Print
SC/14268
29 Juillet 2020

Syrie: accusations « d’amoralité » et « d’hypocrisie » au Conseil de sécurité à propos du renouvellement du mécanisme d’aide transfrontalière et des conséquences des sanctions

Alors qu’ils avaient dû se réunir cinq fois avant de voter, le 11 juillet, la prorogation du mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière vers le nord-ouest syrien, les membres du Conseil de sécurité ont de nouveau affiché de très nettes divergences sur ce sujet lors de leur séance mensuelle consacrée à la situation humanitaire en Syrie.  Les pays occidentaux, États-Unis en tête, ont en effet accusé la Chine et la Fédération de Russie d’avoir fait un choix « purement politique et amoral » avec la fermeture du point de passage de Bab el-Salam, le point de passage de Bab el-Haoua étant désormais le seul ouvert depuis la résolution de la mi-juillet.   

La Russie s’est interrogée sur les « prétendues difficultés » d’acheminement de l’aide humanitaire de l’ONU nées de la fermeture de ce point de passage et dénoncé l’approche « inhumaine et hypocrite » des pays ayant adopté des mesures coercitives contre la Syrie.  « Vous donnez l’aide d’une main et vous essayez d’étrangler le pays de l’autre », a déclaré la Russie.  Le Coordonnateur des secours d’urgence, M. Mark Lowcock, a détaillé la situation d’extrême fragilité » de la Syrie, tandis que la Directrice régionale de « Syria Relief & Development », Mme Amany Qaddour s’est exprimée sur « la crise au sein d’une crise » que la Syrie connaît avec la pandémie.  La Turquie et la Syrie ont aussi pris la parole. 

Le Coordonnateur des secours d’urgence a indiqué que les opérations humanitaires aident en moyenne 6,8 millions de personnes chaque mois.  M. Lowcock a précisé que 4,6 millions de personnes reçoivent une aide alimentaire, tandis que plus de 8,9 millions d’opérations médicales ont été effectuées.  Avec la décision de ce Conseil, le 11 juillet, nous sommes à pied d’œuvre pour pallier les difficultés opérationnelles qui découlent de cette décision, a-t-il dit.  M. Lowcock a aussi rappelé la gravité de la crise économique en Syrie où le prix des denrées alimentaires a augmenté de 240% par rapport à juin 2019, avec un taux de chômage qui a atteint 50%.  

Mme Qaddour a alerté sur le fait que la Syrie est particulièrement vulnérable face à la COVID-19 en raison de la fragilité de son système de santé. Il y a des pénuries de ventilateurs, de lits pour les soins intensifs et d’équipements de protection individuelle, s’est-elle inquiétée.  Des centaines de milliers, si ce n’est des millions de personnes, vivent dans des conditions précaires qui ne permettent pas la distanciation sociale.  Il est de plus difficile d’imposer des mesures de prévention aux familles qui se trouvent dans des abris collectifs et dont la priorité est de travailler pour pouvoir se nourrir, a-t-elle déclaré. 

Mais, c’est bien le vote du 11 juillet qui a été au cœur des interventions.  À l’instar de la République dominicaine, la France a regretté la fermeture de Bab el-Salam, qui constituait un accès vital pour 1,3 million de personnes dans la région d’Alep.  Elle a aussi dénoncé l’absence de consensus au sein de ce Conseil pour rouvrir le point de Yaroubiyé, dans le nord-est.  La politisation de l’aide humanitaire en Syrie est inacceptable, a déclaré la délégation en dénonçant aussi l’insuffisance de l’aide au travers des lignes de front et l’absence de garanties en ce qui concerne l’impartialité et la transparence. 

Même son de cloche du côté de l’Allemagne, qui s’exprimant au nom de la Belgique, a estimé que la fermeture de Yaroubiyé en janvier et celle de Bab el-Salam contredit toute logique humanitaire.  Alors que 13 membres du Conseil ont soutenu le renouvellement de l’accès via deux points de passages frontaliers dans le nord-ouest, deux pays ont opposé leur veto à ce renouvellement au début de ce mois, « pour des raisons purement politiques », sans même accepter une période de transition de trois mois à peine pour Bab el-Salam, a dénoncé l’Allemagne.  À l’instar de l’Indonésie, elle a averti que cette situation se traduira par une opération humanitaire plus coûteuse et plus risquée dans le nord-ouest. 

Mais la charge la plus virulente est venue du côté des États-Unis, qui ont déploré l’opposition « implacable » de la Russie et de la Chine.  Il n’y a toujours pas d’alternative aux opérations transfrontalières de l’ONU, ont-ils dit, pointant l’insuffisance des acheminements depuis Damas au travers des lignes de front.  « Encore plus inquiétant, Assad n’est toujours pas désireux de procéder aux ajustements nécessaires afin de faire de l’assistance au travers des lignes de front une alternative viable à l’assistance transfrontalière. »  Les États-Unis ont assuré qu’ils n’accepteront pas la politique du « régime d’Assad » consistant à refuser une aide aux populations hors de son contrôle militaire. 

