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SC/14387
16 décembre 2020

Conseil de sécurité: adversaires et alliés de la Syrie s’accusent mutuellement d’être responsables de la lenteur des progrès sur les plans humanitaire et politique

Ce matin, à l’aune du cinquième anniversaire de la résolution 2254 (2015), le Conseil de sécurité a tenu sa dernière réunion de l’année sur la situation politique et humanitaire en Syrie qui a donné lieu à un débat houleux.  Les États-Unis et les porte-plumes « humanitaires », l’Allemagne et la Belgique, entre autres, ont dénoncé la tendance consistant, ces derniers mois, à étudier conjointement les volets politique et humanitaire.  Il s’agit selon eux de deux crises distinctes et les fusionner ainsi les rend « moins visibles » et « banalise » les souffrances  du peuple syrien.  

Le nombre de cas de COVID-19 signalés en Syrie continue d’augmenter, bien que des tests limités dans toutes les régions du pays rendent l’étendue de l’épidémie impossible à évaluer avec certitude, a informé le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock.  Au-delà de l’impact immédiat sur la santé, M. Lowcock s’est dit extrêmement préoccupé par les effets secondaires de la pandémie, notamment sur l’accès à l’éducation.  En outre, avec la crise économique, même les prix subventionnés des produits de première nécessité, pain ou diesel, ont grimpé en flèche.  Plus de 80% des familles déplacées à travers le pays déclarent maintenant que leurs revenus ne couvrent pas leurs besoins, s’est alarmé le haut responsable.  Appuyé par une majorité de délégations, il a demandé une fois de plus que toutes les parties permettent le passage rapide et sans entrave des secours humanitaires aux civils dans le besoin.  « Lorsque l’aide est suspendue, ceux qui en ont le plus besoin sont ceux qui souffrent, et cette souffrance est inutile. »

Dans son exposé, l’Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, M. Geir Pedersen, est revenu sur les derniers développements intervenus lors de la quatrième session de la Commission constitutionnelle syrienne, qui s’est tenue à Genève du 30 novembre au 4 décembre.  La délégation nommée par le Gouvernement syrien a présenté huit principes relatifs à la lutte contre le terrorisme, tandis que la délégation nommée par la Commission syrienne des négociations a présenté 23 points qui doivent servir de base pour l’élaboration d’une nouvelle constitution.   « Avec cinq armées étrangères opérant en Syrie, le pays continue de présenter un risque de conflit international, avec des implications potentielles dans toute la région », a toutefois craint M. Pedersen.   

Pour la Fédération de Russie, la Commission constitutionnelle est « l’unique instance légitime » dans laquelle tous les Syriens peuvent débattre de l’avenir de leur pays.  La délégation a cependant insinué que ce dialogue politique aurait pu démarrer un an plus tôt s’il n’y avait pas eu tant d’interférences étrangères. Elle a en effet reproché aux pays occidentaux de continuer de violer  l’intégrité  territoriale  et la souveraineté de la Syrie et  de  chercher  à  « asphyxier »  l’économie du pays par des mesures coercitives unilatérales, sans oublier la politisation des dossiers chimique et humanitaire.  « Difficile dès lors de parler de  promotion  du processus politique en Syrie », a ironisé la Russie.  Dans la même veine, la délégation de la République arabe syrienne a reproché aux États occidentaux de n’avoir fait qu’aggraver la crise syrienne, de l’avoir « complexifiée » et d’empêcher son règlement.  Elle a déploré l’obstruction des travaux du Conseil par ces mêmes États qui voudraient le transformer en un « forum pour l’OTAN ».  Le représentant syrien, futur Ministre des affaires étrangères de son pays, est allé jusqu’à dire que « ce sont les États occidentaux qui ont détruit la Société des Nations et ce sont eux qui détruiront l’ONU ». 

Face à ces accusations, les membres du Conseil visés ont réaffirmé leur attachement au processus politique en Syrie et rétorqué que les mesures à prendre pour parvenir à une solution politique sont pourtant connues, à savoir : un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire syrien, contrôlé par l’ONU ; un engagement sincère et constructif de toutes les parties, en particulier les autorités syriennes, au sein de la Commission constitutionnelle ; la mise en œuvre de la feuille de route politique définie par le Conseil dans sa résolution 2254, adoptée à l’unanimité en 2015 , et pour laquelle le principal obstacle reste, à leurs yeux, le manque de volonté politique de Damas.   

La question du financement de la reconstruction de la Syrie a été un autre point d’achoppement entre les alliés de Damas, en particulier la Fédération de Russie et la Chine, et les autres États.  Si les premiers estiment qu’il s’agit aujourd’hui d’une priorité et qu’il est impératif de lever les sanctions qui entravent la reprise en Syrie, les seconds conditionnent ce soutien à l’aboutissement du processus politique, couronné par des élections libres et régulières supervisées par l’ONU.  À ce sujet, il est de plus en plus évident pour la délégation américaine que le régime syrien retarde les travaux de la Commission  constitutionnelle pour gagner du temps alors qu’il se prépare à organiser « une fausse élection présidentielle » en 2021 et à se laver les mains du processus politique facilité par l’ONU.   La France a promis qu’elle restera vigilante face à  toute  tentative du régime d’enliser le processus au sein de la Commission constitutionnelle. 

Plutôt que d’appeler à la levée des sanctions, a rétorqué l’Allemagne, la Russie et la Chine devraient œuvrer à l’amélioration de la situation humanitaire en autorisant l’ouverture de deux points de passage supplémentaires.  Les États-Unis ont rappelé que ces deux membres permanents ont « forcé » le Conseil à réduire de moitié l’accès humanitaire transfrontalier de l’ONU en Syrie  au milieu d’une pandémie.   Les sanctions de l’Union européenne et des États-Unis n’entravent en rien l’entrée et l’acheminement de l’aide, ont-ils tenu à rappeler. 

Alors qu’une autre année touche à sa fin, les familles syriennes restent sans répit après près d’une décennie de conflit, a tranché M. Lowcock.  « L’une des préoccupations immédiates est d’obtenir de l’aide pour les familles à l’approche de l’hiver. » 

M. GEIR PEDERSEN, Envoyé spécial du Secrétaire général pour la Syrie, a mis l’accent sur le fonctionnement de la Commission constitutionnelle, la situation sur le terrain et la recherche d’un processus plus large vers une solution politique conforme à la résolution 2254 (2015).  Il a salué la tenue de la quatrième session de la Commission constitutionnelle qui s’est réunie à Genève du 30 novembre au 4 décembre.  La délégation nommée par le Gouvernement syrien a présenté huit principes relatifs à la lutte contre le terrorisme : condamnation des idéologies terroristes et du soutien aux terroristes ; condamnation des mesures coercitives ; condamnation de l’occupation du territoire syrien ; rejet du séparatisme ; soutien à l’Armée arabe syrienne ; promotion de l’identité nationale ; protection de la diversité culturelle ; encouragement à garantir le retour des réfugiés et s’attaquer aux questions humanitaires.  Il a été précisé que ces questions n’étaient pas liées explicitement à un futur texte constitutionnel. 

Par ailleurs, M. Pedersen a précisé que la délégation nommée par la Commission syrienne des négociations a présenté 23 points abordant une série de principes, dont la souveraineté de la Syrie, l’intégrité territoriale, le respect du droit international, l’identité nationale, la diversité culturelle, la démocratie, le pluralisme politique, l’état de droit, ainsi que la séparation des pouvoirs, la corruption, la citoyenneté, les droits et libertés et les principes sociaux et économiques.  Ces points, qui se fondent sur les 12 principes essentiels intersyriens affirmés à Sotchi et dans le mandat de la Commission, ont été présentés par la délégation comme une base pour l’élaboration d’une nouvelle constitution. 

