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SC/14334
21 octobre 2020

Kosovo : les membres du Conseil de sécurité  saluent la reprise du dialogue entre Pristina et Belgrade et les invitent à la normalisation

Après la reprise de leur dialogue sous l’égide de l’Union européenne, interrompu pendant 20 mois, et la conclusion d’un accord économique sous les auspices des États-Unis, la Serbie et le Kosovo ont été invités aujourd’hui à s’engager de bonne foi vers la conclusion d’un accord juridiquement contraignant de normalisation qui seule permettra leur intégration européenne.  Le ton des représentants des deux parties concernées n’avait toutefois rien de conciliant. 

Lors d’une séance organisée en visioconférence, le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK), M. Zahir Tanin, a présenté le dernier rapport en date du Secrétaire général S/2020/964 sur la MINUK, qui fait notamment état de la reprise du dialogue entre Belgrade et Pristina depuis sa suspension en novembre 2018.  

 M. Tanin a détaillé aux membres du Conseil la chronologie des événements.  Il a ainsi expliqué que la suppression des mesures douanières imposées par le Kosovo sur les marchandises en provenance de la Serbie et de la Bosnie-Herzégovine  avait  donné à la reprise du dialogue un élan qui a été accéléré avec la nomination, le 3 avril, d’un nouveau représentant spécial de l’Union européenne, M. Miroslav Lajčák.   Le 10 juillet, la France et l’Allemagne ont organisé des réunions virtuelles avec le Président de la Serbie, M. Aleksandar Vučić, et le Premier Ministre du Kosovo, M. Avdullah Hoti, suivie d’une autre, le 12 juillet, sous la présidence de l’Union européenne.  Puis, le 4 septembre, c’est sous les auspices des États-Unis que MM. Hoti et Vučić se sont rencontrés à Washington, où ils ont signé des engagements distincts dans lesquels ils conviennent d’avancer dans la normalisation économique.  Pristina et Belgrade ont également accepté de suspendre, pour une période d’un an, leurs campagnes respectives de reconnaissance et de non-reconnaissance. 

Ces développements ont été bien accueillis.  Le Niger a vu dans la reprise du dialogue une étape décisive dans la normalisation des relations, avant de rappeler que, dans tout processus de paix, le renforcement de la confiance, le partenariat et la coopération étaient d’une importance capitale.   Une normalisation, dans la confiance, tout en faisant face au passé est la « clef » de l’unité et de la stabilité, a concouru l’Afrique du Sud, tandis que la Tunisie appelait les parties à mettre de côté leurs divergences pour améliorer le climat de confiance et écarter tout risque d’exacerbation des tensions. 

Les États-Unis ont souligné « l’immense courage » dont on fait preuve les dirigeants des deux camps, en signant un «  accord historique  », qui permettra de donner une perspective économique et un nouvel élan à la réconciliation dans la région.  

Les pays membres de l’Union européenne membres du Conseil de sécurité, France et Allemagne en tête, qui ont regretté que M. Lajčák n’ait pas été invité à la réunion, ont redit leur souhait de voir des progrès concrets: les parties doivent faire preuve d’esprit de consensus, s’investir de bonne foi dans l’intérêt supérieur des deux pays.  Il est essentiel que tous les sujets contentieux soient traités, y compris les plus sensibles, a ajouté la France, qui a cité la question récurrente de l’Association des municipalités à majorité serbe du Kosovo, prévue dans les accords européens et de 2012 mais jamais mise en œuvre par Pristina, ce que n’a pas manqué de dénoncer une fois de plus le Ministre des affaires étrangères de Serbie, M. Ivica Dačić.  

 La conclusion d’un accord global, définitif et juridiquement contraignant est indispensable pour que les deux parties puissent continuer à progresser sur la voie de l’intégration européenne, a prévenu la Belgique.  La France a observé pour sa part que la Serbie et le Kosovo avaient un avenir européen commun, l’Union européenne étant le premier partenaire commercial, premier investisseur et donateur des deux pays.  Il suffirait que la Serbie reconnaisse le Kosovo comme État, a suggéré l’Allemagne. 

Mais ce qui a été une nouvelle fois présenté comme un « fait irréfutable  et irréversible  » par la représentante du Kosovo –« le Kosovo est un État pleinement indépendant et souverain, l’acceptation de cette réalité est la seule base d’un règlement des problèmes qui divisent la Serbie et le Kosovo  »- a été tout aussi violemment exclu par M. Dačić, qui a longuement dénoncé les exactions commises à l’encontre des Serbes du «  Kosovo-Metohija  ». 

