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AG/PK/238
18 février 2020
Session de 2020, 264e séance plénière - matin

Le Comité spécial des opérations de paix clôt son débat général qui a mis l’accent sur l’initiative « Action pour le maintien de la paix »

Plus d’une cinquantaine d’États ont pris la parole pendant les deux jours de débat général du Comité spécial des opérations de maintien de la paix pour réclamer, contrairement à ce qui s’est passé à la session précédente, un consensus sur des recommandations concrètes.  Les États se sont félicités de ce que le rapport final du Comité sera désormais calqué sur les huit thèmes de l’initiative du Secrétaire général de l’ONU « Action pour le maintien de la paix ».

L’espoir est de mise, avait rassuré hier à l’ouverture des travaux, le Président du Groupe de travail plénier.  L’initiative du Secrétaire général, avait indiqué, à son tour, son adjoint aux opérations de paix, M. Jean-Pierre Lacroix, est « notre feuille de route » pour améliorer cet instrument unique du multilatéralisme qu’est le maintien de la paix.

Lancée le 28 mars 2018, « Action pour le maintien de la paix » contient 45 engagements approuvés par 152 États Membres dans la « Déclaration d’engagements communs » et répartis entre huit domaines: promouvoir des solutions politiques aux conflits et amplifier les effets politiques du maintien de la paix; appliquer le programme pour les femmes et la paix et la sécurité; renforcer la protection assurée par les opérations de maintien de la paix; renforcer la sûreté et la sécurité du personnel de maintien de la paix; appuyer la bonne performance de toutes les composantes du maintien de la paix et le respect du principe de responsabilité;  renforcer les effets du maintien de la paix sur la pérennisation de la paix; améliorer les partenariats relatifs au maintien de la paix; et renforcer la conduite des opérations de maintien de la paix et le personnel.

Il faut adapter les mandats des opérations à un environnement complexe, a mis en garde la Mali qui a souligné la nécessité, au moment de déployer les Casques bleus, de tenir compte des défis émergents et des attaques asymétriques des groupes terroristes.  Nous ne cessons, a rappelé le Kenya, d’exhorter le régime des sanctions contre la Somalie à envisager d’inscrire le groupe terroriste al-Chabab dans la Liste du Comité créé en vertu de la résolution 1267 (1999) auquel il appartient à juste titre.

El Salvador s’est attardé sur la question « cruciale » du financement des opérations de paix.  Après lui, le Sénégal a dénoncé des coupes budgétaires entraînant parfois la réduction « forcée » des effectifs malgré des attentes sans cesse croissantes.  Les ressources devant s’aligner avec les mandats et non l’inverse, il a jugé urgent de trouver aux opérations de paix un financement prévisible, suffisant et durable.  Le Sénégal a parlé de la mise en service du Fonds pour la paix de l’Union africaine, destiné au financement de 25% du coût des initiatives de paix du continent.  Quant à celles approuvées par le Conseil de sécurité, elles devraient, a estimé le Kenya, être totalement financées par les contributions statutaires des États Membres de l’ONU. 

De nombreuses voix se sont élevées pour soutenir l’idée d’une plus grande implication des femmes dans la prévention, la gestion et le règlement des conflits, d’autant plus que cette année marque le vingt-cinquième anniversaire de la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur « les femmes, la paix et la sécurité ».  Il s’agit d’un « enjeu d’efficacité opérationnelle », a estimé la France.  Mais il faut d’abord, a prévenu Israël, opérer des changements structurels au sein des opérations pour les adapter aux besoins spécifiques des femmes et encourager ces dernières à postuler davantage dans leur armée et leur police. 

Les délégations ont aussi apporté un soutien à la politique de tolérance zéro en cas d’exploitation et d’atteintes sexuelles commis par le personnel des opérations.  Selon les Philippines, une de solutions serait d’aboutir à une meilleure sélection et à une meilleure formation du personnel avant le déploiement et de déployer des enquêteurs dans toutes les unités militaires sur le terrain.  La formation étant fondamentale, le Japon a encouragé l’ONU à exploiter le potentiel de « Buddy First Aid » et à multiplier les cours d’assistance médicale et de traumatologie pour que les Casques bleus puissent acquérir des connaissances propres à sauver des vies.  

Sauver des vies, c’est l’obligation première des opérations dont les mandats contiennent une composante « protection des civils », a souligné le Rwanda.  Il a attiré l’attention sur les Principes de Kigali, « le meilleur instrument pour traiter des aspects les plus pertinents du maintien de la paix, y compris la planification et l’évaluation, la génération des forces, la formation et l’équipement du personnel, la performance et le principe de responsabilité ».  On ne peut parler de performance, sans évoquer le principe de responsabilité et les moyens de le mesurer, a confirmé la France qui s’est félicitée des efforts engagés par le Secrétariat pour mettre en place le système d’évaluation intégrée de la performance.  

Rappelant que le français et l’anglais sont les deux langues de travail de l’ONU, la France a milité pour une proportion plus importante des locuteurs de la langue française afin d’assurer une meilleure interaction avec les pays contributeurs de troupes francophones, dénonçant même, une véritable « discrimination » contre les contingents francophones alors même que nous en avons de plus en plus besoin.  La connaissance du français, a renchéri l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), doit être imposée dans le recrutement des personnels militaires, policiers et civils pour les opérations déployées dans les théâtres francophones.  Elle a annoncé la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone en avril prochain à Rabat.  Le Comité spécial des opérations de maintien de la paix, qui se réunit désormais à huis-clos, tiendra une séance publique mercredi 19 février, avant de fermer ses portes le 13 mars.  La Fédération de Russie a insisté pour une bonne répartition des tâches: au Comité spécial, les questions stratégiques et générales, et au Conseil de sécurité, les mandats des missions.  Ces derniers doivent plus être clairs, réalistes, réalisables et élaborés sur la base d’informations objectives et complètes qui tiennent compte des environnements opérationnels et assortis des ressources adéquates au regard des tâches prévues, ont souligné plusieurs contributeurs de troupes dont le Sénégal.

