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SC/14191
19 mai 2020

Syrie: le Coordonnateur des secours d’urgence appelle le Conseil de sécurité à autoriser une nouvelle fois les opérations transfrontalières vers le nord-ouest syrien

Le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, M. Mark Lowcock, a appelé, cet après-midi, le Conseil de sécurité à ne pas reporter à la dernière minute le renouvellement de la résolution 2504, texte qui autorise les seules voies d’acheminement de l’aide dans le nord-ouest de la Syrie et qui arrive à expiration dans moins de deux mois. 

Distanciation sociale oblige, c’est chacun dans sa mission que les 15 membres du Conseil font leur déclaration et dialoguent avec leurs invités, grâce à un système de visioconférence spécialement conçu pour eux.  Outre le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, la Syrie et la Turquie ont également pris la parole aujourd’hui.

« L’opération transfrontalière pour le nord-ouest de la Syrie est une bouée de sauvetage pour des millions de civils que l’ONU ne peut pas atteindre par d’autres moyens », a déclaré le Secrétaire général adjoint, qui a souligné qu’une décision rapide du Conseil aiderait les organisations humanitaires à poursuivre l’intensification des activités que les besoins actuels et la perspective de la COVID-19 exigent.  Tout retard augmentera la souffrance et coûtera des vies, a-t-il prévenu.

M. Mark Lowcock s’est notamment préoccupé de la détérioration rapide de la situation depuis le mois de décembre, et de la nécessité de se préparer à l’impact de la COVID-19, le nord-ouest étant considéré comme encourant un risque important de propagation.  Il a également appelé le Conseil de sécurité à renouveler pour 12 mois l’autorisation de passer par les postes frontières de Bab el-Salam et Bab el-Haoua, ainsi que le mandat du Mécanisme de surveillance. 

Pour ce qui est de la livraison de fournitures médicales dans le nord-est de la Syrie depuis la suppression du poste frontière de Yaroubiyé, M. Lowcock a indiqué que le 10 mai, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a réussi à livrer par la route 30 tonnes de fournitures médicales à Qamichli.  Il s’agit de la première livraison par voie terrestre effectuée par l’OMS vers le nord-est en deux ans, a-t-il précisé.  Si ce progrès est appréciable, il faut faire beaucoup plus pour combler le manque d’assistance médicale dans cette région, a-t-il ajouté, notant que plus de postes frontière et de points de passage par les lignes de front sont nécessaires pour maintenir, et préférablement augmenter, l’aide humanitaire. 

Les répercussions de la fermeture du point de passage de Yaroubiyé ont préoccupé plusieurs membres du Conseil de sécurité, dont la France qui a signalé que seulement 31% des centres de soins qui recevaient auparavant une aide la reçoivent toujours et que Damas ne fournit pas, en temps et en heure, les autorisations nécessaires à l’ONU pour compenser la perte de ce point de passage. 

« Nous ne le répéterons jamais assez: le mécanisme transfrontière n’a jamais été aussi pertinent, à la fois dans le nord-ouest et le nord-est », a insisté la France qui s’est déclarée déterminée à préserver ce mécanisme vital.  Même son de cloche du côté du Royaume-Uni pour qui le poste frontière de Yaroubiyé devrait non seulement être rouvert de toute urgence, mais le rester aussi longtemps que la COVID-19 demeurera une menace pour la Syrie. 

Pour leur part, les États-Unis se sont préoccupés des informations qui indiquent que depuis la fermeture de Yaroubiyé, « Assad aurait contraint l’ONU à ne financer que les organisations caritatives privées ayant obtenu l’approbation du régime » pour opérer dans la région.  « Nous savons que c’est comme cela que le régime empêche l’aide humanitaire impartiale de parvenir aux plus vulnérables », a accusé la délégation, pour qui les preuves indiquant que le « régime » autoriserait l’acheminement de plus d’aide par-delà les lignes de front pour compenser la perte de Yaroubiyé, sont « pratiquement non existantes ».

La délégation américaine a en outre appelé la Fédération de Russie à mettre la politique de côté et à assurer les livraisons temporaires vers le nord-est, pour ensuite engager la Chine à « valider ses revendications à un leadership mondial dans la lutte contre la COVID-19 » en appuyant une résolution qui permettrait à l’ONU de combattre cette pandémie en livrant une aide transfrontalière vitale au nord-est. 

Pour ce qui est de la négociation de projets de résolution sur les mécanismes transfrontières, la Fédération de Russie a signalé que les membres du Conseil s’étaient toujours accordés sur leur statut « urgent mais temporaire ».  « Ne prétendez pas ne pas le savoir et arrêtez de sélectionner des dividendes politiques individuels qui n’ont rien à voir avec les principes humanitaires.  Ne gaspillez pas votre temps sur des efforts visant à rouvrir des points de passage des frontières qui sont fermés », a déclaré la délégation russe pour qui le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) devrait être encouragé à travailler avec Damas pour identifier des routes et des points de passage vers le nord-est et l’ensemble de la Syrie.

