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SC/14336
26 octobre 2020

Conflit israélo-palestinien : les changements en cours au Moyen-Orient sont perçus comme un test de crédibilité pour le Conseil de sécurité

Le Conseil de sécurité a tenu aujourd’hui son dernier débat trimestriel de l’année sur le Moyen-Orient, présidé par le Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, M. Serguey Vleshinine.  Les progrès constitués par la normalisation des relations entre Israël et plusieurs États arabes ont été considérés comme un défi à la crédibilité du Conseil, dont la plupart des membres ont accueilli avec réserves un processus perçu comme une menace d’abandon de la position internationalement définie d’une solution des deux États. 

Pour cause de pandémie, le « débat public » était, comme en avril et en juillet, organisé sous la forme d’une visioconférence limitée aux 15 membres du Conseil et aux parties concernées -Israël et l’État de Palestine- ainsi qu’au présentateur, le Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, M. Nickolay Mladenov.  Les autres États Membres peuvent apporter des contributions, mais sous forme de documents écrits transmis à la Division des affaires du Conseil de sécurité et non repris dans le cadre de la couverture de la séance. 

Israël et les États-Unis ont particulièrement mis en avant la normalisation des relations entre Israël et plusieurs pays arabes.  La plupart des délégations avaient déjà eu l’occasion, lors de la réunion mensuelle du 29 septembre, de se féliciter du progrès en faveur de la stabilité régionale que constituaient alors les « Accords d’Abraham » entre Israël et les Émirats arabes unis d’une part, Bahreïn d’autre part.  Cette fois, c’est l’accord conclu avec le Soudan qui a été mis en exergue, d’autant plus que ce pays fut longtemps l’un des plus acharnés opposants à Israël. 

Les États-Unis ont présenté l’ensemble de ces progrès comme « le plus grand pas en avant dans la région, depuis 25 ans », dû à la diplomatie audacieuse du Président Trump.  Cette « approche créative » a permis d’aboutir à la « Vision pour la paix », présentée comme un plan « réaliste, détaillé et applicable », opposé à des visions jugées dépassées, comme le plan arabe de 2002, utile en son temps mais plus adapté aux nouvelles réalités de terrain. 

Les autres membres du Conseil se sont montrés plus circonspects, en premier lieu la Fédération de Russie, pour laquelle « les nouvelles relations entre Israël et quelques pays arabes ne feront pas disparaître la question palestinienne ».  Toute solution doit prendre en compte le peuple palestinien et les organisations régionales, a également souligné la Chine. 

Si M. Vershinin et plusieurs autres intervenants ont appelé à tout faire pour que les négociations entre les parties renaissent, les déclarations des deux principales parties concernées n’ont pas été marquées par la conciliation.  Le Vice-Ministre des affaires étrangères de l’État de Palestine, M. Riyad al-Maliki, a jugé « ridicule » de dire que c’est l’« intransigeance » de l’État de Palestine qui entrave le processus de paix, alors que c’est Israël qui occupe les territoires palestiniens ».  

Israël a rétorqué  «  que le Président Abbas avait refusé les trois propositions de paix faites par Israël, dont celle, généreuse, du Premier  Ministre Ehud Olmert en 2008 ».  La délégation israélienne a en outre marqué son désaccord avec la conférence internationale proposée par le Président Abbas et soutenue notamment par la Fédération de Russie, la Chine, la Tunisie et les autres membres non occidentaux du Conseil, la qualifiant de « distraction » pour laquelle « il perd son temps ».  Israël a rappelé en revanche l’invitation déjà formulée par son Premier Ministre à des négociations bilatérales, le plan de paix proposé par le Gouvernement américain –et refusé par les Palestiniens- étant qualifié d’ « excellent point de départ ».   

La plupart des délégations ont également déploré l’approbation par le haut conseil de planification israélien d’un projet de construction de près de 5 000 logements à l’intérieur de la Cisjordanie.  La France s’est inquiétée de la poursuite de la « dynamique d’annexion de facto » qu’Israël s’était engagé à suspendre.  Le Royaume-Uni a jugé « contre-productives » les colonies de peuplement dans lesquelles l’Allemagne a vu un « obstacle »  aux efforts de paix et à ceux visant  à  faire renaître la confiance entre les parties.  Pour sa part, la Belgique a déploré, dans le contexte de la pandémie, une hausse préoccupante des démolitions et des confiscations, y compris de structures humanitaires financées par elle-même et par l’Union européenne.  