Il est temps, a réagi la Fédération de Russie, que les acteurs humanitaires travaillent avec les autorités syriennes pour augmenter le nombre des passages aux lignes de front.  La délégation a plaidé pour que le Gouvernement syrien respecte le principe de la non-discrimination de l’aide humanitaire.  Elle a accusé les porte-plumes de la dernière résolution d’avoir placé leurs intérêts avant tout, trop contents de « nous voir exercer notre droit de veto », au lieu d’accélérer les choses.  « Les Occidentaux ont choisi d’ignorer l’évidence: l’augmentation du nombre des passages aux lignes de front et la nécessité de rendre ces passages encore plus efficaces. » 

Une aide renforcée par-delà les lignes de front est essentielle pour combler les écarts en aide humanitaire provoqués par la fermeture de Yaroubiyé et de Bab el-Salam, a déclaré l’Afrique du Sud.  La Chine a relevé que, depuis l’adoption de la résolution 2533 (2020) de juillet, les agences de l’ONU font un plein usage du point de passage de Bab el-Haoua qui peut gérer davantage de livraisons.  Elle a rejeté les «  propos irresponsables  » proférés par les États-Unis à son encontre, notant que la délégation américaine avait voté à six reprises contre des projets de résolution «  raisonnables  ».  Les États-Unis doivent cesser de politiser la situation humanitaire, a-t-elle lancé. 

La Russie et la Chine ont dénoncé les sanctions unilatérales prises contre la Syrie.  Ceux qui les ont prises sont responsables de la situation humanitaire en Syrie, tout en continuant de prétendre qu’elles n’ont aucun impact sur la vie des gens, a tonné la Russie.  « C’est une approche « inhumaine et hypocrite. » comme Saint-Vincent-et-les Grenadines et le Niger, la Chine a jugé leur levée plus urgente que jamais, estimant que les «  soi-disant exemptions humanitaires  » ne permettent pas de changer la situation sur le terrain.  

Les États-Unis ont rétorqué que les sanctions américaines imposées en vertu de la loi César visent à punir le « régime d’Assad » pour les atroces tragédies dont ont été victimes les populations de Hama et de Maarat al-Numan en 2011 et 2019.  « Il est temps que la guerre brutale et inutile d’Assad cesse et c’est cela que nos sanctions recherchent », ont-ils justifié, en dénonçant le « récit erroné » fait par la Russie et la Chine sur lesdites sanctions.  La France a assuré que les sanctions européennes sont ciblées et jugé « inacceptable » l’instrumentalisation de la question des sanctions.  Les sanctions internationales ne jouent aucun rôle dans l’effondrement de l’économie syrienne, a appuyé l’Estonie.

La Section des communiqués de presse ne couvre que les déclarations faites en visioconférence dont les textes ont été transmis à temps par la Division des affaires du Conseil de sécurité.

M. MARK LOWCOCK, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a indiqué que les opérations humanitaires aident en moyenne 6,8 millions de personnes chaque mois en Syrie.  Il a précisé que 4,6 millions de personnes reçoivent une aide alimentaire, tandis que plus de 8,9 millions d’opérations médicales ont été effectuées pendant que plus de 1,6 million d’enfants recevaient une aide scolaire.  Avec la décision de ce Conseil, le 11 juillet, de proroger l’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière vers le nord-ouest de la Syrie, nous sommes à pied d’œuvre pour pallier les difficultés opérationnelles qui découlent de cette décision, a-t-il dit.  L’ONU contribue à la lutte contre le virus, qui touche désormais toutes les provinces syriennes, à l’exception d’une.  Il a indiqué que le nombre d’infections à la COVID-19 –quelques centaines- est encore bas, même si le chiffre véritable est plus élevé. 

Le Coordonnateur a évoqué la période d’extrême fragilité que connaît l’économie syrienne, avec une grande volatilité du taux de change et une inflation élevée.  L’économie devrait se contracter de plus de 7% cette année, tandis que le taux de chômage avoisine les 50%.  Les fonds envoyés depuis l’étranger ont baissé, a indiqué M. Lowcock, donnant l’exemple de ceux en provenance des États du Golfe qui s’élèvent à 2 millions de dollars par jour aujourd’hui, alors qu’ils étaient de 4,4 millions de dollars en 2017.  En outre, le prix des denrées alimentaires a augmenté de 240% par rapport à juin 2019 et près de 9,3 millions de personnes sont en insécurité alimentaire.  Le taux de malnutrition chronique chez les enfants de moins de cinq ans est de 29%, comparé à 19% à la même époque l’an dernier. 

M. Lowcock a rappelé l’obligation de respecter et de protéger les civils. L’accord de cessez-le-feu passé en mars dans le nord-ouest entre la Russie et la Turquie est largement respecté, même si des frappes ont pu être recensées ces dernières semaines, a-t-il indiqué en précisant que cinq civils, dont deux enfants, ont péri dans ces frappes.  De plus, 34 civils, dont 15 enfants, ont trouvé la mort dans des attaques à l’engin explosif et dans l’explosion de mines. Il a dit sa préoccupation devant l’augmentation du niveau de violence à Dara’a, avant de souligner la situation critique à Roukban.  Il a lancé un appel pour qu’une aide soit fournie aux 12 000 personnes qui sont encore à Roukban et pour aider ceux qui veulent partir.  Le Coordonnateur des secours d’urgence a noté les pénuries en eau dans le camp de Hol, qui accueille environ 65 000 personnes, dont les deux-tiers sont des enfants.  La moitié de ces enfants ont moins de cinq ans, soit 35 000 enfants de moins de cinq ans. 