En attendant, les États-Unis continuent de penser qu’une mission des Nations Unies au Kosovo au titre du Chapitre VII de la Charte n’est pas nécessaire.  Ils se sont donc dit « déçus » du refus de mettre fin à la MINUK, mission jugée « caduque » par Pristina mais âprement défendue par la Serbie et, au sein du Conseil, par la Fédération de Russie.    

 Tout en disant soutenir les efforts de médiation des États-Unis et de l’Union européenne, la Russie a estimé qu’aucun ne parvenait à faire respecter à la « province du Kosovo »  ses engagements issus des accords existants.   En tout état de cause, la Fédération de Russie, tout comme la Chine, estime que toute solution à ce problème doit trouver racine dans la résolution 1244  (1999).  Toute tentative d’imposer d’autres solutions ne donnera pas les résultats escomptés, a prévenu la Fédération de Russie.  

M. ZAHIR TANIN, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK), a indiqué qu’au cours des sept mois écoulés, plusieurs défis concomitants s’étaient posés, à commencer par l’actuelle pandémie mondiale.  Il a expliqué que la crise de  COVID-19 avait traversé plusieurs phases au Kosovo, la réponse initiale ayant été marquée par des mesures strictes et des confinements pour ensuite arriver à une approche accordant la priorité au redressement économique.  À présent, la pandémie connait une nouvelle période de hausse de cas.  Le haut fonctionnaire a ajouté que le Gouvernement du Premier Ministre Kurti avait maintenu des mesures de confinement strictes durant son court mandat, puis son successeur, M. Avdullah Hoti avait continué à alléger les mesures et à se concentrer davantage sur le relèvement économique.  Les deux gouvernements ont été confrontés à la réalité d’une infrastructure de santé publique insuffisante et sous-équipée pour répondre à la propagation rapide du coronavirus, ce qui a affecté tous les aspects de la riposte, depuis l’hospitalisation au traitement, en passant par les tests et le traçage ainsi que par la mise en œuvre de tout autre mesure préventive. 

Il va sans dire, a poursuivi M. Tanin, que les conséquences socioéconomiques ont été sévères.  Qualifiant de « grave choc » subi tant par le secteur formel qu’informel du Kosovo, il a souligné que celui-ci avait surtout affecté les jeunes et leur éducation, de même que les femmes et les communautés vulnérables, sans compter l’effet psychologique négatif, largement ressenti au sein de la société tout entière.  Dans cette bataille, le Kosovo n’était pas seul puisque la communauté internationale a veillé au renforcement de ses capacités professionnelles et institutionnelles.  Ainsi, en septembre, la Commission européenne a approuvé une enveloppe d’assistance financière de 138 millions d’euros, dont 50 millions pour la réponse directe à la COVID-19.  Quant à la MINUK, sa priorité a été d’apporter un soutien direct à la population, aux institutions et aux communautés dans le cadre de l’appui stratégique au dialogue et à l’instauration de la confiance au Kosovo, a-t-il souligné. 

Le Chef de la MINUK a ensuite indiqué que la suppression des mesures de réciprocité du Gouvernement du Premier Ministre Hoti pour les marchandises en provenance de la Serbie et de la Bosnie-Herzégovine a donné un élan à la reprise du dialogue entre Belgrade et « Priština ».  À cela se sont ajoutées la nomination du nouveau représentant spécial de l’Union européenne, M. Miroslav Lajčák, et la tenue, le 10 juillet, d’une réunion de haut niveau accueillie par le Président français et la Chancelière allemande, qui a ouvert la voie à la relance du dialogue facilité par l’Union européenne.  De son côté, le Gouvernement américain a lancé des nouvelles initiatives en vue d’améliorer les relations entre Pristina et Belgrade, ce qui a abouti, en septembre, à une réunion, sous la houlette du Président américain, à l’issue de laquelle des accords économiques et dans d’autres sphères ont été signés.  

M. Tanin a loué les deux parties pour la reprise du processus de négociation, appelant Pristina et Belgrade à maintenir un processus de dialogue fructueux, en dépit de défis et de divergences.  D’autre part, les récentes réunions à Bruxelles et Washington montrent bien le potentiel envisageable lorsque des ressources internationales se conjuguent avec le leadership sur le terrain pour surmonter les difficultés, a commenté le Chef de la MINUK.  M. Tanin a ensuite fait valoir l’importance d’une véritable participation des femmes au processus de paix et ce, à tous les stades, en particulier dans le cadre du dialogue en cours entre Belgrade et Pristina, de sorte que soit garantie une représentation plus large des différents secteurs de la société, notamment les jeunes et les communautés.  Une telle approche, a-t-il ajouté, est centrale pour obtenir des résultats et faire en sorte qu’ils correspondent aux besoins réels de la population.  

