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AG/SHC/4287
6 octobre 2020
Soixante-quinzième session, 3e séance – matin

Débat houleux à la Troisième Commission sur le respect des droits de l’homme

Un échange d’une rare intensité sur la situation des droits de l’homme, notamment au Xinjiang et à Hong Kong, a opposé aujourd’hui deux camps parmi les États Membres au deuxième jour des travaux de la Troisième Commission, chargée des questions sociales, humanitaires et culturelles.

Dans un premier temps, les délégations ont entendu une intervention liminaire du Président de l’Assemblée générale, M. Volkan Bozkir, qui s’est réjoui que la Troisième Commission puisse se réunir en personne dans la salle de l’Assemblée générale en dépit des restrictions imposées par la pandémie de COVID-19.

« L’avantage de la diplomatie personne est évident », a souligné le Président qui a relevé que les conséquences de la pandémie seront particulièrement prononcées pour les points à l’ordre du jour de la Commission, notamment en ce qui concerne l’égalité entre les sexes et la promotion du programme humanitaire.  

La Troisième Commission, a-t-il affirmé, est au cœur des questions liées aux droits de l’homme et les groupes de la société civile des différents pays suivent de près ces dossiers.  Il a, par conséquent, invité les États Membres « à faire preuve de solidarité, d’unité et d’écoute afin de parvenir à des consensus ». 

Au nom d’un groupe de pays, l’Allemagne a ensuite fait part de ses préoccupations au sujet de la situation des droits de l’homme au Xinjiang, dénonçant les graves restrictions imposées aux libertés des Ouïghours.  La délégation s’est notamment inquiétée des « grands réseaux de camp de rééducation politique » et de l’existence d’un système de surveillance à grande échelle, alertant en outre que des informations crédibles font état de plus d’un million de personnes « rééduquées » arbitrairement.

La délégation allemande s’est aussi inquiétée de la promulgation de la loi sur la sécurité nationale de Hong Kong, estimant que celle-ci ne correspond en rien aux obligations juridiques internationales de la Chine, en particulier la transmission vers la Chine des poursuites judiciaires.

Intervenant lui aussi au nom d’un groupe de pays, le Pakistan a toutefois estimé que cette loi est une mesure légitime qui garantit le respect du principe d’« un pays, deux systèmes ».

« Rien ne peut justifier une ingérence étrangère dans les affaires de la Chine », a martelé le Pakistan.  « Hong Kong fait partie intégrante de la Chine et les affaires de Hong Kong sont celles de la Chine. »  

 Poursuivant cette passe d’armes, Cuba, qui s’exprimait également au nom d’un groupe de pays, a félicité la Chine pour ses mesures de lutte contre les fléaux du terrorisme et de l’extrémisme, relevant qu’aucun attentat n’a été enregistré ces trois dernières années dans le Xinjiang.

La Chine, elle, a vivement dénoncé les politiques de « deux poids, deux mesures » appliquées par des pays comme l’Allemagne.  Invectivant également les États-Unis aux « mains tâchées de sang », la délégation les a notamment appelés à éliminer la discrimination raciale, évoquant le mouvement Black Lives Matter et invitant la Troisième Commission à se pencher sur cette question dans la perspective de l’adoption d’un projet de résolution.

Cette deuxième journée du débat général a également été marquée par de vives oppositions au sujet de Hagia Sophia, la Grèce et Chypre ayant notamment dénoncé la récente transformation en mosquée de cette ancienne église d’Istanbul.  

Comme la veille, de nombreuses délégations ont fait part de leur préoccupation face aux nombreux défis engendrés par la pandémie de COVID-19, en particulier la montée alarmante des violences domestiques fondées sur le genre, une question sur laquelle, a estimé l’Afrique du Sud, la Troisième Commission devrait se concentrer.

« La pandémie a mis à jour nos fragilités, les limites de nos pays en matière de système de santé et les failles de nos économies.  La pandémie nous a appris qu’il faut aussi se recentrer sur l’essentiel », a résumé le Cameroun.

La Troisième Commission poursuivra son débat général demain, mercredi 7 octobre, à partir de 10 heures. 

SUITE DU DÉBAT GÉNÉRAL

M. VOLKAN BOZKIR, Président de l’Assemblée générale, s’est dit ravi de prendre pour la première fois la parole devant une grande commission.  Il a félicité la Troisième Commission d’avoir élu à sa tête une femme.  C’est la seule de la soixante-quinzième session à l’avoir fait, a-t-il signalé, réitérant son souhait de voir davantage de femmes aux responsabilités.  Il s’est ensuite réjoui que la Troisième Commission puisse se réunir en personne dans la salle de l’Assemblée générale en dépit des restrictions imposées par la pandémie de COVID-19.  L’avantage de la diplomatie personne est évident, a-t-il souligné, avant de remercier les membres du bureau de la Commission pour leur pragmatisme.

Observant à nouveau que cette pandémie est non seulement une crise sanitaire mais aussi une crise sécuritaire et des droits de l’homme, M. Bozkir a noté que les conséquences seront particulièrement prononcées pour les points à l’ordre du jour de cette Commission, notamment pour l’égalité entre les sexes et la promotion du programme humanitaire.  Selon lui, les résultats en matière d’égalité des sexes sont mis en péril par la COVID-19.  De fait, a-t-il dit, nous devons y accorder plus de ressources et remédier aux problèmes que rencontrent les femmes et les filles.  Beaucoup de femmes ne pourront pas revenir sur le marché du travail car elles sont touchées de manière disproportionnée par le travail non rémunéré et le fardeau des enfants.  Par ailleurs, a-t-il poursuivi, la pandémie menace les plus vulnérables et de plus en plus de personnes souffrent d’insécurité alimentaire.  Si une aide n’est pas fournie rapidement, les chiffres continueront d’augmenter, a averti le Président de l’Assemblée générale, faisant état de la mort de 6 000 enfants par jour du fait de maladies évitables.  Évoquant également les conditions de vie difficiles dans les centres de réfugiés et de demandeurs d’asile, il a averti que la pandémie risque de causer de nouveaux déplacements et a appelé les États Membres à en tenir compte.