Avec les évolutions en cours, pour la France « ce qui est en jeu, c’est la crédibilité du Conseil de sécurité, qui a endossé les paramètres de règlement du conflit israélo-palestinien », lesquels « sont connus et ne constituent pas une position idéologique déconnectée de la réalité ou appartenant à un passé révolu », mais une solution « réaliste à ce jour » pour assurer la stabilité de la région et autant la sécurité d’Israël que le droit à l’autodétermination des Palestiniens. La Chine, pour sa part, a rappelé que « ce qui manque, ce ne sont pas les déclarations et les beaux documents, mais le courage de tenir nos promesses et une conscience de nos responsabilités internationales ».  En revanche, Israël a déploré les « occasions ratées » par le Conseil ces deux derniers mois et l’a appelé à s’appuyer sur les accords de paix signés par Israël comme un catalyseur de paix dans la région pour faire la paix au Moyen-Orient.  

M. NICKOLAY MLADENOV, Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen Orient, a déclaré que la COVID-19 déstabilisait la société palestinienne et a rappelé les appels du Secrétaire général à un cessez le feu mondial pendant cette période particulièrement difficile.  Il a encouragé au recours à la diplomatie préventive pour éviter l’escalade et la guerre à Gaza, l’amélioration de la situation économique et sociale et sanitaire, ainsi que  la modernisation des relations économiques entre les deux pays, et souhaité un engagement résolu de la communauté internationale pour aider à rétablir des négociations crédibles en vue d’une solution des deux États.  

M. Mladenov a, en revanche, rappelé que le leadership des autorités Israéliennes et palestiniennes était nécessaire pour résoudre la situation, notant qu’Israël avait accru ses restrictions dans la bande de Gaza pendant cette période et instauré l’état d’urgence dans les territoires palestiniens occupés.   

Mentionnant l’aide apportée par l’INU dans la réponse à la pandémie, dont plus de 100 000 tests et de respirateurs, le Coordonnateur spécial a insisté sur le fait que l’ONU ne « peut prendre en charge les responsabilités des autorités palestiniennes et Israéliennes » et ne peut s’acquitter de cette tâche qu’à titre provisoire.  

Il a en outre demandé plus d’aide des États Membres en raison de la situation économique locale, qui « sape la viabilité de l’autorité palestinienne  », et noté que le refus par l’autorité palestinienne de la coordination économique et sociale avec Israël avait provoqué un effondrement de ses recettes fiscales, induisant une situation grave, dont la médiation de l’ONU pourrait favoriser la résolution.  

Le Coordonnateur spécial a aussi déploré la construction par Israël de 5 000 logements, à 85% situés en dehors de la zone légale, mouvement dans lequel il a vu un acte de colonisation qui sape la solution des deux États du conflit et provoque des déplacements de population et des démolitions de structures nocives pour un rapprochement des deux parties.  

M. RIYAD AL-MALIKI, Ministre des affaires étrangères de l’État de Palestine, a déclaré que le droit à la sécurité d’Israël ne justifiait pas son droit à occuper le territoire d’un peuple entier au mépris du droit international.   Rien ne justifie que le droit à la sécurité du peuple palestinien soit bafoué, a-t-il lancé.   

M. al-Maliki a ensuite déclaré qu’il était « ridicule » de dire et de laisser penser que c’est l’État de Palestine qui refuse les négociations, alors que sa position « de toujours » reste conforme et en harmonie avec les positions de la communauté internationale.   Il est également « ridicule » de dire que c’est l’« intransigeance » de l’État de Palestine qui entrave le processus de paix, alors que c’est Israël qui occupe les Territoires palestiniens.  Or, la position du Premier Ministre israélien est connue : Israël doit contrôler les terres, les frontières, les ressources palestiniennes.  Israël doit également s’étendre jusqu’à Jérusalem-Est, a accusé le Ministre, ajoutant que tel était la véritable source du problème : Israël n’a jamais souhaité négocier et ce, depuis des décennies.    