La délégation russe a également abordé la question des sanctions pour affirmer que les « slogans répétitifs » sur les exemptions humanitaire « ne valent pas un sous », présageant l’intervention de la République arabe syrienne qui, lorsqu’elle a pris la parole, a appelé le Conseil de sécurité à mandater le Secrétaire général pour qu’il lui soumette, dans les 30 jours, un rapport complet sur les conséquences « désastreuses » des mesures coercitives unilatérales sur le peuple syrien.

La délégation syrienne a également réclamé la fermeture du bureau de l’OCHA situé à Gaziantep, « une plateforme qui induit en erreur le Conseil de sécurité » selon elle, avant de souligner que toute amélioration de la situation humanitaire nécessite une pleine coopération et coordination avec le Gouvernement syrien.  La Syrie a par ailleurs accusé le « régime turc » d’avoir exhorté des groupes terroristes affiliés à empêcher l’accès humanitaire depuis les territoires syriens pour justifier l’élargissement des activités transfrontalières, et, a-t-elle ajouté, faciliter le trafic d’armes et d’équipements aux organisations terroristes.

La Section des communiqués de presse ne couvre que les déclarations faites en visioconférence dont les textes ont été transmis à temps par la Division des affaires du Conseil de sécurité.

M. MARK LOWCOCK, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a tout d’abord indiqué que 58 cas de COVID-19, dont trois décès, avaient été confirmés par les autorités syriennes.  Six autres cas ont été signalés dans le nord-est, dont un décès, et aucun n’a été confirmé dans le nord-ouest.  Il a ajouté que le renforcement des capacités limitées des laboratoires et de signalement des cas demeure une priorité importante et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui fournit un appui considérable au développement progressif des capacités de dépistage à Damas, Alep, Lattaquié et Homs. 

M. Lowcock a expliqué que les capacités de dépistage ne sont pas suffisamment fortes pour établir des preuves épidémiologiques dans l’ensemble du pays, y compris dans le nord-est.  Vingt-trois millions de dollars ont été ponctionnés au Fonds humanitaire pour la Syrie pour appuyer les mesures de prévention face à la COVID-19, mais de graves pénuries persistent s’agissant des équipements de protection individuelle et d’autres fournitures médicales.  Il a salué l’engagement des États concernés à autoriser des dérogations humanitaires à leur programme de sanctions relatif à la Syrie.

Le Secrétaire général adjoint s’est ensuite penché sur les répercussions économiques de la pandémie.  En avril, a-t-il indiqué, le prix moyen du panier de la ménagère a augmenté de 15% par rapport au mois de mars et a été multiplié par plus que deux par rapport à avril 2019.  Dans le nord-ouest, la livre syrienne continue de baisser face au dollar, un taux de dépréciation de 54% ayant notamment été enregistré depuis la fin du mois d’avril dans certaines parties d’Edleb.  Cela entraîne de graves conséquences pour le pouvoir d’achat des communautés locales, a-t-il indiqué, précisant qu’avant que l’impact économique de la COVID-19 ne se fasse ressentir en Syrie, 80% de la population vivait déjà sous le seuil de la pauvreté.  Poussée par la pandémie, l’insécurité alimentaire atteint désormais des niveaux record pour atteindre désormais 9,3 millions de personnes contre 7,9 il y a six mois.

Passant aux opérations humanitaires dans le nord-ouest de la Syrie, M. Lowcock a indiqué qu’en avril, 1 365 camions ont emprunté les postes frontière de Bab el-Salam et Bab el-Haoua depuis la Turquie, soit une augmentation de 130% par rapport à avril 2019.  Il a expliqué que cette hausse est due à la détérioration rapide de la situation depuis le mois de décembre, et à la nécessité de se préparer à l’impact de la COVID-19, le nord-ouest étant considéré comme ayant un risque important de propagation.  L’incertitude dans laquelle nous opérons représente une pression supplémentaire, a-t-il ajouté, rappelant que la résolution 2504, qui autorise les seules voies d’acheminement de l’aide à des millions de personnes dans le nord-ouest de la Syrie, doit être renouvelée dans moins de deux mois.  Il a ensuite appelé à renouveler pour 12 mois le passage aux postes frontière de Bab el-Salam et Bab el-Haoua.  Le Mécanisme de surveillance doit également être prorogé pour la même durée, a-t-il ajouté, soulignant que de telles décisions ne doivent pas être reportées à la dernière minute car « trop de vies sont en jeu ».