Par ailleurs, l’Envoyé spécial a regretté que les conflits violents et le terrorisme sont encore une réalité pour les Syriens.  Grâce aux accords, y compris ceux impliquant la Russie, la Turquie et les États-Unis, un calme fragile prévaut, et des efforts sont en cours pour s’attaquer aux groupes terroristes répertoriés, dont Daech et Hayat Tahrir al-Cham.  Il a cité les bombardements, les frappes aériennes et les attaques aux engins explosifs improvisés qui continuent de tuer et de blesser des civils.  « Les risques d’un nouveau conflit sont toujours présents dans le nord-ouest, le sud-ouest et même dans le nord-est, où il y avait signes troublants de tensions ce mois-ci », a-t-il averti.  Selon lui, il faut faire beaucoup plus pour lutter contre les groupes terroristes d’une manière conforme au droit international humanitaire et qui garantisse protection des civils. 

« Avec cinq armées étrangères opérant en Syrie, le pays continue de présenter un risque de conflit international, avec des implications potentielles dans toute la région », a craint M. Pedersen avant d’appeler à intensifier les efforts en faveur de la paix et la sécurité internationales, tout en examinant des moyens pratiques et concrets de sauvegarder et restaurer la souveraineté, l’indépendance, l’unité et l’intégrité territoriale de la Syrie dans le contexte du processus 2254. 

Notant que la situation humanitaire de millions de Syriens reste précaire, voire catastrophique pour certains, M. Pedersen a appelé à assurer l’accès et les ressources nécessaires pour répondre à leurs besoins humanitaires et en particulier à l’insécurité alimentaire.  Les civils syriens continuent de subir de profondes difficultés économiques, a-t-il relevé en citant la dépréciation de la monnaie, et les pénuries de pain, de carburant et de médicaments au début d’un hiver rigoureux, et alors que la COVID-19 continue de se propager.  Notant que les millions de Syriens réfugiés ou déplacés ne peuvent pas retourner chez eux à un rythme significatif, il a appelé à faire beaucoup plus pour favoriser leur retour. 

« Outre l’adoption d’une nouvelle constitution et la création d’un environnement stable et propice à la sécurité, la résolution 2254 (2015)appelle à des élections libres et équitables, administrées sous la supervision de l’ONU, respectant les normes les plus élevées de transparence et de responsabilisation, et avec la participation de tous les Syriens, y compris la diaspora », a rappelé M. Pedersen.  

L’Envoyé spécial du Secrétaire général a relevé qu’après près d’une décennie de conflit, le processus politique n’a pas servi les attentes des populations qui continuent de souffrir profondément – tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Syrie.  Face à ce constat, il a estimé que seule une solution politique peut mettre fin à ces souffrances et prévenir la reprise du conflit et de l’instabilité, en protégeant les civils, mais aussi la région dans son ensemble d’autres graves dangers. 

Alors que nous faisons le bilan de 2020, nous pouvons nous appuyer sur deux éléments: un calme relatif sans mouvement des lignes de front depuis mars dernier, et la mise en place d’une commission constitutionnelle, a résumé M. Pedersen.  À l’approche de 2021, a-t-il plaidé, il nous faut un processus plus large qui comprenne un cessez-le-feu national, la rédaction d’un projet de constitution et un effort plus large pour aborder l’ensemble des questions, avec des actions pour renforcer la confiance, étape par étape.  

Il a estimé que cette ambition nécessitera une nouvelle forme de coopération internationale sur la Syrie, avec des acteurs et des questions clefs à la table des négociations.  Compte tenu des profondes divisions en Syrie, dans la région et à l’échelle internationale, l’Envoyé spécial a expliqué qu’il a commencé, ces dernières semaines, à faire le point, en engageant les parties syriennes et parties prenantes internationales à identifier des moyens nouveaux et supplémentaires pour faire avancer le processus.  Le soutien fort et uni du Conseil de sécurité pour tracer cette nouvelle voie vers la mise en œuvre de la résolution 2254 (2015) est indispensable, a-t-il conclu. 

M. MARK LOWCOCK, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours durgence, a mis l’accent sur la pandémie de COVID-19, la crise économique, la protection des civils et l’accès à l’aide humanitaire.  Le nombre de cas de COVID-19 signalés en Syrie continue d’augmenter, bien que des tests limités dans toutes les régions du pays rendent l’étendue de l’épidémie impossible à évaluer avec certitude. 

Des taux d’occupation des lits de 100% sont signalés à Soueïda, à Homs et dans d’autres provinces, mais nous savons également que de nombreuses personnes malades hésitent à se faire soigner, a indiqué M. Lowcock.  Le nombre de cas signalés dans les écoles -qui sont souvent surpeuplées et souffrent souvent d’infrastructures médiocres ou endommagées- a plus que triplé en novembre. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS)et l’UNICEF travaillent avec les prestataires de services éducatifs pour renforcer les actions de prévention contre le COVID-19 dans les écoles. 

Au-delà de l’impact immédiat sur la santé, le Secrétaire général adjoint s’est dit extrêmement préoccupé par les effets secondaires de la pandémie, notamment sur l’accès à l’éducation.  Une analyse récente de Save the Children a révélé qu’environ les deux tiers des enfants du nord de la Syrie ne sont plus scolarisés.  Outre la COVID-19, les enseignants disent que les enfants abandonnent en raison de la pauvreté croissante. 

Passant à l’impact de la crise économique, M. Lowcock a rappelé que même les prix subventionnés des produits de première nécessité ont grimpé en flèche.  Depuis septembre, le prix du pain a doublé et celui du diesel plus que doublé.  Le prix du marché d’un panier alimentaire de référence standard est plus élevé maintenant qu’à n’importe quel moment depuis le début du suivi des prix par le Programme alimentaire mondial (PAM) en Syrie en 2013. 

Plus de 80% des familles déplacées à travers le pays déclarent maintenant que leurs revenus ne couvrent pas leurs besoins, a poursuivi le haut responsable. Les familles dans lesquelles les femmes sont le principal soutien de famille sont encore plus mal loties -elles gagnent 30% de moins, en moyenne, en termes de revenus que les autres familles déplacées.  Dans le nord-ouest, le retard de croissance des enfants a augmenté de 5% cette année.  Nous estimons maintenant que 34% de tous les enfants, plus d’un enfant sur trois de moins de 5 ans dans le nord-ouest de la Syrie souffrent de retard de croissance, a-t-il ajouté.  Dans les zones de déplacement du nord-ouest, jusqu'à 37% des mères souffrent également de malnutrition. 

S’agissant de la protection des civils, M. Lowcock a averti que les hostilités de ces dernières semaines mettent les civils en danger dans le nord-ouest, notamment dans une région comme Ein Issa.  « Nous connaissons tous le coût humain immédiat et dévastateur des escalades militaires en Syrie.  Je fais écho aux appels du Secrétaire général et de l’Envoyé spécial en faveur d’un cessez-le-feu à l’échelle nationale. »

Les infrastructures indispensables à la survie des civils doivent également être protégées, a souligné le Secrétaire général adjoint.  La station d’eau d’Alouk a cessé de pomper de l’eau le 3 décembre en raison d'une interruption de l’alimentation électrique de la station.  C’est la quinzième perturbation cette année et elle affecte près d’un demi-million de personnes à Hassaké, les forçant à recourir à des sources d’eau alternatives potentiellement dangereuses. Les organisations humanitaires acheminent chaque jour plus de 2 000 m3 d’eau dans la zone et s’efforcent de se développer davantage.  « Mais ce n’est ni suffisant ni durable. »  Il faut trouver une solution pour assurer un approvisionnement en eau ininterrompu d’Alouk, a plaidé M. Lowcock.  L’électricité fournie par les fournisseurs turcs le mois dernier a augmenté le pompage des puits locaux, mais l’approvisionnement est encore loin de répondre aux besoins.  

