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SC/14241
2 Juillet 2020

Conseil de sécurité : la COVID-19 risque de faire dérailler les processus de paix et transformer les maladies en armes, alerte le Secrétaire général de l’ONU

Un jour après l’adoption de la résolution 2532 (2020) exigeant la cessation immédiate des hostilités pour faire face à la pandémie de COVID-19, le Secrétaire général de l’ONU a alerté le Conseil de sécurité de ce que certains processus de paix fragiles pourraient dérailler à cause de la crise sanitaire, «  surtout si la communauté internationale est distraite  ».  Les attaques bioterroristes représentent un risque réel pour le monde, a-t-il ajouté.  

En raison des restrictions liées à la pandémie de COVID-19, le Conseil de sécurité travaille par visioconférence.  Réuni aujourd’hui au niveau ministériel, le Conseil a entendu le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, le Président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), M. Peter Maurer, et la Commissaire aux affaires sociales de l’Union africaine, Mme Amira Elfadil Mohammed Elfadil.   

Alertant des effets négatifs de la pandémie sur la diplomatie, M. Guterres a jugé qu’il faut tout faire pour éviter que les maladies ne soient délibérément utilisées comme arme.  Il a jugé, à cet égard, nécessaire de renforcer le rôle de la Convention sur les armes biologiques.    Compte tenu de la vitesse à laquelle les agents pathogènes se propagent dans un monde interconnecté, s’est-il expliqué, nous devons veiller à ce que tous les pays aient des capacités résilientes et appropriées pour répondre rapidement et avec force à tout événement biologique qui serait délibéré.   

Le Secrétaire général s’est également dit préoccupé par l’augmentation alarmante de la violence sexiste et domestique provoquée par la pandémie, des problèmes qu’elle pose en matière de droits de l’homme et de son incidence sur les processus électoraux.   Il a aussi décrié la propagation en ligne d’une «  épidémie de la désinformation » sur la COVID-19 et a alerté des risques liés à la réaffectation des ressources consacrées à l’égalité des sexes et à l’éducation, et de la perturbation des campagnes de vaccination ordinaires.   «   Cette crise sanitaire est rapidement devenue une crise de protection », a-t-il affirmé.  

La question de la vaccination figurait également parmi les préoccupations du Président du CICR qui a insisté sur l’importance d’une distribution équitable du «  vaccin du peuple  ».  À l’heure actuelle, a-t-il dit, la distribution de médicaments et de matériels de protection, en stocks limités, déclenche déjà de violents troubles.  Une distribution inéquitable d’un éventuel vaccin contre la COVID-19 pourrait déstabiliser des communautés entières, a-t-il prévenu.  

M. Peter Maurer a également estimé que des freins et des contrepouvoirs doivent être mis en place pour veiller à ce que des mesures d’urgence, comme le confinement et la collecte de données à grande échelle, ne deviennent pas des outils pour contrôler abusivement les populations et ne sapent pas la confiance du public dans les mesures sanitaires.  Le virus se servira de toutes les faiblesses de nos systèmes locaux, régionaux et internationaux pour se propager et tuer, a confirmé le Ministre des affaires étrangères de la Tunisie.  M. Noureddine Erray, s’est dit convaincu qu’il ne sera pas possible de vaincre la pandémie sans solidarité et unité à tous les niveaux.  

«  Seul un multilatéralisme fort permettra de surmonter ensemble ces nouveaux défis  » a renchéri le Ministre de l’Europe et des affaires étrangères de la France, qui a plaidé pour une architecture multilatérale de santé adaptée aux défis d’aujourd’hui.  Pour M. Jean-Yves Le Drian, cela suppose en particulier de renforcer au sein de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), «  seule organisation de santé publique universelle  », la capacité d’alerte collective pour être à même de réagir très rapidement à des crises d’envergure mondiale.  Le Ministre français a également insisté sur la responsabilité collective de repenser le monde d’après et d’atténuer autant que possible les conséquences économiques et sociales de cette crise, notamment en maintenant, comme cadre de référence, le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et l’Accord de Paris sur le climat. 

Les appels du Ministre à un soutien fort à l’OMS ont été relayés par l’Afrique du Sud et la Fédération de Russie.  La délégation russe a également appelé à l’abolition des mesures économiques coercitives, aux effets « extrêmement destructeurs » sur la faculté des pays à se procurer des équipements et des médicaments vitaux.  Les États-Unis ont quant à eux insisté sur la transparence totale et le partage en temps voulu des données sur la santé publique.  Ils sont particulièrement inquiétés de l’impact socioéconomique disproportionné de la crise sur les femmes et les filles, affirmant que les mesures de distanciation sociale et de confinement aggravent les risques de violence domestique.  

