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SG/SM/20003
10 mars 2020

Climat: après une année 2019 record et à l’approche de la COP-26 à Glasgow, le Secrétaire général appelle à l’action « avant qu’il ne soit trop tard »

« Nous n’avons plus de temps à perdre! »  À l’occasion d’une conférence de presse conjointe avec le Secrétaire de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) au siège de l’ONU à New York, le Secrétaire général a rappelé, aujourd’hui, l’urgence de l’action climatique, alors que 2019 a été la deuxième année la plus chaude jamais enregistrée et que l’on s’éloigne dangereusement des objectifs minima de l’Accord de Paris.  « Avant qu’il ne soit trop tard », M. António Guterres a dit compter sur l’engagement des États Membres et de tous les partenaires lors de la Conférence de Glasgow sur le climat (COP-26) qui se tiendra en novembre prochain. 

« Les indications sont parfaitement claires: le réchauffement climatique s’accélère », a souligné d’emblée M. Guterres, citant pêle-mêle la décennie 2010-2019 la plus chaude de l’histoire, des concentrations de gaz à effet de serre à leur niveau le plus élevé depuis trois millions d’années, la température des océans atteignant désormais l’équivalent de cinq bombes d’Hiroshima par seconde et le coût humain des catastrophes naturelles liées au dérèglement climatique. 

Un constat repris à son compte par M. Petteri Taalas, venu présenter le rapport de l’OMM, institution spécialisée des Nations Unies, sur l’état du climat en 2019.  Non seulement la tendance au réchauffement s’amplifie mais la concentration record en gaz à effet de serre, notamment en oxyde de carbone et en méthane, entraîne une modification chimique de la composition des océans, lesquels sont aujourd’hui plus acides qu’il y a 25 millions d’années.  Alors que 90% de la chaleur excédentaire est stockée dans les océans, les eaux profondes se réchauffent à leur tour, ce qui provoque des cyclones dans des zones de plus en plus vastes, a-t-il expliqué, faisant également état d’une montée du niveau des mers du fait de cette extension thermique, mais aussi de la fonte de glaciers en Arctique et en Antarctique.  

Dans un tel contexte, marqué par l’augmentation du nombre de catastrophes majeures, à l’image des récents méga-feux de forêts en Australie et du cyclone meurtrier qui a frappé le Mozambique en 2019, il reste 15 ans pour limiter la hausse des températures à 1,5o ou à 2 oC, a averti M. Taalas, faute de quoi le réchauffement sera de 3 degrés à la fin du siècle et de 8 degrés à l’issue du siècle prochain.  Et le chef de l’OMM d’ajouter que, comme l’a répété à maintes reprises le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), seul le respect de cet objectif permettra d’éviter des conséquences désastreuses pour une large part de l’humanité. 

Il faut que tous les pays fassent la démonstration que nous pouvons parvenir pendant la décennie en cours à une réduction des émissions de 45% par rapport à 2010 et atteindre, d’ici la moitié de ce siècle, la neutralité carbone, a renchéri le Secrétaire général.  « C’est le seul moyen de limiter le réchauffement planétaire à 1,5 degré », a-t-il insisté, avant de présenter ce qu’il considère comme les « quatre priorités » de la COP-26. 

Tout d’abord, a fait valoir M. Guterres, les plans d’action nationaux, appelés également « contributions déterminées au niveau national », doivent être plus ambitieux et se fixer des cibles précises pour 2025 et 2030.  En deuxième lieu, toutes les nations doivent adopter des stratégies « zéro émission » d’ici à 2050.  Pour l’heure, a-t-il relevé, 70 pays se sont engagés à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050, rejoints par des villes, des banques et des entreprises, mais cela ne représente encore qu’un quart des émissions globales. 

La troisième priorité doit être l’élaboration d’un ensemble de programmes, projets et initiatives visant à aider les peuples et les nations à s’adapter au dérèglement climatique et à renforcer leur résilience.  « Soutenir l’investissement en faveur de l’adaptation dans les pays en développement est un impératif politique et moral », a assuré M. Guterres.  Enfin, il a mis l’accent sur la finance.  Avant Glasgow, les pays développés devront honorer l’engagement qu’ils ont pris de mobiliser 100 milliards de dollars par an pour le climat.  Dans le même temps, a-t-il poursuivi, l’investissement dans les énergies renouvelables doit s’accroître, un prix doit être donné au carbone et la construction de nouvelles centrales à charbon doit cesser.  « Il est temps d’en finir avec notre addiction au charbon », a-t-il martelé. 

Pour que la conférence de novembre montre que « le monde évolue rapidement dans la bonne direction », a soutenu le Secrétaire général, il importe que la présidence britannique de la COP-26, les États Membres de l’ONU et « toute la constellation des partenaires », qu’il s’agisse des villes, du secteur privé, des institutions financières ou encore de la société civile et de la communauté philanthropique, s’engagent de manière significative à agir « avant qu’il ne soit trop tard ».   

Répondant ensuite aux questions de journalistes, notamment sur les effets de la crise liée à l’épidémie de coronavirus sur les émissions, M. Guterres a souhaité faire une mise au point.  Il est, selon lui, nécessaire de bien distinguer ces deux phénomènes.  « Les deux exigent une riposte vigoureuse des gouvernements et des populations, et nous devons vaincre dans les deux cas.  Mais nous assistons d’une part à une maladie que l’on espère temporaire et d’autre part à un phénomène qui se développe depuis des décennies et qui risque de durer », a-t-il dit.  Il a souhaité que toute l’attention portée aujourd’hui au coronavirus, n’entraîne pas une perte d’intérêt pour la lutte contre le réchauffement climatique. 

« Nous aiderons les gouvernements à endiguer cette maladie mais cela ne change en rien notre détermination à faire en sorte que Glasgow débouche sur des mesures permettant de parvenir à la neutralité carbone d’ici à 2050 », a-t-il affirmé, appuyé dans cette vision par M. Taalas, selon lequel « les conséquences d’une inaction sur climat serait plus catastrophique pour la vie et la santé des populations que ce problème de virus à court terme ». 

S’agissant des perspectives de progrès en matière d’émissions, le Secrétaire général a assuré avoir établi un « plan d’action robuste » avec la présidence de la COP-26.  Un dialogue se poursuit à cette fin avec les pays membres du G20, responsables de 80% des émissions mondiales, pour qu’ils s’engagent de manière ferme en faveur de la neutralité carbone, a-t-il précisé, reconnaissant toutefois que, si les nouvelles sont « bonnes » au niveau de l’Union européenne, « il faudrait que d’autres lui emboîtent le pas ». 

Au titre des « bonnes nouvelles », M. Taalas a noté, pour sa part, une stagnation des émissions de la Chine, qui, tout en restant le premier émetteur planétaire, se convertit à d’autres sources énergétiques.  Il s’est aussi réjoui qu’à l’échelle mondiale, le secteur privé soit de plus en plus conscient du problème et veuille contribuer à la recherche de solutions.  « Il y a donc plus d’espoir que par le passé. »

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