Pour ce qui est de la livraison de fournitures médicales dans le nord-est de la Syrie depuis la suppression du poste frontière de Yaroubiyé, M. Lowcock a indiqué que le 10 mai, l’OMS a réussi à livrer par la route 30 tonnes de fournitures médicales à Qamichli, une deuxième livraison étant prévue dans les prochains jours.  Il s’agit de la première livraison par voie terrestre effectuée par l’OMS vers le nord-est en deux ans, a-t-il précisé.  Si ce progrès est appréciable, il faut faire beaucoup plus pour combler le manque d’assistance médicale dans le nord-est, a-t-il ajouté, notant que plus de postes frontière et de points de passage par les lignes de front sont nécessaires pour maintenir, et préférablement augmenter, l’aide humanitaire.

M. Lowcock a également fait savoir que la livraison d’eau depuis la station d’Alouk a de nouveau été interrompue à plusieurs reprises, créant de graves pénuries, notamment à Hassaké et dans les camps de déplacés de la région.  Il a souligné que l’accès à l’eau est particulièrement important dans le contexte de la pandémie de COVID-19.

L’opération transfrontalière pour le nord-ouest de la Syrie, autorisée par le Conseil de sécurité, est une bouée de sauvetage pour des millions de civils que l’ONU ne peut pas atteindre par d’autres moyens, a poursuivi le Secrétaire général adjoint.  Cette opération ne peut pas être remplacée et son autorisation doit être renouvelée, a-t-il insisté.  Il a souligné qu’une décision rapide du Conseil éviterait de perturber cette opération vitale et aiderait les organisations humanitaires à poursuivre l’intensification des activités que les besoins actuels et la perspective de COVID-19 exigent.  Tout retard augmentera la souffrance et coûtera des vies, a-t-il prévenu.

La Tunisie a constaté que la COVID-19 a compliqué la fourniture de l’aide humanitaire en Syrie.  « Après neuf ans de conflit, la Syrie est outrageusement sous-équipée pour lutter contre la pandémie », a noté la délégation en relevant que ses infrastructures sanitaires sont largement dégradées, fragmentées ou détruites.  La Tunisie a aussi noté que les restrictions aux mouvements transfrontaliers ont approfondi les fossés, aggravé les pénuries et augmenté les risques et les vulnérabilités.  Il est urgent selon elle de combler ces fossés et d’améliorer la préparation et la capacité de réponse afin d’éviter la catastrophe et la propagation de la pandémie dans le pays.  La Tunisie a estimé qu’un effort continu de lutte contre la COVID-19 exige une longue accalmie et l’engagement de toutes les parties à permettre un accès humanitaire sûr, durable, à temps et sans entrave, y compris l’aide médicale.  La coupure récurrente de l’eau à cause des hostilités dans le nord-est du pays est une source de préoccupation car elle obstrue les mesures d’hygiène et d’assainissement et aggrave les vulnérabilités face à la COVID-19 pour près d’un demi-million de personnes dans la région.  La délégation tunisienne a appelé toutes les parties à protéger les infrastructures, y compris la chaîne d’approvisionnement en eau. 

Elle a réitéré qu’une double approche combinant des modalités de livraison transfrontalière et entre les lignes de front, qui soit fondée sur les besoins, reste pertinente pour garantir une aide humanitaire efficace en Syrie, plaidant aussi pour un mécanisme renforcé de surveillance des opérations transfrontalières par les Nations Unies.  Dans le cadre de la lutte contre la COVID-19, cette double approche devrait être recalibrée dans le nord de la Syrie pour renforcer la cohésion de la réponse sanitaire nationale syrienne à la pandémie et prévenir la fragmentation dans les régions.  La Tunisie a demandé plus de coopération et plus de coordination entre les Nations Unies et les autorités syriennes, y compris pour les autorisations concernant l’aide médicale. 

La Fédération de Russie a voulu que les rapports du Secrétaire général examinent comment les mesures économiques unilatérales aggravent la situation économique et entravent la lutte contre la COVID-19 en Syrie.  Elle a relevé que, selon l’OCHA, aucun cas de COVID-19 n’a été signalé dans le nord-ouest de la Syrie.  Or le paragraphe 14 du rapport affirme que la mission conjointe ONU-CICR-Croissant-Rouge arabe syrien à Edleb a été temporairement suspendue en raison de préoccupations liées à la COVID-19.  « Quelles sont-elles?  Car nos informations indiquent que c’est Hay’at Tahrir el-Cham qui a bloqué cette livraison qui affaiblit son monopole sur le contrôle de l’assistance transfrontière. »  La délégation a également relevé que, dans son rapport du 6 avril, la Commission d’enquête admet l’existence de problèmes de responsabilité financière en ce qui concerne les opérations humanitaires menées à Edleb.