DÉBAT GÉNÉRAL (SUITE)

M. ISSA KONFOUROU (Mali) a expliqué que son pays, en sa triple qualité de membre du Comité spécial, de pays hôte d’une mission de maintien de la paix des Nations Unies et de pays contributeur de troupes, attache une importance particulière au mandat du Comité, seul organe des Nations Unies chargé d’examiner la question des opérations de maintien de la paix sous tous leurs aspects.  Nous avons espoir, a dit le représentant, que la nouvelle présentation allégée et simplifiée du rapport permettra de mieux satisfaire les attentes.

Il a rappelé que sa délégation a soumis un certain nombre d’observations, à cet égard, à commencer par le fait qu’il est nécessaire de tenir compte des défis émergents et des attaques asymétriques des groupes terroristes sur le terrain, au moment de déployer les Casques bleus, en adaptant davantage leur mandat à un environnement complexe.  Le représentant a voulu que l’on mette la protection des civils au cœur des mandats, ce qui suppose une pleine coopération avec les autorités du pays hôte.  S’agissant des restrictions et des limites qu’ont certains contingents, il a dit craindre pour l’autorité des commandants des forces et pour l’efficacité des troupes. 

Le représentant a ensuite souligné que paix et sécurité sont étroitement liées au développement et salué les mérites des projets à impact rapide et des activités programmatiques en tant qu’outils indispensables des opérations de maintien de la paix.  Parallèlement, le tissu économique local peut être renforcé à travers les achats des missions des Nations Unies.  À ce sujet, il a demandé une concurrence plus équitable, en assurant la disponibilité au moins dans les deux langues de travail, dont la publication au moins dans les deux langues de travail des Nations Unies des appels d’offres et des documents relatifs à l’acquisition des marchés.  Il s’agit, a-t-il insisté, d’accroître la compétitivité des opérateurs locaux. 

Le Mali appelle en outre à accorder une importance capitale aux populations vulnérables, en particulier les femmes et les enfants.  C’est dans cet esprit qu’il a signé en 2017, le Pacte visant à mettre fin au fléau de l’exploitation et des atteintes sexuelles dans les opérations des Nations Unies.  Les missions de l’ONU, a-t-il conclu, relève d’une responsabilité collective mais différenciée de tous les intervenants, du Conseil de sécurité aux États Membres, en passant par le Secrétariat de l’ONU.  L’exécution cohérente requiert des consultations régulières entre toutes les parties prenantes durant tout le cycle de la Mission, de la planification à sa clôture, a-t-il précisé.

M. E. COURTENAY RATTRAY (Jamaïque) a rendu hommage aux Casques bleus qui payent de leur vie leur participation au maintien de la paix, dont Clive Peck, un ressortissant jamaïcain qui a été l’une des trois victimes de l’explosion devant un centre commercial à Benghazi en août dernier.  Le représentant a ensuite abordé la question de la parité entre les sexes dans le maintien de la paix.  Il a salué les avancées dans la nomination des Conseillers genre dans les opérations de maintien de la paix (OMP) et les efforts visant à rendre transversale cette question dans tous les bureaux du Département des opérations de paix.  M. Ashley a aussi salué les efforts du Département s’agissant de l’évaluation de la performance des personnels en uniforme, conformément à l’initiative « Action pour le maintien de la paix ».  Il a également souhaité pour que dans son travail en faveur de la paix, la communauté internationale tienne compte de l’avis de ceux pour lesquels ces efforts sont consentis. 

M. HIROYUKI NAMAZU (Japon) a demandé que les débats portent deux points: les soins médicaux, grâce à des formations adéquates, et les partenariats pour le renforcement des capacités.  Il a espéré que le Secrétariat de l’ONU poursuivra ses efforts de formation médicale, comme le « Buddy First Aid » et les cours d’assistance médicale sur le terrain et de traumatologie pour que les Casques bleus puissent acquérir des connaissances propres à sauver des vies.  Le représentant a encouragé les États à envoyer des soldats à ces cours et à fournir une assistance financière.  Il a ensuite mis l’accent sur deux approches pour faciliter les partenariats et mieux assurer la formation des Casques bleus.  Il a parlé des partenariats triangulaires et du mécanisme léger de coordination. 

Le Projet de partenariat triangulaire, a dit le représentant, a permis de former plus de 400 ingénieurs en uniforme chez les pays contributeurs de troupes africains et asiatiques ainsi que 6 000 autres en transmission.  Il a encouragé le Secrétariat à poursuivre ses efforts et appelé les États Membres à participer au Projet de partenariat triangulaire en y envoyant des formateurs ou du personnel à former et en fournissant ressources financières et matérielles.  Les partenariats triangulaires soulignent le rôle du Secrétariat comme concepteur des cours de formation mais le mécanisme léger de coordination renforce l’efficacité des formations et les capacités dans un contexte bilatéral.  Le représentant s’est donc félicité de l’opérationnalisation de ce mécanisme et a espéré qu’il sera utilisé pour mieux répondre aux besoins en formation des pays contributeurs de troupes et d’effectifs de police. 