Pour M. Bozkir, nous devons reconstruire en mieux et comprendre que la bonne gouvernance, la protection de l’état de droit et le respect des droits de la personne doivent faire partie de notre riposte.  La Troisième Commission, a-t-il affirmé, est au cœur des questions liées aux droits de l’homme et les groupes de la société civile des différents pays suivent de près ces dossiers.  « Votre travail sera essentiel pour lutter contre les discours racistes, la haine, la discrimination, les stéréotypes et les fausses informations sur la pandémie », a-t-il lancé aux membres de la Commission.  Il les a invités à faire preuve de solidarité, d’unité et d’écoute afin de parvenir à des consensus.  L’objectif des normes développées par cette Commission est de rechercher des solutions durables pour améliorer la vie et le bien-être des personnes, a-t-il conclu.

Au nom du Groupe des Amis des peuples autochtones, M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMIREZ (Mexique) a souligné l’impact grave et disproportionné de la pandémie de COVID-19 sur la santé, le bien-être et les moyens de subsistance des 476 millions d’autochtones dans le monde entier.  En conséquence, l’égalité, la non-discrimination et l’intégration doivent guider notre riposte dont la conception, la mise en œuvre et l’évaluation doivent se faire avec la pleine implication des peuples autochtones.  Dans ce contexte, les futurs vaccins doivent être reconnus comme un « bien public mondial ».  S’agissant de la lutte contre la discrimination, en particulier à l’encontre des femmes et des filles autochtones, le représentant a jugé urgent que les États et les organisations internationales fournissent aux peuples autochtones des informations adéquates, accessibles, fiables et « culturellement appropriées ».

Les peuples autochtones ont toujours fait preuve d’une énorme résilience mais face à la COVID-19, il faut encore la renforcer.  Nous devons à tout moment, a dit le représentant, respecter leurs connaissances et pratiques traditionnelles, leurs territoires et leurs ressources.  La promotion des droits de ces peuples, a-t-il ajouté, implique également la protection des défenseurs autochtones des droits de l’homme, trop souvent victimes d’attaques et d’intimidations.  Notre travail au sein de la Troisième Commission sera également crucial pour assurer une préparation adéquate de la « Décennie internationale des langues autochtones » qui doit commencer en 2022.  Ces langues disparaissent à un rythme alarmant dans le monde entier et nous ne devons épargner aucun effort pour inverser la tendance.  Nous devons, a conclu le délégué, agir de toute urgence pour préserver, revitaliser et promouvoir les langues autochtones. 

Au nom d’un groupe de pays, M. CHRISTOPH HEUSGEN (Allemagne) a fait part de sa préoccupation face à la situation des droits de l’homme au Xinjiang et à Hong Kong.  En juin 2020, a-t-il poursuivi, 50 détenteurs de mandats ont publié une lettre demandant à la Chine de respecter les droits de la personne.  Nous partageons leur préoccupation, a dit le représentant, et nous lançons un appel à la Chine pour qu’elle respecte les droits des minorités religieuses et ethniques, en particulier au Xinjiang et au Tibet.  S’agissant, en particulier du Xinjiang, le représentant s’est inquiété des « grands réseaux de camp de rééducation politique ».  Des informations crédibles, a-t-il affirmé, font état de plus d’un million de personnes « rééduquées » arbitrairement.  Le représentant a dénoncé les graves restrictions aux libertés des Ouïghours.  Il a aussi dénoncé un système de surveillance à grande échelle et les contraceptions forcées, y compris la stérilisation. 

Pour ce qui est de Hong Kong, le représentant a partagé les préoccupations des experts de l’ONU face à la loi sur la sécurité qui ne correspond en rien aux obligations juridiques internationales de la Chine, en particulier la transmission vers la Chine des poursuites judiciaires.  Nous exhortons les autorités au respect du Pacte international sur les droits civils et politiques et la Déclaration conjointe Chine-Royaume Uni sur les libertés d’expression, de la presse et de réunion, a insisté le représentant.  Il a lancé un appel à la Chine pour qu’elle garantisse aux experts indépendants et au Bureau de la Haut-Commissaire aux droits de l’homme un accès sans entraves au Xinjiang et qu’elle veille à l’autonomie de Hong Kong.  La Chine, a martelé le représentant, doit en respecter les libertés de l’indépendance du système judiciaire. 

M. MUNIR AKRAM (Pakistan), au nom d’un groupe de pays, a indiqué que la non-ingérence dans les affaires des États souverains est inscrite dans les principes de la Charte, y voyant une norme fondamentale des relations internationales. 

Il a estimé que la région de Hong Kong fait partie intégrante de la Chine et que les affaires de Hong Kong sont celles de la Chine.  Ainsi, rien ne peut justifier une ingérence étrangère dans les affaires de la Chine, a dit le représentant.

À ses yeux, la promulgation de la loi sur la sécurité nationale de Hong Kong est une mesure légitime, qui garantit le respect du principe d’« un pays, deux systèmes ».  Ainsi, les libertés pourront être mieux garanties, a-t-il fait valoir. 

Au nom d’un groupe de pays, Mme ANA SILVIA RODRÍGUEZ ABASCAL (Cuba) une nouvelle fois rejeté toute politisation des questions relatives aux droits de la personne.  Elle a salué à cet égard les mesures prises par le Gouvernement chinois pour promouvoir les droits des minorités, améliorer la vie des habitants et protéger les droits de la personne.  La représentante a également félicité la Chine pour ses mesures de lutter contre les fléaux du terrorisme et de l’extrémisme.  Aucun attentat n’a été enregistré ces trois dernières années dans le Xingjang, a-t-elle souligné, avant de relever que la Chine fait montre de transparence et d’ouverture, notamment en invitant plus de mille diplomates, journalistes et chefs religieux dans cette région.  En outre, le Gouvernement chinois a invité la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.  Les deux parties sont en contact constant, a ajouté la déléguée pour laquelle il est essentiel de respecter les faits plutôt que d’avancer des « allégations infondées ».  

