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AG/PAL/1429
4 février 2020
399e séance – après-midi

Comité des droits du peuple palestinien: rejet massif du « plan du siècle » des États-Unis

Le Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien a tenu, cet après-midi, une séance d’organisation*, au cours de laquelle l’Observateur de l’État de Palestine a vivement rejeté le plan de paix récemment présenté par l’administration américaine.  M. Riyad Mansour a également indiqué que le Conseil de sécurité pourrait se prononcer dès la semaine prochaine sur l’adoption d’un projet de résolution y relatif et a exhorté les États Membres à s’en faire coauteur.

« Ce plan est une menace pour nous tous, y compris l’ONU », a notamment averti l’Observateur qui a vivement fustigé le « poison » que l’on retrouve dans ce « plan contre la paix » qui, a-t-il affirmé, « ne ferait qu’encourager le conflit et offrirait à Israël la possibilité d’annexer 30% de la Cisjordanie »

De l’Indonésie au Liban, en passant par la Namibie, la Bolivie, la Tunisie, l’Égypte, l’Iraq et bien d’autres, le rejet du « plan du siècle » américain par les membres du Comité a été quasi unanime.  La Jordanie a notamment estimé que l’initiative américaine avait franchi une ligne rouge, tandis que l’Organisation de la coopération islamique (OCI) a décrié un plan qui sape la paix, viole les droits du peuple palestinien, encourage l’occupation israélienne et ne répond pas aux aspirations des Palestiniens. 

« Jamais l’horizon politique n’a été si incertain », a déploré de son côté le Président du Comité, M. Cheikh Niang qui a constaté que « la réalité sur le terrain, en plus d’être volatile, renvoie de plus en plus à celle d’un seul État ».

Rappelant que 139 États Membres de l’ONU ont à ce jour reconnu officiellement l’État de Palestine, M. Niang a jugé le moment venu de traduire en actes concrets l’engagement de la communauté internationale en faveur de la solution des deux États.  « Nous devons œuvrer, dans l’esprit du multilatéralisme, à la relance du processus de paix, sur la base des résolutions pertinentes de l’ONU, en mettant sur la table toutes les questions en suspens comme les colonies de peuplement, le statut de Jérusalem, les réfugiés, la sécurité ainsi que la situation à Gaza », a-t-il notamment insisté.

Cette séance a également été marquée par l’intervention du Secrétaire général de l’ONU qui a souligné que la question de Jérusalem reste une question de statut final et que l’avenir de la ville ne peut être résolu que sur la base du droit international et par le biais de négociations entre les parties dans le but d’aboutir à la solution des deux États. 

M. António Guterres a également appelé les dirigeants palestiniens à s’engager de manière constructive avec l’Égypte et d’autres pour faire avancer le processus de réconciliation intrapalestinien.  Il a en outre souligné que la tenue d’élections générales sera une étape cruciale vers la réunification du peuple palestinien sous un gouvernement national palestinien unique, légitime et démocratique.  Aussi, a-t-il appelé les autorités palestiniennes à publier le décret planifiant les élections législatives et présidentielle, et Israël à autoriser la tenue du vote à Jérusalem-Est.

En début de séance, le Comité a par ailleurs pris note de la décision du Gouvernement ukrainien de quitter le Comité, avec effet au 1er janvier 2020.  Il a ensuite adopté son projet de programme de travail*.

Le Président a aussi indiqué que les 28 et 29 février, le Comité organisera une conférence internationale en Malaisie, sur le thème « Soutien de l’Asie du Sud-Est aux droits du peuple palestinien ».  À l’issue de la conférence, une délégation du Comité effectuera une visite en Inde les 2 et 3 mars 2020, un déplacement qui a notamment pour but d’améliorer la coordination dans le cadre des projets de renforcement des capacités de l’État de Palestine dans le contexte de la coopération Sud-Sud et de la coopération triangulaire.

M. Niang a également annoncé que le 14 février, la Division des droits des Palestiniens tiendra sa réunion annuelle d’information.  Le 2 avril, le Comité organisera au Siège, à New York, un forum qui aura pour but de mettre en lumière l’actualité de la question de Palestine dans le contexte la conjoncture actuelle d’instabilité géopolitique. 

