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CS/14335
22 octobre 2020
8772e séance – matin

Les membres du Conseil de sécurité  souhaitent que le réchauffement des relations intersoudanaises se traduise concrètement à Abyei

Les relations bilatérales entre le Soudan et le Soudan de Sud ont continué de se réchauffer mais le processus de paix n’a pas beaucoup avancé à Abyei, où la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies (FISNUA) est toujours soumise à des blocages qui nuisent à l’exécution de son mandat, ont constaté ce matin les membres du Conseil de sécurité.  Si ceux-ci ont reconnu le travail de la Mission et soutenu l’idée de sa prorogation pour six mois, plusieurs ont toutefois rappelé qu’elle n’avait pas vocation à rester indéfiniment. 

Devant les membres du Conseil de sécurité réunis en personne, le Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, M. Jean-Pierre Lacroix, qui présentait le dernier rapport en date du Secrétaire général sur la situation à Abyei, a qualifié d’« historique » l’accord de paix signé le 3 octobre entre le Gouvernement de transition du Soudan, le Front révolutionnaire du Soudan et le Mouvement Minni Minnawi (SLM/MM) à Djouba, au Soudan du Sud ; accord dont les négociations ont été facilitées par les autorités sud-soudanaises. 

L’Envoyé spécial de l’Union africaine pour la Corne de l’Afrique, M. Parfait Onanga-Anyanga, a vu dans cet accord le « point culminant » du processus de paix lancé, à Djouba déjà, en octobre 2019, et qui couvre des questions clefs de la région en matière de gouvernance, de sécurité, de possession de terre, de justice transitionnelle et de retour des déplacés.   

Au titre des effets immédiats de l’accord de Djouba, l’Envoyé spécial a cité la réactivation entre les deux pays  des quatre libertés de résidence, de mouvement, d’entreprise et de propriété.  Il a également rappelé que le Ministre de la défense soudanais s’engageait à ouvrir des postes frontières et le port de Kosti ainsi que le transport fluvial le 27 octobre, ce qui va améliorer le commerce avec le Soudan du Sud.   Parmi les autres avancées figurent un accord visant à relancer la production de pétrole dans l’État de l’Unité et dans d’autres gisements pétrolifères importants, et l’intention exprimée par les deux pays de relancer le processus de paix, concrétisée par les visites à Khartoum de plusieurs hauts fonctionnaires du Soudan du Sud afin de discuter du statut final d’Abyei et des zones frontalières.     Quant à la nomination d’un administrateur en chef de chaque pays pour Abyei, M. Lacroix a estimé qu’elle représentait « une évolution politique sans précédent ».   

S’ils se sont tous félicités des évolutions en cours, les membres du Conseil les ont évaluées avec de sensibles différences.  Au nom des trois membres africains du Conseil et de Saint-Vincent-et les Grenadines –le « A3+1 »- la Tunisie a invité les deux pays concernés et le Conseil à tirer profit du dynamisme actuel pour étendre à Abyei la quête d’une paix juste et durable.  « Il faut respecter le leadership des deux pays sur cette région », a recommandé le représentant de la Chine, tandis que son homologue de la Fédération de Russie lançait avec enthousiasme : « Aux problèmes africains, solutions africaines », avant d’exhorter les parties à « faire fond sur ce succès » pour trouver des solutions aux problèmes en suspens.    

D’autres ont été plus réservés.  Le Royaume-Uni s’est dit déçu que le rapprochement entre les deux capitales ne se soit toujours pas traduit sur le terrain à Abyei.  Tout en jugeant « encourageante » la dynamique actuelle entre Khartoum et Djouba, la France a quant à elle regretté que le processus politique à Abyei « reste aujourd’hui au point mort » et que « les mêmes sujets restent en suspens ». 

De fait, M. Lacroix a fait observer que la situation en matière de sécurité demeurait « volatile » et que les progrès enregistrés par le Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière et le Mécanisme conjoint pour les questions politiques et de sécurité, par rapport aux critères fixés, pour l’un, et aux décisions à prendre, pour le second, avaient été minimes en raison de la situation créée par la pandémie de COVID-19.   

M. Lacroix a donc prié le Conseil de répondre positivement à la recommandation du Secrétaire général visant à la reconduction pour six mois du mandat de la FISNUA. 