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a assuré que son pays reste engagé à promouvoir les droits de la personne à travers le monde, en vertu des instruments internationaux pertinents.  Chacun, a estimé le représentant, doit s’engager à respecter la souveraineté des États et le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures.  Le représentant a pressé la communauté internationale de s’engager activement dans la lutte contre le terrorisme, dans le strict respect des principes relatifs aux droits de l’homme, notamment le principe de proportionnalité.  Il est important, a-t-il conclu, de promouvoir le dialogue et le respect entre les peuples, tout en tenant compte des contextes politiques et culturels différents.

M. ZHANG JUN (Chine) a regretté que des pays cherchent à s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine et à utiliser la plateforme de l’ONU pour la discréditer.  Il a dénoncé les clichés véhiculés sur la Chine par les États-Unis, affirmant que ceux-ci ne survivront pas l’effet du temps.  Il s’est enorgueilli des réalisations accomplies par la Chine en faveur des droits de la personne, ainsi que pour combattre le terrorisme et appuyer le développement socioéconomique.  « Vos jeux politiques ne seront jamais couronnés de succès », a-t-il lancé à l’intention des États-Unis.  Les pays en développement ont le droit de défendre leur souveraineté et accuser les autres ne vous permettra pas de dissimuler vos échecs et votre mauvais parcours en matière de droits de la personne.

Rappelant que plus de 200 000 Américains sont morts de la COVID-19, M. Zhang a invité les États-Unis à protéger et soigner les Américains plutôt que s’en prendre à la Chine.  Il les a aussi appelés à éliminer la discrimination raciale, relevant que des millions de personnes avaient défilé dans les rues américaines sous la bannière de Black Lives Matter.  La Troisième Commission devrait en discuter et adopter une résolution à ce sujet, a-t-il estimé. 

Le représentant a dénoncé les guerres menées, selon lui, par les États-Unis ainsi que leur retrait du Conseil de droits de l’homme et leur refus de ratifier les traités des droits de l’homme.  « Vos mains sont tâchées de sang, le sang des civils innocents que vous avez tués partout dans le monde », a lancé le délégué à la délégation américaine avant de regretter que des pays comme le Royaume-Uni et l’Allemagne ne jouent pas le jeu de la coopération internationale et applique des politiques de deux poids, deux mesures.  De son côté, a-t-il affirmé, la Chine a extirpé 800 millions de personnes de la pauvreté, enregistré de francs succès face à la COVID-19 et promeut le développement, notamment dans le Xinjiang. 

Le représentant de l’Afrique du Sud a souligné qu’en raison de la COVID-19, les gouvernements sont confrontés à une multitude de défis.  Afin de combattre les conséquences négatives de la pandémie, le Gouvernement sud-africain a octroyé plus de fonds aux personnes dans le besoin.  Il est essentiel de prendre des mesures urgentes pour protéger les plus faibles, a-t-il souligné.  Le développement social et le bien-être doivent figurer au centre de notre riposte afin de reconstruire en mieux.

Le représentant s’est ensuite préoccupé de la montée alarmante des violences domestiques fondés sur le genre et a appelé la Troisième Commission à se concentrer sur cette question.  Il a également relevé, en ce qui concerne les apatrides, les migrants ou les peuples autochtones, que la pandémie de COVID-19 a bien montré que la discrimination raciale n’est pas terminée.  Il a appuyé les appels lancés en faveur de l’adoption de mesures rapides pour combattre le racisme.  À cet égard, le G77 proposera des amendements à la Déclaration de Durban pour le nouveau millénaire contre le racisme qui fêtera ses 20 ans l’an prochain, a-t-il fait savoir.

M. DOMINIQUE MICHEL FAVRE (Suisse) a estimé que le monde est en proie à de profonds bouleversements, aggravés par une crise sanitaire sans précédent.  La COVID-19 cause en effet des problèmes sociaux, économiques, humanitaires et en matière de droits de l’homme.  Le représentant a souligné l’importance qu’il y a à faire en sorte que toutes les mesures prises dans le contexte de la COVID-19 respectent les principes de l’égalité, de nécessité, de proportionnalité et de non-discrimination.  Les organisations de la société civile, les défenseuses et défenseurs des droits de l’homme, ainsi que les journalistes, qui contribuent de manière essentielle à la lutte contre la pandémie, doivent pouvoir exercer librement leur travail, sans être sujet à des représailles.  

Le représentant a estimé que « reconstruire en mieux » ne peut se faire que si les acteurs des trois piliers du travail de l’ONU travaillent en étroite collaboration.  À cet égard, il a salué le plan de travail conjoint du Haut-Commissariat aux droits de l’homme et du Bureau d’appui à la consolidation de la paix. 

Il a souligné que le Plan d’action de la Suisse pour l’abolition universelle de la peine de mort reste prioritaire.  Notre objectif est d’assumer un rôle moteur dans le mouvement mondial pour l’abolition, a-t-il déclaré.  Cette année, a annoncé le représentant, la Suisse et le Mexique cofacilitent la résolution relative au moratoire sur la peine de mort, au nom de la « task force » interrégionale.  Cette résolution est de la plus haute importance pour parvenir à un moratoire mondial, première étape vers l’abolition universelle.

Par ailleurs, M. Favre a estimé qu’il est essentiel de reconnaître le rôle fondamental joué par les femmes durant la COVID-19 – que ce soit dans leur emploi, dans les communautés ou dans leur famille.  Cependant il a craint que la crise exacerbe les inégalités définies ou en crée de nouvelles, alors qu’avec le vingt-cinquième anniversaire de la Déclaration et du Programme d’action de Beijing et le vingtième anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité, les Nations Unies célèbrent, cette année, deux jalons importants en matière de droits des femmes.  

