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SC14333
20 octobre 2020

Le Conseil de sécurité réfléchit aux moyens de contenir les risques de conflit « de plus en plus grands » dans le golfe Persique

À l’invitation du Ministre russe des affaires étrangères, M. Sergey Lavrov, dont le pays préside le Conseil de sécurité ce mois-ci, les 15 membres de l’organe de l’ONU chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales, dont certains étaient représentés au niveau ministériel, ont procédé aujourd’hui à un examen d’ensemble de la situation dans le golfe Persique, jaugé les causes des risques de conflit « de plus en plus grands » et tenté de proposer des moyens d’apaiser les tensions.* 

Le Conseil, qui s’est réuni virtuellement, grâce à un système de visioconférence spécialement conçu pour lui, a entendu les interventions du Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, du Président Directeur général de l’International Crisis Group, M. Robert Malley, et du Président de l’Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de la Fédération de Russie, M. Vitaly Naumkin.  Les Secrétaires généraux du Conseil de coopération du Golfe (CCG) et de la Ligue des États arabes, MM. Nayef Falah Al Hajraf et Ahmed Aboul Gheit ont également pris la parole. 

Dans le golfe Persique, le principal facteur d’instabilité semble être la façon équivoque dont les États perçoivent la place et le rôle de leurs voisins. Des accusations réciproques d’activités déstabilisatrices sont formulées, sous-tendues par une tendance à ignorer les facteurs d’intérêt mutuel.  Je vais vous expliquer pourquoi, a dit le Président Directeur général d’International Crisis Group, et si vous contestez mes propos, c’est que j’aurais atteint mon but. 

Il y a beaucoup de raisons derrière la polarisation qui « infecte » la région du golfe et qui justifient les tensions entre les États-Unis et l’Iran, et entre l’Iran et l’Arabie saoudite, entre autres pays du CCG.  Ces raisons divergent selon que l’on se trouve à Washington, à Téhéran, à Riyad, à Abou Dhabi ou à Doha. 

L’Arabie saoudite et ses alliés voient dans les politiques iraniennes en Syrie, en Iraq, au Liban ou au Yémen, des ambitions hégémoniques.  Pour eux, l’Iran est une menace croissante dont les aspirations régionales doivent être étouffées dans l’œuf.  En revanche, Téhéran voit une région « dominée » par des puissances, appuyées par les États-Unis et dotées d’une supériorité militaire tout entière dirigée contre lui.  L’Iran voit une collusion entre les États-Unis, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis pour l’écraser économiquement et provoquer un changement de régime.  

Dans une vision formée par le traumatisme d’une guerre de huit ans contre l’Iraq et entouré par des adversaires lourdement armés, l’Iran a adopté une doctrine stratégique fondée sur des capacités militaires asymétriques et un appui à des alliés régionaux, y compris des acteurs non étatiques.  La campagne de « pression maximale » menée par les États-Unis, avec l’appui des partenaires du golfe qui par ailleurs s’approvisionnent en armes auprès des Gouvernements occidentaux ne peut que pousser l’Iran à intensifier le recours à ses instruments asymétriques. 

Or, aujourd’hui, a encore expliqué le Président Directeur général d’International Crisis Group, il n’existe aucun mécanisme institutionnel où les parties peuvent faire valoir leurs revendications ou même tenter de rapprocher leurs points de vue.  Aucun canal officiel n’existe entre les États-Unis et l’Iran ou entre l’Iran et l’Arabie saoudite, et très peu de vraie diplomatie au-delà des rhétoriques entre pays rivaux du CCG.  Aucune organisation régionale regroupant tous les acteurs du golfe ne pourrait servir de cadre à des mesures de confiance et de désescalade. 

Cela nous rappelle, s’est inquiété le Secrétaire général, que tout mauvais calcul risque d’aboutir rapidement à l’escalade.  M. Guterres a renvoyé à l’expérience de la guerre froide qui a montré qu’en dépit de la confrontation et des profondes divisions, il a été possible de lancer le Processus d’Helsinki.  Le Secrétaire général a espéré qu’il sera possible de jeter les bases d’une telle plateforme, à commencer par une série de mesures de confiance.  Celles-ci pourraient inclure des moyens de combattre la COVID-19, promouvoir le relèvement économique, garantir une navigation maritime sans entraves et faciliter les pèlerinages religieux.  

Outrepassons les rivalités destructrices et parions sur ce qui nous unit, a exhorté le Secrétaire général, appelant à accorder la priorité aux intérêts des peuples de la région, leurs aspirations à la liberté, à l’égalité des chances, à la paix et à de meilleures conditions de vie.  Au cours de ces dernières années, ont reconnu tous les intervenants, le Plan d’action global commun a continué de jouer un rôle important pour contenir l’escalade.  Les États-Unis s’en sont retirés en 2018 et ont réintroduit des sanctions unilatérales contre l’Iran, mais le Plan a résisté grâce aux efforts conjoints des autres participants à l’accord nucléaire. 

La France s’en est félicitée, tout en appelant l’Iran à mettre un terme « aux violations de ses engagements nucléaires » et à « ne prendre aucune mesure supplémentaire qui viendrait aggraver encore la situation nucléaire ».  Pour œuvrer à la désescalade des tensions, la France a préconisé « un cadre de dialogue structuré » pour « casser la spirale de défiance ».  À l’origine de l’initiative européenne de surveillance maritime dans le détroit d’Ormuz, la France a assuré qu’elle continuera à soutenir le dialogue régional pour la stabilité dans le golfe, avec ses partenaires européens. 

À ce propos, le Ministre russe des affaires étrangères est revenu sur le concept de sécurité collective dans le golfe Persique, que son pays a présenté en 2019.  L’idée est d’appliquer un programme d’action à long terme en vue de normaliser la situation, de renforcer la stabilité et la sécurité, de régler les conflits, d’établir les grandes orientations et les principales modalités du système qui s’appliquera après la crise et de définir les moyens d’exécuter les tâches connexes. 

Le Ministre a aussi rappelé que son Président a proposé en août 2020 d’organiser un sommet des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, avec l’Iran et l’Allemagne, en vue d’arrêter ensemble les modalités d’un travail commun visant à établir des mécanismes fiables de sécurité et de renforcement de la confiance dans la région du golfe Persique.  M. Lavrov, se sont impatientés les États-Unis, nous ne sommes pas d’accord avec la solution que vous proposez.  La communauté internationale n’a pas besoin d’un autre mécanisme pour promouvoir la paix dans le golfe Persique.  Le Conseil a déjà tous les outils pour tenir l’Iran comptable de ses actes.  Il doit tout simplement décider de les actionner. 

Le fait que nous ayons réimposé des sanctions à l’Iran après que le Conseil a échoué à proroger ce régime de 13 ans, montre que « nous n’avons pas peur de faire ce qui est juste », ont souligné les États-Unis, en ajoutant tout de même: « nous sommes prêts à rencontrer l’Iran autour de la table des négociations pour conclure un accord global ».  Votre ambition, a rétorqué l’Iran, est de projeter votre puissance et non de protéger les peuples.  L’Iran s’est dit favorable à « une région forte » qui pourrait contrer les hégémonies et préserver sa stabilité.  Il a prôné le dialogue et le respect mutuel de la souveraineté, de la non-agression et de la non-ingérence, et l’abandon des alliances et coalitions contre les uns ou les autres.  Mais, a prévenu l’Iran, ce sont des objectifs qui resteront « impossibles » tant que les États de la région chercheront la confrontation ou demanderont à une puissance étrangère « de couper la tête de leur voisin ».  

*S/2020/1013 

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU a estimé que, compte tenu des défis complexes et multidimensionnels dans le golfe  Persique, il importe de procéder à une réflexion approfondie sur la manière dont la communauté internationale, le Conseil de sécurité en particulier, pourrait agir à l’unisson pour la promotion de la paix et la sécurité dans cette partie du monde.  

M. Guterres a avoué être extrêmement préoccupé par la situation au Yémen, un conflit local régionalisé au fil du temps.  En effet, près de six années de guerre ont dévasté la vie de millions de Yéménites et entravé les efforts d’établissement de la confiance dans la région.  