Le Représentant spécial a également indiqué que d’importants jalons ont été posés pour faire avancer les processus judiciaires et d’enquête du Bureau du Procureur spécialiste et des Chambres spéciales du Kosovo.  En juin, le Bureau a annoncé la présentation du dossier d’inculpation de Presit Hashim Thaçi, et contre le dirigeant du Parti démocrate du Kosovo, M. Kadri Veseli, ainsi que d’autres personnes dont les noms n’ont pas été rendus publics.  Le Président Thaçi a fait part de son intention de démissionner si l’inculpation est publiquement confirmée par des juges avant le procès.  Les arrestations ont été effectuées en septembre à la suite de mandats d’arrêt et ordonnances de transfert émis par les Chambres. Trois individus concernés se trouvent à présent en détention avant le procès, dont un devant répondre d’accusations de crimes de guerre.  Les deux autres sont soupçonnés d’intimidation, de représailles, de violation du secret de procédure et de divulgation illégale d’information protégée.  Leurs arrestations font suite à la publication due à une fuite présumée de l’accusation, de documents liés aux poursuites, qui incluaient les noms de témoins potentiels, a précisé le Représentant spécial.  

M. Tanin a aussi évoqué l’inquiétude suscitée par l’annonce en juin au Kosovo d’inculpations de personnes de haut niveau, notamment les tentatives de porter atteinte aux Chambres spécialisées en les accusant d’avoir des « motivations politiques ».  Tanin a regretté que les dirigeants politiques n’aient pas toujours aidé à rectifier ces fausses informations.  Les Chambres spécialisées et le Bureau du Procureur spécialisé font partie du système de justice du Kosovo, crucial pour répondre aux aspirations d’état de droit dans le pays.  Partant, M. Tanin a exhorté les dirigeants à redoubler d’efforts pour contrer les informations fallacieuses et garantir l’appui aux procédures du Procureur et des Chambres et ce, par un soutien institutionnel et politique sans ambigüité pour renforcer l’état de droit et la stabilité du Kosovo à long terme. Il a ensuite souligné que le Gouvernement du Premier Ministre Hoti, qui jouit d’une légère majorité, fait face à une forte opposition parlementaire, et à une divergence sur les priorités parmi les partenaires de la coalition.  En fonction depuis 100 jours, M. Hoti est constamment en butte à des désaccords entre partis et à la difficulté de parvenir à des compromis, ce qui a entravé et retardé les réponses dans des domaines de première importance, a opiné M. Tanin, qui a néanmoins réitéré la détermination de la MINUK à appuyer le dialogue facilité par l’Union européenne et aux efforts des deux parties à résolument avancer vers un accord global et la paix et la réconciliation à long terme.  

M.  IVICA DAČIĆ, Premier Vice-Premier Ministre et Ministre des affaires étrangères de la Serbie, a d’abord souligné l’importance absolue de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) pour assurer une sécurité durable dans la province.  Rappelant que la Serbie et « Priština » étaient engagées dans un dialogue d’une décennie facilité en grande partie par la MINUK, le Ministre a reconnu la persistance de problèmes entre les deux parties, ceux-ci étant dus selon lui à une violation par « Priština » des Accords de Bruxelles, accords dont l’Union européenne elle-même n’est plus la garante.   La Serbie a en effet indiqué que l’Union n’assurait pas la représentativité des élus serbes, laissant « Priština » saborder le volet politique et législatif des accords.  

M. Dačić a ensuite salué l’engagement du Gouvernement des États-Unis d’aider à la normalisation de la situation via la conclusion d’accords sur les relations économiques avec « Priština », lesquels sont important pour tous les habitants de la province.   Pour autant, le représentant serbe a déploré que « Priština » s’occupe davantage de la reconnaissance du Kosovo que de développement économique, ce qui, là encore, saborde ce qui a été conclu au titre des différentes obligations des deux parties.   Pour la Serbie, il est grand temps que « Priština » mette en œuvre les accords existants au lieu de formuler des promesses creuses pour gagner du temps. 

Le Ministre a abordé la question des actes criminels commis contre la communauté serbe du Kosovo, évoquant des propriétés détruites, des cimetières et des églises profanés ainsi que des familles serbes faisant l’objet d’intimidations et de vindictes sur les réseaux sociaux.   M. Dačić a affirmé que les autorités locales ne se pressaient pas pour condamner ces actes et mettre hors d’état de nuire leurs auteurs.   Concernant les personnes déplacées, il a indiqué qu’à ce jour, moins de 2% sur les 200 000 personnes concernées sont rentrées chez elles, cela en raison d’obstacles au retour que reconnaît l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe et que nie « Priština ».   