Les membres du Conseil en sont convenus mais certains avec des nuances. France et États-Unis ont rappelé que la FISNUA avait été créée comme une force intérimaire et qu’elle n’avait « pas vocation à figer éternellement une situation sans perspective politique de règlement du conflit ».   Pour les États-Unis, la FISNUA doit se poursuivre mais il est temps d’envisager un avenir à Abyei sans la présence de la communauté internationale, avec une transition mettant l’accent sur la sécurité des civils, la bonne cohabitation entre les communautés et la promotion du rôle des femmes dans les processus de prise de décisions.   L’Allemagne a pour sa part rappelé que la FISNUA devait s’adapter, comme l’a demandé le Secrétaire général et comme le Conseil en a tracé la voie en décidant dès mai 2019 une augmentation de la composante de police de la Mission confirmée. 

Or, les effectifs de police n’ont jamais été augmentés, du fait du non-octroi par le Gouvernement soudanais des visas nécessaires à l’entrée des personnels.   Ce blocage –et d’autres– a été dénoncé par plusieurs membres du Conseil, certains souhaitant en outre que puisse enfin être créée la force de police d’Abyei prévue dès 2011 par la résolution 1990 (2011).  Sur ce point, le représentant du Soudan, qui a souhaité la prorogation de la FISNUA, a affirmé que son pays participerait à la force de police conjointe pour, entre autres, lutter contre la criminalité à Abyei et aux alentours.   

RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN ET LE SOUDAN DU SUD (S/2020/1019)

Déclarations

M. JEAN-PIERRE LACROIX, Secrétaire général adjoint aux opérations de paix, qui a présenté le Rapport du Secrétaire général sur la situation à Abyei (S/2020/1019) pour la période du16 avril au 15  octobre 2020, a indiqué que la période à l’examen avait été marquée par une amélioration de la collaboration entre le Soudan et le Soudan du Sud.  Ainsi, le 3 octobre, un accord de paix « historique » a été signé entre le Gouvernement de transition du Soudan, le Front révolutionnaire du Soudan et le Mouvement Minni Minnawi (SLM/MM) à Djouba, au Soudan du Sud.  Les autorités sud-soudanaises ont facilité le processus de négociation ayant conduit à la signature de l’accord.  Autre évolution positive, le Soudan et le Soudan du Sud ont manifesté leur intention de relancer le processus de paix et plusieurs hauts fonctionnaires du Soudan du Sud se sont rendus à Khartoum pour avoir des discussions avec les autorités sud-soudanaises sur le statut final d’Abyei et sur les zones frontalières.   

 M. Lacroix a néanmoins observé que, malgré ce rapprochement continu entre les deux pays, peu de progrès avaient été accomplis dans le processus de paix d’Abyei, les principaux événements au niveau local étant la nomination par Djouba et Khartoum de leurs administrateurs en chef respectifs.  Il s’agit là d’une évolution politique sans précédent car c’est la première fois que deux administrateurs en chef sont nommés pour Abyei, s’est réjoui le Secrétaire général adjoint.  

  Quant à la situation générale en matière de sécurité à Abyei, elle est restée volatile pendant la période à l’examen.  Le Secrétaire général adjoint a notamment détaillé quatre attaques menées contre le personnel de la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA), qu’il a jugées particulièrement préoccupantes, de même que quatre incidents de violence intercommunautaires, notamment des attaques armées contre des villages. 

La FISNUA a continué à s’engager avec les autorités et les chefs de file communautaires Ngok Dinka et Misseriya pour faire avancer le processus de paix au niveau local, a précisé par ailleurs M. Lacroix, qui a toutefois signalé divers incidents entre janvier et août, qui ont aggravé les tensions intercommunautaires et impacté les efforts de paix locaux.  Il a aussi indiqué que les efforts de la FISNUA tendant à ce que les représentants communautaires s’engagent dans le cadre du Comité mixte pour la paix n’avaient pas été couronnés de succès.   

M. Lacroix a aussi expliqué que pour parer à toute violence potentielle au niveau local pendant la migration saisonnière, un comité technique  de la Conférence prémigration de 2020 avait été mis sur pied avec la FISNUA, l’Organisation internationale des migrations et l’ONG Concordis internatial pour discuter du mouvement de transhumance sur les trois couloirs migratoires à Abyei.  La préconférence vise à résoudre les problèmes susceptibles de conduire à un conflit entre les pastoralistes et les communautés d’accueil. 