Enfin, le Secrétaire général adjoint a abordé la question du financement des opérations humanitaires, rappelant que 7,7 milliards de dollars, dont 5,5 milliards pour 2020, ont été promis le 30 juin lors de la Conférence de Bruxelles en vue du financement des activités humanitaires, de résilience et de relèvement en Syrie et dans la région.  Les engagements les plus importants ont été pris par la Commission européenne, l’Allemagne, les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, le Japon, la Norvège, les Pays-Bas, la France et le Danemark.  Le Plan de réponse humanitaire pour la Syrie, qui requiert la mobilisation de 34 milliards de dollars en 2020, est financé à hauteur de 32 % à la mi-2020, ce qui en fait l’une des opérations les mieux financées.  Et pour aider la Syrie à lutter contre la pandémie actuelle, il faut 384 millions de dollars et 28% de cette somme a déjà été reçue, a-t-il encore indiqué. 

M. Lowcock a souligné l’importance de donner la priorité à l’éducation dans ces engagements, la composante éducation dudit Plan de réponse n’étant financée qu’à hauteur de 24%.  Un tiers des enfants en âge d’être scolarisés en Syrie, soit 2,5 millions d’enfants, ne vont pas à l’école, s’est-il inquiété, signalant que le nombre d’enfants déscolarisés a augmenté de 16% par rapport à l’an dernier.  Enfin, M. Lowcock a évoqué ces milliers d’enfants qui ont franchi ou essayé de franchir les lignes de front le mois dernier pour se rendre à leurs examens.  « Au cœur de ces crises conjuguées, qui paraissent insurmontables, ces enfants ne perdent pas de vue leur avenir.  Nous ne devons pas le faire non plus. » 

Mme AMANY QADDOUR, Directrice régionale de « Syria Relief & Development », une agence humanitaire qui, a-t-elle expliqué, travaille sur le terrain depuis pratiquement le début de la crise, a indiqué que la pandémie de COVID-19 est «  une crise au sein d’une crise  » qui présente des défis inédits.  Elle a alerté sur le fait que la Syrie est particulièrement vulnérable en raison de la fragilité de son système de santé.  En dépit du partenariat avec l’OMS, au sein duquel Syria Relief & Development joue un rôle central en termes de prévention, il y a des pénuries de ventilateurs, de lits pour les soins intensifs et d’équipements de protection individuelle, s’est-elle inquiétée.  Des centaines de milliers, si ce n’est des millions de personnes, vivent dans des conditions précaires qui ne permettent pas la distanciation sociale, et il est difficile d’imposer des mesures de prévention aux familles qui se trouvent dans des abris collectifs et dont la priorité est de travailler pour pouvoir se nourrir.  Ce qui est également préoccupant, c’est que de nombreux cas ont été recensés parmi le personnel de santé, notamment dans le nord-ouest du pays. 

Poursuivant, Mme Qaddour a appelé à envisager les soins de santé comme un ensemble incluant les soins de santé primaires et communautaires, les soins de réadaptation pour les personnes handicapées, sans oublier la santé mentale, en raison des traumatismes importants que beaucoup ont subis et de l’augmentation de la dépression, des troubles de stress post-traumatique et des idées suicidaires. Cela doit s’appliquer à la fois aux récipiendaires et aux travailleurs qui fournissent ces services et qui subissent les mêmes conditions de déplacement, de violence et d’insécurité.  

Elle a ensuite appelé le Conseil de sécurité à partager ces risques avec les agences humanitaires afin qu’ils ne soient pas transmis aux personnes ayant déjà «  absorbé  » beaucoup de risques, parfois même au prix de leur propre vie.  Ce « partage de risque » doit également faciliter l’accès aux services, a-t-elle dit, notant que l’incapacité d’accéder à certaines zones en empruntant le point de passage de Bab al Salam, «  qui est essentiel pour le travail que nous faisons  », signifie que les travailleurs humanitaires doivent désormais assumer un fardeau plus important pour atteindre les zones plus difficiles d’accès.  Nous n’accepterons pas d’abandonner ces populations qui sont peut-être sur le point d’être assiégées.  C’est pour cela que nous devons maintenir ces communautés au premier plan, a-t-elle dit. 

Mme Qaddour s’est ensuite attardée sur la situation des femmes et des filles dont le sort, a-t-elle dénoncé, a été des plus pénible en raison de la négligence du point de vue de la santé et de leur exposition continue à la violence sexuelle et sexiste.  Des femmes ont été obligées d’accoucher sous des arbres, sans accès au moindre soin, alors que des milliers de personnes se déplaçaient, tandis que les filles sont soumises à des mariages précoces, l’une des pratiques les plus extrêmes à laquelle elles ont recours pour tenter de s’en sortir.  Les familles et les filles manquent de possibilités en termes d’éducation ou, tout simplement, pour vivre. 

Récusant toute tentative d’imputer aux normes sociales ou culturelles la responsabilité de telles pratiques, elle a appelé à tenir compte de la complexité des facteurs profondément enracinés qui y ont abouti.  Elle a ensuite engagé le Conseil à appuyer la fourniture des services vitaux. 

