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SG/SM/19958
4 février 2020

Face au « vent de folie » qui balaie le monde, le Secrétaire général entend briser le « cercle vicieux des souffrances et des conflits » et promouvoir une « diplomatie de paix »

En cette année 2020 qui marque le soixante-quinzième anniversaire des Nations Unies, le Secrétaire général s’est engagé, ce matin, lors d’une conférence de presse au Siège de l’ONU à New York, à tout faire pour briser le « cercle vicieux des souffrances et des conflits » et à promouvoir une « diplomatie de paix », afin d’arrêter le « vent de folie » actuel.  M. António Guterres s’est aussi montré combattif face à la crise climatique, évoquant un possible « point de non-retour », et face à la lutte contre la pauvreté et les inégalités, il a estimé que l’objectif est de « façonner une mondialisation juste qui ne laisse personne de côté ». 

« J’ai parlé récemment du vent d’espoir.  Mais, aujourd’hui, c’est un vent de folie qui balaie le monde », a lancé le Secrétaire général dans ses propos liminaires, observant avec gravité que « de la Libye à la Syrie et au-delà, l’escalade est de retour ».  Face à la prolifération des armes et à l’augmentation du nombre d’offensives, il a relevé un « sentiment d’instabilité croissante et de tensions qui rend chaque chose plus imprévisible et plus incontrôlable ». 

Dans ce contexte propice à l’aggravation de la pauvreté, à la montée des discours populistes, au recul des cycles de développement et à l’essor du terrorisme, le Secrétaire général a dit vouloir s’employer, cette année, à « briser le cercle vicieux des souffrances et des conflits » et à appuyer les efforts en faveur d’une « diplomatie de paix ».  Il a indiqué, à cet égard, qu’il participerait, le week-end prochain, au Sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, en Éthiopie, et a salué les initiatives du continent africain pour « Faire taire les armes ». 

M. Guterres s’est longuement exprimé sur un autre « cercle vicieux », celui de la crise climatique.  L’an dernier, a-t-il constaté, le réchauffement des océans et la montée du niveau de la mer ont atteint des records.  À tel point, a-t-il souligné, que les scientifiques parlent d’une hausse de la température des océans « équivalente à cinq bombes d’Hiroshima par seconde », avec d’importantes retombées pour les écosystèmes.  Alors que la fumée des incendies en Australie libère l’équivalent de six mois d’émissions nationales de carbone en 2018, l’Organisation météorologique mondiale annonce que les concentrations de CO2 atteindront de nouveaux sommets en 2020, a-t-il mis en garde. 

De fait, a martelé le Secrétaire général, le défi de la Conférence climatique (COP26) qui se tiendra à Glasgow cette année est clair: tous les pays doivent faire preuve de plus d’ambitions et les plus grands émetteurs doivent « montrer l’exemple ».  Il faut pour cela que le carbone ait un prix et l’on cesse de subventionner les énergies fossiles, à commencer par le charbon, a-t-il plaidé, se félicitant par ailleurs du changement des mentalités et des initiatives comme les conférences prévues en 2020 sur les océans, le transport durable et la biodiversité.  « Mais nous devons maintenir la pression pour briser ce cercle vicieux qui propulse l’humanité et le monde naturel vers un point de non-retour », a-t-il insisté. 

Après avoir réitéré son engagement en faveur des objectifs de développement durable, qui constituent, selon lui, un « cercle vertueux » capable de « tracer la voie vers la croissance et la prospérité pour tous », le Secrétaire général a répondu aux questions des correspondants de presse, la plupart portant sur les conflits en cours.  Il s’est ainsi déclaré « très frustré » par la situation en Libye qu’il a qualifiée de « scandale ».  Malgré les engagements pris à la Conférence de Berlin, en janvier, l’embargo sur les armes est violé et la trêve n’est pas respectée, a-t-il déploré.  Seule « bonne nouvelle »: les réunions de la Commission militaire conjointe (5+5) ont pu débuter à Genève sous les auspices de l’ONU et sous l’impulsion du Représentant spécial et Chef de la Mission d’appui des Nations Unies pour la Libye, M. Ghassan Salamé. 

Interrogé sur la guerre en Syrie, et notamment sur la situation à Edleb, M. Guterres a constaté un changement dans la nature du conflit avec l’implication de la Turquie.  Appelant une nouvelle fois à la cessation des hostilités, il a jugé urgent d’y parvenir avant que la situation n’échappe à tout contrôle.  Réaffirmant que la solution ne peut être que politique, il a souhaité que le processus de paix aille de l’avant avec les pourparlers de Genève.  Il a aussi rappelé que les dernières offensives ont entraîné le déplacement de 500 000 personnes qui doivent pouvoir recevoir une aide humanitaire. 

À la question de savoir si le « vent de folie » qu’il a évoqué s’applique au « plan de paix » américain pour le Moyen-Orient, le Secrétaire général a répondu que sa position à cet égard restait inchangée: « Nous sommes garants de l’application des résolutions du Conseil de sécurité et du droit international et nous sommes totalement engagés en faveur de la solution des deux États », a-t-il déclaré, prônant des négociations entre Palestiniens et Israéliens basées sur les frontières de 1967.  Il a d’autre part dit suivre avec attention l’évolution de la situation au Liban, « pays clef » pour la stabilité régionale, qui fait face à une « crise politique complexe ». 

S’agissant du Yémen, il s’est dit encouragé par une relative désescalade du conflit, due notamment à la limitation des activités militaires de l’Arabie saoudite et aux négociations en cours dans le sud du pays.  Mais il a reconnu que les combats avaient repris ces derniers jours.  « Nous faisons tout notre possible pour inverser cette tendance et relancer le dialogue politique », a-t-il dit.  Il s’est, d’autre part, montré inquiet de la situation des droits de l’homme en Iraq, estimant que les Iraquiens doivent avoir le droit de manifester, même si c’est au gouvernement de régler la crise politique actuelle.  « Préserver la stabilité de l’Iraq est fondamental pour la région ».  C’est une « priorité » pour l’ONU, a-t-il souligné. 

Par ailleurs, le Secrétaire général a indiqué qu’il comptait se rendre dans les Balkans cette année, 25 ans après le massacre de Srebrenica et la signature des Accords de Dayton.  S’il est, selon lui, nécessaire d’empêcher la réédition de tels massacres, il importe aussi d’aller vers une réconciliation de l’ensemble de la région et de lutter contre les discours de haine, tout en s’assurant que les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité répondent de leurs actes. 

Enfin, à propos du coronavirus qui se propage à partir de la Chine, M. Guterres a pris acte, à l’instar de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), des efforts déployés par les autorités chinoises, tout en reconnaissant qu’ils ne sont « peut-être pas suffisants ».  Il a assuré que les Nations Unies mobilisent toutes les ressources à leur disposition et s’emploient à protéger leurs fonctionnaires, notamment en limitant leurs déplacements à l’essentiel.  « L’appel que je lance aujourd’hui est un appel à la solidarité internationale et à l’appui à la Chine dans la situation difficile qu’elle traverse », a-t-il plaidé.  

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