Abordant enfin la question de l’accès humanitaire, M. Lowcock a informé qu’en octobre, une organisation humanitaire apportant une aide alimentaire au PAM dans le nord-est de la Syrie a été chargée par le Gouvernement syrien de cesser de distribuer une aide alimentaire à environ 220000 personnes dans les zones non contrôlées par le gouvernement de la province Raqqua.  Les distributions dans toutes les régions ont pu reprendre plus tôt ce mois-ci, après une interruption de deux mois.  Toujours dans le nord-est, fin novembre, les autorités locales ont suspendu les opérations du Croissant-Rouge arabe syrien, dans les camps de Hol et de Roj, qui accueillent quelque 65 000 personnes.  Ses activités ont repris le 1er décembre.  Pour le responsable, ces incidents illustrent la vulnérabilité des opérations humanitaires dans le nord-est aux perturbations.  « Lorsque l’aide est suspendue, ceux qui en ont le plus besoin sont ceux qui souffrent, et cette souffrance est inutile. » 

Le droit international humanitaire exige que toutes les parties permettent et facilitent le passage rapide et sans entrave des secours humanitaires aux civils dans le besoin, a insisté le Secrétaire général adjoint.  Toujours dans le camp de Hol, trois enfants sont morts dans un incendie la semaine dernière, qui aurait été causée par une cuisinière à pétrole.  « Ce n’est tout simplement pas un endroit où les enfants -des dizaines de milliers d’enfants- peuvent grandir. » 

Alors qu’une autre année touche à sa fin, les familles syriennes restent sans répit après près d’une décennie de conflit, a résumé M. Lowcock.  Alors même que les conflits actifs dans certaines régions se sont apaisés, la dégradation économique et l’impact de la COVID-19 entraînent une détérioration des expériences de vie des gens.  L’insécurité alimentaire et la malnutrition devraient augmenter considérablement, tout comme le nombre total de personnes ayant besoin d’une aide humanitaire.  Une escalade des hostilités serait d’autant plus dévastatrice dans ce contexte, a-t-il mis en garde. 

M. Lowcock a rappelé que l’une des préoccupations immédiates est d’obtenir de l’aide pour les familles à l’approche de l’hiver.  Des distributions sont en cours, l’objectif étant d’atteindre plus de 3 millions de personnes dans le besoin.  Le financement actuel ne nous permettra toutefois d’atteindre que 2,3 millions de ces 3 millions, a-t-il conclu. 

L’Allemagne, au nom également de la Belgique, en tant que porte-plumes humanitaires, a rappelé l’espoir, qui anime depuis 2019 ces deux pays, de voir une amélioration de la situation humanitaire en Syrie.  « Or, quelles sont les évolutions  ?»  La délégation a, dans le fil du dernier rapport du Secrétaire général sur la question, dit sa vive préoccupation devant les souffrances des Syriens qui ne connaissent aucun répit.  Elle a aussi rappelé que 13 millions de Syriens auront besoin d’une aide humanitaire en 2021.  « La crise est loin d’être réglée, la situation est loin de s’améliorer, contrairement à ce que peuvent dire les autorités syriennes et leurs alliés. »  La délégation a rappelé que l’Allemagne et la Belgique ont préconisé deux points de passage pour l’aide transfrontalière dans le nord-ouest et veillé depuis 2019 à créer les conditions pour faciliter la tâche des travailleurs humanitaires.  L’Allemagne a ensuite dénoncé « ceux qui préfèrent s’accrocher à leur version des faits sur le terrain et à leur droit de veto ».  « Deux membres permanents ont foulé aux pieds les principes humanitaires et préféré donner la priorité à leur soutien aux autorités syriennes. »  Plutôt que de lancer un énième appel pour une amélioration de la situation, l’Allemagne a préféré se faire l’écho de Syriennes et de Syriens.  Son représentant a ainsi parlé d’une écolière, prénommée Rose, qui a peur de voir son école détruite.  L’Allemagne a aussi indiqué que toutes les personnes contactées dans les zones contrôlées par les autorités syriennes ont tenu à garder l’anonymat.  La situation est très préoccupante dans tout le pays, a déclaré la délégation, en appelant de ses vœux une solution politique.  L’Allemagne et la Belgique, qui restent attachées aux efforts en ce sens à New York et en d’autres instances, scruteront les décisions qui seront prises par le Conseil en 2021, a assuré la délégation.  Les yeux du monde sont braqués sur le Conseil et ses membres doivent se monter à la hauteur de leurs responsabilités, a conclu l’Allemagne. 

Les États-Unis ont rappelé que c’est la Russie et la Chine qui ont forcé ce Conseil à réduire de moitié l’accès humanitaire transfrontalier de l’ONU en Syrie au milieu d’une pandémie.  Le régime d’Assad a tué et blessé des milliers de civils syriens dans le nord-ouest du pays, avec des bombes-barils, des frappes aériennes et des bombardements, ainsi qu’en pratiquant la détention arbitraire et la torture, a accusé la délégation.  Daech a été affaibli mais reste une menace.  Dans le même temps, la COVID-19 poursuit sa propagation incontrôlée, en particulier parmi les personnes déjà déplacées par la violence du régime.  Cinq ans après l’adoption de la résolution 2254(2015), les États-Unis ont constaté peu de progrès significatifs vers une solution politique qui mettrait fin au conflit et jetterait les bases d’un avenir pacifique.  Malgré cette triste réalité, le régime d’Assad et ses facilitateurs cherchent à convaincre ce Conseil que la situation s’améliore, ont déploré les États-Unis qui ont souligné que pour le peuple syrien, c’est loin d'être la vérité.  Pour la délégation, la seule manière d’avancer pour la paix et la stabilité en Syrie est que le régime d’Assad soutienne la feuille de route politique exposée dans la résolution 2254 (2015).  

Les États-Unis ont appelé le régime d’Assad à participer de manière significative aux réunions de la Commission constitutionnelle, et de cesser de bloquer l’avancée des travaux.  Le régime d’Assad et la Fédération de Russie doivent permettre au cycle de janvier de produire des progrès « immédiats » vers la rédaction d’une nouvelle constitution syrienne.  La délégation a rappelé le pouvoir de l’Envoyé spécial Pedersen de prendre les mesures qu’il juge appropriées pour faciliter les efforts des parties pour commencer à travailler sur la nouvelle constitution.  « Il est de plus en plus évident que le régime d’Assad retarde les travaux de la Commission pour gagner du temps alors qu’il se prépare à organiser une fausse élection présidentielle en 2021 et à se laver les mains du processus politique facilité par l’ONU. »  La délégation a prévenu que les élections syriennes ne seront pas reconnues comme légitimes par les États-Unis et la communauté internationale si elles ne sont pas conformes à la résolution 2254 (2015).  Alors que le processus de la Commission constitutionnelle est en cours, l’ONU et ce Conseil doivent également redoubler d’efforts pour progresser sur les autres éléments de la résolution 2254 (2015), ont demandé les États-Unis en appuyant l’appel de l’Envoyé spécial à un cessez-le-feu à l’échelle nationale.  De plus, nous demandons à l’Envoyé spécial et à l’ONU de faire pression sur le régime d’Assad pour la libération immédiate des personnes détenues arbitrairement, et pour que le régime fournisse aux familles des plus de 100 000 Syriens disparus des informations sur le sort de leurs proches, ont-ils ajouté.  D’autre part, les États-Unis et la communauté internationale ne débourseront pas le financement de la reconstruction et du développement tant que le régime ne se conformera pas aux principes et paramètres de l’ONU.  De même, les États-Unis continueront de sanctionner le régime et ses partisans pour avoir fait obstruction aux aspirations légitimes du peuple syrien à une solution politique. 

Par ailleurs, un élément essentiel d’une paix durable est de promouvoir la responsabilité de ceux qui ont commis des atrocités en Syrie, a poursuivi la délégation qui a exprimé son ferme soutien au Mécanisme d’enquête international, impartial et indépendant pour la Syrie (IIIM) en tant que moyen de rassembler des preuves des atrocités commises par le régime Assad et Daech, et qui ouvriront la voie à une solution politique légitime.  Pour la délégation, le Mécanisme devrait être entièrement financé par l’Assemblée générale et ne devrait pas être attaqué par les États Membres qui pourraient être tenus responsables des crimes qu’ils ont commis contre le peuple syrien. 