Face à cette réalité, la communauté internationale doit renoncer aux recettes du passé, a poursuivi M. al-Maliki.  Il ne faut plus chercher à « encourager » les parties à discuter, mais appliquer le droit international.   Il ne suffit plus de déclarer que les colonies israéliennes sont illégales, mais chercher à établir les responsabilités.   Il ne suffit plus de soutenir la solution des deux États, mais reconnaître l’État de Palestine, a-t-il plaidé.    

Pour le Ministre des affaires étrangères, le peuple palestinien aurait pu répondre à la position israélienne par la violence, il ne l’a pas fait.   Si nous sommes punis pour avoir fait de tels choix, pourquoi Israël est récompensé pour ses positions ?   Qu’est-ce que l’on cherche à promouvoir ? La paix ou l’occupation ?  S’est-il interrogé. En ce qui le concerne, l’Autorité palestinienne, par la voix du Président Mohammed Abbas, cherche encore et toujours la paix, a affirmé M. al- Maliki.  L’initiative du Président Abbas, qui appelle à la tenue d’une conférence internationale est la réponse de l’État de Palestine pour la paix, a-t-il poursuivi, demandant qu’on la soutienne.    

M. al-Maliki a réaffirmé que la politique israélienne consistait à contrôler le plus de terres palestiniennes possibles, avec le moins de Palestiniens possible.   « Un maximum de terres palestiniennes, un minimum de Palestiniens », a-t-il résumé, ajoutant que cette politique se matérialisait avec l’annonce récente de la construction de 5 000 nouvelles unités de logement en Cisjordanie.   Or, il n’y a pas une « seule personne de trop au Moyen-Orient; il manque un État au Moyen-Orient. »   On ne peut nier cette réalité, qui est qu’il n’y aura pas d’État palestinien tant qu’Israël contrôlera les terres palestiniennes et que ses drones patrouilleront dans son ciel, a-t-il conclu.   

Israël a déclaré que le Conseil devrait être un modèle dans la manière dont les pays laissent de côté leurs divergences pour s’unir.  Il a déploré les « occasions ratées » par le Conseil ces deux derniers mois pour faire la paix au Moyen-Orient.  Certains disent que le Conseil a une approche biaisée contre Israël et serait une cause perdue, a déclaré la délégation, en déplorant que le Conseil laisse de côté des questions critiques. 

La délégation a cité les accords de paix signés récemment par quatre pays dans une région troublée, en soulignant le dernier accord signé par Israël avec le Soudan.  Le Soudan, qui a longtemps incarné le refus du monde arabe de l’État hébreu, incarne aujourd’hui son acceptation, a-t-elle fait valoir.   L’accord signé avec le Soudan est un jalon pour avancer vers d’autres accords, a encore affirmé la délégation, qui a prôné pour la région une approche pragmatique, débarrassée des « demandes irréalistes et des préjugés ».  Les Palestiniens ont attaqué le Bahreïn, les Émirats arabes unis et maintenant le Soudan pour avoir signé des accords avec Israël, en les qualifiant de traîtres, a regretté Israël.   « Mais tout le monde peut voir que les Palestiniens ne sont plus soutenus par les pays arabes depuis des années », a ajouté la délégation.   

  La mission a indiqué que le Président Abbas avait refusé les trois propositions de paix faites par Israël, dont celle, « généreuse », du Premier Ministre Ehud Olmert en 2008.  La conférence de paix qu’il souhaite est « une distraction », parce qu’il sait que cela n’instaurera pas la paix, a déclaré Israël, pour qui « il faut des négociations directes unilatérales ».  « Abbas perd son temps en demandant une telle conférence », a poursuivi la délégation, en rappelant l’invitation faite par le Premier Ministre israélien de le rencontrer. Israël juge que le plan de paix américain est un excellent point de départ.  