Mme EGRISELDA ARACELY GONZÁLEZ LÓPEZ (El Salvador) a dit qu’en plus des huit thèmes d’Action pour le maintien de la paix qui vont guider l’élaboration du rapport de la session, il serait bon de tenir également compte de la question du financement des opérations qui est « cruciale ».  El Salvador, a-t-elle dit, est certes un petit pays mais il contribue activement au maintien de la paix.  Nous méritons d’être rétribués à la hauteur de notre engagement, a-t-elle plaidé.  Elle a, par exemple, souhaité que le Centre de formation au maintien de la paix d’El Salvador soit pris en considération dans le remboursement aux pays contributeurs de contingents.  Ces pays doivent être remboursés à temps, dans l’intégralité et sans condition, a-t-elle martelé.  Avec Djibouti et la Mongolie, El Salvador, a-t-elle annoncé, va organiser une manifestation sur « le rôle des petits États dans le maintien de la paix ».  Mme Lopez a jugé utile de renforcer la coordination de toutes les parties prenantes aux opérations de paix.  À ce jour, a-t-elle précisé, El Salvador a déployé 300 Casques bleus dans sept opérations de paix.  Soulignant pour finir l’importance de la participation des femmes à ces opérations et de la politique de tolérance zéro en cas d’exploitation et d’atteintes sexuelles, la représentante s’est enorgueillie de ce qu’aucun de ces cas ne concerne des soldats salvadoriens. 

M. JUAN RAMÓN DE LA FUENTE RAMIREZ (Mexique) a insisté sur l’importance de la coopération internationale en matière de maintien de la paix pour pouvoir apporter des solutions multidimensionnelles.  Les opérations doivent avoir des mandats et des structures clairement définis et les moyens nécessaires.  Le représentant a donc appelé les États Membres à respecter les engagements qu’ils ont pris en vertu de l’initiative « Action pour le maintien de la paix ».  Il a insisté sur le rôle des femmes et des jeunes dans les efforts de paix, appelant à une pleine mise en œuvre des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  Le Mexique, a-t-il dit, qui participe déjà à plusieurs opérations de paix entend renforcer la présence des femmes, lesquelles comptent déjà pour plus de 30% de ses contingents.  En vue de déployer du personnel qualifié, le pays a créé un Centre de formation, le CECOPAM, qui formera aussi du personnel étranger dans le contexte de la coopération régionale.

M. SANG WOOK HAM (République de Corée) a salué la décision d’aligner le rapport du Comité spécial avec les thèmes de l’initiative « Action pour le maintien de la paix ».  Il a promis que son pays, en collaboration avec la Norvège et l’Éthiopie, coprésidents du Groupe des Amis des opérations de maintien de la paix, entend travailler à la mise en œuvre de l’initiative.  La réunion ministérielle sur le maintien de la paix qui aura lieu l’an prochain en République de Corée sera l’occasion de faire avancer cette mise en œuvre, a promis le représentant qui a parlé de quatre rencontres préparatoires.  La première, qui aura lieu au Canada au mois de mai, portera sur la paix durable; la seconde, en Éthiopie au mois de juin, se concentrera sur la formation et le renforcement de capacités; la troisième, au Rwanda va se pencher sur le principe de responsabilité et les partenariats et enfin, la quatrième, au Pakistan, examinera les questions liées à la sûreté et à la sécurité. 

Il est de la responsabilité commune d’offrir aux pays contributeurs de troupes la formation nécessaire et les capacités requises, tout en les tenant responsables de la bonne mise en œuvre des mandats, a souligné le représentant.  Il a rappelé que son pays compte en ce moment plus de 600 Casques bleus au Soudan du Sud et au Liban, lesquels sont bien formés et bien équipés.  Les Casques bleus coréens sont conscients que gagner le cœur et l’esprit des populations locales facilite la mise en œuvre des mandats et améliore la sécurité des soldats de la paix.  Le personnel des missions, a estimé le représentant, doit avoir une bonne connaissance des sociétés qui accueillent les missions.  Ils doivent savoir un peu sur la culture, les institutions et les langues locales. 

Nul besoin de rappeler, a dit M. CHEIKH NIANG (Sénégal), le rôle essentiel des composantes police dans les opérations de paix.  Il convient toutefois, a-t-il souligné, de veiller à l’amélioration de ces unités par le renforcement de leurs capacités opérationnelles, la promotion du principe d’appropriation nationale afin de favoriser le développement des capacités des polices locales, mais aussi par la garantie de la pleine participation des pays hôtes et contributeurs aux processus décisionnels.  Le représentant a exhorté le Comité à reconnaître également le rôle capital de la composante « justice et correction » au sein des missions.  Le succès du maintien de la paix, a-t-il poursuivi, est largement tributaire de partenariats solides, à la fois avec les États Membres et les organisations régionales.  Dans sa coopération avec l’Union africaine et les organisations sous-régionales du continent, l’ONU devrait privilégier le renforcement des capacités de faire face aux conflits par le moyen de la prévention et du règlement des crises, sans oublier la reconstruction post-conflit. 

Cela passe d’une part par la mise en service du fonds pour la paix destiné au financement de 25% du coût des initiatives africaines de paix et d’autre part, par l’amélioration du système de génération des forces au niveau sous-régional afin de permettre une mobilisation des ressources nécessaires et une projection des forces dans un délai acceptable.  La question du financement des opérations de paix se pose aujourd’hui avec une plus grande acuité, a constaté le représentant.  La remise en question du système de financement ainsi que du barème des quotes-parts a entraîné des coupes budgétaires dans certaines missions avec parfois une réduction « forcée » des effectifs malgré des attentes sans cesse croissantes.  Les ressources, a-t-il martelé, doivent s’aligner avec les mandats et non l’inverse.  Il est donc urgent de trouver aux opérations de paix un financement prévisible, suffisant et durable. 