La délégation a ensuite relevé que le rapport du Secrétaire général publié en février sur les alternatives au point de passage de Yaroubiyé n’explique pas clairement pourquoi cinq autres points de passage, situés à l’est de l’Euphrate et contrôlés par Damas, ne peuvent pas être utilisés.  Pour ce qui est de l’amélioration des livraisons par-delà les lignes de front, a-t-elle poursuivi, la solution dépend d’une seule chose: la motivation est-elle de fournir une aide aux personnes qui sont dans le besoin ou de créer des obstacles artificiels et d’en faire porter le blâme à Damas?

Relevant que certaines parties du nord-est ne sont pas sous le contrôle de Damas, la délégation russe a voulu savoir si l’ONU a un plan pour veiller à ce que l’aide parvienne aux plus vulnérables.  En outre, qui doit être responsable de la négociation avec les autorités locales? Nos collègues américains voudront peut-être apporter une aide à ce sujet, a-t-elle dit.  La Fédération de Russie s’est ensuite félicitée de l’arrivé du premier convoi terrestre de l’OMS dans le nord-est et a salué l’intention de l’ONU d’établir un laboratoire à Qamichli, tout en souhaitant obtenir plus de détails à ce sujet, notamment sur la récolte d’échantillons dans les zones difficiles d’accès qui ne sont pas sous le contrôle de Damas.

Abordant ensuite la question des sanctions, la délégation a affirmé que les slogans répétitifs sur les exemptions humanitaire « ne valent pas un sous ».  Elle a fait lecture d’un extrait d’une note d’orientation de la Commission européenne portant sur l’octroi de l’aide pour lutter contre la COVID-19 dans les zones soumises aux mesures restrictives imposées par l’Union européenne, et où il est indiqué que les sanctions peuvent entraver la capacité des pays à lutter contre la COVID-19.  La délégation a aussi affirmé que le Norwegian Refugee Council avait été empêché de fournir du matériel pédagogique à des enfants syriens en raison de mesures restrictives.

La délégation a ensuite affirmé qu’en ce qui concerne la négociation de projets de résolution sur les mécanismes transfrontières, les membres du Conseil s’étaient toujours accordés sur leur statut « urgent mais temporaire ».  « Ne prétendez pas ne pas le savoir et arrêtez de sélectionner des dividendes politiques individuels qui n’ont rien à voir avec les principes humanitaires », a dit la délégation russe en demandant aussi de ne pas gaspiller de temps pour des efforts visant à rouvrir des points de passage de frontière qui sont fermés.  Selon la Fédération de Russie, l’OCHA devrait être encouragé à travailler avec Damas pour identifier des routes et des points de passage vers le nord-est et l’ensemble de la Syrie.

Le Niger a réaffirmé son soutien pour le mécanisme d’acheminement de l’aide humanitaire transfrontalière, avant de saluer la coopération entre les autorités syriennes et l’OMS face à la pandémie.  La délégation s’est néanmoins dite préoccupée par la capacité du pays à faire face au virus, après des années de conflit.  Le Niger a appelé toutes les parties prenantes à répondre à l’appel du Secrétaire général pour un cessez-le-feu immédiat et durable dans tout le pays afin de combattre la pandémie.

Le Niger a regretté que l’aide humanitaire ne soit plus que de 30% par rapport à son niveau avant la fermeture du point de passage dans le nord-est du pays.  Les modalités alternatives choisies par l’ONU nécessitent toujours un accès au travers des lignes de front et un acheminement transfrontalier durable.  Cette situation est rendue encore plus aiguë par les restrictions liées à la COVID-19.  En conséquence, le Niger réitère son soutien à la résolution 2165 (2014) et appelle à l’ouverture du point de passage de Yaroubiyé pour des raisons humanitaires.  Ce point de passage est crucial pour que l’aide onusienne puisse parvenir à des millions de Syriens dans les provinces du nord-est de la Syrie, a conclu la délégation. 

Saint-Vincent-et-les Grenadines a réitéré une fois de plus l’appel de l’Envoyé spécial à un cessez-le-feu national complet et immédiat dans toute la Syrie.  Alors que la COVID-19 fait rage dans le monde, il est impératif, selon la délégation, que toutes les parties se retirent des hostilités et se concentrent sur la lutte contre la pandémie.  Dans ce contexte, elle s’est félicitée que le cessez-le-feu dans le nord-ouest de la Syrie, bien que fragile, continue de tenir.

