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SC/14228
25 juin 2020

Conseil de sécurité: la Chef de la MONUSCO appelle les acteurs politiques congolais à renoncer au sectarisme pour éviter une crise aux conséquences « majeures »

La Représentante spéciale du Secrétaire général pour la République démocratique du Congo (RDC) a appelé, cet après-midi, devant le Conseil de sécurité, les acteurs de tout l’éventail politique congolais à renoncer au sectarisme pour éviter une crise politique qui pourrait avoir des conséquences « majeures » sur la stabilité du pays.  Le Conseil a également entendu le Directeur général de « Save Act Mine », M. Jamal Usseni Jamael, dire qu’il sera très difficile de pacifier durablement l’est de la RDC tant que les groupes armés continueront à exploiter et commercialiser l’or pour financer leurs activités.

En raison du confinement imposé par la pandémie de COVID-19, c’est chacun dans leur mission que les 15 membres du Conseil font leur déclaration et dialoguent avec leurs invités, grâce à un système de visioconférence spécialement conçu pour eux. 

Mme Leila Zerrougui a indiqué que si la coalition au pouvoir « tient toujours », de « graves tensions » et des manœuvres partisanes provoquent une érosion de la confiance.  Ces derniers jours, la coalition a été mise à l’épreuve après la présentation de trois projets de loi par les parlementaires du Front commun pour le Congo (FCC) qui, aux yeux de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et de l’opposition, sapent le principe de séparation des pouvoirs et affaiblissent l’indépendance du pouvoir judiciaire. 

La Représentante spéciale est également revenue sur l’attaque du 22 juin contre un convoi de la MONUSCO qui a causé la mort d’un Casque bleu indonésien dans le Nord-Kivu où, a-t-elle prévenu, les Forces démocratiques alliées (ADF) semblent avoir l’intention d’intensifier leurs attaques.

Elle a aussi alerté sur la situation dans certaines parties de l’Ituri qui s’est gravement détériorée ces derniers mois et qui laisse craindre une « ethnicisation » encore plus marquée du conflit, tandis que dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, les conflits intercommunautaires se détériorent, en raison de la prolifération de milices au sein des communautés.  Les efforts visant à désolidariser les communautés de ces milices et à empêcher des acteurs extérieurs de les appuyer seront essentiels pour assurer la désescalade de la violence dans cette région, a-t-elle souligné. 

La situation dans l’est de la RDC a fait craindre à la Fédération de Russie que les ADF et d’autres groupes armés semblent profiter de la pandémie de COVID-19 pour intensifier leurs attaques contre les FARDC et les civils.  La situation en Ituri prouve clairement la nécessité d’élargir le soutien aux combattants privés de leurs droits dans le cadre des programmes de désarmement, de démobilisation et de réintégration.

La France a appelé à un engagement déterminé des autorités nationales et provinciales, pour qu’au-delà de l’aspect militaire, une réponse socioéconomique soit apportée contre les causes profondes des conflits.  « C’est le cas de l’Ituri, où la réapparition d’un conflit vieux de 20 ans illustre les risques à long terme quand les causes structurelles ne sont pas traitées. »  La France a également préconisé une action forte pour mettre un terme à l’exploitation et l’exportation illicite des ressources naturelles.

Chiffres à l’appui, le Directeur général de « Save Act Mine » a fait savoir que 29,4% des mines aurifères de cette région sont sous le contrôle direct de groupes armés étrangers ou locaux, et que les mines d’or qui échappent à leur contrôle alimentent elles aussi les réseaux de trafic illicite vers les pays d’Afrique de l’Est.  Cette situation donne lieu à un rapport extrêmement déséquilibré entre la production d’or et les statistiques des exportations au niveau régional, a indiqué M. Usseni qui a signalé que dans certains pays voisins, la production officielle de l’or se chiffre en kilogrammes alors que les exportations du minerais sont calculées en tonnes.

Face à cette situation, le Directeur général a appelé à la mise en place de chaînes d’approvisionnement responsables, fondées sur la traçabilité de l’or dans l’est de la RDC.  Il a également appelé à la réforme du régime fiscal de l’extraction et de la commercialisation de l’or artisanal et à l’activation des mécanismes de sanctions contre les acteurs impliqués dans le trafic illicite. 