« Priština » continue d’appuyer l’Armée de libération du Kosovo, organisation terroriste auteure de crimes contre l’humanité, a poursuivi le Ministre, qui a ajouté que le « prétendu Président du Kosovo » essayait de détruire les Chambres spéciales du Kosovo pour empêcher que ses propres crimes y soient jugés.   

M. Dačić a répété que la MINUK restait un rouage essentiel pour parvenir à la normalisation de la situation dans la région, et qu’elle doit par conséquent être autorisée à y poursuivre l’exécution de son mandat.    

Aux membres du Conseil de sécurité, le Ministre a rappelé qu’une seule structure militaire était habilitée à assurer la sécurité le long de la frontière administrative, et que donc les patrouilles menées dans cette zone par les autorités de « Priština » constituaient une violation des résolutions du Conseil.  « Nous sommes persuadés que le dialogue est la seule manière viable en vue de trouver une solution à long terme pour assurer paix et stabilité dans la région », a conclu M. Dačić, qui a rappelé que seuls 92 États Membres de l’ONU reconnaissaient la prétendue indépendance du Kosovo.   

Mme MELIZA HARADINAJ-STUBLLA, du Kosovo, a lancée d’entrée : « Ceci doit être clairement entendu: le Kosovo est un État pleinement indépendant et souverain ».  Pas moins que l’Estonie, la Belgique ou l’Allemagne.  Ceci est un « fait irréfutable et irréversible » appuyé par un avis de la Cour internationale de Justice de 2010, a-t-elle affirmé.  L'acceptation de cette réalité est la seule base d’un règlement des problèmes qui divisent la Serbie et le Kosovo.   Une fois cette réalité incontournable reconnue, la voie à suivre est claire et l’avenir peut commencer demain, a-t-elle ajouté.  

 Mme Haradinaj-Stublla a ensuite affirmé que la Serbie refusait également de reconnaître d’autres « faits avérés » et « réalités », notamment que le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie avait statué de manière « concluante » que les forces militaires et paramilitaires de la République fédérale de Yougoslavie avaient mené une attaque armée généralisée et systématique contre la population civile albanaise du Kosovo, dans le but de chasser les Albanais de souche du Kosovo et d’empêcher leur retour.   Ce même tribunal a également conclu que ces attaques étaient coordonnées et faisaient partie d’une entreprise criminelle commune dont les membres comprenaient les hauts responsables politiques, militaires et de la sécurité nationale de l’ex-Yougoslavie, a-t-elle ajouté.    

Selon Mme Haradinaj-Stublla, pas moins 12 000 personnes ont été tuées dans les attaques qui ont suivi contre les villes et villages du Kosovo et 20 000 femmes ont été violées.   Parmi les dirigeants politiques et de sécurité nationale qui ont commis ces crimes comprenaient Aleksandar Vučić et Ivica Dačić, respectivement l’actuel Président et l’actuel Ministre des affaires étrangères de la Serbie.   De plus, la Serbie continue d’intensifier ses tentatives de sabotage de la « République du Kosovo », en émettant de faux mandats d’arrêt, en faisant pression sur les petits États pour qu’ils retirent leur reconnaissance du Kosovo, en manipulant leurs propres canaux médiatiques avec un flux constants de propagande raciste, ou en empêchant l’adhésion du Kosovo à des organismes internationaux comme Interpol.  

Cette campagne de haine et d’hostilité contre un État voisin est un « exercice de vaine malignité », a poursuivi l’oratrice.  Sur le long terme, elle n’aboutira à rien, a-t-elle ajouté.  La seule voie à suivre est une véritable réconciliation.   L’écrasante majorité des habitants du Kosovo et de la Serbie veut aller de l’avant, ne pas oublier le passé, ne pas permettre que les crimes du passé restent impunis, mais aussi reconnaître et rendre compte du passé, de manière juste et honnête, a-t-elle poursuivi.  Le Kosovo, pour sa part, souhaite vivement résoudre les derniers problèmes liés aux guerres en ex-Yougoslavie.   Les principes d’une résolution sont simples et clairs: la Serbie doit reconnaître le fait que le Kosovo est un État, y compris son intégrité territoriale, son caractère unitaire et son ordre constitutionnel.   Les crimes du passé contre les personnes et les biens doivent être comptabilisés d’une manière convenue et les corps des disparus rendus.   