Au nom également de l’Allemagne, la Belgique a souligné qu’elle a travaillé sans relâche pour garantir un accès humanitaire maximal, à la fois de l’intérieur de la Syrie et de l’autre côté de ses frontières.   La fermeture de Yaroubiyé en janvier a défié les arguments humanitaires et celle de Bab al Salam a contredit une fois de plus la logique humanitaire, a affirmé la Belgique, qui a dit craindre une opération humanitaire plus coûteuse et plus risquée dans le nord-ouest.  Pendant ce temps, les problèmes d’accès de l’aide médicale dans le nord-est sont encore loin d’être résolus.   La responsabilité de cette situation, a-t-elle tranché, incombe aux pays qui ont systématiquement limité l’accès humanitaire transfrontalier.   Ceux qui ont opposé leur veto aux résolutions proposées mettent volontairement la vie humaine en jeu, pour des motifs politiques, a accusé la Belgique, en réitérant son attachement à une aide humanitaire « non-politisée ».   Elle s’est attardée sur la question des détentions arbitraires et des disparitions forcées, avant de s’alarmer du nombre des victimes civiles dû aux offensives aériennes ou terrestres.  La Belgique a appelé toutes les parties à la plus grande retenue, les exhortant à tenir compte des répercussions humanitaires de leurs actions militaires.  Elle a condamné les attaques perpétrées par les groupes terroristes mais souligné que toute riposte doit être conforme aux obligations du droit international, en particulier le droit international humanitaire.   Seul un règlement politique conforme à la résolution 2254 (2015) remettra la Syrie sur la voie de la paix, a conclu la Belgique.   

Le Viet Nam a indiqué que la situation humanitaire en Syrie demeure globalement désespérée, en rappelant que 9,3 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population, sont en insécurité alimentaire.  Au surplus, la pandémie s’est aggravée ces dernières semaines, a dit le Viet Nam, en indiquant que les travailleurs humanitaires représentent 7% des cas d’infection.  Pour remédier à cette situation, la délégation a plaidé pour un accès humanitaire accru et pour un cessez-le-feu à l’échelle nationale.  Elle a noté les efforts en vue de préserver l’accord de cessez-le-feu de mars dernier à Edleb et mis en garde contre une détérioration de la situation sécuritaire dans cette région.  Elle a ensuite salué le renouvellement du mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière.  Néanmoins, beaucoup doit encore être fait pour faire face aux besoins humanitaires dans le nord-ouest et dans le nord-est, a dit le Viet Nam. Il a demandé qu’une attention accrue soit apportée à la sécurité alimentaire et au système de santé en Syrie.  Il a dit attendre avec intérêt des rapports sur les mesures et ajustements dans la mise en œuvre de la résolution 2533 (2020) et sur ses incidences.  La délégation a jugé important que la riposte à la pandémie ne soit pas entravée par les sanctions et a appelé le Gouvernement à intensifier sa coopération avec les parties, notamment l’ONU, pour améliorer l’accès humanitaire. Enfin, le Viet Nam a salué la tenue de la prochaine session de la Commission constitutionnelle. 

Les États-Unis ont indiqué que l’adoption de la résolution 2533 (2020) est vitale pour des millions de personnes déplacées dans le nord-ouest syrien, qui dépendent des opérations humanitaires transfrontalières de l’ONU depuis cinq ans. « Mais ne nous méprenons pas, la poursuite de l’acheminement de cette aide transfrontalière par le seul point de passage de Bab el-Haoua est fragile. »  Les États-Unis et une majorité de membres du Conseil avaient demandé davantage de points de passage parce qu’ils sont nécessaires pour répondre aux besoins, ont-ils rappelé, en déplorant l’opposition « implacable » de la Russie et de la Chine.  La décision de Moscou et de Beijing d’opposer leur veto à deux projets de résolution en vue de fermer le point de passage de Bab el-Salam laisse des millions de Syriens dans une situation de vulnérabilité dans le nord-ouest du pays et ce, dans un contexte de pandémie.  Cela complique davantage encore la tâche des « héros humanitaires » qui dépendent plus que jamais d’un cessez-le-feu à l’échelle nationale qui n’est toujours pas réalité, malgré le calme relatif qui règne à Edleb depuis la création de la zone de désescalade turco-russe du 5 mars.  

Les États-Unis ont indiqué qu’ils restent le plus important donateur humanitaire à cette opération, en ayant apporté plus de 11,3 milliards de dollars depuis le début du conflit.  Chaque dollar dépensé doit venir en aide aux Syriens, ont estimé les États-Unis.  « C’est pourquoi l’Administration Trump s’est opposée à la fermeture de Bab el-Salam », a déclaré la délégation, en pourfendant le choix « purement politique et amoral » fait par la Russie et la Chine en vue d’aider le « régime d’Assad ».  L’accès humanitaire est désormais encore plus difficile, a-t-elle regretté.  « Nous ne devons pas oublier les 1,3 million de personnes qui dépendaient du point de passage de Yaroubiyé pour une aide vitale en provenance d’Iraq. »  Il ne fait aucun doute que les vetos russe et chinois de décembre 2019 opposés à la prorogation de ce point de passage et le refus « sans cœur » d’accroître l’accès au travers des lignes de front ont entravé la riposte à la pandémie, a accusé la délégation. 

La résolution 2533 (2020) doit être un appel à se ressaisir pour la communauté internationale, a poursuivi la délégation.  Elle a indiqué qu’il n’y a toujours pas d’alternative aux opérations transfrontalières de l’ONU, en rappelant qu’il n’y a plus qu’un point de passage.  Selon elle, les acheminements depuis Damas au travers des lignes de front ne sont pas au point et sont insuffisants face aux besoins.  « Encore plus inquiétant, Assad n’est toujours pas désireux de procéder aux ajustements nécessaires afin de faire de l’assistance au travers des lignes de front une alternative viable à l’assistance transfrontalière. »  Les États-Unis ont assuré qu’ils n’accepteront pas la politique du « régime d’Assad » consistant à refuser une aide aux populations hors de son contrôle militaire. 

