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FEM/2204
9 mars 2020
Soixante-quatrième session, 2e séance plénière – matin

Vingt-cinq ans après Beijing, la Commission de la condition de la femme adopte une déclaration politique lors d’une session écourtée pour cause de coronavirus

La soixante-quatrième session de la Commission de la condition de la femme, réduite à sa plus simple expression par mesure de précaution face à l’épidémie de coronavirus, a été marquée, ce matin, par l’adoption d’une déclaration politique appelant à prendre de « nouvelles mesures concrètes » pour assurer l’application intégrale, effective et accélérée de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, dont on célèbre cette année le vingt-cinquième anniversaire.

Adoptée par consensus, cette Déclaration politique souligne que « la réalisation de l’égalité des genres et l’avancement de toutes les femmes et les filles contribueront de manière décisive à l’accomplissement de progrès sur la voie de tous les objectifs et de toutes les cibles fixées dans le Programme 2030 ».

Or, comme le concède la Déclaration, vingt-cinq ans après la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, des difficultés et lacunes « compromettent toujours l’application de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing » ainsi que leur complémentarité avec la réalisation des objectifs de développement durable (ODD) « d’une manière qui tienne compte des questions de genre ».   

Alors qu’une nouvelle génération de militants se mobilise pour faire avancer cette « action constructive », les femmes sont toujours minoritaires dans les parlements où siègent trois hommes pour une femme, a reconnu le Secrétaire général.  À l’échelle mondiale, les femmes ne touchent que 75 cents quand un homme gagne un dollar, et les travaux de soins non rémunérés demeurent obstinément féminins, a constaté M. António Guterres, observant que si certains pays ont fait reculer les lois censées protégées les femmes de la violence, d’autres ont limité l’espace civil qui leur était réservé.

De plus, a poursuivi le Secrétaire général, l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive est loin d’être universel.  Face à ce constat alarmant, « nous devons faire reculer le recul », a lancé M. Guterres pour qui l’inégalité entre les sexes représente « la pire des injustices ».

« Il faut que les hommes reconnaissent qu’une femme au pouvoir n’est pas une menace », a pour sa part plaidé M. Tijjani Muhammad-Bande, Président de l’Assemblée générale, tandis que Mme Mona Jull, Présidente du Conseil économique et social (ECOSOC), assurait que l’égalité des sexes est « la voie expresse » pour progresser dans la réalisation de tous les ODD.  Une tâche loin d’être achevée, puisqu’aucun pays ne peut affirmer avoir atteint ce but à ce jour.    

La mise en œuvre du Programme d’action de Beijing n’est tout simplement « pas à la hauteur de ses ambitions », a renchéri Mme Phumzile Mlambo-Ngcuka, Directrice exécutive d’ONU-Femmes, entité des Nations Unies créée, voilà 10 ans, pour promouvoir ces questions.  Nous observons des progrès mais aussi une érosion des gains obtenus, a-t-elle déploré, non sans relever, à son tour, que 75% des parlementaires sont des hommes, de même que 73% des décideurs, 67% des négociateurs pour le climat, 76% du personnel des médias et 87% des participants aux processus de paix.  « Cela montre que nous avons créé un monde où les femmes sont reléguées dans 25% de l’espace, à la fois physique et narratif, ce qui ne suffit pas. »  

Pour parvenir aux 50%, la Déclaration politique appelle à redoubler d’efforts pour permettre l’application du Programme d’action de Beijing dans ses 12 domaines critiques.  Elle préconise notamment de déployer davantage d’efforts pour réaliser le droit à l’éducation des femmes et des filles et d’assurer l’entière et véritable participation des femmes à la prise de décisions.  Il convient également de veiller à ce que les femmes aient pleinement accès au marché du travail et à un travail décent dans des conditions d’égalité, tout en renforçant les systèmes de protection sociale et faire en sorte que le fardeau de la pauvreté ne pèse plus sur les femmes.