En un mot, a estimé le représentant, la question de la performance des opérations dépend tout d’abord de l’élaboration de mandats plus clairs, réalistes, réalisables sur la base d’informations objectives et complètes qui tiennent compte des environnements opérationnels et assortis des ressources adéquates au regard des tâches prévues.  Le représentant a conclu en soutenant une plus grande implication des femmes dans la prévention, la gestion et le règlement des conflits.  Le Président sénégalais étant membre du Cercle des leaders sur la prévention des abus et exploitations sexuels, mon pays, a-t-il ajouté, est totalement en phase avec la politique de tolérance zéro.  Le représentant a réservé son mot à la question du multilinguisme dans les opérations de paix, en voulant que l’on tienne compte du facteur linguistique dans les choix des militaires, policiers et civils appelés à servir sur le terrain et au Siège.

Mme NORALYN JUBAIRA-BAJA (Philippines) a rappelé que son pays s’est engagé activement dans le maintien de la paix dès 1963.  Notre principe est de déployer des militaires et des policiers quel que soit le niveau des risques sécuritaires, a affirmé le représentant.  Les forces armées nationales sont d’ailleurs en train de renforcer leurs capacités pour appuyer dans l’avenir d’autres opérations de paix.  Les Philippines, a-t-elle poursuivi, sont fortement attachées à une plus grande participation des femmes dans ces opérations.  Elles sont également convaincues que la protection des civils est le cœur même desdites opérations.  Les attentes en la matière doivent être « succinctes, claires, connectées à des stratégiques politiques sur le terrain et concentrées sur la prévention », a précisé la représentante.  S’agissant de la performance, les Philippines, a-t-elle indiqué, ont créé un centre de formation au maintien de la paix.  Concluant sur la question de l’exploitation et des abus sexuels, la représentante a plaidé pour une meilleure sélection et une meilleure formation du personnel avant le déploiement et a appuyé l’idée de déployer des enquêteurs dans toutes les unités militaires sur le terrain. 

Mme MARIA ANGELA ZAPPIA (Italie) a salué la nouvelle structure du rapport du Comité spécial, désormais articulé autour des domaines prioritaires de l’initiative « Action pour le maintien de la paix ».  Ce Comité, a-t-elle souligné, est toujours une instance indispensable, en particulier pour relever les défis et corriger les lacunes du maintien de la paix.  En tant que premier contributeur de Casques bleus du monde occidental, l’Italie a bien conscience de ces lacunes.  La représentante a donc insisté sur la formation prédéploiement, mettant en avant le rôle du Centre de formation de Vicence.  L’Italie, a-t-elle dit, plaide en outre pour une participation plus grande des femmes aux opérations de paix grâce à des formations spécifiques.  Hommes ou femmes, a souligné la représentante, les Casques bleus doivent avoir le meilleur matériel possible.  La représentante a conclu en rappelant que son pays a l’honneur de présider le Groupe de Amis de la gestion de l’environnement des opérations de paix.  Elle n’a pas manqué d’insister sur les partenariats avec les organisations régionales et sur le fait que son pays œuvre à renforcer les synergies entre l’ONU et l’Union européenne.

M. HAITAO WU (Chine) a voulu que les opérations de paix tiennent compte de certains principes cardinaux comme le respect de la souveraineté, le consentement préalable du pays hôte et le non-recours à la force sauf en cas de légitime défense.  Une attention particulière doit être portée à la sécurité des Casques bleus, a insisté le représentant, en soulignant l’importance d’une formation et d’équipements adéquats.  Le Conseil de sécurité, les pays contributeurs de troupes et le Secrétariat des Nations Unies, principales parties prenantes des opérations de paix, doivent renforcer les synergies, en n’oubliant pas d’apporter une aide durable aux missions de l’Union africaine, mieux adaptées au continent.  De manière générale, a estimé le représentant, les missions doivent écouter davantage les pays hôtes pour mieux les aider dans leur processus politique « central ».  La Chine, a-t-il rappelé, est le deuxième plus grand contributeur financier des opérations de paix et un des plus grands contributeurs de troupes.  Elle forme une force de 6 000 Casques bleus, alors que l’unité d’hélicoptères qu’elle avait annoncée pour l’Afrique est déjà opérationnelle.

M. KACOU HOUADJA LÉON ADOM (Côte d’Ivoire) a appelé toutes les parties prenantes à se mobiliser autour de l’initiative « Action pour maintien de la paix ».  Il a soutenu la réforme de l’architecture du maintien de la paix des Nations Unies et a salué le renforcement de la coopération entre les Nations Unies et l’Union africaine.  Il a espéré que la question du financement des opérations de maintien de la paix de l’UA trouvera une réponse satisfaisante.  Mon pays, a-t-il affirmé, a pris en compte les exigences clefs du maintien de la paix dans la formation de prédéploiement du contingent qu’il a déployé au Mali dans le cadre de la MINUSMA.  La connaissance du mandat de la MINUSMA ainsi que la spécificité du contexte et la dimension genre sont des aspects qui ont été abordés dans ce contexte.  Le représentant a souligné la plus-value qu’apportent les femmes aux opérations de maintien de la paix et a rappelé qu’elles représentent 15% du contingent ivoirien de la MINUSMA.  Les mesures de sûreté et de sécurité du personnel doivent être une priorité pour tous, a estimé le représentant qui a également plaidé pour la pleine application de la politique de tolérance zéro.  Avant de conclure, il a mis l’accent sur l’importance des stratégies de sortie des missions. 