 M. Lacroix a aussi fait remarquer que les progrès enregistrés par le Mécanisme conjoint de vérification et de surveillance de la frontière et le Mécanisme conjoint pour les questions politiques et de sécurité, par rapport aux critères fixés, pour l’un, et aux décisions à prendre, pour le second, avaient été minimes en raison de la situation créée par la pandémie de COVID-19.   

Le Secrétaire général adjoint a rappelé que la résolution 2519 (2020) prévoyait de porter à 640 le nombre des personnel de police, dont trois unités de police formée de 160 membres chacune.  Or, à ce jour, la police de l’ONU ne compte toujours que 35 policiers, dont 16 sur le point d’achever leur mandat de deux ans en octobre-novembre.  Compte tenu que les visas n’ont pas été délivrés pour leurs remplaçants, le nombre de policiers sera réduit à 19, ce qui conduira inévitablement à la fermeture de certains sites de la FISNUA et risque d’avoir un impact préjudiciable sur la mise en œuvre du mandat.    M. Lacroix a expliqué que le processus de création et de déploiement des trois unités constituées avait été entravé par les restrictions au voyage due à la pandémie de COVID-19 mais aussi à la non-délivrance de visas d’entrée.  Le 4 octobre, deux notes verbales ont été adressées aux autorités concernées au Soudan pour solliciter des visas et permis de voyage à Abyei pour les membres des équipes de reconnaissance de la Chine et de la Tanzanie, a souligné M. Lacroix, pour qui ces visites de reconnaissance sont obligatoires dans le cadre du processus de déploiement de l’Unité de police formée.  La visite de reconnaissance de la délégation officielle chinoise était prévue à partir du 18 octobre, et celle de la délégation tanzanienne, le 1er novembre, a rappelé le Secrétaire général adjoint, qui a indiqué que, jusqu’à présent, les visas d’entrée et permis de voyage n’avaient toujours pas été délivrés par les autorités sud-soudanaises.  

M. Lacroix a détaillé l’impact de la pandémie sur les effectifs de la FISNUA, faisant état de 11 cas confirmés et du décès présumé  d’une femme soldat. Pour l’ensemble de la population d’Abyei, on compte à ce jour 2 702 personnes testées et 52 cas confirmés depuis le début de la pandémie, dont 5 décès.  Depuis juillet, aucun cas positif n’a été enregistré dans la zone d’Abyei.   

 La FISNUA a continué à œuvrer avec les Gouvernements du Soudan et du Soudan du Sud pour faciliter la mise en œuvre des aspects en suspens de leurs accords précédents en dépit des obstacles créés par la pandémie, a ajouté M. Lacroix.  Le nouveau Chef par intérim de la Mission et Commandant de la Force a effectué une visite à  Khartoum pour aborder une série de questions relevant du mandat de la Mission et du processus de paix.   

En conclusion, le Secrétaire général adjoint a salué l’appui continu du Conseil de sécurité à la FISNUA et lui demandé de répondre positivement à la recommandation du Secrétaire général visant à la reconduction de son mandat pour une nouvelle période de six mois, soit jusqu’au 15 mai 2021. 

M. PARFAIT ONANGA-ANYANGA, Envoyé spécial de l’Union africaine pour la Corne de l’Afrique, a déclaré que la pandémie avait continué à avoir un impact sur la santé et les développements humains et socioéconomiques au Soudan et du Soudan du Sud.  Les mesures prises par les pays de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) ont eu un effet positif a-t-il déclaré, ajoutant que la réponse était maintenant centrée sur la reprise économique et la subsistance des populations.

M. Onanga-Anyanga s’est dit heureux de pouvoir rapporter que le Soudan et le Soudan du Sud s’étaient entendus pour appliquer tous leurs accords de coopération de 2012 avec effet immédiat.  Des discussions bilatérales de haut niveau se sont tenues à Khartoum le 6 septembre, y compris à propos d’Abyei, qui annoncent d’autres pourparlers.  L’Envoyé spécial de l’Union africaine a rappelé le rôle pivot que continue de jouer la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA) pour la stabilité de cette zone.

Selon M. Onanga-Anyanga, l’événement principal durant la période examinée a été la signature de l’Accord de paix du 3 octobre entre le Soudan et l’Alliance du front révolutionnaire et l’Armée de libération du soudan faction Minni Minnawi.  Il y a vu le point culminant du processus de paix lancé à Djouba en octobre 2019, qui couvre des questions clefs de la région en matière de gouvernance, de sécurité, de possession de terre, de justice transitionnelle et de retour des déplacés.