Même avant l’apparition de la pandémie, le système de santé syrien était dans une situation précaire, paralysé par une décennie de guerre, a noté la délégation pour laquelle la poursuite des hostilités ne fera que perturber davantage les efforts de lutte contre le virus et entraîner une nouvelle détérioration d’une situation humanitaire déjà désastreuse.  Il faut trouver un équilibre entre les mesures de restriction à la circulation, visant à contenir le COVID-19, et l’urgence de préserver, d’intensifier et de coordonner la réponse humanitaire.  À cet égard, elle a souligné que la situation humanitaire est complexe et qu’il n’existe pas de solution parfaite.  Saint-Vincent-et-les Grenadines a insisté pour qu’il y ait des accords d’accès humanitaire permettant la fourniture rapide, ininterrompue et directe de l’aide à tous ceux qui en ont besoin. 

Reconnaissant en outre la nécessité de prendre des mesures antiterroristes, la délégation a néanmoins réaffirmé que ces mesures doivent respecter le droit international.  Les civils et les infrastructures civiles doivent être protégés et leur ciblage ne saurait en aucun cas être justifiable.  Elle a fait écho à l’appel en faveur de la levée des sanctions unilatérales pour aider la Syrie à répondre à ses besoins humanitaires urgents, avant d’encourager la communauté internationale à contribuer à la reconstruction de la Syrie, sans quoi des millions de personnes resteront déplacées et privées de produits de première nécessité.

La Chine s’est inquiétée de l’impact possible de la COVID-19 sur la situation humanitaire en Syrie.  Elle a reconnu les efforts déployés par le Gouvernement pour sensibiliser la population et réduire le risque de transmission communautaire.  Elle a encouragé l’OCHA à renforcer les capacités de la Syrie face à la pandémie.  La délégation s’est félicitée de l’élargissement des opérations humanitaires au-delà les lignes de front, notant que le Gouvernement syrien a maintenu à cet égard un contact étroit avec l’ONU et les missions d’évaluation.  S’agissant de l’assistance transfrontière, la Chine a rappelé que le mécanisme transfrontalier avait été établi comme mesure temporaire.  Elle a insisté sur la levée immédiate des sanctions unilatérales et a réclamé une analyse plus approfondie des conséquences humanitaires de ces sanctions dans les prochains rapports sur la situation humanitaire en Syrie.

L’Afrique du Sud a exhorté les parties à rechercher un règlement pacifique du conflit, ce qui passe par la cessation des hostilités et une solution qui respecte la souveraineté et l’intégrité territoriale de la Syrie.  Pour que cela se produise, le soutien externe aux groupes armés doit cesser immédiatement, car « nous ne pouvons pas permettre à des acteurs externes d’utiliser ce conflit dévastateur en Syrie pour leurs propres intérêts », a déclaré la délégation. 

L’Afrique du Sud a relevé que les défis humanitaires sont aggravés par la pandémie de COVID-19.  La délégation a donc plaidé pour la cessation des hostilités dans toute la Syrie et l’acheminement -en toute sécurité, sans entrave et de manière impartiale- de l’aide humanitaire et de l’assistance, ainsi que pour l’assouplissement des sanctions.  La distanciation sociale et le lavage régulier des mains sont un luxe auquel beaucoup n’ont pas accès, a relevé la délégation en rappelant que des millions de personnes sont réfugiées dans des camps et sites informels et ont un accès limité aux services essentiels tels que ceux liés à la santé.  L’Afrique du Sud a également rappelé que les réfugiés et les populations déplacées dans les camps surpeuplés, avec les personnes âgées et les personnes souffrant de problèmes de santé, sont particulièrement vulnérables à la COVID-19.  De ce fait, les livraisons transfrontières dans le nord-est sont une composante essentielle de l’opération de réponse humanitaire. 

Ainsi, de l’avis de l’Afrique du Sud, ce n’est pas le moment de limiter ou de réduire l’aide humanitaire dans cette région, en particulier compte tenu des cas confirmés de COVID-19 dans le nord-est.  La délégation a en outre invité toutes les parties à respecter leurs obligations en vertu du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme en matière de protection des civils et des infrastructures civiles. 

La France a jugé extrêmement préoccupante la propagation de la COVID-19 en Syrie, véritable « multiplicateur » de besoins humanitaires dans un pays où plus de 11 millions de personnes dépendent de l’assistance humanitaire.  « Un cessez-le-feu immédiat et durable à l’échelle nationale est plus que jamais nécessaire. »  Jugeant fragile le cessez-le-feu dans le nord-ouest du pays, la mission a appelé toutes les parties, en particulier « le régime », à œuvrer en vue d’un tel cessez-le-feu national.  De même pour garantir l’accès humanitaire, car il faut remédier aux pénuries d’équipements essentiels face à la pandémie.  « Nous ne le répéterons jamais assez: le mécanisme transfrontière n’a jamais été aussi pertinent, à la fois dans le nord-ouest et le nord-est. »  La France a indiqué qu’elle est déterminée à préserver ce mécanisme vital.  Un renouvellement pour 12 mois, tel que demandé par le Secrétaire général, est essentiel. 