Elle engage en outre à intégrer les questions de genre dans les politiques relatives à l’environnement et aux changements climatiques, d’éliminer, prévenir et combattre toutes les formes de violence à l’égard des femmes et des filles, y compris dans la sphère numérique, et de mieux protéger ces dernières dans les conflits armés.  Parmi les autres mesures concrètes visant à assurer l’application du Programme d’action de Beijing, elle cite par ailleurs l’élimination de toutes les lois discriminatoires et des stéréotypes de genre.  Cette Déclaration appelle également à éliminer toutes les lois discriminatoires et à débloquer des fonds proportionnés aux engagements pris en ce qui concerne l’égalité des genres et l’avancement des femmes et des filles.

Salué par une majorité de pays, ce texte a néanmoins été critiqué par plusieurs délégations qui ont notamment pointé ses insuffisances en matière de droits à la santé sexuelle et reproductive.  D’autres ont déploré l’absence d’une référence à la résolution 1325 du Conseil de sécurité et au rôle des femmes en matière de maintien de la paix et de la sécurité. 

Dans un contexte aggravé par l’accentuation des inégalités, Mme Anita Nayar, Directrice de l’ONG Regions Refocus et représentante de la société civile, a préféré, quant à elle, dénoncer le néolibéralisme, « incompatible », selon elle, avec la libération des femmes.  Pour cette militante, il importe d’aider à la refonte d’un multilatéralisme plus ambitieux en matière de droits des femmes.

En début de séance, le Président de la Commission, M. Mher Margaryan (Arménie), a exprimé sa déception qu’en raison du coronavirus, cette session se tienne dans des « conditions extraordinaires », sans discussion générale ni manifestations parallèles.  Il a d’autre part pris acte de l’élection par acclamation de Mmes Devita Abraham (Trinité-et-Tobago), Ahlem Sara Charikhi (Algérie) et Zahraa Nassrullah (Iraq), aux postes de Vice-Présidentes, cette dernière assumant, en outre, la fonction de Rapporteuse.

La Commission se réunira à nouveau, le vendredi 13 mars, pour examiner le rapport de son Groupe de travail et ouvrir sa soixante-cinquième session.   

SUITE DONNÉE À LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES ET À LA VINGT-TROISIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE, INTITULÉE « LES FEMMES EN L’AN 2000: ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES, DÉVELOPPEMENT ET PAIX POUR LE XXIE SIÈCLE »

Déclarations liminaires

M. MHER MARGARYAN, Président de la Commission de la condition de la femme, a souhaité la bienvenue aux participants à cette session de célébration marquant le vingt-cinquième anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing.  Il a rappelé qu’initialement, 140 délégations de haut niveau et plusieurs milliers de représentants de la société civile devaient venir à New York à cette occasion mais qu’il a fallu réduire la session en raison de la propagation du coronavirus.  Nous sommes donc réunis sans la passion et l’enthousiasme qu’apportent ces délégations, a-t-il regretté, reconnaissant que le coronavirus pèse sur les modalités de cette session.  Nous sommes déçus mais cela n’affecte pas notre résolution de faire progresser l’égalité entre les sexes, a-t-il assuré.

Pour le Président de la Commission, la meilleure façon de fêter ce vingt-cinquième anniversaire de la Déclaration de Beijing est d’œuvrer ensemble pour obtenir des résultats concrets, notamment en matière d’égalité femmes-hommes, de protection sociale, d’accès à l’éducation et de protection des droits, le tout de manière harmonieuse et inclusive. Les rapports présentés lors de cette soixante-quatrième session apportent des précisions sur les progrès enregistrés et les difficultés qui perdurent, a indiqué M. Margaryan.  Il a ajouté que cinq commissions régionales ont recensé les stratégies clefs pour progresser, comme souligné dans le projet de déclaration politique que doit adopter la Commission.  Cette déclaration esquisse un certain nombre de domaines critiques qui guideront la Commission dans son action, a-t-il conclu, rappelant que l’objectif commun reste de parvenir à l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes et des filles.