M. BURHAN GAFOOR (Singapour) a constaté que la COVID-19 touche toutes les sociétés et que nombre de pays sont aujourd’hui occupés à relever le défi d’une possible deuxième vague d’infections, tout en s’efforçant de se relever de la crise.  Dans ce contexte, a-t-il souligné, nous devons renforcer la coopération internationale, pour assurer notamment un accès juste et équitable au vaccin.  Sur ce point, il s’est dit favorable à une approche multilatérale et non unilatérale, pour ne pas laisser certains pays monopoliser le vaccin.

Singapour, a-t-il dit, privilégie une approche pragmatique et s’emploie à améliorer les conditions de vie de sa population.  Mais ce qui fonctionne pour nous ne fonctionne pas forcément pour les autres, a-t-il observé, avant d’appeler la communauté internationale à travailler dans un esprit de respect mutuel.  À ses yeux, la pandémie ne peut servir de prétexte pour imposer son opinion aux autres.  Singapour, a prévenu le représentant, s’oppose aux résolutions qui tentent d’imposer des points de vue et réaffirme le droit souverain de chaque État de déterminer son système politique et juridique.  Singapour, a-t-il poursuivi, rejette aussi toutes les résolutions portées par des considérations politiques et qui ne sont pas centrées sur les droits de la personne, « dans des tentatives d’ingérence contreproductives ».  

Le représentant s’est également déclaré favorable à l’élimination des mesures coercitives unilatérales qui étouffent les pays en développement et empêchent une bonne riposte à la pandémie.  Ces mesures sapent le processus multilatéral et n’aident en rien la recherche de solutions, a-t-il insisté.  Après s’être félicité de ce que son pays occupe le neuvième rang mondial dans l’Indice du développement humain, le représentant a estimé que les gouvernements doivent s’attacher à la bonne gouvernance, à l’état de droit et à une meilleure protection de leur population, tout en avançant dans la réalisation des objectifs de développement durable.  

M. ANDREAS MAVROYIANNIS (Chypre) a déploré que la Turquie continue sa politique d’occupation.  Une situation anormale ne peut être considérée comme normale juste parce qu’elle dure depuis longtemps, a-t-il rappelé. 

Il a affirmé que les chypriotes grecs et les maronites sont victimes de discriminations, s’inquiétant en outre que plus de la moitié des 2 001 personnes disparues n’ont pas été retrouvées.  « Nous demandons à la Turquie de donner accès à toutes les zones pour que les dépouilles puissent être exhumées. » 

Le représentant a en outre estimé que la Turquie méprise les valeurs culturelles et religieuses, comme en témoigne la transformation de Hagia Sophia à Istanbul.  

Mme MARIA THEOFILI (Grèce) a précisé que les droits de la personne sont au cœur de toutes les politiques de la Grèce.  Après avoir souligné les initiatives prises par son pays pour juguler l’épidémie de COVID-19, la représentante a mis l’accent sur les difficultés que rencontre son pays face à la crise migratoire qui frappe son pays de manière disproportionnée.  Elle a rappelé que 46 ans après l’invasion de Chypre par la Turquie, 30% du territoire chypriote est toujours occupé en dépit des jugements rendus par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) et des nombreuses résolutions de l’ONU.  Cette occupation se poursuivait au mépris du droits des personnes privées de leurs biens dans la partie occupée alors qu’un grand nombre de citoyens grecs sont toujours portés disparus, a-t-elle dénoncé. 

La représentante de la Grèce a appelé à un règlement pacifique de la question chypriote sur la base des résolutions pertinentes de l’ONU et les initiatives de l’Union européenne.  Elle s’est particulièrement inquiétée aussi du « pillage à large échelle du patrimoine culturel et religieux grec dans la partie turque », avant de dénoncer la récente transformation en mosquée de l’ancienne église Hagia Sofia à Istanbul.

M. RODRIGO A. CARAZO (Costa Rica) a partagé l’avis selon lequel la pandémie de COVID-19 a profondément affecté les droits de l’homme.  C’est exactement pour cette raison, a-t-il argué, qu’il faut se rappeler les leçons de 1995, à savoir que le multilatéralisme est le seul chemin viable.  La crise montre également l’importance de redoubler d’efforts pour le développement social, y compris l’investissement dans le capital humain, par l’accès de tous à une éducation de qualité et à des systèmes robustes de protection sociale.  

Le représentant a aussi estimé que la protection des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme et des membres de la société civile doit être une priorité dans le cadre de la riposte à la pandémie.  Il s’est dit favorable à la pratique du dialogue avec la société civile que l’Assemblée générale a inaugurée à sa session précédente.  Le représentant n’a pas manqué de condamner toutes les formes de discrimination et les discours de haine.  

M. NGOSA SIMBYAKULA (Zambie) a indiqué que son pays a accompli des progrès notables en matière d’égalité des sexes depuis l’adoption de la Déclaration de Beijing, citant notamment la promulgation, en 2015, de la loi sur l’égalité et l’équité entre les sexes.  La Zambie est également un des rares pays de sa région à avoir établi des tribunaux spécialisés dans les procédures accélérées pour les cas de violence sexiste, afin d’augmenter l’accès des victimes à la justice.  Des centres de soins ont également été ouverts au niveau des villages pour fournir un appui aux victimes. 

Le représentant a ensuite indiqué que son gouvernement poursuit ses efforts pour intervenir auprès des dirigeants traditionnels afin de réformer les coutumes qui perpétuent les mariages d’enfants.  La priorité est également donnée à l’inscription et à la rétention des filles dans les écoles.  Une politique spéciale a également été adoptée pour permettre aux jeunes filles enceintes de passer leurs examens et/ou d’interrompre leurs études pendant un an.  Par ailleurs, les programmes de protection sociales ont été rehaussés et permettront d’atteindre 994 000 ménages en 2021, comparé à 700 000 actuellement 

Pour Mme DOMA TSHERING (Bhoutan), la pandémie de COVID-19 nous apprend que si nous voulons réussir notre programme de transformation pour les peuples, la planète et leur prospérité, nous devons veiller à ce que les êtres humains puissent réaliser leur potentiel dans la dignité et l’égalité, dans un environnement sain.  À cette fin, la réalisation de tous les droits de l’homme et des libertés fondamentales est essentielle.  Le travail de cette Commission reste donc crucial, a insisté la déléguée, soulignant que le Bhoutan, qui est dans la catégorie des pays les moins avancés (PMA), a toujours respecté « la centralité » des intérêts du peuple et de son bien-être dans l’harmonie.