Il a rappelé son appel à un cessez-le-feu mondial pour se concentrer sur le seul combat réellement prioritaire : la lutte contre la pandémie de la COVID-19.  Il a salué le fait que le Conseil de sécurité lui ait emboîté le pas à cet égard, ajoutant qu’il faut accélérer les efforts car le temps presse et les gens meurent. Le Yémen est « la première preuve » de la nécessité d’un cessez-le-feu dès à présent, a-t-il prévenu.  

M. Guterres a toutefois dit avoir vu un rayon d’espoir la semaine dernière lorsque les parties ont franchi un pas prometteur en libérant plus d’un millier de prisonniers, soit le plus grand échange de prisonniers depuis le début du conflit, qui montre que les parties sont capables d’aboutir à un accord et d’assumer leurs engagements. 

L’ONU continue à faciliter les négociations entre les parties yéménites autour de la déclaration conjointe qui comprend un cessez-le-feu national, des mesures économiques et humanitaires et la reprise du processus politique, a encore indiqué le Secrétaire général qui a souligné qu’en attendant, la situation sécuritaire demeure fragile.  Ainsi, au cours des semaines écoulées, on a assisté à une escalade du conflit, principalement dans les provinces de Jaouf, de Mareb et Hodeïda.  Cette escalade, a-t-il souligné, est la plus inquiétante du fait qu’elle risque d’entraver l’Accord de Stockholm de 2018.  Il a cependant relevé que les hostilités se sont apaisées mais que cela ne suffit pas.  

« Il nous faut un cessez-le-feu immédiat et le retour à la table de négociation pour travailler à un règlement politique susceptible de mettre fin à la guerre.  Rien de moins ne suffirait », a-t-il averti.  Notre ambition collective est audacieuse mais elle l’est forcément après tant d’années de conflit. 

Le Secrétaire général a reconnu le difficile compromis demandé aux parties pour finaliser cette série d’accords et réitéré néanmoins son appel pour que celles-ci poursuivent, sans conditions, leur engagement aux côtés de son Envoyé spécial en vue de finaliser la déclaration conjointe.  Il a demandé que les femmes et les jeunes du Yémen participent au processus pour garantir une solution inclusive et durable.  

Les tensions dans la région ont, sans nul doute, compliqué nos efforts tendant à un règlement pacifique au Yémen, a-t-il souligné, en se disant convaincu qu’une résolution rapide du conflit au Yémen serait susceptible de contribuer à l’édification de la paix et de la confiance dans la région tout entière.  Ce conflit, a-t-il encore déclaré, nous rappelle que si nous ne relevons pas les défis régionaux immédiats, l’instabilité risquerait de prendre davantage d’ampleur. 

Il a rappelé que, parallèlement, le Yémen reste la plus grande urgence humanitaire de notre époque: la famine guette et tout est exacerbé par la propagation continue de la COVID-19. 

La pandémie de COVID-19 ne respecte pas les frontières, a-t-il insisté, en se déclarant encouragé par le fait que plusieurs pays du golfe aient exprimé leur appui au cessez-le-feu global et dépêché une assistance humanitaire aux pays affectés.  Saluant de tels efforts, M. Guterres a exhorté les pays à lever les sanctions qui pourraient être préjudiciables à l’accès vital à une assistance médicale et humanitaire pendant cette pandémie.  Quels que soient nos différends, notre humanité commune devrait nous encourager à relever le défi dans un esprit de solidarité, a-t-il dit.  

Dans la région du golfe persique, a reconnu le Secrétaire général, les tensions sont intenses et la confiance est au plus bas.  Certains pays peuvent sentir que d’autres s’immiscent dans leurs affaires intérieures ou dans celles de leurs voisins.  Rappelant que depuis mai 2019, plusieurs incidents sécuritaires ont accru les tensions à des niveaux sans précédent, exacerbant les inquiétudes quant à un conflit plus ample. 

Cela nous rappelle que tout mauvais calcul risque d’aboutir rapidement à l’escalade, a-t-il commenté, réitérant son appel pour que toutes les parties concernées exercent la plus grande retenue et s’abstiennent de tout acte déstabilisateur.  

La situation régionale montre l’urgence qu’il y a à œuvrer collectivement pour réduire les tensions et prévenir un conflit, a-t-il recommandé, soulignant que la première étape d’une désescalade consisterait à identifier des mesures de confiance fiables pour aborder les questions d’intérêt mutuel. 

Il a renvoyé à cet égard à l’expérience de la Guerre froide qui a montré qu’en dépit de la confrontation et des profondes divisions, il a été possible de lancer le Processus d’Helsinki.  Plusieurs pays et moi-même avons fait des suggestions concernant la situation dans la région du golfe Persique, a-t-il rappelé, soulignant qu’il n’a pas été possible d’arriver à un consensus avec tous les acteurs qui doivent être impliqués.   

Revenant sur l’exemple d’Helsinki, M. Guterres a espérer qu’il sera possible de jeter les bases d’une telle plateforme, à commencer par une série de mesures de confiance.  Celles-ci pourraient inclure des moyens de combattre la COVID-19, promouvoir le relèvement économique, garantir une navigation maritime sans entraves et faciliter les pèlerinages religieux. 

Sur le long terme, il a mis l’accent sur la valeur d’une nouvelle architecture de sécurité régionale pour répondre aux inquiétudes légitimes de toutes les parties prenantes.  L’ONU, a promis le Secrétaire général, s’emploiera à la réduction des tensions dans la région.  Conformément à la Charte, le Secrétaire général s’est déclaré disposé à enclencher ses bons offices et à convoquer tout dialogue régional qui recueillerait le consensus de toutes les parties pertinentes.  

M. Guterres a aussi pleinement appuyé les efforts déployés par le Koweït pour promouvoir le dialogue et résoudre les tensions entre les membres du Conseil de coopération du golfe.  La question de la non-prolifération est critique pour la stabilité régionale, a-t-il souligné, en estimant à nouveau que le Plan d’action global commun constitue un instrument important contre la prolifération nucléaire et pour la sécurité régionale.  

En guise d’encouragement, M. Guterres a déclaré que l’énormité des défis ne doit pas nous décourager.  Il faut travailler à un climat de confiance et améliorer la perspective d’un dialogue régional.  Outrepassons les rivalités destructrices et parions sur ce qui nous unit, a-t-il exhorté, appelant à accorder la priorité aux intérêts des peuples de la région, leurs aspirations aux libertés, aux chances, à la paix et à de meilleures conditions de vie.  Cela doit primer et nous inciter à davantage d’efforts collectifs, a conclu le Secrétaire général.  

M. ROBERT MALLEY, Président Directeur Général de l’International Crisis Group, a fait état de propositions concrètes pour éviter l’escalade dans la région.   

À plusieurs reprises au cours des deux dernières années -notamment après les attaques contre les installations pétrolières de la compagnie Saudi Aramco et après l'assassinat du général iranien Qasem Soleimani -un conflit régional a semblé possible, a déclaré M. Malley.  Si les tensions se sont quelque peu apaisées depuis, il a prévenu qu’une seule attaque par roquette, drone ou mine pourrait déclencher une escalade militaire entre les États-Unis, l'Iran et leurs alliés régionaux et mandataires respectifs, et que cette escalade pourrait s’avérer impossible à contenir.  

L’absence de tout mécanisme institutionnel permettant d’exprimer les griefs des parties, tout au moins d’essayer de réduire les écarts de vue, a aggravé la situation, selon M. Malley.  En effet, a-t-il fait observer, il n’existe actuellement aucun « canal significatif » entre les États-Unis et l’Iran, aucun « canal officiel » entre l’Iran et l’Arabie saoudite, et peu de diplomatie réelle, au-delà des joutes rhétoriques, entre les pays rivaux du Conseil de coopération du golfe.  

Appelant à revitaliser les canaux diplomatiques, M. Malley s’est dit convaincu que le Plan d’action global commun avait contribué à réduire les tensions et aurait pu ouvrir la voie à une diplomatie plus intensive et plus large.  Regrettant la décision des États-Unis de s’en retirer, il a applaudi les efforts européens visant à le maintenir en vie.  Selon lui, les négociations du Plan d’action global commun avaient réussi car elles combinaient « une pression mutuelle  » avec des « objectifs réalistes », et « parce que les différentes parties reconnaissaient leurs intérêts fondamentaux respectifs ».  