Israël a ensuite dénoncé la force déstabilisatrice que constitue l’Iran dans la région, en « remerciant » ironiquement ce pays, dont les actions « brutales » ont permis aux forces modérées de serrer les rangs et ainsi contribué aux accords récemment signés.  « Le projet d’une hégémonie chiite dans la région doit être au cœur de nos préoccupations », a ajouté la délégation.  Israël a souligné la nécessité d’empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire, avant de s’interroger sur la volonté de paix de la grande majorité des membres de ce Conseil, qui sont prêts à laisser l’embargo sur les armes contre l’Iran expirer.  Elle a au contraire appelé à l’union face à l’Iran, qui pose une « menace existentielle » dans la région.   La délégation s’est en outre demandée pourquoi tous les membres du Conseil n’avaient pas classé le Hezbollah comme organisation terroriste.  Le Conseil doit s’appuyer sur les accords de paix signés par Israël comme un catalyseur de paix dans la région, a conclu la délégation.  

M. SERGEY VERSHININ, Vice-Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a déclaré que la situation au Moyen-Orient restait une source de problème au plan international, tant elle sert parfois de prétextes à de nombreuses organisations terroristes qui menacent la paix et la sécurité internationales.   Cette situation est également source de nombreuses souffrances pour la diaspora et les populations civiles tant palestiniennes qu’israéliennes.   

La Fédération de Russie, qui a des liens avec tous les acteurs de la région, estime que la normalisation de leurs relations est la clef de la paix.  Cependant les nouvelles relations entre Israël et quelques pays arabes ne feront pas disparaître la question palestinienne, a prévenu M. Vershinin, qui a appelé à tout faire pour que les négociations entre les parties renaissent.  Le but doit être la mise en œuvre de la solution des deux États, la création d’un État de Palestine, a-t-il ajouté.  Il faut également discuter des questions finales, notamment celles du partage de l’eau et le retour des réfugiés.   

 Cependant, cela ne suffira pas si les parties elles-mêmes ne s’engagent pas dans un dialogue, a averti le Vice-Ministre.  Pour la Fédération de Russie, le Quatuor de médiateurs internationaux du Moyen-Orient créé par les Nations Unies peut et doit jouer son rôle pour aider les protagonistes à mener des négociations sur une base acceptable.  La Fédération de Russie, en tant que membre de ce format, est prête à travailler avec ses partenaires à cet objectif.  Elle soutient donc l’initiative du Président Abbas de réunir une conférence internationale avec la participation des parties prenantes.  La Fédération de Russie reste également prête à accueillir à Moscou une rencontre de haut niveau entre Palestiniens et Israéliens.   Quoi qu’il en soit, elle reste aussi d’avis que les résolutions des Nations Unies, de même que le document final de la Conférence de Madrid de 1991 restent de précieux outils et cadres pour aborder les questions pertinentes, a conclu M. Vershinin.   

M. DANG MINH KHOI, Vice-Ministre des affaires étrangères du Viet Nam, s’est dit très préoccupé par les conséquences de la pandémie, notamment à Gaza.  Il a appelé la communauté internationale à aider le peuple palestinien à surmonter les crises multiples auxquelles il est confronté.  Il a demandé une aide accrue à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA). 

La pandémie n’a pas réduit la violence, qui reste omniprésente, a déploré le Vice-Ministre, qui a dénoncé la poursuite des démolitions de structures palestiniennes en Cisjordanie.  Il a estimé que le retour de la stabilité était un préalable, y compris à la tenue d’élections palestiniennes.  Le Vice-Ministre a appuyé tous les efforts pour la paix, y compris l’appel du Président Abbas de l’État de Palestine ne vue de la tenue d’une conférence internationale réunissant toutes les parties concernées.  Le règlement de la situation au Moyen-Orient devra se faire dans le respect du droit international, a rappelé le Vice-Ministre. Celui-ci a réaffirmé l’attachement de son pays à la lutte juste du peuple palestinien en vue de la réalisation de ses droits inaliénables et de la solution des deux États.  

M. MOHAMED ALI NAFTI, Secrétaire d’État aux affaires étrangères de la Tunisie, a rappelé le soutien de son pays à la cause palestinienne.   Dans ce contexte, la Tunisie appelle à une intensification des efforts internationaux pour aider les Palestiniens à réaliser leurs droits légitimes.   Cela inclue la création d’un État palestinien souverain avec Jérusalem-Est pour capitale, a-t-il dit.   