Or aujourd’hui, a poursuivi la représentante, l’on constate que la crise de la pandémie de COVID-19 a un impact considérable sur les femmes, alors qu’elles font preuve d’un leadership important face à la pandémie, en tant que décideuses, professionnelles de la santé de première ligne et mères de famille.  La pandémie a alourdi la charge du travail non rémunéré et augmenté les risques de violence sexiste et d’exploitation sexuelle.  Il est donc essentiel, a souligné la représentante, qu’alors que nous nous efforçons de nous remettre de la pandémie, son impact différent sur les sexes doivent guider nos stratégies.  Au Bhoutan, le plan d’urgence sur la protection des femmes et des enfants est une priorité et s’appuiera sur une évaluation approfondie de l’impact de la pandémie sur ces deux catégories de la population.  Quant aux jeunes, il est question de s’inspirer de la Stratégie « Jeunesse 2030 » des Nations Unies, qui vise à impliquer davantage les jeunes dans l’édification d’un avenir plus juste, plus égal et plus pacifique pour tous.

M. JÖRUNDUR VALTÝSSON (Islande) a mis en valeur la politique de défense des droits de l’homme de son pays, et déploré les difficultés accrues que rencontrent les groupes vulnérables en raison de la pandémie.  Il a notamment présenté les initiatives islandaises en matière de lutte contre la maltraitance des enfants, « un modèle de collaboration entre agences aujourd’hui reproduit dans 20 autres pays ».  

S’agissant des droits des femmes et de leurs droits reproductifs, il s’est alarmé du recul et de la remise en cause du discours sur l’autonomie corporelle, l’éducation sexuelle complète, les droits sexuels et reproductifs ainsi que les violences liées aux genres; des normes pourtant consenties internationalement au titre des objectifs de développement durable.  « La pandémie, a-t-il rappelé, ne peut tenir lieu d’excuse et doit au contraire constituer un encouragement dans la quête d’égalité, au moment où nous célébrons les progrès accomplis à Beijing il y a 25 ans ». 

Le représentant a ensuite marqué sa fierté pour les propositions de lois internes de son gouvernement destinées à améliorer le cadre juridique de la protection des transgenres et rappelé la contribution de l’Islande aux efforts d’autres pays pour l’abolition des stigmatisations et des discriminations contre les personnes LGBTI, avec son entrée, cette année, dans le Groupe LGBTI.  Il a regretté que 70 pays déclarent encore illégales les relations entre personnes de même sexe. 

M. IVAN ŠIMONOVIĆ (Croatie) a souligné que la pandémie de COVID-19 a bouleversé notre quotidien d’une manière sans précédent.  Il s’est donc félicité de la résolution de l’Assemblée générale sur la réponse à la COVID-19 qui nous aidera à orienter notre travail, a-t-il estimé.  La pandémie est un test pour nous tous en matière de respect, de promotion et d’exécution de nos obligations en matière de droits de l’homme, a souligné le représentant.  Les professionnels de la santé ont été les véritables héros de cette pandémie et parmi eux, 70% de femmes, alors qu’elles sont les plus affectées par les conséquences socioéconomiques de la pandémie.  Le représentant a réaffirmé l’engagement de son pays à intégrer une perspective soucieuse d’égalité des sexes à tous les stades et niveaux des politiques, avec un accent particulier sur la prévention des effets croisés de la pandémie et de la violence contre les femmes et les filles.  

La Croatie, a ajouté le représentant, se joint à l’appel du Secrétaire général pour une meilleure protection des enfants et de leurs droits à la santé, à l’éducation et à la sécurité dans le cadre de la COVID-19.  Il a aussi parlé des réfugiés comme des personnes très vulnérables pendant la pandémie et insisté sur le respect du droit international humanitaire.  La crise mondiale à laquelle nous sommes confrontés a montré que notre engagement collectif en faveur des droits de l’homme, du multilatéralisme et d’un ordre international fondé sur des règles est plus pertinent que jamais, a conclu le représentant.  

Mme ELLENI HENOK AREGA (Éthiopie) a souligné à son tour les effets délétères de la pandémie de COVID-19 qui a mis à nu les vulnérabilités de nos sociétés.  Face à cette crise sans précédent, il faut plus que jamais créer des sociétés justes et équitables, condition sine qua non à tout relèvement.  Toutefois, a-t-elle relevé, tous les pays n’en sont pas tous au même niveau en matière de protection des droits de la personne.  C’est pourquoi, il convient de tenir compte des expériences des autres et de privilégier la coopération internationale.  Pour la représentante, il est également impératif que les différentes institutions des Nations Unies continuent leurs travaux de manière transparente et non sélective.  Les efforts que déploient des pays pour améliorer les conditions de vie de leur population devraient être salués et non décriés, a-t-elle plaidé, estimant notamment que la question de Hong Kong relève strictement des affaires intérieures de la Chine.  

De l’avis de Mme Arega, la paix, la sécurité et les droits de la personne sont intimement liés. La connexion entre les droits doit être rappelée et, selon elle, rien ne reflète mieux cette notion que le Programme 2030 et sa volonté affichée de ne laisser personne de côté.  Dans ce cadre, l’Éthiopie s’est lancée dans une série de réformes politiques destinées à promouvoir de nouvelles normes de gouvernance.  Malgré les difficultés, nous nous sommes engagés à tenir notre promesse d’un ordre pluraliste, dans le respect des droits et des libertés fondamentaux, a affirmé la déléguée, notant que les pays comme le sien sont les plus touchés par la crise actuelle.  Dans ce contexte, a-t-elle indiqué, l’Éthiopie s’emploie à permettre le retour sûr et sans entrave des personnes déplacées qui figurent parmi les groupes les plus vulnérables.  Le pays entretient à cette fin un dialogue constructif avec les pays d’accueil et entend protéger les droits et la dignité des personnes concernées. 