En ce qui concerne la situation humanitaire, les États-Unis ont critiqué la pratique récente consistant à combiner les réunions mensuelles du Conseil sur les situations politique et humanitaire, car elle envoie un signal dangereux au peuple syrien que ce Conseil n’agira pas pour soulager ses souffrances.  « Cette manœuvre tactique orchestrée par la Fédération de Russie et suivie par ses partisans protège Bachar al-Assad », a déploré la délégation.  Selon elle, les réunions combinées politisent davantage les discussions du Conseil sur la Syrie et ne laissent guère d’opportunités de traiter véritablement de la détérioration de la situation humanitaire en Syrie.   

Les États-Unis ont imposé des sanctions assorties d’exemptions humanitaires solides, a justifié la délégation qui a insisté sur le fait qu’il existe des exemptions humanitaires conçues pour répondre à toute préoccupation.  Ainsi, « ces sanctions encouragent la responsabilité du régime d’Assad qui est auteur de violence et destruction ayant tué des centaines de milliers de civils ».  De ce fait, les États-Unis continueront d’exercer des pressions économiques contre ceux qui volent au peuple syrien ses moyens de subsistance par la corruption, l’intimidation et la violence.  Les États-Unis ont dit leur détermination à voir le Conseil renouveler le mécanisme d’aide humanitaire transfrontalier vital qui soutient des millions de Syriens désespérés l’année prochaine.  Cela fait 15 mois que le régime d’Assad a autorisé la dernière livraison humanitaire à Roukban, où les gens sont sans aide médicale, a regretté la délégation qui a exigé que le régime d’Assad et la Fédération de Russie autorisent immédiatement un accès sans entrave au camp, y compris aux convois de livraison humanitaire.  Selon la délégation, maintenant que la COVID-19 s’installe dans tout le pays, le régime donne la priorité aux soins de santé dans les zones loyalistes, privant des régions comme Dara’a, où le soulèvement syrien a commencé, de professionnels et de fournitures de santé.  Nous appelons le régime syrien à fournir des services médicaux équitablement dans toutes les zones sous son contrôle et à permettre aux acteurs humanitaires de fournir l’aide nécessaire, ont demandé les États-Unis.  En tant que plus grand donateur humanitaire à la Syrie, le peuple américain a donné plus de 12 milliards de dollars d’aide depuis le début de ce conflit tragique, a rappelé la délégation.  

Alors que la résolution 2254 marquera son cinquième anniversaire dans deux jours, la Fédération de Russie, a appelé « ses collègues » au Conseil de sécurité à faire le point sur les résultats obtenus à ce stade.  Rappelant qu’en 2015, le pays était en conflit avec des groupes terroristes, la Fédération de Russie a constaté que depuis lors, ces terroristes et ces bandits ont reçu de l’argent, des armes et une assistance militaire directe de la part de « l’Occident » qui leur a aussi appris « à travailler leur image ».  Depuis 2015, « on cherche à mettre le pays en pièces » et c’est à la demande du Gouvernement syrien, que nous nous sommes associés à la lutte antiterroriste, a souligné la Fédération de Russie, en parlant d’une lutte qui a permis de débarrasser le pays des terroristes, aujourd’hui retranchés à Edleb, où les « collègues occidentaux » continuent de les aider. 

La délégation russe a affirmé que globalement le cessez-le-feu est respecté et que le statut d’État de la Syrie a pu être préservé.  Grace à la contribution des Garants d’Astana, entre autres, une Commission constitutionnelle a été créée, comme « unique instance légitime », dans laquelle tous les Syriens peuvent débattre de l’avenir de leur pays.  En moins d’un an, la Commission a tenu quatre réunions et la cinquième est prévue en janvier 2021, s’est félicitée la Fédération de Russie, soulignant toutefois que ce dialogue politique aurait pu commencer un an plus tôt s’il n’y avait pas eu tant d’ingérences étrangères. 

La Fédération de Russie a reproché aux pays occidentaux de continuer de violer l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Syrie et de chercher à « asphyxier » l’économie du pays.  « Difficile dès lors de parler de promotion du processus politique en Syrie », a-t-elle ironisé.  Elle a également accusé les États-Unis d’être « les premiers » responsables de la dégradation de l’environnement en Syrie, compte tenu de leurs pratiques d’extraction du pétrole.  L’on assiste en plus à une résurgence des cellules dormantes de Daech.  Même le dossier chimique, « entre les mains de nos collègues occidentaux », n’est qu’un élément de plus pour faire pression sur le Gouvernement syrien, s’est indignée la Fédération de Russie « qui ne cherche qu’à contrer la politisation du dossier humanitaire syrien et ouvrir les canaux de dialogue ». 

Revenant ensuite sur la Conférence sur les réfugiés syriens organisée par le Gouvernement de la Syrie, à Damas en novembre, et à la laquelle elle a dûment participé, « mais aucun pays occidental », la Fédération de Russie a affirmé que la vie reprend en Syrie et que plus de 860 000 Syriens sont déjà rentrés alors que plus d’un million supplémentaires a fait part de son souhait de le faire.  La question de l’appui international à la reconstruction est plus urgente que jamais, a estimé la Fédération de Russie, en accusant « les pays occidentaux » de continuer de conditionner cette aide, « dans un marchandage politique ».  Elle a une nouvelle fois appelé à la levée des sanctions unilatérales, « une position que partagent les acteurs humanitaires ».   

« Chers collègues occidentaux, reconnaissez-vous aujourd’hui que vos actions en Syrie semblent de plus en plus amorales », a lancé la Fédération de Russie dont les militaires, déployés à la demande du Gouvernement syrien, « aident au quotidien les Syriens et participent à la reconstruction du pays ».  La Fédération n’a pas voulu cacher sa « surprise » face au « silence » des Nations Unies, s’agissant du Mécanisme d’aide transfrontalier et de l’acheminement de l’aide à l’intérieur du pays.  Les rapports sur la situation humanitaire montrent pourtant que Damas tient ses engagements au travers des lignes de front, a souligné la délégation pour laquelle le constat est clair et les faits le prouvent: la situation en Syrie s’améliore. 

La France a souhaité que la cinquième session de la Commission constitutionnelle soit organisée à la date du 25 janvier comme annoncé par l’Envoyé spécial, et sur la base de l’ordre du jour arrêté par les parties prenantes.  Elle a jugé urgent que les parties entament des discussions de fond sur la réforme constitutionnelle et que le « régime syrien » respecte les règles de fonctionnement de la Commission.  La France a promis qu’elle restera vigilante face à toute tentative du « régime » d’enliser le processus.  Elle a demandé à l’Envoyé spécial de tenir ce Conseil informé de tout blocage. 

Au-delà de la Commission constitutionnelle, la France a dit l’urgence de relancer un processus politique crédible, sur la base de tous les éléments de la résolution 2254.  Elle a appelé à des résultats concrets sur la situation des détenus et des personnes disparues.  Elle a jugé indispensable de redonner leur voix à tous les Syriens, y compris ceux de la diaspora, en préparant la tenue d’élections conformes aux dispositions de la résolution 2254 et sous supervision de l’ONU.  La France a prévenu qu’elle ne reconnaîtra pas les résultats issus d’élections qui se sont déroulées en dehors du processus politique de Genève.  

La France s’est dit préoccupée par l’aggravation des hostilités et a mis en garde contre toute nouvelle offensive, dans le Nord-Ouest ou dans le Nord-Est.  S’inquiétant de la détérioration continue de la situation humanitaire, il a rappelé que 13 millions de personnes ont désormais besoin d’aide, soit 2 millions de plus qu’il y a un an.  La France a déploré la réduction « méthodique » des postes frontières pour l’acheminement de l’aide, ce qui est d’autant plus préoccupant dans la crise sanitaire actuelle. 