M. Onanga-Anyanga a expliqué que, lors de sa visite à Khartoum, il avait remarqué une forte volonté d’assurer le succès de l’accord de Djouba et de démontrer aux non-signataires que la paix est la seule voix à suivre pour un soudan prospère juste et stable.  Il a fait état de l’optimisme du vice-médiateur pour le processus de Djouba.  De plus, le Premier Ministre, les membres de l’équipe de négociation, les leaders des Forces pour la liberté et le changement et les médiateurs du Soudan du Sud ont, selon lui, montré leur volonté sincère d’intégrer le Mouvement de libération du Soudan dans les négociations.

L’Envoyé spécial a cité, parmi les effets immédiats de l’accord de Djouba, la réactivation des quatre libertés entre les deux pays: liberté de résidence, de mouvement, d’entreprise et de propriété.  Il a rappelé que le Ministre de la défense soudanais s’engageait à ouvrir des postes frontières et le port de Kosti ainsi que le transport fluvial le 27 octobre, ce qui va améliorer le commerce avec le Soudan du Sud.

M. Onanga-Anyanga a rappelé que le Président Kiir avait, le 3 octobre, réitéré qu’il acceptait la médiation du conflit au Soudan en raison de ses bonnes conséquences pour la sécurité du Soudan du Sud.  Il a noté que le Soudan tentait maintenant d’assurer une médiation entre le général Thomas Cirillo du NAS et les gouvernements du Soudan du Sud.  Il s’est réjoui que les autorités des deux pays estiment que les règlements de la question d’Abyei, du Sud-Kordofan et de l’État du Nil-Bleu profiteront de cette confiance mutuelle dont ils jouissent aujourd’hui.  Il a par ailleurs noté la coopération fructueuse des deux pays en matière de pétrole, avec la signature le 28 septembre d’un accord qui vise un retour du Soudan du Sud à son niveau de production d’avant le conflit.

M. Onanga-Anyanga a souhaité que ces meilleures relations entre le Soudan et le Soudan du Sud encouragent la communauté internationale à renforcer ses engagements envers les deux pays.  Il a estimé que le Soudan était sur la bonne voie et montrait une volonté politique de résoudre ses multiples conflits, ajoutant qu’il avait besoin du soutien de la communauté internationale pour surmonter les obstacles à une transition en douceur et à l’application du processus de paix, en particulier.  Il a notamment cité le front économique et la nécessité d’engager des réformes permettant de combler les besoins essentiels de sa population.   Sans les dividendes de la paix, les aspirations de liberté et de prospérité du peuple soudanais seront remises en cause, a averti l’Envoyé Spécial, qui a conclu en saluant la décision du Gouvernement américain de retirer le Soudan de la liste des pays parrainant le terrorisme.

M. MILLS (États-Unis) a déclaré que ces dernières années avaient été le témoin de très importantes améliorations des relations entre le Soudan et le Soudan du Sud, y compris la signature des accords de paix du 3 octobre, à Djouba.  Les deux pays doivent maintenir cet élan positif et faire savoir leurs intentions sur le statut politique d’Abyei où la situation sécuritaire reste fragile, a-t-il ajouté.  Le représentant a appelé à la levée des restrictions qui entravent le travail de la FISNUA et l’empêchent de s’acquitter de son mandat.  Des restrictions telles que le refus d’accès aux aéroports posent problème en cas d’évacuation sanitaire et met en danger la sécurité des civils et des Casques bleus. 

Pour les États-Unis, la FISNUA doit se poursuivre mais il est temps d’envisager un avenir à Abyei sans la présence de la communauté internationale. La transition doit mettre l’accent sur la sécurité des civils, la bonne cohabitation entre les communautés et la promotion du rôle des femmes dans les processus de prise de décisions.  Ces dernières doivent être en première ligne dans les efforts de paix et la FISNUA doit y veiller.  Le représentant a rappelé que la FISNUA avait été créée en tant que force intérimaire.  Près de 10 ans plus tard, il est temps de revoir son avenir, a-t-il estimé, ajoutant que le Conseil de sécurité mais aussi l’Union africaine devaient faire le point de réévaluer le statut d’Abyei.  « La prolongation indéfinie de la FISNUA est intenable », surtout compte tenu des restrictions qui lui sont imposées par le Soudan et le Soudan du Sud.  Il est aussi primordial de renforcer et d’encourager les parties locales à nouer un dialogue significatif. 