La Section des communiqués de presse ne couvre que les déclarations faites en visioconférence dont les textes ont été transmis à temps par la Division des affaires du Conseil de sécurité. 

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général des Nations Unies, a relevé que les conséquences de la COVID-19 se font particulièrement ressentir dans les pays en proie à un conflit ou qui en émergent.  Les tensions augmentent en raison des graves répercussions socioéconomiques de la crise, a-t-il noté en constatant que la confiance dans les institutions publiques est en train de s’effriter là où les gens considèrent que les autorités n’ont pas répondu de manière efficace à la pandémie ou non pas été transparentes au sujet de son impact.  Alors que les griefs et les vulnérabilités préexistants s’aggravent, le potentiel d’instabilité et la violence ne fait que croître, a-t-il alerté. 

Le Secrétaire général s’est également préoccupé de l’augmentation alarmante de la violence sexiste et domestique provoquée par la pandémie.  Il a également prévenu que, dans certains pays, des processus de paix fragiles pourraient dérailler à cause de la crise, « surtout si la communauté internationale est distraite  ».  Il a notamment relevé qu’au Darfour, la pandémie et d’autres facteurs ont entraîné un retard dans l’achèvement du processus de paix de Djouba, tandis qu’en Somalie, les Chabab pourraient intensifier leurs violences pendant que les forces de sécurité se voient contraintes de porter leur attention sur la pandémie. 

De nombreux pays doivent également réfléchir aux moyens de faire avancer les processus électoraux prévus en 2020 tout en essayant de gérer la crise sanitaire, a poursuivi M. Guterres qui s’est notamment inquiété des tensions qui voient le jour en République centrafricaine où l’on tente d’utiliser la pandémie comme prétexte pour reporter les élections prévues en fin d’année. 

« La COVID-19 a également rendu la diplomatie plus difficile. »  Les restrictions de mouvement limitant les contacts personnels et les discussions en ligne étant souvent la seule option, il peut être plus difficile d’établir la confiance et de nourrir la volonté de compromis qui sont au cœur de la diplomatie préventive, a-t-il expliqué. 

La pandémie, a enchaîné M. Guterres, met également en évidence les risques d’attaques bioterroristes.  Il a évoqué le cas où une maladie serait délibérément manipulée pour la rendre plus virulente ou serait intentionnellement apportée à plusieurs endroits à la fois.  Alors que nous examinons comment améliorer notre réponse aux prochaines menaces sanitaires, il faut consacrer une attention sérieuse à la prévention de l’utilisation délibérée de maladies comme arme, a-t-il insisté. 

Le Secrétaire général a ensuite appelé les 14 États Membres qui ne l’ont pas encore fait à devenir partie à la Convention sur les armes biologiques.  Il a aussi jugé nécessaire de renforcer le rôle de la Convention en tant que forum pour l’examen des mesures de prévention, des capacités de réponse robustes et des contre-mesures.  Il a aussi plaidé pour des systèmes de santé publique et vétérinaire solides, non seulement comme outil essentiel face à la COVID-19 mais également comme instrument dissuasif efficace face à la création d’armes biologiques.  Toutes ces questions doivent figurer l’an prochain à l’ordre du jour de la Conférence d’examen de la Convention, a insisté M. Guterres qui a noté qu’à l’heure actuelle, le Mécanisme permettant au Secrétaire général d’enquêter sur les allégations d’emploi d’armes chimiques, biologiques et à toxines est le seul instrument qui fournit un cadre pour la tenue d’enquête sur l’emploi allégué d’armes biologiques. 

Compte tenu de la vitesse à laquelle les agents pathogènes se propagent dans un monde interconnecté, nous devons veiller à ce que tous les pays disposent de capacités résilientes et appropriées pour répondre rapidement et avec force à tout événement biologique mondial qui serait délibéré, a-t-il souligné. 

Poursuivant, le Secrétaire général a fait part de ses préoccupations au sujet des problèmes que pose la pandémie en matière de droits de l’homme.  Il a notamment décrié le recours excessif à la force pour contrôler les mesures de confinement et de couvre-feu, ainsi que les expressions croissantes d’autoritarisme, notamment les limites imposées à la liberté de la presse et d’expression.  Pour les populistes et les nationalistes, la pandémie est un prétexte pour appliquer des mesures répressives qui n’ont rien à voir avec la maladie, s’est-il alarmé. 

M. Guterres s’est également inquiété de l’épidémie de désinformation qui se propage en ligne, soulignant à cet égard l’initiative Verified lancée par l’ONU, qui vise à augmenter la quantité et la portée d’informations fiables sur la crise.  