Les entraves à l’accès humanitaire, notamment par le « régime syrien », sont inacceptables, en particulier dans le contexte de la pandémie, a dénoncé la France avant de fustiger les obstacles à l’accès humanitaire dans la province de Damas, au Sud de la Syrie ainsi que dans le Nord-Est, où le « régime » a refusé pendant deux mois d’autoriser l’acheminement d’aide alimentaire à plus de 200 000 personnes à Raqqa. 

Notant que sur les 5,5 millions de réfugiés syriens dans la région, seuls 260 000 ont fait le choix de revenir dans leur pays depuis 2016, la France a prévenu que les réfugiés ne rentreront pas tant que le « régime » continuera de menacer leur vie et de les priver de leurs propriétés.  Avec ses partenaires de l’Union européenne, la France a promis qu’elle ne déviera pas de sa position sur la normalisation, les sanctions et la reconstruction, en l’absence d’un règlement politique crédible. 

Les violations graves du droit international humanitaire et des droits de l’homme ne resteront pas impunies, et il n’y aura pas de stabilisation durable de la Syrie sans solution politique, a prédit la France qui a jugé urgent que l’ensemble des membres de ce Conseil s’engage réellement dans des discussions sur une sortie de crise. 

Le Viet Nam a noté certains développements sur le front politique et salué la reprise des discussions dans le cadre de la Commission constitutionnelle.  Des percées sur le plan constitutionnel et plus largement sur le plan politique ne sont pas impossibles, a déclaré la délégation.  Le Viet Nam a encouragé les parties à s’engager de manière active dans un dialogue constructif en vue d’instaurer la confiance.  « Le meilleur intérêt du peuple syrien doit être la première des priorités. »  Le Viet Nam a estimé crucial que la situation demeure calme sur le terrain afin de faciliter une solution politique.  Les efforts antiterroristes doivent respecter le droit international.  S’agissant de la situation humanitaire, le Viet Nam a rappelé que 11 millions de personnes ont besoin d’une aide, alors que l’hiver aggrave les souffrances.  Il a salué les efforts visant à surmonter les défis opérationnels et à établir un accès humanitaire au travers des lignes de front dans le nord-ouest.  La délégation a de nouveau appelé à une coopération accrue entre les parties afin de faciliter la réponse humanitaire dans toute la Syrie.  « Nous devons aussi nous assurer que les sanctions ne sapent pas la capacité des Syriens à répondre à la pandémie. »  Enfin, le Viet Nam a appelé de ses vœux une solution politique en Syrie, dans le plein respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du pays. 

La Tunisie a espéré que le prochain cycle des travaux de la Commission constitutionnelle contribuera à jeter les bases d’une réforme constitutionnelle.  Elle a exhorté les parties syriennes à contribuer de façon constructive et à rechercher un consensus pour l’élaboration de la future constitution.  De même, le travail de la Commission à Genève doit être associé à un consensus politique qui aboutirait à des élections libres, en vertu de la résolution 2254 (2015) du Conseil de sécurité.  Avec l’imminence de l’hiver, la situation humanitaire va davantage se dégrader en Syrie, a averti la délégation.  La violence dans le pays et les menaces des groupes terroristes n’aident pas à améliorer la situation humanitaire et à avancer sur le volet politique, a-t-elle déploré.  Il est donc urgent de parvenir à un cessez-le-feu de toute urgence.  La Tunisie a lancé un appel à toutes les parties afin qu’elles facilitent l’accès humanitaire sans discrimination.  Enfin, pour la Tunisie, il ne saurait y avoir de solution militaire en Syrie.  Il faut plutôt parvenir à une solution politique pilotée par les Syriens et facilitée par l’ONU.  Cette solution devrait également permettre de préserver la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale de la Syrie, tout en restaurant la paix et la stabilité en Syrie et dans la région. 

L’Estonie a accueilli « avec prudence » la fin des discussions de la Commission constitutionnelle à Genève, soulignant que ce processus demeure un « pilier important » pour aboutir à un accord qui mettrait fin à la guerre.  Se projetant dans la prochaine réunion en janvier, elle a espéré qu’elle se « concentrera enfin » sur la constitution même et a appuyé d’éventuelles mesures de confiance entre le Gouvernement et l’opposition « légitime ».  

La délégation a cependant rappelé au Gouvernement syrien et à ses alliés que l’Union européenne n’épaulera la reconstruction et ne lèvera les sanctions qu’une fois qu’un « processus politique global sera fermement mis en place », estimant en outre que la présente crise économique est largement due à une corruption galopante, à une mentalité de « seigneurs de guerre » et à l’absence de gouvernance.  Notant que durant le conflit, quelque 400 000 personnes ont perdu la vie et que des millions d’autres ont été privées d’abris et de moyens de subsistance, l’Estonie a regretté que le Conseil de sécurité n’ait pas pris les mesures qui s’imposent pour mettre fin à une telle tragédie.  

Au lieu de cela, les violations des droits de l’homme, les attaques chimiques, les actes de torture et le non-respect des promesses du « régime syrien » se poursuivent et, ici, à New York, la Fédération de Russie veille à ce que rien de substantiel ne soit fait par le Conseil pour faire cesser ces atrocités.  L’Estonie a dénoncé le double veto, cet été, de la Chine et de la Fédération de Russie contre le mécanisme humanitaire transfrontière, en opposition directe au souhait des autres membres du Conseil.  « Treize voix pour et deux voix contre » sont les mots que nous avons entendus plus d’une fois, a rappelé l’Estonie.  Par conséquent, a-t-elle déploré, l’assistance transfrontière est devenue « dysfonctionnelle, irrégulière et non fiable ».  Moscou a choisi de pousser les acteurs humanitaires à aller au-delà de leurs limites.  

Le Royaume-Uni a déclaré que des élections libres et équitables impliquant tous les Syriens, y compris la diaspora, ne pourraient avoir lieu, comme prévu par la résolution 2254, sans une nouvelle constitution.  Des élections, qui ne répondraient pas à cette ambition, ne feraient que priver des millions de Syriens de la possibilité de prendre part aux décisions sur l’avenir de leur pays et de s’impliquer dans le processus politique, tel qu’approuvé par ce Conseil.  Au-delà de la Commission constitutionnelle, des progrès doivent être réalisés en parallèle sur d’autres aspects de la résolution 2254, a insisté le Royaume-Uni, avant de souligner l’importance du cessez-le-feu dans le nord-ouest et le nord-est du pays.  

Il a condamné la persistance de violence, avec ses victimes civiles et autres inutiles, y compris des soldats turcs.  Il incombe à toutes les parties, a martelé le Royaume-Uni, de veiller à ce que les cessez-le-feu soient respectés.  La lutte contre le terrorisme doit être coordonnée, ciblée et menée dans le respect du droit international, tel qu’énoncé au paragraphe 13 de la résolution 2254, a-t-il encore martelé. 

Le Royaume-Uni a aussi souhaité que le retour des réfugiés soit conforme au droit international et qu’il soit sûr, digne et volontaire.  Si le régime syrien veut le retour des réfugiés, il devra convaincre ces derniers qu’ils ne revivront pas le statu quo qui a conduit au conflit.  Le Royaume-Uni a rappelé que la résolution 2254 est claire sur l’importance d’un accès humanitaire sans entrave.  Quelque 13 millions de Syriens auront besoin d’une aide humanitaire, soit près de 75% de la population et une augmentation de près de deux millions personnes par rapport à cette année. 

Le Royaume-Uni a précisé que selon l’OCHA, nous sommes face à une « crise de protection », en raison des hostilités, des risques d’explosion, des traumatismes psychologiques, de la violence sexiste et de la séparation familiale, entre autres.  Notant que l’OCHA a signalé que la violence a retardé la distribution de l’aide humanitaire à 12 000 personnes dans le nord-ouest, et que le régime syrien l’a freinée pour 220 000 personnes dans le nord-est, le Royaume-Uni a exhorté le « régime » à reconnaître l’ampleur et la gravité de la crise et à laisser les acteurs humanitaires effectuer leur travail « vital ». 