Ils ont affirmé que les forces du régime et leurs mercenaires, y compris ceux appuyés par l’Iran, ne sont pas retirés de la zone de désescalade comme l’exige l’Accord d’Astana.  La possibilité d’une résurgence russe et du régime peut se produire à tout moment, alors que des renforts sont arrivés en nombre, selon la délégation qui a encore noté que la ligne de front au sud d’Edleb a été le théâtre d’une reconstitution majeure des forces du régime. 

La délégation a enfin indiqué que les sanctions américaines se poursuivent en vertu de la loi César, destinée notamment à punir le « régime d’Assad » pour deux des plus atroces tragédies humanitaires dont ont été victimes les populations de Hama et de Maarat al-Numan en 2011 et 2019.  « Il est temps que la guerre brutale et inutile d’Assad cesse.  C’est cela, par-dessus-tout, que nos sanctions recherchent. »  Ils ont enfin dénoncé le « récit erroné » fait par la Russie et la Chine des sanctions américaines qui seraient « la cause de la crise en Syrie ». C’est, pour les États-Unis, de la « propagande » et une « tentative sinistre de passer sous silence la brutalité et les crimes contre l’humanité du régime d’Assad ». 

La République dominicaine s’est dit préoccupée par la faiblesse du système de santé syrien qui a du mal à lutter contre la pandémie de COVID-19.  Or, les options d’un acheminement efficace et direct de l’aide humanitaire viennent d’être gravement sapées, compte tenu de la fermeture du poste frontière de Bab el-Salam . Cette situation, s’est inquiétée la République dominicaine, pousse l’acheminement de l’aide vers les nord-ouest à son extrême limite.  La seule façon d’aider les civils, c’ est de leur fournir une aide soutenue et croissante, en utilisant toutes les modalités possibles, a insisté la délégation.  Notant que les ONG syriennes demandent la réouverture des postes frontières, la République dominicaine n’a eu qu’un seul message: quand nous nous accusons les uns des autres d’un manque d’humanité, n’oublions pas que des millions de gens souffrent de la faim. 

La France a indiqué que la situation humanitaire ne cesse de se détériorer en Syrie: la pandémie de COVID-19, la hausse de l’insécurité alimentaire et la crise économique résultant de la corruption et d’une gestion désastreuse par le régime accroissent chaque jour les besoins humanitaires.  La priorité absolue doit être, selon la France, une cessation immédiate des hostilités et une pause humanitaire, conformément à la résolution 2532 et à l’appel du Secrétaire Général. « Cela est d’autant plus indispensable que la pandémie se propage, y compris dans le Nord-Ouest où la trêve russo-turque reste fragile. »  La délégation a rappelé que le respect du droit international humanitaire n’est pas négociable: c’est une obligation qui s’impose à toutes les parties.  La France continuera d’apporter son plein soutien aux mécanismes de lutte contre l’impunité, a assuré la délégation. 

La France a regretté la fermeture du point de passage de Bab al Salam, qui constituait un accès vital pour 1,3 million de personnes dans la région d’Alep. « Nous regrettons également l’absence de consensus au sein de ce Conseil pour rouvrir le point d’al-Yaroubiyah, alors même que la propagation de la pandémie rend encore plus indispensable l’acheminement d’aide médicale dans le Nord-Est. » La politisation de l’aide humanitaire en Syrie est inacceptable, a déclaré la délégation.  Elle a ajouté que l’aide « crossline » est largement insuffisante pour répondre aux besoins et n’offre aucune des garanties nécessaires d’impartialité et de transparence.  

La France a assuré que l’Union européenne et ses États membres, dont la mobilisation financière représente 70% des engagements pris à la conférence Bruxelles IV, resteront exigeants quant à l’application des principes humanitaires de neutralité, d’impartialité et d’indépendance et du document « principes et paramètres » défini par les Nations Unies, afin d’apporter les garanties nécessaires à la mise en œuvre de l’assistance apportée aux populations dans le besoin en Syrie.  

La France a tenu à rappeler que tant qu’un processus politique crédible conforme à la résolution 2254 ne sera pas fermement engagé, la France et l’Union européenne ne financeront pas la reconstruction.  « Nos positions sur la levée des sanctions et la normalisation demeurent également inchangées. »  Elle a invité à ne pas se laisser tromper par la fable du régime: « la crise économique en Syrie résulte de la destruction par le régime de son propre pays. »  Les sanctions européennes sont ciblées: elles visent des individus et des entités qui participent à la répression et profitent des retombées du conflit, a-t-elle affirmé.  La France a ajouté qu’elles prévoient des dispositifs solides pour préserver l’acheminement de l’aide humanitaire et médicale.  « Cette instrumentalisation de la question des sanctions est tout à fait inacceptable. » 

L’Indonésie a estimé que les discours incendiaires n’ont aucune utilité pour les déplacés et les autres groupes vulnérables qui ont besoin d’eau et de médicaments.  Elle a souligné la nécessité de contrer la propagation du virus en Syrie et de renforcer les capacités sanitaires.  Elle s’est inquiétée du nombre de cas en augmentation, alors que les capacités de dépistage sont encore limitées. L’Indonésie a dit apprécier les mesures de protection même si elles peuvent aggraver les besoins humanitaires en raison des restrictions.  « C’est une situation difficile. » 

La délégation a souligné la nécessité de maximiser le poste frontière de Bab el-Haoua, tout en notant que la fermeture de celui de Bab el-Salam pourrait conduire à une réponse humanitaire plus onéreuse et moins efficace.  Elle a encouragé une coordination robuste entre toutes les parties afin de garantir l’acheminement d’une aide humanitaire accrue par Bab el-Haoua.  Elle a aussi rappelé l’importance d’assurer la sécurité des travailleurs humanitaires.  « Malgré les divergences, nous sommes convaincus, a conclu l’Indonésie, que ce Conseil a un seul objectif commun: sauver des vies.  Agissons et décidons à la lumière de cet objectif essentiel », a conclu la délégation. 