Si la délégation s’est félicitée de l’acheminement d’un convoi de l’OMS dans le nord-est, elle a indiqué que « nous ne devons pas nous leurrer ».  « Damas ne fournit pas, en temps et en heure, les autorisations nécessaires à l’ONU pour compenser la perte du point de passage transfrontière de Yaroubiyé. »  « Les chiffres parlent d’eux-mêmes », puisque seulement 31% des centres de soins qui recevaient auparavant une aide la reçoivent toujours.  Le nord-est syrien a besoin d’une assistance transfrontière par le biais d’un point de passage dédié, a insisté la France.

Les atrocités de masse ne resteront pas impunies, a affirmé la France.  La Commission d’enquête doit partager l’intégralité de son rapport avec la Commission d’enquête internationale indépendante sur la Syrie et le Mécanisme international, impartial et indépendant chargé de faciliter les enquêtes sur les violations les plus graves du droit international commises en République arabe syrienne depuis mars 2011.  « Seule une solution politique, conformément à la résolution 2254 (2015), permettra de mettre un terme à la tragédie humanitaire en Syrie », a conclu la délégation.

Le Royaume-Uni a voulu que l’on se garde de parler de politique dans les discussions sur l’humanitaire.  Cela nous permettra de nous focaliser sur les preuves et les faits quand nous luttons pour que les gens vivent.  C’est la responsabilité la plus importante du Conseil de sécurité.  La délégation a écouté « avec tristesse » un État s’attaquer à ceux qui apportent de l’aide en Syrie et qui en paient le prix.  Elle a rappelé que les plus grands donateurs de la Syrie sont le Royaume-Uni, les États-Unis, l’Allemagne et l’Union européenne, y compris dans les zones contrôlées par le « régime d’Assad ».  Nous sommes, a avoué la délégation, profondément préoccupés par l’impact de la COVID-19 en Syrie.  Quarante-huit cas sont confirmés et il y en a probablement plus, les capacités de dépistage n’étant pas suffisantes.  L’ONU, a plaidé le Royaume-Uni, doit être autorisée à intensifier les efforts de prévention et de protection dans le nord-est.  Dans cette partie du pays, la pénurie des fournitures médicales s’est aggravée au moment où tout devrait être fait de toute urgence pour se préparer au virus.  Les Nations Unies et les organisations humanitaires nous ont donné la solution: ne pas faire de politique mais faciliter l’acheminement de l’aide et sauver des vies.  Le poste frontière de Yaroubiyé doit être rouvert de toute urgence et le rester aussi longtemps que la COVID-19 demeurera une menace pour la Syrie, a martelé le Royaume-Uni. 

Dans le nord-ouest, a-t-il poursuivi, si l’objectif est de sauver des vies, il est absolument nécessaire que le Conseil renouvelle la résolution 2504 (2020).  Le nombre des passages mensuels de camions en mars et avril de cette année a plus que doublé par rapport à la même période l’an dernier.  Cette augmentation de l’aide répondant à l’accroissement des besoins humanitaires, le renouvellement de la résolution 2504 est essentiel.  Il n’y a pas d’autres alternatives, a insisté le Royaume-Uni.  Si la résolution 2504 n’est pas renouvelée, personne ne doit en douter: le financement humanitaire considérable du Royaume-Uni pour le nord-ouest sera automatiquement transféré à l’acheminement par Damas surtout que l’on s’interroge sur l’arrivée de l’aide à ceux qui en ont le plus besoin.  Les fournitures médicales à des fins humanitaires ne sont pas soumises aux sanctions de l’Union européenne, a souligné le Royaume-Uni, en ajoutant que des dérogations existent pour les activités humanitaires en Syrie.  La COVID-19 a changé la situation sur le terrain en Syrie.  Mettons nos divergences politiques de côté et agissons sur la base des besoins humanitaires pour autoriser un accès transfrontalier temporaire via Yaroubiyé, a conclu le Royaume-Uni qui a plaidé pour le renouvellement de la résolution 2504. 

Les États-Unis se sont déclarés profondément préoccupés par la propagation de la COVID-19 en Syrie, avertissant que si on n’y répond pas, son exacerbation pourrait menacer la stabilité de l’ensemble de la région.  La délégation a ensuite relevé que la fermeture, en vertu de la résolution 2504, de deux des quatre points de passage de l’ONU vers la Syrie avait nettement limité la capacité de l’ONU et des organisations humanitaires à fournir une aide à ceux qui en ont le plus besoin.  Le peuple syrien souffre à cause de notre incapacité d’agir en raison de l’obstruction de seulement quelques membres, a-t-elle déploré.