Au nom des A3+1, l’Afrique du Sud a salué les récents efforts des États de la région pour améliorer la traçabilité du secteur aurifère, notamment l’adoption par le Rwanda d’un mécanisme national de certification ainsi que la mise en œuvre par le Burundi et la Tanzanie des processus nationaux de certification de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL).  La lutte contre le trafic illicite de minéraux, et la transformation de leur exploitation en sources de revenus légitimes, sont un élément essentiel du processus de réforme de la RDC, a souligné l’Allemagne. 

S’agissant de l’avenir de la MONUSCO, la Représentante spéciale a signalé que les restrictions liées à la COVID-19 et à l’aggravation de la violence dans l’Est ont entravé l’idée d’un dialogue structuré avec le Gouvernement.  Elle a néanmoins espéré qu’il sera possible d’accélérer l’élaboration d’une stratégie conjointe dès que le contexte sera plus propice.  Les préoccupations à court terme ne doivent pas nous détourner de la nécessité de travailler à un transfert réaliste des tâches de la MONUSCO aux autorités congolaises dans les années à venir, a acquiescé la Belgique.

La Section des communiqués de presse ne couvre que les déclarations faites en visioconférence dont les textes ont été transmis à temps par la Division des affaires du Conseil de sécurité.

Mme LEILA ZERROUGUI, Représentante spéciale du Secrétaire général et Chef de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), a indiqué que la situation actuelle en RDC est marquée par des tensions politiques et un regain de violence dans certaines parties de l’Est sur fond de fragilité socioéconomique.  La pandémie de COVID-19 a ajouté une autre couche de complexité et de problèmes.  Elle a expliqué qu’avec l’appui de la MONUSCO, les autorités de la RDC ont adopté plusieurs mesures pour limiter la propagation du virus et atténuer le fardeau socioéconomique supplémentaire imposé à la population, en raison des restrictions de mouvement et de la fermeture des frontières.

Sur le front politique, la coalition au pouvoir « tient toujours », mais les « graves tensions » et les manœuvres partisanes provoquent une érosion de la confiance.  La Représentante spéciale a déploré que ces derniers jours, la coalition ait été mise à l’épreuve après la présentation de trois projets de loi des parlementaires du Front commun pour le Congo (FCC) qui, aux yeux de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et de l’opposition, sapent le principe de séparation des pouvoirs et affaiblissent l’indépendance du pouvoir judiciaire.  Hier, a-t-elle ajouté, un grand nombre de partisans de l’UDPS ont violé l’enceinte de l’Assemblée nationale et vandalisé un certain nombre de propriétés privées pour manifester contre cette évolution.  Les progrès du pays, a souligné la Représentante spéciale, repose sur la volonté des acteurs de tout l’éventail politique de renoncer au sectarisme pour éviter une crise politique qui pourrait avoir des conséquences « majeures » sur la stabilité du pays.

Mme Zerrougui a également signalé que l’appui populaire à la coalition a aussi été mis à rude épreuve par la détérioration de la situation socioéconomique et les controverses politiques qui font la une des journaux, notamment le procès du Chef de cabinet du Président, M. Vital Kamerhe, et le renouvellement de la Commission électorale.

À l’Est, a-t-elle poursuivi, la violence persiste, en raison des activités des groupes armés et des conflits intercommunautaires, une tendance exacerbée, a-t-elle indiqué, par les troubles politiques et la pandémie qui entravent la capacité du Gouvernement à prendre des mesures contre les auteurs de violence à l’encontre des civils.  La situation dans certaines parties de l’Ituri s’est gravement détériorée ces derniers mois.  Une intensification des attaques perpétrées par des assaillants associés à la communauté lendu a poussé des jeunes hema et alur à créer des groupes d’autodéfense, ce qui laisse craindre une « ethnicisation » encore plus marquée du conflit.  En outre, les incursions des éléments des Forces sud-soudanaises de défense du peuple en territoire aru a provoqué des déplacements de population.

Dans le Nord-Kivu, a-t-elle enchaîné, des préoccupations se sont font jour au sujet de ce qui semble être l’intention des Forces démocratiques alliées (ADF) d’intensifier leurs attaques.  Le 22 juin, un convoi de la MONUSCO a été pris dans une embuscade dressée par des éléments présumés des ADF près de Beni.  Un Casque bleu indonésien a perdu la vie et un autre a été blessé, a-t-elle signalé.

Dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, les conflits intercommunautaires en cours se détériorent, en raison de la prolifération de milices au sein des communautés.  Les efforts visant à désolidariser les communautés de ces milices et à empêcher des acteurs extérieurs de les appuyer seront essentiels pour assurer la désescalade de la violence dans cette région, a-t-elle souligné.  Enfin, dans le territoire de Nyunzu de la province du Tanganyika, plus de 100 civils ont été tués dans des conflits intercommunautaires opposant les Twas et les Bantus ces derniers mois.  Les tensions demeurent élevées dans les zones avoisinantes.