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a déploré que l’impact des « circonstances extraordinaires » liées au coronavirus sur les travaux de la soixante-quatrième session de la Commission de la condition de la femme.  Les militants et les organisations féminines partagent cette déception mais pourront se réjouir du fait que nous avons tous conscience de l’impératif de réaliser l’Objectif de développement durable 5 (ODD-5) sur l’égalité entre les sexes.  Il a souligné que la persistance de l’inégalité entre les sexes est fondamentalement une question de pouvoir, « la pire des injustices ».  « Nous vivons toujours dans un monde dominé par les hommes, avec une culture dominée par les hommes.  Cela doit tout simplement changer », a-t-il dit. 

Alors que l’on fête le vingt-cinquième anniversaire du Programme d’action de Beijing, M. Guterres a jugé urgent de trouver les moyens d’accélérer la réalisation de l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes.  Mais alors qu’une nouvelle génération de militants se mobilise pour faire avancer son action constructive et sa ténacité intrépide, les femmes sont toujours minoritaires dans les parlements où siègent trois hommes pour une femme.  À l’échelle mondiale, les femmes ne touchent que 75 cents quand un homme gagne un dollar, et les travaux de soins non rémunérés demeurent obstinément féminins. Certains pays ont fait reculer les lois censées protégées les femmes de la violence, tandis que d’autres ont limité l’espace civile qui leur était réservé. De plus, l’accès aux services de santé sexuelle et reproductive est loin d’être universel.  « Nous devons faire reculer le recul », a-t-il insisté.

Le Secrétaire général a relevé que différents mouvements féminins se mobilisent pour appeler à un changement systémique urgent et demander aux gouvernements et à d’autres acteurs puissants de se montrer redevable.

« Si le processus de Beijing est une dynamique vers l’avant, il faut aujourd’hui mettre en exergue les liens entre la parité entre les genres et le justice sociale, économique et environnementale pour tous », a-t-il estimé.  « Le moment est à présent venu d’établir des alliances et de nous tenir uni en faveur du droit des femmes. »

Pour sa part, l’ONU entend diriger par l’exemple et a réussi à atteindre la parité parmi ses hauts fonctionnaires au mois de janvier, deux ans avant la date butoir qui avait été fixée lors de ma prise de fonctions, s’est félicité M. Guterres.  Une feuille de route a également été établie pour changer les relations de pouvoir au sein de l’Organisation.  

Le Secrétaire général a ensuite voulu que les travaux de la Commission de la condition de la femme soient l’occasion d’animer la dynamique de l’égalité des sexes à travers le monde en utilisant la Plateforme d’action de Beijing pour rappeler que le droit des femmes est essentiel à la réalisation de l’ensemble des Objectifs de développement durable (ODD). 

Mme MONA JUUL, Présidente de l’ECOSOC, s’est déclarée heureuse que la Commission puisse se réunir pour adopter sa déclaration politique à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes. Néanmoins, a-t-elle regretté, le contexte est rude, du fait de l’épidémie de coronavirus, ce qui a entraîné une diminution du nombre de séances par rapport aux sessions précédentes.  Ce qui nous manque, c’est l’énergie, le courage, toutes ces voix de femmes qui retentissent, a-t-elle souligné, reconnaissant toutefois que l’objectif reste le même, à savoir réaffirmer l’engagement de la communauté internationale en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomisation de toutes les femmes et les filles.

Il y a 25 ans, a-t-elle poursuivi, cette même communauté internationale s’est entendue non seulement sur une vision mais aussi sur un Programme d’action pour promouvoir les droits des femmes et éliminer toutes les formes de violence à leur encontre.  Mais, il est clair que la tâche n’est pas achevée, a admis Mme Juul.  Aucun pays ne peut dire qu’il est parvenu à l’égalité entre les sexes pleine et entière.  L’égalité des sexes est pourtant la voie expresse pour progresser dans la réalisation de tous les objectifs de développement durable, a-t-elle souligné, avant de rappeler que la priorité de l’ECOSOC est justement de faire progresser la mise en œuvre du Programme 2030.

Mme Juul a ensuite indiqué que la Déclaration politique a pour but de renforcer les efforts collectifs pour l’égalité des sexes, l’autonomisation des femmes et des filles et le plein exercice des droits des femmes.  Si les circonstances ont entraîné la suppression d’une partie importante de la session, cela n’a pas d’incidence sur notre détermination à faire progresser les droits des femmes, a-t-elle assuré, plaidant pour une action unie en faveur de ces droits.