Préconisant un dialogue « collectif », « inclusif », englobant les six membres du Conseil de coopération du golfe (CCG), l’Iran et l’Iraq pour réduire les tensions, M. Malley a noté que les gouvernements du golfe les moins impliqués dans les hostilités pourraient être les plus touchés si des combats éclataient, notamment le Koweït et Oman, et que ces derniers pourraient donc inviter leurs voisins plus puissants et plus directement impliqués -l’Iran, les Émirats arabes unis et l'Arabie saoudite- à participer à un tel mécanisme informel.  Les gouvernements européens et les autres gouvernements concernés pourraient faciliter ce processus, et les Nations Unies pourraient elles aussi jouer un rôle important, notamment en vertu de la résolution 598(1987) du Conseil de sécurité des Nations Unies, qui a mis fin à la guerre Iran-Iraq et a donné mandat au Secrétaire général pour convoquer un dialogue de sécurité régionale.    

Un tel mécanisme, inspiré par le processus d’Helsinki qui a abouti à la création de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), pourrait commencer par tenter de parvenir à un accord sur des principes communs, tels que la non-ingérence et le respect de l’intégrité territoriale de chaque État; puis par identifier les « motivations, les préoccupations essentielles et les perceptions des menaces de chaque partie », a suggéré M. Malley.   

 Dans un premier temps, il pourrait s’agir de mesures modestes, telles que « réduire les discours incendiaires » ou « publier des déclarations unilatérales en faveur du dialogue », a poursuivi M. Malley.   Les différentes parties pourraient également aborder des questions d’intérêt commun, telles que les effets négatifs transfrontaliers des changements climatiques, la détérioration de la qualité de l’eau, la diffusion de la COVID-19.  Les Nations Unies, par l’intermédiaire de leurs multiples agences techniques, pourraient soutenir ces initiatives, a-t-il préconisé.  

   Si ces discussions initiales portent leurs fruits, elles pourraient être élargies aux moyens de désamorcer les tensions grâce à des mécanismes de sécurité communs, tels que la notification préalable des mouvements de troupes et des exercices militaires, ou l’autorisation pour les adversaires d’envoyer des experts militaires pour observer ces manœuvres ; à terme, les parties du golfe pourraient explorer les moyens de favoriser un « cadre de sécurité régional coopératif durable » qui inclurait toutes les principales parties prenantes, a conseillé M. Malley.  

 M. VITALY NAUMKIN, Président de l’Institut d’études orientales de l’Académie des sciences de la Fédération de Russie, a reconnu que l’humanité vit dans la crainte de changements radicaux: les institutions publiques s’effondrent, les conflits perdurent, d’autres apparaissent, les anciens dispositifs de sécurité s’érodent ou ne fonctionnent pas.  Dans la sous-région du golfe Persique, qui est d’une importance géoéconomique et géopolitique « gigantesques », les tensions montent et les relations entre États traversent une crise réelle.  La situation, qui évolue rapidement, fait naître des défis sécuritaires de taille, poussant les pays à rechercher la supériorité militaire.  La perception différente de ces pays quant à la place et au rôle de leurs voisins constitue un lourd facteur d’instabilité.  Le Plan d’action global commun, a estimé M. Naumkin, a été un mécanisme de désescalade et malgré le retrait des États-Unis, cet accord nucléaire fonctionne, grâce à ses autres signataires. 

L’orateur a parlé de l’arrivée de nouveaux acteurs régionaux qui sont déjà considérés comme des prestataires de sécurité, dont la Turquie.  La présence de ces nouveaux acteurs satisfait certaines puissances mais inquiète certains pays de la sous-région.  M. Naumkin a aussi alerté sur la présence de nombreux groupes armés non étatiques qui ont accumulé une grande expérience, faisant changer la nature des guerres.  En conséquence, les acteurs traditionnels de la sécurité se retrouvent impuissants et ce sont là des défis communs à tous les États de la sous-région.  

On peut rectifier le tir, a rassuré M. Naumkin, grâce à des efforts collectifs et graduels, et en tenant dûment compte des intérêts de tous les acteurs, dans le respect de leur indépendance et de leur souveraineté nationale.  La Fédération de Russie, a-t-il dit, a présenté un concept de sécurité collective dont la mise en œuvre permettrait de normaliser la situation.  Sa mise en œuvre sera « compliquée » mais les mesures de confiance sont essentielles, a insisté l’orateur, en estimant que le Processus d’Helsinki pourrait servir d’inspiration. On pourrait, a-t-il dit, envisager la mise en place d’un système de surveillance et de contrôle de certaines activités militaires ou de notification préliminaire sur le nombre de soldats et de matériels militaires.  Il faut en réalité enclencher un dialogue sur les doctrines militaires car une grande guerre aurait des conséquences dévastatrices pour la région.  

À cet égard, il faut rappeler l’importance de questions telle que la sécurité en mer où le terrorisme , le trafic de stupéfiants ou encore la traite des personnes.  Tous les États côtiers doivent coopérer et dans un tel processus, il faut reconnaître le rôle de l’ONU.  On pourrait, a conclu M. Naumkin, envisager un nouveau format de dialogue ou une « corbeille » de questions à examiner pourquoi pas dans un cadre officieux. 

M. SERGEY LAVROV, Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a déclaré que, compte tenu de la multiplicité des conflits et des menaces dans le golfe Persique, la région devait rester au centre de l’attention du Conseil de sécurité.   Le Conseil doit discuter de ce qui peut être fait concrètement pour éviter que la situation ne dégénère et promouvoir la stabilité et la coexistence pacifique, a-t-il ajouté.   

Notant que nombre des conflits de la région comportaient une connotation religieuse, et du fait que certains pays sont devenus adeptes de la pratique du chantage à l’encontre d’autres, de la diabolisation et des actions provocatrices, le Ministre a estimé qu’il était essentiel pour réduire les tensions de consentir des efforts collectifs, de la part des États régionaux comme de leurs partenaires internationaux.   Ce travail doit être poursuivi sur la base du respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriales des pays de la région, a ajouté M. Lavrov.    

Pour le Ministre, le Plan d’action global commun est un exemple d’une action majeure dans la prévention des conflits dans la région et le renforcement du régime de non-prolifération.   Cette réalisation majeure doit être sauvée et renforcée.    

Le concept russe de sécurité collective dans la région du golfe Persique vise à créer une structure de sécurité régionale fiable, a expliqué M. Lavrov.   Le Ministre a donc proposé un sommet des cinq membres permanents du Conseil de sécurité avec l’Allemagne et l’Iraq, entre autres parties prenantes, autour d’un programme constructif et unificateur et de la création de mécanismes de réponse collective aux nombreux défis et menaces auxquels l’Iran et ses voisins arabes sont confrontés.   Les modalités devront être déterminées par le dialogue.   M. Lavrov a ajouté que, quel que soit le mécanisme de coopération, il appartenait aux pays de la région de le favoriser entre eux.  Quant aux acteurs extérieurs, y compris les organisations régionales, ils doivent favoriser une atmosphère propice à une telle initiative.   Les bons offices du Secrétaire général seront également essentiels dans l’effort, qui devra être poursuivi sur la base du droit international et de l’impartialité.   

La condition essentielle pour aller dans la bonne direction est le strict respect du principe d’indivisibilité de la sécurité, a rappelé M. Lavrov, pour qui cela implique que les problèmes de sécurité de certains pays ne peuvent pas être résolus aux dépens, ou au détriment, d’autres États.   

M. WANG YI, Ministre des affaires étrangères de la Chine, a appelé à un examen approfondi des causes profondes des tensions qui prévalent dans la région du golfe Persique.   Il a réitéré l’importance de respecter les principes de la Charte des Nations Unies et du droit international, en particulier le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États.  

M. Wang a ensuite dénoncé les sanctions unilatérales et les « mesures tendancieuses » prises par certains pays.   Aucun pays ne choisit ses voisins, a-t-il déclaré, notant que de nombreux groupes ethniques vivent dans la région du golfe.   Ceux-ci doivent chercher un terrain d’entente et surmonter leurs différences, a exhorté le Ministre, qui a ajouté qu’ils devaient aussi créer les conditions nécessaires à la paix et la sécurité.   Il a également averti les pays étrangers qui peuvent offrir une aide constructive qu’ils ne devaient pas surestimer leur contribution.    