Mme Haradinaj-Stublla a assuré que, depuis la fin de la guerre en 1999, le Kosovo a fait tout ce qui lui a été demandé par la communauté internationale.   Il a respecté et travaillé avec les institutions internationales.   Il a été patient.  Il a inscrit dans ses lois et sa constitution les protections les plus complètes pour les minorités de l’histoire.    Il a soutenu sans équivoque l’état de droit et en très peu de temps, créé un État fonctionnel qui protège tous ses citoyens de manière égale.   Telles sont les réalités, ajouté l’oratrice, pour qui la « République du Kosovo » est un État unitaire et souverain avec des frontières définies depuis 2008.  Enfin, la résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité à laquelle fait souvent référence la Serbie est un « zombie » qui n’existe que sur papier, et pour une seule raison: le droit de veto de certains membres du Conseil de sécurité, exercé pour des raisons qui n’ont rien à voir avec le bien-être du Kosovo ou Serbie, a-t-elle conclu. 

La Chine a rappelé les différents cycles du dialogue entre Belgrade et Pristina, signe de la reprise des discussions, suivi par des accords économiques et dans d’autres secteurs.  La position de la délégation n’a pas varié : elle respecte la souveraineté et l’intégrité territoriales de la Serbie, et encourage les deux parties à des discussions franches sur la base des résolutions du Conseil de sécurité.  Le Gouvernement du Kosovo doit veiller à l’harmonie, la tolérance et la coexistence entre ses communautés, a ajouté la Chine, qui a aussi espéré que le Monastère de Visoki Dečani serait protégé.  Il a par ailleurs réitéré son appui à la MINUK, invitant les parties à pleinement respecter les résolutions du Conseil de sécurité et à veiller à la protection du personnel onusien.  

Saint-Vincent-et-les Grenadines a dit que sa délégation saluait le Kosovo pour l’ensemble de ses réalisations en matière de droit de l’homme et de renforcement de ses institutions.  La délégation s’est dit partisane d’une résolution de tous les problèmes et d’une normalisation des relations entre la Serbie et le Kosovo, approuvant donc la reprise du dialogue entre les deux pays. 

La Tunisie a applaudi le rôle de l’ONU au Kosovo pour améliorer la stabilité et la sécurité dans la région.  Elle a noté avec satisfaction qu’en dépit de défis liés à la pandémie, des progrès avaient été réalisés sur la voie du dialogue.  La Tunisie salue à cet égard le sommet qui s’est tenu en juillet suite à une initiative franco-allemande.  Elle appelle les parties à mettre de côté leurs divergences pour améliorer le climat de confiance et écarter tout risque d’exacerbation des tensions.  Elle salue en outre la participation des femmes à ce processus.   

La République dominicaine a notamment salué les accords économiques conclus récemment sous l’égide des États-Unis pour renforcer le développement du Kosovo et de l’ensemble de ses habitants.   Elle a en outre appelé à la participation accrue des femmes au dialogue de réconciliation inclusif conduit sous les auspices de l’Union européenne.   En raison de la jeunesse de la population kosovare, la République dominicaine souhaite que les moins de 20 ans puissent s’impliquer davantage dans les processus de paix et de sécurité en cours ainsi que dans les initiatives d’amélioration de la gouvernance et de développement des institutions économique, et sociale et culturelle.   Les jeunes et les femmes doivent être au cœur du dialogue interculturel au Kosovo, a souligné la République dominicaine.   

Pour le Niger, le nouveau Gouvernement du Kosovo a orienté son action pour favoriser des progrès dans le dialogue entre Belgrade et Pristina.  Cet élan appelle à l’union et au compromis pour faire aboutir le Plan de relance économique du Gouvernement visant à faire face aux conséquences de la crise sanitaire.

La reprise du dialogue entre Belgrade et Pristina en juillet 2020 constitue une étape décisive dans la normalisation des relations.  Le Niger estime que « dans tout processus de paix, le renforcement de la confiance, le partenariat et la coopération sont d’une importance capitale ».

Le Niger salue le lancement de la plateforme pour le renforcement de la confiance intercommunautaire.  Il note que la participation des jeunes au processus de paix requiert une approche participative.  En outre, il est préoccupé par la recrudescence des demandes de reconnaissance du statut de survivant aux violences sexuelles liées au conflit et estime nécessaire une bonne mise en œuvre de la résolution 1325 (2000) sur les femmes, la paix et la sécurité.

L’Estonie a jugé essentielles la normalisation des relations entre les deux pays de même que la résolution des questions en suspens.  Elle s’est dit heureuse que les deux gouvernements aient réitéré leurs engagements en faveur d’une trajectoire européenne, se réjouissant aussi du rôle de médiation de l’ONU et de l’Union européenne.  La délégation a ensuite appelé les autorités du Kosovo à poursuivre leurs réformes, rappelant que la coopération avec les Chambres spécialisées constitue une obligation internationale.  L’Estonie a appelé toutes les parties à renforcer les mesures de confiance mutuelle et de dialogue et à se garder de tout discours de nature à entraver ce processus.  Selon elle, les deux parties doivent en outre s’engager à élaborer un instrument juridiquement contraignant pour normaliser leurs relations, conformément aux droits européen et international, a conclu son représentant. 

