les difficultés rencontrées par l’ONU pour mettre sur pied une collaboration sur le thème retenu par la Commission? a demandé à son tour la représentante des jeunes d’une autre ONG.  De son côté, la représentante d’une ONG spécialisée dans l’éducation a voulu savoir comment les pauvres peuvent survivre aux États-Unis avec 700 dollars par mois, alors que cela ne suffit pas pour payer un loyer même modéré.  Que leur conseillez-vous de faire?

La panéliste de l’OIT a alors expliqué que la recommandation de l’OIT sur les minima sociaux est le fruit d’une décision internationale pour faire avancer les cadres de protection sociale et qui traduit en termes pratiques la façon dont les pays peuvent élaborer leur propre système de protection sociale.  Elle a également souligné l’importance pour l’OIT d’être un forum sur ces questions et de fournir une assistance technique et évoqué le fonds conjoint des Nations Unies, mis en place dans 36 pays pour les aider à financer leur système de protection sociale. 

Le panéliste de la CESAP a souligné, pour sa part, que dans la région Asie-Pacifique, il importe de comprendre les contraintes auxquelles les pays sont confrontés, notamment sur le plan social.  On obtient des réponses plus favorables des pays s’ils ont le sentiment que l’on prend en compte leurs spécificités, a-t-il expliqué, concédant que, parfois, les organismes de l’ONU ont tendance à prescrire une solution unique, « ce qui n’est pas la meilleure façon de procéder ».  Il a par ailleurs observé que dans certaines régions, les facteurs sous-jacents du sans-abrisme sont différents de ceux des autres régions, avertissant dans la foulée que faute d’une bonne collaboration entre les parties prenantes, il ne sera pas possible de mettre en œuvre les ODD d’ici à 2030. 

À son tour, l’expert du Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes a noté que les plateformes nationales pour la réduction des risques de catastrophe existaient avant le Cadre de Sendai, lequel contient une disposition spécifique qui appelle à la création de cadres de prévention nationaux.  Il a, d’autre part, insisté sur l’importance de l’inclusivité, autre élément touchant à l’élaboration des stratégies liées à la prévention des catastrophes, et s’est félicité du fait que les pays s’attellent à élaborer des politiques comme l’Accord de Paris ou le Cadre de Sendai.  Il reste maintenant à pouvoir les financer et à assurer qu’elles soient élaborées de manière intégrée. 

À son tour, la panéliste d’ONU-Habitat a indiqué que l’agence s’emploie à travailler en étroite collaboration avec les municipalités.  Or si certaines sont particulièrement proches des populations, elles n’ont pas toujours les finances adaptées, a-t-elle indiqué

En conclusion, la modératrice du débat, Mme MARIA FRANCESCA SPATOLISANO, Sous-Secrétaire générale à la coordination des politiques au Département des affaires économiques et sociales (DESA), a souligné que rien ne peut remplacer les actions sur le terrain pour mettre en œuvre les ODD.  Elle s’est ensuite félicitée du fait que cette session de la Commission du développement social représente la première fois qu’un organisme des Nations Unies aborde le sans-abrisme sous un jour collaboratif, et a espéré que les mesures proposées contribuent au cadre général pour l’élaboration de solutions efficaces à ce phénomène complexe. 

Suite du débat général

« Le chez soi est-il en train de s’éloigner pour les jeunes? » a demandé d’emblée M. KUMRU, délégué de la jeunesse des Pays-Bas.  Il a partagé les craintes des nouvelles générations d’accéder aux logements en raison des investissements massifs des marchés et de l’augmentation des loyers.  Les jeunes sont devenus des sans-abri économiques, or le droit au logement n’est pourtant pas une marchandise, s’est-il indigné.  Il a appelé à mettre des logements abordables à la disponibilité des jeunes qui commencent à travailler, mais aussi à fixer un seuil pour l’acquisition de logements par des investisseurs. 

Mme YAGKOUBI, autre déléguée de la jeunesse des Pays-Bas, a dénoncé l’absence de « délégués de la jeunesse venant du Sud ».  Elle a demandé aux États Membres de rendre la participation des jeunes plus significative. 

M. ZUHURULLA SIYAAD, Vice-Ministre du logement et du développement social des Maldives, s’est inquiété du nombre important de femmes sans abri dans le monde.  Il a ensuite indiqué qu’aux Maldives, le niveau de sans-abrisme est « négligeable », mais que le pays souffre d’un manque aigu de logements abordables dont ont besoin plus de 20 000 familles.  Le Gouvernement a construit 7 000 logements dans la banlieue de la capitale, Malé, et la construction de 4 000 unités supplémentaires débutera cette année.  Des prêts à des taux préférentiels sont également octroyés aux familles qui veulent bâtir.  Le Vice-Ministre a aussi indiqué qu’une importante vague de migrants afflue vers la capitale en raison de la montée du niveau de la mer, mais que l’accès au financement pour faire face à ce phénomène demeure problématique.  Il est urgent de trouver des solutions viables pour améliorer l’accès à des ressources financières à des taux abordables, a-t-il souligné.