Elle a relevé que, dans le nord-est de la Syrie, la livraison de fournitures médicales vitales, y compris pour faire face à la COVID-19, a été gravement entravée depuis la fermeture du point de passage de Yaroubiyé.  Elle s’est également préoccupée des informations qui indiquent que depuis cette fermeture, « Assad aurait contraint l’ONU à ne financer que les organisations caritatives privées ayant obtenu l’approbation du régime » pour opérer dans la région.  « Nous savons que c’est comme cela que le régime empêche l’aide humanitaire impartiale de parvenir aux plus vulnérables et nous ne pouvons laisser le régime d’Assad continuer de militariser l’aide. »  Selon la délégation, la crise humanitaire et de santé que connaît la Syrie ne pourra être soulagée que par des livraisons transfrontières de l’aide et « en faisant pression sur le régime d’Assad pour assurer des livraisons par-delà les lignes de front depuis Damas ».

Certains membres du Conseil prétendront que le régime autorisera l’acheminement de plus d’aide par-delà les lignes de front pour compenser la perte de Yaroubiyé, mais les preuves permettant d’étayer de telles affirmations sont pratiquement non existantes, a soutenu la délégation américaine.  Elle a ensuite accusé le régime de prendre des mois pour répondre aux demandes de livraison de l’ONU et de refuser la majorité d’entre elles.  Les États-Unis ont appelé le Conseil à prendre des mesures immédiates pour augmenter l’acheminement transfrontalier de l’aide vers la Syrie, notamment en autorisant de nouveau l’utilisation du point de passage de Yaroubiyé.  La délégation a appelé la Fédération de Russie à mettre la politique de côté et à assurer les livraisons temporaires vers le nord-est.  De son côté, la Chine doit valider ses revendications à un leadership mondial dans la lutte contre la COVID-19 en appuyant une résolution qui permettrait à l’ONU de combattre cette pandémie en livrant une aide transfrontalière vitale au nord-est. 

Le Viet Nam a noté que la situation humanitaire en général en Syrie est une grande source de préoccupation: des millions de personnes souffrent dans le nord-est dont 840 000 personnes déplacées, tandis que certaines régions ne reçoivent pas l’aide humanitaire.  La COVID-19 devrait attirer l’attention au moment où elle continue de compliquer la situation dans le pays.  La délégation s’est dite inquiète de la faible capacité de réponse du système de santé dans les régions qui sont source de préoccupation.  Le Viet Nam a exhorté toutes les parties à coopérer afin de créer les conditions favorables pour un accès durable et sans entrave de l’aide humanitaire dans toute la Syrie, afin de venir en aide aux populations. 

L’appui de la communauté internationale pour assurer une réponse humanitaire efficace est d’une importance cruciale en ce moment pour répondre aux besoins du peuple syrien, notamment pour la sécurité alimentaire et les soins de santé, a poursuivi la délégation.  Elle a ajouté que la COVID-19 est un fléau pour toute la communauté internationale et personne ne doit être laissé pour compte dans cette lutte commune.  À cet égard, le Viet Nam a demandé un appui accru et sans condition en termes de capacité et de ressources pour la Syrie.  Pour cela, il faut régler la question lancinante de la sécurité.  C’est la raison pour laquelle la délégation vietnamienne a réitéré son appui à l’appel au cessez-le-feu en Syrie du Secrétaire général et de l’Envoyé spécial. 

La République dominicaine s’est interrogée sur les moyens de remédier aux souffrances des Syriens vivant dans le nord-est et le nord-ouest du pays, dans le contexte de pandémie et d’une possible escalade de la violence « à tout moment ».  Aussi longtemps qu’il y aura des besoins humanitaires, nous devrons y remédier d’une manière directe et efficace, a dit la délégation.  Elle a appelé les autorités syriennes à renforcer leur coordination avec l’ONU et les organisations humanitaires sur le terrain et à fournir aux Syriens l’assistance nécessaire.  « Peu importe qui sont ces Syriens et où ils se trouvent. »  La mission a plaidé pour une bonne préparation à une possible épidémie dans le nord-est, où des pénuries d’équipement ont été constatées depuis la fermeture du point de passage transfrontière de Yaroubiyé.  Le Secrétaire général a été très clair dans son rapport sur ces manques et il incombe à ce Conseil de prendre les mesures appropriées, d’une « manière constructive et dépolitisée ». 