Mme ANNE GUEGUEN (France) a indiqué qu’en tant que membre permanent du Conseil de sécurité, contributeur financier et en troupes aux opérations de l’ONU et de l’Europe et responsable d’opérations elle-même, la France estime qu’il faut tout d’abord œuvrer à l’amélioration de l’efficacité des opérations de paix.  La performance opérationnelle se mesurant par la qualité des hommes et des femmes déployés, ces derniers doivent avoir reçu la meilleure formation possible, être bien équipés et bénéficier des apports des nouvelles technologies, en particulier en matière de protection et de collecte d’informations.  Dans ce contexte, nous devons collectivement, a dit la représentante, appuyer le Secrétariat dans son entreprise pour répondre aux défis posés par les lacunes capacitaires auxquels le maintien de la paix est confronté.  Il faut également veiller à ce que les femmes aient toute leur place dans les missions parmi les personnels civils, militaires et policiers.  Il s’agit, a souligné la représentante, d’un « enjeu d’efficacité opérationnelle ».  Elle a salué les efforts conduits dans le cadre de la mise en œuvre de l’agenda « femmes, pai et sécurité » dont les 20 ans sonnent cette année. 

On ne peut parler de la performance, a poursuivi la représentante, sans évoquer le principe de responsabilité et les moyens de le mesurer.  Elle s’est donc félicitée des efforts engagés par le Secrétariat pour mettre en place le système d’évaluation intégrée de la performance.  Elle a aussi appelé les États Membres à assurer le plus haut niveau de conduite et de discipline afin d’assurer le respect des principes onusiens, notamment dans la lutte contre les abus sexuels.  Accroître la performance nécessite également, a poursuivi la représentante, l’amélioration de la planification intégrée et de la prise de décision au sien des missions.  Les décisions doivent pouvoir être prises au plus près des acteurs en charge des opérations, compte tenu de la nécessité d’anticiper et d’intégrer l’ensemble des composantes d’une mission. 

La mise en place d’unités de planification stratégique, telle que déployée à la Mission au Mali, doit se généraliser, a souligné la représentante.  Seule une action conjointe des composantes civile, militaire et de la police permettra une mise en œuvre optimale du mandat.  « C’est une responsabilité des chefs de mission ».  L’amélioration de la performance passe aussi par la réduction de l’impact environnemental des missions mais aussi par la reconnaissance du facteur linguistique.  Pourvoir interagir dans la langue des autorités et des populations locales revêt une dimension essentielle, en favorisant la confiance et l’acceptation des missions tout en facilitant une meilleure compréhension des réalités locales. 

La représentante s’est ensuite attardée sur la question de la coopération et de la complémentarité des actions, entre le Secrétariat, le Conseil de sécurité et les pays contributeurs de troupes et de policiers mais aussi avec les États hôtes et les organisations régionales.  Le partenariat entre l’ONU et l’Union africaine revêt un caractère clef en ce qui concerne le développement et le financement durables des opérations de paix africaines que la France soutient pleinement.  La France, a ajouté la représentante, soutient très concrètement les efforts du Secrétariat et des pays contributeurs de troupes pour renforcer leurs capacités critiques à travers ses partenariats militaires opérationnels bilatéraux et sa coopération en matière de sécurité et de défense.  En 2019, a précisé la représentante, plus de 20 000 soldats ont bénéficié de formations françaises avant et pendant leur déploiement.  La France apporte un soutien opérationnel à certaines opérations comme au Mali ou en République centrafricaine, notamment à travers un appui aérien et terrestre en cas de menace à l’opération onusienne et à sa demande. 

Rappelant que le français et l’anglais sont les deux langues de travail de l’ONU, la représentante a milité pour une proportion plus importante des locuteurs de la langue française afin d’assurer une meilleure interaction avec les pays contributeurs de troupes francophones.  Elle a aussi cité la nécessité de disposer de l’ensemble des documents de doctrine et des règlements et manuels en langue française.  Ce doit être le cas aussi des documents contractuels type Mémorandum d’entente.  À défaut, a prévenu la représentante, c’est une véritable « discrimination » qui est exercée contre les contingents francophones alors même que nous en avons de plus en plus besoin. 

M. LUIS GALLEGOS CHIRIBOGA (Équateur) a indiqué que la complexité des situations implique que les missions puissent opérer selon un mandat consensuel.  Les mandats doivent être respectés et c’est le rôle des Casques bleus, dont la bonne formation est essentielle.  Le représentant a insisté, à son tour, sur une bonne mise en œuvre d’« Action pour le maintien de la paix » et de la politique de tolérance zéro en cas d’exploitation et d’atteintes sexuelles.  Il a aussi milité pour une plus grande participation des femmes aux opérations de paix, conformément à la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité.  Le délégué a souhaité le renforcement de la coopération triangulaire entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de contingents. 

Mme DOMA TSHERING (Bhoutan) a, après avoir salué l’« Action pour le maintien de la paix », indiqué que son pays fait partie des 152 États qui ont signé la Déclaration d’engagements communs concernant les opérations de paix des Nations Unies.  Elle s’est félicitée de ce que le rapport du Comité spécial s’aligne désormais avec les piliers d’« Action pour le maintien de la paix ».  Le Bhoutan est un contributeur de troupes relativement jeune, a avoué la représentante, en rappelant que les « premières bottes nationales » n’ont touché le sol du maintien de la paix qu’en 2014.  Elle s’est dit fière que son pays ait été le premier à signé avec l’ONU, l’Accord sur le niveau d’engagement rapide.  Nous en sommes au troisième cycle de l’Accord, a-t-elle indiqué, en réitérant l’attachement de son pays au Système de préparation des moyens de maintien de la paix.  Nous avons, dans ce cadre, promis une force de protection qui peut s’ajuster et devenir plus robuste pour répondre aux besoins opérationnels.  S’agissant de la performance, la représentante a rappelé la création en 2015, du Centre de formation du Bhoutan, en se félicitant du Projet de partenariat triangulaire dont son pays a bénéficié. 