M. TIJJANI MUHAMMAD-BANDE, Président de l’Assemblée générale, a rappelé que le Programme d’action de Beijing reste le programme international le plus ambitieux et le plus important en faveur de la parité entre les sexes.  Il s’est réjoui de l’adoption par consensus de la déclaration politique.  Il a dit que le travail de la Commission de la condition de la femme des Nations Unies, principal organe intergouvernemental mondial dédié exclusivement à la promotion de l’égalité entre les sexes et de l’autonomisation des femmes, reste cette année d’une importance fondamentale, malgré les difficultés actuelles liées au coronavirus. 

Notant que les évolutions ont été lentes au cours des 25 dernières années pour la mise en œuvre des droits des filles et des femmes, le Président de l’Assemblée générale a jugé urgent d’accélérer les progrès à tous les niveaux.  Faisant le lien entre droit des femmes et développement durable, il a salué le combat des femmes qui sont à la pointe de la lutte contre les changements climatiques.  Il a appelé à développer des systèmes d’éducation prenant en compte les besoins des filles.  Notant cependant que le succès scolaire n’est pas le garant de l’émancipation économique, il a appelé à balayer tous les obstacles qui s’opposent à l’égalité entre les sexes, à tous les niveaux de la société.  Faisant un état des lieux au niveau politique, il a relevé la présence seulement de 16 femmes parmi les 192 représentants qui sont intervenus au débat de haut niveau de l’Assemblée générale en septembre 2019.  De plus, a-t-il ajouté, il n’y a que 24% de femmes parmi les députés au niveau mondial.  « Il faut que les hommes reconnaissent qu’une femme au pouvoir n’est pas une menace », a insisté Muhammad-Bande. 

Mme ANITA NAYAR, Directrice de l’ONG Regions Refocus, a regretté, à son tour, les conséquences de l’épidémie du coronavirus sur cette session.  À ses yeux, cette crise est d’autant plus préoccupante que les systèmes de santé ne sont pas adaptés car fondés, pour nombre d’entre eux, sur la logique du profit.  Des crises de ce type ont des incidences sur les femmes et les filles qui assurent souvent la subsistance du foyer, a-t-elle remarqué.  Faisant le point des progrès réalisés depuis l’adoption de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing, il y a 25 ans, Mme Nayar a salué la force du militantisme et du mouvement féministe, notamment dans le Grand Sud.  Elle s’est aussi félicitée que les investissements dans la santé sexuelle et procréative aient orienté les politiques sociales de nombreux États.

Pour Mme Nayar, toutefois, le néolibéralisme est incompatible avec la libération des femmes.  Elle a donc plaidé pour l’annulation de la dette des gouvernements afin d’éliminer la pauvreté, à commencer par la pauvreté des femmes. En outre, a-t-elle poursuivi, il importe de financer les organisations de femmes pour qu’elles puissent influencer les processus de décisions.  Aujourd’hui, a-t-elle constaté, le système reste basé sur l’exploitation et les gouvernements sont de plus en plus liés au secteur privé, ce qui tend à accentuer les inégalités. Dans ce contexte, l’action des femmes en matière syndicale doit être soutenue tout comme doit être refondu le système multilatéral afin qu’il soit plus ambitieux en matière de droits des femmes, a-t-elle recommandé. Vingt-cinq ans après Beijing, a-t-elle conclu, il faut faire face aux attaques dont font l’objet les femmes et faire en sorte que nulle ne soit exclue.

Intervenant au nom du Groupe des jeunes, Mme HEELA YOON d’une ONG afghane a salué l’importance de la résolution 1325 du Conseil de sécurité et jugé important d’empêcher les conflits armés.  Elle a plaidé pour que les femmes afghanes puissent participer au processus de paix en Afghanistan afin de garantir un processus de paix inclusif.  Elle a noté que 87% des femmes afghanes sont analphabètes et que seulement 2% d’entre elles ont accès à des études universitaires.  En outre, « 90% des filles et femmes afghanes sont confrontées à des abus psychologiques », a-t-elle ajouté.  Pour la représentante, une paix avec les Taliban, sans la participation des femmes, se traduira par une guerre permanente contre les femmes.  Elle a salué la capacité de mobilisation des femmes en estimant que ce sont elles qui ont relancé la lutte contre les changements climatiques.  « Nous devons tous nous mobiliser pour une paix durable », a-t-elle conclu avant de souhaiter que la contribution des femmes à la paix soit au centre des travaux de la Commission de la condition de la femme. 