Face à ces problèmes, a expliqué la Représentante spéciale, la MONUSCO met en œuvre une approche globale qui repose sur le déploiement actif de troupes dans les points chauds pour protéger les civils, et sur un appui logistique à large échelle aux opérations des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).  Les forces de la RDC ont besoin d’un appui continu et important pour améliorer leur logistiques, leur formation et leurs opérations.  La réforme du secteur de la sécurité doit continuer d’être une priorité pour le Gouvernement et un domaine que la MONUSCO et la communauté internationale doivent appuyer.

Mme Zerrougui a ensuite passé en revue les efforts déployés par la MONUSCO pour appuyer les efforts de réconciliations locales déployés par le Gouvernement.  Dans le territoire australe d’Irumu, la situation a continué de s’améliorer depuis la signature de l’accord de paix avec la Force de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI).  La MONUSCO et l’équipe de pays accordent également la priorité à la mise en œuvre de programmes visant à appuyer la transition dans les zones approchant du stade post-conflit.  Elles cherchent en outre à renforcer la coopération avec la Banque mondiale pour appuyer le développement économique et la cohésion sociale dans les Kasaï.  La Représentante spéciale s’est déclarée convaincue que la mise en œuvre de tels programmes de transition est essentielle pour la création d’un environnement favorable à un retrait durable et responsable de la Mission.

Il est possible de réaliser des progrès à long terme en RDC, susceptibles d’ouvrir la voie à un retrait responsable et durable de la Mission dans les années à venir, a déclaré la Représentante spéciale.  Elle a expliqué que les restrictions liées à la COVID-19 et à l’aggravation de la violence dans l’Est ont entravé l’idée d’un dialogue structuré avec le Gouvernement, comme l’avait demandé le Conseil.  La Mission espère toutefois tirer parti de cette relation constructive pour accélérer l’élaboration d’une stratégie conjointe dès que le contexte sera plus propice.

Après avoir appelé le Conseil de sécurité à continuer d’appuyer la MONUSCO, Mme Zerrougui a fait part de son appréciation aux pays contributeurs de contingents qui, a-t-elle indiqué, ont fait preuve d’une grande souplesse après l’interruption temporaire de la rotation des troupes, rendue nécessaire pour éviter que la MONUSCO ne devienne un vecteur de transmission de la COVID-19.

M. JAMAL USSENI JAMAEL, Directeur général de Save Act Mine, a centré son intervention sur les activités des groupes armés et l’extraction minière artisanale de l’or dans l’est de la RDC, une zone particulièrement riche en gisements d’or.  Il a expliqué qu’il n’existe pas de chiffres officiels pour déterminer la véritable capacité de production des mines artisanales, mais que selon les estimations, celle-ci se situerait entre 300 kilogrammes et 50 tonnes. 

Selon M. Usseni, la période 1996-2013 a été marquée par les agissements de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL), du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), du Rassemblement congolais pour la démocratie-Kisangani/Mouvement de libération (RCD/KML), des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), de la Force de résistance patriotique de l’Ituri (FRPI), du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), du M23, ainsi que de différents mouvements maï-maï et groupes d’autodéfense.  Pendant cette période, la stratégie des groupes armés consistait à prendre le contrôle et exploiter une zone minière et à en exporter le produit brut depuis les pays sponsors des groupes armés.  Des acteurs économiques locaux et étrangers étaient utilisés pour diriger le commerce entre les zones occupées et les pays sponsors, des taxes étant prélevées sur les exploitants miniers locaux.  À l’époque, les minerais ciblés étaient le coltan, le tin et le tungstène.

Entre 2014 et 2020, a-t-il poursuivi, ce sont les Forces démocratiques alliées-Armée nationale de libération de l’Ouganda (ADF/NALU), les FDRL, et différents mouvements maï-maï et groupes d’autodéfense qui ont été actifs sur le terrain, et l’or est devenu le minerai privilégié.  La stratégie économique vise désormais à maintenir le contrôle et à exploiter les zones minières, en faisant de la contrebande vers les pays frontaliers.  Des acteurs locaux, qui sont financés depuis l’extérieur, assurent l’achat de minerais et des acteurs étrangers se positionnent dans les pays frontaliers de la RDC pour les acheter et les exporter.  Divers paiements sont également collectés auprès des opérateurs miniers locaux.