Les États-Unis continueront de soutenir la stabilité de la région, a promis M. Mills, qui a rappelé que le retrait du Soudan de la liste des pays soutenant le terrorisme par le Département d’État constituait un pas important en avant.   

Mme ALICE JACOBS (Royaume-Uni) a salué les efforts du Gouvernement du Soudan du Sud pour faciliter l’accord de Djouba du 3 octobre entre les parties soudanaises et a invité celles-ci à nouer un dialogue constructif, sans conditions préalables, pour parvenir à la paix durable.  La représentante s’est en revanche dit déçue que le rapprochement entre le Soudan et le Soudan du Sud ne se soit toujours pas traduit par des actions sur le terrain à Abyei. 

Le Royaume-Uni salue le travail de la FISNUA et son engagement avec les gouvernements des deux pays, en particulier pour soutenir l’autonomisation des femmes à Abyei.  Il regrette en revanche que la Mission continue de faire face à des blocages qui l’empêchent de remplir pleinement son mandat, au moment où la région connaît une recrudescence inquiétante de la violence.  Pour la représentante, il est évident qu’il faut renforcer la composante de police de la FISNUA.  Mme Jacobs a donc renouvelé son appel au Gouvernement du Soudan pour qu’il facilite l’octroi des visas en souffrance ainsi que l’opérationnalisation de l’aérodrome d’Athony.  Il prie instamment le Soudan et le Soudan du Sud de considérer les Nations Unies comme un partenaire clef. 

M. BING DAI (Chine) a déclaré que le règlement du statut d’Abyei exigeait que le Soudan et le Soudan du Sud parviennent à une solution par voie de négociation.  La Chine se félicite du rapprochement entre les deux pays, de leur volonté de résoudre le statut final d’Abyei et de nommer leurs administrateurs respectifs.    

« Il faut respecter le leadership des deux pays sur cette région », a recommandé le représentant, qui a noté que la communauté internationale devait apporter son soutien aux organisations régionales et sous-régionales dans leurs efforts de bons offices pour la création d’institutions administratives et judiciaires efficaces dans le territoire.   M.  Dai s’est dit préoccupé par la poursuite des affrontements et a demandé aux parties de s’abstenir d’aggraver les tensions.  Il les a appelées à répondre à la demande du Secrétaire Général en vue d’un cessez-le-feu généralisé, à s’engager à faire taire les armes en Afrique en 2020 et à promouvoir le dialogue entre dirigeants communautaires. 

Le représentant a noté que la pandémie avait exacerbé les conditions déjà difficiles, en particulier du fait de dizaines de milliers de déplacés.  Ces conditions exigent l’apport par la communauté internationale d’une aide humanitaire ciblée. 

La Chine soutient la FISNUA, qui est une force importante pour la stabilité dans la région et joue un rôle indispensable dans le règlement politique de la question d’Abyei, a déclaré le représentant, qui a déploré par ailleurs les attaques menées contre les soldats de la paix.   Il a également rappelé que le Mécanisme conjoint exigeait des moyens immédiats.  Enfin, une communication étroite doit être organisée avec les autorités locales pour rétablir la confiance, a-t-il déclaré, avant de confirmer l’approbation de la Chine pour la prorogation du mandat de la FISNUA. 

M. DIAN TRIANSYAH DJANI (Indonésie), qui s’exprimait également au nom du Viet Nam, a salué la signature de l’Accord de paix du 3 octobre à Djouba, estimant qu’il témoignait des immenses progrès accomplis par le Soudan et le Soudan du Sud.   Cet Accord contribuera à la stabilité et au développement à long terme des deux pays, a ajouté le représentant, qui a insisté sur l’absence d’état de droit à Abyei.   

M. Djani s’est dit préoccupé par les conséquences humanitaires de la pandémie de COVID-19.   Il a en outre demandé aux deux pays d’accepter le plein déploiement de la FISNUA à Abyei.   Il est en outre essentiel de soutenir les efforts de formation de capacités de la Mission, de faire face à la lutte contre la COVID-19 et le déminage, a ajouté le représentant.  Il s’est dit convaincu de l’importance du dialogue pour résoudre les problèmes restants et a encouragé la poursuite des réunions du Comité mixte de contrôle d’Abyei, avant le prochain cycle de migration.   Avant de terminer, il a souligné l’importance d’accroître le rôle de la FISNUA dans le cadre du renouvèlement prochain de son mandat, en donnant la priorité au renforcement des capacités sécuritaires de la Mission, y compris en rendant opérationnel l’aéroport d’Athony.    