Faisant allusion à la proposition du Président de l’Autorité palestinienne, M. Abbas, de convoquer une conférence internationale de paix, M. Nafti a assuré que l’on se trouvait aujourd’hui devant une « réelle opportunité de faire des progrès ».   La Tunisie appuie un tel effort, tant il est conforme à l’objectif d’une solution des deux États.   La Tunisie demande également à ce que davantage d’efforts internationaux soient déployés pour contraindre Israël à mettre fin à son occupation.   Tout plan d'annexion israélien doit être rejeté, « une fois pour toutes », a plaidé le dignitaire tunisien, avant de souligner «  l’inhumanité » de la situation à Gaza, particulièrement dans le contexte de la COVID-19.   

Les États-Unis ont déploré qu’on entende la même rhétorique lors de ce énième débat sur le sujet du Moyen-Orient.  Il faut mettre un terme à cette rhétorique, les Juifs et les Arabes sont les enfants d’Abraham, ils méritent la paix, a déclaré la délégation.  Elle a salué les accords de paix récemment signés par Israël avec trois pays de la région, dont le Soudan, un pays qui auparavant accueillait des terroristes voulant la destruction d’Israël.  « La conversation évolue dans la région et un nouveau chapitre s’ouvre », a affirmé la délégation, qui a regretté que nombre de membres du Conseil s’enferment dans leurs positions, avant de louer la « diplomatie audacieuse » de l’Administration Trump, qui a permis « le plus grand pas en avant dans la région, depuis 25 ans ».  

Cette même approche créative a permis d’aboutir à la « Vision pour la paix », qui est un plan « réaliste, détaillé et applicable », a affirmé la délégation.  Elle a noté les réticences de certains devant ce plan, avant de rappeler que les accords se jouent sur des détails et de demander aux Palestiniens de faire part de leurs observations sur la base de ce plan.  « La table des négociations est dressée pour deux, il est temps d’agir », a-t-elle ajouté.   

Pour les États-Unis, l’initiative de paix arabe date de 2002 et, si elle a apporté une contribution utile à l’époque, elle ne constitue pas une base pour la paix aujourd’hui.  « Il faut progresser et la Vision pour la paix le permet », a affirmé la délégation.  Elle a marqué son opposition à l’adoption de résolutions basées sur des préjugés à l’endroit d’Israël, dont « le libellé est inchangé depuis des années » et qui nuisent à la paix.  Elle a appelé à faire preuve de créativité et à faire fond sur la Vision pour la paix, présentée comme une occasion à ne pas laisser passer.  Elle s’est demandé en quoi la demande de la tenue d’une nouvelle conférence internationale faite par le Président Abbas différait de la tenue d’autres conférences par le passé.   « Nous ne pouvons pas continuer à faire la même chose », a-t-elle répété.  

Rappelant que la question palestinienne est à la racine des problèmes du Moyen-Orient, la Chine s’est dit heureux de constater que « la stabilité semble en vue » avec de nouvelles initiatives venues de l’Autorité palestinienne.  Mais il a regretté l’escalade des violences à Gaza et la construction de 5 000 logements en Cisjordanie.  Rappelant que l’on ne peut revenir sur la solution des deux États, le représentant a ajouté que les résolutions existantes doivent être appliquées et que les deux parties doivent poursuivre leurs choix stratégiques en faveur de négociations, en particulier par l’abandon des projets de colonisation.  

« Ce qui manque, ce ne sont pas les déclarations et les beaux documents, mais le courage de tenir nos promesses et une conscience de nos responsabilités internationales », a affirmé le représentant.  Toutes les parties doivent s’efforcer de faire progresser le processus de paix, sachant que toute solution doit prendre en compte le peuple palestinien et les organisations régionales.  Il a ainsi rappelé que le Président Abbas a demandé une conférence internationale et soutenu son appel, en saluant les actes de réconciliation intrapalestiniens en cours.  Du point de vue économique, le représentant chinois a noté que la pandémie a aggravé la situation humanitaire et sanitaire déjà précaire.  Il a donc encouragé les deux parties à négocier l’arrêt de la collecte de recettes fiscales par l’Autorité palestinienne et à rétablir la circulation, ainsi qu’à en finir avec les violences et les démolitions.  Soulignant l’aide de la Chine aux Palestiniens et aux pays de la région dans la lutte contre la pandémie, le représentant a réitéré le plan en quatre points du Président Xi Jinping pour la paix au Moyen-Orient. 