M. Usseni a ensuite rappelé les différentes mesures adoptées par la communauté internationale pour aider la région à se relever, citant notamment la résolution 1952 (2010) du Conseil de sécurité.  Il a signalé que si ces mesures avaient eu un impact positif sur les minerais stannifères, cela n’avait pas été le cas pour l’or qui, a-t-il signalé, demeure une source sûre de financement pour les groupes armés. 

Il a précisé que 62% des mines de l’est de la RDC sont aurifères et que 29,4% d’entre elles sont sous le contrôle direct de groupes armés étrangers ou locaux.  De plus, 72,5% des mineurs, soit 274 004 individus, sont actifs dans l’exploitation de l’or.  En outre, les mines d’or qui ne sont pas sous le contrôle direct des groupes armés alimentent les réseaux de trafic illicite vers les pays de l’Afrique de l’Est en empruntant les corridors de l’Ituri, du Grand Nord, du Petit Nord, de Bukavu, d’Uvira, de Baraka et de Kalemie.

Cette situation a conduit à une relation extrêmement déséquilibrée entre la production d’or et les statistiques d’exportation au niveau régional, a poursuivi M. Usseni.  Il a notamment indiqué que selon les données disponibles au public, en 2018, l’Ouganda, qui avait officiellement produit 12 kilogrammes d’or, en avait exporté 12 tonnes, et 25 tonnes en 2019.  Le Rwanda a exporté 5 tonnes d’or en 2019 alors qu’il n’y a pas de données sur la production d’or du pays, tandis qu’en 2018, le Burundi en a produit 598 kilogrammes et exporté 1 112,49 kilogrammes.  Pour sa part, la République-Unie de Tanzanie n’a divulgué aucune donnée statistique sur la production et les exportations d’or sur son territoire.

Face à cette situation, le Directeur général de Save Act Mine a appelé à mettre en place des chaînes d’approvisionnement responsables qui respectent une procédure raisonnable et la traçabilité de l’or dans l’est de la RDC.  Il a également appelé à relever les défis liés aux éléments suivants: le manque de volonté politique des principaux acteurs du conflit de la région des Grands Lacs, notamment le Rwanda et l’Ouganda; le contexte du commerce de l’or dans la région et dans le monde; ainsi que le rapport entre le volume et la valeur de l’or, car sa valeur élevée pour un faible volume facilite la contrebande.

M. Usseni a également signalé que l’exportation de grandes quantités d’or depuis l’Ouganda, le Rwanda et d’autres pays de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) viole la résolution 1952 (2010) du Conseil de sécurité, les directives de l’OCDE ainsi que les exigences du système régional de certification des minéraux de la CIRGL.  Dans cette perspective, a-t-il prévenu, il sera très difficile pour l’ONU de prévoir une pacification durable de l’est de la RDC tant que les groupes armés joueront le rôle d’acteurs principaux dans l’exploitation et la commercialisation de l’or dans la région.

Afin de surmonter cette situation, il a préconisé une approche holistique avec une action à trois niveaux.  Au niveau national, il a notamment appelé à réformer le régime fiscal de l’extraction et de la commercialisation de l’or artisanal en abaissant le taux de la taxe à l’exportation.  Il faut également activer les mécanismes de justice contre les trafiquants d’or nationaux et étrangers; faire participer la Banque centrale du Congo à l’achat de l’or artisanal; et établir des chaînes d’approvisionnement responsables pour l’or produit artisanalement.

Au niveau régional, il a préconisé d’intégrer l’analyse de l’empreinte géophysique des mines dans le mécanisme de certification d’origine de la CIRGL.  Et au niveau international, il a appelé à activer le mécanisme de sanction contre les acteurs impliqués dans le trafic illicite d’or dans l’est de la RDC.

Au nom des A3+1 (Afrique du Sud, Niger, Tunisie et Saint-Vincent-et-les Grenadines), l’Afrique du Sud s’est félicitée de l’évolution politique encourageante en RDC et a salué l’engagement continu du gouvernement de coalition à résoudre ses différends par le dialogue.  Elle s’est tout de même préoccupée de l’instabilité persistante dans l’est du pays, jugeant que la force d’intervention de la MONUSCO a besoin d’un appui ferme du Conseil de sécurité et des ressources nécessaires.  Elle a appelé la communauté internationale à contribuer au renforcement des institutions publiques et à faire progresser le processus de DDR et la réforme du secteur de sécurité. 