Il a aussi prévenu des risques liés au détournement des ressources consacrés à l’égalité des sexes et l’éducation et a alerté de l’explosion des besoins humanitaires.  « Plus d’un milliard d’enfants ne peuvent pas se rendre à l’école et plus de 135 millions de personnes pourraient être au seuil de la famine d’ici à la fin de l’année. »  Les services de vaccination de routine sont perturbés à une échelle sans précédent, a-t-il dit en prévenant du risque d’irruption de maladies comme la rougeole ou la poliomyélite.  En outre, la vulnérabilité déjà importante des réfugiés et des migrants est accentuée et la personnel sanitaire et humanitaire est la cible d’attaques inadmissibles, a dit le Secrétaire général en constatant que cette crise sanitaire est rapidement devenue une crise de protection. 

Le Secrétaire général a souligné que l’étendue de ces risques exige une réponse unifiée et urgente, y compris de la part du Conseil de sécurité.  Il a fait savoir que 180 États Membres et un État non-membre observateur avaient répondu à son appel à un cessez-le-feu mondial, de même que plus de 20 mouvements armés et 800 organisations de la société civile.  L’appel a débouché sur des résultats positifs, mais ceux-ci ont expiré depuis ou, dans certains cas, se sont détériorés, a-t-il fait savoir.  Il a ensuite salué le soutien du Conseil de sécurité, manifesté dans la résolution qu’il a adoptée hier. 

M. Guterres a fait un bref tour d’horizon des mesures mises en place sur le terrain par les opérations de maintien de la paix et les missions politiques spéciales de l’ONU pour appuyer les autorités nationales et veiller à ce que les missions ne deviennent pas des vecteurs de contagion.  La rotation du personnel en uniforme a également été adaptée, a-t-il expliqué avant de rappeler que, depuis le début de la crise, l’ONU fournit un soutien médical et matériel sur le terrain, plaide en faveur d’un plan de sauvetage économique et financier mondial et propose une analyse des politiques sur les dimensions clefs de l’urgence.  « Notre défi est de sauver des vies aujourd’hui tout en renforçant les piliers de la sécurité de demain. »

M. PETER MAURER, Président du Comité international de la Croix-Rouge(CICR), a indiqué que les zones de conflits sont des lieux profondément complexes et fragiles lorsqu’il s’agit de lancer une riposte à la pandémie.  Il est évident a-t-il dit, que les pandémies ne peuvent pas être considérées uniquement comme une question sanitaire.  Il a appelé à mieux respecter le droit international humanitaire, indiquant que les pays dont les services de santé ont été détruits ont peu de chance de pouvoir traiter et contenir la COVID-19.  Il a décrié la poursuite des attaques contre le personnel et les centres de santé.  Les travailleurs de santé et humanitaires sont notre première et dernière ligne de défense et doivent être protégés, a-t-il insisté. 

M. Maurer a également souligné que l’aide et la protection doivent être mises à la disposition de tous sans encourir le risque de politisation ou de manipulation.  Il a alerté sur le fait que la désinformation et les réponses qui n’incluent pas tout le monde peuvent alimenter les troubles et l’instabilité.  À l’heure actuelle, la distribution de médicaments et de matériaux de protection en stocks limités déclenche de violents troubles et, à l’avenir, une distribution inéquitable de tout vaccin contre la COVID-19 pourrait déstabiliser des communautés entières, a-t-il prévenu.  Le Président du CICR a souhaité « un vaccin du peuple » et a insisté sur l’importance de sa distribution équitable. 

La riposte, a-t-il enchaîné, doit aller bien au-delà des besoins sanitaires afin d’atténuer les impacts secondaires bien plus répandus de la pandémie.  Il a mis en garde contre le cloisonnement de la réponse dans les silos « humanitaires » et « développement », soutenant qu’il est possible de synchroniser les réponses d’urgence et à long terme ainsi que les réponses curatives et préventives. 

M. Maurer a également mis en garde que les conditions dans les centres de détention et les camps de déplacés peuvent s’avérer meurtrières en période de pandémie.  Il a fait part du travail effectué par le CICR dans les centres de détention de plus de 50 pays pour y renforcer les soins de santé et les mesures d’hygiène.  Ces derniers mois, plus de 200 rapports confidentiels ont ainsi été distribués aux autorités, contenant des recommandations pour améliorer les services de santé, d’assainissement et d’hygiène, entre autres. 