Mme PHUMZILE MLAMBO-NGCUKA, Directrice exécutive d’ONU-Femmes, a salué la clairvoyance des États Membres qui, il y a 25 ans, a abouti à l’élaboration d’un Programme d’action aussi ambitieux que celui de Beijing.  Nous partageons tous la déception que ce moment de célébration coïncide avec l’épidémie de coronavirus, a-t-elle indiqué, notant que le respect des inquiétudes en matière de santé publique a rendu nécessaire le raccourcissement de cette session.  Elle a toutefois assuré que ce contexte n’empêchera pas l’adoption de la Déclaration politique et du programme pluriannuel de la Commission.

Poursuivant, Mme Mlambo-Ngcuka a jugé que la mise en œuvre du Programme d’action de Beijing n’est pas à la hauteur de ses ambitions.  Nous observons des progrès, mais nous constatons aussi une érosion des gains obtenus, a-t-elle déploré.  L’ampleur et le rythme des changements n’ont pas été ceux qu’ils auraient dû être, a-t-elle considéré, relevant que les jeunes femmes ne veulent pas vivre les mêmes expériences que leurs ainées.

À cet égard, a-t-elle enchaîné, le rapport du Secrétaire général sur les résultats de la vingt-troisième session extraordinaire de l’Assemblée générale nous donne une idée de l’action à engager.  Cependant, a souligné Mme Mlambo-Ngcuka, la volonté politique est nécessaire.  Cela étant, elle s’est réjouie de certains éléments contenus dans ce rapport, notamment du fait que 131 pays aient promulgué des réformes dans les domaines critiques et que plus des quatre-cinquièmes des États aient pris des mesures législatives pour lutter contre les violences faites aux femmes.  Elle a également salué le fait que plus de filles que jamais sont scolarisées, que des quotas permettent à un nombre croissant de femmes de siéger dans les parlements, et que les mariages forcés et les mutilations sexuelles aient reculé.

Toutefois, toute solution doit être financée a fait valoir Mme Mlambo-Ngcuka qui a rappelé qu’à Beijing, aucune ressource financière n’avait été prévue.  Il ne faut pas rééditer cette erreur, a-t-elle prévenue.  Or, pour l’heure, le pourcentage des ressources de développement allouées à l’égalité des genres représente moins de 5% des budgets en moyenne.  Dans ce contexte, les conflits et les crises humanitaires exposent les femmes et les filles à des niveaux croissants de pauvreté, d’instabilité, et de violence.  De plus, la crise environnementale risque de détruire les gains en développement pour nombre de femmes, à commencer par les plus pauvres et marginalisées.

Quand on examine la situation des femmes, on s’aperçoit aussi qu’un demi-milliard d’entre elles sont analphabètes et que ce phénomène est stagnant depuis plus d’une décennie, a-t-elle signalé, appelant à ce que l’on prenne en compte, sur ce point, les femmes âgées.  Quand une femme est instruite, c’est toute la famille qui en profite, a insisté Mme Mlambo-Ngcuka.

La Directrice exécutive d’ONU-Femmes a ensuite relevé que le problème de l’inégalité économique n’a pas évolué depuis 20 ans, ni la question de la participation des femmes sur le marché du travail, « sauf en Amérique latine ». Pour l’heure, a-t-elle alerté, 740 millions de femmes demeurent prisonnières de l’économie informelle, gagnent peu et sont privées de sécurité.  Et les femmes et les filles consacrent trois fois plus de temps et d’énergie que les hommes et les garçons pour s’occuper des enfants et du foyer, ce qui les prive d’opportunités en matière d’éducation, d’emploi et de pouvoir.