L’Afrique du Sud a appuyé le rôle de la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) pour rétablir la confiance intercommunautaire, renforcer les capacités, ainsi que promouvoir le rôle des femmes et des jeunes dans la consolidation de la paix.  À cet égard, il a appuyé la coopération de la MINUK avec ONU-Femmes dans le domaine de l’autonomisation des femmes et des jeunes en matière de consolidation de la paix.  La délégation a salué le travail de création de la Commission Vérité et réconciliation du Kosovo.  Faisant référence à celle qui a été créée dans son propre pays, il a noté qu’elle a partie intégrante du processus ayant ouvert la voie à la transition démocratique.  Il a souligné que cette transition a été réalisée grâce à un engagement constructif et nonobstant des compromis difficiles.  Mais faire face au passé est crucial pour réaliser l’unité nationale, a-t-il souligné, avant de rappeler qu’une paix globale durable ne peut être réalisée qu’avec la participation de toutes les parties prenantes. L’Afrique du Sud a donc exhorté les parties à instaurer la confiance, car la normalisation des relations entre Belgrade et Pristina est la clef de la stabilité régionale.  Elle a enfin déclaré que la MINUK et ONU-Femmes font un travail précieux concernant la création d’espaces sûrs pour les femmes kosovares victimes de violences sexiste et domestique pendant la pandémie de COVID-19. 

Le Royaume-Uni a salué le rôle joué par la MINUK au cours des 10 dernières années dans la transformation du Kosovo en un état multiethnique et stable.   Il a souhaité que son mandat soit revu au regard de la situation actuelle, marquée notamment par la crise sanitaire.   Pour le Royaume-Uni, les parties doivent faire preuve d’esprit de consensus dans l’intérêt supérieur des deux pays, cela en jouant pleinement le jeu du dialogue sous les auspices de l’Union européenne.   Le Royaume-Uni insiste sur le fait que la réconciliation entre les parties passe par la mise en œuvre d’une approche inclusive pour régler en toute foi leurs divergences, les Chambres spécialisées du Procureur devant, dans ce contexte, poursuivre leur travail sans ingérence.   Le Royaume-Uni continue d’apporter un appui technique aux deux pays pour régler la question sensible des 1 600 personnes portées disparues pendant le conflit, et appelle à l’édification d’un système judiciaire solide et à même de mettre fin à la corruption. 

L’Indonésie a souligné que la souveraineté et l’intégrité territoriale étaient une priorité pour elle.  Elle ne tolérera aucun acte les enfreignant. L’Indonésie se félicite de la levée des droits de douanes sur les marchandises entrant au Kosovo en provenance de Serbie et Bosnie-Herzégovine, ainsi que la normalisation économique et des accords signés en ce sens sous les auspices des États-Unis.  Cependant, il ne saurait y avoir de développement économique si les parties continuent à parler de reconnaissance et de non-reconnaissance. 

L’Indonésie appuie l’appel du Secrétaire général adressé aux autorités de Pristina et Belgrade à surmonter leurs différends.  Elle salue l’association des jeunes à la prise de décisions, ainsi que la contribution à la mémoire collective des communautés.  Les jeunes sont l’espoir de l’avenir, qui ira plus loin que la simple période de mandat au sein du Conseil de sécurité. 

La Belgique a salué la reprise du dialogue entre la Serbie et le Kosovo, le 12 juillet 2020, ainsi que l’engagement des deux parties, encourageant celles-ci à continuer dans cette voie dans un esprit d’ouverture et de compromis.  Elle a demandé aux deux parties de s’investir de bonne foi en vue d’arriver à un accord global et juridiquement contraignant sur la normalisation de leurs relations.  Pour la Belgique, un tel accord non seulement contribuera à la stabilité régionale mais est également indispensable pour que les deux parties puissent continuer à progresser sur la voie de l’intégration européenne.  La Belgique prend également note du volet économique des documents signés à Washington le 4 septembre, qui s’appuient largement sur les engagements pris précédemment par les parties dans le cadre du dialogue. 

 La Belgique salue le renouvellement par les parties de leur engagement à progresser dans les dossiers humanitaires des réfugiés, des personnes déplacées et des personnes disparues, autant de questions essentielles à toute réconciliation et à tout apaisement durable.   Soulignant que les femmes et les jeunes jouent un rôle clef dans la consolidation de la paix et que leur participation significative doit être assurée, elle souhaite une représentation significative des femmes au sein des délégations, ainsi que dans les groupes de travail créés pour alimenter le dialogue. 