M. Wang a rappelé que la plupart des États membres du Conseil restaient attachés à une position objective et équitable sur la question nucléaire iranienne et il a apporté son appui à la résolution 2231 (2015) et au Plan d’action global commun.   Toutes les parties doivent adopter une approche responsable de cette question, a encouragé le Ministre.  La Chine, comme d’autres acteurs, soutient la création d’une nouvelle plateforme de dialogue multilatéral pour les pays du golfe.   Cette plateforme doit être fondée sur le principe de l’égalité et viser à favoriser la discussion et à former un nouveau consensus.   Le Conseil devra soutenir ce dialogue et assurer que ses délibérations soient irréversibles, a conclu M. Wang. 

M. KALLA ANKOURAO, Ministre des Affaires étrangères, de la Coopération, de l’Intégration africaine et des Nigériens à l’extérieur, a regretté que le Moyen-Orient, et la région du golfe en particulier, ait été et demeure le théâtre de guerres et de tensions entre les pays que tout destinait à vivre en paix et en symbiose.   Comme dans la plupart des conflits, l’instabilité et les tensions persistantes dans cette région ont pour cause première les interférences des acteurs internationaux, a indiqué le Ministre.   Ces acteurs internationaux contribuent à des rivalités féroces entre pays, sur fond d’une course aux armements de plus en plus inquiétante.   

La création d’un système de sécurité régional véritablement inclusif, servant de base pour assurer un avenir décent à tous les peuples de cette région du monde, est aussi inextricablement liée à la résolution du conflit israélo-palestinien, a estimé M. Ankourao.   Le Niger, a ajouté le Ministre, est convaincu que ni Israël, ni les Palestiniens ne peuvent, à terme et de manière durable, réaliser leurs aspirations légitimes de sécurité pour l’un et de la création d’un État indépendant et viable pour l’autre, sans une solution négociée sur la base des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et du droit international, notamment la création de deux États vivant côte à côte.   

De même, a poursuivi M. Ankourao, il ne peut y avoir de solution militaire aux conflits en Syrie et au Yémen.   La seule manière viable de les résoudre doit être la recherche résolue d’une solution politique durable, inspirée et prise en charge par les Syriens et les Yéménites eux-mêmes, avec le soutien des Nations Unies sur la base de ses résolutions pertinentes, a estimé le Ministre.   Il a appelé la communauté internationale, et les Nations Unies en particulier, à ne ménager aucun effort dans l’accompagnement des processus de paix et de recherche de solutions aux défis humanitaires, amplifiés par la persistance des crises.    

Le Niger reste convaincu que l’Accord sur le nucléaire Iranien de 2015 reste le cadre juridique et international adéquat pour le règlement des différends sur la question.   M. Ankourao a encouragé toutes les parties à rester attachées à sa mise en œuvre intégrale et à agir dans un esprit de responsabilité et conformément aux normes de multilatéralisme.   Il a aussi réitéré son soutien à l’appel au cessez-le-feu global lancé par le Secrétaire général à toutes les parties en conflit dans la région, ainsi qu’au respect du droit international et des résolutions du Conseil de Sécurité.   

M. Ankourao s’est dit convaincu que la réalisation d’un Moyen-Orient prospère, en paix et où prédominent les relations de bon voisinage et d’amitié, sur la base du respect mutuel et du principe de non-ingérence est possible.   Pour cela, il est nécessaire que le golfe Persique se dote d’un mécanisme inclusif de coopération et de règlement des différends avec une forte implication de la Ligue des États arabes, de l’Organisation de la coopération islamique (OCI) et de l’ONU, a estimé le Ministre.   Le Conseil de sécurité pourrait soutenir une telle initiative régionale, a-t-il estimé, car elle constituerait un signal fort de reconnaissance du rôle essentiel que jouent les organisations régionales dans le règlement pacifique des conflits.   Par ailleurs, l’ONU peut mieux s’impliquer dans la recherche des solutions aux crises dans le golfe Persique en y désignant un représentant ou un envoyé spécial, a suggéré M. Ankourao.

Mme NALEDI PANDOR, Ministre des relations internationales et de la coopération de l’Afrique du Sud, a relevé à son tour que la sécurité du golfe Persique est intrinsèquement liée à celle du monde entier, compte tenu de son rôle économique et de sa position stratégique.  Elle a réaffirmé que la paix et la stabilité dans cette région exigent que l’on déracine le problème crucial de l’occupation de la Palestine.  La communauté internationale devrait travailler à une paix juste et durable pour mettre fin à cette occupation, guidée par les résolutions pertinentes des Nations Unies  et par la solution des deux États.  Les approches qui cherchent à compromettre des paramètres agréés ou à écarter les aspirations des Palestiniens ne mèneront ni à la paix ni à la justice, a prévenu la Ministre.  

L’ingérence des puissances étrangères ne saurait être tolérée, a souligné la Ministre, en attirant l’attention sur l’exemple « terrifiant » de l’invasion illégale de l’Iran.  Cette invasion, qui a mené à la guerre et à la dévastation, montre les conséquences d’une action militaire menée sans autorisation et dans le mépris du droit international et de la souveraineté des États.  La Ministre a redit l’attachement de son pays à la diplomatie, au droit international et au règlement pacifique des conflits.  Le Plan d’action global commun montre d’ailleurs, a-t-elle argué, comment la diplomatie et les négociations peuvent résoudre les différends et prévenir les conflits.  C’est un excellent exemple d’action collective pour consolider la paix, grâce à la coopération et à la collaboration autour d’un accord contraignant.  Le Plan d’action a énormément contribué à réduire les tensions autour du programme nucléaire iranien et reste « vital » pour promouvoir la paix, la stabilité et la normalisation des relations dans le golfe Persique, a plaidé la Ministre. 

M. DANG MINH KHOI, Vice-Ministre des affaires étrangères du Viet Nam, a estimé que la région du golfe Persique reste au cœur de la dynamique géopolitique du Moyen-Orient et dispose d’énormes potentiels économiques et énergétiques capables d’instaurer la paix, la sécurité et la prospérité pour toute la région et au-delà.  Pourtant, certaines tensions viennent de dégénérer en une série d’incidents, soulèvent une grave préoccupation quant au risque d’une spirale d’affrontements militaires dans la région, avec des implications multiples pour la paix et la sécurité internationales, a indiqué le Vice-Ministre.  Le Moyen-Orient sera exposé à une situation délétère durable si l’instabilité dans le golfe se poursuit, ce qui aurait des répercussions imprévisibles sur les conflits régionaux complexes en cours et les crises humanitaires, comme en Syrie, au Yémen, en Libye, en Palestine et au Liban.  Ce scénario dangereux doit être exclu, a prévenu le Vice-Ministre qui a avancé trois propositions. 

Premièrement, a-t-il commencé, toutes les parties, régionales et extrarégionales, ont un rôle et des responsabilités cruciaux pour maintenir la paix et la stabilité dans le golfe Persique et le Moyen-Orient dans son ensemble.  La situation actuelle exige des efforts pour faire respecter le droit international, la Charte des Nations Unies, les résolutions du Conseil de sécurité et les engagements internationaux.  Les parties doivent faire preuve de retenue, s’abstenir d’actions et de déclarations qui pourraient provoquer des tensions, et promouvoir le dialogue et la négociation pour régler les différends. 

Deuxièmement, a continué M. Khoi, bien que l’idée d’un accord de sécurité collective dans le golfe Persique ait été lancée depuis des années, ce mécanisme devrait être adapté aux circonstances régionales et ancré dans les principes de la Charte des Nations Unies et du droit international, en particulier ceux relatifs à l’égalité souveraine, à l’intégrité territoriale, au non-recours à la force et au règlement pacifique des différends.  Le Viet Nam, a poursuivi le Vice-Ministre, estime que le dialogue sur les intérêts sécuritaires communs peuvent ouvrir la voie pour réduire les tensions et renforcer la confiance.  Parmi ces intérêts communs figurent la lutte contre le conflit israélo-palestinien, la garantie de la sécurité maritime et de la liberté de navigation, la lutte contre le terrorisme et le trafic illicite d’armes, la promotion du désarmement et de la non-prolifération des armes de destruction massive, y compris l’application intégrale de la résolution 2231 (2015) et du JCPOA et la réalisation d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient.  