Saint-Vincent-et-les Grenadines a déclaré que le « seul moyen » de parvenir à une paix durable passe par la mise en œuvre et le respect des paramètres internationaux repris dans les résolutions des Nations Unies.  Israël et la Palestine doivent donc faire preuve de bonne foi et être sincères pour faire renaître la paix.  Or, cela fait 53 ans qu’Israël occupe les territoires palestiniens.  La communauté internationale doit tout faire pour faire cesser cette situation.  De ce fait, Saint-Vincent-et-les Grenadines soutient la proposition du Président Abbas d’organiser une conférence internationale avec les parties prenantes, et espère voir la solution des deux États devenir prochainement une réalité, a conclu la représentante.  

La Belgique a noté l’annonce par le Conseil supérieur de la planification d’une expansion significative de plus de 5 000 logements dans les colonies en Cisjordanie, se déclarant particulièrement inquiète devant ces développements qui compromettent la viabilité et la contiguïté territoriale d’un futur État palestinien avec Jérusalem comme capitale des deux États.  La déléguée a déploré, dans le contexte de la pandémie, une hausse préoccupante des démolitions et des confiscations, y compris de structures humanitaires financées par la Belgique et l’Union Européenne, ajoutant que suite aux expulsions, « le déplacement forcé de ces populations constituerait une violation claire des obligations humanitaires d’Israël en tant que force occupante ».  Préoccupée par l’accroissement des tensions entre les colons israéliens et les palestiniens, la Belgique appelle à lutter contre l’impunité des auteurs de violence et demande à Israël d’assumer ses responsabilités pour assurer la sécurité de la récolte des olives, une activité économique clef pour les palestiniens. 

La déléguée a regretté que malgré la suspension des plans d’annexion de parties du territoire palestinien occupé, « l’annexion de facto continue sans relâche ».  Rappelant que ces actes minent la confiance nécessaire à un dialogue crédible, elle a encouragé toutes les parties à mettre fin aux actes unilatéraux et à rétablir la coopération dans le plein respect du droit international.  Elle a aussi demandé que toutes les factions palestiniennes investissent dans la réunification de Gaza et de la Cisjordanie sous une autorité unique, légitime et démocratique avec la tenue d’élections en Cisjordanie, y compris à Jérusalem-Est et à Gaza. 

Par ailleurs, la Belgique salue l’annonce de la normalisation des relations entre Israël et le Soudan, propice à une nouvelle dynamique régionale.  La déléguée a conclu en exprimant son soutien au Bureau du haut représentant pour les droits de l’homme en Territoire palestinien occupé et a mentionné la détention administrative de M. AL-Akhras, qui doit rester une mesure « exceptionnelle » et prendre en considération les droits de la défense à un procès équitable. 

L’Allemagne a dit partager l’opinion selon laquelle la paix entre Israël et l’État de Palestine ne peut être atteinte que dans le plein respect des résolutions des Nations Unies et les paramètres convenus.  La délégation a dit, en revanche, ne pas partager l’avis selon lequel les anciennes résolutions ne sont plus d’actualité.  En suivant le même raisonnement, on pourrait dire la même chose de nos lois et constitutions, a relevé l’Allemagne en arguant cependant que leur ancienneté ne leur fait pas perdre en validité. 

L’Allemagne a déclaré que les colonies de peuplement restent un « obstacle » et sapent les efforts de paix et ceux visant à faire renaître la confiance entre les parties.  L’Allemagne a donc appelé Israël à faire cesser toute construction de nouvelles unités de peuplement en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.  L’Allemagne ne reconnaîtra aucune ligne allant au-delà des frontières de 1967, sauf accord entre les deux parties, a prévenu la délégation avant d’appeler les parties à respecter la résolution 2334 (2016) du Conseil de sécurité. 