M. DAVIT KNYAZYAN (Arménie) a déclaré qu’il ne fait aucun doute que la crise de COVID-19 influencera les discussions de la Commission.  L’appel du Secrétaire général en faveur de l’arrêt des conflits va dans le sens de ne laisser personne de côté, a-t-il déclaré.  «  Il faut pouvoir bénéficier de tous les droits humains. »  Or, politiser les droits de la personne ou retirer ces droits à certaines personnes en raison du conflit n’est pas conciliable avec cette idée.  

Par ailleurs, le représentant a déclaré que l’agression militaire dans le Haut-Karabagh a pour objectif de perpétrer un génocide.  Des villes et des communautés sur le territoire arménien ont été détruites par des frappes aveugles qui ont visé les hôpitaux et les civils et ont fait de nombreuses victimes.  L’Azerbaïdjan vise les journalistes pour que les crimes de guerre ne puissent être relatés.  Ce sont de graves violations des droits de l’homme, s’est-il insurgé, indiquant en outre que des mercenaires venant de la Syrie et envoyés par la Turquie, cherchent à entraver le droit à l’autodétermination. 

Il a indiqué que la glorification, par l’Azerbaïdjan, de coupables de crimes de haines contre les Arméniens a été signalée par les institutions internationales.  Après avoir échoué à faire respecter les droits de la personne et la démocratie, le régime azerbaïdjanais actuel justifie sa politique en faisant des Arméniens des « ennemis utiles », a-t-il dénoncé, avant d’indiquer que des élections nationales se sont tenues dans le Haut-Karabagh. 

Mme AYŞE INANÇ ÖRNEKOL (Turquie) a appelé à intégrer la question du genre dans les stratégies de lutte contre l’épidémie de COVID-19 avant de souligner aussi la nécessité de garantir la protection des enfants.  « En tant que pays accueillant le plus grand nombre de réfugiés dans le monde nous prenons en charge la protection de 1,5 million d’enfants réfugiés », a-t-elle fait savoir.  Elle s’est dite préoccupée par la réapparition d’idéologies nationalistes en Europe et par la situation des minorités musulmanes en Chine. 

Elle a rappelé que le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale a appelé la Chine à donner suite à huit recommandations qui, a-t-elle souligné, sont toujours valables.  La Turquie, qui entretient de nombreux liens culturels avec les Ouïghours, continuera à discuter de la question de la protection des Ouïghours au niveau bilatéral avec la Chine.  La représentante a par ailleurs dénoncé la poursuite de la colonisation israélienne en Palestine et demandé que le « régime syrien » soit appelé à rendre des comptes pour ses exactions. 

Mgr GABRIELE CACCIA, du Saint-Siège, s’est inquiété des pressions exercées pour réinterpréter le fondement des droits de l’homme afin de satisfaire des intérêts politiques ou économiques.  Cette tendance qui se manifeste notamment dans le refus de reconnaître la valeur de chaque vie humaine à égalité à tous les stades de la vie humaine est source de nombreuses inégalités et injustices.  « On ignore le droit à la vie des fœtus et l’on perçoit les personnes âgées ou handicapées comme des fardeaux » a dénoncé le représentant.

Mgr Caccia a ensuite insisté que le caractère inadmissible de la peine de mort est inadmissible, notant que les systèmes de détention permettent de garantir la sécurité des gens sans priver les coupables de crime d’une seconde chance.  Par ailleurs, il a souligné que la liberté de culte est un droit de la personne qui ne peut être négocié.  S’inquiétant du fait que la pandémie de COVID-19 a exacerbé la violence domestique et favorisé le développement de la pornographie en ligne, le représentant a appelé à protéger les enfants de tous ces abus en rappelant que la cellule familiale, « cellule fondamentale de toute société », est le premier rideau de protection des enfants. 

Dans un message vidéo, M. FONCEA, délégué de la jeunesse de la Roumaine, a déclaré que, compte tenu de la période sans précédent que l’on vit actuellement, il est important de trouver des solutions innovantes pour les jeunes, notamment en ce qui concerne l’éducation dématérialisé.  Il a également demandé que les jeunes aient une plus grande place autour des tables où se prennent les décisions, « à défaut de participer à la fabrication de ces tables »

À son tour, M. BAILAN, autre délégué de la jeunesse de la Roumanie, a affirmé que les jeunes sont une ressource et qu’ils savent prendre des initiatives et utiliser les technologies pour « aller plus loin ».  Cette richesse doit être utilisée, a-t-il plaidé.  Il a également expliqué que, pour surmonter les défis posés par la pandémie de COVID-19, la communauté internationale devra prendre des mesures plus inclusives, notamment pour ce qui est de l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes.  Au plan national, cela a pu être accompli notamment suite à la création de l’Agence nationale pour l’égalité entre les genres, a assuré le représentant.

M. SOVANN KE (Cambodge) a réaffirmé l’attachement indéfectible de son pays à la promotion et à la protection des droits de l’homme pour tous et à la mise en œuvre du Programme 2030.  À cet égard, a-t-il dit, le Cambodge a fait des progrès remarquables en matière de développement socioéconomique, contribuant à la réalisation des objectifs de développement durable, à l’amélioration du niveau de vie et à la promotion des droits humains et des libertés fondamentales du peuple cambodgien.  Il a ajouté que son pays est partie à huit des neuf conventions fondamentales des Nations Unies relatives aux droits de l’homme et collabore activement à des mécanismes tels que l’Examen périodique universel (EPU).  Le pays continue en outre de promouvoir les droits des femmes et l’égalité des sexes, a-t-il assuré.

Dans cet esprit, a poursuivi M. Ke, le Cambodge estime que la politisation et les « deux poids, deux mesures » en matière de droits de l’homme doivent être évités car ils entraînent des conflits et de la violence.  Selon lui, il convient de lever toutes les sanctions unilatérales et financières visant des pays en développement.  Ces sanctions n’entravent pas seulement les efforts de développement mais violent également les droits de l’homme et constituent une grave atteinte à l’esprit de la Charte de l’ONU.