M. GUENTER SAUTTER (Allemagne) a jugé inacceptables les attaques contre du personnel de la FISNUA et demandé au Soudan et au Soudan du Sud d’en poursuivre les auteurs.  Le représentant s’est ensuite dit d’accord avec la recommandation du Secrétaire général visant à proroger de six mois le mandat de la FISNUA. Néanmoins, a-t-il ajouté, il est important de ne pas faire « comme d’habitude ».  La FISNUA doit s’adapter, comme l’avait dit le Secrétaire général, et comme l’avait décidé le Conseil de sécurité en décidant une forte augmentation de la composante de police de la Mission.  

Or, l’Allemagne constate que ce mandat adapté n’a pas encore trouvé de concrétisation sur le terrain et cela, du fait de l’obstruction de la part du pays hôte: une composante de police forte au sein de la FISNUA est absolument nécessaire, a déclaré le représentant en demandant au Soudan de délivrer des visas aux éléments de la force de police.  Sans des capacités efficaces, on court le risque d’une détérioration de la sécurité, a-t-il averti.  Le représentant a également invité à travailler à une feuille de route pour enfin créer une force de police d’Abyei, qui permettrait aussi de renforcer les capacités locales. 

Le représentant a aussi noté des éléments positifs, comme les efforts qui ont abouti à la nomination par le Soudan et le Soudan du Sud d’administrateurs en chef à Abyei, ainsi que la promotion des femmes dans les processus de de prise de décisions.  Au-delà, il a reconnu le rôle essentiel des femmes d’Abyei pour prévenir la propagation au niveau local de la COVID-19. 

Enfin, pour l’Allemagne, le mandat de la FISNUA doit permettre de vérifier le respect des droits de l’homme.  Le représentant a donc apporté son soutien à la recommandation du Secrétaire général visant à déployer des experts des droits de l’homme dans le cadre de la FISNUA.

M. SVEN JÜRGENSON (Estonie) a exhorté les parties à utiliser l’élan de l’accord de paix afin de trouver une solution au statut d’Abyei.   La situation qui prévaut n’est pas tenable, a insisté le représentant, pour qui le processus politique est la seule voie à une solution politique viable.  Ce processus sera aidé par la nomination d’un chef adjoint civil pour la Mission, a estimé M. Jürgenson.  Se disant préoccupé par l’augmentation de l’insécurité à Abyei, M. Jürgenson a exhorté à accélérer l’arrivée des renforts de la composante de police de la Mission et à mener des enquêtes sur les violences de genre et les violations des droits de l’homme au sein de la FISNUA.  Le représentant a réaffirmé son appui au renouvellement pour six mois du mandat de la FISNUA et a appelé les parties à lever tout obstacle aux activités de la Mission. 

Mme JOAN MARGARITA CEDANO (République dominicaine) a considéré la signature de l’accord de Djouba le 3 octobre comme une étape importante pour le peuple soudanais et une étape importante vers la stabilisation de la région.  La représentante a réitéré l’appel du Secrétaire général en faveur de la reprise, dès que possible, des discussions dans le cadre du Comité mixte de contrôle d’Abyei, ainsi que des réunions du Mécanisme mixte pour les questions politiques et la sécurité.  Elle a encouragé les discussions sur la délimitation des frontières et à faciliter la mise en œuvre des décisions du 19 février du Mécanisme mixe, y compris la mise en place de points de contrôle et la réactivation du Comité et de l’Équipe mixte d’observateurs militaires. 

Mme Cedano a aussi déclaré qu’elle était préoccupée par les incidents de violence intercommunautaire et la présence d’éléments armés dans la région.   Notant les efforts déployés par la FISNUA, en collaboration avec le Centre de prévention des conflits, pour maintenir Abyei comme zone exempte d’armes malgré les restrictions imposées par la pandémie de COVID-19, la représentant a indiqué que ces efforts avaient permis d’identifier et de présenter des candidatures de femmes en cas de nomination dans les administrations locales.  Mme Cedano s’est également dit préoccupée par l’augmentation de la violence sexuelle et sexiste impliquant des mineurs.  La création d’un bureau conjoint et d’un service avec une ligne téléphonique directe pour les victimes est un outil fondamental pour la protection des victimes.   S’agissant de la lutte contre la pandémie de COVID-19, la représentante a demandé que le vaccin et d’autres avancées scientifiques soient rendus équitablement accessibles à tous.    