Troisièmement, a enfin suggéré le Vice-Ministre, le rôle des organisations régionales est indispensable à une approche globale de la sécurité, en prenant l’expérience de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) qui joue un rôle central dans l’architecture de sécurité régionale et qui a contribué à transformer l’Asie du Sud-Est, d’une région en proie aux hostilités en une communauté unie, intégrée et centrée sur les personnes.  

Les États-Unis ont rappelé que ces derniers mois, ils ont travaillé avec leurs partenaires de la région pour conclure les Accords d’Abraham , premiers du genre entre les Émirats arabes unis, Israël et le Bahreïn.  Ces accords de normalisation jettent la base des relations diplomatiques et sonnent le début d’une coopération sur un large éventail de domaines dont l’éducation, la santé, le commerce et la sécurité.  Les Accords d’Abraham, ont souligné les États-Unis, mettent en avant la vision du Président Donald Trump et prouvent que nous avons toujours été en premier ligne pour régler les conflits de la région et promouvoir la paix.  Notre présence, ont affirmé les États-Unis, a un effet « stabilisateur » et les partenariats que nous avons noués au fil des ans fournissent la base d’un engagement substantiel et d’une coopération constructive. 

L’Administration Trump, ont poursuivi les États-Unis, ont aussi proposé une « Vision pour la paix » historique qui, contrairement aux initiatives passées, peut être mise en œuvre « de manière réaliste ».  Jusqu’ici, ont encore affirmé les États-Unis, c’est le plan « le plus sérieux et le plus détaillé » qui n’ait jamais été présenté pour assurer la paix entre les Israéliens et les Palestiniens.  Nous savons que les Palestiniens n’adhèreront pas à tous les aspects du plan mais, ont argué les États-Unis, ce plan est un point de départ « légitime » pour des négociations.  Nous espérons que les Palestiniens saisiront cette chance, ont-ils ajouté, en espérant la fin de l’ingérence étrangère, y compris l’extrémisme des « mauvais » du golfe Persique.  Le fait est que nos efforts portent leurs fruits, ont encore affirmé les États-Unis, arguant que les Accords d’Abraham et la Vision pour la paix montrent ce qui est possible sous le leadership américain.  Ce « succès » s’explique par nos efforts visant à rétablir la confiance et la crédibilité auprès de nos partenaires, dont le moindre n’est pas l’adoption de la bonne stratégie à l’égard de l’Iran. 

L’Iran, ont répété les États-Unis, est la plus grande menace à la paix et à la sécurité au Moyen-Orient, qu’il s’agisse de son appui aux groupes terroristes et à ses hommes ou de ses missiles balistiques qu’il continue de fabriquer, au mépris du Conseil de sécurité.  Nous avons pris note du concept russe de sécurité collective mais, pour nous, ont dit les États-Unis, la solution est plus facile: le Conseil doit tout simplement convoquer le courage nécessaire pour obtenir de l’Iran qu’il honore ses obligations internationales et respecte ses décisions. 

Les États-Unis ont dénoncé le rôle de l’Iran au Yémen, où il fournit des armes aux Houthistes, malgré l’embargo consacré par la résolution 2216.  En Syrie, le « régime d’Assad » offre toujours à l’Iran et à ses hommes de main une base pour élargir son influence au Moyen-Orient.  Au Liban, l’Iran continue d’armer le Hezbollah, en violation flagrante des résolutions 1701 and 1559.  Le Conseil, ont martelé les États-Unis, doit faire plus pour combler les lacunes dans la mise en œuvre de ces résolutions.  En Iraq, ont-ils poursuivi, l’Iran continue d’appuyer les milices locales, en violation de la souveraineté nationale et de la résolution 2522.  Aussi longtemps que l’Iran soutiendra le terrorisme du Hamas et du Jihad islamique, nos efforts pour aider les Israéliens et les Palestiniens se heurteront à la menace de la terreur. 

Ce sont des faits et si nous voulons parler de l’insécurité dans la région, nous devons reconnaître ouvertement que le moteur de cette insécurité, c’est l’Iran.  M. Lavrov, ont dit les États-Unis, en interpelant le Ministre russe des affaires étrangères, nous ne sommes pas d’accord avec la solution que vous proposez.  La communauté internationale n’a pas besoin d’un autre mécanisme pour promouvoir la paix dans le golfe Persique.  Le Conseil a déjà tous les outils pour tenir l’Iran comptable de ses actes.  Il doit tout simplement décider de les actionner.  Nous, nous continuerons à le faire, « même seuls », ont promis les États-Unis.  Le fait que nous ayons réimposé des sanctions à l’Iran après que le Conseil a échoué à proroger ce régime de 13 ans, montre que « nous n’avons pas peur de faire ce qui est juste ».  « Nous n’avons pas besoin d’applaudissements pour valider notre compas moral », ont conclu les États-Unis, en ajoutant tout de même « nous sommes prêts à rencontrer l’Iran autour de la table des négociations pour conclure un accord global ».

La Tunisie a mis en avant l’importance géostratégique de la région du golfe Persique du point de vue politique, économique, civilisationnel et historique. Pourtant, cette région est en proie, depuis des décennies, à des tensions et des conflits, ce qui l’expose à des difficultés accrues qui risquent de se propager. Cette situation, devenue principale caractéristique de la région, ne peut se résoudre qu’en mettant fin à l’occupation israélienne et en arrivant à un règlement juste et global de la question palestinienne, conformément aux résolutions des Nations Unies, et initiatives de paix internationales, comme l’initiative de paix arabe et la solution des deux États.  

Il importe avant tout de régler tous les conflits au Moyen-Orient, à commencer par celui de la Syrie, a-t-elle ajouté.  Elle a appelé à trouver un terrain d’entente et à jeter les bases d’un dialogue constructif pour résorber les différends et ramener la stabilité et la sécurité.  Elle a pointé le terrorisme, la piraterie, les menaces aux activités maritimes et à la navigation, ainsi que la propagation de la pandémie coronavirus.  La Tunisie a appelé à régler les conflits par le dialogue et les moyens pacifique, en s’abstenant de tout acte menant à une escalade.  Elle a insisté sur le respect de la souveraineté des États, le principe de non-ingérence et la non-violence.  Dans cette optique, elle a mis en exergue le rôle de la diplomatie préventive pour désamorcer les tensions et écarter les menaces à la sécurité et à la stabilité. 

Pour Saint-Vincent-et-les Grenadines, les instabilités politiques en Syrie, en Iraq, au Yémen et en Libye ont constitué un terreau fertile pour les activités terroristes.  La représentante a condamné les « crimes atroces » commis par les groupes terroristes et leurs affiliés dans toute la région.  

 Le sort des Palestiniens restant un facteur central de déstabilisation au Moyen-Orient, la représentante s’est dit attachée au « soutien de principe » de la communauté internationale aux droits inaliénables du peuple palestinien, notamment à l’autodétermination et à la solution des deux États fondée sur les frontières d’avant 1967 avec Jérusalem-Est comme capitale.  Faisant écho à l’appel du Président de l’Autorité palestinienne pour la tenue d’une conférence internationale sur le Moyen-Orient en 2021, la représentante a relevé que la seule façon durable de progresser était de désamorcer d’urgence les tensions.  Elle a appelé les puissances régionales et internationales concernées à s’abstenir de « toute rhétorique agressive » et de « toute action unilatérale inutile ».  Si Saint-Vincent-et-les Grenadines soutient toute initiative en faveur de la paix dans la région, la représentante a insisté pour que ces initiatives soient « ouvertes à toutes les parties ». 

  Concernant le Yémen, la représentante a plaidé pour « un processus politique inclusif, dirigé et contrôlé par les Yéménites ».  En Iraq, en Libye, en Syrie, les situations exigent d’inclure toutes les parties pour la réconciliation et la reconstruction, a-t-elle ajouté.    

 Réaffirmant son soutien au Plan d’action global commun dont la préservation est « essentielle pour la paix et la stabilité dans la région », la représentante a demandé instamment à toutes les parties de s’engager en faveur du multilatéralisme.  

L’Estonie a rappelé que la sécurité de la région du golfe était « essentielle pour celle du Moyen-Orient tout entier » et qu’il était impossible de parler de sécurité dans le golfe sans mentionner le conflit Israélo-palestinien, source de multiples tensions dans la région.  Le représentant s’est réjoui que ces tensions aient connu un apaisement grâce à la normalisation des relations des Émirats arabes unis et du Bahreïn avec Israël, et a reconnu le rôle joué par les États-Unis dans ce rapprochement.   