Par ailleurs, la Belgique a noté que le nouveau Gouvernement kosovar a réaffirmé son engagement stratégique sur la voie européenne, le Kosovo devant maintenant faire tout son possible pour relancer le processus de réformes.   Parce que la Belgique demeure extrêmement attentive à la situation de l’État de droit, « nous condamnons fermement les tentatives, extrêmement préoccupantes, d’affaiblir les Chambres spécialisées du Kosovo ou de faire obstacle à leur action  ».  La Belgique a en outre réitéré son plein soutien aux efforts d’EULEX qui joue un rôle important dans la poursuite du développement des institutions de l’état de droit fortes, effectives et responsables. 

D’autre part, la Belgique a salué l’engagement de la MINUK dans la lutte contre la COVID-19, en coopération avec les autorités locales, l’Union européenne et ses États membres s’étant également révélés être un partenaire important dans cette lutte.   « Nous réitérons l’appel du Représentant spécial à toutes les institutions et parties prenantes du Kosovo pour qu’elles respectent les droits de l’homme et ne laissent personne derrière dans la lutte contre la COVID-19 », a-t-elle conclu. 

Les États-Unis ont regretté que le représentant de l’Union européenne n’ait pas pris la parole sur la question du jour.  Ils ont également estimé que la pandémie de COVID-19 représentait une menace pour la paix et la stabilité dans la région des Balkans.  

 Les États-Unis ont mis en avant la réunion des responsables serbes et kosovars le 4 septembre dernier à la Maison Blanche, où ils ont été accueillis par le Président Trump.  Ces dirigeants ont fait preuve d’un immense courage en signant un accord historique, qui doit permettre de faire progresser des relations apaisées, a noté la délégation.  Cet accord permettra de donner une perspective économique et un nouvel élan à la réconciliation dans la région.  Ces engagements importants sont un point de départ: les États-Unis suivront de près l’application de l’accord, car les sceptiques sont habitués aux accords signés en grande pompe, mais qui ne sont pas suivis d’effets.   

La pleine normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie reste un objectif partagé par les États-Unis et l’Union européenne.  Pour le Kosovo et la Serbie, un avenir européen est soumis à la condition de l’établissement des responsabilités, rappellent les États-Unis, pour qui une mission au Kosovo au titre du Chapitre VII de la Charte n’est pas nécessaire.    Les États-Unis sont donc déçus que leur proposition de mettre fin à la Mission d’administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo ne soit pas entendue.  Ils appellent à un retrait responsable de la MINUK.   

Le Viet Nam a jugé regrettable que l’accord entre les deux parties ne soit pas pleinement mis en œuvre, les exhortant à faire progresser le dialogue pour surmonter les obstacles qui subsistent.  Il s’est dit préoccupé par l’augmentation du nombre de cas de COVID-19 au Kosovo et a appelé à mettre en œuvre des mesures de réduction des risques et à répondre aux préoccupations légitimes des populations du Kosovo.  La délégation a soutenu les efforts tous azimuts tendant à trouver un règlement global à toutes les questions en suspens.  Les dialogues sous les auspices de l’Union européenne sont de bon augure car ils contribuent à poser des jalons d’un avenir pacifique dans la région.  Enfin, le Viet Nam a encouragé la MINUK à poursuivre son travail sur le terrain.  

L’Allemagne a d’abord fait remarquer que l’intervention du Kosovo avait été interrompue.  S’insurgeant ensuite contre les propos du Ministre des affaires étrangères de la Serbie, elle a estimé que l’intervention de celui-ci n’était qu’un « copier-coller  » de ses précédents discours, lui reprochant également son silence sur les atrocités qu’auraient commises les siens: «  Jamais nous n’entendons un mot concernant les crimes perpétrés contre les Kosovars  », a-t-elle lancé, en citant des nettoyages ethniques et des déportations massives commises en 1998-1999.  En outre, le Ministre serbe prétend qu’il n’y a que 92 États reconnaissant le Kosovo au lieu de 116, a poursuivi l’Allemagne, en lui intimant de reconnaître tout simplement le Kosovo en tant qu’État.  La délégation a pris appui sur l’avis consultatif rendu par la Cour internationale de Justice (CIJ) qui avait affirmé la légitimité de l’État du Kosovo. 