La République dominicaine a relevé que depuis le dernier rapport, le climat politique a été caractérisé par la consolidation du rapprochement entre les parties, et salué la tenue, il y a quelques semaines à peine, de la quatrième réunion de la Commission constitutionnelle qui a décidé que la prochaine aura lieu en janvier prochain.  Elle a espéré que les relations entre les différentes parties, dont dépend l’avenir de millions de Syriens, seront marquées par la cordialité, la solidarité et la responsabilité. 

Du côté humanitaire, la République dominicaine s’est vivement inquiétée de la propagation de la pandémie de COVID-19, en raison des capacités médicales limitées du pays.  Elle a mis l’accent sur les sacrifices de milliers de professionnels de la santé et sur l’incapacité des dirigeants syriens de mettre fin à un long conflit qui a plongé la population dans une « situation déplorable ».  La République dominicaine a insisté sur la vulnérabilité des femmes qui paient un lourd tribut, notamment en subissant une violence exacerbée dans les circonstances de confinement actuelles dues à la pandémie.  

La République dominicaine a également évoqué les indicateurs révélant une tendance à la malnutrition chez des millions de Syriens, 50% des ménages ayant des niveaux très faibles de consommation alimentaire.  Partant, environ 10 millions de personnes ont besoin d’une assistance alimentaire, « un chiffre record », a-t-elle encore noté, appelant à ne pas « faire de la malnutrition une nouvelle pandémie en Syrie ».  La République dominicaine a également pointé les effets dévastateurs des différentes crises sur le secteur de l’éducation; de nombreux enfants ayant été forcés d’abandonner l’école pour travailler.  

La délégation n’a pas manqué de pointer les violations flagrantes du droit international humanitaire, citant les attaques contre les civils, les travailleurs humanitaires et les infrastructures pour lesquelles elle a exigé l’établissement des responsabilités.  Elle a recommandé une mise en œuvre « pleine et entière » de la résolution 2254 pour enfin « ouvrir la voie de la Syrie à un avenir prometteur ».  

La Belgique a, en tant que « coplume » pour la situation humanitaire en Syrie depuis deux ans, souligné que les mesures à prendre pour parvenir à une solution politique sont relativement connues.  Premièrement, un cessez-le-feu sur l’ensemble du territoire syrien, contrôlé par l’ONU.  Deuxièmement, toutes les parties, en particulier les autorités syriennes, devraient s’engager pleinement, de manière constructive et significative, au sein de la Commission constitutionnelle.  Nous appelons à ce titre toutes les parties ayant une influence sur Damas à y recourir pour travailler à cette fin. 

Troisièmement, la Belgique a estimé que des mesures concrètes devraient être prises pour mettre en œuvre les différentes dimensions de la résolution 2254, « la feuille de route politique que ce Conseil a adoptée à l’unanimité en 2015 ».  Seul un manque de volonté politique empêche Damas de prendre des mesures susceptibles d’instaurer la confiance, comme la libération de prisonniers politiques, a déploré la délégation.  Quatrièmement, des élections libres et régulières supervisées par les Nations Unies devraient avoir lieu, conformément à la résolution 2254, dans un environnement sûr et neutre, auxquelles les personnes déplacées, les réfugiés et la diaspora doivent pouvoir participer. 

Cinquièmement, ceux qui ont commis les violations les plus graves du droit international doivent être tenus responsables, sans délai.  La Belgique a dit soutenir toutes les initiatives qui peuvent y contribuer, y compris dans le cadre du Mécanisme d’enquête international, impartial et indépendant pour la Syrie (IIIM) et de la Commission d’enquête sur la Syrie (COI), et dans le renvoi de la situation en Syrie à la Cour pénale internationale (CPI). 

Sixièmement, aucun retour de réfugiés ni de personnes déplacées ne devrait avoir lieu à moins que cela se fasse en toute sécurité, volontairement et de façon digne.  Enfin, en ce qui concerne la reconstruction, la Belgique, aux côtés de l’Union européenne n’y contribuera pas, tant que des mesures concrètes ne seront pas prises en vue d’une solution politique.  Selon la délégation, toutes ces raisons évoquées laissent voir qu’il est primordial que ce format de briefing politique mensuel soit maintenu, aussi bien que le format du briefing humanitaire mensuel.  Il s’agit de deux crises parallèles, a-t-elle argué.  La tendance qui s’est avérée ces derniers mois de fusionner les formats politique et humanitaire en une seule séance ne fait que rendre les deux crises individuelles « moins visibles » et « trivialiser » les souffrances du peuple syrien, a conclu la Belgique. 

Saint-Vincent-et-les Grenadines s’est dit alarmé par la situation humanitaire en Syrie, qui a été aggravée par la violence sporadique, la récession socioéconomique, les défis résultant de la pandémie de COVID-19 et, maintenant, le début des mois d’hiver rigoureux.  L’aide humanitaire, par le biais du Mécanisme transfrontalier, continue donc d’être une bouée de sauvetage vitale pour des millions de Syriens, en proie à l’insécurité alimentaire et au manque d’accès aux soins de santé et aux produits de base.  Si le Mécanisme sauve sans aucun doute des vies, il ne suffit pas à lui seul pour combler les lacunes importantes qui existent, a estimé la délégation en demandant que ce Mécanisme soit renforcé.  « La réponse humanitaire la plus optimale est incapable de résister aux effets d’un conflit prolongé », a-t-elle averti avant de réitérer l’appel de l’Envoyé spécial à une cessation immédiate des hostilités dans tout le pays.  Reconnaissant la menace que représentent les entités terroristes désignées par le Conseil de sécurité pour la sécurité, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie, la délégation a cependant rappelé aux parties que la lutte contre le terrorisme et les autres activités militaires doivent respecter le droit international, en particulier les principes fondamentaux des conflits armés.  Afin de secourir l’économie de la Syrie, Saint-Vincent-et-les Grenadines a demandé la levée de toutes les mesures coercitives unilatérales imposées au pays.  Enfin, la délégation a insisté sur l’impératif de préserver la scolarisation des enfants syriens et de financer la reconstruction du pays. 

La Chine a indiqué que l’examen parallèle des volets politique et humanitaire permet d’intégrer tous les aspects de la crise en Syrie.  Elle a dit attendre avec impatience la cinquième réunion de la Commission constitutionnelle en janvier, dont le travail doit rester indépendant et ne souffrir d’aucune ingérence extérieure.  La Chine a espéré que les Garants d’Astana contribueront au maintien du cessez-le-feu et que l’appel à un cessez-le-feu mondial sera entendu.  L’occupation étrangère et les activités terroristes sont à l’origine de la guerre en Syrie, a-t-elle ajouté, espérant que la communauté internationale renforcera ses efforts pour mettre fin au fléau du terrorisme.  

Au cours des derniers mois, les prix du carburant et du pain ont plus que doublé, ce qui rend la situation humanitaire plus difficile encore, s’est inquiétée la Chine.  Depuis des années, la Syrie traverse un conflit, souffre de sanctions unilatérales et d’une crise économique sans précédent, a-t-elle poursuivi.  Elle a rappelé qu’elle appuie l’assistance humanitaire transfrontière apportée par les Nations Unies, y compris en y contribuant financièrement.  Le mois dernier, elle a dit avoir organisé avec quatre autres États membres du Conseil une réunion en formule Arria sur les mesures coercitives unilatérales, lesquelles ont bloqué le bon déroulement des opérations humanitaires.  Vous pouvez, a conclu la Chine, visionner les vidéos de la réunion pour en savoir plus sur les répercussions des mesures coercitives sur la population et devenir ainsi solidaires des Syriens.  