Alors que le monde est confronté à la pandémie de COVID-19, le Cambodge ne compte aucun décès dû à cette maladie, a fait observer le représentant.  Toutefois, a-t-il ajouté, la pandémie a considérablement affecté le progrès social et économique du pays et ses effets se feront sentir pendant des années.  Saluant l’adoption de la résolution de l’Assemblée générale sur la pandémie de COVID-19 et la mise en place du Fonds d’intervention et de redressement de l’ONU, il a appelé à une solution mondiale, avec le concours des institutions financières internationales.  Enfin, il s’est joint à l’appel pour un vaccin équitable et abordable lorsqu’il sera disponible.

Pour Mme NELLY BANAKEN ELEL (Cameroun), alors que nous revenons peu à peu à la vie normale, après la pandémie de COVID-19, il faut « reconstruire en mieux ».  En effet, a poursuivi la déléguée, la pandémie nous a fait comprendre quels étaient les droits fondamentaux qui ne peuvent être restreints: le droit à la vie, à la santé, à l’éducation et à l’alimentation.  La pandémie a également mis à jour nos fragilités, les limites de nos pays en matière de système de santé et les failles de nos économies.  Il s’agit d’en tirer les conséquences pour les droits de l’homme, et d’inverser l’ordre de nos priorités, a-t-elle dit.  La pandémie nous a appris qu’il faut aussi se recentrer sur l’essentiel, la promotion et la garantie des droits économiques, sociaux et culturels et particulièrement le droit au développement.  Le Cameroun a su saisir, a-t-elle conclu, cette opportunité et pris des mesures appropriées qui expliquent « son extraordinaire et inattendue résilience » face à la pandémie.  

Mme VERO HENINTSOA ANDRIAMIARISOA (Madagascar) a fait observer que, pour réduire les impacts de la pandémie et asseoir les bases d’un relèvement pérenne, de nombreuses initiatives innovantes ont été entreprises.  Elle a noté qu’actuellement, Madagascar affiche un taux de guérison de 95% et un taux de mortalité à 1%, largement en-deçà de la moyenne mondiale.  La représentante a mis en avant la qualité des recherches, les savoirs traditionnels et les ressources endémiques qui ont permis d’éviter un nombre massif de décès.

Cependant, a-t-elle reconnu, la COVID-19 a exacerbé les disparités en matière d’accès aux soins et traitements, même si le pays n’a ménagé aucun effort pour assurer la couverture nationale des services de santé et la création d’une usine pharmaceutique moderne.  En outre, Madagascar reste engagé dans la lutte contre la violence basée sur le genre, a-t-elle déclaré, et c’est dans cette optique qu’il a adoptée, en 2019, la loi pénalisant ce crime.

La représentante a souhaité s’exprimer sur le cas de Xinjiang.  Madagascar, a-t-elle dit, soutient la Chine dans l’instauration d’un dialogue constant et productif afin d’éviter toute allégation non fondée de manquement au respect des droits de l’homme.

Elle a estimé que chaque État se doit de faire preuve d’intégrité, de transparence et d’impartialité dans l’appréciation d’une situation particulière à la lumière du droit international.  Dans le cas de la Région administrative spéciale de Hong Kong et l’application de la nouvelle loi sur la sécurité nationale, elle a suggéré que cette question soit traitée dans le respect du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États.

Mme ALYA AHMED SAIF AL-THANI (Qatar) a affirmé que son pays a démontré une détermination et un professionnalisme sans faille dans la réponse à la pandémie de COVID-19.  De grands services ont par exemple été mis sur pied notamment le dépistage et les campagnes de sensibilisation, à l’intention de tous les travailleurs, sans discrimination.  Par ailleurs, des nouvelles lois ont été adoptées en faveur des droits des travailleurs étrangers.  Des programmes de protection sociale, y compris dans le secteur privé, ont également été mis sur pied.  Dans tous ces efforts, l’Émir du Qatar a été partie prenante, a insisté la représentante. 

Elle a également déclaré que le « blocus injuste » qui pèse sur son pays dure maintenant depuis trois ans, aggravant les conséquences de la pandémie.  Pour autant, cela n’a pas empêché le Qatar de répondre aux défis posés par cette pandémie, non seulement pour son peuple, mais aussi pour ceux qui n’ont pas les moyens de répondre efficacement aux défis de cette pandémie.  Le Qatar a ainsi apporté une aide humanitaire à 78 pays pour un montant de 99 millions de dollars, a indiqué la représentante. 

M. NNAMDI OKECHUKWU NZE (Nigéria) a noté que les chefs d’États ont débattu récemment dans cette enceinte du sujet pertinent qui est le monde d’après la COVID-19.  Ils ont, à cet égard, souligné l’importance du multilatéralisme, qui est une notion puissante, a-t-il déclaré.  La coopération internationale n’a jamais été aussi nécessaire qu’aujourd’hui, a-t-il souligné.  Il a rappelé que les questions dont les délégués sont saisis ont un impact direct sur la vie de « nos frères et sœurs ».  Il a estimé que le monde doit créer des sociétés inclusives, tout en rappelant qu’aucune nation n’est épargnée par la pandémie.  « C’est pour cela que nous devons lutter ensemble pour faire avancer les technologies de santé », a-t-il plaidé.  Il a par ailleurs appelé à combattre la pauvreté, qui met à mal le développement social. 

Mme EGRISELDA ARACELY GONZÁLEZ LÓPEZ (El Salvador) a estimé que l’urgence actuelle en matière de santé publique requiert une riposte mondiale structurée qui place en son cœur l’individu.  De son côté, El Salvador reconnaît dans sa législation que tout citoyen a le droit de jouir de la santé.  Face à cette crise sans précédent, a indiqué la représentante, le Gouvernement du pays a pris dès le 11 mars une série de mesures pour endiguer la pandémie et protéger la vie sans distinction de race ou de religion.  Il a notamment construit un hôpital pour répondre aux besoins les plus pressants de la population.  Il a aussi appuyé les interventions du Secrétaire général en faveur des personnes âgées et des migrants, conscient que la crise a accru les niveaux de pauvreté des groupes les plus vulnérables.  Selon la déléguée, il convient de protéger ces populations qui ne bénéficient pas des retombées du développement économique et souffrent de discrimination.  