Poursuivant, le Président du CICR a souligné que la riposte doit également être conçue de telle sorte qu’elle atteigne les communautés les plus marginalisées et vulnérables.  Il faut examiner le panorama des besoins au lieu de créer des compromis entre la réponse à la COVID et d’autres réponses.  Les blessés de guerres et ceux qui souffrent de maladies chroniques doivent continuer à être soignés, tandis que les réponses en matière de santé mentale et de violence sexuelle doivent être renforcées face à une demande qui augmente de manière spectaculaire.  Il importe, en outre, de renforcer l’appui aux moyens de subsistance et d’autres soutiens sociaux, a-t-il conseillé en y voyant des mesures de prévention essentielles.  « Ne pas le faire alimentera le cycle d’exclusion, de violence et de conflit. »

M. Maurer a appelé à se prémunir contre tout recul en matière de protection des civils et a récusé toute tentative d’exploiter la pandémie.  Toute mesure exceptionnelle visant à combattre et contenir la pandémie doit être limitée dans le temps, non-discriminatoire et proportionnelle aux besoins de santé publique, a-t-il insisté.  Il a aussi exhorté à une application plus répandue des exceptions accordées aux travailleurs humanitaires, dans la mesure du possible. 

Des freins et des contrepouvoirs doivent être mis en place pour veiller à ce que des mesures d’urgence, comme les confinements et la collecte de données à grande échelle, ne deviennent pas des outils pour contrôler de manière abusive la population et ne sapent pas la confiance du public dans les mesures sanitaires.  En outre, les restrictions temporaires imposées à l’accès humanitaire ne doivent pas devenir fixes, a ajouté M. Maurer. 

La riposte ne pourra être efficace que s’il y a confiance et participation des communautés, a-t-il martelé en alertant sur le fait que la réponse mondiale à la COVID est en train de changer la donne en ce qui concerne la confiance entre l’État et les citoyens.  Fournir des soins de santé sous la menace d’un fusil est futile, a-t-il indiqué, notant que même dans les environnements en proie à un conflit, les autorités locales peuvent instaurer la confiance en étant à l’écoute des communautés et en faisant preuve de transparence.  

L’adoption de la résolution 2532 (2020) représente une chance de remise à zéro.  Il devrait permettre de traduire le consensus reflété dans le texte en une plus grande coopération et action pour protéger les civils, a-t-il conclu. 

M. JEAN-YVES LE DRIAN, Ministre de l’Europe et des affaires étrangères de la France, a fait remarquer que le Conseil de sécurité prend en compte l’effet déstabilisateur des pandémies, comme il l’a fait en 2000 avec le VIH/sida ou en 2014 et 2018 avec Ebola.  Le Ministre s’est réjoui que le Conseil ait pu, à l’unanimité et à travers la résolution qu’il a adoptée, répondre à la menace que fait peser la pandémie de COVID-19 sur la paix et la sécurité internationales. « Nous devons maintenant redoubler d’efforts ensemble pour mettre en œuvre cette résolution. »  Il a indiqué que la France soutient l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu, appuyé également par près de 180 pays, par plus de 20 groupes armés, ainsi que de nombreuses organisations régionales et de la société civile. Cet appel-là doit aussi se traduire en actes, a-t-il déclaré avant de souligner qu’en Syrie, au Yémen, en Libye, au Sahel ou encore en Afghanistan, la situation reste extrêmement instable et les populations civiles continuent d’en payer le prix.  

Le Ministre a appelé à soutenir collectivement les opérations de maintien de paix en leur permettant de mettre pleinement en œuvre leurs mandats.  La France a récemment déployé une équipe de décontamination au sein de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), afin d’apporter une expertise et un soutien technique dans la lutte contre la pandémie.  La France est en outre prête à accueillir dans ses hôpitaux militaires des soldats étrangers engagés en opérations de paix, malades de la COVID-19 et nécessitant des soins urgents.  

« Nous devons, ensemble, continuer à soutenir la pleine mise en œuvre du Plan global de réponse humanitaire à la COVID-19 dans tous ses éléments, ce qui inclut le soutien à apporter aux déplacés internes et aux réfugiés ainsi que la défense des droits et de la santé sexuels et reproductifs des femmes, qui sont en première ligne de la réponse aux pandémies, et dont les droits doivent être préservés et renforcés. »  Tout doit également être fait pour faciliter l’accès humanitaire aux populations vulnérables et pour s’assurer que les personnels humanitaires et médicaux ainsi que leurs infrastructures ne soient pas l’objet d’attaques, a recommandé M. Le Drian. 

Le Ministre a également appelé à renforcer l’accès à une information fiable et à lutter plus efficacement contre les fausses rumeurs et les discours de haine qui peuvent profiter des peurs collectives dans un contexte de crise mondiale.  Il a ensuite insisté sur la responsabilité collective de repenser le monde d’après et d’atténuer autant que possible les conséquences économiques et sociales de cette crise.  Pour cela, le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et l’Accord de Paris sur le climat doivent demeurer notre cadre de référence, a-t-il dit, en soulignant combien l’interaction peut être forte entre les enjeux de santé et les enjeux environnementaux. 