Le Niger s’est félicité des derniers développements relatifs aux travaux de la quatrième session de la Commission constitutionnelle où les représentants du Gouvernement et ceux du Haut Conseil de négociation de l’opposition syrienne se sont retrouvés, pour convenir de l’agenda des travaux.  Bien que les positions n’aient quasiment pas évolué, l’atmosphère qui a caractérisé la dernière rencontre laisse augurer que les lignes pourraient très prochainement bouger, a estimé le Niger avant de se féliciter de l’annonce de la tenue de la cinquième session, comme convenu avec les coprésidents, du 25 au 29 janvier 2021, axée sur les textes fondamentaux.  Le Niger a appelé, à cet égard, les parties prenantes à s’engager activement et de bonne foi dans ces négociations, attendues depuis longtemps et qui suscitent beaucoup d’espoir, et à faire preuve d’ouverture pour faire avancer le processus politique, conformément à la résolution 2254. 

Au regard de la situation humanitaire, le Niger a dit que la Syrie doit pouvoir accéder aux produits de première nécessité et aux fournitures médicales essentielles, dont le manque aggrave la situation déjà extrême, avec des conséquences plus dommageables pour les populations syriennes innocentes que pour leurs autorités.  C’est pourquoi, le Niger a dit appeler une fois de plus à la levée des sanctions, afin de permettre à la Syrie de faire face à la situation humanitaire.  En conclusion, le Niger a reconnu, une fois de plus, le droit du Gouvernement syrien de lutter contre le danger que représentent les groupes terroristes, surtout devant des faits montrant les velléités de ces groupes criminels de profiter de la crise sanitaire actuelle pour se regrouper et reprendre leurs attaques.  « Cela est d’autant plus évident qu’on assiste à une multiplication des attaques dans le nord-ouest et le sud-ouest de la Syrie », a fait observer le Niger .   

L’Indonésie a déclaré que la priorité en Syrie est de répondre aux besoins humanitaires.  Toutes les parties doivent œuvrer pour garantir l’acheminement immédiat et sans entrave de l’aide humanitaire dans toute la Syrie, sur la base d’une évaluation des besoins faite par l’ONU, sans considération politique.  La délégation a noté que le point de passage pour l’aide transfrontalière de Bab el-Haoua continue d’opérer, avant de saluer l’adaptation des efforts des agences onusiennes pour surmonter les défis logistiques découlant de la réduction du nombre de points de passage.  Elle a exhorté toutes parties à s’accorder sur les modalités opérationnelles en ce qui concerne l’acheminement de l’aide au travers des lignes de front dans le Nord-Ouest.  L’Indonésie a ensuite jugé impératif un cessez-le-feu dans tout le pays, avant de saluer la tenue du cessez-le-feu dans la zone de désescalade d’Edleb.  « Les hostilités doivent cesser immédiatement. »  La délégation a noté avec satisfaction que la prochaine session de la Commission constitutionnelle doit se tenir le 25 janvier 2021 à Genève.  Tout en soulignant la difficulté de ce processus, elle l’a jugé « faisable », à condition que les parties s’engagent véritablement en sa faveur.  Enfin, l’Indonésie a déclaré que l’engagement de l’Envoyé spécial auprès de toutes les parties est essentiel à la recherche d’une solution politique au conflit. 

L’Afrique du Sud s’est dite profondément préoccupée par la situation humanitaire en Syrie et noté qu’après près d’une décennie de guerre, les Syriens sont prisonniers d’une spirale de désespoir et de dénuement qui ne cesse de s’aggraver.  La délégation a relevé que des millions de personnes sont maintenant vulnérables et ont besoin d’une aide humanitaire et que cette situation est exacerbée par la pandémie de COVID-19.  Parallèlement, la situation économique continue de se détériorer, obligeant l’ONU, ses agences et ses partenaires à fournir une aide humanitaire accrue pour répondre aux besoins d’un nombre croissant de personnes, s’est inquiétée l’Afrique du Sud, avant de souligner une aggravation inquiétante de l’insécurité alimentaire à l’approche de l’hiver. 

Dans ce contexte, elle a estimé que les sanctions ont exacerbé les situations économique et humanitaire.  L’Afrique du Sud a une nouvelle fois demandé au Secrétaire général et à l’OCHA d’examiner l’impact « direct et indirect » de ces sanctions.  Nous appelons à leur levée ou à leur assouplissement, en cette période difficile pour le peuple syrien, victime en fin de compte de ces mesures. 

Participant à sa dernière réunion sur la Syrie, en tant que membre non permanent du Conseil, l’Afrique du Sud a insisté sur le fait que le conflit ne peut être résolu que par la négociation, le dialogue et la mise en œuvre intégrale des dispositions de la résolution 2254 (2015).  Elle a appelé toutes les parties à donner la priorité au peuple syrien, à cesser toutes les violences et les hostilités et à s’engager pleinement dans le processus politique au nom de la paix, de la stabilité et de la prospérité à long terme de tous les Syriens. 

La République arabe syrienne a commencé par mettre en cause « l’état psychique » de son collègue allemand et indiqué qu’elle ne répondrait pas à ses « élucubrations ».  Elle a ensuite salué les membres non permanents sortants du Conseil.  À titre personnel, l’Ambassadeur syrien a indiqué qu’il faisait là sa dernière intervention devant le Conseil, car après plusieurs années à ce poste auprès des Nations Unies, il a été nommé Vice-Ministre des affaires étrangères de son pays.  Il en a profité pour dresser le bilan des travaux du Conseil sur de nombreuses questions à son ordre du jour, en particulier la situation au Moyen-Orient et en Syrie.  « Le peuple syrien aurait aimé entendre une lecture de la situation plus mûre de la part des membres du Conseil », a-t-il déclaré, estimant qu’il était temps de reconnaître « les graves erreurs commises par les politiciens occidentaux non seulement en Syrie, mais dans toute la région du Moyen-Orient, dans les Balkans, dans le génocide au Rwanda et ailleurs, et de cesser les aventures à la Don Quichotte ».  La Syrie, a-t-il rappelé, est un membre fondateur de l’ONU, elle a signé la Charte et a été membre du Conseil à quatre reprises.  

La délégation a dénoncé les raisons « inventées » par les États occidentaux pour expliquer comment la guerre syrienne a commencé, et ce, « après avoir créé dans des officines occidentales le soi-disant Printemps arabe ».  Ces pays ont occupé, tué, violé, pillé le patrimoine syrien.  Son représentant a précisé qu’au cours de ses fonctions, il a fait environ un millier de déclarations axées sur la primauté du droit international, sur le respect de la souveraineté de la Syrie et de son intégrité territoriale et la création d’une coalition internationale pour résoudre la situation.  Or, certains sont allés jusqu’à nier l’existence de Daech sur le territoire syrien, le qualifiant d’opposition légitime en Syrie, s’est-il indigné.  D’autres ont appelé la Syrie, et son allié russe, à lever le siège sur une région déterminée du pays.  « Dans le nord et dans l’ouest, c’est la Turquie qui occupe le territoire syrien », a accusé la délégation.  La Turquie alimente et arme des mercenaires et prive la population locale de tous les besoins de base, l’eau étant ainsi coupée depuis 20 jours.  Le Secrétaire général avait du reste attiré l’attention sur cette situation, il y a deux mois.  « Comble de l’absurde », la Turquie participe à des réunions du Conseil sur des territoires syriens qu’elle occupe.  La délégation a également évoqué la situation d’occupation étrangère israélienne du Golan syrien, couverte par l’Administration américaine actuelle pour changer la situation géographique du Golan, qui retournera un jour ou l’autre à la Syrie.  

Qu’ont fait les membres du Conseil pour résoudre ces questions? a demandé à la ronde le représentant syrien.  Pas grand-chose, selon lui, « rien, zéro », a-t-il encore affirmé à l’adresse des pays occidentaux, puisque 14 000 combattants étrangers viennent de ces États et que rien, ou presque, n’est fait à cet égard.  Il a aussi dénoncé les « punitions collectives » connues sous l’expression « mesures coercitives unilatérales » qui privent les Syriens de leurs besoins les plus élémentaires, y compris d’appareils d’imagerie médicale et de fil chirurgical dans le dessein de perpétuer les souffrances, d’aggraver la crise syrienne et d’empêcher un règlement politique intersyrien.  Il a déploré l’obstruction des travaux du Conseil par ces mêmes États, pour le transformer en un forum pour l’OTAN.  « Ce sont les États occidentaux qui ont détruit la Société des Nations et ce sont eux qui détruiront l’ONU ».  Les préparations sont en cours pour le cinquième cycle de la Commission constitutionnelle, a noté la Syrie, et le succès de celle-ci dépendra du rejet de toute ingérence étrangère, de tout calendrier à échéancier, et de conditions préalables.  La Commission constitutionnelle doit travailler dans une indépendance totale, a-t-elle conclu, insistant sur un « processus syrien ».  