La République dominicaine a rappelé que la responsabilité du Conseil de sécurité sur ce dossier est d’appuyer tous les efforts de stabilisation, dont les accords signés par Israël avec trois pays de la région.  Elle a appuyé la tenue d’une conférence internationale sur le sujet, dont le format doit être débattu.  Elle a déploré la gravité de la situation humanitaire à Gaza et appelé à remédier aux besoins humanitaires, par le biais notamment d’un appui renforcé à l’UNRWA.  Elle a enfin appuyé des approches neutres et réalistes pour une paix durable au Moyen-Orient, dont le cœur est une solution négociée.  Le seul chemin à suivre pour les deux parties est de négocier ensemble la solution des deux États, a conclu la mission dominicaine.  Par ailleurs, la déléguée a souligné l’aggravation continue de la situation au Liban et demandé le renforcement de la gouvernance dans ce pays.  « Notre solidarité avec ce pays doit être totale. » 

Le Niger a lui aussi dit sa préoccupation après les annonces du Gouvernement israélien qui compte relancer les colonies de peuplement en Cisjordanie.  Cette décision risquant de mettre à rude épreuve la confiance entre parties, Israël doit donc renoncer à cette décision.  La communauté internationale, et le Quatuor en particulier doivent de leur côté, déployer tous les efforts voulus pour mettre en œuvre la solution des deux États voulus par les résolutions des Nations Unies. Toute autre solution ne serait pas viable, a prévenu le représentant.  

Le Royaume-Uni a marqué son soutien au rétablissement des relations d'Israel avec les Émirats arabes unis et avec le Soudan qui constitue un nouvel élan pour la paix dans la région.  Il a souhaité que les Palestiniens restaurent des relations avec Israël et pour cela que les deux parties mettent fin aux problèmes sur le terrain. À cet égard, la délégation a déploré la construction de 5 000 logements par Israël en Cisjordanie, un « acte contre-productif ».  Le Royaume-Uni s’est opposé à cette colonisation et à la démolition de structures palestiniennes qui a lieu à un rythme « effréné » regrettant particulièrement la destruction d’une école palestinienne. 

La délégation britannique a noté qu’Israël doit apporter la sécurité aux populations palestiniennes, mais a déploré la découverte de tunnels vers Israël et les attaques à la roquette contre les civils israéliens.  Elle a prôné des mesures visant au rétablissement de la confiance avec le retour de la circulation des biens et des personnes, réitéré le soutien du Royaume-Uni à une solution des deux États et appuyé les efforts internationaux et régionaux qui peuvent y contribuer. Mais elle a rappelé en conclusion qu’aucun effort international ne peut se substituer aux efforts des Palestiniens et des Israéliens en vue de la reprise des négociations pour la paix. 

L’Indonésie a déploré l’approbation par les autorités israéliennes de la construction de 5 000 nouvelles unités de logement dans le Territoire occupé israélien.  « Ce développement n’est ni surprenant, ni nouveau », selon elle.  Pour l’Indonésie, cette annexion rampante montre que le projet d’annexion d’Israël est bel et bien réel et qu’il avance.  La délégation a estimé que l’expansion des colonies de peuplement viole les résolutions du Conseil, dont la résolution 2334 (2016).  Les violations d’Israël découlent de décennies d’une impunité systématique, a estimé l’Indonésie.  « Nous, communauté internationale, devons agir ensemble pour mettre un terme à cette impunité. »  La délégation a indiqué qu’une approche unilatérale est non seulement injuste mais aussi impuissante pour aboutir à une solution au conflit.  Elle a défendu un engagement direct entre les parties au conflit.  Elle a appuyé l’appel du Président Abbas en vue de la tenue d’une conférence internationale sur le sujet.  Enfin, l’Indonésie a demandé l’apport d’un appui politique et d’un financement pérenne à l’UNRWA. 

La France a dit devoir rappeler chaque mois que les paramètres du règlement du conflit Israélo-palestinien sont connus : deux États, vivant en paix et en sécurité, à l’intérieur de frontières sûres et reconnues sur la base des lignes de 1967, ayant tous deux Jérusalem pour capitale.  Selon la France, il ne s’agit pas d’une « position idéologique déconnectée de la réalité et appartenant à un passé révolu » mais de la seule solution réaliste pour assurer la stabilité de la région et notamment la sécurité d’Israël « avec laquelle la France ne transigera jamais ».  La délégation a aussi rappelé que le droit des palestiniens à l’autodétermination est inaliénable.  Pour la France, la « crédibilité du Conseil est en jeu », car il a endossé ces paramètres et est le garant du droit international.  La France et ses partenaires européens, a rappelé la délégation, ont salué les accords de normalisation entre Israël, les Émirats arabes unis et le Bahreïn en souhaitant qu’ils puissent contribuer à la stabilité de la région.  La France a décrit comme une étape positive la suspension par Israël de ses projets d’annexion, appelant ce pays à en faire une mesure définitive. 