M. Le Drian a plaidé pour une architecture multilatérale de santé adaptée aux défis d’aujourd’hui. « Cela suppose en particulier de renforcer au sein de l’OMS, seule organisation de santé publique universelle, notre capacité d’alerte collective pour être à même de réagir très rapidement à des crises d’envergure mondiale. »  Les États doivent par ailleurs exercer pleinement leurs responsabilités pour garantir la mise en œuvre effective du règlement sanitaire international qui fait encore trop souvent défaut.  « Il nous faut poursuivre nos efforts pour faire de la couverture santé universelle une réalité. »  

Enfin, le Ministre a déclaré que seul un multilatéralisme fort permettra de surmonter ensemble ces nouveaux défis.  Être multilatéraliste, ce n’est ni être dogmatique, ni être idéologue.  « C’est plaider pour la seule méthode efficace - car il n’y a pas d’alternative à l’unité et à la coopération pour répondre à nos problèmes communs. » 

M. NOURREDINE ERRAY, Ministre des affaires étrangères de la Tunisie, a déclaré que depuis l’irruption de la pandémie de COVID-19, le monde se trouve clairement engagé dans une nouvelle période volatile et instable.  Pour la première fois de mémoire d’homme, l’humanité est confrontée à une menace commune qu’elle doit vaincre collectivement, a-t-il affirmé. 

Il a indiqué que dès les premières semaines de la pandémie, à la suite d’une initiative de la Tunisie et de la France, les membres du Conseil ont commencé à rédiger une résolution sur l’impact de la COVID-19 sur les questions inscrites à leur ordre du jour.  Le processus, a avoué le Ministre, a été long et difficile. Même si elle a été adoptée avec trois mois de retard, cette résolution montre que le consensus est possible si la volonté politique est là.  La résolution, s’est réjoui le Ministre, envoie un message d’espoir et illustre une confiance renouvelée dans le multilatéralisme. 

La pandémie de COVID-19 a renversé les postulats sur l’ordre mondial, a estimé le Ministre.  Elle nous indique que la hiérarchie des menaces sécuritaires évolue rapidement et qu’aucun pays, quel que soit son niveau de développement, ne sera à l’abri de son impact.  Le Ministre s’est dit convaincu qu’il ne sera pas possible de vaincre cette pandémie sans solidarité et unité à tous les niveaux.  Le virus se servira de toutes les faiblesses de nos systèmes locaux, régionaux et internationaux pour se propager et tuer, a-t-il prévenu.  Nous ne devons jamais oublier que personne ne sera immunisée à moins que tout le monde le soit. 

M. Erray a relevé que les tensions sont en hausse partout dans le monde et que la situation pourrait être plus grave encore dans les zones de conflit. L’incertitude provoquée par la pandémie a encouragé certains acteurs à promouvoir davantage de divisions et d’agitation, entraînant une escalade de la violence et des conséquences désastreuses pour les civils et les personnes vulnérables, en particulier les personnes déplacées et les réfugiés, s’est-il inquiété. 

Il a aussi constaté que les pandémies, les changements climatiques et la cybercriminalité représentent de nouvelles menaces à la paix et à la sécurité internationales.  Il est évident que nous ne pouvons pas faire face à de tels dangers en utilisant les instruments qui nous ont été légués par des temps révolus, a dit le Ministre pour qui un changement de paradigme est plus que nécessaire.  Il a appelé le Conseil de sécurité à discuter davantage de ces questions afin d’assumer la responsabilité qui lui incombe en termes de paix et de sécurité internationales. 

M. URMAS REINSALU, Ministre des affaires étrangères de l’Estonie, a déclaré que la résolution adoptée par le Conseil est un appel clair à déposer les armes. Le Conseil doit continuer à examiner régulièrement les conséquences que pose la COVID-19 pour la paix et la sécurité, a dit le Ministre.  Il a ensuite relevé que la pandémie a montré l’importance d’une infrastructure numérique fiable et sûre, ce qui appelle à édifier un cyberespace plus stable.  Depuis le début de la pandémie, nous assistons à une augmentation des attaques contre les hôpitaux, s’est inquiété M. Reinsalu en appelant à enquêter sur les acteurs qui usent du cyberespace à des fins délictueuses.  