Le Comité prévoit aussi d’organiser, au premier semestre, un séminaire à huis clos consacré à la communication stratégique sur la question de Palestine.

M. Cheikh Niang a été réélu à la présidence du Comité en début de séance.  Mme Adela Raz (Afghanistan), Mme Ana Silvia Rodríguez (Cuba), M. Dian Triansyah Djani (Indonésie), M. Neville Melvin Gertze (Namibie) et M. Jaime Castillo Hermida (Nicaragua) assureront la vice-présidence.  Il a également été décidé que la représentante de l’Afghanistan occuperait les fonctions de rapporteur par intérim en attendant la candidature d’un autre membre du Comité.

La prochaine réunion du Comité sera annoncée dans le Journal de l’ONU.

*A/AC.183/2020/L.2  

PREMIÈRE RÉUNION DE LA SESSION 2020

Questions diverses

Déclarations

M. ANTÓNIO GUTERRES, Secrétaire général de l’ONU, a déclaré que les événements récents dans la région soulignent qu’une paix durable ne peut être instaurée au Moyen-Orient sans résoudre le conflit israélo-palestinien.  Il s’est dit découragé de constater qu’aucun progrès n’a été accompli et que la situation sur le terrain s’est détériorée, érodant encore plus la possibilité d’un État palestinien viable et contigu, fondé sur la solution des deux États.

Dans un contexte marqué par l’impasse politique et l’incapacité des États Membres et du Conseil de sécurité à mettre en œuvre la solution des deux États convenue, le multilatéralisme a été mis à l’épreuve et l’occupation des territoires palestiniens s’est poursuivie sans relâche, accompagnée d’une accélération et d’une augmentation des activités de colonisation, notamment à Jérusalem-Est, ce qui a conduit récemment à des appels à l’annexion de la vallée du Jourdain et de certaines parties de la Cisjordanie, a constaté M. Guterres.

Il a réitéré que toutes les activités de peuplement sont illégales au regard du droit international pour ensuite avertir que l’annexion de l’ensemble ou d’une partie de la zone C, si elle est mise en œuvre, porterait un coup dévastateur au potentiel de faire avancer la solution des deux États et aux perspectives de paix. 

La question de Jérusalem reste une question de statut final et l’avenir de la ville ne peut être résolu que sur la base du droit international et par le biais de négociations entre les parties dans le but d’aboutir à la solution des deux États, a-t-il insisté, avant de rappeler que les mesures unilatérales visant à changer le statut de la ville sont contraires au droit international et aux résolutions de l’ONU.

M. Guterres s’est également préoccupé des deux millions de Palestiniens qui vivent dans la bande de Gaza, confrontés à d’immenses défis.  Il a indiqué que les problèmes fondamentaux de Gaza sont politiques et nécessitent des solutions politiques et la levée complète du blocus.  Il a appelé les dirigeants palestiniens à s’engager de manière constructive avec l’Égypte et d’autres pour faire avancer le processus de réconciliation intrapalestinien.  Il a également appelé les États Membres à assurer le financement fiable du mandat récemment renouvelé de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA).

Le Secrétaire général a en outre souligné que la tenue d’élections générales attendues depuis longtemps dans l’État de Palestine, y compris Jérusalem-Est, sera une étape cruciale vers la réunification du peuple palestinien sous un gouvernement national palestinien unique, légitime et démocratique.  Il a appelé les autorités palestiniennes à publier le décret planifiant les élections législatives et présidentielle, et Israël à autoriser la tenue du vote à Jérusalem-Est.

« Alors que nous célébrons le soixante-quinzième anniversaire de notre Organisation cette année, nous avons besoin d'un engagement renouvelé pour défendre les valeurs de la Charte en tant que cadre commun de coopération pour la réalisation des droits des générations futures d’Israéliens et de Palestiniens et du peuple de la région dans son ensemble », a-t-il déclaré. 