Le Gouvernement a aussi donné la priorité aux droits de l’enfant afin de permettre la réalisation de l’objectif 4 du Programme 2030.  Dans ce cadre, a précisé la représentante, il met l’accent sur la diffusion d’informations fiables sur Internet et sur la qualité de l’éducation, assurant en particulier une continuité de l’apprentissage en ligne.  Par ailleurs, le pays rejette la criminalisation des migrants et réaffirme son engagement en faveur de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes et des filles.  Toutefois, a reconnu Mme González López, en raison de la COVID-19, les progrès obtenus sur ces fronts risquent d’être inversés.  Avant de conclure, elle a souhaité à son tour que le vaccin en développement soit accessible à tous et considéré comme un « bien public mondial ».  

M. CARLOS AMORÍN (Uruguay) a appelé à garantir la promotion et la protection des droits de l’enfant à tous les niveaux.  « Nous avons joué un rôle de chef de file sur le plan régional et international ».  Pour preuve, cela fait plusieurs années que l’Uruguay coordonne la résolution sur le droit des enfants du Groupe d’Amérique latine et cofacilite avec l’Union européenne (UE) la rédaction de cette résolution.  Il a encouragé les États à mettre en œuvre des politiques publiques de protection de l’enfance.

Le délégué a, par ailleurs, voulu rappeler l’engagement ferme de son pays en faveur de la Déclaration et du Plan d’action de Beijing.  Il a appelé à promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation de toutes les femmes et filles dans toute leur diversité.  Par ailleurs, depuis le début de la pandémie de COVID-19, l’Uruguay a adopté plusieurs mesures destinées à défendre les catégories les plus vulnérables, notamment en période de confinement. 

M. ROBERT KAYINAMURA (Rwanda) a assuré que son pays accordait une grande importance au développement social de son peuple.  Cet objectif est contenu dans le Plan Vision 2050 du Rwanda et, avant le début de la pandémie, plus d’un million de personnes avaient été sorties de la pauvreté.  Cependant, cette crise a renversé des décennies de progrès, reléguant les plus vulnérables encore plus en arrière, s’est-il inquiété, relevant qu’à l’échelle mondiale, 71 millions de personnes seront poussées dans l’extrême pauvreté en 2020, le chiffre le plus élevé depuis 1998.  Les femmes et les enfants sont les premières victimes de ces reculs, a déploré le représentant. 

Il a jugé nécessaire de redoubler d’efforts pour répondre à ces défis émergents.  Le temps n’est pas propice à montrer du doigt un tel ou un autre, mais au contraire à décider de ce qui doit être fait pour mieux répondre à cette pandémie, a plaidé le représentant, ajoutant qu’en la matière, son pays jouerait son rôle.  À ce titre, le Gouvernement rwandais a adopté un plan de reprise économique transversal dont le but est de réduire la vulnérabilité des femmes, des hommes et des enfants dans divers domaines, y compris dans le domaine de l’éducation en ligne pour les enfants, a assuré le représentant.  

Droits de réponse

La Turquie a dénoncé la présentation biaisée de l’histoire de Chypre présentée par la Grèce.  Elle a rappelé que les Chypriotes turcs ont été éjectés de l’île en 1963 et qu’au cours des 10 années suivantes, des dizaines de milliers de Chypriotes turcs ont été contraints de vivre dans des enclaves.  La seule occupation est celle de l’Administration chypriote grecque et dans le contexte actuel, a ajouté la délégation, les Chypriotes turcs continuent de vivre dans un isolement qui touche tous les domaines de la vie.  Pour ce qui est des personnes portées disparues, tout est fait pour trouver une solution par le biais d’un comité chargé de cette question.  S’agissant du patrimoine culturel, un comité conjoint technique a été créé.  Dans ce cadre, a-t-il dit, toutes les décisions des autorités chypriotes turques se font dans le respect du droit à la propriété.  

La Turquie a ensuite condamné l’attaque de l’Arménie, une agression qui montre, selon lui, que l’Arménie représente la plus grande menace pour la paix et la sécurité régionales.  Appelant au retrait des forces arméniennes du Nagorno-Karabakh, il a estimé que les accusations infondées de l’Arménie ne sont pas plus crédibles que son habituel détournement de la vérité.  

La République arabe syrienne a accusé la Turquie et son Président de figurer parmi les principaux soutiens du terrorisme dans la région.  La Turquie se livre à une politique de déplacement forcé des citoyens sous la contrainte, elle empêche l’acheminement d’eau pour les civils, ce qui est d’autant plus grave en raison de la pandémie, et continue en outre d’empiéter sur le territoire de l’Iraq.  C’est un régime voyou qui ne respecte pas les accords internationaux, a affirmé la délégation.  

À son tour, Chypre a précisé que les Chypriotes turcs n’ont pas été exclus des institutions gouvernementales mais qu’ils s’en étaient retirés.  Elle a regretté que la Turquie utilise les Chypriotes turcs comme vecteur de séparation.  Cette tentative de réécriture de l’histoire est une tactique qui ne fonctionne pas, a-t-elle martelé.  

Reprenant la parole, la Turquie a déclaré qu’elle n’avait pas besoin de recevoir de leçon de la part d’un régime qui a utilisé les armes chimiques contre son peuple.  Seuls les Syriens ont le droit le parler au nom de leur peuple, a rétorqué la République arabe syrienne.  

Suite à l’intervention de la Turquie, le représentant de la Syrie a présenté une motion d’ordre, regrettant que la délégation parle de « régime syrien » alors qu’il s’agit d’un gouvernement légitime.  

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