L’Iran s’est dit pleinement engagé en faveur d’une solution politique à la crise syrienne.  C’est le message que notre Président et d’autres hauts responsables ont transmis au Ministre des affaires étrangères syrien lors de la récente visite à Téhéran et au cours de laquelle un large éventail de questions a été débattu, y compris les voies et moyens de préserver la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie et de réduire les souffrances du peuple syrien.  La Commission constitutionnelle doit continuer d’opérer sans ingérence ni pression extérieure, a poursuivi l’Iran, rejetant l’idée d’une date butoir « artificielle » pour la conclusion des travaux.  Il a estimé que le seul objectif du processus politique doit être de permettre au peuple syrien de décider, « seul », de l’avenir de son pays.  La souveraineté et l’indépendance de la Syrie doivent être respectées, a martelé l’Iran.  

Il a rejeté les visées séparatistes et les initiatives « illicites » d’autonomie, et exhorté toutes les forces étrangères non invitées par le Gouvernement syrien à quitter le pays, en particulier les Forces américaines qui suivent une « stratégie cachée ».  L’Iran a condamné les agressions continues d’Israël contre la Syrie, ajoutant que cet « aventurisme militaire » doit cesser. Il a voulu que les millions de réfugiés syriens ne soient pas pris en otage par certaines puissances.  Tout retard dans leur retour ne fera qu’aggraver leurs souffrances.  La pratique « inhumaine » des sanctions unilatérales, en particulier celles imposées par les États-Unis, doit cesser, a ajouté l’Iran. 

La Turquie a exhorté le Conseil de sécurité à demander la réouverture des postes frontières, avant que la crise humanitaire ne s’aggrave encore.  Elle a déploré le fait que les terroristes continuent d’exploiter l’approvisionnement en eau et en électricité pour servir leurs visées séparatistes, appelant à des mesures, d’autant plus que ces services sont cruciaux pour la lutte contre la pandémie. 

La Turquie a promis de maintenir son engagement dans le cadre du Processus d’Astana et a souligné l’importance de respecter le mandat et le règlement intérieur de la Commission constitutionnelle.  Le retour des réfugiés, a-t-elle estimé, est également important, même si le régime poursuit ses actes de violence.  La Turquie a dit poursuivre ses discussions avec la Fédération de Russie pour lever les obstacles au respect du cessez-le-feu.  Nous avons pris des mesures, a-t-elle affirmé, pour préserver la sécurité de la Syrie, au prix du bien-être de nos soldats dont certains viennent de perdre la vie. 

L’est et l’ouest de l’Euphrate sont devenus pour le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), la rampe de lancement des attaques contre nos forces, a accusé la Turquie.  Elle a également accusé des entités à l’est de l’Euphrate d’avoir libéré des membres de Daech et leur famille, et d’avoir organisé le procès de ces derniers, foulant au pied le droit international. 

La Turquie a conclu en attirant l’attention sur le sort des enfants syriens, plaidant pour qu’ils ne deviennent pas une génération perdue.  Elle a dit choisir le silence face aux allégations de la Syrie, « dont le représentant n’a aucune légitimité ». 

Dans une deuxième prise de parole, l’Allemagne a estimé « qu’au bout du tunnel, il n’y a pas de lumière » pour le peuple syrien.  Nous devons nous souvenir de la manière dont le conflit a éclaté en Syrie: des millions de Syriens demandaient des réformes, avec pour seule réponse la brutalité de leurs autorités. Ces millions de Syriens, a poursuivi l’Allemagne, étaient des citoyens ordinaires, pas des terroristes.  Elle a détaillé « la guerre brutale » menée par le « régime d’Assad » contre son propre peuple, caractérisée par les armes chimiques et la violence sexuelle. 

L’Allemagne a mentionné la déposition d’un témoin, lors du procès à Coblence d’un haut responsable syrien pour faits de torture.  Ce témoin a raconté comment il a dû transporter des milliers de corps suppliciés, y compris ceux de mères de famille, pour les ensevelir dans des fosses communes.  « Sans établissement des responsabilités, il n’y aura pas de reconstruction de la Syrie, ni physique, ni morale ».  L’Allemagne a accusé la Russie d’avoir contribué aux souffrances de milliers de personnes, en mentionnant un article du New York Times sur le bombardement d’hôpitaux en Syrie par des pilotes russes.  Faisant allusion à la tenue récente d’une séance du Conseil selon la formule Arria sur la question des sanctions, la délégation a déclaré que les sanctions de l’Union européenne n’entravent en rien l’entrée et l’acheminement de l’aide humanitaire en Syrie.  « Nous devons au peuple syrien de maintenir ce point à l’ordre du jour. »  Alors que l’Allemagne s’apprête à quitter le Conseil, la mission a exhorté l’Envoyé spécial à ne céder sur rien, avant de souligner l’importance de la lutte contre l’impunité.  Enfin, la mission a assuré que l’Allemagne continuera d’aider le « merveilleux peuple syrien ». 

Reprenant la parole pour réagir aux propos de l’Allemagne, la Fédération de Russie a avoué que les membres de sa Mission ont parié sur ce qu’allait dire la délégation allemande.  La Fédération de Russie a dit adhérer au diagnostic de l’Allemagne: la gravité des souffrances et le fait que le Conseil de sécurité a laissé tomber la Syrie.  Mais, a-t-elle nuancé, nous avons un avis différent sur les raisons de ce diagnostic.  C’est, a argué la Fédération de Russie, l’action « des pays occidentaux » qui est à l’origine de la situation actuelle.  La Fédération de Russie a douté des sources d’information comme le New York Times « que nous jetons à la poubelle », et les témoignages racontés par l’Allemagne. Mais invoquant un article de « Der Spiegel », elle a fait état d’informations selon lesquelles l’Allemagne aurait accueilli l’un de directeurs des Casques blancs syriens qui avait participé à des activités « extrémistes » dont le rapatriement a été refusé par le Ministère allemand des affaires étrangères lui-même.  La Fédération de Russie a invité les autorités allemandes à enquêter sur les actes des Casques blancs « sans hypocrisie ». 

« Nous connaissons vos manigances en formule Arria », s’est expliquée la Fédération de Russie.  « Pour tout vous dire, vous n’allez pas nous manquer » . « Cher Christophe », a-t-elle conclu en s’adressant au Représentant permanent de l’Allemagne, « grâce à vous, de nombreuses délégations qui soutenaient l’accession de votre pays à un siège permanent du Conseil de sécurité, ont changé d’avis, au bout de ces deux dernières années ».

La Chine a aussi repris la parole pour réagir aux propos de l’Allemagne.  Nous ne sommes pas surpris, a-t-elle avoué, de voir le Représentant allemand profiter de la fin de son mandat au Conseil de sécurité pour se livrer à un « cours magistral ».  Notre veto, a précisé la Chine, a été opposé à une résolution précise.  L’efficacité de l’aide en Syrie est en effet affectée, mais par les sanctions unilatérales, comme cela a été admis lors de la réunion en formule Arria, a révélé la Chine.  Elle a reproché au représentant « sa sélectivité et sa politique de deux poids deux mesures ».  Si l’Allemagne espère occuper un siège permanent au Conseil de sécurité, elle doit savoir que le chemin sera difficile, car sa performance ces deux dernières années a été loin d’être à la hauteur, a taclé la Chine. 

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