M. CHEIKH NIANG (Sénégal) Président du Comité des Nations Unies pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, a déclaré que si les paramètres d’une solution définitive au différend israélo-palestinien sont clairement identifiés et connus de l’ensemble des acteurs, « jamais l’horizon politique n’a été si incertain ».  Soixante-treize ans après l'adoption de la résolution 181 et un quart de siècle après la signature des Accords d’Oslo, censés aboutir à l’autodétermination et à l’indépendance du peuple palestinien, force est de reconnaître que la réalité sur le terrain, en plus d’être volatile, renvoie de plus en plus à celle d’un seul État, a-t-il constaté. 

Il a également relevé que la colonisation et l’occupation, la violence, l’incitation, la situation catastrophique à Gaza, les dissensions entre acteurs politiques palestiniens, entre autres, sont autant de facteurs qui sapent la confiance entre les parties.  L’adoption de la résolution 2334 (2016) du Conseil de sécurité, réaffirmant le caractère illégal de la colonisation et de l’occupation, n’a pas empêché la poursuite des colonies illégales dans les territoires palestiniens occupés, y compris à Jérusalem-Est, a en outre dénoncé le Président du Comité.

Le meilleur moyen de favoriser les conditions d’une paix et d’une sécurité durables entre Israéliens et Palestiniens, c’est de renoncer à toute forme de violence et de politique du fait accompli, et de retourner à la table de négociations, en vue d’une solution globale, qui assigne à chaque partie le droit à un État souverain, a-t-il conseillé. 

Sur Jérusalem, a-t-il ajouté, l’appel du Comité au respect du statu quo en attendant une solution définitive à cette question relevant du statut final, sur la base des résolutions pertinentes des Nations Unies, reste plus que pertinent au regard des développements sur le terrain.

Le Président du Comité a également prévenu qu’en dépit des efforts de l’ONU et de l’Égypte pour préserver le fragile cessez-le-feu en cours depuis 2014, le risque d’une quatrième confrontation militaire existe toujours à Gaza, où le regain de violence intervenu en mars dernier a entraîné un nombre très élevé de victimes, y compris des enfants.

Préoccupé par les incertitudes qui continuent de planer sur la situation budgétaire de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), M. Niang a exhorté les États Membres à poursuivre les efforts visant à garantir à l’Office un accès à des ressources prévisibles, suffisantes et soutenues, ajoutant que le Comité doit rester mobilisé en faveur du renouvellement du mandat de l’UNRWA. 

Rappelant aussi que 139 États Membres de l’ONU ont à ce jour reconnu officiellement l’État de Palestine, M. Niang a jugé le moment venu de traduire en actes concrets l’engagement de la communauté internationale en faveur de la solution des deux États, en tant que seule option viable car garantissant, sécurité, paix, indépendance et souveraineté à la fois aux Israéliens et aux Palestiniens.  « Nous devons œuvrer, dans l’esprit du multilatéralisme, à la relance du processus de paix, sur la base des résolutions pertinentes de l’ONU, en mettant sur la table toutes les questions en suspens comme les colonies de peuplement, le statut de Jérusalem, les réfugiés, la sécurité ainsi que la situation à Gaza », a-t-il insisté.

Il a invité les acteurs tels que le Quatuor, le Conseil de sécurité et les pays influents de la région à œuvrer pour relancer ce processus, sur la base des plateformes existantes: la feuille de route du Quatuor, la Déclaration de Principe de Madrid, les Accords d’Oslo, le principe de la terre contre la paix et l’Initiative de paix arabe, en vue de doter le peuple palestinien d’un État souverain, viable et indépendant, à l’intérieur de frontières internationalement reconnues et garanties, vivant côte à côte avec l’État d’Israël, en paix et en sécurité.

M. RIYAD H. MANSOUR, Observateur permanent de l’État de Palestine, a dénoncé les récents assauts politiques du Gouvernement Trump contre les droits politiques des Palestiniens.  Il a estimé que ces assauts ont commencé avec le déplacement de l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.  Il a ensuite décrié le fait qu’aucune mention d’un État palestinien souverain ne figure dans les 181 pages du plan pour lequel, a-t-il ajouté, les préoccupations sécuritaires d’Israël sont le souci majeur.