Elle s’est toutefois inquiétée de la dynamique d’annexion de facto des territoires occupés à l’œuvre sur le terrain, notamment la construction de 4 900 logements dans les colonies de Cisjordanie, « une violation flagrante du droit international et un obstacle à une paix juste et durable ».  Cette décision s’ajoute au lancement de la procédure de soumission des offres pour la construction de nouvelles unités à Givat Hamatos, prévu le 2 novembre.  Les taux record de démolitions de structures palestiniennes, y compris à Jérusalem-Est, sont également inquiétants, selon la France qui a appelé à cesser les démolitions.  « C’est ce que nous avons réaffirmé avec l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni, le 16 octobre dernier. »  La France est prête, avec ses partenaires européens et arabes, à accompagner la reprise progressive des discussions, sur la base d’engagements concrets et réalistes de la part des deux parties, et à soutenir toute initiative s’inscrivant dans le cadre des paramètres agréés et du droit international. 

La France a par ailleurs encouragé M. al-Maliki à poursuivre les efforts entamés en matière de réconciliation interpalestinienne et salué l’engagement du Président Abbas à organiser des élections sans plus attendre « pour répondre aux demandes démocratiques et faire avancer la paix ».  Elle a réitéré son appel à tous les États Membres, notamment les partenaires du golfe, à financer l’UNRWA, agence qui est essentielle en période de COVID et pour laquelle la France a doublé sa contribution depuis 2017.  Le Conseil de sécurité doit travailler à la relance d’un processus de paix au point mort depuis 2014, a conclu la délégation en appelant à sa responsabilité en tant que garant de la paix et de la sécurité internationales. 

L’Estonie a dit se féliciter de la normalisation des relations entre Bahreïn, les Émirats arabes unis et le Soudan, y voyant « des étapes positives et historiques ».  Elle s’est également félicitée de la décision d’Israël de suspendre la construction de nouvelles implantations coloniales en Cisjordanie.  Il est à souhaiter, selon l’Estonie, que ces événements déclenchent un élan pour la reprise des négociations entre Israël et l’État de Palestine.  La délégation a également rappelé la position de son pays, à savoir que l’Estonie est en faveur de la solution des deux États, dans le plein respect des préoccupations sécuritaires d’Israël.  

Sur un autre sujet, l’Estonie a pris bonne note des engagements des factions palestiniennes dans le contexte des élections.  Il est à espérer qu’elles respecteront ces engagements, a dit la délégation. 

L’Afrique du Sud a déploré la poursuite par Israël de ses activités de colonisation illégales, 2020 ayant été l’année de la plus forte expansion depuis 2012.  Si Israël a, selon des accords bilatéraux récents, agréé la suspension de ses projets d’annexion, la poursuite des activités de colonisation est en contradiction avec lesdits accords, qui n’ont pas allégé l’occupation.   L’Afrique du Sud s’interroge donc sur la pertinence de tels accords pour l’instauration de la paix, ajoutant qu’une annexion de fait se poursuit, Israël n’ayant aucune intention d’y renoncer.  

L’Afrique du Sud s’est interrogée sur la manière radicalement différente avec laquelle le Conseil de sécurité règle une question par rapport à une autre, comme cela peut se constater cette semaine s’agissant de la Palestine et du Sahara occidental.  « Israël continue de violer les résolutions du Conseil et le droit international; pourquoi dès lors n’y a-t-il eu aucune action afin qu’Israël rende des comptes? », a demandé la délégation.  L’Afrique du Sud a jugé inacceptable cette approche de deux poids, deux mesures et souligné la nécessité pour ce Conseil de demeurer impartial. 

L’Afrique du Sud appuie l’appel du Président Abbas en vue de la tenue d’une conférence internationale réunissant toutes les parties concernées sur un véritable processus de paix.  « Aucun plan ou initiative de paix ne peut réussir si toutes les parties au conflit ne sont pas impliquées dès le début dans des pourparlers sur un pied d’égalité », a conclu la délégation. 

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