Concluant sur la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité, elle s’est dit fière que son pays ait atteint le 31 mai 2019, le seuil fixé de 16% d’augmentation du nombre des femmes dans les contingents.  Les unités nationales de police constituée comprendront aussi bientôt 40% de femmes, a-t-elle annoncé.  Le Bhoutan, a-t-elle souligné, a très vite appuyé le Fonds d’affectation spéciale en faveur des victimes d’exploitation et d’abus sexuels.  Il est signataire du Pacte volontaire sur la prévention et membre du Cercle des leaders.  L’environnement étant au centre des politiques nationales, les Casques bleus et policiers du pays vont passer à l’énergie solaire et à d’autres pratiques de gestion de l’environnement.  Le Bhoutan est d’ailleurs membres du Groupe des Amis de la gestion de l’environnement des missions. 

M. ESHAGH AL HABIB (Iran) a insisté sur les buts et principes du maintien de la paix, dont l’impartialité et le non-recours à la force sauf en cas de légitime défense.  Il a appelé les États Membres à redoubler d’efforts pour soutenir l’initiative « Action pour le maintien de la paix » et a plaidé pour le renforcement du dialogue triangulaire pour associer les pays contributeurs de troupes à la prise de décisions à tous les stades.  La protection des civils, a-t-il asséné, relève de la responsabilité première des pays hôtes.  Les Nations Unies doivent donc se limiter à apporter un appui aux efforts nationaux.  Après avoir soutenu la politique de tolérance zéro, le représentant est passé à la question de la coopération de l’ONU avec les organisations régionales.  Les arrangements régionaux, a-t-il prévenu, ne sauraient se substituer aux Nations Unies.  Le représentant a conclu en annonçant l’intention de mettre à la disposition de l’ONU des observateurs militaires et des policiers. 

M. FERIDUN HADI SINIRLIOĞLU (Turquie) a insisté sur le consentement de parties et sur l’impartialité comme principes fondamentaux du maintien de la paix, consacrés dans les résolutions et rapports pertinents, dont ceux du Conseil de sécurité et du Groupe de travail sur les opérations de maintien de la paix dit « Rapport Brahimi ».  Le représentant a ensuite attiré l’attention sur le Centre turc pour le partenariat en faveur de la paix qui offre des cours aux observateurs militaires de l’ONU, grâce un curriculum renouvelé et conforme aux engagements communs en faveur du maintien  de la paix.  Un cadre stratégique, bien coordonné, cohérent et intégré est nécessaire pour que le système des Nations Unies puisse développer des mandats clairs, réalistes, crédibles et réalisables, dotés de ressources adéquates et fournissant les bonnes directives aux troupes et aux policiers sur le terrain.  Le représentant a, à cet égard, fermement soutenu l’initiative « Action pour le maintien de la paix » mais aussi l’intégration d’une perspective sexospécifique dans le maintien de la paix, sans oublier l’attention accordée aux efforts de consolidation de la paix dont la prévention des conflits, le développement et la pérennisation de la paix. 

M. IBRAHIM MODIBBO UMAR (Nigéria) a appelé à un examen périodique de la mise en œuvre d’« Action pour le maintien de la paix ».  À cet égard, a-t-il indiqué, le Nigéria s’est porté volontaire pour devenir le « champion » du thème « partenariats » de l’initiative.  Le représentant a salué les efforts visant à renforcer les partenariats entre l’ONU, les pays contributeurs de troupes et de policiers, les pays hôtes et les organisations régionales.  L’élément clef de ces partenariats doit être, a-t-il souligné, l’établissement de mandats clairs et réalisables par le Conseil de sécurité alors que les États Membres doivent s’attacher à fournir des forces bien formées et bien équipées pour les mettre en œuvre.  Le Nigéria, a-t-il dit, insiste sur des mandats clairs, réalistes et réalisables dotés de ressources adéquates et élaborées en coopération avec toutes les parties prenantes.  Le représentant s’est particulièrement félicité du partenariat entre l’ONU et l’Union africaine, en rappelant la nécessité de fournir des financements durables, prévisibles et souples aux opérations menées par l’organisation régionale et appuyées par le Conseil de sécurité.  Il a rappelé que son président est entré dans le Cercle des leaders contre les abus et exploitation sexuels.  Le Nigéria, a-t-il conclu, insiste pour que la protection des civils reste au cœur de tous les mandats de maintien de la paix. 

M. EDWARD RUGENDO NYAGA (Kenya) a relevé que la menace terroriste et l’extrémisme violent continuent de compliquer les efforts de maintien de la paix dans de nombreuses parties du monde.  Les risques posés par les el-Chebab demeure la plus grande menace à la paix, à la sécurité et à la stabilité en Somalie et dans la région, a prévenu le représentant.  Depuis 2007, a-t-il rappelé, la Mission de l’Union africaine (AMISOM) fait face à l’hostilité extrême de ce groupe terroriste.  Les gens meurent dans les attaques contre les camps, les infrastructures publiques ou les convois, à coup d’explosifs improvisés. Il est grand temps, s’est impatienté le représentant, d’accepter la réalité et de reconnaître l’ampleur de la menace pour pouvoir l’atténuer.  Le Kenya, a-t-il souligné, ne cesse d’exhorter le régime des sanctions contre la Somalie à envisager d’inscrire le groupe terroriste des Chebab dans la liste du Comité créé en vertu de la résolution 1267 (1999) auquel il appartient à juste titre.

Le représentant a vanté les mérites des mécanismes régionaux qui ont prouvé à maintes reprises leur efficacité.  La coopération stratégique entre l’ONU et ces organisations offre une excellente opportunité d’instaurer une synergie.  Dans ce cadre, a dit le représentant, nous ne cessons d’appeler l’ONU à envisager de financer totalement les opérations de paix menées par l’Union africaine et approuvées par le Conseil de sécurité, à partir des contributions statutaires.  Le Kenya, a-t-il aussi rappelé, est l’hôte de la formation sur le déploiement rapide des capacités d’ingénierie, en vertu du projet de partenariat triangulaire.  Le représentant s’est dit heureux d’annoncer que plus de 80% du personnel formé a été déployé dans différences opérations.