Sur le plan politique, a-t-elle renchéri, les femmes sont souvent menacées et ceci les décourage à se présenter à des élections.  De même, les femmes sont sous-représentées dans les domaines des sciences et de l’innovation, a-t-elle regretté, notant au passage que la technologie numérique n’a pas été prise en compte à Beijing, ce qui ne doit pas empêcher d’intégrer les aspirations des femmes et des filles dans les politiques afférentes.  Les femmes doivent aussi être entendues en matière environnementale puisque 14% d’entre elles sont propriétaires terriennes et que la dégradation des sols accentue leur insécurité.

Comme le rappelle le rapport du Secrétaire général, a encore souligné Mme Mlambo-Ngcuka, 75% des parlementaires sont des hommes et il en va de même pour 73% des décideurs, 67% des négociateurs pour le climat, 76% du personnel des médias et 87% des participants aux processus de paix.  Cela montre que nous avons créé un monde où les femmes sont reléguées dans 25% de l’espace, à la fois physique et narratif, ce qui ne suffit pas.  Cinquante pour cent c’est l’égalité et cela seulement pourra suffire, a-t-elle martelé, avant de souligner que cet objectif est celui de la campagne « Génération Égalité », qui place en son centre les jeunes et la société civile.  Cette campagne, a-t-elle précisé, établit un lien entre les militants de Beijing, la Conférence internationale sur la population et le développement (CIPD) et le mouvement mondial actuel pour les droits des femmes. Elle s’est félicitée à cet égard que les gouvernements de la France et du Mexique coorganisent le Forum Génération Égalité qui se tiendra les 7 et 8 mai à Mexico et du 7 au 10 juillet à Paris.  Ces travaux, a-t-elle conclu, viendront compléter les aspirations contenues dans la Déclaration politique adoptée par la Commission.

Déclarations après adoption

L’adoption de la Déclaration a été commentée par une quinzaine de délégations.

Tout en notant que la déclaration n’est pas parfaite, les États-Unis se sont félicités de l’adoption d’un texte qui reprend les engagements essentiels pour promouvoir le droit des femmes à travers le monde.  L’Afrique du Sud, le Mexique, ainsi que la Suisse, qui parlait aussi au nom de la Norvège et du Liechtenstein, ont regretté les insuffisances de la Déclaration en matière de droits à la santé sexuelle et reproductive.

Au nom d’une dizaine d’États Membres du « Groupe Santiago », l’Argentine a mis l’accent sur la nécessité de lutter contre les violences à l’encontre des femmes et des filles en leur permettant d’accéder à la justice pour être protégées.  L’Union européenne a assuré qu’elle continuera de promouvoir le droit à la santé sexuelle et reproductive « sans contrainte et violence », précisant que cette question est au centre de la stratégie européenne 2020-2025 en faveur de l’égalité entre les genres.

De son côté, l’Uruguay a dit son inquiétude face aux tentatives de certaines délégations de faire marche arrière sur les droits sexuels et reproductifs. L’Équateur s’est également préoccupé d’une tendance à la régression, notant que les femmes et les filles continuent d’être victimes de violence.  « L’égalité entre les sexes n’est pas une faveur mais un droit fondamental », a déclaré, pour sa part, Israël qui a regretté que cette déclaration n’ait pas été adoptée au plus haut niveau.  

Le Saint-Siège a, pour sa part, regretté que cette déclaration ne fasse pas référence à l’importance de « politiques familiales », notant que les femmes sont aussi des mères protectrices de la vie.

Le Canada, la Namibie et le Kenya ont par ailleurs appelé à des actions rapides et efficaces conformes à la Déclaration en mettant l’accent sur les liens entre droit des femmes et développement durable.  Tout en saluant une approche constructive pour parvenir à un texte plus équilibré, l’Iran a regretté l’absence de référence aux mesures unilatérales coercitives qui empêchent le développement économique de certains pays.

Plusieurs délégations ont en outre regretté l’absence dans cette déclaration d’une référence à la résolution 1325 du Conseil de sécurité et au rôle des femmes en matière de maintien de la paix et de la sécurité. 

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