Le Niger a marqué sa préoccupation devant la recrudescence des hostilités et les incidents violents observés au cours des deux dernières semaines, en particulier dans le nord-ouest de la Syrie.  Les frappes aériennes, les bombardements et l’utilisation d’explosifs ont fait plusieurs victimes civiles, dont des femmes et des enfants, a rappelé la délégation qui a souligné que ce nouveau type de menace ajoute une couche supplémentaire au traumatisme psychologique de la population vivant dans ces zones.  Elle a appelé toutes les parties belligérantes en Syrie et les acteurs extérieurs à prendre des mesures tangibles en vue d’une cessation totale des hostilités, conformément à l’appel du Secrétaire général sur la nécessité d’observer un cessez-le-feu humanitaire mondial. 

Cependant, le Niger a tenu à réaffirmer que la lutte contre le terrorisme est tout aussi importante que celle contre la pandémie de COVID-19.  Que ce soit au Sahel ou en Syrie, nous ne devons pas laisser les groupes terroristes profiter de la situation actuelle pour renforcer et reprendre leurs activités meurtrières. Le Niger a ensuite salué l’excellent travail des agences humanitaires pour aider à mettre en place la capacité critique minimale pour le dépistage et le traitement des cas de COVID-19 dans les centres de santé des zones de conflit.  La délégation a réitéré son appel à la levée, pour raisons humanitaires, de toutes les mesures économiques unilatérales qui pourraient entraver la capacité du Gouvernement à lutter efficacement contre la pandémie, et qui compliqueraient la fourniture de l’aide humanitaire.  

La Fédération de Russie a demandé pour la prochaine fois, des informations sur le repositionnement des livraisons humanitaires vers le nord-ouest de la Syrie, compte tenu du nouveau format du mécanisme transfrontière.  Elle a également espéré que l’OCHA parviendra à organiser une deuxième mission interinstitutions de l’ONU dans cette partie du pays afin d’évaluer une situation « qui a beaucoup évolué depuis le début de l’année ».  Quant aux prétendues difficultés nées de la fermeture du poste frontière de Bab al Salam, la délégation a dit appris de la Commission d’enquête que certains groupes armés du nord-ouest de la Syrie ont signé une déclaration d’engagement sur le respect du droit international humanitaire, sous les auspices de l’OCHA.  Cette déclaration, a-t-elle dit avoir compris, a contribué à façonner les relations entre les acteurs humanitaires et les groupes armés de l’opposition.  

Nous voulons en savoir, a prévenu la délégation, sur cette déclaration et la coopération avec les groupes armés.  Cette coopération est-elle fructueuse et comment aide-t-elle l’OCHA à faciliter l’acheminement de l’aide?  La Fédération de Russie a espéré entendre, à la prochaine réunion, des progrès dans le passage de l’aide par les lignes de front et pas seulement dans le nord-ouest.  Il est temps, s’est-elle impatientée, que les acteurs humanitaires travaillent avec les autorités syriennes pour augmenter le nombre des passages aux lignes de front. Comme en attestent, entre autres, les activités de l’OMS, il est clair que le Gouvernement syrien respecte le principe de la non-discrimination de l’aide humanitaire.  La délégation s’est en revanche dite alarmée par la situation dans le nord-est, dont les fuites de pétrole, à raison de 69 barils par jour et ce, depuis deux ans.  Il s’agit d’une bombe à retardement écologique, a-t-elle prévenu, en rappelant que ce sont les États-Unis qui « occupent » les champs de pétrole syriens. 

La responsabilité de la situation humanitaire en Syrie, a poursuivi la Fédération de Russie, incombe à ceux qui ont délibérément imposé des mesures coercitives, en continuant de prétendre qu’elles n’ont aucun impact sur la vie des gens.  C’est une approche « inhumaine et hypocrite », a-t-elle tranché.  Une nouvelle fois, elle a accusé les porte-plumes de la dernière résolution sur le mécanisme transfrontalier d’avoir placé leurs intérêts avant tout, trop contents de « nous voir exercer notre droit de veto », au lieu d’accélérer les choses.  La Fédération de Russie a aussi regretté que les « Occidentaux » aient choisi d’ignorer l’évidence: l’augmentation du nombre des passages aux lignes de front et la nécessité de rendre ces passages encore plus efficaces.  Ils continuent également d’ignorer la nécessité d’évaluer l’impact des mesures coercitives.  Vous donnez l’aide d’une main et vous essayez d’étrangler le pays de l’autre, a accusé la Fédération de Russie.  Vos assurances ne rassurent pas le citoyen ordinaire et encore moins nous ou les Syriens.  

Réagissant aux propos de l’Allemagne, la Fédération de Russie a indiqué ne pas avoir connaissance de la règle des 24 heures.  Elle a indiqué qu’elle demanderait, quoi qu’il en soit, la tenue d’une réunion séparée en raison de la réticence à écouter un briefer.  