M. SOFIANE MIMOUNI (Algérie) a indiqué que le droit au logement est inscrit dans la Constitution.  Pour faire face à l’urbanisation rapide dans le pays, le gouvernement prévoit de construire 250 000 nouveaux logements par an en faveur des populations démunies.  Ils seront répartis équitablement dans les zones urbaines et les zones rurales du pays, a-t-il précisé.  Le représentant a ajouté que 682 000 nouvelles unités sont en cours de développement et bénéficieront à plus 95 000 personnes.  Des mesures sont également prises pour le financement de la réhabilitation des maisons pour les familles modestes.  En 2016, Alger a été déclarée la première capitale africaine sans bidonville, s’est-il félicité.  Et le Président de la République a appelé à accorder la priorité à la construction de logements pour les familles à revenu limité.  Le Gouvernement s’est en outre doté d’un plan du logement pour 2020-2024 qui vise à construire un million de logements. 

Le logement est fait pour vivre et non pour spéculer, a déclaré M. ZHANG JUN (Chine).  Il a indiqué que le Gouvernement a un plan pour la construction de logements abordables, un programme de « prêt social » pour les familles à revenu modeste et un programme d’aide à la réhabilitation des maisons. 

Le représentant s’est ensuite longuement attardé sur l’épidémie du coronavirus.  Il a assuré que le Gouvernement en fait une priorité et a mobilisé toutes les ressources nécessaires pour arrêter la propagation du virus.  Des mesures de contrôle strict ont été prises, toutes les ressources sont investies pour faire face à l’urgence et le personnel de santé fait preuve de courage et de sacrifice.  Nous avons la capacité de lutter et de vaincre cette épidémie, a-t-il insisté.  Deux hôpitaux ont été construits et 20 000 personnes mobilisées pour faire face à la propagation de l’épidémie.  Le représentant a également affirmé que les nouveaux cas diminuent depuis 10 jours, et le nombre de guérisons augmente.  Il a appelé à la solidarité, et à éviter les réactions excessives, ainsi que la politisation des questions de santé. 

M. DASKALOV, délégué de la jeunesse de la Bulgarie a, au nom d’un million de jeunes bulgares, exhorté les États Membres à lutter contre l’exclusion sociale et le sans-abrisme.  Les États doivent financer les plus vulnérables notamment en assurant la scolarisation des enfants les plus démunis.  Ces efforts aident à combattre le sans-abrisme, a-t-il souligné.  Le délégué a aussi insisté sur l’importance de la sensibilisation sur la réalisation des ODD aux niveaux national et mondial. 

Lui emboîtant le pas, Mme KORMANOVA, déléguée de la jeunesse de la Bulgarie, a axé son intervention sur l’importance des nouvelles technologies et de la maîtrise des compétences numériques pour accéder au marché du travail.  Les jeunes doivent avoir un accès égal à une éducation de qualité et aux perspectives d’emplois décents. 

M. RENÉ GABRIEL LAUER (Luxembourg) a déclaré que le sans-abrisme viole les droits de l’homme.  Il a également indiqué que l’Union européenne qualifie le sans-abrisme de manifestation extrême du coût élevé du logement.  Il a relevé que le sans-abrisme peut être chronique ou transitoire, et que ce phénomène ne doit pas être considéré comme un échec personnel mais plutôt comme un échec structurel.  Le sans-abrisme est de nature multidimensionnelle et nécessite une réponse globale et multisectorielle, a estimé le délégué qui a expliqué que la stratégie nationale de lutte contre le sans-abrisme du Luxembourg est basée sur le principe du « Housing First ».  Il a également souligné que la lutte contre le sans-abrisme doit se faire en même temps que le combat de l’exclusion sociale.

Citant un auteur inconnu, Mme AMAL MUDALLALI (Liban) a déclaré: « Qui n’a pas de foyer aujourd’hui n’en aura jamais. »  Elle a relevé que le sans-abrisme a de nombreuses causes.  Le problème est de surcroît un sujet tabou dans certains pays, ce qui pousse les sans-abri à se cacher.  Par ailleurs, les gouvernements ne règlent pas la situation en pensant qu’il s’agit d’un problème de logement.  La riposte doit pourtant être intégrée et holistique afin de susciter l’espoir des sans-abri et de restaurer leur dignité, a-t-elle affirmé.

M. JORGE ARTURO RÍOS BADILLO (Mexique) a décrit le sans-abrisme, tant dans les pays développés que dans ceux en développement, comme une manifestation criante de la pauvreté et des inégalités, une violation des droits de l’homme et un affront aux aspirations au bonheur et au bien-être.  Garantir le droit au logement nécessite de mener des politiques publiques inclusives s’appuyant sur une approche multisectorielle, a-t-il souligné, avant de présenter les mesures prises par son pays sur le plan social, parmi lesquelles l’augmentation du salaire minimum et les efforts de promotion du logement social.  Il a par ailleurs souhaité que, l’an prochain, le thème prioritaire de la cinquante-neuvième session de la Commission du développement social soit aligné sur celui du forum politique de haut niveau sur le développement durable.    

M. MARTÍN GARCÍA MORITÁN (Argentine) a relevé que les progrès sociaux réalisés ces dernières années ont été mitigés dans le monde et a souligné que le développement social s’inscrit dans la réalisation des droits civiques, politiques et individuels.  Il a expliqué que l’Argentine dispose d’une politique de protection sociale pour les familles pauvres qui garantit un salaire minimal et que l’égalité entre les hommes et les femmes est également promue.  La famille joue un rôle fondamental en Argentine et doit donc être protégée et aidée, a-t-il ajouté.  Le représentant a ensuite insisté sur l’importance de garantir le droit à l’alimentation pour toute la population.  Le Gouvernement a d’ailleurs élaboré un plan contre la faim pour garantir l’accès aux vivres et à la sécurité alimentaire.  La priorité va aux familles ayant des enfants de moins de 6 ans et handicapés. 

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