Après avoir souligné l’importance de l’approche communautaire, la délégation a reconnu que la pandémie de COVID-19 a exacerbé la situation humanitaire en RDC.  Les conséquences involontaires de la riposte à la pandémie ont aggravé les vulnérabilités du secteur de la santé, tandis que le réémergence d’Ebola retarde le travail de stabilisation de la MONUSCO.  L’Afrique du Sud a réclamé un appui international ferme pour aider la RDC à atténuer l’impact négatif de ces maladies sur la population et l’économie.  Des arrangements financiers souples sont nécessaires pour renforcer les efforts de développement.

Les A3+1, a souligné l’Afrique du Sud, insistent sur une coopération régionale « forte et effective ».  La délégation a salué l’engagement de la Communauté des États d’Afrique australe (SADC), rappelant que l’organisation sous-régionale a répondu favorablement à l’appel de la RDC et de la Zambie pour qu’elle arbitre la question frontalière.  L’Afrique du Sud a également salué les récents efforts des États de la région pour améliorer la traçabilité dans le secteur aurifère, dont l’adoption par le Rwanda d’un mécanisme national de certification et la mise en œuvre par le Burundi et la République-Unie de Tanzanie des processus de certification prévus par la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL).

La Fédération de Russie s’est inquiétée de l’action des ADF et d’autres groupes armés qui semblent profiter de la pandémie pour intensifier leurs attaques contre les FARDC et les civils.  La délégation russe s’est particulièrement inquiétée de la détérioration sécuritaire dans la province de l’Ituri, où les conflits entre Lendu et Hema voient une nouvelle flambée qui pèse lourdement sur la population locale.  « La situation en Ituri prouve clairement la nécessité d’élargir le soutien aux combattants privés de leurs droits dans le cadre des programmes appropriés de désarmement, de démobilisation et de réintégration », a dit la Fédération de Russie avant de saluer les mesures prises par les FARDC et la MONUSCO en vue de renforcer leur présence en Ituri.  La délégation a estimé nécessaire de soutenir le tandem J. Kabila - F. Tshisekedi pour l’avenir de la RDC. 

« Nous avons pris note du ralentissement des travaux sur une stratégie commune pour une sortie progressive et responsable de la MONUSCO dans le contexte de la pandémie », a dit la Fédération de Russie avant d’espérer que la Mission puisse bientôt reprendre les consultations avec Kinshasa.  La délégation a estimé que toutes les décisions concernant la stratégie de sortie devraient être prises en tenant compte de la situation sur le terrain et après un examen attentif des priorités de Kinshasa, des États régionaux et des pays fournisseurs de contingents.

Notant que la MONUSCO a commencé à appliquer les recommandations du rapport du général Dos Santos Cruz, la Fédération de Russie a rappelé qu’elle appuie les mesures prises pour renforcer la coordination entre les Casques bleus et les FARDC et renforcer la capacité opérationnelle de la brigade d’intervention.  « Nous continuons toutefois de penser que la coopération en matière de partage de renseignements devrait être menée dans le strict respect des principes de maintien de la paix et du mandat du Conseil de sécurité », a insisté la délégation avant d’exhorter les soldats de la paix à privilégier la reconnaissance militaire et à faire preuve de plus de prudence lors de l’utilisation d’autres formes de renseignement, en particulier celles reposant sur des méthodes spéciales d’obtention d’informations.

L’Estonie a déclaré que la paix en RDC reste insaisissable malgré une situation politique stable.  « Les ADF ont mené des dizaines d’attaques, qui ont fait plus de 100 morts dont de nombreux civils, alors que plusieurs autres groupes ont intensifié leurs attaques au Kivu, notamment le Nduma défense du Congo-Rénové (NDC-R) dont le leader Guidon Mwissa reste en fuite », a déploré l’Estonie.  La délégation a aussi noté que les attaques contre les civils et les forces de sécurité par les Lendu ont fait des centaines de morts en Ituri.  Dans ce contexte, l’Estonie a félicité la MONUSCO pour sa réaction rapide à ces conflits, qui a sans aucun doute sauvé de nombreuses vies.  Elle a salué l’amélioration de la coopération entre la MONUSCO et les FARDC.  L’Estonie a aussi souligné les progrès accomplis dans le processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) malgré la l’épidémie de COVID-19.  Elle a espéré que la pandémie n’arrêtera pas les initiatives provinciales et nationales en matière de DDR, afin de s’assurer que les anciens combattants restent d’anciens combattants.