Encourageant les acteurs régionaux à adopter un esprit de compromis et à poursuivre des mesures visant à établir la confiance pour la stabilité à long terme de la région, le représentant a néanmoins rappelé que le fondement du règlement des conflits restait le droit international, y compris la Charte des Nations Unies et les résolutions du Conseil de Sécurité, auxquelles toutes les parties doivent adhérer.   

« Les conflits régionaux comme ceux de la Syrie ou du Yémen, ne sont pas la conséquence de facteurs culturels » a déclaré le représentant, avant d’ajouter: « La consolidation de relations régionales autour de l’idée d’élimination du terrorisme est inopérante ».   Pour le représentant, « l’extrémisme religieux ne représente pas le monde arabe et les communautés musulmanes » et les conflits régionaux proviennent de la négation des libertés individuelles et des politiques étrangères expansionnistes, dont celles de Saddam Hussein. »   

« Malheureusement, ces politiques continuent; seul l’agresseur a changé » a poursuivi le délégué.  Citant le Arab Opinion Index, il a noté qu’un Irakien sur deux et un Saoudien sur trois considère les actes de l’Iran comme la plus grande menace à leur sécurité.   Selon lui, le piratage de pétroliers et les envois d’armes et de financement à des groupes extrémistes ont augmenté l’insécurité régionale et rendu difficile de justifier l’expiration de l’embargo sur les armes à l’Iran.  

« Pourtant, le Conseil de sécurité et l’Union européenne gardent foi dans le Plan d’action global commun et dans l’engagement de l’Iran à ne pas produire d’armes nucléaires, a fait observer le délégué, a-t-il noté.  « L’Estonie est de l’avis que l’application de tous les engagements prévus par le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et par le Plan d’action global commun restent une condition préalable fondamentale à la paix et à la sécurité internationale », a-t-il ajouté.   

Le délégué a insisté sur le besoin d’une approche systématique visant à établir un système de sécurité dans le golfe, incluant l’arrêt des guerres au Yémen et en Syrie, le soutien à l’Iraq contre l’État islamique d’Iraq et du Levant, l’encouragement au début de négociations directes entre Israël et la Palestine et la fin du blocus du Yémen par un compromis politique.  

Le représentant a conclu en assurant que les initiatives de sécurité et de stabilité dans tout le Moyen-Orient devaient venir de la région elle-même et que seul un plus large dialogue entre les pays de la région pouvait aboutir à une solution à long terme.  

L’Allemagne a indiqué qu’il est très important d’aborder la question à l’ordre du jour d’une façon plus large, en sortant des sentiers battus.  Les tensions, les divisions, le rétrécissement de l’espace démocratique et les souffrances des populations au Moyen-Orient sont graves, a-t-il fait observer, signalant que le droit international est foulé au pied quotidiennement et que les résolutions du Conseil de sécurité qui ne sont pas respectées, comme celles sur le conflit israélo-palestinien ou d’autres.  Plaidant pour les droits de la personne, en particulier les droits civils et politiques en Iran, l’Allemagne a dénoncé l’état des prisons et les persécutions.  Elle a, à son tour, insisté sur le Plan d’action global commun et mis en garde contre des actes fortuits.  Il a rendu hommage à l’Émir du Koweït qui n’a pas ménagé ses efforts de bons offices.  

La France a appelé à œuvrer à la stabilisation de la situation régionale par un travail collectif.  Appelant à respecter le droit international ainsi que « les engagements pris », la France se félicite du soutien réaffirmé du Conseil au Plan d’action global commun et appelle à l’application de la résolution 2231 (2015) « par chacun ».  L’Iran, selon elle, doit  sans délai mettre un terme « aux violations de ses engagements nucléaires » et « ne prendre aucune mesure supplémentaire qui viendrait aggraver encore la situation nucléaire ».  Les restrictions concernant le développement de missiles possibles vecteurs d’armes nucléaires doivent aussi être respectées.  

Rappelant que l’expiration de l’embargo sur les armes conventionnelles ne signifie en aucun cas que toutes les restrictions pesant sur la fourniture, les transferts ou les achats d’armes à destination ou en provenance d’Iran sont désormais entièrement levées, la France a fait remarquer que l’embargo européen sur les armes et les restrictions prévues sur les transferts de missiles resteraient en vigueur jusqu’en octobre 2023.  La France entend y veiller.  

 La France appelle en outre au respect intégral de l’encadrement par le Conseil de sécurité des transferts d’armes et de missiles à destination d’acteurs non-étatiques en Iraq, au Yémen et au Liban, et à leurs restrictions générales dans le cadre de la résolution 1540 (2004).  La France dénonce la violation desdites restrictions par l’Iran, et rappelle qu’il y a un peu plus d’un an, elle avait déjà dénoncé les attaques menées contre les installations de la compagnie Saudi Aramco, dont la responsabilité iranienne est « établie ».  La France appelle à cesser ces violations « inacceptables ».  

Pour œuvrer à la désescalade des tensions, la France préconise « un cadre de dialogue structuré » pour « casser la spirale de défiance » menaçant la sécurité et la stabilité de la région.  À l’origine de l’initiative européenne de surveillance maritime dans le détroit d’Ormuz, la France continuera à soutenir le dialogue régional pour la stabilité dans le golfe avec ses partenaires européens.  

Concernant les hostilités au Yémen, la France appelle toutes les parties à s’engager de bonne foi dans les pourparlers menés par l’Envoyé Spécial Martin Griffiths, pour conclure un accord politique, global et inclusif, sous l’égide des Nations Unies.   

La France appelle également à poursuivre le combat et la coopération internationale pour vaincre militairement Daech en Iraq et en Syrie, et à soutenir l’Iraq « dans ses efforts pour sa stabilité, son développement et ses réformes ». Jugeant essentiel de trouver une solution politique à la crise syrienne et de mettre fin à la catastrophe humanitaire qui dure depuis 10 ans, elle estime que la Russie et l’Iran ont « la responsabilité de faire pression sur le régime syrien » pour qu’il s’engage sur ce chemin.  

La France salue enfin la normalisation des relations entre Israël et les Émirats arabes unis et Bahreïn.  Elle souhaite toutefois une reprise des négociations israélo-palestiniennes afin de mettre en œuvre une solution à deux États.  Elle souhaite enfin qu’Israël renonce définitivement à ses projets d’annexion en Cisjordanie. 

La République dominicaine a regretté que les divergences idéologiques aient imposé un système de rivalités politiques régionales qui, en maintes occasions, a fait de la région du golfe le centre de l’attention mondiale et l’axe de menaces à la paix et à la sécurité internationales.  Le représentant a ensuite noté que, malgré les efforts de réduction des tensions, subsistaient des éléments déstabilisateurs.   

 « Des années de conflits, de violence et de terrorisme ont eu un impact dévastateur sur une grande partie de la population de la région, où la pauvreté et l’inégalité prévalent malgré son indiscutable richesse », a déclaré la République dominicaine, ajoutant que la bonne gouvernance, la tolérance zéro envers la corruption et l’impunité et le respect inébranlable des droits de l’homme et du droit humanitaire international devaient être placés au premier plan.  

Le représentant a ensuite mentionné les transferts illicites d’armes et la prolifération des missiles en marge des résolutions du Conseil de Sécurité, qui « stimulent la violence, l’insécurité et nuisent à des solutions durables ».  Il a, de plus, noté que le respect du droit de la navigation maritime était un facteur déterminant de la sécurité du golfe et qu’il était « impératif d’éviter que se répètent des actes hostiles comme ceux survenus dans le détroit d’Ormuz », clef du commerce international et essentiel pour l’ordre financier mondial.  

 Enfin, la République dominicaine a abordé les défis actuels à l’application du Plan d’action global commun  avec l’Iran, se déclarant préoccupée par la réduction progressive des engagements de l’Iran en matière nucléaire, les violations de la résolution 2231 (2015) sur les armes conventionnelles et les liens de ce pays à des activités déstabilisatrices dans la région.  Ila République dominicaine renouvelle son appel à l’Iran à retourner à la pleine conformité à l’accord nucléaire et à la résolution 2231 (2015) et à éviter toute rhétorique inflammatoire.  Elle encourage les parties à s’abstenir de mesures qui affaiblissent plus encore le Plan d’action global commun, le seul mécanisme que garantit la nature pacifique du programme nucléaire iranien.   