Mme NATHALIE BROADHURST (France) a soulevé trois points.  Elle a regretté que le processus politique à Abyei reste aujourd’hui au point mort et a appelé à la reprise du dialogue entre les parties.  Certes, le Soudan et le Soudan du Sud ont nommé l’été dernier leurs administrateurs pour la région d’Abyei, mais les mêmes sujets restent en suspens, a-t-elle fait observer.  L’absence d’instance de gouvernance locale empêche le règlement des différends, tandis que l’action de la FISNUA est entravée par l’absence de coopération des parties.  Pour la France, la FISNUA, opération de maintien de la paix conçue comme intérimaire, « n’a pas vocation à figer éternellement une situation sans perspective politique de règlement du conflit  ».  

La France juge toutefois « encourageante » la dynamique actuelle entre Khartoum et Djouba, a dit la représentante en soulignant la signature des accords de Djouba, le 3 octobre, dans le cadre d’un processus facilité par la médiation sud-soudanaise, qui en est l’illustration.  Elle a souhaité que cette dynamique se matérialise à Abyei, jugeant positive la reprise, en septembre, des discussions entre les deux parties sur le statut final d’Abyei.  « La France espère que ces signaux positifs entre capitales se matérialiseront bientôt sur le terrain. »  La représentante a appelé l’Union africaine à encourager les parties en ce sens.  Elle a salué par ailleurs les efforts de la FISNUA pour maintenir le fil du dialogue entre les communautés et maintenir les conditions d’un règlement durable du conflit.  La FISNUA agit « dans un théâtre particulièrement éprouvant » encore alourdi par la pandémie de COVID-19, a reconnu Mme Broadhurst. 

S’agissant des recommandations que fait le Secrétaire général dans son rapport, la représentante a estimé qu’elles « offrent une opportunité » aux parties de donner des gages de leur réengagement.  Elle a jugé indispensable la reprise du dialogue au niveau local pour traiter des questions de sécurité et progresser vers la mise en place des administrations conjointes de la zone ainsi que pour enquêter sur les violences de janvier dernier à Nainai et Kolom.  Elle a aussi vu comme des gages de bonne volonté des deux parties l’opérationnalisation de l’aéroport d’Athony, la délivrance des visas nécessaires au déploiement des unités de police et l’arrivée d’un adjoint au Chef de Mission.  Ceci permettrait de conforter l’action de la FISNUA, a-t-elle conclu. 

M. TAREQ LADEB (Tunisie), au nom du groupe A3+1, a considéré que la désignation par Khartoum et Djouba de leurs administrateurs était un signe encourageant et a jugé utile que les deux pays concernés, et le Conseil, tirent profit de ce dynamisme pour que la quête d’une paix juste et durable s’étende à la zone d’Abyei.  Il a exhorté le Soudan et le Soudan du Sud à poursuivre leurs efforts de rapprochement et confiance mutuelle pour la pleine mise en œuvre des accords de coopération et arriver à un règlement positif du statut final d’Abyei. Le groupe A3+1 est notamment encouragé par les visites de hauts dignitaires des deux pays au cours des deux derniers mois à Djouba et Khartoum, de même que la volonté exprimée par les deux parties de revitaliser le processus de paix.

M. Ladeb a aussi pris acte du fait que la pandémie avait conduit la FISNUA à cesser beaucoup de ses activités, ce qui a aussi entravé les progrès.  Il a apporté le soutien du groupe A3+1 à la Mission dans ses efforts en cours pour encourager les processus de paix, notamment par la participation des jeunes et des organisations populaires au niveau local.  Il a souligné la nécessité d’empêcher un nouveau cycle de violence à la frontière et de faire en sorte que la zone d’Abyei soit exempte d’armes.  Le groupe A3+1 a aussi estimé que la présence de la FISNUA restait indispensable et s’est rallié à la recommandation du Secrétaire général pour un renouvellement de six mois de son mandat.