Elle a ensuite affirmé que ce déni est un obstacle entre les deux pays, avec des répercussions qui s’étendent à toute la région.  La délégation s’est félicitée, en revanche, de la reprise du dialogue à Bruxelles, tout en manifestant sa frustration comme de nombreux autres acteurs.  L’objectif doit être un accord juridiquement contraignant, seule voie pour que le rêve devienne réalité entre les deux pays, a souligné l’Allemagne, en regrettant que le nouveau Représentant spécial de l’Union européenne, M. Miroslav Lajčák, n’ait pas été invité à prendre part au débat du Conseil aujourd’hui.  Toute description des relations entre le Kosovo et la Serbie est incomplète sans la vision de l’Union européenne, a-t-elle soutenu.  Elle a salué les propos de M. Tanin en se félicitant du fait que l’ONU réfléchisse aux voies et moyens de donner plus de place aux femmes dans le cadre du dialogue en cours.  La délégation s’est enfin félicitée du travail du Bureau du Procureur spécialisé et des Chambres spécialisées, essentiel pour rétablir la confiance et garantir l’établissement des responsabilités. 

Pour la France, un des principaux défis du Kosovo aujourd’hui est la normalisation complète des relations avec la Serbie, à travers un règlement définitif de leur différend.  Parvenir à un accord global, définitif et juridiquement contraignant est une des conditions posées à la Serbie comme au Kosovo pour progresser dans leur perspective d’adhésion à l’Union européenne.  La France apporte son plein soutien au dialogue facilité par le représentant spécial de l’Union européenne Miroslav Lajčák, et regrette qu’il n’ait pas pu s’exprimer aujourd’hui.  La France rappelle que la médiation de l’UE se fonde sur une résolution de l’Assemblée générale de l’ONU et que le différend entre la Serbie et le Kosovo est un enjeu de sécurité européenne.  

La France se félicite de la décision de la Serbie et du Kosovo de reprendre leur dialogue, après 20 mois d’interruption.  Elle salue les premières avancées obtenues dans ce cadre, en particulier sur la coopération économique; les réfugiés et personnes déplacées; et les personnes portées disparues.  Elle souhaite des progrès concrets et juge essentiel que tous les sujets contentieux soient traités, y compris les plus sensibles, telle que l’Association des municipalités à majorité serbe du Kosovo.  Elle demande à chacun de soutenir la médiation de l’Union européenne. 

La France salue le rôle de la MINUK pour la sécurité, la stabilité, le renforcement de l’État de droit et le respect des droits de l’homme.  Elle rappelle l’aide apportée au Kosovo pour faire face à la pandémie de COVID-19, « en complément de l’aide massive apportée par l’Union européenne ».  Les efforts de la MINUK doivent se poursuivre.  La France rappelle en outre son plein soutien à la mission d’EULEX, notamment dans le cadre de ses activités de soutien aux Chambres spécialisées pour le Kosovo.  Elle rappelle aussi son attachement à la lutte contre l’impunité des auteurs de crimes graves et demande à tous les acteurs de coopérer avec les Chambres spécialisées et le Bureau du Procureur spécialisé.   

Enfin, la France est convaincue que la Serbie et le Kosovo ont un avenir européen commun.  L’Union européenne est le premier partenaire commercial, le premier investisseur et le premier donateur des deux pays.  La conclusion d’un accord global et juridiquement contraignant entre les deux parties contribuera à la stabilisation durable des Balkans occidentaux et au rapprochement européen des deux pays. 

La Fédération de Russie a fait part de sa préoccupation quant à la situation toujours « instable » entre la Serbie et le Kosovo.   Tout en se félicitant des efforts de l’Union européenne, la Fédération de Russie a dit attendre d’elle qu’elle obtienne des parties le respect de leurs engagements dans le cadre des accords existants.   

Or, cela n’est pas le cas actuellement, estime la Fédération de Russie, qui dénonce notamment le fait que la « province du Kosovo » continue de refuser la création de groupements de municipalités à majorité serbe, en dépit de l’accord de Bruxelles.   Elle n’améliore pas non plus la sécurité des personnes non-albanaises, en particulier la communauté orthodoxe.  De plus, elle souhaite toujours créer une armée nationale, en violation de la résolution 1244 (1999) du Conseil de sécurité. Le Kosovo reste en outre un « terreau fertile » pour le recrutement de terroristes de tous bords, a affirmé la Fédération de Russie.  Or ; tous ces problèmes sont ceux que « la province » ne règle pas.   

La Fédération de Russie soutient les efforts de médiation des États-Unis.  Elle espère que ces négociations aboutiront, mais rappelle aussi que toute solution doit trouver racine dans la résolution 1244 (1999) et avertit qu’aucune tentative pour imposer d’autres solutions ne donnera les résultats escomptés.

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