La République dominicaine en appelle au rôle des États de la région, à la collaboration et à l’assistance de la communauté internationale, de l’ONU et des organismes régionaux.    Elle rappelle que les pays du golfe disposent d’assez de ressources pour offrir une vie digne et prospère à leurs ressortissants et pour devenir des agents de changement pour les pays en situation de conflits.  Elle les encourage à utiliser le dialogue et le bon voisinage pour ouvrir la porte à des mécanismes communs propres à aborder ces défis.  

L’Indonésie s’est dit préoccupée par les tensions croissantes dans le golfe persique où les risques de conflit sont troublants.  Ni la région ni la communauté internationale ne peuvent se permettre de faire face aux conséquences si les crises s’aggravent.  L’Indonésie a souligné trois éléments clefs pour aborder ces tensions.  Premièrement, il faut une approche coordonnée de la prévention des conflits et de la médiation.  La diplomatie doit être à l’avant-garde et dans ce contexte, toutes les parties doivent appuyer la mise en œuvre intégrale et effective du Plan d’action global commun. 

Deuxièmement, a poursuivi l’Indonésie, des mesures globales sont nécessaires pour résoudre les problèmes politiques et socioéconomiques de la région comme en Syrie et au Yémen, et pour répondre à l’appel du peuple palestinien.  Il est impératif de renforcer la confiance entre les principaux acteurs de la région.  L’Indonésie a réitéré son soutien au peuple palestinien, y compris la création d’un État de Palestine indépendant, à l’intérieur des frontières d’avant 1967 et avec Jérusalem-Est comme capitale.  Elle a soutenu l’appel du Président Mahmoud Abbas visant à ce que le Secrétaire général convoque, avec le Quatuor et le Conseil de sécurité, une conférence internationale avec toutes les parties concernées pour engager un processus de paix fondé sur le droit international, les résolutions de l’ONU et autres instruments convenus au niveau international. Troisièmement, a conclu l’Indonésie, il faut respecter de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des pays, qui est le fondement de tous les efforts visant à créer et à maintenir la stabilité dans la région.  

La Belgique estime qu’il est « de la responsabilité du Conseil de sécurité d’aborder la question pour éviter toute escalade et tout conflit qui s’avèreraient dramatiques pour la région, la paix et la sécurité internationales ».  Pour elle, « nous devons viser une stabilité durable en contribuant à la construction d’une architecture régionale de sécurité ».   

La Belgique, membre fondateur de l’Union européenne et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), encourage toute approche de dialogue et de défense des intérêts et valeurs communes.  Pour elle, « il est temps de mettre en œuvre concrètement cette idée pour la région du golfe et du Moyen-Orient ».   Les pays de la région « souffrent d’un manque cruel de confiance mutuelle, qui contrecarre toute initiative conjointe de construction d’un avenir commun ».   Or, « la confiance ne se décrète pas lors d’une grande conférence, elle se construit pas à pas avec des actes très concrets, modestes au début  mais avec le potentiel de créer un cercle vertueux », tels des projets de gestion de l’eau, de la préservation de l’environnement, d’initiatives conjointes dans le domaine de la santé, du tourisme de qualité et de préservation du patrimoine culturel.   

 La Belgique considère par ailleurs que l’appropriation régionale de ces initiatives constitue un élément clef: « Il ne sert à rien de vouloir imposer des modèles clefs sur porte, même motivés par les meilleures intentions ».  Ceci n’exclut pas le rôle de pays extérieurs à la région pour soutenir les mesures de confiance de manière très concrètes et partager leurs expériences.  La Belgique conseille, à cet égard, de s’inspirer de l’expérience de l’Union européenne et de l’OSCE.   Pour leur part, les Nations Unies ont un rôle d’accompagnement à jouer dans ce projet, du fait de leurs ressources institutionnelles et des valeurs partagées de la Charte pour soutenir les efforts de diplomatie préventive.    

La Belgique s’inquiète du surarmement de la région et considère comme une nécessité de «  faire du désarmement et de la non-prolifération dans le domaine conventionnel et non conventionnel, un objectif commun ».  La Belgique réitère son soutien à l’accord nucléaire iranien, s’associant à ses partenaires européens et à la majorité des membres du Conseil de sécurité pour défendre le Plan d’action global commun, qui est « une des grandes réussites de la non-prolifération nucléaire, du dialogue et de la diplomatie » qui a « permis de garantir, depuis son entrée en vigueur, le caractère exclusivement pacifique du programme iranien ».   La Belgique regrette donc « le retrait des États-Unis du plan d’action et la réimposition des sanctions unilatérales », mais aussi « le non-respect croissant par l’Iran de ses engagements ».   

 Pour la Belgique, mettre fin au conflit au Yémen pourrait représenter un élément constitutif de l’instauration progressive de cette future structure régionale de dialogue et de coopération.  La Belgique appelle donc toutes les parties à un engagement politique réel en faveur d’une déclaration conjointe traçant la voie vers la paix et vers davantage de coopération et de confiance mutuelle dans la région.  

Le Royaume-Uni a réaffirmé son engagement en faveur du Plan d’action global commun, tout en signalant que le non-respect systématique de ses engagements par l’Iran présentait un risque.  L’Iran a aussi constamment procédé à des transferts d’armes dans la région, ce qui contribue à l’escalade des tensions, a accusé le Royaume-Uni, qui a ajouté qu’il œuvrerait avec ses partenaires pour réduire le transfert d’armes illégal.   

Pour le Royaume-Uni, la région du golfe a trop longtemps souffert du terrorisme, de la guerre et des conflits.  Il ne faut toutefois pas perdre espoir, comme le montrent les accords conclus entre les Émirats arabes unis, le Bahreïn et Israël.  Il faut que les peuples arabes et juifs rompent avec le ressentiment du passé et construisent sur les acquis pour résoudre définitivement la question israélo-palestinienne par une reprise du dialogue.  Pour le Royaume-Uni, il n’y a pas d’autre solution pour arriver à une solution à deux États.  Quant au Yémen, la solution politique y est également la seule possible et toutes les parties au conflit doivent poursuivre leurs efforts de négociation.  

Pour le Royaume-Uni, ce sont les protagonistes de la région eux-mêmes qui doivent entamer un dialogue et le Conseil de sécurité n’est pas l’enceinte pour un tel débat.  De même, l’initiative de sécurité ne saurait être dirigée par l’Iran. Le Royaume-Uni estime qu’il faut écouter toutes les voix de la région et que l’ONU aura un rôle de médiation essentiel à jouer. 

L’Iran a rappelé qu’en 1985, il a été à l’origine d’une proposition qui est devenue la résolution 598 du Conseil de sécurité appelant les États à la retenue pour éviter l’escalade des conflits.  Malheureusement, ce texte n’a pas été appliqué, a-t-il regretté, comme en attestent les guerres et les interventions massives qui ont émaillé l’histoire de la région.  Cette région, a souligné l’Iran a vécu « le cauchemar du terrorisme et des velléités de puissance de plusieurs acteurs mondiaux, exacerbant les différends historiques entre pays, jusqu’à leur donner des conséquences catastrophiques ».  Saddam Hussein, a expliqué l’Iran, a envahi le sol iranien en 1981 puis les États-Unis sont allés « sauver » l’Iraq du « monstre qu’ils avaient eux-mêmes créé ».  

Notre région, a poursuivi l’Iran, est le théâtre des visées hégémoniques qui s’étendent aussi dans la Corne de l’Afrique ou dans le Maghreb.  Les États-Unis, a-t-il accusé, ont déployé des moyens militaires considérables dans la région, dont plus de 50 000 soldats et 29 bases.  De 2014 à 2018, ils ont été responsables d’un quart des importations d’armes dans le monde.  Remerciant la majorité des États Membres pour avoir résisté à la tentative de « tuer » le Plan d’action global commun, l’Iran a affirmé que l’ambition des États-Unis est « de projeter leur puissance » et non de protéger les peuples.  Il a rappelé le « le lâche » assassinat du général Suleimani, pourtant premier ennemi de Daech. 