Il a ensuite mentionné la tenue, au mois de mai, d’une séance du Conseil en formule Arria consacrée à ce sujet, au cours de laquelle une majorité d’États participants ont réaffirmé leurs engagements à suivre les règles communément agréées pour un comportement cybernétique responsable.  Le Ministre a également souligné la nécessité de combler au plus vite le fossé numérique mondial, en particulier avec le secteur privé.  L’Estonie et Singapour ont récemment organisé une réunion de haut niveau sur ce sujet et la COVID-19.  « Nous avons également lancé, ici, une déclaration mondiale sur la réponse à la COVID-19 », a déclaré la délégation, précisant que plus de 30 pays s’y sont ralliés.  

Évoquant les mots du Secrétaire général qui a parlé du « poison de la désinformation », le Ministre estonien a insisté sur l’importance que la riposte à la pandémie n’entrave pas la libre circulation de l’information.  « Nous ne pourrons réussir que lorsque la liberté d’expression et le rôle de médias libres, pluralistes et indépendants seront garantis. »  Le Ministre a ensuite plaidé pour un accès humanitaire sans entraves en Syrie, estimant que les arguments pour s’opposer au renouvellement du mécanisme d’aide humanitaire transfrontalière ne correspondent pas à la réalité du terrain.  Toutes les réponses apportées à la pandémie doivent respecter le droit international, a-t-il affirmé. 

Enfin, le Ministre a rappelé que si les systèmes de santé les plus faibles sont abandonnés à leur sort face à la COVID-19, celle-ci touchera bientôt les autres pays.  « Nous sommes aussi forts que le maillon le plus faible du système sanitaire mondial. »

M. TO ANH DUNG, Vice-Ministre des affaires étrangères du Viet Nam, a appelé toutes les parties à un conflit à répondre à l’appel au cessez-le-feu mondial du Secrétaire général et à appuyer les activités humanitaires contre la pandémie de COVID-19.  Il s’est félicité de l’adoption de la résolution 2532 (2020) et a appelé le Conseil à donner des directives précises aux opérations de paix et aux missions politiques spéciales, en collaboration avec l’OMS, pour assurer la sécurité, la sûreté et la santé du personnel de l’ONU sur le terrain et pour aider efficacement les pays à combattre la pandémie.

Le Vice-Ministre a aussi exprimé son ferme appui à l’appel du Secrétaire général pour la levée des sanctions qui entravent la capacité des pays à répondre à la pandémie.  Il a encouragé le Conseil à élaborer des mesures appropriées pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire vers les pays frappés par les sanctions afin de les aider à affronter cette crise sanitaire « accablante ».

La République dominicaine a présenté ses condoléances aux familles qui ont perdu un être cher en raison du virus, y compris les 754 Dominicains qui ont perdu la vie.  Face à la pandémie, la délégation a plaidé pour une réponse coordonnée, globale, centrée sur la personne et animée par une solidarité renouvelée et le sentiment d’une humanité commune.  Elle a insisté sur la vulnérabilité des personnes vivant dans des situations de conflit, ajoutant que leur protection doit être la priorité.  Le Yémen, qui connaît la faim et qui a vu son système de santé dévasté par la guerre, doit maintenant faire face aux menaces liées à la COVID-19. La République dominicaine a salué le plan de deux milliards de dollars en vue de financer la lutte contre le virus dans les pays les plus pauvres, avant d’ajouter que ce plan devrait aussi prendre en compte les pays en transition.  Les pays en développement doivent pouvoir compter sur un meilleur accès aux données de la recherche sur le virus et à un accès abordable aux médicaments, vaccins et équipements médicaux.  La mission a aussi demandé que les femmes et les jeunes soient associés à la prise de décisions s’agissant du virus.  Nous devons formaliser les leçons tirées de l’expérience et les meilleures pratiques, en nous écartant de la manière dont le Conseil de sécurité a abordé le SRAS, le VIH/sida et Ebola, a conclu la République dominicaine. 

Les États-Unis ont indiqué que «  dès le début », le Président Trump avait insisté sur la nécessité d’une transparence totale et le partage en temps voulu de données sur la santé publique avec la communauté internationale.  Ils ont affirmé qu’ils continuent d’être à la tête de la réponse mondiale face à la pandémie de COVID-19, notamment en contribuant plus de 1,3 milliard de dollars à l’aide sanitaire, humanitaire et économique d’urgence pour combattre la maladie.  Cette somme fait partie des 12 milliards de dollars consacrés à la recherche d’un vaccin et de traitements ainsi qu’aux efforts de préparation et à l’aide humanitaire. 