« L’actualité récente nous démontre que l’amélioration des relations entre Soudan et Soudan du Sud est un fait », a déclaré Mme KAREN VAN VLIERBERGE (Belgique), en mentionnant les pourparlers tenus à Djouba entre autorités et groupes soudanais, et les discussions concernant la zone d’Abyei qui ont eu lieu à Khartoum en septembre.  Pourtant, ces signaux encourageants « ne suffisent pas » a-t-elle regretté, notant que malgré les signes de volonté politique en vue d’une solution au statut d’Abyei, il faut encore que les discussions reprennent sur les décisions prises par le « mécanisme conjoint politique et de sécurité », la piste d’atterrissage d’Athony et les visas pour les unités de police.  La représentante a rappelé que la situation en zone d’Abyei « reste fragile » et a déploré les attaques contre la FISNUA et les violences entre communautés.  Ces incidents accroissent sa préoccupation au sujet de la délivrance des visas pour le personnel de police, et du risque de sous effectifs pour la plupart des bases d’opérations. 

Madame Van Vlierberge a salué les efforts de la FISNUA visant à promouvoir le dialogue pour la résolution des conflits ainsi que les actions en faveur d’un rôle accru des femmes et des jeunes dans la vie politique locale.  Elle a rappelé à cet égard les initiatives prises par l’Union européenne comme le projet de consolidation de la paix financé par l’Union européenne et mis en œuvre avec plusieurs ONG.  Elle a aussi noté avec satisfaction l’engagement de la FISNUA sur le thème des violences sexuelles.  La représentante a conclu en affirmant qu’un départ de la FISNUA n’est pas envisageable sans règlement de la question d’Abyei, mais que la Mission ne peut « indéfiniment se substituer à l’État », ce qui exige que les parties « redoublent d’effort pour clore ce chapitre de l’histoire des Soudans ». 

Mme ANNA M. EVSTIGNEEVA (Fédération de Russie) a rappelé le rôle des médiateurs africains dans la signature de l’accord de paix de Djouba, vantant l’efficacité du concept « aux problèmes africains, des solutions africaines ».  La représentante a exhorté les parties à s’appuyer sur ce succès pour trouver des solutions aux problèmes restants.  Elle a recommandé de continuer d’appliquer ce concept dans la suite des négociations entre les parties soudanaises menées par le Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine. 

Se tournant vers la FISNUA, Mme Evstigneeva a exhorté la Mission à établir des relations constructives avec les communautés locales.  Elle a espéré que les Casques bleus s’efforcent de promouvoir des relations solides avec elles.  Enfin, elle a pris note de la stagnation dans les médiations entreprises par la FISNUA, attribuée à la pandémie, et a soutenu la prolongation pour six mois supplémentaires du mandat de la FISNUA tout en prenant en compte les avis des deux pays.  

M. OMER MOHAMED AHMED SIDDIG (Soudan) a déclaré que ces derniers mois, et depuis la formation du Gouvernement de transition au Soudan, les relations bilatérales n’avaient cessé de s’améliorer avec le Soudan du Sud.  Il a cité les visites régulières, à différents niveaux, et les mouvements de biens et de services entre les deux pays.  Le plus marquant est l’accord de paix du début du mois, a-t-il souligné.  Ce rapprochement a des effets positifs sur le statut final d’Abyei, s’est-il félicité, évoquant la déclaration du Vice-Président du Gouvernement soudanais sur sa disposition à cet égard, celui-ci étant déterminé à tirer le meilleur parti de cette ouverture et à promouvoir une coexistence pacifique entre voisins pour aboutir à la signature d’un accord.  Le représentant a tenu à préciser que les dispositions politiques et juridiques se fondent sur l’Accord du 20 juin 2011 qui doivent être fidèlement respectées par les deux pays et par leurs partenaires régionaux et internationaux.  Il a réaffirmé son respect de la lettre et de l’esprit de cet Accord.  

S’agissant des administrations chargées d’administrer la zone d’Abyei, dont une force de police conjointe, M. Siddig a également assuré de la disposition de son pays à participer à la force de police pour, entre autres, lutter contre la criminalité à Abyei et aux alentours.  Il a appelé à condamner toute attaque contre le personnel de la FISNUA qui travaille en faveur de la paix.  Concernant la mise en service de la piste d’atterrissage, il a signalé que cette question était renvoyée à la décision des gouvernements des deux pays.  Pour conclure, le représentant du Soudan a réitéré son engagement à renforcer sa coopération avec le Gouvernement du Soudan du Sud ainsi qu’avec la FISNUA pour la mise en œuvre de tous les mécanismes en place et à venir, sur la base de l’Accord de 2011. 

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