M. Mansour a fustigé le « poison » que l’on retrouve dans ce « soi-disant plan » qui est un « plan contre la paix » et un « plan pour la soumission du peuple palestinien ».  Nous sommes un peuple fier qui est là depuis la nuit des temps et nous voulons garantir la souveraineté de la Palestine qui comprend la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est, a-t-il rappelé.

Il a annoncé le rejet par toutes les nations arabes de ce plan qui, selon l’Observateur permanent, « ne ferait qu’encourager le conflit et offrirait à Israël la possibilité d’annexer 30% de la Cisjordanie.  Il ne s’agit pas d’une simple modification des frontières comme suggéré par les précédentes administrations américaines et israéliennes, a-t-il déploré.

L’Observateur permanent a ensuite indiqué que le Président Abbas prendra prochainement la parole devant le Conseil de sécurité, en espérant la présentation en début de semaine d’un projet de résolution en réaction au plan proposé par le Gouvernement américain.  Il a précisé qu’une ébauche du projet de résolution est déjà en cours de négociation et a appelé les États Membres à s’en faire coauteur.  « Si nous savons que le texte sera bloqué par le droit de veto d’un membre du Conseil de sécurité, nous souhaitons saisir l’occasion de ce projet de résolution pour montrer la solidarité de la communauté internationale », a-t-il expliqué. 

M. Mansour a ensuite insisté sur l’impératif de signifier à ceux qui se détournent du consensus mondial qu’ils doivent modifier leur trajectoire.  C’est une bataille menée en faveur de la défense du multilatéralisme, de notre approche collective et de notre maison commune qu’est l’ONU.  Ce plan, a-t-il averti, est une menace pour nous tous, y compris l’ONU.  Et nous sommes fiers d’être en première ligne de la défense des Nations Unies et du multilatéralisme, a conclu M. Mansour.

Plusieurs délégations ont pris la parole après ces interventions dans le cadre d’un point consacré au résumé des activités menées et prévues.

L’Indonésie a rejeté le plan de paix américain et exhorté le Comité à faire avancer les efforts de sensibilisation pour faire connaître les implications potentiellement négatives dudit plan.  Cela appelle à redoubler d’efforts pour que le peuple palestinien puisse défendre son droit à l’autodétermination, ainsi que pour mettre un terme à l’occupation et appuyer la solution des deux États, a estimé le Liban.  La Namibie s’est alarmée des événements récents qui ont creusé le fossé entre les deux parties et représentent un nouveau revers dans la recherche de perspectives justes et durables pour une solution des deux États.

L’Organisation de la coopération islamique (OCI) a souligné que l’Initiative de paix arabe reste la seule voie pour mettre fin au conflit, et a prévenu que tout plan qui ignore ce principe ne fera qu’attiser les tensions.  La délégation a aussi indiqué que le comité exécutif de l’OCI s’était réuni hier et avait rejeté le « plan du siècle » qui, a-t-elle affirmé, encourage l’occupation et va à l’encontre du processus de paix. 

À l’instar de la Tunisie, l’Égypte a également insisté sur l’importance de la solution des deux États et a indiqué qu’elle poursuivra ses efforts pour mettre un terme aux divisions intrapalestiniennes.  Si la solution des deux États semble enterrée, personne ne peut enterrer le droit qu’a le peuple palestinien de lutter contre la politique israélienne, a souligné à son tour la Bolivie pour qui le « plan des États-Unis » vise à nuire à la solution des deux États.

Le règlement juste du conflit ne peut se faire sans la création d’un État palestinien indépendant, a insisté de son côté l’Iraq qui a ajouté qu’aux yeux de la Ligue des États arabe le plan des États-Unis n’est pas un plan de paix car il ne se base pas sur les résolutions de l’ONU.  Le plan de paix américain a franchi une ligne rouge, c’est-à-dire la sacralité de la triple identité religieuse de Jérusalem, a déploré à son tour la Jordanie.  Estimant que 2020 sera une année difficile, le Nicaragua a appelé à mettre en œuvre les résolutions de l’ONU, à réaliser la solution des deux États et à respecter les droits inaliénables du peuple palestinien.  La Malaisie a pour sa part insisté sur l’importance des négociations lors de cette série d’intervention à laquelle a également participé l’Afghanistan.

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