La délégation a ensuite fait part de son appui à l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial, «  tout en poursuivant les opérations légitimes de lutte contre le terrorisme  ».  Elle a engagé la communauté internationale à maintenir son appui face aux crises humanitaires déjà en cours, notant que le virus a aggravé les conditions déjà insoutenables dans lesquelles vivent de nombreuses personnes dans le monde.  Elle s’est inquiétée de l’impact socioéconomique disproportionné de la crise sur les femmes et les filles, relevant en outre que les mesures de distanciation sociale et de mise en confinement aggravent les risques que celles-ci encourent en termes de violence domestique. Dans le cadre de sa riposte à la pandémie, l’administration américaine appuie d’ailleurs le programme Voices Against Violence: The Gender-Based Violence Global Initiative qui fournit une aide d’urgence aux survivants et aux ONG locales. 

L’Indonésie s’est inquiétée des conséquences de la pandémie de COVID-19 sur le maintien de la paix et de la sécurité, sur l’économie mondiale, qui devrait se contracter de 6 à 7%, et sur la situation humanitaire dans le monde.  Elle a mis l’accent sur trois leçons apprises de l’expérience de cette pandémie: la nécessité de formuler une réponse internationale coordonnée; de gérer les perturbations qui feront suite à la pandémie; et de définir une stratégie globale à long terme.   

En ce qui concerne la réponse internationale coordonnée, l’Indonésie a indiqué qu’elle avait, avec cinq autres membres des Nations Unies, pris l’initiative de lancer la première résolution de l’Assemblée générale sur la solidarité mondiale pour lutter contre le virus Corona, la résolution 74/270 de l’Assemblée générale.  L’Indonésie s’est aussi félicitée de l’adoption à l’unanimité de la résolution 2532 (2020) par le Conseil de sécurité, hier, sur la question de la COVID-19.  « Nous devons veiller à ce que cet appel se traduise par une action réelle de toutes les parties pour mettre un conflit armé sous contrôle », a dit l’Indonésie avant d’appeler également à soutenir les efforts du Secrétaire Général et de ses représentants pour résoudre les conflits et rechercher une paix durable.  L’Indonésie a aussi salué les efforts déployés par les missions de maintien de la paix des Nations Unies sur le terrain pour aider les pays hôtes pendant la pandémie, et reconnu le point soulevé par le Secrétaire général sur la question des conventions biologiques ainsi que l’importance de la résolution 1540 (2004) du Conseil de sécurité. 

Pour ce qui est de la gestion des perturbations qui feront suite à la pandémie, l’Indonésie a noté que les données sur le virus sont encore brutes et que les projections ne sont toujours pas claires sur le moment où la pandémie se dissipera.  Dans ce contexte, l’Indonésie a prévenu que la mise en œuvre de stratégies d’atténuation et de confinement peut avoir des résultats inattendus, notamment en conduisant à une pression accrue sur la capacité de l’État à assurer la sécurité de sa population.  « Il faut donc continuer à nous équiper pour faire face à ces défis, voire les prévenir, en élaborant et en mettant en œuvre une stratégie globale à long terme » notamment pour alléger la situation humanitaire, « assurer la satisfaction des besoins essentiels, notamment les établissements de santé et les traitements, et transformer les conditions socioéconomiques des populations, a dit l’Indonésie. 

S’agissant de la définition d’une stratégie globale à long terme, « nous devons travailler ensemble et renforcer la coopération internationale, non seulement maintenant mais aussi pour le long terme, pour être en sécurité et en bonne santé, pour trouver des remèdes, développer des vaccins et les produire ».  Parce que « le multilatéralisme est plus que jamais mis à l'épreuve », l’Indonésie a dit la nécessité d’assurer le transfert de connaissances des producteurs de vaccins pour encourager le développement de vaccins abordables et créer un mécanisme juste pour leur distribution afin que les pays obtiennent un accès juste et équitable aux vaccins et aux médicaments.  Enfin, l’Indonésie a dit la nécessité de veiller à ce que toutes les personnes, de tous les coins du monde, des régions reculées aux zones de conflit, aient une chance équitable de faire face à ces défis de la pandémie.  

L’Afrique du Sud a indiqué que l’attention portée par le Conseil aux urgences sanitaires internationales doit être clairement et directement liée à des questions qui tombent dans le champ d’application de son mandat.  « Nous exhortons le Conseil à se montrer prudent et à ne pas se focaliser sur des questions qui peuvent être traitées de manière plus adéquate par le système onusien plus large, le Secrétaire général et l’Assemblée générale. »  Un sujet spécifique de préoccupation pour le Conseil, a-t-elle estimé, est l’interruption des activités des missions de maintien de la paix et des processus électoraux dans des situations de conflit, en raison du virus.  Elle a de nouveau apporté son soutien à l’appel lancé par le Secrétaire général pour un cessez-le-feu mondial et une pause humanitaire, ajoutant que l’Union africaine a relayé cet appel. 