Par ailleurs, l’Estonie s’est particulièrement inquiétée de la violence des groupes armés au cours des trois premiers mois de 2020 qui s’est traduite par 2 000 violations et abus des droits de l’homme, y compris des cas de violence sexuelle et sexiste.  Face à ce constat, l’Estonie a dit que le renforcement de l’état de droit et des institutions judiciaires est un élément essentiel des efforts visant à s’attaquer aux causes profondes des conflits.  « L’assistance de la MONUSCO aux enquêtes et aux poursuites contre les responsables est très appréciée, tout comme l’aide à la réforme du secteur de la sécurité », a ajouté la délégation.  L’Estonie a noté que la RDC est confrontée à de nombreux défis, dont la violence des groupes armés, l’exportation illicite de minéraux, les inondations, l’épidémie d’Ebola puis celle de la COVID-19. 

Le Viet Nam a vivement condamné la récente attaque contre la MONUSCO qui a provoqué la mort d’un Casque bleu, notant que cet incident vient démontrer que la situation sécuritaire demeure volatile dans l’est de la RDC.  Il s’est déclaré gravement préoccupé par la détérioration de la situation dans la province de l’Ituri où plus de 300 civils ont été tués au cours des trois derniers mois.  La délégation a insisté sur l’importance d’œuvrer en faveur d’une solution durable à l’instabilité en RDC en mettant l’accent sur la promotion du dialogue et de la médiation et en renforçant l’autorité de l’État ainsi que les programmes de DDR et de réforme du secteur de sécurité.

La délégation a indiqué que la pleine mise en œuvre de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération est essentielle pour éliminer les menaces posées par les groupes armés et résoudre les problèmes liés à l’exploitation et au trafic illicites des ressources naturelles.  Préoccupée par l’aggravation de la situation humanitaire en raison de la situation dans l’Est, la pandémie de COVID-19 et la réémergence d’Ebola, elle appelé la communauté internationale à fournir un appui renforcé à la RDC.

L’Indonésie a tout d’abord remercié les délégations pour leurs marques de sympathie après le décès d’un de ses Casque bleu à la MONUSCO.  Nous n’avions jamais compté de victime d’un attentat depuis le début de notre participation au maintien de la paix en 1957, a-t-elle indiqué, et je dois dire que la tâche la plus difficile et la plus douloureuse que j’ai eu à accomplir, en tant qu’Ambassadeur aux Nations Unies, fut d’écrire une lettre de condoléances à la famille du défunt.

La délégation a insisté sur l’importance qu’il y a à assurer la sûreté et la sécurité des Casques bleus, notant que pour pouvoir mettre en œuvre son mandat de protection des civils, la MONUSCO doit d’abord se protéger elle-même.  Il faut, a insisté l’Indonésie, renforcer le professionnalisme, la performance, le financement et les capacités de la Mission.  Nous poursuivrons, a-t-elle promis, nos efforts auprès des communautés lesquels ont contribué au processus de DDR, en facilitant la reddition de plus de 300 anciens combattants.

L’Indonésie s’est déclarée profondément préoccupée par l’augmentation des conflits intercommunautaires et la prolifération des milices et des groupes armés.  Elle a reconnu la nécessité de débarrasser les communautés des milices.  Elle a souligné le rôle joué des pays voisins et des organisations régionales dans le maintien d’un climat pacifique.  Il faut également renforcer l’assistance humanitaire, a ajouté la délégation, en relevant que l’impact socioéconomique de la COVID-19 complique encore les efforts pour répondre aux problèmes politiques, de développement et humanitaires du pays, tandis que la réapparition d’Ebola fait naître un nouveau problème de santé publique.  L’Indonésie a appelé tous les groupes armés à déposer les armes pour que les efforts visant à enrayer les problèmes sanitaires puissent se poursuivre sans entrave.

La République dominicaine a salué le fait que les principaux acteurs congolais ont appuyé les efforts de lutte contre la COVID-19 malgré les tensions politiques.  En plus de ses conséquences sanitaires et économiques, la pandémie a affecté les efforts diplomatiques visant au renforcement de l’unité régionale et à la recherche d’une solution pacifique au différend frontalier entre la RDC et la Zambie.  La présence de troupes des deux pays dans les zones frontalières et la mort de plusieurs soldats dans des affrontements montrent la volatilité de la situation, a-t-elle dit, en remerciant la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) pour sa médiation. 