Pour M. HUSNI MUSTAFA YAGOUB HUSNI (Soudan), la transition d’une opération de paix à une mission politique spéciale ou une équipe de pays des Nations Unies, voire toute autre présence, est un moment critique pour l’avenir du pays hôte et pour ses progrès vers le développement et la paix durables.  Sont particulièrement essentiels, en la matière, l’appropriation nationale, le leadership national et une planification conjointe, comme cela a été le cas lors du récent exercice qui a eu lieu l’an dernier à Khartoum avec l’ONU.  Les progrès nécessitent également l’intégration d’un volet « consolidation de la paix » à tous les niveaux d’engagement de l’ONU.  Il serait judicieux, a estimé le représentant, que le Comité spécial, et plus largement les Nations Unies, se penche sur l’amélioration de la gestion des transitions des missions pour veiller à créer les conditions propices à une paix durable et gérer les risques potentiels de rechute.

La cohérence intergouvernementale et interinstitutions est essentielle, a souligné le représentant, pour aider les pays à vivre une transition sans heurt. Il a cité les cas des missions onusiennes en Côte d’Ivoire, au Libéria et en Sierra Léone.  Au Soudan, la MINUAD est en phase de transition, ce qui passe par un retrait progressif qui doit s’achever en octobre et par la mise en place d’une mission politique spéciale d’ici à la fin de l’année.  Tout cela se fait en étroite collaboration entre le Gouvernement soudanais, l’Union africaine et les Nations Unies, s’est félicité le représentant.

L’examen de l’architecture du maintien de la paix des Nations Unies, prévu cette année, sera l’occasion, selon lui, de parvenir à plus de cohérence dans le soutien international aux pays qui travaillent à consolider leur paix.  Le représentant a insisté sur le rôle consultatif important de la Commission de consolidation de la paix.  Il faut, a-t-il dit, préciser davantage les rôles et les responsabilités des opérations de maintien de la paix, des équipes pays de l’ONU et de tous les autres protagonistes pour assurer une mobilisation articulée autour des priorités nationales.  Il n’a pas manqué d’applaudir les partenariats entre les Nations Unies et les organisations régionales lesquelles ont une meilleure compréhension du terrain.  Il a demandé au Comité spécial de recommander un meilleur soutien financier aux opérations menées par l’Union africaine et autorisées par la Conseil de sécurité.

M. DMITRY A. POLYANSKIY (Fédération de Russie) a insisté pour préserver la répartition des tâches au sein des Nations Unies, étant entendu que les questions stratégiques et générales du maintien de la paix sont examinées par le Comité spécial, alors que le Conseil de sécurité traite des mandats spécifiques des missions.  Il a mis l’accent sur la coopération entre le Secrétariat, les pays contributeurs de troupes et les pays hôtes afin d’assurer une mise en œuvre efficace des mandats.  La société civile et les ONG ne peuvent jouer qu’un rôle complémentaire, a-t-il souligné.  Il est essentiel que les Casques bleus respectent le principe de neutralité et se gardent de prendre le parti de l’un ou l’autre belligérant.  Le rôle des soldats de la paix est de faciliter la réconciliation et le processus politique.  Quant à l’introduction des nouvelles technologies pour la collecte des données, le représentant a posé comme condition préalable la conclusion d’un accord international.

Mme AMAL MUDALLALI (Liban) a réaffirmé la nécessité qu’il y a à fournir un soutien adéquat aux opérations de paix de l’ONU pour qu’elles puissent correctement s’acquitter de leurs mandats.  Toutefois, a souligné la représentante, ces opérations ne sauraient se substituer aux solutions politiques. Ces opérations, a-t-elle dit, ont fait à plusieurs reprises la preuve de leur efficacité, alors même que leur coût ne représente que 0,25% des dépenses militaires mondiales.  La FINUL, qui est présente au Liban depuis 1978, est une preuve du succès des opérations de paix, a fait valoir la représentante qui a rendu hommage aux 312 soldats qui y ont perdu la vie depuis sa création.  Se félicitant de l’« excellent partenariat » entre la FINUL et l’Armée libanaise, la représentante a plaidé pour une plus grande participation des femmes à toutes les missions de l’ONU.  

M. MOHAMED SIAD DOUALEH (Djibouti) a salué la détermination des pays contributeurs de troupes et les sacrifices auxquels consent le personnel civil et en uniforme, dans des contextes malheureusement de plus en plus difficiles.  Il a rappelé que Djibouti a déployé près de 2 000 hommes en Somalie et qu’il compte une unité de police constituée au Darfour, en plus des femmes et des hommes déployés dans d’autres missions.  Le représentant a insisté sur la prévention des conflits, la médiation et les partenariats régionaux et sous-régionaux.  Il a donc salué le partenariat entre l’ONU et l’Union africaine et a dit espérer qu’il contribuera au renforcement des capacités africaines dans la mise en œuvre du concept de « pérennisation de la paix ».

Les problèmes auxquels font face aujourd’hui les Casques bleus sont attribuables à une mauvaise formation et à du matériel déficient.  Le représentant a donc plaidé pour une formation de qualité et pour le renforcement des capacités avant déploiement.  Il a rappelé que sur un total de 16 opérations de paix, neuf sont déployées en Afrique avec 80% du personnel en uniforme et des ressources financières approuvées.  Trois de ces missions sont déployées dans des théâtres francophones.  C’est pour informer les pays contributeurs de langue française, a dit le représentant, que Djibouti a organisé l’an dernier, un séminaire de sensibilisation aux différents enjeux des contributions aux opérations de paix.  À l’approche du vingtième anniversaire de la résolution 1325 (2000) du Conseil de sécurité, le représentant a réitéré l’importance du rôle que peuvent jouer les femmes dans les opérations.  Si nous sommes élu au Conseil de sécurité pour 2021-2022, nous allons, a promis le représentant, apporter notre pierre à l’édifice collectif du maintien de la paix et de la sécurité internationales.