L’argent peut acheter des armes, mais pas la sécurité, a déclaré l’Iran, en arguant que seuls la coopération et le dialogue inclusif peuvent éviter des bouleversements susceptibles de traverser les générations.  L’Iran s’est dit favorable à une « une région forte » qui pourrait contrer les hégémonies, préserver sa stabilité régionale et garantir le principe de retenue.  Il a cité l’Initiative de paix de Ormuz, marqué par l’engagement des États riverains en faveur d’une coopération garantissant l’intégrité territoriale et la lutte contre l’extrémisme.  L’Iran a prôné le dialogue et le respect mutuel de la souveraineté, de la non-agression et de la non-ingérence, et l’abandon des alliances et coalitions contre les uns ou les autres. 

L’Iran a aussi prôné un dialogue régional sur des questions comme la gestion de l’eau, la protection de l’environnement, le tourisme, les investissements, le commerce, la réduction de la pauvreté et l’autonomisation des peuples.  Il a encouragé la création d’équipes conjointes pour étendre la coopération et le dialogue.  Mais, a-t-il prévenu, ce sont des objectifs qui resteront « impossibles » si les États de la région recherchent la confrontation ou demandent à une puissance étrangère « de couper la tête de leur voisin ». Une guerre de huit ans nous a été imposée, avec l’aide d’une intervention extérieure et nous savons que la paix et la stabilité dans le golfe requière l’implication de tous. 

Le Qatar a dit que l’influence stratégique du golfe Persique va au-delà de la région.  C’est la raison pour laquelle il a toujours préconisé la diplomatie préventive, le règlement pacifique des différends, le respect mutuel, la non-ingérence et le dialogue pour résoudre les conflits.  Mon Gouvernement, a affirmé le Qatar, s’efforce toujours de défendre ses intérêts et ses principes par le dialogue.  Nous sommes, a-t-il dit, un fervent partisan du Conseil de coopération du Golfe (CCG) dont la raison d’être est le règlement pacifique des différends.  Notre Émir, a ajouté le Qatar, a aussi proposé une initiative visant à créer un niveau minimal de sécurité sur la base des intérêts communs et des objectifs régionaux.  Mais en définitive, pour résoudre les conflits, il faut réaliser ensemble les objectifs de développement durable dans le cadre de la coopération internationale.  Cela peut ouvrir la voie à la résolution des crises au Moyen-Orient, a insisté le Qatar qui a souligné le rôle de l’ONU en la matière.  Les pays qui ont de l’influence dans la région ont également un rôle à jouer, car quels que soient les différends, on peut toujours trouver des solutions et un consensus par le dialogue, a souligné le Qatar. 

L’Iraq a témoigné de son attachement à la Charte des Nations Unies, aux principes de non-ingérence et de règlement pacifique des différends, et à la coopération.  Ayant combattu les groupes terroristes de Daech depuis 2014, avant d’en triompher, nous avons dû, a avoué l’Iraq, nous appuyer sur l’esprit de sacrifice du peuple et l’aide de nos alliés.  Depuis 2003, l’Iraq a dit s’être employé à remédier aux dégâts causés par l’ancien régime.  Nous avons entamé une évolution positive de nos relations diplomatiques dans la région, en reprenant notamment contact avec l’Iran et le Koweït, a souligné l’Iraq.  

Il a loué le rôle du Conseil de coopération du Golfe et décrit sa politique étrangère comme fondée sur « le dialogue », les « mesures équilibrées » et « le non-recours à la force ».  L’Iran a voulu faire mentir ceux qui pensent que la région de golfe souffre de problèmes « insolubles ».  La sécurité et la stabilité sont possibles, a-t-il estimé, si l’on approche les problèmes de manière pragmatique plutôt que de les laisser s’envenimer.  L’Iraq a donc préconisé une « approche réaliste » de la sécurité dans le golfe.   Tous les pays doivent travailler ensemble.  Le refus du dialogue, les « vociférations » n’aident personne, a poursuivi l’Iraq, en jugeant nécessaire de « disposer d’un niveau minimal d’accord » dans les programmes de sécurité, « sans exclure personne ». Attaché à sa neutralité, l’Iraq s’est dit favorable à toute mesure menant à la désescalade ».  

M. NAYEF FALAH AL HAJRAF, Secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), a rappelé les principes et buts de la Charte et confirmé l’engagement total des membres du CCG qui du reste ne cessent d’œuvrer pour le renforcement de la paix et la sécurité internationales et régionales.  Pendant des décennies depuis sa création, le CCG a préservé l’approvisionnement énergétique du monde, lutter contre le terrorisme, soutenu les organisations onusiennes et leurs agences et fonds dans leur travail contre la pauvreté et pour le développement durable et l’assistance humanitaire.  M. Al Hajraf a cité des manifestations internationales organisées par les pays du golfe qui croient dans le droit de chacun au bien-être et à la prospérité.  Or, a-t-il poursuivi, le non-respect du droit international et des résolutions du Conseil de sécurité a créé une « situation de division ».  Il a regretté l’ingérence de l’Iran en Arabie saoudite et son soutien à plusieurs pays de la région, sous formes d’armes, d’argent ou de formation des terroristes. Il a d’ailleurs déploré que le Yémen n’ait pu participer au débat d’aujourd’hui. Il a appelé l’Iran à honorer intégralement ses engagements liés à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). 

L’occupation par l’Iran des trois îles émiraties d’Abou Moussa, de Grande Tombe et de Petite Tombe représente de surcroît une menace pour la région, a affirmé le Secrétaire général.  Il a reproché à l’Iran de n’avoir pas répondu favorablement à l’avis de la Cour internationale de Justice et conseillé au pays de rejeter la force, la violence, le terrorisme et le sectarisme.  La balle est maintenant est dans le camp de l’Iran qui doit nous montrer sa volonté de garantir la stabilité et la sécurité régionale, en joignant « l’acte à la parole ».  Le Secrétaire général n’a pas oublié de plaider pour la question palestinienne et la solution des deux États.  

M. AHMED ABOUL GHEIT, Secrétaire général de la Ligue des États arabes, a commencé par critiquer l’appellation « golfe Persique » au lieu de la plus juste « golfe arabique ».  Il a dit craindre que dans la sous-région la situation n’explose à tout moment.  Pour les Arabes, a-t-il dit, la sécurité, c’est la non-ingérence.  La Ligue, a-t-il expliqué, est une organisation d’États souverains pleinement indépendants.  Or, il semble aujourd’hui qu’il faille amorcer une discussion sur le concept de souveraineté, puisque certains n’hésitent pas à la violer.  Le Secrétaire général a estimé que les préoccupations sécuritaires des pays arabes « ne semblent pas être bien comprises ».  Nous voulons, a-t-il dit, des relations saines et constructives avec tous.  Pour cela, il faut, entre autres, que l’État palestinien soit reconnu et qu’Israël se retire du Territoire occupé.  

Reprenant la parole l’Iran a indiqué que ses actions sont sous-tendues par des motifs géostratégiques et le fait qu’il est « privé » de moyens de défense. Ceux qui, dans la région, dépensent des milliards et des milliards de dollars dans l’achat d’armes doivent comprendre que ce n’est pas la bonne solution pour se protéger.  Les seuls qui en profitent, ce sont les marchands d’armes.  L’Iran a accusé fustigé ceux qui l’accusent de « façon infondée ».  Une nouvelle fois, il s’est dit attaché à la coopération.  S’agissant des trois îles, il a confirmé qu’elles font partie intégrante de son territoire.  

En conclusion, la Fédération de Russie a remercié tous les États pour leur contribution au débat.  Ce qui nous unit, a-t-elle dit, c’est notre volonté de prévenir les conflits.  Nous pouvons diverger sur les moyens d’y parvenir mais nous savons tous que la question à laquelle nous devons répondre c’est « que faire ».  Diminuer les tensions, a argué la Fédération de Russie, peut être le prologue d’un dialogue plus élargi et se mettre d’accord pour prévenir les incidents dangereux qui pourraient dégénérer en conflit à part entière, est la voie à suivre.  La Fédération de Russie a dit avoir retenu des déclarations la suggestion de s’inspirer des mesures de confiance prises pendant la guerre froide, ce qui pourrait devenir « notre devoir commun ». 

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