La délégation a qualifié de « très perturbant » le niveau actuel de violence et d’insécurité dans l’est de la RDC et appelé au renforcement des ressources des FARDC et du système de collecte des renseignements de la MONUSCO, dans le cadre d’une stratégie commune plus robuste et plus coordonnée, en vue de neutraliser les groupes armés tout en minimisant les pertes.  Elle a aussi jugé essentiel de continuer à travailler avec le Gouvernement en vue d’élaborer une stratégie complète pour l’éradication des sévices odieux commis contre les enfants et de la violence sexuelle en temps de conflit. 

Enfin, elle a salué l’arrestation de Trésor Mputu Kankonde, qui est accusé d’avoir joué un rôle dans l’assassinat des deux experts de l’ONU, Zaida Catalán et Michael Sharp.  Dans ce droit fil, elle a demandé au Secrétaire général adjoint d’agréer, pour circonstances extraordinaires, une extension de six mois dans la durée des contrats des experts onusiens travaillant pour le mécanisme de suivi car ils possèdent les informations nécessaires pour conclure cette affaire et renvoyer les responsables devant la justice.

L’Allemagne s’est inquiétée de la situation humanitaire « désastreuse » caractérisée par 300 000 nouveaux déplacés depuis le début de l’année uniquement en Ituri.  Dans ce contexte, l’Allemagne a exhorté tous les groupes armés en RDC à respecter l’appel du Secrétaire général à un cessez-le-feu mondial.  Elle a estimé que la MONUSCO reste essentielle pour soutenir la RDC alors que la situation est devenue encore plus difficile en raison de l’épidémie de COVID-19 et de la situation de sécurité « insatisfaisante ».  L’Allemagne a salué les efforts d’adaptation de la Mission aux nouvelles conditions de terrain et l’a encouragée à renforcer encore ses capacités, à mettre en œuvre les recommandations formulées dans le rapport Cruz et à placer un accent particulier sur l’exécution de son mandat de protection des civils.

L’Allemagne a indiqué avoir fourni 300 millions d’euros supplémentaires pour l’aide humanitaire liée à COVID-19 et qu’elle est actuellement le quatrième donateur en importance du Plan humanitaire mondial.  Elle a rappelé que ce plan concerne aussi la RDC et a dit envisager de soutenir la MONUSCO, grâce son initiative « Enable and Enhance (E2I) ».  L’Allemagne a dit craindre que la pandémie ne sape les réformes politiques, sécuritaires et socioéconomiques en RDC.  Elle a donc jugé important que le Gouvernement poursuive ses réformes, en particulier celles du secteur de la sécurité et de la justice.  L’Allemagne a dit l’importance d’institutions démocratiques fortes, du renforcement de l’état de droit et de la lutte contre l’impunité pour parvenir à une paix, une stabilité et un développement durables.  La lutte contre le trafic illicite de minéraux et la transformation de l’exploitation de ces minéraux en sources de revenus légitimes sont un élément essentiel du processus de réforme de la RDC, a conclu l’Allemagne. 

La Belgique s’est dite préoccupée par la situation humanitaire en notant que 25,6 millions de personnes ont besoin d’aide et que 5,5 millions sont déplacées.  Elle s’est inquiétée des récents événements négatifs, dont les déplacements de population en Ituri, les graves inondations dans plusieurs provinces de l’Est, la réapparition du virus Ebola et la pandémie de COVID-19.  Notant que les épidémies de rougeole et de choléra en cours ont fait encore plus de victimes que le bilan combiné des épidémies d’Ebola et de COVID-19, la Belgique a appelé les États Membres à soutenir pleinement le Plan de réponse humanitaire 2020 et le nouveau plan national multisectoriel de réponse humanitaire à l’épidémie de COVID-19.  À cet égard, la Belgique et ses partenaires de l’Union européenne -dont la France- ont pris les devants, comme en témoignent nos récents vols humanitaires vers la RDC.

La Belgique a estimé que les préoccupations à court terme ne doivent pas nous détourner de la nécessité de travailler à un transfert réaliste des tâches de la MONUSCO aux autorités congolaises dans les années à venir.  À cet égard, nous notons que plusieurs facteurs ont entravé l’élaboration d’une stratégie commune et que des discussions approfondies avec le Gouvernement doivent encore commencer.  Elle a noté que les critères de sortie de la MONUSCO sont attendus pour le 20 octobre et a voulu que l’appropriation nationale de la réforme du secteur de la sécurité soit au cœur du processus.