S’adressant à la délégation des États-Unis, la Russie a assuré que les informations sur les champs de pétrole « occupés illégalement » dans le nord-est de la Syrie proviennent de sources fiables. 

La Tunisie a déclaré que la Syrie est aujourd’hui au bord d’un effondrement économique qui risque d’aggraver la crise humanitaire.   Les communautés sont profondément appauvries et les institutions publiques en ruine.   La société est profondément fracturée entre les populations lésées, les milices et « le cercle des corrompus ».  Il est « inacceptable et intolérable », s’est impatientée la Tunisie, que les Syriens continuent de porter le poids du conflit, de l’effondrement économique et de l’impact de l’épidémie de COVID-19.   Pour la Tunisie, il n’existe pas d’alternative viable à un règlement politique conforme à la résolution 2254 (2015).   Elle a salué les résultats de la Conférence des donateurs qui s’est tenue à la fin du mois dernier à Bruxelles.   Il est urgent, a poursuivi la Tunisie, d’améliorer les mesures contre la propagation du coronavirus.   Les tests, les traitements et les médicaments doivent pouvoir entrer sans entrave en Syrie et de manière soutenue, et ce, par les voies transfrontalières.    La Tunisie s’est aussi dit préoccupée par la perturbation récurrente des réseaux d’eau et d’électricité dans le nord-est, dans un contexte de tensions croissantes.    Elle a rappelé que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement est un des éléments clefs de la lutte contre la COVID-19.   Elle a appelé toutes les parties à faire preuve de retenue, à protéger les civils et les infrastructures civiles conformément à leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et des droits de l’homme.   La situation économique désastreuse en Syrie fait que l’aide humanitaire et non humanitaire doivent aller de pair.    

Pour la Chine, il est «  indéniable  » que les sanctions unilatérales ont eu de graves conséquences sur la situation humanitaire et qu’elles entravent de surcroit la riposte à la COVID-19.  Leur levée est plus urgente et plus importante que jamais, a-t-elle dit, notant que c’est également la demande faite par l’Envoyé spécial pour la Syrie et l’OCHA.  Estimant que les «  soi-disant exemptions humanitaires  » ne permettent pas de changer la situation sur le terrain, la Chine a demandé la présentation d’un rapport du Secrétariat sur cette question. 

La délégation a ensuite relevé que depuis l’adoption de la résolution 2533, les agences de l’ONU font un plein usage du point de passage de Bab el-Hawa qui, selon OCHA, peut gérer davantage de livraisons.  La Chine a rejeté les «  propos irresponsables  » proférés par les États-Unis à son encontre, notant que la délégation américaine avait voté à six reprises contre des projets de résolution «  raisonnables  ».  Les États-Unis doivent cesser de politiser la situation humanitaire et lever immédiatement les sanctions unilatérales imposées au peuple syrien, a-t-elle lancé. 

Poursuivant, la Chine s’est félicitée des progrès accomplis par les opérations franchissant les lignes de front aussi bien vers le nord-ouest que le nord-est de la Syrie.  Elle a appelé les parties concernées à lever les obstacles qui les entravent et à donner la priorité à l’acheminement de l’aide humanitaire depuis le territoire syrien. 

Saint-Vincent-et-les Grenadines a estimé plus que jamais urgent d’augmenter les livraisons transfrontalières de l’aide en Syrie pour combler les lacunes qui existent actuellement.  L’aide humanitaire ne doit jamais être politisée et nous encourageons toutes les parties à s’engager de manière constructive sur cette question pour veiller à ce que personne ne soit privée d’aide, a dit la délégation.  Elle a salué la conférence de Bruxelles IV tenue le 30 juin sur l’avenir de la Syrie et de la région, tout en rappelant que les discussions axées sur la Syrie devraient inclure la participation du Gouvernement syrien et tenir compte de ses positions. 

Face à la crise économique et l’urgence humanitaire en Syrie, et devant un système de santé paralysé par une décennie de guerre et qui est incapable de résister à une épidémie majeure, Saint-Vincent-et-les Grenadines a une fois de plus appelé les pays qui ont imposé des mesures coercitives unilatérales à la Syrie à renoncer à cette ligne de conduite pour donner au pays une chance équitable de faire face aux défis actuels.  La délégation a également encouragé la communauté internationale à contribuer aux efforts de reconstruction de la Syrie pour aider à son relèvement global. 

En outre, elle s’est dite préoccupée par les nombreuses interruptions dans le fonctionnement de la station d’eau d’Allouk, avant d’exhorter toutes les parties à travailler ensemble pour assurer l’approvisionnement en eau des centaines de milliers de civils qui résident dans des camps surpeuplés et des établissements informels, et qui dépendent fortement de la station.  Enfin, la délégation a souligné l’importance de la préservation du cessez-le-feu dans le nord-ouest du pays et l’instauration d’une cessation durable des hostilités à l’échelle nationale.   

L’Afrique du Sud s’est préoccupée de la détérioration de la situation économique en Syrie et a réclamé la levée immédiate des sanctions unilatérales, notamment en raison de la propagation de la COVID-19 dans le pays.  Elle s’est inquiétée des répercussions de la fermeture des points de passage transfrontaliers et a appelé à améliorer et renforcer les mécanismes d’aide qui traversent les lignes de front.  Une aide renforcée par-delà les lignes de front est essentielle pour combler les écarts en aide humanitaire provoqués par la fermeture de Yaroubiyé et de Bab el-Salam, a-t-elle dit. 