L’Afrique du Sud a estimé que ce Conseil peut faire plus pour alléger les souffrances des civils touchés par un conflit et la pandémie.  Elle a mentionné l’appel du Secrétaire général à une levée des mesures coercitives unilatérales. Alors que le Conseil a reçu des informations de première main sur les graves conséquences de ces mesures pour les civils, nous regrettons qu’il n’ait pas pris les mesures nécessaires, a déclaré la mission.  Les sanctions doivent être utilisées pour appuyer les processus de paix et non pas pour infliger un châtiment collectif.  L’Afrique du Sud a ensuite insisté sur le rôle indispensable de l’OMS et salué l’assistance qu’elle a portée aux pays touchés par la COVID-19.  L’OMS, qui a un rôle central à jouer dans la formulation de la réponse mondiale à la pandémie, doit être appuyée et dotée des capacités nécessaires.  Nous sommes aussi forts que le maillon le plus faible face à cette crise, a conclu la délégation, en appelant à l’union et à la solidarité. 

La Fédération de Russie a rappelé qu’elle a appuyé l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial et accueilli avec satisfaction l’adoption consensuelle de la résolution 2531 (2020) du Conseil. Il faut, a-t-elle estimé, tirer parti de l’expérience mondiale dans la lutte contre les autres pandémies, comme Ebola, pour s’attaquer à la COVID-19.  Les pandémies, a-t-elle dit, peuvent exacerber les conséquences humanitaires des conflits armés, interrompre les systèmes agro-alimentaires et les chaines d’approvisionnement mais aussi compromettre les processus de paix.  Les missions des Nations Unies font d’ailleurs face à des difficultés supplémentaires depuis la COVID-19 et avant elle, certains pays en conflit subissaient déjà la détérioration de leur situation humanitaire.  Dans ce contexte, les mesures économiques coercitives ont un effet « extrêmement destructeur » sur la faculté des pays à se procruer des équipements et des médicaments vitaux.  Il faut, s’est impatientée la Féderation de Russie, réexaminer et abolir « ces pratiques illégales ».  

En adoptant sa dernière résolution, le Conseil a fait sa part pour sensibiliser l’opinion publique au problème.  Ces trois derniers mois, a souligné la Fédération de Russie, le Conseil a d’ailleurs adopté une approche « nuancée » de l’impact de la pandémie sur les pays à son ordre du jour.  Mais l’idée de « généraliser » de telles discussions risque de le sortir du champ de son mandat. Les aspects médicaux et socioéconomiques de la pandémie gagneraient à rester à l’ordre du jour de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), de l’Assemblée générale et du Conseil économique et social (ECOSOC).  Il est important, a insisté la Fédéraiton de Russie, que la communauté internationale appuie unanimement et sans équivoque l’OMS.

M. HEIKO MAAS, Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, a déclaré que le monde affronte sa crise la plus importante depuis 1945.  Plus de 500 000 personnes ayant déjà succombé à un virus pour lequel il n’y a pas encore de remède, tandis que le « freinage » de l’économie mondiale aggravera les crises humanitaires et détruira la confiance dans les institutions publiques.  Le Ministre a affirmé que l’adoption de la résolution 2532 n’avait que trop tardé et a appelé à la mettre en œuvre « ensemble » en visant le cessez-le-feu dans chaque pays concerné.

Il a voulu que l’on examine l’impact des pandémies sur les conflits et les crises humanitaires inscrites à l’ordre du jour du Conseil de sécurité, relevant que les opérations de paix de l’ONU devront s’adapter pour protéger la santé de leur personnel et des populations locales tout en restant pleinement opérationnelles.  Le Ministre a souligné qu’un accès sûr, rapide et sans entrave du personnel humanitaire et médical aux personnes dans le besoin est particulièrement important pendant une pandémie.  Il incombe au Conseil et aux États membres concernés d’y veiller, a-t-il dit.  Il a aussi appelé les États Membres à contribuer au volet COVID-19 du Fonds pour les femmes, la paix et l’action humanitaire.

M. Maas a ensuite appelé le Conseil à approfondir sa compréhension des concepts de paix et de sécurité.  Aujourd’hui, s’est-il expliqué, nous savons qu’un virus peut être plus mortel qu’un fusil, qu’une attaque cybernétique peut provoquer plus de mal qu’un soldat et que les changements climatiques menacent plus de gens que la plupart des armes classiques.  Il faut face à cela une action précoce et préventive élaborée sur la base d’informations fiables et des capacités du système des Nations Unies.

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