Enfin, la Belgique a estimé que l’élaboration de la stratégie de sortie progressive de la MONUSCO doit aller de pair avec la lutte contre les causes profondes des conflits, y compris l’exploitation illégale des ressources naturelles.  Après avoir salué l’exposé de M. Usseni sur la question, elle a dit son intention d’organiser une réunion « Arria » sur ce sujet en juillet, en coopération avec la RDC, les États-Unis et l’Afrique du Sud.  La Belgique a ajouté que l’exploitation illégale des ressources naturelles a été reconnue comme l’une des principales causes et effets sous-jacents des conflits dans la région des Grands Lacs.  Dans l’est de la RDC, l’exploitation illégale de l’or, du coltan et autres ressources alimente les conflits depuis plus de 20 ans, impliquant une grande variété d’acteurs étatiques et non étatiques nationaux, régionaux et internationaux.  La Belgique s’est dite convaincue que l’élaboration en cours d’une nouvelle stratégie régionale des Nations Unies pour les Grands Lacs constituerait une opportunité appropriée pour des échanges plus approfondis sur ce sujet.

Les États-Unis ont présenté leurs condoléances après le décès d’un Casque bleu de la MONUSCO.  Ils ont relevé que 46 membres du personnel de la Mission ont été testés positifs à la COVID-19 dont un mort.  Ces décès viennent nous rappeler les dangers inhérents du maintien de la paix, a dit la délégation.  Elle a ensuite encouragé le recours à des solutions créatives pour faire avancer le dialogue sur les préparatifs du retrait de la Mission, en dépit des mesures de distanciation sociale imposées par la pandémie.  La délégation a reconnu que la violence justifie toujours la présence de l’ONU, s’inquiétant de la situation dans l’est du pays où des groupes armés opèrent.  La situation humanitaire est également préoccupante, 25,6 millions de personnes ayant besoin d’aide.  La délégation a relevé que cette augmentation « significative » est due au regain de la violence intercommunautaire en Ituri, à d’importantes inondations, à l’irruption d’Ebola et à la pandémie de COVID-19.  Lest États-Unis se sont ensuite félicités de la fin de la dixième irruption d’Ebola en RDC, proclamée aujourd’hui.  Ils y ont vu « un véritable accomplissement de la coordination internationale ».  Ils ont par ailleurs salué l’arrestation du dirigeant d’une milice soupçonnée d’avoir assassiné Zaida Catalán et Michael Sharp, deux experts de l’ONU, de même que la prorogation, jusqu’à la fin de l’année, du mandat du Mécanisme de suivi dirigé par M. Robert Petit.

La France a estimé que l’élection du Président Tshisekedi a offert des perspectives encourageantes et des progrès sont faits en matière de lutte contre la corruption ainsi que dans la mise en œuvre de certains aspects du programme de gouvernement et la réconciliation.  Sur le plan sécuritaire, elle a noté que certaines régions entrent en phase de post-conflit et que le travail doit se focaliser sur le renforcement de l’État et le développement pour consolider la stabilité des régions où les autorités congolaises peuvent prendre le relais de la MONUSCO.  Celle-ci pourra recentrer ses efforts sur des régions qui subissent encore l’action des groupes armés congolais et étrangers, souffrent de conflits intercommunautaires, du pillage des ressources naturelles et dont les populations civiles, en particulier les femmes et les enfants, subissent de nombreuses violations des droits de l’homme, a ajouté la France. 

La délégation a appelé à un engagement déterminé des autorités nationales et provinciales, pour qu’au-delà de l’aspect militaire, une réponse socioéconomique soit apportée contre les causes profondes des conflits.  « C’est le cas de l’Ituri, où la réapparition d’un conflit vieux de 20 ans illustre les risques à long terme quand ces causes structurelles ne sont pas traitées », a estimé la délégation française avant de préciser que cela nécessite aussi une action forte pour mettre un terme à l’exploitation et l’exportation illicite des ressources naturelles.  La France a appelé la RDC et les pays de la région à agir avec détermination sur ce sujet. 

Sur le plan sanitaire et humanitaire, la France a cité une situation encore préoccupante, en raison de la multiplicité des épidémies en cours.  Elle a précisé que la RDC peut compter sur le soutien de la France, comme l’a montrée la visite en RDC du Ministre français des affaires européennes et étrangères, Jean-Yves Le Drian, les 8 et 9 juin.  La France a souhaité que tant les perspectives encourageantes que les défis persistants soient pris en compte pour l’établissement d’une feuille de route conjointe entre la RDC et l’ONU, vers une sortie de la MONUSCO.  La France a encouragé les autorités congolaises à s’engager pleinement dans cet exercice. 

 

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