S’adressant ensuite à M. Lowcock, la délégation a voulu savoir si la Syrie dispose de champs de pétrole.  Où se trouvent-ils et qui les contrôle?  Pourquoi lui est-il impossible d’utiliser les revenus tirés du pétrole qui y est produit pour permettre aux agences humanitaires de venir en aide aux Syriens, a aussi demandé la délégation de l’Afrique du Sud. 

L’Estonie a indiqué que la question des sanctions est souvent évoquée « par erreur » dans le contexte syrien.  Il n’y a aucune preuve, a-t-elle affirmé, que les sanctions de l’Union européenne affectent de quelque manière que ce soit la situation socioéconomique en Syrie ou la réponse humanitaire.  Elle a plutôt voulu que l’on se penche sur les causes profondes du conflit.  Les bombardements aveugles contre les infrastructures civiles par le régime syrien ont occasionné de graves dégâts, y compris aux secteurs de l’éducation et de la santé.  La confiance dans les institutions publiques est au plus bas, a dit la délégation, ajoutant que la Syrie se classe au cent-soixante-dix-huitième rang de l’Indice de perception de la corruption de « Transparency International ».  L’Estonie a dénoncé l’absence d’état de droit qui règne à cause de l’action des commandants corrompus et des milices associées à l’Iran.  Le Gouvernement contrôle le sud de la Syrie et c’est précisément là que la violence communautaire, les disparitions forcées et les enlèvements prévalent.  L’effondrement de l’économie syrienne découle de tous ces facteurs et les sanctions internationales n’en font pas partie, a conclu la délégation. 

Au nom de l’Allemagne et de la Belgique, porte-plumes humanitaires, la délégation allemande a estimé «  extrêmement frustrant  » que l’accès humanitaire soit de plus en plus réduit alors que les besoins des Syriens augmentent. Rappelant que les opérations transfrontières sont une bouée de sauvetage pour les Syriens depuis 2014, elle a fait remarquer qu’elles sont toujours aussi nécessaires qu'il y a six ans.  La fermeture de Yaroubiyé en janvier a défié tous les arguments humanitaires et celle de Bab el-Salam contredit à présent toute logique humanitaire, selon la délégation. 

Alors que 13 membres du Conseil ont soutenu le renouvellement de l'accès via deux points de passages frontaliers dans le nord-ouest, deux pays ont opposé leur veto à ce renouvellement au début de ce mois, « pour des raisons purement politiques », sans même accepter une période de transition de trois mois à peine pour Bab al Salam, a-t-elle dénoncé.  

Elle a averti que cette situation se traduira par une opération humanitaire plus coûteuse et plus risquée dans le nord-ouest, et empêchera l’accès en temps opportun à la région au nord d’Alep.  Et pendant ce temps, les insuffisances dans l’accès médical dans le nord-est, provoquées par la fermeture du point de passage de Yaroubiyé, sont encore loin d’être comblées.  La responsabilité de cette situation, a-t-elle affirmé, revient aux pays qui ont systématiquement limité l’accès humanitaire par le mécanisme transfrontière.  « Soyons clairs : les États Membres ayant opposé leur véto aux projets de résolution mettent volontairement en jeu des vies humaines pour des motifs politiques. »  La délégation a ensuite fait part de son appui au système de notification humanitaire et a souligné que les parties qui s’en retirent doivent continuer d’honorer le droit international humanitaire.

La Turquie a déclaré que depuis 2011, nous sommes témoins d’une guerre totale du « régime syrien » contre son propre peuple.   La situation dans le nord-ouest est l’une des plus déplorables et elle constitue la plus grave crise humanitaire au monde.   En raison de la campagne militaire du « régime », toute la population d’Edleb est coincée dans une petite zone le long des frontières turques, dans des tentes de fortune.   La délégation a souligné qu’une épidémie potentielle de COVID-19 affecterait gravement une situation humanitaire déjà désastreuse dans le nord-ouest.   La Turquie a mis en évidence la nécessité de renouveler le mécanisme humanitaire transfrontalier.   Elle a souligné qu’en augmentant le volume des opérations transfrontalières au cours de ces derniers mois, avec son aide, l’ONU et ses partenaires ont pris des précautions contre la propagation potentielle de la COVID-19.  La situation restant précaire, la Turquie a plaidé pour un accès humanitaire accru, déplorant la fermeture du poste frontière de Bab al Salam. 

La Turquie a assuré qu’elle s’adaptera rapidement à la nouvelle donne et ne renoncera pas à répondre à la situation humanitaire.  Le Conseil de sécurité, a-t-elle dit, devrait obtenir la réouverture de Bab al Salam.  Ill ne peut y avoir de solution humanitaire durable sans une solution politique, sur la base de la résolution 2254 (2015), a poursuivi la Turquie.   Notre objectif à Edleb, a-t-elle affirmé, est de rendre le cessez-le-feu durable, entre autres, pour atténuer le risque d’un flux de réfugiés sur le territoire turc et faire progresser le processus politique.   La Turquie s’est dite déterminée à combattre tous les groupes terroristes, y compris le Parti des travailleurs du Kurdistan.   La catastrophe humanitaire atroce ne peut être surmontée, qu’en s’attaquant aux causes profondes du problème, à savoir la répression violente des aspirations démocratiques des Syriens, a insisté la Turquie.  

À l’intention des organes d’information • Document non officiel.