La délégation s’est dite prête à travailler avec tous les membres du Conseil pour remédier aux défis pressants par le biais d’une approche prévoyant toutes les modalités.  La République dominicaine a aussi pris note des efforts visant à accroître l’assistance transfrontière dans le nord-est syrien, qui revêt une importance vitale.  Ces opérations méritent tout notre soutien, a-t-elle déclaré.  Enfin, elle a plaidé pour un cessez-le-feu durable dans tout le pays, ainsi que pour une solution politique au conflit.

La République arabe syrienne a tout d’abord indiqué qu’elle avait envoyé plusieurs lettres officielles au Secrétaire général et aux présidents successifs du Conseil de sécurité demandant la levée des mesures unilatérales coercitives imposées par certains membres du Conseil à l’encontre du peuple syrien.  Elle a affirmé que ces appels avaient reçu un accueil positif de la part, entre autres, du Secrétaire général et de l’Envoyé spécial pour la Syrie, « qui ont demandé la levée des mesures imposées à deux milliards de personnes dans les pays touchés ».  La délégation a ensuite accusé les États-Unis de n’avoir délibérément épargné aucun effort pour tenter de faire échouer toute initiative ou projet de résolution visant à mettre un terme aux mesures unilatérales coercitives imposées aux secteurs de la santé dans les pays luttant contre la pandémie de COVID-19. 

La délégation a indiqué que la pandémie de COVID-19 a amplifié la charge de travail et les défis créés par de telles mesures, décriant le refus, par certains gouvernements occidentaux, de permettre à des avions syriens de rapatrier des ressortissants syriens bloqués dans certains pays européens.  Les clarifications récemment publiées par la Commission européenne au sujet des mesures coercitives démontrent une fois de plus qu’elles ne font que du mal aux gens, a-t-elle souligné.  La délégation a ensuite exigé du Conseil de sécurité qu’il mandate immédiatement le Secrétaire général pour lui soumettre, dans les 30 jours, un rapport complet sur les conséquences « désastreuses » des mesures coercitives unilatérales sur le peuple syrien.

Poursuivant, la délégation syrienne a affirmé que les conférences de Bruxelles sont « des spectacles de propagande » visant à mettre en œuvre les politiques de pays hostiles qui politisent le travail humanitaire.  Elle a appelé l’ONU à ne pas y participer afin de préserver son rôle impartial ainsi que les paramètres du travail humanitaire.

La Syrie a ensuite accusé les forces d’occupation turques et américaines de continuer de parrainer le terrorisme, un fait confirmé, selon elle, par les « confessions » de plusieurs terroristes de l’EIIL récemment capturés par l’armée arabe syrienne.  Ces derniers ont confirmé avoir été entraînés à Tanf par le groupe terroriste Maghawir al-Thawra sous la supervision des forces d’occupation américaines, a-t-elle dit.  De son côté, le Parti islamique du Turkistan, qui est appuyé par la Turquie, a détruit la tour de la centrale électrique de Zayzoun dans la campagne d’Edleb après en avoir pillé les équipements qui ont ensuite été transportés en Turquie via « des points de passage que l’OCHA prétend être humanitaires ».

La délégation a également accusé le « régime turc » d’avoir coupé l’eau provenant de la station d’Alouk, privant un million de Syriens d’eau potable.  Ce crime de guerre justifie une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, a-t-elle estimé.  « Mais au lieu de cela, on masque ces crimes et ont tient des sessions d’urgence sur des questions artificielles et construites de toute pièce. »  En outre, la construction, par le régime turc, du barrage Alisu privera d’eau des millions de Syriens et d’Iraquiens qui profitaient jusqu’à présent de l’eau du Tigre, s’est encore indignée la délégation. 

La Syrie a aussi accusé les forces d’occupation américaines d’avoir empêché le Croissant-Rouge arabe syrien de travailler dans le nord-est de la Syrie, entre autres.  Pire encore, a-t-elle enchaîné, le régime turc a exhorté ses groupes terroristes affiliés à empêcher l’accès humanitaire depuis les territoires syriens, et ce, pour justifier l’élargissement des activités transfrontalières, et, a-t-elle ajouté, faciliter le trafic d’armes et d’équipements aux organisations terroristes.  Elle a dit rejeter les activités transfrontalières et a réclamé la fermeture du bureau de l’OCHA situé à Gaziantep, « une plateforme qui induit en erreur le Conseil de sécurité ».  Toute amélioration de la situation humanitaire nécessite une pleine coopération et coordination avec le Gouvernement syrien, a-t-elle souligné avant de demander que cesse la politisation de l’action humanitaire et que les gouvernements hostiles s’abstiennent d’imposer des mesures coercitives.

La délégation a par ailleurs affirmé que les membres du Conseil qui emploient le terme « régime » au lieu de « gouvernement » ne contribuent pas à aider le peuple syrien.

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