Nous voulons, a dit M. BONIFACE RUTIKANGA (Rwanda), un maintien de la paix avec des mandats clairs, ciblés, réalistes, réalisables et dotés des ressources adéquates.  Le maintien de la paix est une entreprise collective et l’évaluation de la mise en œuvre des mandats doit se fonder sur des normes claires et applicables à tous les personnels civil et en uniforme.  Sauver des vies doit être l’obligation première des mandats contenant une composante « protection des civils ».  Les Principes de Kigali sur la protection des civils, a rappelé le représentant, sont une série de promesses non contraignantes mais c’est le meilleur instrument pour traiter des aspects les plus pertinents du maintien de la paix, y compris la planification et l’évaluation, la génération des forces, la formation et l’équipement du personnel, la performance et le principe de responsabilité.  Appliqués efficacement, ces principes peuvent améliorer la performance, tout en apportant des normes de responsabilité, a estimé le représentant.

Le Rwanda, a-t-il poursuivi, est partisan d’un maintien de la paix inclusif assorti de processus politiques.  Nous nous réjouissons que l’importance d’une plus grande participation des femmes ait été reconnue par tous.  Nous reconnaissons aussi, a-t-il ajouté, le rôle critique de la police dans le maintien de la paix.  La Division de la Police devrait pouvoir contribuer à l’évaluation et à la planification des missions.  Le représentant a aussi souligné l’importance de la composante « justice et correction ».  S’agissant de la sûreté et de la sécurité des Casques bleus, il a pris note des recommandations du Rapport Cruz qui souligne la nécessité des ressources, des équipements et des formations spécialisées.  Il a demandé des recommandations concrètes pour renforcer les camps ou les réinstaller ailleurs, étant donné que leur emplacement et leur statut peuvent devenir une menace pour les Casques bleus.

Mme YUVAL GEVA (Israël) a estimé que les femmes doivent prendre part à toutes les étapes du maintien de la paix des Nations Unies.  Leur présence sur le terrain peut en effet contribuer à gagner la confiance des populations.  Mais pour que les femmes soient encore plus impliquées, il faut d’abord opérer des changements structurels au sein des opérations pour les adapter à leurs besoins. La première étape serait d’encourager les femmes à postuler davantage dans leur armée, en se débarrassant des nombreuses discriminations dont elles sont victimes.  La représentante a par ailleurs estimé que les opérations de paix doivent tenir compte des nouvelles capacités technologiques, lesquelles pourraient aider les Casques bleus à sauver des vies et à limiter les dégâts.  Israël s’attache à mettre ces capacités à la disposition des missions, dans le cadre d’un partenariat avec les Nations Unies, a fait savoir la représentante.  Mon pays apporte également son savoir-faire s’agissant des soins médicaux, en particulier les premiers secours, a-t-elle ajouté.

Mme PATRICIA HERDT, Organisation internationale de la Francophonie, a rappelé que son organisation a été l’une des premières à endosser la Déclaration d’engagements communs et à s’être portée volontaire pour être un des champions d’« Action pour le maintien de la paix », plus particulièrement en ce qui concerne le renforcement des capacités des pays contributeurs francophones et le développement de compétences linguistiques en français.  Cet investissement s’inscrit dans un contexte où les plus grandes opérations de maintien de la paix sont déployées dans l’espace francophone qui concentre environ 2/3 du personnel. Il importe, a souligné la représentante, que la question des compétences linguistiques, le défi d’une meilleure maîtrise des contextes socioculturels locaux et plus largement les enjeux propres à la participation de francophones aux opérations de paix soient au cœur du prochain rapport du Comité spécial. L’objectif étant que les pays contributeurs ne soient pas uniquement pourvoyeurs de troupes mais participent pleinement aux grandes décisions stratégiques, la représentante a rappelé la tenue au début de ce mois à New York d’une concertation avec les représentations francophones afin de préparer les travaux du Comité spécial.  C’est dans ce même esprit, a-t-elle annoncé, que l’OIF s’associe au Maroc et à la France pour l’organisation, les 23 et 24 avril prochains à Rabat, de la deuxième Conférence ministérielle sur le maintien de la paix en environnement francophone.

Sur le plan de la performance, a-t-elle poursuivi, l’OIF a entrepris de redynamiser son Réseau d’expertise et de formation francophone pour les opérations de paix (REFFOP), en vue de développer de plus grandes synergies entre les écoles et les centres de formation francophones.  L’OIF réfléchit aussi avec la France et le Département des opérations de paix à une initiative pilote d’enseignement du français pour le personnel militaire devant être déployé à la Mission de l’ONU au Mali.  Comme en matière de formation, il faut dépasser le seul développement des compétences militaro-tactiques des soldats de la paix, l’OIF s’investit, en soutenant des modules de formation sur l’interculturalité, l’état de droit, les droits de l’homme et la protection des civils.  Elle développe aussi des actions en direction de publics cibles francophones comme le personnel policier, les responsables de très haut niveau et les femmes.

La connaissance du français, a conclu la représentante, doit être imposée dans le recrutement des personnels militaires, policiers et civils pour les opérations déployées dans les théâtres francophones.  De même, la présence de francophones à New York dans les postes clefs de gestion des opérations doit être renforcée afin de faciliter les interactions sur le terrain.  La dimension genre doit être prise en compte dans l’ensemble des actions que j’ai énumérées, a conclu la représentante.

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